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TÉMOIGNAGES CONTRE LA SCIENTOLOGIE
 
Eglise de scientologie de Paris: témoignages de Claude Junqua

Témoignage: L'Eglise de scientologie vous entraîne dans un engrenage financier qui vous dépasse. Interview d'un couple d'ex-scientologues (1992 -France 3)

Audio: Témoignage de Claude Junqua, une ex-employée de la scientologue à qui il a été demandé de ne pas avoir d'enfant ! (Radio France - La voix du silence - 1992)

Eglise de Scientologie de Paris: Le combat d'une femme (septembre 1989)

Eglise de scientologie de Paris: "Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent"

Eglise de scientologie de Paris: Une mauvaise race !??

Scientologie et ses textes sacrés: La Scientologie est-elle raciste ? Etranges réponses de la part de Danièle Gounord, présidente de l'Eglise de scientologie de Paris (1992 - France 3)
 

Le combat d'une femme

Claude Junqua obtient le remboursement de 400'000 FF

par Florence Sturm. Revue chrétienne La Croix, septembre 1989
 
(voir aussi son témoignage publié par l'ADFI Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent! et l'interview d'un couple d'ex-scientologues sur France 3).
 
"Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent"
 
"Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent": pendant une semaine, avec une pancarte sur sa voiture, Claude Junqua, une jeune femme de 29 ans, a tenu une grève de la faim devant le siège de l'Eglise de Scientologie à Paris. Les responsables de l'association - devant la présence d'une caméra d'Antenne 2 - ont craqué: ils lui ont remboursé 400'000 F.
 
Aujourd'hui, avec le recul, elle analyse les mécanismes de l'engrenage qui l'ont amenée à entrer dans l'Eglise de Scientologie et à y rester sept ans. "En 1981, j'étais étudiante aux Beaux-Arts à Toulouse. Passionnée de livres et de philosophie. Un jour, un copain m'a prêté la Dianétique de Ron Hubbard (fondateur de l'Eglise de Scientologie, décédé en 1986).
 
Je n'avais jamais entendu parler de Scientologie. Le livre m'a plu. Il développait une technique mentale permettant de guérir les maux, de résoudre les problèmes, de rendre l'homme meilleur, mais tout cela de manière très subtile, pas utopique. Je me suis fait avoir comme cela."
 
Claude Junqua franchit rapidement le premier pas: elle s'offre, un peu par curiosité, un stage de deux jours au centre de Dianétique d'Angers pour la modique somme de 200 F. C'est à ce moment-là, à ses yeux, que le double piège est bouclé: "Il y a d'abord ce piège financier: les livres, les stages que l'on effectue au début sont très bon marché. Ensuite, il y a le piège mental, spirituel. Au départ, on fait des progrès. Les "auditions" au cours desquelles vous vous retrouvez face à un scientologue vous permettent de retrouver des souvenirs, des émotions enfouies. C'est magique, c'est captivant. 0n se dit: "Ça marche, je me sens mieux."
 
Pour Claude Junqua c'est le début de l'engrenage: "Quand quelqu'un met un pied dans la Scientologie, il est canalisé. D'un côté, il y a ceux qui ont une situation (médecins, avocats...) et qui vont payer pour s'améliorer. Ce sont eux qui financent. De l'autre côté, il v a ceux qui n'ont pas d'argent (c'était mon cas) et à qui on a fait miroiter un contrat pour devenir membre du personnel avec un travail plein de promesses sur un plan humanitaire, planétaire..."
 
En attendant, Claude Junqua est "rémunérée" 50 F par semaine, on l'envoie alors à Copenhague pour suivre une formation interne à l'Eglise de scientologie. Déjà, elle n'est plus maître de ses choix: "Je voulais être auditeur mais 'ils' avaient décidé que je serais superviseur de cours.
 
Ça m'a un peu refroidie, mais j'ai encaissé." Au Danemark, pendant trois mois, Claude Junqua va vivre une expé- rience difficile qu'elle qualifie de véritable endoctrinement. "Nous travaillions douze à quinze heures par jour. En plus de cours qui s'inspiraient exclusivement des théories de Ron Hubbard, il fallait faire ses preuves, avec un travail de manutention par exemple. Coupés de nos familles car impossibles à joindre à cause de cet emploi du temps, nous n'avions même pas cinq minutes pour réfléchir."
 
En 1983, la jeune femme décide de changer de statut, de devenir membre bienfaiteur du mouvement. Un "privilège" qui se paie cher: 250.000 F la carte de "patron", sans compter les stages à 25.000 F et les "auditions" à 10.000 F. Pour payer, Claude Junqua et d'autres membres de la Scientologie présentent à diverses banques parisiennes des dossiers de prêt "étudiants".
 
"L'Eglise de Scientologie nous fournit les dossiers ainsi que des factures de cours d'art. Un jour, je me suis retrouvée entre deux policiers, inculpée de faux, d'escroquerie et de complicité de faux et escroquerie. C'est la gifle qui n'a réveillée." Relaxée par le tribunal (toutefois le ministère public a fait appel), Claude Junqua s'acharne alors à obtenir le remboursement de toutes les sommes versées à l'Eglise de Scientologie. Pas facile. "Je savais qu'engager un procès ne servirait à rien. Alors, j'ai cherché ce qui pourrait leur faire peur. La faille des scientologues, ce qu'ils redoutent par-dessus tout, c'est la mauvaise réputation."
 
Claude Junqua a récupéré la quasi totalité de son argent, mais pas tout le reste: "Ils possèdent sur moi des données intimes dans des dossiers qui correspondent à une violation de personnalité. C'est très grave d'aller fouiller dans le mental des gens. J'ai passé un an sans faire de rêves." C'est aussi pour tout cela, pour les autres, que Claude Junqua accepte de témoigner aujourd'hui.
 
Radio France 1992: Témoignage de Claude Junqua
 

Audio: Témoignage de Claude Junqua

(Radio France - La voix du silence - 1992) durée 19:30

Quelques extraits:

"Selon Hubbard en quelques heures on pouvait devenir clair ! Les scientologues se servent du test de personnalité pour constituer un fichier de clients et avec l'intention de profiter de leurs faiblesses."

"En scientologie on est reçu sur un tapis rouge: Je ne me suis pas rendu compte que je n'avais plus un moment à moi et que les personnes qui m'entouraient étaient fanatiques. J'ai été manipulée pour abandonner mes études et tout le peu d'amis qui me restaient."

"Un superviseur n'est un réalité qu'un garde chiourme qui est entraîné pour que personne ne sortent de la salle de cours."

"A Copenhague c'est là qu'à commencer le grand lavage de cerveau. Les responsables ne voulaient pas que les employés forment des couples. Mon mari a de suite été envoyé en mission et on nous a demandé de ne pas faire d'enfants."

"Si on avait pas fait notre quota de travail il fallait rester tard le soir."

"Malgré le fait que la scientologie se vente de rembourser les gens j'ai fait dû faire une grève de la faim pour qu'il me rendent mon argent. De plus ce n'est que lorsque les médias."

 
Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent !
 
Claude Junqua raconte son expérience chez les Scientologues
 
BULLES du 4ème trimestre 1989)
 
Le dimanche 3 septembre 1989 au journal de vingt heures d'Antenne 2 (devenu France 2 par la suite), les téléspectateurs ont pu découvrir l'incroyable histoire d'une jeune femme de vingt-neuf ans qui venait, pendant une semaine, de faire la grève de la faim devant le siège de l'église de Scientologie, à Paris.
 
"Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent", disait la pancarte qu'elle avait fixée sur sa voiture... Pour étouffer l'affaire, les Scientologues ont préféré lui rembourser les quelque quatre cent mille francs qu'ils lui avaient soutirés. Claude Junqua raconte ici plus en détail sa longue et triste aventure.
 
(voir aussi l'article du journal La Croix: Eglise de Scientologie, le combat d'une femme, et Interview d'un couple d'ex-scientologues sur France 3).
 
BULLES 4ème trimestre 1989
[Texte intégral]
Un ami me prête le livre de Ron Hubbard, la Dianétique
 
Dans les années 1980-1981, alors que je suis étudiante aux Beaux-Arts de Toulouse, un ami me prête le livre de Ron Hubbard, la Dianétique. J'accroche totalement et suis séduite par le travail technique de l'audition.
 
A la mission de Toulouse où je me rends pour la première fois, un membre du personnel de la Scientologie d'Angers qui se trouve là me propose d'expérimenter la technique exposée dans le livre dans un séminaire de deux jours. Pour deux cents francs seulement, je peux "auditer" et améliorer les aptitudes des gens grâce à l'audition. Je n'en reviens pas et décide de m'y rendre.
 
 A Angers, entre deux séances, au cours de la première récréation, un des participants qui appartient au siège de Copenhague m'offre de signer un contrat de membre du personnel et me vante tous les avantages de travailler au coeur de l'organisation.
Départ pour Copenhague
 
Le voyage loin de la France, la vie gratuite dans un hôtel, la nourriture assurée et, surtout, la promesse de devenir "auditeur"... je suis séduite. Je signe le contrat et je dispose de trois semaines pour régler mes affaires en France. Mais le même jour, j'avais déjà signé un contrat pour travailler à Angers: les deux organisations se disputaient ma présence. Alors, le directeur d'Angers décide pour moi: "Tu sera superviseur, nous en avons besoin ici". Première grande déception.
 
Je n'ai pas osé me rebiffer, j'aurais été la première à le faire et le directeur bénéficiait d'un tel prestige aux yeux de tous que cela m'était impossible. Il a donc été décidé que je travaillerais à Angers mais que je serais formée à Copenhague où j'ai débarqué. Surprise ! En fait d'hôtel, j'ai dormi dans un dortoir... En fait de restaurant, je me suis retrouvée dans un réfectoire où je disposais de vingt minutes pour m'alimenter. J'en suis sortie tout affamée.
 
 Mais les cours me plaisaient et m'apportaient beaucoup. Au bout de deux mois, ils étaient terminés. On me propose un peu "d'audition" en guise de récompense. A ce moment, le directeur d'Angers me rappelle de toute urgence. Son superviseur venait de s'enfuir. Toute déçue, j'ai quand même obéi.
Retour à Angers
 
Là, à Angers, je fais la connaissance d'un garçon de Pau qui a un parcours similaire au mien.
 
Mon poste devenait très lourd à supporter ! Très vite, j'ai été en désaccord avec mon "ténor", supérieur hiérarchique, à cause du stress qu'elle me faisait subir en me poussant à faire des choses contre ma volonté. Mais, comme dans le groupe personne ne se rebiffait, je pensais que mes réactions n'étaient pas normales.
 
Le poste que je tenais me donnait droit à un temps d'audition journalier; j'ai alors commencé la procédure de "purification" qui est censée éliminer les effets nocifs de toutes drogues et médicaments.
 
Le stress devenait intolérable. Par exemple, pour arriver à manger suffisamment en qualité et en quantité, pour supporter le travail "sur poste", pour supporter les heures sur la "purif"... Pour 10 à 12 heures de travail par jour, ma paye était de cinquante à deux cents francs par semaine, avec un seul jour de liberté. Malgré tout cela, je faisais confiance, j'avais de bons résultats, je remplissais enfin les salles de cours. Financièrement, je trouvais bizarre qu'avec tous les millions qui rentraient chaque semaine dans la mission, les factures soient payées avec retard, qu'il y ait des difficultés de cet ordre.
 
Mais je ne mettais pas en doute leur honnêteté. Je répondais à leur demande de participation pour pallier ces difficultés et j'acceptais de distribuer des prospectus dans toute la ville, en plus de mon travail habituel. Je me souviens d'avoir été obligée de distribuer des tracts, enceinte de 8 mois, chargée d'énormes sacs. Si j'avais refusé, j'aurais été traitée comme une pestiférée, mise "en éthique" (section de la Scientologie qui est censée appliquer la justice), d'où l'on ne sort que si on est réhabilité aux yeux du groupe, en exécutant de gros travaux physiques, et, bien sûr, en étant moins bien payé, voire pas de tout.
Première tentative de départ
 
Je n'étais donc ni heureuse sur mon poste, ni avec mon audition. Mon fiancé ayant des ennuis similaires, nous avons décidé ensemble de tout quitter en prétextant notre futur mariage.
 
Et nous sommes partis, déstabilisés par ce que nous avions vécu, sans but précis sur ce que nous allions faire. Nous nous sentions coupables de ne pas agir pour sauver la planète. Et, relancés par Angers, nous y sommes repartis. A ce moment, nous étions persuadés que les problèmes passés ne venaient pas de nous.
 
De nouveau, j'exprime mon souhait de devenir auditeur, puisque Ron Hubbard désignait ces personnes-là comme étant les plus valables de la planète. Contre mon gré, on me demande, une fois de plus, de reprendre mon poste de superviseur. Le directeur nous prend à part dans son bureau et nous dit : "Bon, c'est bien, vous êtes mariés, mais vu le contexte, je vous demande de ne pas faire d'enfant pour l'instant ... ". Nous avons été soufflés par ce discours, mon mari et moi.
 
Bien sûr, je me suis trouvée enceinte tout de suite, A ce moment-là, il a été décidé que je recevrais l'audition pour femme enceinte tout de suite. Cette audition, une fois de plus, n'a pas marché. Parallèlement, ça n'allait pas sur mon poste. Le responsable m'a alors expliqué que rien ne pourrait marcher si je n'étais pas "éthique"... Comme ils ne savaient pas quoi faire de moi, à quinze jours de mon accouchement, ils ont demandé à mon mari de m'emmener prendre l'air.
 
Après mon accouchement, sans problème, un membre de Copenhague nous propose de travailler au Danemark, me laissant l'espoir de devenir auditeur. " Si tu le veux vraiment, me dit-il, tu le seras". Espoir déçu encore : on m'a mise comme superviseur. J'ai travaillé à leur rythme alors que je venais d'accoucher depuis dix jours. Pourtant, même en Scientologie, il est de règle de laisser un mois complet à la maman. Ce mois m'avait été promis!
Seconde tentative
 
Nous sommes en 1983. La situation devenait insupportable : nous avons décidé de fuir, puisque nous n'avions pas l'autorisation de sortir librement. Nous nous som- mes échappés une nuit, tous les trois ! Nous sommes partis dans la campagne de Pau. Mon mari a trouvé du travail et je me suis occupée de mes deux enfants... En 85, nous sommes de nouveau relancés par une personne de Copenhague nous disant qu'on avait besoin de nous, que la direction avait changé... Je n'étais pas très chaude, pourtant nous y sommes retournés. J'ai repris mon poste de superviseur... Une fois de plus, j'ai remonté le cours.
 
Je commençais à constater la différence entre la pratique et la théorie. Nos payes étaient lamentables, avec seulement une demi-journée de liberté par semaine ! Nous vivions à un rythme infernal, sous prétexte qu'il fallait agir vite pour sauver la planète. N'en pouvant vraiment plus, je décide de rentrer en France.
 
J'étais enceinte pour la troisième fois. Je laisse mon mari et mes enfants. Arrivée à Pau, des amis m'hébergent, je trouve du travail. Mon mari et mes enfants me rejoignent et nous décidons fermement de ne plus travailler comme membres du personnel. Cependant, nous croyions toujours à 100 % dans la Scientologie. Nous nous culpabilisons même de ne pas avoir réussi et concluons que les problèmes ne venaient que de nous.
Commencement des emprunts
 
En 86, mon mari a créé sa propre entreprise. Etant en rupture avec la Scientologie, nous envoyions chaque mois de l'argent à Copenhague pour ne pas être mis en quarantaine.
 
Ici s'arrête la période "membres du personnel" et nous allons commencer la non moins périlleuse période "public". Le public, c'est celui qui travaille à l'extérieur, possède une fortune, des biens et/ou un très bon salaire.
 
 Quand la nouvelle que nous voulions devenir publics s'est propagée, deux membres de l'église de Scientologie d'Angers sont venus nous voir. Nous avions des dettes et n'avions pas les moyens d'acheter les services en tant que publics. Il a alors été décidé que nous ferions des emprunts. Comme je n'en avais jamais fait, les deux membres d'Angers m'ont accompagnée à la banque. Leur empressement me semblait normal sur le moment, vu le peu de temps qu'il nous restait pour sauver la planète.
 
Pour nous, il devenait obligatoire de devenir membres de l'IAS (Association Internationale de Scientologie). Son but est de collecter de grosses sommes pour se défendre des attaques dont les églises de Scientologie étaient l'objet. On pouvait être membre annuel ou à vie. On pouvait aussi être " patron " (avoir fait un don de 250.000 F). On nous encourageait vivement à devenir membres à vie. Cela nous donnait des privilèges et plus de considération. Une carte à vie coûtait 12.000 F. Il a fallu faire un emprunt de 24.000 F en plus de l'emprunt pour rembourser nos dettes. J'ai eu mon troisième enfant. L'entreprise marchait.
 
 J'avais commis l'erreur de dire, au Danemark, que je pensais avoir atteint un certain niveau dans l'audition. Ce qui me valut, fin 86, la visite d'un membre de l'AOSH (organisation chargée de délivrer l'audition aux publics) pour me dire que, justement, un procédé venait d'être mis au point pour vérifier l'état " d'audition ".
 
Ce procédé était à un prix promotionnel... Pour douze heures et demie de préparation à l'audition et, pour les cinq heures prévues par le procédé, je n'avais qu'à donner 25.000 F. C'était la carotte idéale ! Je m'arrange, en accord avec mon mari, pour rassembler les fonds. Ce "procédé" ne devait durer que dix jours. J'organise mon voyage. Je laisse mon mari avec les deux aînés et je pars avec le dernier de dix mois.
 
Tout était prêt pour m'accueillir. Etant " public " et membre de l'IAS, je pensais que le tapis rouge serait déroulé sous mes pieds, comme on nous le laissait entendre lorsque nous étions membres du personnel. Déception ! Personne pour m'accueillir ... Pas de chambre pour moi, pas de place à la nursery, comme c'était pourtant convenu. Je finis par avoir à prix d'or une chambre sale où il manque la clé. Aucun dossier pour moi. Etant public, j'ai osé réclamer et exprimer mon mécontentement. Le groupe s'en fichait: j'avais payé d'avance (en payant d'avance, il y avait une remise de 5 %). Je passe l'éponge, me disant que ce ne sont que des détails matériels.
 
Au bout de cinq jours, coincée dans la salle d'attente, j'apprends que je ne peux obtenir le procédé que j'espérais... je dois en recevoir un d'un niveau inférieur. C'est la douche froide, mais je suis obligée d'en passer par là. Les dix jours prévus s'écoulent. Au bout de cinq semaines, je n'avais toujours pas obtenu le résultat promis et, de plus, j'ai dû emprunter encore à d'autres publics 40 ou 50'000 F.
Pressée comme un citron
 
Ayant de grands moments d'oisiveté, un membre est venu me proposer d'acheter un petit cours pour occuper le temps. J'étais tellement lessivée que j'ai payé sans me rendre compte que le cours était en anglais. Mais j'étais si déprimée que je n'ai pas pensé à me faire rembourser. A l'AOSH, la personne qui me poussait à emprunter s'arrangeait pour que je prenne mes décisions seule et rapidement. J'étais pressée comme un citron, sans m'en rendre compte. Séparée de mon mari, de mes deux aînés, dans un pays étranger, tout cela a contribué à ce que, maintenant, je nomme "manipulation".
 
Au bout de cinq semaines, mon mari, voyant que j'étais prise dans un infernal cercle vicieux, m'a persuadée de rentrer. Mais les responsables ne voulaient pas que je parte, me disant que ce serait dangereux pour moi d'arrêter le procédé en cours de route. Mais je suis partie. Arrivée en France, j'ai alerté les membres haut placés de la Scientologie à Los Angeles ; je croyais qu'il y avait une vraie justice en Scientologie. Les événements qui auront lieu par la suite me détromperont. Je n'avais toujours pas l'idée de demander justice à l'extérieur de la Scientologie. Mais je commençais à me poser des questions: " Y a-t-il eu manipulation ? Abus de confiance ? Escroquerie ?...".
 
En octobre 87, nous sommes informés de ce qu'un congrès international d'IAS aura lieu à Paris pour réunir tous les Scientologues. Des nouvelles de l'expansion de la Scientologie nous seraient données. Les bonnes nouvelles seulement, car on ne donne que les bonnes nouvelles ; ou alors, les mauvaises quand ils ont besoin de notre contribution financière. Pendant le congrès, un Scientologue fait un briefing sur le rôle (?) miraculeux qu'est celui de " patron " de IAS, citant des cas de personnes qui, une fois patrons, ont reçu des honneurs ou ont eu, comme par magie des gains de toutes sortes.
 
Cela touche mon mari. Quant à moi, le directeur de l'AOSH me relance en me disant que c'était grave pour moi de rester avec un procédé inachevé. Il avait mis le doigt juste sur le point sensible, m'affirmant que pourrait être terminé en très peu de temps. J'étais dans un tel état psychique, tellement bouleversée, qu'il me fallait absolument cette audition. Le directeur me laisse entendre que l'issue serait immédiate. Bien sûr, cela ne coûterait que 10'000 F pour cinq heures. Je bataille pour avoir de l'argent, mais cette fois-ci, je prends mes précautions : je ne monterai que pour trois jours. Je ne donnerai pas un centime de plus. J'avais pris mon billet de retour en avion daté pour être sûre de ne pas flancher et juste l'argent pour trois nuits d'hôtel. Tout ceci était bien clair aussi avec mon mari.
 
Dès mon arrivée, je passe à la caisse, la trésorière me fait signer un papier sans rien m'expliquer ni me donner de double. Je suis tellement obnubilée de savoir que d'ici cinq minutes, je serai avec mon auditeur que j'aurais aussi bien pu signer mon arrêt de mort sans m'en rendre compte et... j'attends. J'ai attendu... trois jours. J'étais furieuse, anéantie, mais impuissante.
 
Trois heures avant mon départ en avion, l'auditeur est venu me chercher ; une fois seule avec lui, j'ai craqué totalement - j'ai dit: "je dois partir" - alors l'auditeur, un adjoint de la direction et deux autres membres qui passaient par là m'ont prise dans un bureau et ont essayé de me persuader de rester. Ils ont tout essayé pour me faire fléchir, voulant même que je téléphone à mon mari; cela a été très éprouvant de résister, mais j'y suis arrivée et suis partie à toute vitesse - je n'ai même pas pensé à me faire rembourser.
Du rêve au cauchemar
 
Peu après mon retour, mon mari ayant montré au congrès son intérêt pour l'état de "patron", deux membres très haut placés dans IAS sont venus nous voir pour nous aider à réaliser ce rêve - vous verrez que ce rêve est vite devenu un " cauchemar " - ça a même failli être l'enfer ... Mais encore, à ce moment-là, on pense que si nous ne participions pas d'une manière ou d'une autre aux actions de la Scientologie, nous serions damnés. Toutes nos expériences ayant échoué de notre fait, pensions-nous, il nous restait la possibilité d'être "patron", c'est-à-dire membre bienfaiteur en l'occurrence.
 
Les deux huiles de l'IAS nous ont alors exposé le plan que suivent tous les patrons. Il fallait de nouveau faire des emprunts si nous voulions être actifs tout de suite. Je vais à Paris où deux membres d'IAS avaient tout mis en place pour me guider dans mes démarches.
 
La filière des banques à contacter était établie, mon dossier standard était prêt avec des factures fabriquées, pour l'occasion, par d'autres Scientologues (dans mon cas, c'était des factures de cours d'art délivrées par un Scientologue responsable d'une école de graphisme). Ils m'ont mise aussi au courant de l'existence de " prêts étudiant " qui étaient à la mode à Paris à ce moment là. J'ai foncé en toute innocence, ne pensant pas un seul instant que des Scientologues pourraient faire des choses illégales.
La police s'en mêle...
 
En un mois, j'ai collecté les 25'000 F, le prix de la carte de patron. J'ai fait toutes les agences, les premières fois un membre de l'IAS m'accompagnait pour me montrer comment il fallait faire. J'ai eu des moments de découragement, je voulais tout arrêter, mais chaque fois il me regonflait et me remettait sur les rails. La dernière semaine, j'y suis allée par force - intuitivement, je sentais planer un danger imminent. Un matin, ma banque me convoque pour un motif quelconque, j'y vais et là, deux inspecteurs de la police judiciaire en civil arrivent, me fouillent et m'embarquent au poste où je retrouve trois autres Scientologues.
 
Je n'étais pas inquiète car je ne voyais pas ce que j'avais fait d'illégal. C'était le 16 décembre 1987, j'ai fait trois jours de garde à vue et j'ai comparu devant un juge qui m'a inculpée de faux, escroquerie, complicité de faux et d'escroquerie. J'étais sidérée. Heureusement, mon mari prévenu, a pu contacter un avocat qui m'a fait sortir de justesse. Le juge m'a mise alors sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter Paris et interdiction de communiquer avec n'importe quel Scientologue.
Jugée par ... la Scientologie
 
L'IAS m'a rendu tout de suite les 250'000 F pour rembourser les prêts étudiant. En juillet 1988, mon innocence ayant été prouvée, le contrôle judiciaire a été levé et j'ai pu correspondre avec AOSH. Je leur ai alors réclamé les 80'000 F pour le " procédé " que je n'ai jamais pu avoir, ainsi que le remboursement du cours en anglais. Malgré tous mes appels téléphoniques, je restais ignorée par la Scientologie.
 
Ils m'ont jugée, sans ma présence, par des représentants de leur justice, en "comité d'évidence". Ils ont même écrit que je devais être expulsée de leurs églises et remboursée. A ce jour, j'ai pu affirmer et confirmer leur totale mauvaise foi.
 
Dès les premiers pépins, ils m'ont laissée tomber - j'ai alors réalisé que la seule chose qui les avait intéressés chez moi, c'était mon potentiel financier, physique et moral. Une fois endettée, ruinée, déstabilisée, du jour au lendemain, plus personne ne m'a contactée. Je suis une pestiférée qui a causé du tort à leur groupe et, comme par hasard, personne ne se soucie de mon bien-être mental alors qu'avant, cela les passionnait.
La Scientologie rembourse parcimonieusement
 
Je décide alors de demander de l'aide ailleurs. En octobre 88, j'ai eu un non-lieu. Après maints coups de téléphone et de courrier au Danemark et à Paris, surtout après beaucoup d'énergie dépensée, d'argent pour le téléphone et de stress, je reçois environ 60'000 F d'AOSH, le ministère public faisant appel sur le non-lieu, ils ont peur. Je peux rembourser les banques, nous bataillons très dur - la famille nous aide.
 
Peu avant ce remboursement, je m'étais décidée à m'adresser à l'ADFI après beaucoup d'hésitation car, en Scientologie, on fait passer les membres de l'ADFI comme des monstres, dont le seul but est d'empêcher la " clarification " de la planète et donc l'expansion de la Scientologie. J'en fais des cauchemars mais j'y vais, en tremblant. Je tombe de très haut en voyant des gens sensés, calmes et bienveillants. Le responsable de l'ADFI me redonne confiance; enfin, je ne suis plus seule, je commence à respirer, je trouve la force de me battre jusqu'au bout pour obtenir gain de cause, car il est très éprouvant de se battre seule contre une secte.
Grève de la faim rue de Dunkerque
 
Je recommence à m'épuiser pour obtenir le reste du remboursement, je téléphone, j'écris... rien n'y fait. Le 23 août, j'ai pour la première fois une crise de nerfs, ou je laisse tout tomber, ou j'obtiens le reste - mais je n'ai pas le choix, les banques réclament les mensualités. Je n'ai plus d'appétit, plus de sommeil. En état de choc, je décide de partir comme ça pour entamer une grève de la faim, pour récupérer mes fonds. Je ne préviens personne - mon but n'est pas de faire du bruit mais d'en finir.
 
Je baigne dans une angoisse jamais connue auparavant. Le 24 août, je traverse la France seule en voiture, dans un état physique lamentable. Le 25 août, je m'installe le long du trottoir, rue de Dunkerque, avec un canon à dessin sur lequel j'avais écrit : pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent !
 
Deux minutes à peine après, la présidente de l'église sort et me dit: "Bonjour Claude, que tu as maigri ! (sic), que fais-tu ici ? ". Elle essaye de me faire rentrer dans les locaux, je refuse, on va dans un café, elle essaye plusieurs manipulations sur ma personnalité (ils appellent cela des maniements), elle me dit entre autres: "Ça rime à quoi, Claude, ce cinéma, tout ce que l'on va faire, c'est appeler la police et on t'embarquera ". Je réponds: "Appelez-la, j'aurai des choses à lui raconter". Le 27 août, n'ayant toujours rien obtenu, je m'installe dans ma voiture, devant l'église de Scientologie, mettant sur chaque vitre "grève de la faim".
 
Auparavant, je m'étais mise en règle avec le commissariat du quartier. Commence l'attente dans l'angoisse. Connaissant bien les techniques des Scientologues, je savais qu'ils préparaient une attaque. En effet, au bout de quelques minutes, une voiture de police s'arrête, C.W. (pour ne pas la nommer) sort, comme par miracle, au même moment de l'église. Je montre aux policiers mes papiers, le récépissé de ma déclaration, je peux rester, C.W., avec un manque de courtoisie évident, leur demande, n'osant y croire : "Comment, vous ne l'embarquez pas ? ", ce à quoi ils répondent : "Non, cette dame est en règle".
 
Une passante s'en mêle et me demande alors: "C'est vrai ce que l'on dit, ce sont des escrocs, là-dedans ?" C.W. l'éconduit. Je suis trop fatiguée pour m'en mêler, puis C.W. tente de "m'introvertir" avec des tas de termes scientos, pensant que je réagirai encore, je réponds encore, je réponds avec un calme apparent: "Tu peux hurler, ce que je fais est légal, je suis pacifique mais je ne quitterai les lieux qu'avec mon argent". Je passe encore une journée d'angoisse où l'on me tient avec des promesses.
Tournage d'Antenne 2 et capitulation de la Scientologie
 
Le lundi matin, mon mari me rejoint et la guerre des nerfs continue. Le soir on devait avoir 80'000 F, rien n'arrive. Le mardi, même chose avec maintes tentatives pour nous décourager et gagner du temps. Mardi soir, j'ai un malaise. Les pompiers m'emmènent, cela amuse des Scientologues (mon mari en a vu que cela fait rire). Le mercredi matin, on est à nouveau là et on envoie à C.W. un ultimatum: "Si jeudi, 14 heures, on n'a pas le chèque, on avertit les médias". Plusieurs journalistes attendaient notre feu vert. Mercredi soir, on a une somme ridicule de cinq petits chèques (même pas 20'000 F). Jeudi, à dix heures, le journaliste d'Antenne 2 nous dit qu'il va nous envoyer une équipe.
 
On dit : "OK, à condition de pouvoir s'exprimer à part avant de venir sur les lieux de l'action". Le voisinage nous soutient, Antenne 2 est venue à 14 heures. C.W. sort avec d'autres chèques (dans les 60'000 F en cinq ou six petits chèques). On fait la transaction dans un bar du coin, car dès que l'on entre dans les locaux, on se fait "manier". Au moment de donner le dernier chèque, C.W. nous dit: "Maintenant que tout s'est arrangé (il manquait encore dans les 20'000 F pour que l'on soit satisfait), est-ce que vous pourriez envoyer une lettre recommandée à Antenne 2 pour qu'ils annulent le reportage car autant vous que nous, avons intérêt à ce que cette affaire ne s'ébruite pas".
 
Bien sûr, on ne l'a pas fait - histoire que notre aventure puisse informer d'autres victimes potentielles. On était tellement épuisés qu'on n'a plus insisté pour la somme restante, trop heureux de souffler un peu et d'en récupérer les trois quarts.
 
Le dimanche 3 septembre 89, au journal de vingt heures, le reportage est passé, incomplet, mais acceptable, malgré les pressions que la Scientologie a exercé sur Antenne 2 et après maintes hésitations de la part des journalistes. J'ai pris la décision que mon expérience serve à d'autres et j'ai réalisé qu'enfin les Scientologues n'avaient plus d'influence sur moi et que je n'avais plus peur d'eux.
 
UN ENGRENAGE FINANCIER QUI VOUS DÉPASSE
 
Interview d'un couple d'ex-scientologues sur France 3
 
Le 29 avril 1992, France 3 diffusait une émission intitulée "L'empire des sectes". L'émission a débuté avec un reportage essentiellement consacré à une découverte de l'univers insolite de la Scientologie au moyen d'une caméra dissimulée dans le sac d'une personne volontaire. Le débat a été ensuite ouvert par l'animateur Jean-Marie Cavada en compagnie d'invités dont faisait partie un couple d'ex-scientologues.
 
Voici leur témoignage.
 
Voir aussi:
 
La Scientologie est-elle une secte raciste ?
La publication du témoignage par l'ADFI: Pour mes trois enfants, rendez-moi mon argent !
L'article du journal La Croix : Eglise de Scientologie, le combat d'une femme
 

Jean-Marie Cavada: Je vous présente à la suite de ce document Pierre et Claude qui sont mariés, 4 enfants. Vous avez passé près de 9 ans dans l'Eglise de Scientologie. J'aimerais que vous expliquiez ce qu'a été votre vie dans cette église et si les choses que vous vous avez vécues, au passage, recoupent ce que vous avez vu dans le reportage.
 
Pierre: Oui tout à fait. Le reportage donne un panorama assez précis. Dans notre cas, nous avons vécu de l'autre côté de la barrière, c'est-à-dire que nous avons été membre du personnel en Scientologie, ce qui était une expérience encore plus intense si l'on peut dire.
 
Jean-Marie Cavada: Vous avez été recrutés comment ?
 
Pierre: Alors moi j'ai connu la Scientologie par l'intermédiaire d'une conférence qui se produisait dans une université à Pau. Donc il n'était pas question de religion ou de quoi que ce soit, c'était sous le patronage de l'université.
 
Jean-Marie Cavada: Vous y êtes allé librement évidemment ?
 
Pierre: Oui bien sûr.
 
Jean-Marie Cavada: Que cherchiez-vous en y allant ?
Est-ce que vous saviez ce que vous alliez y trouver ? Et quel était état de votre mental ?
 
Pierre: Alors là je ne savais absolument pas ce que j'allais y trouver. J'y allais par recherche et par curiosité. A l'époque j'avais 20 ans, donc euh... c'est sûr que j'étais un petit peu en désaccord avec le monde qui m'entourait. Je cherchais... C'était ni plus ni moins qu'une démarche vers une conférence, un approfondissement des connaissances.
 
Jean-Marie Cavada: Et vous, madame, quelle démarche avez-vous eue ? J'imagine que, vous aussi, vous y êtes allée librement. Quel était votre mental ? Est-ce que vous cherchiez également quelque chose ? Est-ce que vous y êtes allée par des voies différentes ?
 
Claude: C'était un petit peu différent, oui. Moi aussi, j'avais 20 ans donc je pense qu'à cet âge si on cherche à s'améliorer et qu'on veut trouver une philosophie meilleure, c'était quand même bon de regarder autre chose que ce que nous appris notre éducation, à l'école. Donc c'est par pure curiosité que j'ai accepté un livre qu'un ami m'a prêté. Je n'ai pas eu à faire la démarche d'aller dans une organisation. Comme ce très bon ami à moi m'a passé le livre, je l'ai pris en toute confiance. D'ailleurs, on ne savait pas, ni lui ni moi, tout ce qui allait y avoir derrière.
 
Jean-Marie Cavada: Je voudrais vous demander à l'un et à l'autre au bout de combien de temps vous êtes devenus cadre et quelle promesses d'avenir vous a t-on faites ?
 
Pierre: En ce qui me concerne, je suis très vite devenu cadre.
 
Jean-Marie Cavada: Très vite, c'est quoi ? Quelques semaines ?
 Pierre : Pas loin. Raisonnablement 2 mois. Et après cela n'a cessé d'évoluer jusqu'à ce j'arrive dans une organisation située à Copenhague et qui chapeaute l'Europe et l'Afrique, pour laquelle j'étais cadre.
 
Jean-Marie Cavada: Et vous as t-on fait de promesses d'avenir ? En d'autres termes qu'est-ce qui a fait que quelqu'un qui cherchait quelque chose est entré dans une organisation pour aller travailler ?
 
Pierre: Disons que, vu mon âge, je n'avais pas de situation professionnelle établie, je n'avais pas de plan de carrière ni quoi que ce soit, et c'était formidablement intéressant de pouvoir s'occuper et d'avoir un impact sur plusieurs pays.
 
Jean-Marie Cavada: Pierre, puis-je vous demander quelles formes de responsabilité vous avez exercées et très précisément au nom de ces responsabilités, qu'avez-vous fait ?
 
Pierre: Et bien je vais passer parce que j'ai fait beaucoup de postes, mais mon dernier poste était "communicateur" de Ron Hubbard...
 
Jean-Marie Cavada: Qu'est-ce que cela veut dire ?
 
Pierre: Cela veut dire que j'étais chargée de m'assurer de l'application des règlements dont on a parlé notamment dans le reportage.
 
Jean-Marie Cavada: Et vous même, madame, qu'avez-vous fait ? Avez-vous eu des responsabilités aussi?
 
Claude: Oui, mais pas au niveau administratif. J'avais la responsabilité des cours. J'étais superviseur de cours, puisque la Scientologie c'est des cours et de l'audition, et que je devais vérifier que les étudiants assimilent bien la doctrine et surtout qu'ils ne dévient pas.
 
Jean-Marie Cavada: Est-ce qu'il est indiscret de vous demander combien vous étiez payés pour votre dernier travail ?
 
Claude: Alors là c'est facile... (ironique).
 
Pierre: Cela variait entre 0 et 100 francs par semaine, je n'ai jamais été payé au-delà.
 
Jean-Marie Cavada: Et dans ce monde là, il n'y a pas plus de 4 semaines par mois... Donc en gros 400 ou 500 francs par mois. Hébergés, nourris, logés ?
 
Pierre: Voilà. Disons que pour détailler la paye, étant donné que nous étions hébergés, logés et nourris. Cet hébergement était à concurrence de 400 francs. On avait droit à une somme qui n'était même pas versée puisqu'automatiquement retenue.
 
Jean-Marie Cavada: Quels étaient vos liens avec l'extérieur ? Vous a t-on fait des recommandations quant au comportement vis-à-vis de l'extérieur ? En avez-vous même fait à d'autres personnes ?
 
Pierre: Bien sûr puisque en tant que cadre, j'ai eu des directives à faire appliquer conformément à tout ce qu'on a vu dans ce reportage. Je l'ai donc fait faire moi-même. Les liens avec l'extérieur étaient très particulier. Ce que j'ai vécu dans la Scientologie était un monde à part, et le but était justement de changer la société dans laquelle nous évoluons.
 
Jean-Marie Cavada: Changer avec quoi ? Avec des consignes particulières ? Par exemple, il y a dans ce reportage il y a du vocabulaire qui est surprenant - je m'en tiendrai à ce qualificatif - que d'aucuns jugeront inapproprié à leurs propres convictions - je m'en tiendrai aussi à ce qualificatif. Est-ce que vous mesuriez à ce moment là la signification de ces choses, où est-ce seulement après, en " décompressant " si je puis dire, que vous vous en êtes aperçu ?
 
Pierre: Bien sûr puisque tout çà c'était un engrenage. Cela a commencé tout doucement et on s'est pris au jeu, mais pour réaliser tout cela il a fallu plusieurs années, et même actuellement il m'arrive d'utiliser encore des termes de Scientologie dans notre vie de couple. On n'est donc pas encore purgés de ces choses là.
 
Jean-Marie Cavada: Vos relations avec vos enfants, madame et monsieur. Vos enfants étaient-ils avec vous quotidien- nement ? Etaient-ils pris en charge par l'organisation ? Comment cela se passait exactement ?
 
Pierre: A Copenhague, oui. Il y a une nurserie. C'est une vie quasiment communautaire. On vit dans un immeuble commun. Et les enfants sont pris en charge par une nurserie.
 
Jean-Marie Cavada: Et le soir, étaient-ils avec vous par exemple ?
 
Pierre: Alors pour donner les horaires, nous les abandonnions vers 8 heures et demie à la nurserie qui les prenait en charge toute la journée. Nous avions droit à un droit de visite d'une demi-heure en début de soirée. Et après nous retournions travailler jusqu'à 22 heures et parfois minuit. Lorsqu'on retournait dans la chambre ils dormaient.
 
Jean-Marie Cavada: Qu'aviez-vous comme logement ? Un appartement ?
 
Pierre: Une chambre. Dans notre cas nous étions quatre. On avait deux enfants à l'époque. Nous avions droit à une chambre de 10 mètres carrés.
 
Jean-Marie Cavada: Est-ce que vous diriez objectivement que vos enfants ont été conditionnés ? Ont subi uniforme d'éducation ? Est-ce qu'ils en ont souffert ? A vous de choisir l'exactitude des propos qui sont important pour ceux qui vous regardent.
 
Pierre: Dans notre cas ils n'ont pas eu le temps d'être conditionnés, parce que nous sommes partis avant. Il y a eu quelques séquelles mais on ne peut pas dire que ce soit grave.
 
Jean-Marie Cavada : Quand vous dites des séquelles, c'est quoi ? Ce sont des habitudes qui ont été prises?
 
Pierre: Voilà. Ils auraient pris des habitudes. Mais nous avons réagi à temps.
 
Jean-Marie Cavada: Dites-moi, avez-vous cru à ces choses comme "thétan" et "Xenu" ? Qu'est-ce que cela signifiait pour vous ?
 
Pierre: Je n'ai pas eu l'occasion de faire sa connaissance (de "Xenu", ndr) par les documents parce que ce dont vous parlez est à un niveau secret en Scientologie. Même à l'intérieur de la secte, c'est un niveau que l'on ne peut découvrir que lorsqu'on a atteint un certain stade de formation.
 
Jean-Marie Cavada: Pourquoi et comment en êtes-vous parti ?
 
Pierre: Par des désaccords répétés.
 
Jean-Marie Cavada: Et vous madame ?
 
Claude : Et bien on était ensemble, donc à chaque fois on se consultait. Il y avait tout le temps des choses en contradiction, déjà à l'intérieur de l'église, entre ce qui sa faisait et ce qu'Hubbard avait écrit. Ce n'était pas comme sur le papier et c'était fréquemment comme çà.
 
Jean-Marie Cavada: Est-ce que vous n'avez pas été confrontés à des problèmes financiers ?
 
Claude: Tout à fait.
 
Jean-Marie Cavada: Pouvez-vous nous expliquer pour qu'on comprenne le système ?
 
Claude: C'est à peu près ce qu'on a vu dans le reportage. C'est de cet ordre là.
 
Jean-Marie Cavada: C'est-à-dire ?
 
Claude : Des prêts, beaucoup de prêts. Et un engrenage financier qui vous dépasse. Cela nous dépassait certai- nement parce qu'au moment où on signait des chèques de sommes importantes, on est suffisamment endoctrinés pour euh...
 
Pierre: On ne mesure plus l'importance de tout çà.
 
Jean-Marie Cavada: C'est-à-dire que vous êtes dans un monde qui est finalement relativement isolé et vous ne mesurez plus la conséquence des actes matériels que vous êtes amenés à faire vis-à-vis du monde extérieur ?
 
Pierre: Pour ma part, j'avais perdu tout repère par rapport à ce que je faisais.
 
Jean-Marie Cavada: Cela vous a coûté combien cette aventure ?
 
Claude: 500'000 francs à peu près.
 
Jean-Marie Cavada: Pour être très précis vous avez reçu l'aide, pour "atterrir " si je puis dire, pour réintégrer le monde extérieur - ce qui ne doit pas être facile - des autorités publiques. A vous de choisir de les nommer ou pas d'ailleurs. C'est exact ?
 
Claude: Oui. On a fini par avoir des ennuis avec les banquiers et avec la justice à cause du cycle financier qui nous échappait complètement. Et comme on est dans un monde à part, comme on est décalé de la réalité, on déconnecte de ces choses là.
 
Pierre: Dans notre démarche, lorsqu'on s'est retournés et qu'on a voulu remettre les choses en place, on a été aidé par l'ADFI.
 
Jean-Marie Cavada: Avec le recul, vous diriez à ceux qui regardent que les pratiques que vous avez connues et dans lesquelles vous êtes allés de votre gré, il faut bien le dire, c'est d'ailleurs là toute la force de ce système - si c'est une force - , vous diriez que c'est un système de quoi ? Qui a fait de vous quoi ?
 
Pierre: Moi j'estime que durant ces 9 années, il y a eu manipulation. C'est vrai que j'étais volontaire. C'est sûr que j'ai eu une responsabilité. Mais il y a eu abus de confiance. Il m'a été promis des choses qui n'ont pas été tenues. Il y a eu privation de ...
 
Jean-Marie Cavada: Qu'est-ce qu'on ne vous a promis et pas tenu ?
 
Pierre: Dans les résultats de certains cours qui sont proposés par exemple. Ou dans des buts personnels que l'on avait par rapport à la Scientologie. Dans les libertés qui auraient pu être respectées.
 
Jean-Marie Cavada: Encore une question sur ce problème matériel qui est une des conséquences de l'engrenage et de l'isolement dans lesquels vous avez déclarés vous y être sentis. Claude, c'est aussi à cause de problèmes financiers que vous avez eu maille à partir avec la justice. C'est aussi ce qui provoqué votre rupture (avec la Scientologie). Je voudrais vous demander jusqu'où vous étiez prête à aller pour rester et " satisfaire aux besoin de l'Eglise " ?
 
Claude: Et bien justement, c'est qu'il y a de "formidable" dans ce genre d'église, c'est qu'il n'y a jamais de fin, çà ne s'arrête pas, on peut toujours aller à l'infini, toujours s'améliorer. Et quelque part çà m'a choquée particulière- ment à la fin, parce qu'on peut atteindre un état de "surhomme" et puis, non, il faut toujours aller encore plus loin, encore et toujours, il n'y a pas de limite. Donc il n'y a pas non plus de limite pour payer, parce que c'est toujours de plus en plus cher.
 
Jean-Marie Cavada: Mais vous étiez d'accord pour devenir un " surhomme ", un esprit de plus en plus volontariste, mais visiblement il y a un moment où financièrement cela a commencé à coincer quand même.
 
Claude : Oui, tout à fait. Mais j'emploie le mot "surhomme", c'est une image...
 
Jean-Marie Cavada : Oui, le dépassement en quelque sorte...
 
Claude: Oui, s'améliorer, tout simplement.
 
Jean-Marie Cavada: Et vu d'aujourd'hui, que pensez-vous de votre attitude, madame ?
 
Claude: Je suis sûre de toute façon que j'ai été manipulée et robotisée. On parle beaucoup du langage de la Scientologie. Et quand on est dans le cocon de cette secte, on est bercé par tous ces mots là et cela devient un langage courant qui fait que même lorsqu'on va acheter une baguette de pain, il y a déjà une barrière au niveau du langage, comme si on était un étranger.
 
Jean-Marie Cavada: Quand vous êtes devenue cadre permanent, est-il exact qu'on vous a fait signer une facture en blanc ?
 
Claude: On m'a fait signer des reconnaissances de dettes.
 
Jean-Marie Cavada: Et vous aviez contracté des dettes ?
 
Claude : Non. Simplement quand j'étais membre du personnel, j'étais soi-disant auditée " gratuitement " et je recevais de la technique d'Hubbard " gratuitement ", mais je devais à chaque fois signer une reconnaissance de dettes comme quoi si je n'étais plus scientologue, je devais " rembourser " des grosses sommes à la Scientologie (ndr : c'est un des multiples procédés employés par la secte pour tenir l'adepte en laisse. D'ailleurs, l'Eglise de Scientologie n'hésite pas parfois à menacer l'ex-adepte de le poursuivre en justice pour réclamer cet argent. Ce que l'adepte ignore en général, c'est que cette secte ne mettra jamais ce genre de menace à exécution, pour la simple raison que cette forme de reconnaissance de dettes est totalement illégale, et qu'elle le sait très bien !).
 
Jean-Marie Cavada: Grosses sommes, cela veut dire combien au total ?
 
Claude: Cela s'élevait à environ 140'000 francs.
 
Jean-Marie Cavada: J'ai un point précis encore. Vous avez fait une semaine de grève de la faim en 1989. Quelle le but ? Récupérer votre argent ?
 
Claude: Ce n'est pas une grève de la faim qui est venue comme çà, je ne me suis pas dit "tiens je vais faire une grève de la faim".
 
C'est très difficile d'expliquer tout le contexte, mais on en était venus à un point où les huissiers venaient à la maison, où on ne pouvait plus rembourser les prêts, où nos enfants n'étaient même pas scolarisés. Il y a un moment où j'ai commencé à devenir malade, à devenir anorexique, à ne plus pouvoir dormir. A ce moment là, j'ai commencé à demander à l'église mon remboursement.
 
Je me suis aperçue à ce même moment qu'ils ont commencé à être odieux avec moi, alors que j'étais un ex-membre. Je leur ai pourtant rappelé qu'Hubbard a dit que si on n'était pas content, on pouvait être remboursé, donc je veux être remboursé ".
 
En fait, çà n'est pas du tout appliqué et j'ai rué dans les brancards très longtemps, j'ai tenu deux mois ainsi, j'avais perdu 10 kilos en très peu de temps tandis que j'étais toujours au téléphone en train de les harceler pour qu'ils me remboursent. Et comme ils ne l'ont pas fait, je n'avais plus que cette solution: faire une manifestation pacifique, mais qui devait amener à un résultat. J'étais obligée, je devais ramener cet argent à la maison. Pour moi c'était vital.

Index témoignages

 

     «Ron Hubbard, le gourou démasqué»

 

Ce livre de Russell Miller révèle la face cachée de l'église de scientologie. On y découvre un Ron Hubbard, malade, mythomane et poursuivi par la justice. Il est disponible en format pdf ou html sur notre site. Nous avons également publié une version résumée.

 

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Ces reportages vidéo dénoncent les dangers de la thérapie de scientologie. La scientologie est une nébuleuse sur laquelle ont enquêté de nombreux journalistes. Il suffit de répondre une fois à un questionnaire pour recevoir des prospectus et des invitations. Au départ elle peut même paraître séduisante mais très rapidement les premières dérives apparaissent.

 

Témoignage de Jean-Luc Barbier

       

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