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Le Gravis

  
Aide humanitaire et prosélytisme :
des ONG sectaires et islamistes au banc des accusés
 
Le coup de gueule de Sylvie Brunel
ancienne dirigeante d'Action Contre la Faim (ACF)
 
AFP, 17 octobre 2005
[Texte intégral]
 
Le mouvement humanitaire est de plus en plus gangrené par des organisations non gouvernementales (ONG) religieuses qui l'utilisent pour tenter d'imposer leur vision du monde, affirme une universitaire et ancienne dirigeante d'Action Contre la Faim (ACF), Sylvie Brunel.
 
"Les ONG religieuses sont de plus en plus présentes et la question qu'elles posent est celle de leur prosélytisme militant auprès de populations en désarroi", a déclaré Mme Brunel lors des 8èmes Rendez-Vous de l'Histoire à Blois (Loir-et-Cher), consacrés au thème "Religion et politique".
 
"On était passé de la charité à la philanthropie, mais on observe un retour du religieux". Depuis les années 90, on constate "une nouvelle visibilité" des ONG religieuses qui "mixent l'action de terrain à long terme et le témoignage engagé, la mobilisation de l'opinion publique", explique Mme Brunel, professeur de géographie du développement à l'université de Montpellier.
 
Certaines organisations, pour la plupart d'inspiration islamique, "mêlent dans un même geste la conversion et l'aide", affirme Mme Brunel, également ancienne responsable de Médecins sans frontière.
 
Ainsi, au Soudan, les populations du Nord sont "aidées par des organisations islamiques qui conditionnent l'aide à leur conversion à l'islam".
 
En Thaïlande, l'Eglise de scientologie est "massivement présente" depuis le tsunami du 26 décembre 2004, déclare Mme Brunel.
 
Pour l'ancienne responsable humanitaire, la montée en puissance des ONG religieuses s'explique par "la fin du rideau de fer en 1989, qui a ouvert le monde entier à l'action humanitaire" et par "la crise de la dette dans les pays du Sud" qui a entraîné "un désengagement de l'Etat, donc de nouvelles possibilités pour les ONG". Les nouvelles techniques d'information et de communication, notamment internet, permettent en outre de fédérer des réseaux au niveau mondial.
 
Par ailleurs, selon Mme Brunel, l'aide publique au développement "devient de plus en plus humanitaire", on assiste de plus en plus souvent à "un traitement compassionnel des crises". "Le discours humanitaire est devenu très proche du religieux: il ne prétend pas apporter une solution politique, mais sauver une vie, plus une vie", souligne-t-elle.
 
Pour l'ancienne dirigeante d'ACF, qui avait démissionné de ce mouvement pour dénoncer le "business de l'humanitaire", "il y a un besoin de transparence et de régulation", de "mécanismes d'assistance neutres et impartiaux" pour éviter que les ONG religieuses poursuivent leurs "croisades" sous couvert d'aide humanitaire.
 

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