ÉGLISE DE SCIENTOLOGIE DE LAUSANNE:
UNE EX-EMPLOYÉE DE LA SCIENTOLOGIE TÉMOIGNE
(membre de la scientologie de 1987 à 1993)
 
HARCÈLEMENT CONTRAINTES ET CONFISCATION DU COURRIER
 
L'église de scientologie de Lausanne s'est jouée de moi
 
Quand je suis entrée dans l'église de scientologie, je sortais d'une grave opération, je n'étais pas très bien dans ma peau, je suis allée me promener dans un parc à Lausanne, j'ai vu un tas de livres avec un volcan dessus, je pensais que c'était des livres de Arunth Tazief et je me suis approchée. Une personne m'a pris par le bras et m'a proposé d'aller parler dans un café. Je n'ai pas pu approcher les livres et je n'avais pas vu qu'il ne s'agissait pas d'un livre de Aroun Tazief.
 
Mon erreur a été d'acheter un livre, je n'avais pas d'argent sur moi, j'ai signé un chèque. Dans la discussion, la personne a réussi à me soustraire des informations me concernant. Du fait que je signais un chèque, cela montrait que j'étais libre de mes mouvements, que je disposais d'un propre compte.
 
Par la suite, ils m'ont relancé, environ 4 semaines plus tard, ils m'ont demandé si j'avais lu le livre, j'ai répondu que j'étais déçue du fait que cela ne parlait pas de Aroun Tazief. Ils m'ont dit "mais venez, on va en parler". J'ai reçu des lettres. Ensuite, je suis allée voir, je me suis inscrite à un cours, je pensais qu'ensuite ils me laisseraient tranquille. J'ai fait un premier cours dont le sujet était "les hauts et les bas". ce cours m'a aidée, m'a redonné confiance en moi-même, je me suis rendu compte que je pouvais encore fait des choses. Je ne me suis pas arrêtée à ce moment-là.
Des scientologues à l'enterrement de mon mari...
 
Mon mari est tombé malade, il avait un cancer du poumon, je l'ai soigné moi-même à la maison, cette période a été très dure. A ce moment-là, toutefois, je n'avais pas le temps d'aller à l'église de scientologie, je n'ai pas été relancée durant cette période, toutefois à l'enterrement de mon mari, deux personnes de la scientologie étaient présentes. Deux jours après, quand ma famille est partie, ils sont revenus et m'ont dit d'aller à l'église de scientologie. J'y suis allée et j'ai fait des cours.
 
Le prix des cours est progressif. J'ai dû payer 60 ou 80 francs le premier cours. Ensuite, pour les suivants, le prix est passé à 120 francs, puis 200 francs, puis 700 francs. Je m'étais fixée des limites du fait que j'avais un fils en études. Quand j'ai dit que j'étais limitée, on m'a dit que je pourrais devenir membre du personnel. Dans l'église, je m'occupais du fichier central, c'est-à-dire, du dossier de chaque personne qui a un contact avec la scientologie, soit les cours suivis, les factures, etc.
Prise dans l'engrenage
 
J'aurais pu sortir de l'église à tout moment, mais je ne me rendais plus compte que j'étais prise dans l'engrenage. On m'a proposé d'aller à Los Angeles, je ne voulais pas, mais on a réussi à me convaincre. Quand je suis arrivée à Los Angeles, j'ai tout de suite vu que cela ne me plaisait pas et j'ai voulu repartir. On m'a dit que du fait que j'avais fait le voyage, je devais au moins rester trois semaines. J'ai donc fait un cours. Le but de la scientologie était que j'intègre leur organisation maritime.
 
J'ai fait les trois premiers cours, c'était des cours comme à l'école, mais où on travaille seul, avec des livres, des écouteurs, il s'agit d'un travail personnel. Il y a toutefois quelqu'un dans la salle si on a besoin d'aide. Quand j'ai commencé ces cours, mon dossier personnel avait été transmis au "staff" là où on logeait. J'ai proposé ensuite d'aller rechercher moi-même mon dossier, je l'ai obtenu et je suis partie. J'ai pris mes affaires et j'ai demandé à un chauffeur de taxi de me conduire le plus proche d'un aéroport. Le chauffeur était un russe blanc qui avait dû fuir la Russie. Il m'a dit qu'il trouvait que mon départ ressemblait à une fuite. Je lui ai expliqué ce qui m'arrivait.
L'enfer du travail scientologue à Los Angeles
 
Les deux dernières semaines passées à Los Angeles, on ne m'a presque jamais laissé seule, je n'étais pas libre de mes mouvements. Si on me surveillait, c'est parce que je représentais de l'argent, j'étais veuve et libre. L'église de scientologie a essayé de me reprendre à plusieurs reprises, toutefois je n'ai jamais été satisfaite de ces séances de réhabilitation. En plus de suivre les cours, je devais faire des nettoyages, servir le personnel à la cafétéria, nettoyer les cuisines, etc. La journée commençait à 6 h 30 et se terminait à minuit. Je ne savais pas que je devrais faire ça. Je partais pour faire des cours. Cette situation m'a fait paniquer.
Los Angeles mon courrier a été confisqué
 
J'ai essayé d'écrire à mes enfants mais je n'obtenais pas de réponse, toutefois, en rentrant en Suisse, j'ai constaté que mes enfants avaient uniquement reçu les lettres que j'avais postées en-dehors du bâtiment de l'église de scientologie. Les lettres que j'avais postées dans le bâtiment n'ont jamais été envoyées.
 
Le but de faire les cours à Los Angeles était que je devienne missionnaire en revenant à l'église de Lausanne me permettant de donner des cours et d'avoir des fonctions plus importantes dans l'église de Lausanne et surtout d'être payée par l'église de Los Angeles et pas de Lausanne.
 
A Los Angeles, il y avait plein de gens avec le même statut que moi. Il y a les gens qui supportent car ils savent où ils vont ou alors il y a les gens comme moi qui se rendent compte qu'ils ne veulent pas ça et se sauvent. Je me rappelle d'une jeune personne âgée de 16 ans peut-être qui devait faire la Sea Org (organisation maritime) et qui ne le souhaitait pas, qui était obligée du fait que ses parents faisaient partie de la scientologie.
Billlet aller-retour : Lausanne Copenhague
 
En rentrant en Suisse, après deux mois à Los Angeles, je suis allée chez mon fils, j'y suis restée deux semai- nes. Il fallait que je récupère mon logement du fait que je l'avais prêté à des scientologues qui n'avaient pas payé les loyers. Quand je suis revenue en Suisse, l'église est revenue me chercher, elle voulait que j'aille à Copenhague. Au début, je faisais encore confiance à l'église de Lausanne, je n'avais pas compris qu'ils se jouaient de moi, je suis donc allée à Copenhague, pour une restimulation, soit enlever toutes les pensées négatives. On m'a dit que je devais aller voir le chef de la sécurité, à ce moment-là je n'avais rien à payer.
 
Le premier jour, en arrivant, la fille de la réception m'a dit que je devais laisser mon sac vers elle, elle m'a dit que je devais attendre du fait que le chef n'était pas là. Elle m'a dit que je pouvais en attendant aller donner un coup de main à la cafétéria. Quand je suis retournée vers la réceptionniste, j'ai demandé si le chef était là, elle m'a dit qu'il venait de partir. J'ai dit que je voulais mon sac, elle ne voulait pas me le donner. D'autres personnes sont arrivées et j'ai crié, j'ai pu reprendre mon sac et je suis rentrée. En fait, j'ai fait un aller-retour.
Fuir les scientologues
 
Ensuite, au retour à mon domicile, j'étais sans cesse appelée, toutes les heures le téléphone sonnait.
 
Chez moi, le téléphone sonnait de jour comme de nuit, c'était du harcèlement téléphonique. Ils sont même allés parler chez mes voisins en leur demandant si j'avais un bon contact avec eux, si je n'étais pas un peu bizarre. Je sais que c'est la scientologie qui est allée chez mes voisins car j'ai demandé comment ils étaient habillés. Les scientologues sont toujours habillés en bleu foncé ou en noir, une chemise bleu clair et portant un sigle accroché à la cravate représentant sur fond d'un cercle argenté ou doré la mappemonde avec une maxime écrite dans la partie dorée. Mes voisins savaient que j'avais loué ma maison à des scientologues et savaient les reconnaître.
 
Le propriétaire de la maison que je louais me connaissait et m'a fait confiance, je n'ai pas perdu le bail, il m'a toutefois dit qu'il ne voulait plus voir de scientologues.
 
Ma propre maison, je l'avais mise au nom de mes enfants lors du décès de mon mari. Je ne voulais plus avoir le souci de la maison et aussi éviter des pressions de la part des scientologues. J'avais promis à mon mari que la maison resterait aux enfants.
 
Finalement; je suis partie une année en France chez des amis pour pouvoir me séparer de l'église et pour qu'on ne me retrouve pas. J'étais dans la région de Digne/Provence. Je revenais environ tous les deux mois en Suisse. En partant en France, j'ai réussi à me défaire de l'église de scientologie
 
Toutefois, pour que cesse le harcèlement et avant de partir en France, j'ai dû demander d'une part à mon médecin de me faire un certificat demandant à la scientologie d'arrêter les harcèlements téléphoniques qui me mettaient dans un état dépressif, et d'autre part à mon avocat à Lausanne d'écrire également dans ce sens à la scientologie.
L'église de scientologie de Lausanne s'est jouée de moi
 
J'ai été déçue de constater que l'église de Lausanne avait joué avec moi. Je me suis rendu compte que pour que l'église de Lausanne monte en grade, elle était obligée de prêter du personne à la Sea Org. Je ne m'étais pas rendu compte que j'ai été désignée pour aller à la Sea Org et qu'on mettait quelqu'un d'autre à ma place à Lausanne.
 
Quand j'ai dit que je ne voulais pas aller à la Sea Org, j'ai été l'objet d'un harcèlement.
 
J'ai tout essayé pour ne pas aller à Los Angeles. Je suis allée à Berne pour obtenir Je visa, j'y ai rencontré une personne que je connaissais, je ne pouvais pas lui dire que je ne voulais pas Je visa car je n'étais pas seule en allant à Berne, j'étais accompagnée d'une personne de la scientologie.
 
Quand je parle de harcèlement, c'est en fait qu'on ne me lâchait pas, on essayait de me montrer tous les points positifs pour y aller.
Je ne voulais pas contracter un prêt mais ils m'ont forcé la main.
 
D'après mes calculs, ce que j'ai dépensé pour l'église de scientologie représente environ 120'000 francs (75'000 euros), dont un emprunt de 40'000 francs (25'000 euros). C'est par le biais de l'église de scientologie que j'ai pu faire l'emprunt, dans un village de Suisse allemande par l'intermédiaire d'une fiduciaire. Je ne voulais pas contracter un prêt mais ils m'ont forcé la main. Une personne de la scientologie m'accompagnait, je n'ai pas touché le chèque, quand j'ai eu signé, c'est la personne de la scientologie qui a tout de suite pris le chèque.
J'avais peur
 
Je dois dire que j'avais peur à l'époque, j'avais entendu dire que des personnes avaient eu des problèmes, que cela ne s'était pas bien passé, mais on n'avait pas de faits précis, c'était une pression qui circulait dans l'église même.
 
Quand on fait un cours, on ne le termine jamais à satisfaction, il faut toujours faire un autre cours pour apprendre tout ce qu'on voudrait apprendre.
  • Automatiquement, si vous faites un cours de scientologie, vous êtes considéré comme membre de la scientologie, une manière de faire qui fausse la statistique du nombre réel de scientologues dans le monde.
  • Il est coutumier que l'église de scientologie dénigre les gens, cela fait partie de ce qu'ils appellent la propagande noire. Ils disaient que quelqu'un qui a quitté la scientologie est quelqu'un de négatif, qui est contre la scientologie. Moi-même, je suis une personne suppressive du fait que j'ai écrit mon livre. Cela veut dire que je suis une personne à qui les scientologues peuvent faire du mal. J'ai su ce que cela voulait dire au moment où j'ai été membre du personnel.
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  • Quand mon livre est sorti, j'ai reçu des téléphones, toutefois les scientologues ne savaient pas que j'écrivais un livre. C'est ceux qui habitaient avec moi qui m'ont contactée. Je ne sais pas pour qui ils m'appelaient. Je leur ai dit que j'ai écrit un livre pour faire une thérapie. Ils m'ont demandé si je voulais leur en envoyer un. Je leur ai répondu que s'ils voulaient l'acheter, ils pouvaient aller en librairie.
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  • En scientologie, il ne faut pas parler de soi­même à quelqu'un hors de la scientologie. De ce fait, les gens ne savent plus rien les uns des autres. Normalement, en travaillant dans la scientologie, on n'est pas censé parler.
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  • Les employés sont payés par semaine sur le bénéfice fait par l'organisation durant la semaine. Pour les personnes qui font de l'administratif, elles sont moins payées car elle ne font pas entrer de l'argent. Le salaire est payé en fonction de statistiques. La moyenne de mon salaire par semaine était entre 27 et 50 francs. Le plus que j'ai été une fois payée, c'était 220 francs environ.
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  • Officiellement, la scientologie n'est pas censée faire de la médecine. Toutefois, ils font de l'acupuncture au doigt, ils appellent cela "touch". Dans les auditions, à mon avis, il font de la psychologique hypnotique. Ils vous font fixer le mur, il y a un compte à rebours, ensuite ils vous posent des questions qui vous poussent à répondre. J'ai moi-même suivi cette méthode. En faisant ces auditions, ils apprennent beaucoup de choses sur les personnes. Je n'ai pas pu récupérer mon dossier en partant.
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  • La scientologie dit que son but est d'aider les gens mais à mon avis, son but est de s'enrichir.
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  • Vu de l'intérieur, il y a beaucoup de personnes dont on ne sait pas ce qu'elles font ou ont fait. C'est mal organisé.
Des méthodes qui laissent des traces
Parfois, je reçois des téléphones où j'ai des doutes. Je reste en alerte par rapport à la scientologie. Parfois, je reçois des téléphones qui sont des erreurs.
 
A titre personnel, je suis ressorti grandie de cette expérience, j'ai l'impression d'avoir appris à me méfier de certaines choses, auparavant j'étais très naïve, je ne pensais pas que la scientologie cela pouvait être ça.
 
Ce qui m'a fait le plus mal, c'est de voir les jeunes qui n'ont rien, on leur enlève leur famille, leurs amis, leurs envies. Pour faire partie du personnel, il faut quitter sa famille, ou alors que la famille suive. En scientologie, il ne faut pas parler de soi­même à quelqu'un hors de la scientologie.
 
J'aimerais qu'on puisse mieux protéger les jeunes de la scientologie. Toutefois, pour les adultes, il est difficile de leur dire de ne pas y aller. Ce que je peux dire, c'est ce que j'ai vécu. En conclusion, je dois dire que j'ai l'impression que le jour où j'ai mis le doigt dans l'engrenage, j'ai perdu le contrôle et j'ai fait une bêtise. Au début, mon mari me disait que j'allais mieux mais peu après mes enfants m'ont dit que je n'allais pas bien du tout, j'ai sûrement dû changer de langage avec eux. J'ai essayé de demander à mes enfants de m'expliquer maintenant comment j'étais mais aujourd'hui, mes enfants ne veulent plus parler de ça.
 
J'ai écrit un livre: "Enfer et secte - Ma vie au coeur de la scientologie".
Tout ce que j'ai écrit est ce que j'ai vécu. J'ai raconté mon histoire sous forme de conte.
 
Jo (septembre 2004)
 
Suite du témoignage de Jo (novembre 2005)
 

  Index-témoignages

 
LA SCIENTOLOGIE DÉPOSE PLAINTE
POUR CHANTAGE PARTICIPATION A UN ATTENTAT !
 
Paris, Témoignage de D.L.
[Texte Intégral]
 
Je soussigné D.L., demeurant à l'adresse ci-dessus, atteste avoir porté plainte auprès du Procureur de République en date du 27 octobre 1989 contre l'Eglise de Scientologie et le Celebrity Center.
 
Le 14 mars 1990, j'ai été convoqué par le Juge d'instruction, Mademoiselle Moracchini, pour motif de chantage sur plainte de la Scientologie.
 
Le 26 mars 1990, j'ai été reconvoqué pour être entendu sur ma plainte cette fois-ci.
 
J'ai également été accusé par deux scientologues d'avoir fait des pressions psychologiques sur leurs parents pour qu'ils quittent la Scientologie... sans suite...
 
Le 9 août 1991 une plainte a été déposée contre moi pour différents motifs :
  • participation à un attentat à la bombe
  • menace de mort sur un enfant
  • "obsénités" téléphoniques
  • etc ...
J'ai été convoqué le 14 avril 1993 à la Préfecture de Police pour être entendu sur cette affaire.
 
Mon avocat Me St Aroman, ainsi que le juge d'Instruction ont été mis au courant de ces plaintes diffama- toires. Leur but étant de vouloir m'atteindre psychologiquement afin que je retire ma plainte. Ils appliquent la "technologie" Ron Hubbard... "Propagande Noire" et Cie...
 
Ils ont également téléphoné dans mon immeuble pour avoir des renseignements sur ma vie, etc ...
 
Une américaine ex-adepte, "Paulette Cooper", a subi également ce genre de pression. Son témoignage est "Terrifiant".
 
J'atteste sur l'honneur que tout ce que je viens d'écrire est vrai. Cela peut être produit en Justice sous peine de santion si je ne dis pas la vérité.
 
D.L.
Fait à Paris le 18 octobre 1993
 

  Index-témoignages

 
ESCLAVE DE LA SCIENTOLOGIE À l'ÂGE DE 13 ANS
Témoignage de Tonya Burden
Mon nom est Tonya Burden, de Las Vegas, Nevada. J'ai 20 ans. Vers le 3 Mars 1973, alors que j'avais treize ans, mon père et ma mère furent recrutés en scientologie. J'ai moi-même été recrutée en scientologie par Billy Kohn et j'ai signé mon contrat d'un milliard d'années à la Sea Org (Organisation Maritime, "l'élite" de la secte, ndt) vers la même date.
 
Kohn nous avait déclaré que nous serions en poste dans les locaux de Las Vegas, que nous aurions un espace bien meublé et suffisamment grand, que nous mangerions bien et gagnerions assez d'argent, et que nous disposerions aussi de deux jours de sortie par semaine. Papa vendit sa Cadillac et ses voitures de sport, et nous partîmes pour Los Angeles avec le recruteur.
 
La Scientologie me plaça dans "l'organisation des Cadets" tandis que mes parents étaient affectés à l'Organisation Saint Hill Américaine (ASHO en abrégé). L'org des cadets était dirigée par Dorothy Jefferson et située 811 Beacon Street à Los Angeles, dans un bâtiment de deux étages qui abritait environ 400 enfants. Elle avait pour but d'enseigner la scientologie aux enfants. Mes obligations consistaient à nourrir, laver et prendre soin des enfants. Une autre fille et moi étions les aînées des enfants. Les conditions de vie étaient ignobles. Il y avait des morceaux de vitres cassées par terre, des fils éléctriques dénudés là où jouaient les enfants. On nous nourrissait mal. On nous a plusieurs fois servi du lait contenant des cafards. On ôtait les cafards à la main avant de  servir à table. En plus de m'occuper des enfants, je devais nettoyer les toilettes chaque jour. J'ai écrit à L. Ron Hubbard pour lui expliquer les conditions, mais rien n'a changé.
 
On ne laissait pas les enfants avec leurs parents. La scientologie autorisait une visite tous les quinze jours, et seulement pendant trois quarts d'heure à l'heure des repas. Mes parents furent placés à l'ASHO et quittèrent la scientologie en Septembre 1973, alors que j'étais à bord du navire Apollo.
 
Un homme arriva de Flag (QG de la secte, ndt) à l'org des cadets. Le QG de Flag était à bord de l'Apollo. Ce type parla de la "Source", c'est à dire, L. Ron Hubbard. Hubbard avait besoin de "messagères" et d'autres gens pour travailler à bord du bateau.
 
J'ai quitté l'org des cadets au bout d'environ trois mois, pour aller à FOLO, autre service scientologique logé au "Manor" de Franklin Street à Los Angeles. On me mit au service "FRU" (Unité Préparation de Flag) chez FOLO. C'est Chuck Pierce qui dirigeait l'unité. Le programme était destiné à faire passer des "vérifications de sécurité" pour s'assurer que les gens conviendraient comme sujets d' Hubbard à bord de l'Apollo.
 
Pendant les questionnaires, ils cherchaient à savoir si j'étais liée à des "personnes suppressives" - c'est à dire des gens hostiles à la secte. On me fit passer un test de personnalité, un autre de QI, et d'autres encore. Je reçus de l'endoctrinement (lavage de cerveau) pendant trois mois. Et finalement, on m'accepta et on m'envoya au Briefing.
 
Le Briefing eût lieu en Août 73 ou vers cette période. C'est Peter Cook qui m'instruisit pour donner certaines réponses à des questions que pourraient poser des non-scientologues. Il s'agissait surtout de pouvoir répondre aux questions qu'on me poserait à terre, quand je serais nommée à bord de l'Apollo. Nombre des choses qu'on m'apprit étaient des mensonges. La localisation et les activités de l'Apollo demeuraient secrètes. On me disait que si un agent des douanes ou autre non-scientologue me posait une question sur la destination, il faudrait répondre que j'étais "en transit".
Apprendre à mentir
 
Peter Cook m'instruisit sur le récit "de couverture"; il fallait dire que j'étais "en transit"sur OTC (Corporation Operation Transport"), une unité d'enseignement de la gestion à bord du bateau. Il m'a démontré ce que c'était en se servant de "démonstration en pâte à modeler": il faisait un bateau, des bonshommes en pâte, et imitait les interactions avec les autres gens, de façon à ce que je donne les réponses standardisées.
 
J'ai pris l'avion pour New York après ça, et j'ai été reçue par Kevin Campbell. Il travaillait dans un bâtiment à New York, aidant RONY. J'ai appris ensuite que RONY était une liaison recevant des télex codés depuis l'Apollo, télexes ensuite rééxpédiés à d'autres "orgs" dans le monde. Une fois à bord, je rencontrerais Mike Henderson, qui prenait les messages du bateau et les envoyait à RONY. Parfois, Henderson recevait les télex de Rony à terre. Je compris ces principes une fois messagère de L. Ron Hubbard.
 
Campbell me mit sur un avion et me dit de rencontrer Chuck Adams à destination: Lisbonne. Au Portugal, je rencontrai Adams qui m'informa que le bateau avait pris la mer. Quelques heures plus tard, il sut que la destination était Madère. On me mit sur un avion vers Madrid, où je changeais d'avion  pour aller à l'île de Madère.
 
Questionnée par les agents de la douane, je leur dis que j'étais "en transit"; je pris le taxi qui m'amena à l'Apollo.
 
Je vis donc l'Apollo pour le première fois, et fut très déçue de son état lamentable. Une fois à bord, on me mit sous la garde d'un "buddy" (un instructeur) qui devait m'apprendre le bateau en deux jours. C'était l'un des cinq bateaux que la scientologie utilisait, et depuis lesquels Hubbard dirigeait les organisations du monde entier. Il y avait environ 3 à 500 membres de la "Sea Org" à bord. On me mit dans une couchette dans les dortoirs des femmes, et je fus assignée à l'EPF "Projet Force des Biens".
 
L' EPF servait à juger quelle était la résistance de la personne. On me dit que ça me transformerait en "un vrai marin". A l'EPF, on démarrait à 6 heures du matin. Je nettoyais des vêtements de 6 heures à midi sans interruption ni casse-croûte. On lavait les vêtements à la main dans une cuvette, et il fallait rincer dans TREIZE cuvettes séparées. Puis les suspendre pour les faire sècher.
 
Ensuite, on avait une heure pour déjeûner et on m'envoyait nettoyer les cabines. Il fallait que l'inspection "gants blancs" soit convenable, c'est à dire que l'inspecteur passait les gants blancs dans les coins etc; s'il trouvait des traces de poussière ou autre, on me forçait à faire des tours de bateau en courant, avant de me renvoyer au nettoyage. Un tour de bateau fait dans les 3 ou 400 mètres. La journée s'achevait vers minuit.
 
Les jours de pluie, il fallait repasser les vètements pour les faire sècher. Cela voulait dire repasser la matin et le soir. Et plus d'une fois, toute la nuit, en terminant à 6 heures du matin. Il m'arrivait de passer trois ou quatre jours sans dormir. Je tombai un jour de sommeil sur la table de repassage, le fer à la main. Ma supérieure, Doreen Gilliam, me prit en train de dormir et me cria dessus comme une folle. Elle m'envoya faire des tours de pont en courant et m'assigna "une condition de doute", c'est à dire qu'il fallait que je fasse 15 heures de "projet- travail-amende", en supplément du reste, aux heures des repas ou de repos, jusqu'à ce que j'ai fini mon projet. Pendant toute cette punition, je n'avais pas le droit de parler à quiconque, je mangeais seule; et finalement, j'ai parlé, et j'ai dit que j'en avais assez. On m'a expédiée voir le Commandant des Messagères, qui me punit d'un mois de cuisine, où je lavais les plats et les casseroles. J'ai fait ça tout un mois et suis retournée sur l'EPF.
 
L'EPF était comme une prison. Il fallait que je m'adresse à tous les gens en leur disant "Sir", et on me laissait seulement quinze minutes pour manger.On ne me laissa quitter l'EPF que quand j'eus fait mes preuves. J'avais le cerveau complètement lavé pour bien  obéir aux ordres. On me donnait 2,9 dollars par semaine (20 F, ndt) pour ce travail.
 
Pendant que j'étais sur l'EPF,  je n'entendis jamais parler de mes parents, ni lettres, ni appels téléphoniques. A bord, je reçus un télex de Peter Albert, qui était Chef de la Justice sur le Continent à FOLO: il m'informait que mon père avait été déclaré par la scientologie "Personne Suppressive": ils disaient qu'il était un 'espion' ennemi de la scientologie'. J'ai commencé à pleurer et demandé à m'en aller en leur disant que je pourrai convaincre mon papa de revenir en scientologie.
 
Dede Riesdorf, le "supercargo" (niveau adjudant) de notre "org" ne me permit pas de m'en aller. Je lui ai expliqué que je voulais réunir mon papa et ma maman, mais elle refusa. Elle me dit alors de "déconnecter" parce que mes parents étaient tous deux des SPs (personnes suppressives, une injure maximale au sein de la secte). La déconnexion, ça voulait dire: plus aucun contact avec mes parents. Ils m'expliquèrent que mes parents ne feraient pas leur chemin dans la vie, mais que moi, si.
 
Tony Armstrong, l'officier commandant, m'assigna une autre "condition de doute" et me renvoya sur l'EPF. Elle disait que si je voulais partir, il fallait que je retourne à l'EPF. On m'assigna automatiquement les quinze heures de "projet travail amende" de la condition de doute. Je repris l'horaire 6 heures minuit, travaillant parfois 24 heures par jour. Un mois plus tard, on me renvoya étudier les "Routines d'Entraînement", les "TRs".
 
Pendant ces exercices, deux personnes et moi devions porter les messages de LRH. Il fallait l'écouter, le répéter de la même manière, et faire les saluts.
Servante de Ron Hubbard ...
 
Faire "l' Ombre" faisait partie du lot : c'est comme ça que j'ai appris à servir LRH. J'ai suivi une autre messagère pour l'observer quand elle lui passait sa casquette, allumait ses cigarettes, lui portait le cendrier, et préparait ses habits. Finalement, je fis ça aussi.
 
Etant sa servante, je m'asseyais dehors à la porte, et je l'aidais à se tirer du lit quand il appelait "Messagère !". Je réagissais en lui allumant ses cigarettes, en portant le cendrier, en préparant ses toilettes, et en l'aidant à s'habiller. Après, je passais dans son bureau pour le vérifier, et je passais l'inspection gants blancs. Il se fichait très souvent en colère quand il voyait une poussière ou qu'il sentait le savon sur ses habits. C'est pour ça que nous utilisions treize cuvette successives pour rincer.
 
Après, je lui préparais sa salle d'audition: il s'auditait lui-même. Je lui préparais un casse-croûte. Il se faisait des séances d'audition de plusieurs heures. Plus tard, je faisais passer ses messages: je les amenais à la pièce de télex, d'où ils partaient vers les orgs à terre. Ils partaient parfois des ports quand nous étions à l'ancre.
Violation des Droits de l'Homme
 
Quand j'étais à bord du bateau, j'ai observé pas mal de punitions pour des péccadilles ou des erreurs sans importance par rapport aux règlements très stricts d'Hubbard. A plusieurs reprises, j'ai vu des gens expédiés dans les puits d'ancre du bateau sur ordre direct d'Hubbard. Ces endroits étaient minuscules, sales et puants, et couverts de rouille. J'ai vu un gamin gardé là pendant trente nuits, hurlant et pleurant pour qu'on le libère. On ne le laissait sortir que pour aller nettoyer les boues là où l'eau passe. Je crois que son 'crime' était de s'être servi d'un instrument de musique, une flûte, sans permission. J'ai aussi vu un garçon et une fille jetés là-dedans parce qu'ils avaient eu des relations romantiques avec d'autres personnes. Hubbard interdisait fanatiquement les relations sexuelles, ou "out-2D" comme ils disent. Les gens mariés avaient le droit de se voir, mais c'était très contrôlé aussi.
Un gros mensonge
 
LRH me raconta qu'il vendait le bateau et qu'on allait à terre. On le vendit vers Octobre 1975. Quelques 500 personnes arrivèrent à Daytona Beach. On loua plusieurs hotels là-bas. Quelques mois plus tard, on partit pour Clearwater, au Fort Harrison. Hubbard commença par appeler la sciento "Les Eglises Unifiées", alors qu'aucune église n'était en jeu. Finalement, le Maire Cazarès découvrit que ce nom cachait la scientologie.
 
J'ai découvert tout ça en lisant des papiers de relations publiques, que des officiers de relations publiques préparaient, et qui expliquaient ce qu'était la façade des "Eglises Unifiées".
Flag: les conditions de travail
 
Au Fort Harrison, des gardes de la sécurité gardaient les sorties pour empècher les staffs de filer à l'anglaise , on dit "blower" en scientologie. On ne permettait pas aux gens de s'en aller. Il y en a trente ou 40 qui ont essayé. Ils se faisaient reprendre et envoyer au "RPF" (Projet Force de Réhabilitation), un camp de concentration scientologique où les gens qui "présentent une menace envers la sécurité" sont sous bonne garde. Le RPF était dans un entrepôt du Fort Harrison.
 
Certains eurent le droit de s'en aller après avoir passé par les "vérifications de sécurité", avoir été fouillés, s'être fait confisquer les livres et matériaux scientologiques, même ceux qu'ils avaient payés. Il leur fallait aussi signer des documents sur leurs "crimes" et divers autres préparés par l'Office du Gardien, le "GO", qui est le bras armé de la scientologie.
 
Une fois au Fort Harrison, je suis restée messagère de LRH. J'observais le contrôle exercé par LRH sur les diverses orgs du monde entier, depuis le Fort Harrison. Il se servait d'une quinzaine de codes différents pour cacher ses opérations, programmes et règlements qu'il envoyait au monde entier. J'ai personnellement délivré des messages concernant l'opération "Snowwhite" (blanc comme neige), Freakout (Déboussoler), ou "Goldmine (mine dor), ainsi que d'autres opérations scientologiques secrètes et illégales. J'ai aussi classé ces opérations dans les classseurs personnels d'Hubbard, et ensuite, dans ceux du GO.
 
Toutes les communications télex transitaient par les messagères; les télex étaient codés en direction de Los Angeles, Office du Guardien; Folo; RONY; Afrique; Henning Hedt; Arthur Maren, Jane Kember et quelques autres endroits et individus. On expédiait des télex dans les bureaux GO du monde entier. Un des télex demandait des tuyaux sur l'éducation du Maire Casarès. Il la trouva grâce à un détective privé.
 
LRH déclarait que des gens étaient des suppressifs quand ils filaient de la scientologie. il envoyait des télex aux Offices du Guardien avec leur liste. J'ai vu les noms de ceux qu'il déclarait suppressifs.
 
En Février 1976, LRH quitta Clearwater pour New York. J'ai continué le même travail qu'avant, codage et décodage, mais pour le compte du GO. Je recevais quantité de messages d'Hubbard. Quand il partit à La Quinta en Californie, j'ai continué le même train-train codage-décodage, sept jours par semaine, jusqu'en Août 1977.
 
En Août, j'ai refusé d'obéir à un certain ordre et on m'expédia aux cuisines où je dus faire les mêmes tâches abjectes jusqu'à ce que je sois cassée émotionnellement, et qu'on m'expédie au RPF sous les ordres directs d'Hubbard.
 
Au RPF, on est étiqueté comme "traître" et forcé à travailler 18 heures par jour, souvent nourris de quelque riz et haricots à l'eau. J'ai personnellement pu voir une personne enchaînée aux tuyauteries de la chaufferie du Fort Harrison pendant des semaines. J'ai vu des gens du RPF qui hurlaient et pleuraient constamment pendant "l'audition à l'électromètre" (c'est un appareil qui sert de détecteur de mensonges - pendant l'audition). Les prisonniers du RPF étaient forcés à "auditer" pour faire sauter leurs "buts malfaisants" contre Hubbard et la Scientologie. J'ai pleuré à peu près tout le temps que j'étais au RPF.
 
Finalement, en Novembre 1977, j'ai décidé de m'échapper. Vers 4h30 du matin, j'ai volé les clefs d'un garde qui dormait à la porte de notre chambrée. J'ai passé par une conduite d'aération en rampant, et vu le téléphone. J'ai appelé mon père et lui ai tout raconté. Il m'a dit qu'il envoyait mon oncle me prendre à Fort Lauderdale. J'ai convaincu les officiers du RPF que mon oncle était un VIP aux "Dauphins de Miami" - ce n'était pas vrai - qu'il avait demandé à me voir, et que ça pourrait faire mauvais effet s'il ne pouvait me voir. J'ai pu finalement m'échapper grâce à lui et je suis revenue à Las Vegas.
 
A peu près quinze jours après mon retour, deux agents d'Hubbard sont venus chez moi en disant qu'Hubbard voulait me voir. Je leur ai dit que je ne reviendrai jamais plus. Mais ils m'ont demandé de venir boire un café, et j'ai accepté. Je suis montée devant dans la voiture, entre eux deux. Au bout de quelques minutes, j'ai remarqué qu'ils prenaient l'autoroute, et j'ai demandé où on allait. Ils m'ont dit qu'on partait voir Hubbard à Los Angeles.
 
On m'a enfermée en arrivant, et forcée à faire une "vérification de sécurité" à l'électromètre. J'avais terriblement peur, je pleurais, je leur ai dit qu'il y avait une réunion de famille pendant le week-end, que j'avais des parents et des amis policiers à Las Vegas, qu'il fallait que je rentre pour les vacances. Je les ai convaincus de me relâcher, et je suis revenue en bus à la maison. Des semaines durant, ils ont continué à m'appeler pour savoir quand je reviendrai. J'ai dit: JAMAIS.
2,5 dollars comme salaire
 
J'ai passé cinq ans entre 13 et 18 ans, en scientologie. On m'a payé dans les 2,5 dollars par semaine, et une fois, 17,5 dollars. Je n'ai eu aucune formation; en réalité, on montrait de fausses classes aux officiels de l'éduication de Clearwater pour les empècher de découvrir que nous dormions par terre dans des entrepôts, parfois sans même un matelas.
 
L'organisation détient encore dans les 800 dollars d'affaires m'appartenant. Quand je leur ai demandé de me les renvoyer, ils m'ont facturé pour 58'000 dollars [de formation supposée, ndt], je leur ai réexpédié la facture; ils m'en ont renvoyé une de 36'005,70 dollars, jointe à ma déclaration.
 
En Décembre 1979, après une action de groupe en justice contre la scientologie par divers anciens membres, j'ai obtenu une "proclamation d'amnistie" [d'Hubbard] que je joins également. Il se peut que certains anciens membres puissent se faire avoir par cette "amnistie" et qu'ils retournent en scientologie. J'ai très peur pour eux, car je sais ce qu'on y trouve. J'espère seulement que le public apprendra ce que fait Hubbard.
 
Les faits dont j'ai personnellement connaissance dans l'affidavit présent sont vrais. Je crois que les autres faits dont je n'ai pas personnellement connaissance mais qui sont basés sur mes informations et sur ce que je crois sont également vrais. Les dates sont citées au mieux de mes souvenirs, mais je ne suis pas strictement sûre de leur exactitude.
 
Signé sous peine de pénalité de parjure ce 25 Janvier 1980, à Las Vegas
 

  Index-témoignages

 
OTS: «ON ME DISAIT QUE JE N'AVAIS PAS BESOIN DE FAMILLE...»
 
«J'ai vécu l'enfer»
Nathalie, 44 ans, secretaire, Genève
 
Le Matin, 14 janvier 1996
[Texte intégral]
 
«Pendant plusieurs années, j'ai été membre de l'Ordre du Temple Solaire. A cette époque, on ne parlait pas de la mort ni de «départs» collectifs ... C'est mon mari, membre de l'OTS, qui m'a entraînée dans cette histoire. Au début, j'étais extrêmement sceptique. Nous recevions de la documentation, les membres se réunissaient chez nous, ils discutaient, faisaient la tète, méditaient. Ils parlaient d'autres valeurs, de la nature et du bien-être. Pendant une .année, j'ai côtoyé ces personnes que j'ai fini par trouver bien sympathiques. Puis j'ai accepté de participer à des chorales de la communauté ... C'est ainsi que j'ai adhéré à l'OTS.»
 
Le lavage de cerveau se fait en douceur
 
«Le lavage de cerveau se fait en douceur: au début tout le monde est charmant et les relations entre les membres sont merveilleuses. On m'écoutait et on me disait que je n'avais pas besoin de famille ni d'amis : la communauté devait être tout pour moi. Une fois que j'étais complètement prise dans ses filets, l'entreprise de démolition a commencé. Jo Di Mambro (responsable de l 'OTS, mort en 1994) nous dressait les uns contre les autres et favorisait la délation. Finies l'amitié et les belles relations ! Il fallait casser les gens par peur qu'ils ne se parlent et, surtout, qu'ils ne s'expriment à l'extérieur.»
 
Isolée de tous
 
«En une année, j'étais isolée de tous. Puis j'ai divorcé et on m'a envoyée de 1986 à fin 1989 dans une ferme au Canda. J'y ai vécu l'enfer ... Je devenais folle, je n'avais pas d'amis, pas d'argent. Je demandais à partir : en vain. On punissait mon franc-parler par des tortures morales et ma mise à l'écart. J'ai donc joué la comédie. Mon objectif ? Récupérer mes deux enfants restés en Suisse avec mon ex-mari et sa nouvelle femme.»
 
Peur d'être tuée
 
«J'ai finalement été envoyée dans le Midi où j'ai rencontré un homme qui était membre de la secte depuis un an. Nous avons décidé ensemble de la quitter et nous en avons fait part aux responsables. Quel cauchemar ! Pendant huit mois, le temps de trouver un travail et un appartement, nous avons vécu avec la peur d'être tués. Les portes de la communauté étaient verrouillées chaque nuit pour qu'on ne puisse pas s' enfuir, on vivait dans une tension perpétuelle. Puis, un jour, ce fut la délivrance. Ebahis d'être dans notre nouvel appartement, nous nous sommes mis à pleurer. Et c'est en prenant nos premières vacances que nous avons vraiment réalisé qu'une page était tournée.»
 

  Index-témoignages

 
Le Matin 14 janvier 1996
[Texte intégral]
Suzanne, 68 ans, retraitée, Sion

«Ma fille ne mentionne qu'occasionnellement ses contacts avec les Témoins de Jéhovah. C'est, semble-t-il, une déception d'ordre affectif qui l'a incitée à s'en rapprocher.

Son baptême, je l'ai appris par des tiers. Lorsque nous parlons de son engagement, elle m'assure trouver l'équilibre auquel elle aspire depuis longtemps, ce qui est d'autant plus important qu'elle a une fille. Nous ne parlons jamais d'argent. Je sais que les adeptes en versent passablement et, surtout, qu'ils donnent leurs temps sans compter. Séances d'information, réunions, congrès, prédications, rédactions de textes, des heures et des heures consacrées au porte-à-porte ...

Les adeptes en feraient encore davantage pourvu qu'ils figurent en bonne place panni les élus !

Ma petite-fille n'a pas droit à la parole, elle doit tout accepter, elle n'a pas le choix. Ses réactions et ses réponses lui sont dictées. Par affection et par amour, je maintiens le contact avec ma fille. D'autant plus que, après la vie, nous ne nous retrouverons pas au même paradis: elle sera en haut et moi en dessous, puisque nous ne sommes pas du même bord ...»

 

  Index-témoignages

 
Le Matin, 14 janvier 1996
[Texte intégral]
Séduite par l'Eglise de scientologie

«Le 25 juillet 1979, à 9 heures, ma fille Elise, âgée de 25 ans, a disparu. Elle est partie de la maison avec son sac à main: «Je vais me promener.» Elle n'est jamais revenue ... Ma fille a été séduite par l'Eglise de scientologie sept ans auparavant. Elle avait fait une école de nurses, mais ne trouvait pas de travail. Elle a répondu à une peite annonce qui proposait de distribuer du courrier et de trier des docunents. C'est comme ça qu'elle est entrée dans ce mouvement. Trois mois plus tard, elle avait déjà beaucoup changé : elle se détachait de sa famille, elle renonçait à ses amis, ne sortait plus.

Elle nous parlait tout le temps de son mouvement et voulait faire de nous des adeptes. A plusieurs reprises, je lui ai dit qu'elle avait perdu son libre arbitre, mais elle n'acceptait pas la critique. Elle me menaçait de quitter la maison si je continuais à dire du mal de Ron Hubbard, le fondateur de la sientologie.

Pendant les sept ans qui ont précédé sa disparition, ma fille a fait de nombreux stages à l'étranger pour sa secte. Elle s'est même endettée. J'ai bien évidemment porté plainte. Aujourd'hui, j'ai perdu toute trace de ma fille.

Où est-elle? Que fait­elle ? Je n'en sais rien. Ce qui est sûr, c'est que depuis sa rencontre avec la scientologie et avant sa disparition, Elise avait déjà fait six tentatives de suicide.»

feu Robert Schreiner, 78 ans, retraité, Genève

 

  Index-témoignages

 
ORDRE DE TUER !
 
Eglise de Scientologie de Genève: un manque de personnel affligeant
 
En 1983, l'organisation de Genève n'ayant pas le personnel nécessaire pour délivrer les cours de scientologie ni aucun superviseur formé pour contrôler la thérapie scientologue (auditions), j'ai dû me rendre à mes frais à l'organisation de scientologie de Paris. Osant me plaindre de cet état de fait, j'ai de suite reçu un ordre d'éthique pour cesser toute critique. Selon la directrice de l'organisation de Genève, la scientologie étant "une toute nouvelle organisation, une toute nouvelle science" (sic) ... il était normal que des erreurs soient commises. Un argument que la scientologie utilise encore à ce jour, plus de 50 ans après sa création !
 
Cet ordre d'éthique me signifiait que je pouvais être exclu de la scientologie si je continuais mes critiques.
 
A cette période, ne connaissant pas encore toutes les règles internes de la scientologie et ayant écrit un courrier de lecteur dans la presse locale sans autorisation, j'ai reçu un autre ordre d'éthique étonnant. Cette fois un ordre m'interdisant pour une certaine période de continuer mes cours de scientologie et m'imposant l'achat du cours "publiques relations de l'Eglise de Scientologie". Un cours pour lequel j'ai également dû me rendre à Paris à mes frais.
Le service secret de la scientologie
 
A Paris j'ai alors été engagé par le service secret de scientologie : SOCO (service de coordination sociale, aujourd'hui Office des Affaires Spéciales, OSA). Un service dirigé par un homme aimant les gros cigares et mettre ses pieds sur son bureau ... J'ai dû signer avant de commencer mon cours un papier me condamnant à payer 80'000 FF si je révélais un tel contrat (80'000,- par personne en ayant été informée). Plus tard, j'ai fait la connaissance de Monsieur A.B., qui lui aussi avait dû signer un tel document, cela peu avant son unique et dernière mission : celle d'infiltrer le cabinet du docteur psychiatre Jean-Marie Abgrall de Toulon. Une mission dans le but de connaître ses relations et éventuelles manquements aux lois et coutumes ...)
 
En 1984, j'ai été mis au courant par SOCO de prétendues malversations d'un médecin à Genève, le doctor S., un médecin psychiatre qui selon la directrice de l'organisation de Genève, était "La Cause" des mauvaises statistiques de l'Organisation de scientologie de Genève ... On m'a alors demandé de faire une enquête à son sujet et précisé droit dans les yeux : "il faut élimininer ce psy"
 
Le sens de cet ordre "éliminer" était clair, cela d'autant plus que j'ai été mis en relation au même moment (est-ce un hasard) par la scientologie de Lausanne avec deux personnes connaissant et possédant des armes. J'ai pris peur de devoir accomplir une telle mission et cherché au plus vite à m'échapper d'une telle responsabilité.
Impossible de quitter un tel bourbier
 
Je ne me sentais vraiment pas l'âme d'un barbouze et quitter la scientologie était trop tôt pour moi. Je venais d'investir une grosses somme pour ma formation en scientologie. De plus certains de mes amis venaient juste de commencer des cours de scientologie. Parmi mes amis il y avait même un professeur de musique du conservatoire et un professeur d'école primaire.
 
Heureusement connaissant la manière d'évaluer la fidélité d'un scientologue (statistiques sur ses donations, ses achats de cours, le nombre d'amis amenés en scientologie) j'ai proposé d'assumer la présidence et les relations publiques d'une Association Narconon ("Dites non à la drogue") avec pour but d'obtenir l'ouverture prochaine d'un centre Narconon en Suisse romande, et ainsi échapper à ma mission contre ce médecin psychiatre.
Des manipulateurs manipulés !!!
 
Mon offre a été acceptée. Toutefois pour obtenir le "OK" de l'officier d'éthique de l'église de scientologie de Genève  j'ai dû encore acheter le cours d'éthique de scientologie et de nombreux livres de Ron Hubbard !
 
A propos de ce cours d'éthique j'aimerais ajouter que j'ai dû le refaire en 1989 lors de mon séjour au centre de Clearwater en Floride aux USA. Cette fois c'était pour échapper à de nouvelles contraintes. Cette organisation aux USA voulait en effet que je recommence l'étude de l'ensemble de mes cours d'auditeur pour avoir le droit de suivre les cours confidentiels de scientologie ! (Les cours OT1 à OT7) ! Je leur ai donc proposé comme marché d'acheter plutôt le nouveau cours d'éthique qui venait d'être mis au point (un cour pilote confidentiel) sous prétexte d'aider l'organisation de Genève qui, et je le savais bien, manquait cruellement de personnel.
Narconon des fausses statistiques
 
En tant que président et fondateur de l'association Narconon Suisse, j'ai reçu une liste des personnes de nationalité suisse, toutes ayant suivi le programme de désintoxication Narconon-France (à Grancey sur Ource) dans le but de calculer la statistique des résultats. J'ai donc contacté ces personnes, ou leurs familles, et obtenu un grand maximum de 10% de non-rechute dans la drogue.
 
La direction de SOCO a refusé de tenir compte de mon enquête et m'a imposé de présenter aux autorités suisses du cantons de Vaud, avec qui j'étais en pourparlers, une série de documents qui ne parlaient eux, que de succès et résultats avec plus de 80% de réussite (non rechute) !
 
La scientologie cache ses réelles statistiques et sa manière de manipuler ses membres. Elle est basée sur le mensonge, cela à l'image d'une récente publication où pour montrer le nombre de participants présents des "clônes photographiques" ont été ajoutés dans les rangées vides,
 
La scientologie pratique la contrainte qui peut mener au suicide, cela à limage de ce jeune homme qui s'est jeté d'un pont à Lausanne pour échapper à leurs pressions et tortures mentales (mobbing).
 
Aujourd'hui les preuves sont plus que suffisantes pour interdire la scientologie et nos autorités se doivent de n'être pas complices de telles dérives.
 
Jean-Luc Barbier
25 août 2004

  Autre témoignage de Jean-Luc Barbier

 
 LA FIN D'UN LONG CAUCHEMAR
 
Six mois chez les scientologues
 
24 Heures, 29 janvier 1991, Jean-Philippe Ceppi
[Texte intégral]
 
Voici un témoignage rare et précieux émanant d'un Suisse qui a atteint le niveau supérieur, dit «confidentiel»,au sein de l'Eglise de scientologie. Ecœuré de ses six mois passés aux Etats-Unis, cet ancien grand maître se met à table.
 
«Vous êtes enfermé dans une prison dorée et constamment menacé. Les WC ne fonctionnent pas, les matelas ont des taches d'urine; on fait marcher des bulldozers à 3 heures du matin pour vous éprouver nerveusement.» il a fallu plus d'une année à Jean-Luc Barbier, un Genevois de 39 ans, pour se remettre de son séjour à Flag en Floride. Son cauchemar prend fin en juin 1989, lorsqu'il quitte enfin l'hôtel acheté et aménagé par les scientologues, devenu leur centre mondial.
 
Entré en scientologie onze ans plus tôt grâce à des amis, Jean-Luc Barbier aura dépensé plus de 30'000 francs (environ 20'000 euros) avant qu'on lui propose de suivre un stage supérieur de scientologie, à la Mecque américaine du mouvement. Après presque 10 années de fidélité à la secte, il est mûr pour aller plus loin lorsqu'on lui promet que là, il apprendra le secret final de l'univers». Peu importe le prix de ce stage final de six mois (100'000 francs): c'est l'achèvement de tout scientologue.
Sous clé
 
Effectivement : en guise de révélation Jean-Luc Barbier va être servi. «J'ai d'abord ressenti de la méfiance, puis du doute. Peu à peu j'ai acquis la œrtitude d'une escroquerie.» Le «bleu» qui arrive à Flag est immé- diatement placé sous surveillance: «Il est interdit de sortir du bâtiment sans autorisation. Le seul droit que nous avons est de laver notre linge le samedi. Les chambres qu'il faut payer 200.- francs par jour (125 euros) sont sales; la climatisation en panne.»
 
Les cours, pour lesquels il faut payer de mois en mois, se donnent dans des chambres sans lumière et isolées les unes des autres. «On ne vous lâche pas une seconde. Les journées sont épuisantes. Il arrive qu'on vous réveille la nuit pour vous vendre de nouveaux cours. Ils ont même appelé ma femme en Suisse à minuit pour qu'elle aille faire un emprunt à la banque, pour financer mes cours. Un autre Suisse a été poussé au divorce parce que sa femmne refusait de payer.»
«Un régine policier»
 
Les scientologues n'aiment pas la contestation. Ils la, répriment. «Les, menace sont incessantes, continue Jean-Luc Barbier. La moindre contestation ou un retard au cours provoque une convocation devant un comité d'éthique. «Ce comité mène un véritable interrogatoire de «l'accusé». Après l'avoir dénigré, humilié, on lui explique que tous les grades qu'il a franchis dans l'Eglise (et pour lesquels il a payé) n'ont pas suffi. Il est «dégradé», doit reculer de quelques cases. Pour revenir à son niveau, il devra se racheter. En payant de nouveaux cours ou en faisant un don à la scientologie, par exemple.
 
«Ces interrogatoires conditionnent les gens, les amènent à la folie. Vous êtes piégés, d'autant plus que l'Eglise dispose de fiches personnelles sur vous, qui recensent aussi bien vos éventuels crimes que les détails de votre vie sexuelle. C'est un vrai système policier.»
 
Mais les clefs de l'univers, que les scientologues ont promis de révéler à Jean-Luc Barbier ? En six mois de cours, on lui remettra des kilos de papier, signés Ron Hubbard, le gourou des scientologue qu'il a dû rendre à la fin de son stage.
 
Jean-Luc Barbier a dû jurer par écrit de ne pas révéler «le secret final de l'univers» des scientologues, sous peine d'une amende de 14'000 dollars. Ce secret déjà éventé par une sociologue française elle aussi défro- quée, le voici : un charabia de science-fiction selon lequel «Xénu, le chef de la Confédération galactique fondée il y a 75 millions d'années» a fait transporter les esprits des hommes sur terre et «placer une bombe H dans les volcans». Depuis cette époque, chacun d'entre nous serait hanté par de mauvais esprits, collés au corps.
 
Seule la scientologie peut les éloigner définitivement. Ce stage lui a ouvert les yeux: Jean-Luc Barbier a quitté la scientologie. Mais les scientologues ne lâchent pas leur proie: la mission lausannoise de la secte a même porté plainte contre lui, l'accusant de léser l'Eglise en dévoilant ses secrets. Mais le 1er octobre 1990 le juge prononçait un non lieu.
 
Jean-Luc Barbier: «Je suis persuadé que le but de la scientologie n'est pas l'argent en soi. mais grâce à l'argent de gouverner la planète.»
 
 
 MÉDECINE ILLÉGALE ET CONTRAINTE
 
USA: Témoignage de Kathryn
 
Remarque d'anti-scientologie: contrairement à ce qui se passe fréquemment en scientologie, le mari en désaccord avec la secte s'est rapproché de sa femme et l'a aidée à quitter la scientologie. Généralement une demande de divorce est exigée par la scientologie de la part de celui qui reste dans la secte.
 
J'ai été membre de la Scientologie pendant des années. Les seules auditions que j'ai jamais reçues provenaient de la Scientologie officielle et autorisée. Il y a quelques années, aux mains de ses membres les mieux entraînés, je suis passée par une expérience devastatrice qui m'a ruinée mentalement et spirituel- lement. Je n'étais plus alors une personne intègre. C'est seulement maintenant que je suis capable d'en parler. Des histoires comme la mienne font l'exception. Cependant, la mienne n'est certainement pas la première ni la dernière.
 
J'écris ceci anonymement parce que je n'ai pas envie d'être "importunée". Je vais mieux, mais il me faut du temps pour retrouver la santé. Evidemment les scientologues de l'Office des Affaires Spéciales Internatio- nales (OSA int) et le Religious Technology Center (RTC) me reconnaîtront parce que c'est sous leur houlette que tout cela est arrivé.
 
L'histoire que je désire vous raconter a commencé il y a près de trois ans, en 1996. Je ne le savais pas encore mais ma saga commença huit semaines avant la mort de Lisa McPherson le 5 décembre 1995, à Clearwater en Floride. Plusieurs des aspects de mon affaire sont similaires sinon identiques à celle de Lisa; nous avons eu toutes les deux un médecin scientologue, on nous a donné les mêmes concoctions de vitamines et de plantes, ainsi que le médicament hydrate de chloral, et nous avons toutes deux subi de sérieuses crises psychotiques s'accompagnant d'hallucinations. Heureusement, certains aspects diffèrent et en particulier la façon dont tout cela s'est terminé.
 
Lisa et moi etions toutes deux des scientologues de longue date. J'avais passé dix ans dans le personnel de la scientologie (la Sea Organization), employée à plein temps, membre du staff dans une de leurs organi- sations. J'ai passé plusieurs années à SMI (Scientology International Management Int.) Après avoir quitté la Sea Org, j'ai joué le rôle de scientologue reconnue ayant des activités diverses. Alors que j'étais sciento- logue, j'ai été confrontée à pas mal de situations et conditions dans l'église, avec lesquelles je fus en désaccord. Cependant, je les justifiais et les regardais sous un angle qui me permettait de continuer à persevérer en tant que membre actif. Je suppose que j'ai toujours espéré que ces conditions finiraient par s'améliorer.
 
Au début des années 90, j'ai constaté que mes espoirs s'affaiblissaient de plus en plus et que je ne pouvais plus laisser de côté mes doutes et mes desaccords. J'ai pris certains cours de scientologie avec l'intention d'y remédier. Mais ils n'ont fait qu'empirer la situation. Vers la fin de 1994, j'ai été contactée par OSA Int, qui voulait que je m'occupe d'un nouveau groupe "Wolly" qui avait démarré sur internet. ("Wolly" est le nom utilisé par OSA Int pour Larry Wollersheim, ex-scientologue.) Cette personne d'OSA Int voulait connaître les activités de "Wolly". J'ai refusé l'offre, pretextant mon ignorance à Internet. Cependant, cet appel m'a interpelée et j'ai rapidement appris à me "servir d'Internet". C'est ainsi que j'ai découvert Internet. Et c'est ainsi qu'en 1995, j'ai découvert et lu de nombreux procés, décisions de tribunaux, affidavits et articles de presse concernant la scientologie. A few of the points that I wanted sorted out were: Alors que l'arrivée de ces informations faisait naître en moi nombre de questions, cela n'a pas ébranlé mes doutes ni fait renaître en moi un regain de fidélité envers la scientologie.
 
J'ai effectué quelques voyages à AOLA (the Advanced Scientology Organization in Los Angeles) et au CCLA (the Celebrity Center in Los Angeles) afin de gérer mes sentiments. Cela ne m'a pas plus aidée. Voici certains des points que j'ai abordés: Si la scientologie est supposée mettre la planète au clair, pourquoi diable coute-t'elle si cher ?
 
La plupart des gens que je connaissais font partie de la classe moyenne, et ne pouvaient même pas se payer les niveaux inférieurs de la scientologie - et encore moins les niveaux de "mise au clair". En raison de ces prix, cela paraîssait être un groupe élitiste plutôt qu'un groupe oeuvrant pour l'humanité. Je connaissais quelqu'un qui avait déjà déboursé 3'000'000 $ et à qui l'on demandait encore d'en prendre pour 60'000 $ pour accéder au niveau au dessus du niveau de clair. Mais où diable cet argent partait-t'il ?
 
J'avais l'impression qu'une bonne partie filait en honoraires d'avocats pour manier des procès qui impliquaient des gens qui avaient dépensé des sommes exhorbitantes pour des services, et qui demandaient réparation. Ces sommes d'argent étaient énormes en raison des tarifs exhorbitants des avocats.
Qu'est réellement une religion ?
 
Lorsque je suis entrée en scientologie on m'a clairement expliqué que l'étiquette religieuse n'était là que pour des raisons de fisc et de juridiction, et que nul n'avait besoin de changer son appartenance religieuse pour devenir membre. Au cours de mes vingt années de scientologie, je ne suis allée qu'une seule fois à un des services cléricaux de l'église. Une fois, j'ai essayé de trouver un service de scientologie où je pouvais amener mes enfants. Une organisation m'a dit qu'ils avaient un petit service qui accueillait les enfants pendant que les membres prenaient leur repas.
 
Dans une autre organisation, les dimanches matin étaient consacrés à des réunions qu'ils conseillaient vivement. J'ai entendu dire qu'une organisation organisait un service le dimanche soir tout à fait valable. J'y ai emmené mes enfants un dimanche soir. C'était un bâtiment noir et fermé. Nous y sommes entrés par la porte de l'immeuble voisin. Après nous être renseignés auprès de plusieurs membres du personnel, qui n'avaient aucune idée de ce qu'était ce service du dimanche, on a fini par tomber sur quelqu'un qui nous a dit "ah oui, mais ce soir c'est annulé".
 
Cela a mis un terme à mes recherches pour un service scientologue pour mes enfants. Si la scientologie était une religion, qu'en était-t'il de la croyance du groupe en Dieu ? Je croyais que mes auditions scientologues me mèneraient à une meilleure compréhension et à une relation plus intime avec Dieu (le divin, l'universel peu importe le nom qu'on lui donne), mais voilà, vingt ans plus tard, après les plus hauts niveaux en scientologie, je ne me sentais pas pour autant plus proche de Dieu.
 
La plupart des scientologues que j'ai connus personnellement, ne croyaient pas en Dieu. Mais s'agissait-il de leur propre opinion ou était-ce dû à l'influence de la scientologie? J'ai tenté de le découvrir. C'est alors que j'ai découvert la masse de publications entourant la scientologie. Je suis tombée sur un livre donnant certaines références sur les fondements de la scientologie, (Notes on the Lectures), que j'ai du me procurer chez un bouquiniste car la scientologie l'avait "censuré". Comment ce faisait-il qu'ils aient toujours autant d'"ennemis" ?
C'est un crime capital que de dire à un autre scientologue qu'on veut quitter la secte
 
J'ai participé à certains projets du GO et d'OSA Int, et à ce moment, j'ai cotoyé quelques temps des "SPs" ou "Ennemis". Je n'ai pas vu ces ogres que la scientologie nous dépeignait. En fait, la plupart d'entre eux avaient des opinions bien fondées sur le comportement scandaleux de la scientologie, et c'est ce qui les avait amenés à la controverse. En d'autres termes, d'après moi ces gens n'étaient déclarés subversifs pour l'unique raison que le groupe se déclarait être leur "victime".
 
C'était l'état d'esprit auquel j'arrivais au fur et à mesure de mes investigations sur Internet. Vers le nouvel an 1996, je me suis rendue compte qu'il fallait que je fasse part à mon mari de ce que je pensais, même s'il s'agissait d'un crime capital que de dire à un autre scientologue qu'on veut quitter la secte. Je lui ai avoué que je pourrais bien ne plus être scientologue. Il était vraiment bouleversé et il était clair que c'était un problême pour lui. Je savais que si je continuais dans cette direction, mon mariage et mes enfants risquaient d'en souffrir. J'ai donc cessé d'aborder le sujet.
 
Le lundi 5 février 1996, j'ai reçu un coup de fil d'un membre d'OSA Int que je connaissais personnellement. Elle désirait une entrevue. Je l'ai rencontrée avec son associé dans un bureau à OSA Int sur Hollywood Boulevard. A ma grande surprise, elle m'a montré un message privé par E-mail que j'avais envoyé à quelqu'un plusieurs mois auparavant. La scientologie avait déclaré cette personne suppressive, c'est à dire qu'elle l'avait expulsée, et que la scientologie ou tout membre actif avait coupé les liens avec cette personne, et qu'elle avait interdit à tout scientologue le moindre contact avec elle.
 
Cette personne, dans le message qu'elle m'envoyait, s'étonnait que moi, scientologue "en bon standing" [en bonne entente en théorie avec la secte, ndt], puisse encore lui faire confiance et communiquer avec elle. J'avais répondu que je n'avais pas de méfiance particulière à son égard, mais que j'étais génée à cause des espions que la scientologie, j'en étais sûre, n'avait pas manqué d'envoyer pour la surveiller.
 
Les deux femmes d'OSA Int n'ont jamais expliqué la façon dont elles avaient obtenu ces messages privés. Je leur ai dit que je n'avais rien à cacher, que j'avais signé de mon nom, et que je savais qu'ils avaient des observateurs et des espions partout. Je leur ai parlé de mes visites à AOLA et CCLA pour essayer d'éclaircir mes pensées et mes sentiments à propos de la scientologie y compris les problêmes que j'avais récemment résolus.
 
Je leur ai déclaré que je n'étais pas d'accord avec certaines des opérations d'OSA Int contre des soi-disant "ennemis", car ce n'était pas éthique. J'étais en desaccord avec l'état d'esprit scientologue "la fin justifie les moyens", qui gouvernait leurs actions y compris les actions et décisions dans lesquelles j'avais été personnellement impliquée ou que j'avais apprises de source sûre.
Ils voulaient connaître les noms des personnes que je mentionnais
 
Mon point de vue ne semblait pas vraiment les interresser, mais par contre ils voulaient connaître les noms des personnes que je mentionnais, savoir si j'avais parlé à telle ou telle personne, tous ces gens étant bien entendu dans leur liste d'ennemis. Ils m'ont proposé de m'aider à dissiper mes doutes et mes confusions. Ils m'ont indiqué qu'un merveilleux auditeur, que je connaissais mais que je n'avais pas vu depuis des années, avait étudié mon dossier et qu'elle voulait me venir en aide. Je n'étais pas opposée à cette offre, je suis donc allée voir le Directeur des auditions. Mais je me suis rendue compte qu'il ne s'agissait pas d'un entretien ordinaire avec le Directeur des auditions mais plutôt un interrogatoire.
 
On m'a demandé si je connaissais des gens qui avaient quitté la scientologie. Est-ce que je connaissais des suppressifs ? Avec qui est-ce que je discutais? Qu'est-ce que je pensais? Je suis rentrée chez moi complètement SONNEE. Je ne voulais pas en parler. Je savais très bien que si je refusais leur "maniement", on me déclarerait suppressive, et je savais que mon mariage (et d'autres aspects de ma vie) risquaient d'en pâtir si cela arrivait.
Rompre les liens
 
Ce soir là, j'ai reçu un appel d'une scientologue de mes amies. Elle avait des problèmes. Son Org (AOLA) lui avait ordonné de rompre tout lien avec son meilleur ami (ancien membre de la scientologie mais pas un ennemi déclaré). Son mari lui avait assuré que si elle ne rompait pas ses liens avec cet ami, elle ne pourrait plus avancer sur le pont, et si cela se produisait, il demanderait le divorce. J'avais l'impression d'être coincée dans la même situation, et ne pas pouvoir faire autrement que de me pointer à cette fameuse "scéance" le lendemain.
 
J'appelle ça une "scéance" parce que ça n'était pas un entretien ; l'entretien avait eu lieu la veille. C'était supposé être un entretien informel, avant que l'audition proprement dite ne commence. Le lendemain, les deux filles d'OSA Int m'ont emmenée en salle d'audition pour voir l'auditeur. Elles m'ont accompagnée jusque dans cette salle minuscule. D'abord, j'ai observé ces trois filles avec leur visage fermé et je me suis demandée si j'allais subir un "Gang Bang Sec Check" [une vérification de sécurité, en fait un questionnaire effectué par plusieurs "officier d0éthique" de la scienologie] dont j'avais entendu parler il y a quelques années. Mais ce n'était pas le cas, elles m'ont finalement laissée seule avec mon auditeur. Ce fut une "audition" telle que je n'en avais encore jamais vue.
 
"Horrible" est le mot qui me vient à l'esprit. Les scéances duraient des heures, et pendant des jours. Je me rappelle que le deuxième jour, l'auditeur m'a fait lire différents bulletins pour me démontrer que tout était fait pour mon bien, que ces scéances n'avaient rien à voir avec une enquête et que le but n'était pas de m'"attaquer". L'auditeur a expliqué qu'elle s'intéressait vraiment à moi et qu'elle ferait tout pour m'aider. Mais bientôt elle a commencé à me crier dessus quand elle n'était pas d'accord avec moi.
 
Par exemple, je me souviens lui avoir rapporté que j'avais fait quelque chose à un suppressif et que j'estimais que j'avais fait un overt, elle m'a crié dessus. Elle m'a hurlé que je ne pouvais pas avoir commis un overt puisque "Vous ne pouvez pas commettre des overts sur des suppressifs". On a eu de nombreux désaccord sur la définition d'un overt.
 
Je lui ai dit que je n'étais pas d'accord avec la définition "Le Plus Grand Bien pour le Plus Grand Nombre", car cela avait servi de justification à quantité de mes mauvaises actions. "Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'ils vous fassent" me semblait plus louable et c'est d'après ce critère que je voulais juger mes actions. L'auditeur s'est violamment emportée contre mon point de vue car cela n'était pas en accord avec les croyances hubbardiennes, au cours de cette scéance, il y a eu de nombreux autres hurlements.
 
Ces "journées d'audition" ont duré près d'une semaine. Quand je n'étais pas en scéance, je ne parlais guère. Je me sentais complètement sonnée. J'ai bien essayé de dormir, mais je n'y parvenais pas. Je me forçais à manger pour pouvoir "passer le test du métabolisme", c'est à dire le phénomène en scientologie qui montre que le corps est suffisamment reposé et nourri pour commencer la scéance. Le soir j'avais ces scéances qui me revenaient sans cesse à l'esprit. C'était comme si ces scéances n'avaient pas de fin. Comme si j'emmenais l'auditeur avec moi. Elle était dans ma tête, antagoniste, me hurlant dessus et me rongeant le cerveau.
 
9 ou 10 février 1996 Ce fut la plus longue scéance, elle a duré près de six heures. Je me souviens que je voulais vraiment fuir. Cependant, je me trouvais au dernier étage d'OSA Int. Lorsque j'ai mesuré les difficultés pour quitter mon auditeur, descendre les escaliers avec des caméras partout, des tas de gens et des gardes de sécurité entraînés à empêcher les gens de "se sauver des scéances", je suis restée. J'ai passé l'essentiel de ces six heures à pleurer dans cette minuscule pièce et j'ai rempli une poubelle de mouchoirs. Dimanche soir 11 février 1996 Je suis allée me coucher. Vers 2 heures du matin je me suis réveillée, je sentais que tout explosait, ma tête, mon moi, mon âme.
Je devenais folle, totalement terrorisée
 
Je ne sais pas comment le décrire autrement, je devenais folle. Il fallait que j'agisse mais je ne savais pas quoi faire. J'hurlais sur mon mari, mais j'avais l'impression de ne pas hurler des mots. J'ai quitté la maison en courant. Mon mari, qui me poursuivait, m'a rattrapée avant le bout de l'allée. Je tournais autour de la voiture et j'essayais de toucher les arbres. Mon mari a fini par me calmer suffisament pour que je puisse rentrer chez moi. J'étais totalement terrorisée. Il s'était passé quelque chose en moi et je savais que j'étais ailleurs. Mon mari a appelé mon auditeur à OSA Int, (alors qu'il était dans les deux heures du matin), elle a parlé avec mon mari puis avec moi. Tout ce dont je me souviens de cette conversation était qu'elle disait "Il n'y a aucune tech pour manier ça". Je me rappelle avoir pensé "elle aurait pu au moins me mentir".
 
C'est vers le 12 ou 13 février que quelqu'un a arrangé une autre scéance d'audition avec l'auditeur. Dès que la scéance a commencé, l'auditeur a sorti la "liste de Security Check Correction", une action dans l'audition sensée détecter et résoudre les difficultés rencontrées dans les Security Check scientologues. On suppose que la plupart de ces difficultés sont dûes à un ou plusieurs secrets que le préclair n'a pas divulgués.
 
Je me suis sentie immédiatement effondrée. "Eux", (le C/S et l'auditeur), pensaient que ce problême mental n'était rien d'autre qu'une "retenue manquée". Je savais que ce n'était pas cela qui n'allait pas. Je sentais que le superviseur de cas et l'auditeur pouvaient résoudre le problème que j'avais et je n'admettais pas qu'ils n'en fassent rien. L'auditeur m'a parlé jusqu'à ce que mon "aiguille flotte",[une indication sur le détecteur de mensonges, l'électromètre des scientologues, qu'il n'y a plus de réaction. En fait à ce moment il y a un refoulement pouvant porter à conséquence chez le patient ; ce qu'ignorent les scientologues, ndlr] et puis elle a terminé la scéance.
 
Je me souviens lui avoir demandé "mais comment va t'on résoudre mon problème ?" Elle ne m'a jamais répondu. On m'a renvoyée chez moi et on m'a dit qu'on me contacterait. Les jours suivants, je suis restée chez moi. J'étais terriblement anxieuse, terrorisée, et mal dans ma peau. J'essayais de dormir, mais aussitôt j'étais réveillée par "des choses qui envahissaient ma tête".
Médication sans ordonnance
 
C'était vraiment difficile d'expliquer ce qu'étaient ces ombres et ces démons. Je voulais seulement que tout cela s'arrête. Je voulais juste que mon état de clair me revienne ... J'augmentais les dosages de vitamines que mon auditeur m'avait dit de prendre - Mélatonine, Calcium et Magnésium, Vitamine B1. Cependant, cela n'a fait qu'empirer et j'avais de plus en plus de difficultés à me maintenir à flot.
 
J'ai passé la nuit du 13 février à faire les cent pas dans le garage pour ne pas réveiller les membres de ma famille. J'essayais de calmer le flot de mes pensées, essayant de rester dans la réalité. Mon mari ne comprenait plus ce qui m'arrivait, et je me suis sentie terriblement seule. A 5 heures du matin, j'ai appelé une autre scientologue de mes amis et également auditeur. Je lui ai expliqué que je n'arrivais pas à obtenir l'aide dont j'avais besoin. Il a été d'un grand réconfort. Il a comparé l'expérience que j'étais en train de vivre à un mauvais trip de LSD, comme il en avait vécu des années auparavant. Cela m'a rassurée de savoir que quelqu'un était passé par là, mais en même temps j'étais perplexe car je n'avais jamais touché au LSD. Mon ami connaissait des gens d'OSA Int et m'a promis de trouver pourquoi on ne me sortait pas de ce pétrin.
 
L. Ron Hubbard dit:
"Seule l'audition de scientologie est capable de faire disparaître ce qu'elle a fait apparaître (sic)"
 
Il faut vraiment se rendre compte que pendant tout ce temps là - à partir du moment où mon "mental a explosé" jusqu'aux 4 jours qui ont suivi, j'étais vraiment consciente que j'avais eu une crise de psychose. Mon mental était brisé, et cela était arrivé en plein milieu d'une audition scientologue. Mais je me suis souvenue que L. Ron Hubbard avait dit "La Voie pour en Sortir, c'est la Voie qui passe au Travers", et, "Ce qui l'Amène le fera Repartir", donc, j'attendais qu'OSA Int répare ce qu'ils avaient rompu. Je pensais qu'ils avaient les outils pour réparer mon mental brisé. Mais c'était de pire en pire. Il a fallu des jours, des heures et des heures, et j'ai commencé à penser qu'ils faisaient exprès de ne pas m'aider. Je devenais paranoïaque.
Subjugué par des aliens de la planète Marcab ...
 
Le 15 février 1996 Quelqu'un d'OSA Int m'a appelée pour me dire que le superviseur de cas avait ordonné que je vois un médecin scientologue. Je n'en connaissais pas. J'en savais suffisamment sur les techniques scientologues pour savoir que le superviseur de cas voulait avoir un avis médical sur mon état. Mais en même temps je commençais à me demander si le Capitaine Bill (Robertson) était vraiment l'homme de la situation. Le Capitaine Bill était un cadre principal de la Sea Org. Il "tomba en disgrâce" en 1982 quand il quitta la Sea Org. Il avait répandu des histoires sur les grades supérieurs de la Sea Org qui selon lui avaient été subjugués par des aliens, nommés les Marcabiens, de la planète Marcab. Je n'avais jamais accordé d'importances à ces histoires jusqu'alors.
 
Ces gens d'OSA Int qui agissaient si froidement, je les voyais comme des "aliens". Le capitaine Bill n'avait-il pas raison ?
Des médecins scientologues
 
On m'a envoyé un médecin qui était OT8. Les OT8 faisaient peut-être partie d'un vaste programme de prise de contrôle mental et de vue à distance ? C'était peut-être de cette façon qu'ils avaient fait exploser ma tête. Malgré mes craintes, on m'a emmenée chez le médecin scientologue de Los Angeles.
 
Elle m'a dit de continuer la Mélatonine, Calcium et Magnésium, Vitamine B1 que mon auditeur m'avait demandé de prendre. Elle a rajouté à la prescription quelques plantes et m'a fait une ordonnance pour de l'Hydrate de Chloral. Elle m'a expliqué que le docteur Denk (autre médecin scientologue proche de L Ron Hubbard lors de sa mort), avait fait des recherches et découvert que l'Hydrate de Chloral était le meilleur remède "non psychyatrique" adapté à mon cas. Pendant les quatres jours qui ont suivis, cela a été de plus en plus mal. J'avais de plus en plus d'hallucinations. Je ne faisais que marcher. Je ne mangeais rien.
 
L'univers semblait constamment en train de disparaître. J'avais découvert que le fait de rester constamment en mouvement pouvait me rattacher à la réalité, et empêcher la venue des démons. Le seul conseil intelligent que m'ait prodigué mon auditeur d'OSA Int a été de recommander à mon mari de ne pas me laisser conduire. J'avais l'impression d'être sur des montagnes russes. Par moment, ça allait à peu près et dans ces moments-là je prenais conscience de ma descente vers la folie. Mais ces moments de lucidité étaient trop courts. Chaque fois, je replongeais dans le délire, je savais que ce moment de répit ne durerait pas et que le pouvoir effrayant de mon mental rompu me ferait plonger encore plus bas. Je me noyais, et j'avais l'impression qu'on attendait seulement à OSA Int que je disparaisse.
 
J'ai essayé pas mal de choses pendant les jours suivants pour essayer de m'en sortir toute seule ou d'obtenir que les scientologues me sortent de là. J'ai parlé à plusieurs reprises avec les gens d'OSA Int et je leur ai même donné mon journal intime et d'autres documents personnels espèrant que cela pourrait aider mon superviseur de cas à comprendre ce qui m'arrivait. Je leur ai dit que je vivais l'enfer, que je c'était l'enfer de Dante dans ma tête. Je leur ai dit que j'avais vraiment, vraiment besoin d'une scéance pour me remettre en état. La seule réponse qui m'ait été donnée a été que mon dossier de préclair se trouvait au RTC (Religious Technology Center) pour une examination technique et qu'il fallait attendre qu'ils soient de retour pour recevoir mon audition.
 
Pendant ce temps, j'ai pris religieusement tous les médicaments qu'on me recommandait. En pensant que cela pouvait m'aider, j'ai augmenté les doses et j'ai commencé à prendre une quantité colossale de Vitamine B1, mais je ne pouvais pas dormir plus de 30 ou 40 minutes à la fois. Je me réveillais d'un cauchemar et je croyais que ce que je venais de rêver était la réalité. Mon mari ne comprenait rien à ce qui m'arrivait. J'étais seule au monde. Je me souviens qu'une fois je me suis enfermée dans mon bureau, acculée dans un coin, pleurant, me frappant la tête contre les murs. Je voulais juste récupérer ma tête. Je me souviens d'une fois où mon auditeur m'a dit de ne plus parler à mon ami scientologue qui était aussi auditeur (celui qui n'était pas membre du staff). Elle m'a dit qu'il n'avait pas à s'en mêler.
 
Des mois plus tard, j'ai demandé à mon "FSM" pourquoi il ne m'avait pas soutenue pendant cette épreuve. Il m'a dit que OSA int lui avait assuré qu'ils contrôlaient la situation et qu'il devait rester en dehors de tout ça. Pendant la nuit du 20 février 1996, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit.
J'avais perdu ma tête
 
J'étais maintenant certaine que ce que le capitaine Bill racontait était vrai. Les Marcabiens avaient pris le contrôle de la scientologie. Le capitaine Bill m'avait raconté que les Marcabiens avaient placé des "tépaphones" au sommet du grand campus de la scientologie à Los Angeles. Les humains passaient au travers de ces tépaphones et les Marcabiens pouvaient se rendre maître de leurs esprit. Cela avait l'air crédible pour moi, c'était comme cela que j'avais perdu ma tête. Et cela expliquait aussi pourquoi les gens d'OSA Int étaient si froids face à ma douleur - c'étaient des aliens ou bien ils étaient contrôlés par des aliens. Il était clair pour moi qu'OSA Int n'avait pas l'intention de m'aider.
 
Plusieurs choses irrationnelles se sont produites ce jour-là ... J'étais complètement paranoïaque, psychotique et j'hallucinais. Je me souviens avoir traversé comme une folle une rue très encombrée et être arrivée par miracle de l'autre côté saine et sauve. J'étais tellement sûre alors que j'allais me faire renverser qu'une fois la rue traversée je ne savais plus que faire. C'est juste après que je me suis évanouie sur le trottoir. Je me souviens avoir essayé de me relever, mais je ne pouvais pas tenir debout ni même m'asseoir.
Complètement anéantie
 
J'étais complètement anéantie, aussi bien physiquement que mentalement. J'étais très agressive. On m'a transportée en ambulance à l'hopital. Mon mari est arrivé peu après. J'étais tellement mal en point que je ne l'ai même pas reconnu. Il paraît que ma tension était montée de façon alarmante et que j'étais complètement deshydratée. Mon mari leur a montré aux médecins le flacon d'Hydrate de Chloral que le médecin scientologue m'avait prescrit. Ils n'en croyaient pas leur yeux. "Et c'est ça qu'on lui donne pour la faire dormir !!!", deux d'entre eux étaient pliés de rire. J'ai par la suite découvert que l'hôpital avait appelé le médecin scientologue à propos de mon effondrement et de mon état mental.
 
Elle a alerté OSA Int qui a envoyé des gens pour empêcher mon admission en psychiatrie. Après plusieurs heures, et avec un peu d'aide, j'étais capable de répondre aux questions que l'on pose habituellement aux urgences -"Qui êtes-vous ?", "Quel jour sommes-nous?". Et "Ou êtes-vous?" Les médecins voulaient me garder à l'hôpital, mais ils ont autorisé ma sortie à partir du moment où mon mari et moi acceptions de signer une "décharge".
 
Après avoir quitté l'hôpital, on m'a fait une "garde de bébé" [la "garde de bébé" est une partie d'un procédé nommé Procédure d'Instrospection, supposé soigner les fous, ndt]. C'était une garde de bébé informelle, car
a) tout cela se passait chez moi,
b) je connaissais les scientologues qui me gardaient,
c) on ne leur interdisait pas de me parler. Lorsque mon mari était à la maison, ils s'en allaient.
 
22 février 1996 Quelqu'un d'OSA Int est venu chez moi pour me remettre un message du superviseur de cas. Je ne me souviens pas de ce dont il s'agissait mais par contre je me souviens que je me suis mise à déblatèrer une longue tirade dénuée de sens à la femme qui me l'avait apporté. De plus, les "gens" (les êtres invisibles que j'étais seule à voir) qui étaient arrivés avec elle, ont commencé un livrer un combat avec "mes gens". Inutile de dire qu'après cette visite mon mari avait perdu tout espoir de voir une quelconque aide venant d'une audition du Superviseur de Cas.
 
Mon mari a alors appelé le médecin pour obtenir un peu d'aide. A sa stupéfaction, elle lui a dit qu'elle n'y pouvait rien, que la seule chose qui pouvait m'aider était des médicaments psychiatriques et qu'elle ne pouvait pas me les prescrire. [on a ici un indice de plus concernant la médecine illégale, puisque la scientologie donne en quelque sorte des ordres aux médecins scientologues, ndlr]
 
Après cela, mon mari s'est vraiment occupé de moi. Il m'a avoué qu'il ne fallait pas attendre d'aide d'OSA Int ni des médecins scientologues. Il m'a dit que dès lors nous étions seuls, et qu'il fallait qu'on s'en sorte nous-même. Malgré l'apogée de ma folie, j'étais enfin heureuse de ne plus être seule. Je sentais qu'il y avait un espoir. Je me suis souvenue des médecins qui avaient ri de voir qu'on me donnait de l'Hydrate de Chloral, et j'ai senti qu'il fallait que je fasse l'INVERSE de ce qu'on nous avait dit.
 
Mon mari était d'accord, et j'ai arrêté les vitamines, les plantes, tout ce que m'avait prescrit quiconque avait un rapport avec OSA Int. Au lieu de cela, je n'ai pris que de l'aspirine parce que j'avais lu quelque part que la drogue pouvait "effacer l'imagerie mentale".
Mon mari m'a aidée a sortir de cette psychose
 
23 février au 1er mars Au cours de la semaine suivante, je n'arrivais toujours pas à dormir. Les hallucinations et la paranoïa continuaient. Mais par contre je ne me sentais plus seule. Je ne peux le décrire que d'une seule façon, mon mari m'accompagnait dans ma folie. Il voyait ce que je voyais et il entendait ce que j'entendais, ou au moins il m'en donnait l'impression. Il m'a aidé à me calmer. La nuit, lorsque cette vague de terreurs arrivait à son point culminant, il restait près de moi. C'est comme si il avait crée dans ma pauvre tête, une petite flamme que je suivais comme un guide et qui m'arrachait à mes démons.
 
Mon mari continue à faire un parallèle avec un passage du film "Poltergeist", au moment ou le père rentre à l'intérieur de l'autre univers pour aider sa fille qui a été aspirée par un écran de télévision. C'est en quelque sorte ce que mon mari a fait, il est rentré dans ma psychose, m'a trouvée, et m'en a sortie. Peu à peu j'ai recouvré le sommeil. Peu à peu les terreurs se sont dissipées. Les hallucinations étaient encore là mais elles devenaient moins intenses. Les voix que j'entendais devenaient plus douces. Au début de cette longue marche vers la guérison, personne d'OSA Int n'a appelé.
 
A un certain moment, j'ai eu très envie de récupérer mes documents personnels. Mon mari a appelé OSA Int et il a pu récupérer mes affaires. Le dos des agendas était complètement plié (comme lorsqu'on applatit un livre pour en faire des photocopies) et certaines pages (celles où il était question de la scientologie) avaient été cornées. Mais au moins on m'avait rendu mes originaux. Je me souviens d'avoir essayé de remettre "un peu de normalité" dans tout cela. Avant ces évènements, j'étais plutôt matinale, je prenais du jus de fruit et du café au petit-déjeûner, je lisais mon journal.
 
Alors j'ai repris mes habitudes - me lever, prendre le petit-déjeûner, ouvrir le journal. Malgré l'incapacité que j'avais à me concentrer, je ne pouvais pas lire plus d'un mot par-ci par-là, je me suis focalisée sur deux petites choses -"agir comme si" et "créer la chose pour qu'elle se réalise".
 
Je me concentrais sur une page de journal aussi longtemps qu'il fallait pour la lire entièrement, et seulement après, je passais à la suivante. Je me battais pour retrouver toute ma tête, pour revenir au monde des réalités et vivre au jour le jour... Chaque nuit je dormais un peu plus, et de jour en jour j'allais mieux.
 
6 mars 1996 J'ai reçu un coup de téléphone de mon ami auditeur, celui qui m'avait aidée avec son histoire de LSD et avec d'autres actions avant que mon mari ait compris ce qui se passait. Il voulait m'interviewer et enregistrer mon expérience. J'avais déjà décidé que je ne reprendrai jamais plus les "boîtes" [expression scientologue voulant dire "entre en séance d'audition"]. Cependant, je lui faisais confiance et j'ai accepté. Je voulais faire connaître mon point de vue. Je ne voulais pas que mon dossier de préclair, que de toute façon la scientologie ne m'aurait pas autorisée à récupérer, soit le seul témoignage de ce qui m'était arrivé.
 
Nous nous sommes donc rencontrés dans un endroit sûr. Ensuite, mon ami m'a expliqué qu'en tant qu'auditeur entraîné, il pouvait se rendre compte des erreurs et des mauvaises applications des techniques qui m'avaient été administrées. Ce qu'il m'a dit n'a pas réparé les choses, et ne m'a pas appris grand-chose de plus, mais ça m'a aidée à me rendre compte que ça n'était pas de ma faute si j'avais perdu la tête.
Ils voulaient que je certifie que ça n'était pas de leur faute et que la scientologie m'avait aidée
 
Vendredi 8 mars Autre appel de mon ami auditeur. Il m'a dit qu'une femme d'OSA Legal voulait me faire signer certaines déclarations. Il m'a dit qu'OSA Int lui avait d'abord demandé son aide pour me faire signer ces papiers. OSA Int ne s'était nullement préocupé de mon point de vue et se fichait bien de m'interviewer sur ce que je ressentais après ce qui s'était passé. Il m'a dit que c'était lui qui avait demandé que l'interview soit enregistrée. J'étais renversée. J'ai pris le numéro d'OSA Légal. J'étais furieuse que cette personne du Légal n'ait pas la décence de m'appeler personnellement.
 
En fait, ni mon mari ni moi n'avions reçu le MOINDRE appel sur ma santé après ce vendredi, là il a vraiment réalisé que OSA et la scientologie ne nous aideraient pas. Quand j'ai appelé la fille d'OSA Légal, elle m'a dit qu'elle avait un petit document et une déclaration d'abandon de droits qu'il fallait que je signe. Je lui ai dit que j'en voulais des copies et le temps de les lire d'abord. Pendant que je lui parlais, je me suis rendue compte qu'après tout ce que j'avais subi, c'était tout ce que j'allais avoir en échange de la scientologie.
 
Les non-scientologues m'avaient envoyé des fleurs et des souhaits de prompt rétablissement. La scientologie voulait me faire signer des documents légaux. J'ai commencé à fondre en larmes et je lui ai raccroché au nez. Un moment plus tard, je l'ai rappelée et elle a été d'accord pour m'envoyer les documents par mail. J'étais triste de cette tournure des événements, vraiment triste, profondément désapointée de constater que je n'obtiendrai que cela de ma soi-disant église. Au contraire, mon mari n'était pas triste, mais plutôt furieux que "ces gens" ne se préoccupent que d'assurer leurs arrières.
Les déclarations ne me sont jamais parvenues par mail. Même ainsi, je me demande si je les aurais jamais signées.
 
Je savais que si je ne les signais pas, OSA Int me verrait comme une menace et qu'ils tenteraient d'autres actions contre moi. Même si j'allais mieux, j'étais encore instable et il y avait toujours cette part de moi-même qui se posait encore des questions quant à l'existence des aliens, des tépaphones que les Mercabiens avaient placés au sommet du building de la scientologie. Je me rendais bien compte que cela pouvait me renvoyer en enfer alors que je venais seulement d'en sortir.
 
Le 13 mars La femme d'OSA Légal a appelé et m'a expliqué qu'elle ne pouvait pas m'envoyer les documents par mail, mais qu'elle voulait que je les lise (en sa présence) et que je les signe. Mon mari n'était pas disponible ce jour-là. Le seul ami que je pouvais contacter m'a recommandé de les signer pour que la scientologie me fiche la paix. J'ai refusé de rencontrer la fille d'OSA Légal dans le building de la scientologie. On s'est mises d'accord pour se voir dans un restaurant, mais j'étais trop bouleversée pour sortir de la voiture et je n'ai pas pu aller plus loin que le parking du restaurant. C'était un peu moins d'un mois après le début de mes ennuis et seulement une semaine après que j'aie commencé à redevenir moi-même. N'ayant toujours pas d'ancrage solide dans le monde réel, j'en tremblais.
 
Je me suis assise avec elle dans la voiture, pleurant, pendant qu'elle lisait les deux documents. Elle disait que normalement un avocat aurait dû me les expliquer pour que je sache ce que j'étais en train de signer, mais de toute façon je n'étais pas en état de l'accompagner dans l'immeuble pour voir cet avocat, c'était au-dessus de mes forces. Nous avons modifié quelques phrases.
 
Ils ont désigné ce qui m'était arrivé par "période de stress". Ils voulaient que je certifie que ça n'était pas de leur faute et que la scientologie m'avait aidée. La deuxième chose qu'il fallait signer, c'était une déclaration d'abandon de droits, elle expliquait que c'était tout à fait normal. Elle disait que tout le monde signait cela maintenant. C'était vraiment habituel. Tous ceux qui quittaient le staff en signait un. OSA Int les gardait dans des coffres situés dans des bureaux du Légal. Ils espèrent ainsi que le staff qui quitte l'organisation ne se retournera jamais contre eux et qu'ils n'auront jamais à s'en servir, mais au cas où cela arriverait ils ont toujours une signature.
 
Elle a été d'accord pour modifier certaines des phrases. Elle allait en refaire des copies et on s'est arrangées pour les signer. J'étais sur le point de m'en aller lorsqu'elle s'est retournée et m'a dit "Oh, une autre chose, je voudrais que tu signes ça devant une caméra. Comme ça, si Arnie Lerma tombe là-dessus, nous pourrons prouver que tu n'as pas signé sous la contrainte".
 
L'ironie de la situation était évidente, j'étais assise dans la voiture, sur un parking, le visage plein de larmes, stressée au point d'être incapable de faire les quelques pas qui me séparaient du restaurant, c'était vraiment incroyable. Je lui ai dit que je ne ferai pas sa vidéo. Je ne pouvais toujours pas joindre mon mari. Je ne savais plus quoi faire. Je ne voulais pas m'engager dans une guerre avec la scientologie pour des signatures. Je voulais seulement récupérer ma tête. J'ai pensé que signer les papiers les empêcherait de me harceler (et de braquer ces tépaphones sur moi), je devais le faire pour retrouver ma tranquilité.
 
Je suis rentrée à Hollywood pour voir cette fille d'OSA accompagnée d'un notaire. Je les ai retrouvés devant le building d'OSA Int et nous nous sommes garés un peu plus loin. J'ai signé les documents dans ma voiture. J'en ai pris des copies, qu'elle m'a recommandé de bien garder à l'abri et de ne montrer à personne. Cela avait l'air d'être tout à fait inhabituel d'obtenir des copies. Mon mari n'était pas content, surtout quand il a découvert qu'OSA avait profité d'un jour où il était injoignable pour monter toute cette affaire. Mais bon, ce qui était fait était fait.
 
La vie continue. La vie continuait. Tout doucement, je me rétablissais. Je me rappelle qu'à la fin du mois de juin, ou début juillet, j'ai eu l'impression que les "murs" revenaient dans ma tête. Pendant ces mois-là, je n'ai parlé à personne de ce qui s'était passé, même à mes amis les plus proches ni à ma famille. Je n'en ai même pas parlé à ceux qui savaient ce qui m'était arrivé. A ce moment-là, le fait d'avancer sans penser à tout cela m'aidait à aller mieux.
Des dossiers étrangement incomplets. Toutes les preuves génantes avaient disparu
 
En juin 1996, une amie m'a dit qu'elle avait vu mon dossier d'audition à l'Advanced Org. J'étais contente que mon dossier n'ait pas atterri à OSA Int ou au RTC. En appelant le directeur des auditions je lui ai demandé s'il n'y avait pas une note pour moi du superviseur de cas. Non seulement il n'y avait aucune note, mais il n'y avait aucune trace de l'interview faite par mon ami auditeur sur les erreurs commises dans mon cas. En fait, il manquait plusieurs choses. Il n'y avait rien sur la période où on m'avait ordonné de consulter le médecin scientologue - aucune information sur le fait que j'étais effondrée, rien sur l'ambulance, l'hôpital, ni sur l'enfer que j'avais traversé - zéro. C'était comme si rien n'était arrivé. Mes dossiers d'audition avaient été "nettoyés".
 
Toutes les preuves génantes avaient disparu. OSA Int. et RTC n'aiment pas que les orgs inférieures sachent ce qu'OSA et RTC ont fait.
 
14 août 1996. J'ai reçu un coup de fil d'un jeune homme qui se disait d'OSA int. Il disait qu'il voulait que je revienne et que l'on termine l'audition commencée en février. J'étais absolument effarée. Je ne pouvais pas croire ce que j'entendais. Il m'a dit que c'était mon auditeur qui lui avait demandé d'appeler. Il m'a dit que "j'étais loin d'avoir fini le programme qu'on avait conçu pour moi". Je lui ai demandé s'il avait la moindre idée de ce qui m'était arrivé. Il m'a juste répondu que je n'avais pas reçu tout le programme et qu'il fallait le terminer. J'ai répliqué que j'avais fini par atterrir à l'hopital après leur dernière action. Il a répondu à cela comme si tout était de ma faute, en disant, "mais je n'ai jamais entendu dire que la scientologie donnait le moindre mauvais résultat".
 
Mon mari qui entendait la conversation, a pris le téléphone dans l'autre pièce et a dit quelques mots à ce gars. Je ne sais pas exactement ce que mon mari lui a dit, mais ce gars-là n'a plus jamais rappelé.
 
C'est au début de 1997 que j'ai entendu parler pour la première fois de la mort de Lisa McPherson. C'était vraiment très triste et cela m'a énormément touchée. Comme moi, elle était scientologue depuis fort longtemps. Je me suis aperçue de toutes nos similitudes. Lorsque j'ai lu les notes quotidiennes des staffs qui s'occupaient d'elle, j'ai mieux compris les dires et les actes apparamment fous de Lisa. Je savais exactement ce qui s'était passé dans sa tête. J'ai vécu la même chose, et je ne le souhaite à personne. Je n'ai pas fait tout de suite la liaison entre les médicaments, les vitamines et les herbes que Lisa et moi avions pris jusqu'à ce que je vois une émission de télé en été 1997.
 
J'avais déjà expérimenté les effets de la privation de sommeil et ses répercutions sur la stabilité mentale. Après l'émission, je me suis renseignée sur les effets de la prise d'hydrate de chloral et des autres médicaments. J'ai réalisé que j'avais pris une médication similaire à celle de Lisa, et que j'avais souffert d'effets semblables. Et ce n'était que lorsque j'avais cessé de les prendre que j'avais commencé à aller mieux.
La direction refuse de répondre
 
En septembre 1997, j'ai écrit à David Miscavige, président du conseil du RTC et chef de la scientologie, pour l'informer de mon expérience et de sa relation avec les médicaments et les vitamines, pour que cela n'arrive pas à d'autres scientologues. Il n'a jamais répondu.
 
Depuis j'ai partagé cette histoire avec certains proches et des amis. J'ai changé de travail. J'ai déménagé. Je suis encore en train de me remettre des effets de mon expérience. Je ne suis plus aussi forte mentalement et émotionnellement.
 
Peut-être faudra-t-il encore des années, ou bien le restant de ma vie, mais chaque jour je remercie le ciel d'être en vie, et je peux maintenant faire la distinction entre un cauchemar et le monde réel.
 
Kathryn

  Index-témoignages

 
 MON PROGRAMME DE PURIFICATION
A L'ÉGLISE DE SCIENTOLOGIE DE PARIS
 
Ce témoignage a pour but de dénoncer certains procédés qui ont été employés par les scientologues pour tenter d'asservir l'individu, en profitant de son état d'épuisement provoqué par les conditions très dures de ce traitement.
 
Préparation de la cure
1er jour
2ème jour
3ème jour
4ème jour
5ème jour
6ème jour
7ème jour
8ème jour
9ème jour
10ème jour
11ème jour
12ème jour
13ème jour: adieu à la Scientologie !
Bilan

Préparation de la cure
 
Cette cure est encore appelée Rundown de purification.
 
Apprenant le caractère physiquement éprouvant du traitement; j'ai pris la précaution de poser deux semaines de congés, suite aux recommandations des scientologues.
 
La prénommée Nathalie du service H.G.C. (Hubbard Guidance Center, Centre d'Orientation Hubbard) me demande de rédiger un écrit où je m'engage à suivre toutes les instructions du superviseur des cas et à ne pas interrompre le programme de purification. Elle ajoute que, selon Ron Hubbard, il est important de bien s'alimenter, en particulier en légumes frais ; et de prendre le temps de bien dormir.
 
nsuite, elle m'envoie chez le docteur Claude Boublil afin d'obtenir un certificat d'aptitude à pratiquer le sauna. A l'intérieur du cabinet de ce médecin apparemment comme les autres, je n'aperçois qu'un seul indice de son appartenance à la Scientologie : 2 boîtes posées discrètement sur un coin d'étagère, qui peuvent être utilisées avec un électromètre lors des séances d'audition.
 
De retour à l'Église de Scientologie, elle me demande d'effectuer un test QI. Comme le précédent, réalisé deux semaines plus tôt, le test comprend 80 exercices à traiter en vingt minutes, avec les mêmes types de questions mais des exemples et des applications numériques différents. Aussi, fort de mon expérience contrairement à la première fois, je suis suffisamment rapide pour répondre à la totalité des questions.
 
Mes progrès peuvent apparaître fulgurants aux yeux d'un scientologue ; mais je n'y attache que peu d'importance car mes aptitudes générales ont vraisemblablement peu évolué en deux semaines. C'est comme un exercice de mathématiques; à force de reprendre des problèmes presque identiques, on parvient naturellement à beaucoup mieux les maîtriser, bien que le niveau intellectuel n'ait pas globalement progressé. Est-ce que tous les scientologues ont la lucidité de s'en apercevoir ? Quant aux questions sur la compréhension de certains mots, elles correspondent curieusement au vocabulaire spécifique utilisé dans les cours de Ron Hubbard. C'est comme si toute l'intelligence humaine se résumait à quelques termes scientologiques !
 
Hors Rundown
 
J'assiste à une conférence d'informations sur le pont vers l'état de "Clair", animée par un scientologue OT1 (Thétan Opérant niveau 1). Apparemment peu à l'aise devant un public novice de 6 personnes, sa présen- tation n'est pas vraiment convaincante. Etonnant pour quelqu'un qui se présente comme un "Clair" ? Je trouve qu'il ne correspond pas vraiment à la description donnée par Ron Hubbard. A t-il vraiment étudié les cours de communication ? Le cas de ce conférencier m'amène à me poser des questions sur l'efficacité réelle de la Scientologie. Pourtant, je me laisserai entraîner beaucoup plus loin par cette secte dans quelques jours.
1er jour
 
Rundown
 
Le matin au club de gymnastique, j'absorbe 100 mg de "niacine" puis je cours pendant 20 mn dans les rues environnantes. Aucun problème physiquement, car je pratique régulièrement le jogging.
 
Il n'en est pas de même pour les heures de sauna que je dois endurer juste après. Les premiers instants ont été les plus terribles. Les conditions d'adaptation ne sont pas du tout graduelles : température de 95 C, beaucoup de monde ce matin, une atmosphère très humide et difficilement respirable. Les symptômes apparaissent très vite : suffocation, maux de tête et vertiges. Moins d'une minute plus tard, je sors du sauna afin d'éviter de perdre connaissance.
 
Je rencontre mon jumeau (compagnon d'infortune du Rundown de purification) qui ne se porte pas mieux, son moral est au plus bas. Il subit ce régime depuis une dizaine de jours, cela promet ! Il dit qu'il ne croit pas aux bienfaits de cette cure, pourtant décrits dans un livre de Ron Hubbard. Mais ensemble, le traitement paraît déjà un peu plus supportable : j'essaye d'alterner entre 5 minutes d'endurance dans le sauna et 5 minutes de repos au-dehors. L'absorption de cachets de chlorure de sodium et de potassium permet de mieux supporter ces conditions.
 
J'endure ce traitement pendant 2 heures 30, et j'arrête pour aujourd'hui. Ron Hubbard recommande en effet de "ne pas forcer le premier jour"... L'après-sauna n'est pas plus brillant : migraines, nausées, tremblements. Je n'avais jamais connu un tel malaise auparavant. Un léger repas et une longue sieste me permettront d'être à peu près remis pour la conférence de ce soir.
 
Hors Rundown
 
Je suis contacté par la responsable de la dissémination, qui m'affirme, très sûre d'elle, que "tout le monde a envie de rejoindre la Scientologie". C'est pourquoi je dois apprendre les techniques de dissémination afin de convaincre des amis, des collègues ou des passants de se rendre dans les locaux de l'Église de Scientologie. Dans cette optique, elle me remet une carte d'invitation où il est inscrit : "20 heures. Conférence sur la dissémination, avec le docteur Claude Boublil OT8, rires garantis !". Si l'on en juge par le grade d'OT et les belles brochures qui témoignent des aptitudes des Thétans Opérants, je présume que ce docteur est un homme de tout premier ordre.
 
Au début de la conférence, la parole est laissée à un des assitants qui soutient la thèse suivante : "tout ce qui réussit est attaqué, mais plus nous serons attaqués, plus nous serons forts !". Il raconte ensuite comment il a réussi à soulager les blessures d'une personne accidentée, grâce à l'"assist par le toucher"; et les félicitations qu'ils a obtenues de la part de tous les témoins, surpris de l'efficacité de ce procédé recommandé par Ron Hubbard. Enfin, il cite le cas d'une personne fermement décidée à traiter des affaires avec lui, étant donnée "la réputation sans faille de l'intégrité des scientologues".
 
Ensuite, le docteur Boublil présente un exercice pour aider à comprendre les 4 étapes de la dissémination : "contacter la personne, la manier si elle se montre hostile, découvrir ses problèmes ou ses difficultés qu'elle a dans la vie, lui faire comprendre comment la Scientologie peut remédier à cette situation". Les explications sont accompagnées de plaisanteries lourdes émanant du prestigieux conférencier, qui provoquent auprès de l'auditoire deux types de réaction fort différents : éclats de rire chez les adeptes, stupeur chez les nouveaux venus. Pourtant, parmi ces derniers, certains se laisseront probablement embrigader à l'avenir.
 
Claude Boublil affectionne particulièrement un humour qui ne semble réservé qu'aux initiés, dont je ne fais pas partie. Parmi son répertoire de plaisanteries, il revient à plusieurs occasions sur celle du nouveau venu qui décide de s'inscrire directement à OT3 [Pourquoi ?]. Cette plaisanterie soulève inlassablement une nouvelle vague d'hilarité forcée auprès d'une partie de l'auditoire. En les observant, j'ai l'impression que ces gens sont restés au fond les mêmes, la Scientologie ne leur ayant apporté que l'illusion de se sentir plus heureux.
2ème jour
 
Hors Rundown
 
Entretien avec mon conseiller orienteur. Elle avait réussi, à force de pressions psychologiques continuelles, à me persuader de m'inscrire au programme de purification et à 25 heures d'audition dite "scientologique", pour un montant exorbitant de 37.000 francs.
 
Voici un portrait un peu plus détaillé de cette interlocutrice: dynamique, en apparence sereine et bien dans sa peau, allure distinguée, tempérament jovial. Elle s'exprime toujours sur un ton enthousiaste et terriblement charmeur. Ses propos tantôt enjôleurs tantôt culpabilisants ont le don de marquer profondément ses interlocuteurs. Ses techniques de manipulation fort bien rodées font d'elle une des personnes les plus efficaces et les plus dangereuses de cette secte.
 
Elle correspond à l'idée que l'on pourrait se faire d'une personne à l'état de "clair", à certains détails près qui trahissent quelque chose d'anormal chez elle: ses yeux sont compètement cernés, un détail que je n'avais jamais remarqué jusqu'alors chez d'autres personnes. Elle justifie son temps réduit de sommeil par les bienfaits apportés par la Dianétique, qui lui permettent de se dispenser d'un nombre heures de sommeil normal chez les autres, elle fume "comme une locomotive". Pourtant d'après Ron Hubbard, l'état de "clair" permet de se débarrasser de ses habitudes compulsives. Mais peut-être que, dotées de ses "pouvoirs de Thêtan Opérant", elle se sent invulnérable. On en reparlera lorsqu'elle sera atteinte d'un cancer du poumon...
 
Elle me relance au sujet de cette proposition: "étant données vos capacités à étudier que nous reconnaissons tous, j'ai proposé de vous réserver l'attribution d'une bourse. Si vous acceptez tout de suite, vous avez toutes les chances de l'obtenir, sinon je vais devoir la présenter à un autre étudiant."
 
En fait, cette proposition ne constitue qu'un artifice destiné à duper une fois encore le nouveau venu. Le but est d'inscrire l'étudiant à des cours et des auditions censés mener jusqu'à l'état de "Clair", à raison de 30 heures par semaine, pendant 2 années et pour la monstrueuse somme de 191.000 francs. Si je consens à leur remettre une somme de 120.000 francs, j'aurais droit à une aide complémentaire de 60.000 francs, appelée "bourse". Ne faudrait t-il pas plutôt parler de réduction de prix ? L'appellation de "bourse" présente un avantage: mettre l'étudiant dans une situation où il est tenu de s'engager vis-àvis de la secte ; et ainsi le contrôler et le dominer. Aveuglé par les merveilleuses promesses, les résultats escomptés, et le "brillant avenir" qui m'attend, j'accepte malencontreusement cette proposition d'"attribution de bourse", sans mesurer les réelles conséquences.
 
Cours
 
Je débute le cours de "Chapeau de l'étudiant". D'après le conseiller orienteur, ce cours m'apportera des aptitudes à apprendre beaucoup plus vite. Premier chapitre: "Comment faire en sorte que la Scientologie continue de fonctionner"...
 
Rundown
 
Cent milligrammes de niacine, vingt minutes de course à pied dans le quartier de la rue Lafayette au 9ème arrondissement. La première phase de ma cure journalière se passe toujours très bien. Ensuite je dois subir le même calvaire que le jour précédent: 4 heures de sauna au lieu des 5 heures préconisées par Ron Hubbard, aucune amélioration.
 
Retour vers 22 heures à l'Église de Scientologie pour la rédaction de mon rapport journalier et mon compte- rendu oral, 23 heures à la gare, 23 heures 45 chez moi pour enfin préparer mon dîner. De toute façon, je n'ai pas très faim. Quatre heures de sauna, cela me coupe l'appétit. Je m'endors difficilement vers 3 heures du matin, pour me réveiller vers 8 heures et retourner à l'Église de Scientologie.
3ème jour
 
Hors Rundown
 
9 heures 30 : le conseiller orienteur m'annonce que l'Église de Scientologie a accepté de m'attribuer une bourse de 60.000 francs. J'ai droit à toutes ses félicitations. Cependant, il faut que je verse 120.000 francs dans les plus brefs délais. Je lui réponds que je contacterai mon banquier en vue d'un emprunt de cette somme. Immédiatement, elle me tend le téléphone et propose de l'appeler tout de suite. Première demande : mon banquier serait d'accord pour un prêt de 120.000 francs, à un taux de 15,5% ou négociable à 14,5%, remboursable sur 7 ans. Le problème, c'est que mes revenus sont insuffisants puisque je verse déjà des mensualités pour l'achat de mon appartement.
 
Encouragé par mon conseiller orienteur, je lui précise que si je n'avais pas acheté mon logement, je serais en train de payer pratiquement la même somme sous forme de loyer mensuel, et donc non pris en compte dans le total des mensualités. Avec un peu d'insistance, il finit par accepter. Il reste le délai d'attribution du prêt, problème urgent selon mon conseiller orienteur parce que je dois payer mon inscription cette semaine. Mon banquier finit par accepter en dépit des 10 jours de réflexion obligatoires pour le consommateur. Je prends donc rendez-vous cet après-midi à ma banque. Une fois le téléphone raccroché, elle me félicite pour avoir très bien "manié" mon banquier. Je lui réponds qu'elle m'y a fort bien aidé et encouragé, ce qui sous-entendu l'intéressait directement.
 
 Au cours de cette entrevue, le conseiller orienteur en a profité pour se renseigner sur mes revenus, la valeur de mon appartement, ma voiture, l'argent que je mettais de côté chaque mois, etc... J'aurais dû être choqué par cette ingérence dans mes affaires personnelles mais ma méfiance étant annihilée par ses procédés de manipulation particulièrement efficaces, je répondais sans me faire prier.
 
 Elle a aussi profité de cette occasion pour me faire payer ma carte annuelle de l'IAS (International Association of Scientologists) d'un montant de 300 dollars; alors que ma carte actuelle, offerte gracieusement aux nouveaux arrivants, est encore valide pour 3 mois. C'est, selon elle, une condition indispensable pour obtenir cette bourse.
 
L'après-midi, je rends visite à mon banquier pour la signature de ma demande d'emprunt avec, comme justificatif de mon projet de formation, une lettre comprenant l'entête suivant : "ESP" et son adresse à Paris, sans la signification du sigle ESP. Compte tenu de la somme importante, l'employé, un peu méfiant m'inter- roge sur mon intention de conserver mon emploi. Je le rassure sur ce point, en toute sincérité.
 
Rundown
 
100 mg de niacine. Même régime sportif, je cours sur les trottoirs étroits des quartiers de la rue Lafayette vers 16 heures, en prenant soin d'éviter de heurter les passants et de traverser aux feux rouges. Puis 5 heures de sauna avec les mêmes souffrances quoique plus supportables, car je commence à m'habituer un peu à ce dur traitement.
 
Le soir, malgré les recommandations, je prends un très léger repas et ne parviens à dormir que pendant 4 heures !
4ème jour
 
Hors Rundown
 
9 heures 30 : nouvel entretien avec mon conseiller orienteur. Elle me demande un effort supplémentaire pour réduire encore le délai d'attribution du prêt, "dans l'intérêt de tout le monde". En effet d'après elle, l'"Église de Scientologie de Paris est en compétition avec les organisations des autres pays et ces dernières semaines, les nouveaux titulaires de bourse ont été peu nombreux". Elle me demande d'essayer d'obtenir cet argent pour le lendemain avant 14 heures, heure de clôture du bilan de la semaine instaurée par Ron Hubbard. Si je réussis, j'aurai droit en "cadeau" à 12 heures 30 d'audition scientologique à -50 %, donc à... 11.000 francs. Quelle générosité !
 
Remarquant ma mine accablée par la fatigue de la cure, elle me propose, au lieu d'aller au cours ce matin, de me reposer chez moi, afin de mieux pouvoir "manier" mon banquier le lendemain. J'accepte très volontiers ces heures de détente.
 
Rundown
 
200 mg de niacine, 20 minutes de course, 4 heures 30 de sauna et aucune amélioration. A minuit: repas frugal et nuit de sommeil relativement longue de 6 heures.
5ème jour
 
Hors Rundown
 
9 heures: je passe à la banque pour essayer d'obtenir le prêt ce matin même. L'employé me répond que la décision officielle ne pourra de toute façon être prise que dans 2 jours, mais il assure que ma demande de prêt a toutes les chances d'être satisfaite. Cependant, étant donné le délai exigé, le taux n'est plus négociable à 14,5% et s'élève donc à 15,5% (mais une majoration de 70 francs sur mes mensualités à verser pendant 7 ans, cela n'est pas le problème de l'Église de Scientologie). J'en informe mon conseiller orienteur. Elle appelle elle-même mon banquier. J'ignore le contenu exact de leur entretien, mais elle a probablement contribué à désarmer la méfiance de mon banquier. Je sais qu'elle a certifié que j'étais leur "meilleur étudiant" (au fait, combien ont-ils de "meilleurs étudiants" à l'ESP ?). Elle a ajouté que les choses allaient très bien et que je pouvais effectuer mon inscription dès ce matin.
 
 Je repars donc à l'Église de Scientologie afin de payer la somme de 120.000 francs, alors que la décision d'attribution du prêt par ma banque n'a pas encore été annoncée officiellement... En temps normal, je n'aurais jamais opéré de façon aussi irréfléchie.
 
11 heures : inscription pour un programme de 2 années à raison de 30 heures par semaine en moyenne. Je remets un chèque de 120.000 francs, qui sera encaissé très rapidement dans les 2 jours, comme tous les autres chèques émis à l'ordre de l'ESP. Le prêt ne sera crédité sur mon compte que 4 jours plus tard par ma banque, qui ne manquera pas de facturer les agios pour ce découvert.
 
Le conseiller orienteur me demande aussi de signer un contrat m'engageant à étudier ces cours jusqu'à leur terme et dans les délais prévus. Dans le cas contraire, le contrat précise que si ma progression est jugée insuffisante, je devrais rembourser la somme de 60.000 francs à l'Église de Scientologie. Elle conserve l'unique exemplaire de ce contrat.
 
C'est aussi à ce moment là qu'elle me déclare solennellement : "vous êtes scientologue". Personnellement, je n'ai jamais dit ni pensé "je suis scientologue". Ce que je cherche auprès d'eux ; c'est à obtenir une amélioration personnelle, pas à me joindre à leur cause.
 
 J'annonce à mon superviseur des cours que je suis titulaire d'une bourse. Il me répond: "Je vous félicite de nous avoir rejoints pour nous aider à clarifier la planète". Cette fois la situation est claire, je me suis fait piéger. Parce que j'ai accepté une soi-disant aide financière intitulée "bourse"; les scientologues considèrent, malgré moi, que je me suis engagé à "aider et sauver l'humanité". Mais comment pourront-ils me contraindre à remplir cet engagement ?
 
Rundown
 
4 heures de sauna. La prénommée Nathalie, avec qui je m'entretiens pendant 5 minutes pour rendre compte de ma cure quotidiennement, me demande de respecter la durée recommandée, c'est à dire 5 heures.
 
Hors rundown
 
Je reviens vers minuit à mon appartement. Mais je n'ai ni envie de manger, ni de dormir, et ce, pas seulement à cause de la cure. Pourquoi ai-je aussi promptement accepté de signer un tel contrat d'engagement ? Je me trouve dorénavant obligé d'être physiquement présent dans l'environnement de la secte, pendant 2 ans et à raison de 30 heures par semaine, et exposé à l'influence de ceux qui tenteront de me prédisposer un peu plus chaque jour à la Scientologie.
 
D'autre part, quels sont les critères d'estimation de ma progression dans ces études ? Ils n'ont pas été mentionnés sur ce contrat, que je peux ni relire, ni présenter à un conseiller juridique. Cela sent le traque- nard ! Ils essayent de me contrôler insidieusement en me rendant un jour redevable d'une somme exorbitante qu'ils me sauront incapable de payer. Est-il déjà trop tard pour échapper à cet engrenage ? Insomnie record pour cette nuit...
6ème jour
 
Cours
 
Désormais, c'est plus avec un sentiment d'obligation que d'envie que je poursuis le cours de chapeau de l'étudiant. Combien de personnes travaillent avec assiduité, sous l'appréhension de se voir réclamer un jour une somme de 60.000 francs ? J'essaye d'en savoir plus sur la situation des autres étudiants, à qui je n'avais pas souvent parlé jusqu'à maintenant. J'apprends grâce à l'un d'eux que je ne suis pas le seul à être devenu "boursier". Je n'en saurai pas plus, car je suis interrompu par un superviseur qui me sermonne : "ce n'est pas standard de parler aux autres étudiants !". La loi du silence permet de mieux régner sur chacun des individus...
 
Rundown
 
Programme de sauna habituel, toujours difficile à supporter. L'état de mon jumeau, ancien toxicomane et ex-patient d'un centre NARCONON, ne s'améliore pas non plus. Voilà plus de 15 jours qu'il endure ce calvaire, et il n'en voit toujours pas la fin. Il veut tout arrêter aujourd'hui, mais les scientologues parviennent à l'en dissuader. Je suis de retour vers minuit à mon domicile.
 
Pendant la nuit, vers 5 heures : n'ayant pas encore trouvé le sommeil, je consulte dans le livre Quid la rubrique sur les sectes. J'y découvre l'existence de deux associations anti-sectes, l'ADFI et le CCMM. J'écris sur-le-champ au CCMM, afin de me renseigner sur mes droits face aux agissements des sectes. Je ne parlerai évidemment pas aux scientologues de cette prise de contact.
7ème jour
 
Rundown
 
Toujours le même programme. Pas d'amélioration, ni de manifestation extraordinaire du type résurgeance des coups de soleil, contrairement aux promesses de Ron Hubbard.
 
Cours
 
19 heures 30. J'essaye de progresser avec le cours sur le chapeau de l'étudiant. Mon travail est supervisé par un personnage zélé et intimidant. Il me demande d'apprendre les moindres détails imprimés sur la page, y compris la signification des sigles placés en tête et au pied des pages, qui concernent entre autres la Sea Org. Est-ce un cours ou un endoctrinement ? Fidèle à sa rigueur, il m'oblige à réétudier le cours dès le moindre accrochage dans les définitions des mots demandés.
 
A chaque vérification, il me ressasse, tel un magnétophone, la même phrase du type: "je vais vous interroger sur la définition de certains mots du chapitre untel afin de m'assurer que vous ayez tout clarifié". Face à son inflexibilité, je parviens péniblement à contenir ma rage intérieurement et me retiens de lui jeter le classeur à la figure! S'il n'est toujours pas satisfait de mes explications, je dois clarifier la totalité des mots de la phrase sur laquelle je suis interrogé, y compris la conjonction "et", les articles "le", "des" ou "une", le verbe "être", etc... J'ai l'impression de retourner à l'école primaire! Et je commence à comprendre pourquoi certains étudiants passent leurs journées le nez plongé dans un dictionnaire...
 
Bilan en 2 heures 30: je n'ai avancé que de quelques phrases. Ma progression débute très mal.
 
 En fait, ce sinistre individu m'a beaucoup aidé à ouvrir les yeux sur la Scientologie. Au contact des scientologues, j'ai le sentiment de régresser au stade infantile et de devoir tout réapprendre; alors que dans le milieu professionnnel, mes capacités sont reconnues. Les méthodes d'"apprentissage" de la secte sont déstabilisantes et de nature à saper la confiance en soi. En attendant ma prise de contact avec le CCMM, je ferai désormais semblant de m'intéresser à ces cours, sans m'inquiéter de ma progression insuffisante, et en étant persuadé que la Scientologie n'est que de la FUMISTERIE MONUMENTALE !
 
 Une des théories parfaitement grotesques avancées par la secte consiste à affirmer que la seule raison pour laquelle un étudiant n'approuve pas ce qu'écrit Ron Hubbard, est qu'il n'a pas correctement compris un ou plusieurs mots lus dans son texte. En d'autres termes "ou l'on est d'accord avec Ron Hubbard, ou l'on est un imbécile"!
8ème jour
 
Rundown
 
5 heures de sauna au club de gymnastique. Déjà une semaine de ce traitement et je n'en vois toujours pas la progression. Comparé à la semaine dernière, le traitement est physiquement plus supportable, mais je trouve le temps très long. Mon jumeau qui reste toujours aussi mal en point quitte le sauna au bout de 2 heures. Il inscrira quand même 4 heures sur son rapport pour ne pas avoir des remarques de son superviseur des cas.
 
 Mon oreille droite commence à me faire souffrir. Au rapport, je précise qu'une douleur est apparue à l'intérieur du conduit auditif et au niveau d'une exsudation, qui avait été diagnostiquée il y a quelques mois par mon médecin du travail. "Qu'est-ce qu'une exsudation ?", me demande la prénommée Nathalie; "c'est le suintement d'un liquide organique au niveau d'une surface enflammée". Ne sait-elle donc pas cela ?
 
Hors Rundown
 
20 heures : nouvelle conférence sur la dissémination toujours animée par le docteur Claude Boublil. Bien que je sois de nouveau sollicité par l'organisatrice de cette réunion, je préfère ne pas y assister compte tenu de ce que j'ai vu la semaine dernière.
9ème jour
 
Cours
 
Ce matin là, mon otite devient insupportable à un tel point que je demande l'autorisation de quitter la salle de cours. La prénommée Nathalie me suggère d'aller consulter le Docteur Boublil. Pour cela, je dois l'appeler pour prendre un rendez-vous d'urgence. Mais elle ne m'autorise pas à utiliser son poste, pour une commu- nication locale qui aurait coûté moins de 80 centimes, et me prie d'aller trouver une cabine téléphonique à l'extérieur. Je trouve cette attitude d'autant plus mesquine que j'ai versé à la secte des sommes, dont le caractère exorbantitant ne me parait pas justifié.
 
 Arrivé chez le médecin, je patiente quelques instants dans une salle spécialement aménagée pour ses congénères scientologues, où les murs sont ornés des citations de Ron Hubbard. Aussitôt que sa consultation en cours est terminée, il me fait passer avant ses autres clients qui ne sont aperçus de rien.
 
 En entrant dans la salle de consultation avec ma mine meurtrie par cette douleur lancinante, il dit en m'apercevant que "le programme de purification est un succès, ça se voit !". Je crois qu'il tient ce propos surtout par habitude, car l'expression "Ça se voit" est fréquemment employée par les scientologues. A la fin de la consultation, il me prescrit l'application de quelques gouttes d'un produit pharmaceutique pour soulager la douleur. Le programme de purification doit continuer.
 
Rundown
 
5 heures de sauna. Les gouttes pour les oreilles me permettent effectivement de mieux supporter cette otite.
 
Mon jumeau, qui étudie comme moi certains cours de Ron Hubbard, raconte comment il a tiré profit de ses nouvelles capacités communicatives à son travail. Cependant, sa personnalité métamorphosée ne plaisant à ses supérieurs hiérarchiques, il s'est fait renvoyer. Mais "peu importe", se dit-il , car il leur a tenu tête en appliquant les techniques de Ron Hubbard, acquises tout récemment. A mon avis, les techniques de Ron Hubbard ont surtout contribué à dégrader ses relations avec son employeur. Le processus de marginalisation a déjà commencé chez lui. J'espère au moins qu'il parviendra à trouver une autre emploi rapidement.
 
En outre, son superviseur des cas a décidé qu'une série d'auditions sur les drogues est nécessaire et qu'il doit s'inscrire moyennant une somme de 55.000 francs ! Va-t-il céder à ces nouvelles exigences financières?
10ème jour
 
9 heures. Sentant ma situation de plus en plus menacée, je décide de téléphoner directement au CCMM, plutôt que d'attendre encore quelques jours une réponse écrite. J'expose brièvement à Mr Jean ce qui m'arrive. Un rendez-vous est fixé pour dans 3 jours. En attendant, je ne fais pas du tout part de mes intentions aux scientologues, car sinon je m'attends, à juste titre, à un harcèlement psychologique pour me dissuader d'aller à ce rendez-vous.
 
Cours
 
Je trouve particulièrement rasant de devoir compter les points pour chaque étape réalisée, afin de vérifier la progression de mes "stats". Mes démonstrations en pâte à modeler, demandées par le cours, ne plaisent pas à un des superviseurs, qui a déjà en temps normal un tempérament glacial. Aussi aimable qu'une gardienne de prison, la Scientologie n'a manifestement pas réussi à remédier à son cas. C'est le genre de personne qu'on évite de poster à un stand d'accueil pour ne pas effaroucher les nouveaux arrivants !
 
Rundown
 
4 heures de présence dans le sauna. J'essaye de rester au moins un quart d'heure d'affilée dans cette pièce où la température reste invariablement à 95 C, mais j'y parviens difficilement. Je constate que dans l'ensemble, je supporte moins bien le sauna que les autres, y compris les sportifs qui viennent se défouler au gymnase.
 
Hors Rundown
 
Moins d'une semaine après l'attribution de cette "bourse", la prénommée Nathalie me propose d'être embauché en tant qu'auditeur professionnel, ce qui implique que j'abandonne mon emploi actuel. Aïe ! Cette sollicitation arrive beaucoup plus tôt que je m'y attendais, décidément ils ne perdent pas leur temps. Face à cette demande ; je préfère lui dire que je vais y réfléchir, au lieu de répondre tout de suite par un NON catégorique. J'espère ainsi qu'elle remettra l'entretien à plus tard.
 
 Cette précaution s'avère inutile, car elle insiste à plusieurs reprises pour que j'accepte immédiatement ; et elle ne manque pas d'imagination et d'arguments : "les auditeurs sont les meilleurs bienfaiteurs du monde", "nous avons besoin de votre participation pour que OT9 soit enfin publié à Paris", "depuis que l'Église de Scientologie s'est installée dans ce quartier, la délinquance a diminué"... A cette occasion, elle me révéle aussi le cas de "sa mère, qui est chargée d'une mission [?] au profit de l'Église de Scientologie et qui occupe un poste de professeur à mi-temps afin de pouvoir rembourser ses dettes d'inscriptions aux grades OT1 à OT4". Je comprends alors qu'au delà de l'état de "Clair", les adeptes continuent de se ruiner pour cette secte. J'ai désormais la certitude que si je continue de les fréquenter, leurs exigences financières ne cesseront jamais !
 
Au sujet de l'embauche, la question de la rémunération n'a pas été abordée. J'apprendrai plus tard que d'autres personnnes s'était vues proposer un contrat avec un horaire hebdomadaire mal défini; mais qui, en pratique, dépasse largement les 39 heures, samedi et dimanche inclus, et pour un "salaire" de 150 F par semaine... Comment dans ces conditions pourrais-je rembourser mes 2 emprunts pendant 7 années, à raison de plus de 5.000 francs par mois ? Elle me suggère le plan suivant : "vous prenez un emploi à mi-temps, vous revendez votre appartement, puis vous venez habiter à Paris afin de mieux profiter des services de la Scientologie". En plus des procédés employés insidieusement pour essayer de me contrôler, ces propos confirment un fait : les scientologues sont en train de planifier ma vie à ma place.
 
 Constatant ma réaction inchangée, elle achève l'entretien ainsi: "Bon, je ne vais pas passer tout mon temps à manier les gens". En d'autres termes, je crois comprendre ceci: "Acceptez tout de suite de travailler pour nous, vous éviterez ainsi de me faire perdre trop de temps, je n'ai pas que ça à faire !".
 
 Comment pouvait-elle imaginer que je me laisserais embrigader si facilement, alors que je leur ai toujours confié que j'exerce une profession qui me plaît ? C'est ce qu'on appelle prendre ses désirs pour des réalités. D'ailleurs, je la soupçonne d'avoir voulu couper l'herbe sous le pied à mon conseiller orienteur, afin d'obtenir elle-même une part des récompenses, attribuées à ceux qui réussissent à faire de nouvelles recrues pour la secte.
 
 Plus tard, alors que je confiai à un scientologue qu'ils ont essayé de me rendre dépendant de cette secte ; il m'a rétorqué que, "au contraire, toutes les personnes appartenant à la Scientologie agissent avec autodétermination". Deux hypothèses: ou il se moque de moi, ou il est complètement aveugle. L'avenir me confirmera que la seconde hypothèse est la plus vraisemblable.
11ème jour
 
Cours
 
Record de lenteur dans ma progression. Ma motivation est au plus bas. Les superviseurs me guettent, prêts à intercepter mes bâillements. L'un d'eux est plutôt jeune mais en apparence dans un état semi-comateux. Son infirmité ne lui facilite pas la vie : problèmes de locomotion, problèmes de vision et problèmes d'élocu- tion. Cependant, il est suffisamment lucide pour assurer son rôle et étudier comme les autres. Mais je ne fais aucun doute sur la nature des promesses généreusement prodiguées à ce pauvre garçon par ces apprentis sorciers de scientologues. Aussi s'applique t-il avec foi et obstination, dans l'espoir d'un miracle qui ne se produira sans doute jamais !
 
Rundown
 
4 heures de sauna avec mon jumeau qui rage contre son conseiller orienteur : "elle me gonfle la tête à essayer de m'endoctriner". Mon moral reste aussi bas que le sien, d'autant plus que je me demande quand il se produira quelque chose d'extraordinaire pendant toutes ces heures d'endurance prolongée. Je n'ai pas eu de rougeurs pourtant si bien décrites par Ron Hubbard et qu'il considère comme une résurgence des coups de soleil. Je reste dans l'attente permanente d'un quelconque phénomène miraculeux. J'entens un des sportifs, qui nous observe, tenir ce propos: "on se croirait à Lourdes !"
 
Hors Rundown
 
Entretien avec mon conseiller orienteur. Tout d'abord, elle me parle de son frère, lui aussi scientologue, qui vient de l'appeler depuis les Etats-Unis. Me ferait-elle miroiter la perspective d'un grand voyage ?
 
 Je sais qu'elle fait preuve de qualités de persuasion beaucoup plus agressive que la prénommée Nathalie. Je suis parfaitement conscient que mon emploi actuel est ma meilleure garantie d'indépendance vis-à-vis de cette secte. J'ignore quels propos mielleux elle a l'intention d'employer pour essayer d'anesthésier ma crainte de tomber complètement à leur merci, mais je m'attends au pire à la fin de cette entrevue: ou bien je cède à ses pressions, ce qui revient à sombrer dans des années de galère; ou bien j'entre ouvertement en conflit avec elle, auquel cas je ne réponds plus de mes paroles...
 
 En fait, il s'agit de toute autre chose. Néanmoins, je constate qu'elle essaye encore une fois de me pousser un peu plus vers le gouffre de la Scientologie. "Compte tenu de vos capacités à apprendre très vite" (sic), dit-elle, "je vous propose le lot suivant : Les Conférences de Ron Hubbard à Philadelphie en 8 livres et 60 cassettes, pour 21.000 francs". Elle insiste sur ce fait : "on ne donne pas accès à cette documentation à tout le monde et cela vous permettra de progresser vers l'état de Clair encore plus rapidement. Il suffit d'écouter une des cassettes chaque soir pendant un quart d'heure avant de dormir". Elle cite également le cas miraculeux d'"une personne qui un jour, en écoutant cette conférence, a tout d'un coup enlevé ses lunettes désormais devenues inutiles..."
 
 En réalité, la fourniture de ces cassettes est une remarquable astuce pour mieux intoxiquer l'étudiant après sa longue journée passée à l'Église de Scientologie, car que fait-il une fois rentré chez lui ? Encore de la Scientologie ! Et puis, plus qu'un quart d'heure avant de dormir, je suis persuadé que certains étudiants y passent une bonne partie de la nuit avec leur walkman (offert pour l'achat de ces cassettes, là encore c'est bien joué !). Ainsi, l'assimilation jour et nuit des idées de Ron Hubbard dans l'esprit du malheureux étudiant lui enlève tout intérêt de la vie en dehors de la Scientologie. Ce procédé n'est pas sans rappeler celui du lavage de cerveau.
 
 Il reste cependant le problème d'ordre financier, puisque la totalité de mes économies a déjà été absorbée par la secte. La solution a déjà été envisagée par mon conseiller orienteur: "afin de pouvoir obtenir ces cassettes immédiatement, vous revendez certains cours auxquels vous étiez déjà inscrit et vous les rachèterez dans un an grâce à l'argent de la dissémination". En d'autres termes, elle me voit déjà en train de travailler pour la secte... Me sentant épuisé par une overdose quotidienne de sauna, je préfère accepter tout de suite, plutôt que d'avoir à supporter encore une fois ses pressions. De toute façon, cette proposition n'implique pas le versement d'une nouvelle somme d'argent et il est possible qu'après-demain, la Scientologie ne soit plus qu'un mauvais souvenir.
 
 De retour chez moi, je range ces lots de cassettes au placard, sans les déballer. Ainsi, j'évite de gaspiller mon temps de sommeil déjà très insuffisant.
12ème jour
Hors Rundown
 
Entretien avec la prénommée Nathalie qui ne tentera pas à nouveau de "m'embaucher". Ron Hubbard affirmait que les personnes qui suivaient le programme de purification étaient susceptibles de commettre des actes d'étourderies, compte tenu des conditions d'endurance. Elle évoque certaines anecdotes, dont celle d'une personne qui se trompait systématiquement de métro. Je raconte les miennes: porte-monnaie oublié aux vestiaires, classeurs oubliés en allant aux cours.
 
 Mais je suis convaincu que ma plus grosse étourderie est de très loin celle-ci: je me suis lourdement endetté en versant un chèque de 120.000 francs et j'ai signé un engagement à éventuellement rembourser à l'Église de Scientologie une "bourse" de 60.000 francs, que d'ailleurs que je n'ai même pas touchée !
 
 Je remarque aujourd'hui que certains visages se montrent très avenants, entre autres celui de mon conseiller orienteur ; ce sont des attitudes que je sais à l'avance pas désintéressées et qui renforcent mon inquiétude. Que préparent-ils ? Il est grand temps que je prenne contact avec le CCMM.
 
Rundown
 
J'apprends que mon jumeau a terminé son programme de purification. Bizarre ! Je croyais que la cure prenait fin une fois que tout va bien. Qu'est-il devenu ? Je n'obtiens aucune réponse de la part des scientologues, étrangement silencieux à son sujet.
 
 Lassé par cette cure, je préfère m'allonger longuement et confortablement hors du sauna au lieu de continuer ce traitement masochiste. Après 3 heures de cet agréable après-midi, je quitte le club de gynmnastique sans passer par l'Église de Scientologie pour le compte-rendu habituel. C'est comme si l'idée d'arrêter cette cure était déjà suggérée par le CCMM. Le soir venu, je m'endors très vite. Cela n'est pas arrivé depuis longtemps.
 

13ème jour: adieu à l'Église de Scientologie !
 
Entretien avec Monsieur Jean au CCMM. Je lui demande d'emblée s'il me recommande de mettre fin à ce programme de purification : réponse ô combien affirmative ! Il me rassure sur la non validité de mon contrat d'engagement vis-à-vis de l'Église de Scientologie, dont le caractère abusif est flagrant. Le calvaire est enfin terminé. Je rédige pour Monsieur Jean une chronologie de cette mésaventure. En même temps, j'éprouve un grand soulagement de savoir que je n'aurai plus jamais à remettre les pieds dans les locaux de l'Église de Scientologie.
 
De retour chez moi, je remarque l'état déplorable de mon appartement : un désordre général, plus un seul linge propre, une montagne de vaisselle sale, des meubles poussiéreux et encombrés des volumineuses documentations de Ron Hubbard. Je ne pensais pas habiter un jour au milieu d'un tel fatras ! Je réalise alors que durant ces deux semaines de congé, je n'ai fait que consacrer tout mon temps aux activités de la secte.
 
Sur une étagère est rangée une pile de factures de l'Église de Scientologie ; "à en tapisser les murs", ironisait mon conseiller orienteur. Ainsi que l'a fait remarquer Mr Jean, il manque sur chacune d'elles l'entête de leur association, ce qui est illégal. En faisant les comptes, je m'aperçois qu'ils ont réussi à me soutirer plus de 160.000 francs. Il reste à réclamer le remboursement de cette somme ; avec, si elle s'avère nécessaire, la menace d'engager une procédure pénale pour escroquerie.
 
Pour l'instant, ce monstrueux gachis financier n'affecte pas mon moral. Ce que j'éprouve le plus, c'est le plaisir de goûter à une liberté retrouvée. Cependant, je reste habité par deux sentiments contradictoires : la nostalgie des certains moments euphoriques vécus alors que je baignais dans la secte, et la crainte de retomber sous leur emprise. Une partie de moi-même me souffle intérieurement cette petite phrase : "Si je n'avais pas décidé de tout arrêter, cela aurait peut-être marché". Effrayé par le risque non écarté de rebasculer du côté de la Scientologie, je débarrasse mon appartement de toutes les documentations de Ron Hubbard, pour les remiser à la cave en vue d'un échange contre mon remboursement. Puis je me précipite dans des librairies parisiennes à la recherche d'ouvrages se rapportant aux sectes. Je découvre le livre d'Alain Woodrow ("Les nouvelles sectes") et celui de Roger Ikor ("La tête du poisson"), qui sont consacrés en grande partie à la dénonciation de l'oeuvre destructrice de la Scientologie.
 
 Par mesure de sécurité, j'installe un répondeur automatique afin de filtrer les appels téléphoniques. Cette précaution s'avère très utile car je suis fréquemment contacté par des scientologues. De toute évidence, peu d'entre eux sont au courant de mon départ de la secte. C'est pour eux un sujet tabou (selon le règlement intérieur, "annoncer publiquement son départ de la Scientologie constitue un crime majeur"). Les motifs de leurs appels sont très divers:
 
invitation à une nouvelle conférence sur la dissémination animée par le Docteur Boublil;
sollicitation pour payer la carte de membre à vie de l'Association Internationale des Scientologues (prix 2.000 dollars), alors que ma carte annuelle (prix 300 dollars) est encore valide pendant 9 mois;
 
rendez-vous avec un reponsable de la Sea Org, organisation "élite" de la Scientologie, qui recrute aussi parmi les adeptes français;
 
invitation à participer à une manifestation "pour défendre le droit à la liberté religieuse";
invitation à la "soirée intergalactique" du 31 décembre.
 
Je reçois également un abondant courrier de cette secte, de Paris ou de l'étranger (Copenhague, Saint Hill, Los Angeles, Malaisie) : revues "Advanced", "Impact" et "The Auditor", brochures, sondages, recensement des membres, formulaires d'adhésion à vie, courriers de la part de scientologues me demandant comment ma progression sur le "pont" continue, derniers tarifs sur les prestations et documentations.
Bilan de mon programme de purification
 
Quelques jours après mon abandon, j'ai reçu un courrier certifiant que j'ai passé "avec succès" mon programme de purification. Comprenne qui pourra !
 
 L'inscription au Rundown de purification m'a coûté 8'000 francs, auquels il faut ajouter ces frais:
 
650 francs de vitamines, achetées par la prénommée Nathalie à la société G&G,
720 francs d'inscription pour le sauna,
475 francs pour trois livres de Ron Hubbard sur le Rundown de purification,
300 francs pour les deux consultations médicales chez le docteur Claude Boublil (certes remboursés en partie par la Sécurité Sociale).
 
En ce qui concerne le déroulement de la cure, aucun phénomène extraordinaire ne s'est produit, contrai- rement à ce que Ron Hubbard écrivait. J'attribuerais plus volontiers les rares apparitions de faibles rougeurs sur la poitrine à des démangeaisons dues à un régime hyper-vitaminé plutôt qu'à une résurgence des coups de soleil. En revanche, le calvaire était pratiquement permanent, ce qui est tout à fait normal compte tenu des 5 heures quotidiennes de sauna imposées: maux de têtes, nausées, insomnies, perte d'appétit et pas un seul "moment de joie", pourtant décrit dans les livres de Ron Hubbard ! Cette constatation a été faite également par mon jumeau.
 
Les doses de vitamine ont augmenté considérablement au fur et à mesure du traitement : 100 mg de niacine (vitamine B3) au début; 800 mg juste avant l'abandon, accompagnés de 2.500 mg de vitamine C, 500 mg de vitamine B1; plus les vitamines A, E, B2,... et quelques minéraux dont le calcium et le magnésium. Si j'avais continué le traitement jusqu'à son terme, les doses auraient pu grimper jusqu'à 5.000 mg de niacine, 6.000 mg de vitamine C et 2.000 mg de vitamine B1 !
 
A titre de compte-rendu quotidien, l'interview avec la prénommée Nathalie durait pas plus de 5 minutes. En principe, je n'étais pas censé connaître mon superviseur des cas, mais je devinais qu'il s'agissait de la prénommée Jocelyne, travaillant dans le même bureau que sa congénère. Certains jours, je l'ai aperçue en train de prescrire ma dose de niacine, à la lecture de mon rapport journalier et en l'espace de quelques secondes.
 
La secte qualifie ce programme de "religieux". Mais franchement, qu'y a-t-il de religieux à aborber des doses de vitamines, courrir 20 minutes et passer 4h30 dans la sauna chaque jour ? 
 
Autre témoigage sur le programme de purification:
Les scientologues profitent de l'état d'euphorie de leurs patients
 

  Index-témoignages

 
Les scientologues profitent de l'état d'euphorie de leurs patients
 
Etant contraints de suivre une procédure de purification et cela pour avoir le droit de suivre leurs scéances d'audition (un prérequis, sic), les patients de la scientologie reçoivent de telles surdoses de vitamines qu'ils en deviennent généralement euphoriques (on le serait à moins ...).
 
Simultanément de longues scéances de sauna sont prescrites et les affaiblissent. Leurs durées peuvent atteindre plus de 4 heures par jour et sont imposées par le superviseur du programme de purification, une personne sans aucune base médicale et suivant à la lettre les recommandations de Ron Hubbard !
 
D'autre part c'est exactement à l'issue de ce programme de destabilisation que la scientologie incite dans ses règlements ses vendeurs à profiter de l'état des patients, "de leurs succès" (sic), pour leur vendre des "packages" (un ensemble imposant de cours ou d'audition de scientologie à des prix allant de 20'000 euros à plus de 100'000 euros, ndr).
 
Après en avoir été la victime, je me souviens parfaitement avoir dû étudier et appliquer un tel règlement pour l'"église" de scientologie de Genève.
 
Jean-Luc Barbier, 2 octobre 2004
 

  Index-témoignagesI