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Scientologie
: «Draguer»
la communauté juive
par
Jean-Yves CAMUS
- Tribune
Juive, 13 mai 1993
- [Texte
intégral]
La
contre-attaque de l'Église de scientologie
Comment
les scientologues récupèrent un discours extrémiste
pour se faire reconnaître.
Dans
le cadre de l'offensive de lobbying qu'elle mène
pour convaincre les parlementaires de reconnaître
légalement les sectes, l'Église de scientologie
diffuse actuellement un curieux document intitulé
La Dérive extrémiste d'une milice de la
pensée, l'ADFI, qui attaque durement la principale
association française luttant contre les sectes.
Ce
petit brûlot est censé être la retranscription d'une
réunion tenue fin 1992 au siège de l'ADFI, en présence
de militaires et hauts fonctionnaires, pour coordonner
l'action antisectes, et à laquelle aurait assisté
«par hasard» une juriste qui se présente elle-même
comme «de confession juive et naturalisée israélienne».
L'intérêt
majeur de ce texte est qu'il utilise, en le retournant,
la thèse de la théorie du complot et la phraséologie
habituelle de l'extrême droite, pour démontrer qu'il
existe une action concertée de «lutte antireligieuse».
En clair, le vocabulaire de Présent, employé
pour démonter le soi-disant complot anticatholique,
est ici mis au service de la scientologie.
De
curieuses accointances idéologiques
Le
texte commence fort : le pouvoir antisecte préparerait
en effet une «solution finale» contre les gourous.
Notre juriste juive et israélienne, donc «particulièrement
sensible à toutes les manifestations de discrimi-
nation», s'émeut de trouver, dans ces préparatifs
«une impression de déjà vu».
Bref,
le nouvel antisémitisme, c'est la lutte contre les
sectes. D'ailleurs, comme le souligne l'intéressée,
la seule loi semblable à avoir vu le jour en Europe
aurait été imposée en Italie par Mussolini. Pour
les adeptes de l'Église de scientologie, la conclusion
est claire : l'action de l'ADFI est le symbole du
racisme antireligieux en france». Un terme qui renvoie
explicitement au «racisme anti chrétien» ou «antifrançais»,
d'une certaine presse intégriste, et qui est nouveau
dans le vocabulaire des disciples de Ron Hubbard,
fondateur de la secte.
Publié
en supplément au journal des scientologues, Ethique
et liberté, ce texte a été envoyé par leur attachée
de presse, Brigitte Demaria, à plusieurs institutions
juives, en attirant leur attention sur «la dérive
extrémiste qui se fait jour autour des nouvelles
spiritualités» et en proposant une prise de
contact.
De
Nouvelle Acropole à l'Église de scientologie, les
sectes ont décidément de curieuses accointances
idéologiques.
Jean-Yves
CAMUS
Tribune
Libre anti-scientologie - Index
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