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Ariane et Michael - Photo D. DOUMAX Pour rencontrer cette invitée du spécial sectes de «Sans aucun doute», il nous a fallu contacter trois intermédiaires, le Groupement protection famille et individu (GPFI), et enfin le détective privé qui la protège. Cette femme de 45 ans a consacré dix-sept ans à l'Église de scientologie, puis elle est partie, laissant là-bas Valeska, 18 ans, Metissa, 16 ans, et Raphaël, 13 ans, qui en sont toujours adeptes. Son récit, à la première personne, est un vrai réquisitoire. En quittant enfin l'Église de scientologie, Ariane n'a réussi à emmener que Michael, 8 ans. En 1976, je venais de divorcer de mon premier mari, Jean-Marie Zufferey. J'étais désemparée. J'ai consulté Jean Sarkissof, un psychiatre à Genève. Je ne savais pas qu'il était scientologue. Il m'a expliqué que pour retrouver mon équilibre, je devais me rendre dans un centre de repos à Versailles. On nous demandait de chercher en nous « les charges mentales». L'idée était qu'en se remémorant notre enfance et nos supposées vies antérieures, il était possible de parvenir au contrôle total de nos émotions. Rien de mauvais n'était alors censé nous arriver. Dans le train pour Versailles, j'ai rencontré Jean-François Paris. Je l'ai convaincu de me suivre au centre. Il est devenu mon second mari et le père de trois de mes enfants. Nous avions sans cesse besoin d'argent pour payer les «auditions». On nous soumettait au test de l'électromètre, une sorte de détecteur de mensonges. Un « auditeur» pouvait nous poser la même question «Avez-vous mangé du pain ? » - cent fois de suite jusqu'à ce que notre réponse ne déclenche plus aucune réaction sur le cadran de l'appareil. Une audition de douze heures et demie coûtait 7'000 F (1'000 euros) de l'époque. On empruntait à des amis. Un jour, ma mère m'a donné de l'argent pour l'accouchement de Valeska. Je voulais la rembourser avec l'assurance mais les scientologues m'ont convaincue d'utiliser cette somme pour des «auditions». Jean-François a commencé à se prendre pour la réincarnation du Christ, puis du peintre anglais Turner. En 1984 j'ai demandé le divorce. C'est à ce moment-là que j'ai rencontré mon troisième mari, Albert Jaquier. Des enfants obligés d'aller à l'école scientologue ! Fondateur de la mission de scientologie de Genève, où je travaillais comme «auditeur », il était devenu millionnaire grâce à une entreprise de démolition. Mon ancien mari refusait de divorcer si nos trois enfants n'étaient pas envoyés dans une école scientologue, à Saint-Hill, en GrandeBretagne. J'étais devenue une fanatique et je les ai emmenés moi-même là-bas en septembre 1984. Le lendemain, nous partions, avec Albert, nous installer à Flag, le centre mondial de la scientologie, situé à Clearwater, en Floride, aux Etats-Unis. Je suis vite devenue «OT 8», le grade le plus élevé dans la hiérarchie. Mais des choses bizarres se sont alors produites. Albert a eu un accident de moto. Les scientologues l'ont convaincu que j'avais des fluides néfastes. Je commençais aussi à poser des questions gênantes sur la façon dont l'argent disparaissait. Nous avons fini par divorcer. Michael, notre enfant, est resté sous sa garde. Empêchée de voir ses enfants Je me suis remariée avec Alex Jackson, un autre adepte. Mais en septembre 92, quand j'ai demandé à voir mes enfants, l'Église m'a dit non. J'ai coupé les ponts pendant sept mois. Alex travaillait comme routier pour nous faire vivre. Quand je suis revenue, Albert avait eu deux attaques cardiaques et il commençait à avoir des doutes. Albert le troisième mari d'Ariane est mort dans la misère, abandonnant 6 milions de dollars à l'Eglise de la Scientologie
Albert et Ariane Alex travaillait comme routier pour nous faire vivre. Quand je suis revenue, Albert avait eu deux attaques cardiaques et il commençait à avoir des doutes. Il avait même demandé à être remboursé des six millions de dollars qu'il avait dépensés. Il est mort en décembre 1994 dans la misère. C'est mon fils, Michael, qui l'a découvert. Il a été perturbé pendant sept mois. L'Église de scientologie sait aujourd'hui que je suis prête à déposer une plainte pour récupérer mon argent, mais j'aimerais arriver à un accord amiable. J'ai encore un enfant à élever et une vie à débuter. Prisonnières de la secte, Valeska, Melissa et Raphaël sont encore plus conditionnés que moi, mais mon exemple va les faire réfléchir. Aujourd'hui, je représente le mal à leurs yeux puisque je suis sortie de l'Eglise. Je vais les aider à s'en sortir par tous les moyens légaux. Il faudra du temps pour qu'ils comprennent et reviennent vers moi. je sais qu'ils auront perdu les plus belles années de leur vie. Témoignage recueilli par Frédérick Rapilly
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