- La société U-Man
Belgium
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- La Communauté flamande subsidie une formation dispensée
- par
une société satellite de la secte de scientologie !
- http://www.resistances.be
- Nadia Geerts, avec David
Lefébure.
- 20 mai 2004
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- La société U-Man
Belgium propose aux entreprises des formations en management et des ateliers de
communication. Leur but : l’art de donner envie d’acheter, ou celui de
communiquer en évitant tout parasitage. Et la Communauté flamande dispense aux
entreprises qui y envoient leur personnel des «chèques-formations» qui financent
50% desdites formations. Rien d’inquiétant à cela ? Rien, si ce n’est que U-Man
International est l’une des nombreuses sociétés satellites de la secte de
scientologie.
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- Les formations dispensées par U-Man sont
directement inspirées de la dianétique, la théorie fumeuse qui est au fondement
de la Scientologie. Certaines des brochures distribuées aux « bénéficiaires »
des formations mentionnent d’ailleurs explicitement que leur contenu est basé
sur les travaux de L. Ron Hubbard, le gourou de la secte. Et l’utilisation de
ces techniques implique le versement de droits d’auteur – 15 % de ses recettes,
selon le rapport rédigé par la commission d’enquête parlementaire belge sur les
sectes en 1997 – à WISE, c’est-à-dire au World Institute of Scientology
Enterprises, association réunissant des chefs d’entreprise acquis à la
scientologie dans le but de « mettre la technologie de l’administration de Ron
Hubbard à la disposition du monde des affaires ».
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- Avec Business Efficiency sprl,
U-Man propose aussi des activités de consultance aux entreprises. Activités qui
utilisent elles aussi la technologie de la Scientologie, et donnent donc
également lieu à la perception de droits d’auteur par WISE. En finançant pour
moitié les formations d’U-Man Belgium, c’est donc bien à la prospérité de la
secte de Scientologie que la Communauté flamande contribue ! Une prospérité
d’ailleurs déjà bien étable, si l’on en juge par l’opulence du bâtiment qu’elle
a récemment acquis à Bruxelles, rue de la Loi, comme l’avait révélé RésistanceS
en août 2003. Rappelons que le but de la Scientologie est – selon le rapport de
la commission d’enquête parlementaire déjà évoqué – d’infiltrer tous les rouages
de la société. U-Man est l’une des nombreuses sociétés écran constituées à cet
effet.
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- En 1996 déjà, l’hebdomadaire Le Vif s’était fait l’écho, dans son
courrier des lecteurs, de la mésaventure d’un délégué commercial qui avait été
tout bonnement licencié par son patron pour avoir refusé de suivre une formation
dispensée par U-Man, et destinée à optimiser son « agressivité commerciale ». Un
patron manifestement séduit par la Scientologie, puisqu’il avait déjà fait appel
à U-Man lors du processus d’embauche de ce délégué.
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- D’autres sources font état
d’ «U-tests» permettant de détecter les personnalités « dévalorisantes »,
nuisibles à l’entreprise. Il semblerait cependant que le test mesure surtout le
degré de réceptivité de l’employé à la philosophie scientologique, et permette
de faire le tri, au sein de l’entreprise, entre les bons et les mauvais esprits
– scientologiquement parlant... Le tribunal correctionnel de Lyon épinglait
ainsi, en novembre 1996, le cas d’un employé licencié après avoir échoué au test
de personnalité U-Man.
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- Près de dix ans plus tard, et malgré les multiples
appels à la vigilance, la secte n’a pas cessé de nuire. Au contraire, elle
bénéficie maintenant de l’aide financière de la Communauté flamande. Et si elle
reste généralement discrète sur sa véritable filiation, il arrive néanmoins que
l’un ou l’autre formateur se laisse entraîner à vanter les mérites de son
«Eglise» (lire à ce sujet l’interview ci-dessous).
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- Selon un article
publié dans le Standaard du 10 avril dernier, la ministre flamande de
l’économie, Patricia Ceysens, a ouvert une liste téléphonique (02/553.37.77)
destinée à recueillir les plaintes éventuelles relatives aux formations
dispensées par U-Man Belgium. En attendant, U-Man est reconnu comme centre de
formations jusqu’en 2007
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- La rédaction de
RésistanceS a eu l’occasion de recueillir le
témoignage d’un participant à une formation U-Man.
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- Cette formation, à forte
consonance scientologique, était destinée à améliorer la communication entre la
société et les clients. Elle a coûté à son employeur la bagatelle de 7200 Euros
– pour 12 personnes réparties en deux sessions de deux
jours…
- La formation à
laquelle votre employeur vous a envoyé était-elle obligatoire ?
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- Elle
ne nous a pas été présentée explicitement comme telle, mais nous étions priés
d’être présents. Un vendeur de la société m’a quant à lui indiqué que plusieurs
séminaires d’une semaine avaient été imposés aux vendeurs ; lui avait pu se
défiler plusieurs fois, mais la dernière formation lui fut
imposée.
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- Comment avez-vous découvert que U-Man était lié à la
Scientologie ?
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- En descendant vers le réfectoire pour la pause de
midi, ma collègue et moi avons eu le regard attiré par la documentation exposée
dans le hall : des livres sur la Dianétique, ainsi que le buste de Ron Hubbard.
En rentrant chez moi le soir, j’ai fait des recherches sur Internet et découvert
plusieurs articles sur le site de RésistanceS qui ont
achevé de m’éclairer.
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- Les liens d'U-Man avec la Scientologie
étaient-ils perceptibles dans le contenu de la formation ?
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- Tout à
fait : les triangles, l’échelle des tons tout à fait folklorique, les références
constantes au fait qu’il n’était pas possible de voir toute « leur science » en
si peu de temps, les affirmations fallacieuses et soutenues par des citations de
gens célèbres sorties de leur contexte, tout cela faisait déjà très sectaire.
Ajoutons à cela la théorie des « hostiles cachés », ces gens incapables
d’autocritique qui nuisent au bon fonctionnement d’une société et qu’U-Man
prétend démasquer. Et aussi la conception très sectaire de la communication
idéale comme d’une pure « duplication » de ses idées dans la tête de
l’interlocuteur.
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- Comment avez-vous réagi lorsque vous avez
compris que vous vous trouviez dans une société satellite de la Scientologie
?
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- J’en ai aussitôt averti mon employeur et j’ai protesté auprès des
responsables de la formation. Ils ont alors essayé de me faire quitter les lieux
sans que je puisse revoir mes collègues, mais devant mon refus, et pour éviter
un esclandre, ils ont décidé de me réintégrer et Monsieur De Turck, qui nous
avait accueilli le matin, a précisé pour l’ensemble du groupe qu’effectivement,
7 personnes sur les 30 personnes de U-Man étaient des scientologues. Il nous a
également expliqué que l’Eglise de Scientologie n’était pas une secte, que
Philippe Moureaux en Belgique, ou Sarkozy en France, partageaient ce point de
vue, et que le gouvernement flamand les avait reconnus. Il a également fait
mention des activités d’aide aux toxicomanes de sa femme, Monique De Turck, au
sein de Narconon.
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- Pendant tout le reste de la formation, j’ai posé de
nombreuses questions sur la Scientologie à notre formateur, qui n’a pas fait de
difficultés pour me répondre. J’ai ainsi appris que Marc De Turck, notre
formateur, était « Clair » et son épouse « OT 4 ».(1) Il s’est vanté de ce que
U-Man faisait 800 nouveaux clients par an. Parmi les 35'000 clients au niveau
mondial, il a cité des entreprises comme Anderson, Opel, Oracle,
Cisco.
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- Quel est votre sentiment personnel au sujet de cette
formation ?
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- Quelqu’un qui n’aurait aucune connaissance des
fondements de la communication peut sans doute y apprendre quelque chose. Mais
personnellement, il me semble que tout cela est noyé dans un pataquès
d’affirmations gratuites à prétentions scientifiques. De plus, des personnes
fragiles pourraient faire confiance à cette organisation sectaire et s’en
remettre à des manipulateurs. Il y a là un réel danger, d’autant que le
formateur ne manque pas de demander aux participants de rédiger, à l’issue de la
formation, une appréciation sur la formation. Dans la foulée, il demande aux
participants une autorisation de publication de cette appréciation, et leur
propose de laisser leurs coordonnées privées. La formatrice néerlandophone Berna
Vandelanotte, quant à elle, n’hésite pas à laisser ses coordonnées privées aux
participants, au cas où …
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- Selon vous, votre employeur était-il au
courant du vrai visage d'U-Man ?
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- Oui, certainement. Mon directeur
m’a expliqué être au courant de la situation, mais qu’il avait bien précisé que
le cours devait rester au niveau professionnel, que les choses se passaient
comme ça depuis plus de dix ans et qu’il faisait confiance à cette société. Il
ne comprenait pas mon attitude, dès lors qu’en Amérique, il y a bien une Bible
dans chaque table de nuit d’hôtel !
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- Mon directeur général m’a dit savoir
qu’il s’agissait de la Scientologie, mais ne rien y voir à redire tant que les
cours étaient bien donnés. Il semblerait cependant que suite aux dérapages de
cette dernière formation, il ait résolu de se plaindre via la ligne téléphonique
mise à disposition à cet effet.
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- Notre ancien directeur technique, m’a
appris que de tout temps, la société U-Man avait fourni des cours aux vendeurs,
et que même les engagements de personnel se faisaient au travers d’un
questionnaire renvoyé ensuite à U-Man pour évaluation …
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- Seul le directeur
financier m’a dit avoir toujours été opposé aux prestations de cette
société.
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- Propos recueillis par Nadia Geerts
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- (1)
La Scientologie prétend permettre le passage de l’état de «préclair» à l’état
de «clair» – état où, libéré de toute entrave, on atteint la révélation et la
lucidité – par le biais de différentes étapes, différents grades. Ces grades
sont au nombre de douze, répartis en trois grands ensembles : Classification,
Gradation et Conscience. Une fois «clair», on est supposé être capable
d’opérer sans avoir besoin d’un corps. On entame alors la formation permettant
de devenir «OT(« Thêtan Opérant »). Une formation qui est, comme on s’en
doute, extrêmement coûteuse, le stade ultime étant le niveau OT
8.
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- Un vent favorable
nous a permis de consulter un échantillon de la prose scientologique. Un
syllabus axés sur le développement des techniques de communication qui se
conclut sur une curieuse théorie qui en évoque d’autres : la « loi de la
troisième partie ». Edifiant de simplisme.
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- L’Histoire nous
donne une opinion très faussée du passé car elle nous est racontée en fonction
des récriminations de deux adversaires, et on n’y a pas identifié la troisième
partie. On devrait y lire « les instigateurs cachés » plutôt que « les causes
sous-jacentes » de la guerre. Aucun conflit n’est insoluble, à moins que les
véritables instigateurs ne demeurent cachés ».
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- Ces véritables
instigateurs, ils sont partout, et responsables de presque chacun des conflits
que nous vivons, que ce soit entre partenaires d’un couple, dans un groupe ou
entre nations. Mieux encore : ce partenaire n’est pas une idée, une valeur, une
«raison» : c’est obligatoirement un individu ou un ensemble humain. Et de citer,
à l’appui de cette thèse rocambolesque, l’exemple de l’Allemagne finançant
Lénine pour qu’il ourdisse la révolte russe de 1917. Ainsi donc, le conflit
entre le gouvernement russe et les forces révolutionnaires avait un «véritable
instigateur» sans lequel les deux parties auraient pu s’entendre:
l’Allemagne.
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- Les exemples relatifs à des conflits entre personnes sont
tout aussi simplistes. Vous ne vous entendez plus avec votre épouse? Cherchez
l’amant ! Deux fermiers traînent une querelle depuis des années ? Cherchez le
banquier véreux qui les monte l’un contre l’autre en coulisse
!
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- Une théorie du bouc émissaire commune à l’extrême droite et à
la Scientologie.
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- Cette théorie des « hostiles cachés » fut encore
longuement exposée lors d’une récente formation en communication organisée dans
les locaux malinois d’U-Man Belgium. Le prototype de l’hostile caché : le
communiste. Le fasciste, lui, est juste au-dessus dans l’ « échelle des tons »
chère aux scientologues, au niveau « colère ». A en croire les scientologues,
les « hostiles cachés » représenteraient 2,5 % de la population. Essentiellement
nuisibles, ils sont incapables de remise en question. L’affaire Dutroux est
abondamment citée à l’appui de cette thèse. (voir notre interview, ci dessus,«
Un hostile caché chez U-Man »).
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- On comprend mieux, à la lecture de ces
thèses abracadabrantes, la séduction réciproque qui semble s'exercer entre
l’extrême droite et la scientologie. Tous deux se nourrissent du fantasme d’un
monde simple, si simple qu’il suffit d’y pointer un doigt vengeur sur le
véritable coupable – forcément extérieur à nous –, le bouc émissaire :
l’immigré, le Juif, le Wallon-profiteur-et-fainéant, le monde politique
corrompu, les juges vendus, sans oublier l’inévitable « complot judéo-maçonnique
» qui fait toujours recette dans ces milieux-là. Attention : la chasse aux
sorcières est lancée !
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- Nadia
Geerts
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