- MES
FILLES VOULAIENT EMPRUNTER TROIS FOIS 150'000
Fr.
-
- "Toutes
les personnes condamnées par la scientologie
- sont
condamnées à ne plus avoir de
communication"
-
- Audience du 19 août
1992 - Tribunal correctionnel de l'arrondissement
de la Sarine
- Audition
du témoin Monsieur ROSE
(nom d'emprunt), ex-scientologue et père
de SUZI
(nom
d'emprunt)
-
- [Texte
intégral]
-
- Se
présente en qualité de témoin
:
-
- M.
ROSE (nom d'emprunt), né en 1942, ingénieur
en génie civil, domicilié à
(...), avisé de son devoir de dire la vérité
et des conséquences pénales d'un faux
témoignage, qui déclare
-
- "Le
Centre..." était l'ancien nom.
-
- Concernant
les emprunts bancaires contractés par des
mineurs, je vous remets un document. Il s'agit de
Marie et de SUZI
(nom d'emprunt) DOMI
(nom d'emprunt),
son ami. Ces deux jeunes gens ne connaissaient pas
l'allemand, ou vaguement.
-
- Le
Président constate que SUZI
et DOMI
ont emprunté, le 9 avri l 1987, Fr.30' 000.
--à la Société Revi-Leasing,
avec Jürg BERTA comme "Solidarischer Mithafter".
Le contrat d'emprunt contient les signatures de
SUZI,
DOMI et Jürg
BERTA.
-
- M.
ROSE:
-
- Sous
la signature des enfants, il y a la signature de
Jürg BERTA. J'ai eu beaucoup de peine à
obtenir ce contrat. Le deuxième contrat [du
26.02.1988] annule le premier. Le 9 avril, à
la signature du contrat, je n'en savais rien. SUZI
est née le 24 septembre 1970. Elle avait
16 ans. Elle habitait toujours chez nous. DOMI
habitait à Marsens. Elle était apprentie
à La Placette et lui chez Mooser, à
Bulle. Elle avait une carte de crédit.
-
- Le
montant de l'emprunt a servi partiellement à
rembourser les dettes à la scientologie.
-
- A
La Placette, les dettes étaient au nom de
ma fille, mais ils y allaient ensemble. SUZI
était apprentie à La
- Placette
et lui l'était chez Mooser à Bulle.
Par conséquent, les revenus inscrits dans
le contrat d'emprunt proviennent de je ne sais où.
-
- Le
Président constate que, dans le contrat
d'emprunt du 9 avril 1987, les salaires nets de
SUZI
et DOMI
sont de Fr. 2'500.--,
respectivement Fr. 2'000.--.
-
- M.
ROSE:
-
- FACHIN
(Marco Fachin, Ndlr) et CRAUSAZ (Suzanne Montangero-Crausaz,
Ndlr) savaient
que je n'aurais jamais accepté cela. Je n'étais
pas d'accord que les filles soient dans la rue pour
faire de la publicité (pour la secte de
scientologie. Ndlr). Tout ce que je disais ne
servait à rien. Cela ne m'a valu que des
choses désagréables.
-
- Des
membres ont mis en relation BERTA et ces enfants,
et ils ont signé.
-
- Le
dernier contrat signé est celui du 26 février
1988, qui annule le premier.
-
- Comme
ma fille recevait des rappels de Manor, je me suis
permis d'en ouvrir un. Elle m'a alors craché
le morceau. Je suis allé chez Manor pour
leur dire que je trouvais anormal que, avec une
carte de crédit limitée à Fr.
500.--, elle ait pu avoir des dettes pour un montant
de Fr. 5'000.-
-
- Mais
comme elle n'avait pas fini son apprentissage, j'ai
payé les Fr. 5' 000. --. En revanche, les
autres Fr. 7'000.-- dus à Manor ont été
prélevés sur l'emprunt de Fr. 30'000.--.
(20'000 euros)
-
- La
mère de DOMI
était traumatisée
et avait peur des réactions de son mari.
Elle a signé. Elle ne s'est rendue compte
que par la suite de son erreur. Elle a ensuite écrit
la lettre du 21 février 1989.
-
- Le
deuxième emprunt a été fait
avec Sol-Finanz et non plus Revi-Leasing. Je n'
ai jamais eu aucun contact avec BERTA. S'agissant
des emprunts, DOMI
a été coincé. Il ne pouvait
plus emprunter de l'argent. Il a eu beaucoup de
difficultés et n'a pas voulu lâcher
prise au lieu de tout laisser tomber.
-
- Je
n'ai jamais été membre de la scientologie.
J'ai suivi des cours, car certaines choses étaient
intéressantes. Je suis en effet curieux et
explorateur, enthousiaste et intéressé.
Mais jamais, je ne me suis laissé prendre
par le fanatisme. Je suis mon propre maître.
-
- J'ai
fait des remarques à FACHIN. J'ai constaté
que 90
% des membres quittent la scientologie.
Cette organisation est très prenante. Plus
on travaille pour elle, plus elle en veut. C'est
à la fois désagréable et stimulant,
pour autant qu'on ait besoin de cela.
-
- J'ai
fait des reproches. Je parlais d'autres choses,
qui m'intéressaient également.
-
- Mes
filles ne me parlent plus.
-
- J'ai
fait la connaissance d'une personne, qui par hasard
avait également fait de la scientologie et
qui avait été condammée par
celle-ci. Toutes les personnes, en relation avec
celle-ci, sont également condamnées
par la scientologie. Elles sont condamnées
à ne plus avoir de communication.
-
- Le
Président constate que SUZI
et DOMI ont emprunté
de l'argent alors qu'ils étaient âgés
de 16, respectivement 17 ans. Le Président
donne connaissance de la lettre de M. ROSE à
Marco FACHIN, Pierre TANER et Willy SCHURTER du
15 mars 1986. (Trois dirigeants scientologues.
Ndlr)
-
- Finalement,
le Président rapporte les
déclarations de Suzanne MONTANGERO, s'agissant
de l'engagement moral contracté par SUZI, sans aucun effet financier.
-
- M.
ROSE:
-
- Je
confirme ma lettre.
-
- Ce
qui me gênait dans cet engagement, c'était
les conséquences secondaires. Il y a un aspect
de fanatisme. Avant d'avoir déjà une
certaine culture, on engage les gens sur une voie.
Même si on exagère avec quelque chose
de valable, cela amène à la catastrophe.
J'ai réagi du fait de la grande emprise qu'ils
avaient sur mes filles.
-
- J'ai
supposé que derrière cette amitié
contraignante, quelque chose se passait.
-
- J'ai
suivi des cours. Une de mes filles a fait une anorexie.
J'ai vu des médecins. Ils n'ont rien pu faire.
- J'ai
suivi les techniques de régression de la
scientologie. FACHIN a auditionné ma fille
et, en six semaines, elle a été guérie.
Mais à côté de certaines choses
qui marchent, il y a tant de choses pour lesquelles
cela ne marche pas.
-
- J'ai
amené mes trois filles à la scientologie.
A cette époque, il n'y avait pas autant de
techniques de communication qu'aujourd'hui. Il s'agissait
des techniques les plus efficaces. Je ne regrette
pas.
-
- Aujourd'hui,
je ferais autrement, car il existe d'autres techniques.
-
- Dans
les systèmes actuels, il manque des réponses;
ainsi les gens se tournent vers des organisations
fanatiques.
-
- M.
ROSE:
-
- Il
n'y a pas eu d'emprunt, mais seulement un engagement.
-
- Aux
questions de Me Alexandre EMERY (avocat
d'Alex),
- M.
ROSE répond:
-
- Au
point 3 de la lettre du 15 mars 1986, je parle d'un
certain Pierre. Il doit s'agir de Pierre TANNER.
Un jour, un parent de moi (un oncle) reçoit
une demande d'argent de mes filles. Elles désiraient
recevoir un certain montant pour le donner à
la scientologie. J'ai appris tout cela par la suite.
Elles avaient demandé trois fois 150'000.-
(100'000 euros)
-
- Elles
étaient complètement naïves.
Il n'a rien versé. Il ne m'a rien dit. Il
m'en a simplement parlé une
- année
après. Elles pensaient bien faire. Elles
voulaient améliorer et aider l'humanité.
J'étais allé à la scientologie
pour qu'on ne les fanatise pas. J'ai loupé
la coche.
-
- M.
ROSE:
-
- Mes
filles ont écrit cette lettre d'elles-mêmes.
Elles ont assez d'imagination. Elles ont cependant
été encouragées par des gens
adultes, responsables, membres de l'organisation.
Je trouve cela étrange.
-
- Concernant
la scientologie, j'était mitigé, mais
pas totalement. Ma femme était franchement
contre. Je n'ai pas été entendu, ni
d'un côté, ni de l'autre. Il faut dire
que plus la scientologie sera attaquée, plus
elle sera fanatisée. Il ne faut pas provoquer
les martyrs.
-
- Je
n'ai payé que de petits montants à
la scientologie. Si on voulait des livres, on pouvait
en acheter en paquets, et on pouvait garder une
certaine commission à la vente. Comme je
ne trouvais pas bien de harceler les gens, je les
ai achetés à mon nom.
-
- A
la question de Me Alexandre EMERY,
- M.
ROSE répond :
-
- Le
contrat du 9 avril 1987 concerne SUZI
et DOMI; en revanche,
le contrat du 26 février 1988 ne concerne
que DOMI.
Comme ils savaient qu'il ne serait jamais possible
de s'arranger avec moi, ils ont tout mis au nom
de DOMI
et ma fille a signé comme garante.
-
- Me
Alexandre EMERY constate que, dans le contrat
de prêt du 26 février 1988, SUZI
figure comme débitrice solidaire.
-
- M.
ROSE:
-
- Cela
a été rajouté après
coup. Je l'ignorais.
-
- Le
Président constate qu'il pourrait s'agir
d'un faux
-
- Me
Gisèle DE BENOIT-REGAMEY (avocate
de la scientologie)
-
- Dans
les articles de presse, on parle d'un père
de famille. Est-ce M. ROSE ?
-
- Alex
:
-
- J'avais
ce cas-là dans la tête.
-
- M.
ROSE :
-
- Si
la personne est restée anonyme, c'est qu'elle
voulait rester anonyme. Je suis le père de
SUZI,
qui a fait cet emprunt, et personne ne m'en a avisé.
-
- A
la question de Me Gisèle DE BENOIT-REGAMEY,
- M.
ROSE répond :
-
- Ma
fille SUZI
m'a dit qu'une partie de l'argent était destinée
à la scientologie.
-
- J'ai
ici les quittances d'Alex.
-
- Me
Alexandre EMERY :
-
- Le
fait que ces quittances se retrouvent chez M. ROSE
s'explique ainsi : ces deux personnes ont beaucoup
parlé ensemble de la scientologie.
-
- M.
ROSE :
-
- Alex
était très désarmé,
au bord de la dépression. Je lui ai donné
un coup de pouce. SUZI
a utilisé
une partie des Fr. 30'000.--, qu'elle a versés
à la scientologie. Je n'ai pas de quittance.
-
- Le
Président constate que dans le dossier
(pièce 59), figure une feuille de quittance
au nom de SUZI.
Il y est ajouté un mot de l'Eglise de scientologie
à SUZI.
Il s'agit d'un relevé de compte débit.
-
- M.
ROSE :
-
- Il
doit s'agir de M. G. Non, en fait, il doit s'agir
d'un autre caissier.
-
- Le
Président constate que, au 25 décembre
1988, SUZI
devait quelque chose.
-
- M.
ROSE :
-
- Je
ne suis en possession d'aucune pièce. Je
suis cependant certain qu'ils n'ont pas fait les
fous avec les sommes empruntées. La moitié
a dû servir à payer les échéances
et l'autre moitié a été versée
à la scientologie.
-
- Il
s'agit de Fr. 30'000.- (20'000 euros). Leur tactique
était de transférer directement du
compte de l'emprunté à celui de l'organisation.
C'est du moins ce que j'ai entendu dire. Mais je
n'ai jamais fait d'emprunt.
-
- Marco
FACHIN (directeur de l'eglise de scientologie
de Fribourg) :
-
- Concernant
les Fr. 30'000.-- empruntés le 31 mars 1987
par Alex
je pense qu'une partie a servi à payer les
services et l'autre partie a été remise
en mains propres. Habituellement, la différence
est remise à la personne sous forme de chèque.
-
- Aux
questions de Me Gisèle DE BENOIT-REGAMEY,
- Marco
FACHIN répond:
-
- S'agissant
de la signature du contrat par DOMI
et SUZI, j'ai appris
cela quand cela avait déjà été fait.
Les deux enfants sont allés voir directement
M.HO
en vue d'un éventuel emprunt. Il s'agissait
également d'une dette personnelle.
-
- A
l'époque, on organisait des conférences
avec des gens de Berne. HO
accompagnait souvent l'invi té .et renseignait
les gens intéressés à ses services.
-
- Personnellement,
je n'ai pas été mêlé
à cet emprunt. Cette histoire a certes provoqué
un malaise dans la Mission. Je connaissais M. ROSE
et ses idées. On ne savait pas trop que faire.
-
- A
la question de Me Alexandre EMERY,
- Marco
FACHIN répond :
-
- Concernant
la lettre du 25 décembre 1988 adressée
à Marie, il doit s'agir de M. H.; il était
caissier à Berne.
|