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- [Texte
intégral]
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- Ce
témoignage a été écrit
par une personne parlant allemand. Nous
avons corrigé de légères
fautes de français mais gardé
"le parlé" de cette personne.
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Nous la félicitons pour s'exprimer
de façon tout à fait compréhensible
en français, et la remercions.
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- J’ai
commencé mi-1984 en Dianétique et en
Scientologie. Jusqu’en 1986 j’ai pris tout ça de manière
légère. Une connaissance (une FSM;
field staff member : personne qui cherche des
nouveaux membres pour la Scientologie) m’a attiré à
Copenhague, dans une haute organisation de Scientologie et là
je me suis laissé "convaincre" d'acheter des cours et matériaux (E-Meter et livres très chers)
pour environ 19'000.- francs suisses (environ 12'000 euros). En outre, pour y aller, j’ai
dû aussi démissionner de mon travail, un travail que
j'aimais beaucoup.
-
- Après
quelques mois, j’ai voulu rentrer en Suisse, mais je n’ai pas pu
obtenir la restitution de l’argent que j’avais payé pour
les cours et matériaux. A mon retour en Suisse, je n’avais plus mon travail.
-
- Cette
même connaissance ne m’a jamais laissé et m’a persuadé
de conclure un contrat de 5 ans pour la scientologie de Zurich avec 52 heures par
semaine. Là, on m’a promis que je recevrais de l’audition gratuite, que
je pourrais vivre de mon salaire, que je travaillerais
dans un groupe merveilleux et que je pourrais aider l’humanité.
Ça sonnait parfaitement logique et attractif. Qui aujourd’hui
n’est pas prêt à vouloir porter des changements positifs dans la société ?
-
- Ce
qui s’est passé est que j’ai dû travailler
intensivement avec un salaire très bas, autour de 50 à 80 francs
par semaine (30-50 euros). De plus, jai souvent été mis dans une
"condition basse" (un système
d'évaluation de mon travail autorisant
la scientologie à diminuer mon salaire
en fonction de mes résultats, des
résultats affichés sur d'innombrables
graphiques) car ma production n'était pas assez haute et parce que je faisais des
critiques. Lorsque j'obtenais
des "conditions hautes" mon salaire était peut-être 100-120 francs par
semaine, ce qui arrivait vraiment rarement. J’ai par
conséquent dû
chercher un emploi supplémentaire pour m’en tirer financièrement.
-
- Ensuite, j’ai été "convaincu" (pour mieux dire
: je
n’ai plus eu de paix jusqu'à ce que je dise oui) d’aller à Flag
(une haute organisation de Scientologie aux USA en Floride) pour devenir
auditeur (une personne qui questionne les autres jusque dans les détails
les plus intimes). J’ai dû démissionner de mon travail et recommencer à vivre avec les
40 francs par semaine. Heureusement, à Flag, on me fournissait au moins le
manger et le logis. Après un peu plus d’une année on
m’a catalogué comme mauvais étudiant et je fus
renvoyé à Zurich.
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- C’était
à peu près en 1989. De nouveau j’ai dû me chercher un travail
supplémentaire. A
ce point, c' était vraiment trop. Ma demande de réduire de 52 à 35 les heures par semaine en Scientologie, pour pouvoir
faire un deuxième travail sans me stresser à l'extrême,
ne plut naturellement pas à mon supérieur.
Je fus immédiatement envoyé en
éthique (l'éthique est plus ou moins le département
de police de l'église de Scientologie). Après de longues discussions, mon contrat fut réduit à 35 heures par semaine. A ce
point, je pouvais commencer à travailler 16 heures additionnelles par semaine dans le monde normal pour pouvoir me
permettre le minimum nécessaire.
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- Mi-1990, bien qu'auparavant j'avais été
classé comme mauvais étudiant, on m’a demandé
si je voulais aller à Los Angeles en formation. Ma réponse
a été "non". Le
diable s’est déchaîné. J’ai été "interviewé" chaque jour pourquoi je ne voulais pas,
même de hauts exécutives de la Scientologie se sont mis
en mouvement pour me convaincre. Ça c’est
ce que l’on appelle "maniement" (de la contrainte, ndlr). Après
de longues discussions j'ai encore donné mon assentiment.
-
- J’ai
dû démissionner encore une fois de mon travail et je suis allé
à Los Angeles. Après une courte période, j’ai été
de nouveau classé comme mauvais étudiant et renvoyé
à Zurich. Heureusement j’ai pu reprendre mon travail additionnel
dans la société précédente.
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- Je
suis une personne assez tranquille et patiente, mais progressivement j’en
eus assez. Lorsque j’ai dit à mon supérieur que je
ne voulais plus travailler pour l'église de Scientologie, un
orage s’est déchaîné. Je fus immédiatement
renvoyé à l’Ethique et obligé d'écrire tous
mes péchés sous peine d'exclusion.
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- J’ai
dû également me soumettre à plusieurs conversations privées avec
différentes personnes. J’étais alors sous pression constante. Ça a traîné en
longueur. Lorsque je me suis vraiment aperçu que je n’étais
plus le patron de ma vie, je me suis décidé de mettre un
point final à tout ça. J’ai dit très clairement à
l'officier d'éthique : "Demain je ne viendrai plus au
travail et je ne veux plus rien entendre de vous. J’ai déjà
dit que je voulais démissionner de mon poste chez vous, il y a
longtemps, je trouve juste maintenant d’y mettre fin". Ce que je fis et je déménageai.
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- Après
quoi mon téléphone sonna très
souvent et cela malgré deux autres déménagements !
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- Je
dois aussi dire que je n’ai jamais rencontré autant de
Scientologues "par hasard", que dans
les 2-3 mois juste après ma "sortie". Je
les rencontrais "par hasard" sur la route, "par hasard" dans un grand super-marché, "par hasard" dans le tram, etc. Si c’était
vraiment "par hasard", j’en doute.
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- Après
que toutes leur tentatives eurent échouées, que firent-ils ? Il m'envoyèrent une facture d’environ 50'000 francs suisses
pour la "formation" que j’ai reçue (31'250 euros), avec en prime un petit
su-sucre :
n'ayant travaillé pour eux la moitié du temps prévu par mon contrat de 5 ans, je ne devais leur payer que la moitié :
25'000 francs suisses. Je ne savais pas si je devais en rire ou pleurer.
-
- Je
leur répondis : "Vous voulez la restitution de l’argent,
mais qu'en est-il de mon argent, l'argent que je vous ai payé ? Je veux aussi la restitution de cet argent."
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- J’avais
dépensé toutes mes épargnes et aussi fait des
dettes pour payer l'audition pour m'améliorer. Donc je voulais moi aussi la restitution de mon argent, car le tout n’a servi a
rien. On m’a répondu un "non" sec et moi j’ai répondu
que je ne payerai pas les 25'000 francs. On m’a menacé de me
donner une "Suppressive déclaration", une déclaration
signifiant que je suis un ennemi, une personne suppressive, ce qui est la punition la plus sévère
chez les Scientologues.
-
- Durant
ces années en Scientologie j'ai appris,
directement et indirectement, quelles sont leur points forts et
faibles et ramassé des connaissances de l'intérieur sur leurs méthodes. Ainsi connaissant
comment marchent les scientologues, je les ai menacés de parler à la presse. Ça
a fonctionné, et à partir de ce moment j’ai eu ma paix
et ils ne m'ont restitué qu'environ 5'000 francs sur les 19'000.-
que je leur avait versés.
-
- Je
me souviens de leur ultime manipulation
faite en échange de ce remboursement
:
j’ai dû signer que je renonçais à
contacter la presse
ou similaires, car
toutes mes prétentions contre cette secte était réglées aux yeux des scientologues
...
-
- C'est
seulement après quelques années que j’ai compris leur jeu. Mais enfin j’étais et
suis encore libre. Je ne voulais plus continuer avec tout ce stress dans ma vie.
-
- L.B.,
juillet 2004
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- Edition Folio, n°1443
- [Extrait]
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- NB: l'histoire - malheureusement vraie - se déroule en Allemagne,
dans les années 1975-1978. Les 1500 marks demandés (premier extrait) sont a
réévaluer avec un quart de siècle de décalage...
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- Pages 216 et 217:
" Enfin, un beau jour de mai 1977, ma pauvre cervelle finit par
réaliser qu'il ne me reste que deux solutions ou l'overdose à bref délai, ou une
désintoxication sérieuse. C'est à moi seule de décider. Je ne peux plus compter
sur Detlev, et je ne veux surtout pas le rendre responsable de ma décision. Je
vais à la cité Gropius. A la Maison du Milieu, ce centre de jeunes dirigé par un
pasteur, là où ma carrière de toxico a commencé. Le club est fermé complètement
débordés par le problème de l'héroïne, ils ont dû le remplacer par un centre
antidrogue.
-
- Un centre antidrogue rien que pour la cité Gropius, tellement
l'héroïne fait des ravages depuis que la drogue a fait son apparition dans le
coin, il y a deux ans. Ils me disent ce que je sais déjà, et de longue date ma
seule chance, c'est une bonne thérapie. Ils me donnent les adresses
d'Info-Drogue et de Synanon, parce que c'est encore eux qui réussissent le
mieux. Je ne suis pas très rassurée. D'après ce qu'on raconte, ces thérapies
sont vachement dures. Les premiers mois, c'est pire que la prison.
-
- A Synanon, ils vous rasent la tête. C'est selon eux le symbole du
début d'une vie nouvelle. Me balader avec un crâne à la Kojak, ça je n'y
arriverai pas. Mes cheveux, c'est ce à quoi je tiens le plus. Derrière eux je
dissimule mon visage. S'ils me les coupent, autant me supprimer tout de suite.
La conseillère estime d'ailleurs que je n'ai guère de chances d'entrer à
Info-Drogue ou à Synanon, parce qu'ils n'ont pas une place libre. Leurs
conditions d'admission sont draconiennes il faut être en bon état physique et
leur prouver, par une autodiscipline librement consentie, qu'on a la force de
décrocher. La conseillère dit aussi qu'à mon âge - à peine quinze ans, je suis
encore presque une enfant - j'aurai beaucoup de mal à faire ce qu'ils
demandent.
- En fait, on n'a pas encore de thérapie pour les enfants.
-
- Je propose d'aller à Narconon. Narconon, c'est le centre
thérapeutique de l'Église scientologique, une secte. Je connais quelques fixers
qui y sont allés, ils disent que c'est pas mal. Si on paie d'avance, il n'y a
pas de conditions d'admission. On a le droit de se fringuer à sa guise,
d'apporter ses disques, et on accepte même les animaux.
-
- La conseillère me dit d'y réfléchir, de me demander pourquoi tant
de fixers racontent que chez Narconon la thérapie est vachement relax, tout en
continuant allégrement à se piquer. Elle, en tout cas, ne connaît aucun exemple
de thérapie réussie chez Narconon. Mais alors que faire, puisque je n'ai aucune
chance d'être admise ailleurs ? Elle me donne l'adresse de Narconon. De retour à
la maison, je fais prendre encore un peu d'extrait de sang de boeuf à mon chat,
toujours avec ma seringue. Quand ma mère rentre du bureau, je lui annonce "Je
vais me désintoxiquer définitivement.Chez Narconon. Il faudra quelques mois, un
an peut-être. Après, je serai clean pour de bon."
-
- Ma mère a l'air de ne plus croire un mot de ce que je raconte.
Elle ne s'en suspend pas moins au téléphone, à essayer de glaner des
informations sur Narconon. Je suis lancée à fond dans cette histoire de
thérapie. J'ai l'impression de renaître. Pas de clients cet après-midi-là, et je
ne prends rien. Je veux me sevrer avant d'entrer à Narconon. Et voici à quoi
ressemble la vie dans un centre narconon, très utile pour décrocher de l'héroïne
! Je range quelques affaires dans mon grand sac en osier. Je cache la seringue,
la cuillère et le reste de came dans mon slip. Nous allons chez Narconon en
taxi. On ne me pose aucune question. Ces gens-là prennent vraiment tout le
monde. Ils ont même des rabatteurs qui se baladent sur la Scène de la drogue.
Mais des questions, ils en posent à ma mère.
-
- Avant de m'admettre, ils veulent
voir la couleur de son fric quinze cents marks, payables d'avance, pour le
premier mois. Naturellement, ma mère n'a pas cette somme. Elle promet de la
réunir dès le lendemain matin, elle va solliciter un prêt à sa banque - il lui
sera sûrement accordé. Elle les supplie de me garder. Ils y consentent. Je
demande l'autorisation d'aller aux toilettes. On me la donne. Donc on ne vous
fouille pas. Et on ne vous envoie pas, comme ailleurs, si on découvre que vous
avez apporté vos ustensiles de fixer. Je me fais un shoot en vitesse. A mon
retour, ils voient bien que je suis défoncée mais ne font aucune remarque. Je
leur remets la seringue et le reste. Le type a l'air étonné, et me félicite. On
m'emmène dans la Chambre Poulet froid. On est trois là-dedans. L'un des deux
autres se tire dès le lendemain matin. Un beau bénéfice pour Narconon.
-
- On me donne des livres sur la doctrine de l'Église scientologique.
Marrante, cette secte. Leurs histoires, on peut y croire ou non. Moi, j'ai
besoin de croire en quelque chose. Au bout de deux jours, on me permet de
quitter la Chambre Poulet froid. Je vais partager une chambre avec Christa. Une
vraie cinglée. On l'a privée de thérapie parce qu'elle ne cesse de se moquer des
thérapies et des thérapeutes. Elle fouille les plinthes de notre chambre, en
disant que quelqu'un y a peut-être caché de la came. Elle m'emmène au grenier
« Il suffirait d'installer quelques matelas, on pourrait y faire une de ces
javas, avec du vin, du haschisch et tout. »
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- Elle m'a déprimée, cette femme. Moi j'étais venue à Narconon pour
m'en sortir, pour me désintoxiquer, et elle ne cesse de parler de la drogue et
de traîner Narconon dans la boue. Le deuxième jour, coup de téléphone de ma
mère. Elle m'annonce que le chat est mort. Après seulement, elle me souhaite bon
anniversaire. Tout ça lui tape sur le système, à elle aussi. Je passe le reste
de la matinée à chialer sur mon lit. Quand les types s'en aperçoivent, ils
déclarent que j'ai besoin d'une séance.
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- On m'enferme dans une pièce avec un mec - un ancien toxico - qui
me bombarde d'ordres saugrenus. Je suis obligée de les exécuter. Il me dit «Tu vois ce mur. Approche-toi de ce mur. Touche le mur.» Et on remet ça.
Pendant des heures.Je tâte les quatre murs de cette pièce. A un moment donné,
j'en ai ras le bol : «En voilà des conneries. Vous êtes cinglé ou quoi
?
Fichez-moi la paix, ça suffit comme ça». Sans cesser de sourire, il me
persuade de continuer. Ensuite, il me fait toucher différents objets. Jusqu'au
moment où, complètement épuisée, je me jette à terre en sanglotant. Il sourit.
Et, dès que je suis un peu calmée, la séance reprend.
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- Je suis hébétée. Je touche le mur avant même d'en avoir reçu
l'ordre. La seule pensée dont je suis encore capable c'est : "Il faudra bien que
ça s'arrête."Au bout de cinq heures pile, il déclare: Okay, ça suffit pour
aujourd'hui. ~ Je me sens drôlement bien. Il m'emmène dans une autre pièce où il
y a un appareil bizarre, de fabrication artisanale: une sorte de pendule entre
deux boîtes en fer-blanc. Le type m'ordonne d'y poser ma main et me demande : Tu
te sens bien ? - Oui. Maintenant, j'ai vraiment conscience de tout ce qui
m'entoure. Le mec regarde le pendule; Il n'a pas bougé. Tu n'as donc pas menti.
La séance a bien marché.
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- Le truc bizarre est un détecteur de mensonge. Un des
objets du culte de cette secte. En tout cas, je suis contente que le pendule
n'ai pas bougé. Pour moi, c'est la preuve que je me sens bien.
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- Pour me libérer de l'héro, je suis prête à croire n'importe quoi.
Ils font toutes sortes de choses étonnantes là-dedans. Par exemple, ce même
soir, Christa a de la fièvre : ils lui font toucher une bouteille et dire si
elle est chaude ou froide. Au bout d'une heure, à ce qu'il paraît, sa fièvre
était tombée. Tout ça m'a chavirée à tel point que, le lendemain matin, je me
précipite au bureau demander une nouvelle séance. Pendant une semaine, je suis
lancée à fond dans le trip de la secte. J'ai vraiment foi dans la thérapie. Il y
a un programme non-stop: séances, ménage, corvée de cuisine. Ça nous mène
jusqu'à dix heures du soir. On n'a pas une minute pour réfléchir. La seule chose
qui m'énerve, c'est la nourriture. Je ne suis pas difficile, mais j'ai du mal à
avaler la bouffe qu'on nous sert ici. Et pour le prix qu'on leur paye, ça
pourrait quand même être un peu mieux. Après tout, ils n'ont pas d'autres
frais.
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- Les animateurs des séances sont presque tous d'anciens toxicos,
auxquels on dit que ce travail fait partie de leur thérapie; on leur donne tout
juste un peu d'argent de poche. Les boss de Narconon, eux, mangent à part. Un
jour, je les ai vus en train de déjeuner : ils se tapaient un de ces gueuletons!
Un dimanche, enfin, j'ai le temps de réfléchir sérieusement. D'abord je pense à
Detlev, ça me rend triste. Ensuite je me pose des questions : Que faire après la
thérapie ? Ces séances m'ont-elles vraiment aidée ? J'ai plein de questions, mais
aucune réponse. Je voudrais bien parler avec quelqu'un, mais je n'ai personne :
ici, il est interdit de nouer des amitiés, c'est l'un des grands principes de la
maison. Si on essaie de discuter de ses problèmes avec les types de Narconon,
ils vous flanquent illico une séance.
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- Depuis que je suis dans cette boîte, je
n'ai pas eu une vraie conversation. Le lundi, je me pointe au bureau et je leur
crache le morceau d'un trait. En premier lieu, la bouffe. Ensuite, on m'a volé
presque tous mes slips. Impossible de pénétrer dans la buanderie, car la fille
qui en a la clé passe son temps en ville pour se shooter. D'ailleurs elle n'est
pas la seule. Ce genre de trucs, ça me débecte. Et le rythme forcené des
séances, et le travail ménager. Je suis épuisée, je n'ai pas ma ration de
sommeil. "Okay, je leur dis, vos thérapies, c'est très bien. Mais elles ne
m'apportent pas la solution de mes problèmes. Tout ça, au fond, c'est du
dressage. Vous essayez de nous dresser. Mais moi j'ai besoin de quelqu'un à qui
parler de mes problèmes. Et j'ai besoin de temps pour me colleter avec mes
problèmes."
-
- Ils m'écoutent sans mot dire, avec leur éternel sourire. Après
quoi j'ai droit à une séance supplémentaire. Elle dure toute la journée,
jusqu'à dix heures du soir. J'en sors de nouveau totalement apathique. Peut-être
savent-ils ce qu'ils font, après tout? Ma mère m'a raconté, au cours d'une de
ses visites, que la Sécurité sociale lui rembourse les frais de mon séjour chez
Narconon. Puisque l'État dépense de l'argent pour ça, c'est que ça doit être
okay.
-
- D'autres pensionnaires de Narconon ont encore plus de problèmes que moi.
Gaby par exemple. Elle est tombée amoureuse d'un type et voulait absolument
coucher avec lui. Elle est allée, comme une idiote, le raconter aux boss.
Résultat une séance supplémentaire. Elle a tout de même baisé avec le type, ça
s'est su, et on les a ridiculisés devant tout le monde. Gaby s'est enfuie le
soir même et n'est jamais revenue. Le type, un animateur qui soi-disant était
clean depuis plusieurs années, s'est tiré quelques jours plus tard. Il est
redevenu toxico jusqu'à la moelle. En réalité, les gens de Narconon ne
s'inquiètent pas tellement que l'on baise ou non. L'important, pour eux, c'est
de nous empêcher de nouer des liens. Mais ce type travaillait chez eux depuis
plus d'un an - comment supporter si longtemps l'isolement ?
-
- Tard le soir, nous avons quelques instants de loisirs. Je les
passe toujours avec les plus jeunes des pensionnaires. Je suis la plus jeune
mais personne, dans cette bande que nous commençons à constituer, n'a atteint
ses dix-sept ans. C'est la première vague des très jeunes drogués: nous étions
tous encore des enfants quand nous avons commencé à nous piquer. Et on devient
une loque en un ou deux ans, parce qu'à l'âge de la puberté le poison est encore
plus dévastateur que plus tard. Si nous nous retrouvons ici, c'est tous pour la
même raison : pas de place en thérapie ailleurs. Comme moi, la plupart en sont
vite arrivés à la conclusion que les séances n'apportent pas grand-chose.De
toute façon, celles ou on met deux jeunes ensemble se transforment en franche
rigolade : comment garder longtemps son sérieux quand on doit engueuler un
ballon de foot, ou se regarder droit dans les yeux pendant deux heures ? On a
renoncé à nous faire passer au détecteur de mensonge. A quoi bon, puisque nous
affirmons que la séance ne nous a servi à rien? On s'est marrés, c'est tout.
-
- Nos malheureux animateurs sont de plus en plus désemparés. Nous
n'avons bientôt plus qu'un seul sujet de conversation : l'héro. Parfois, en
petit comité, je parle aussi des moyens de se tirer. Au bout de quinze jours de
Narconon, j'ai mon plan. Deux garçons et moi, nous nous déguisons en "
commando de grand netoyage ": grâce à notre arsenal de seaux, balais-brosses
et serpillières, nous franchissons toutes les portes sans encombre. On est fou
de joie tous les trois. Si impatients de se shooter que c'est tout juste si on
ne fait pas dans nos culottes. Nous nous séparons à l'entrée du métro. Je prends
la direction Zoo. Je vais retrouver Detlev."
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- Libération, 7-8 novembre
1998, par Daniel Licht.
- [Résumé]
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- Menaces
au grand jour
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- Dans son livre
Scientologie, laboratoire du futur ?, aux éditions Golias, l'universitaire Paul
Ariès analyse les visées de la secte, et n'hésite pas à citer les grandes
entreprises ayant utilisés ses offices via des organismes de formation
satellites. Après une conférence au ministère de la Justice tenue secrète, où il
venait de faire un exposé sur la secte, "Paul Ariès, expert en sectes pour le
ministère de la Santé, s'est fait briser l'épaule par deux individus masqués ...
"
-
- Puis c'est l'éditeur qui
reçoit des menaces ouvertes de la Scientologie, via Marc Welter, "président de
l'association spirituelle de l'Église de Scientologie Ile-de-France", qui écrit
: "J'attire votre attention sur le fait que toutes les oeuvres de Ron Hubbard
relatives à la Scientologie [...] sont protégées par des droits d'auteur. Leur
reproduction est donc strictement interdite sans la permission expresse du
détenteur de ces droits. En les publiant, vous pouvez vous exposer à des
poursuites pour faux et usage de faux".
-
- Paul Ariès est ainsi privé
du droit d'effectuer normalement son travail de sociologue sans risquer
automatiquement un procès. Cela ne décourage pas Christian Terras, le directeur
des éditions Golias, qui trouve dans ses menaces une raison supplémentaire de
publier l'oeuvre critique, décrivant la secte comme une métaphore du désir de
toute-puissance de la société des années 60 aux États-Unis.
-
- Paul Ariès ajoute que la
Scientologie a, plus généralement, des pratiques dignes d'Orwell quant à ses
propres documents : "Paul Ariès se rappelle avoir eu les plus grandes
difficultés à obtenir toutes les sources qu'il sollicitait auprès de la
Scientologie. Il a pu constater, d'autre part, au cours de ses mois de
rédaction, que la secte détruit régulièrement ses propres documents pour les
republier - à peine modifiés - sous une autre référence ". Marc Walter peut
ainsi dire, grâce à cette tactique de protection des écrits mêmes anciens par la
législation sur les copyrights : "Il arrive que nos détracteurs fassent circuler
des publications, qu'ils attribuent au fondateur de la Scientologie, mais qui
sont en fait des faux ".
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- 24Heures,
2 avril 1995, Madeleine Schürch
- [Texte
intégral : ici]
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- En
état d'errance
-
- C'est
par une connaissance, qui l'a peu à
peu convaincu que le traitement psychiatrique
qu'il suivait depuis plusieurs années
ne progressait pas, que cet employé
PTT (la poste - ndlr) est entré
dans la secte en 1992. «A cette époque,
mon déséquilibre s'était
accentué, je souffrais de terribles
angoisses, j'avais des hallucinations et
me figurais que je pouvais entrer en contact
avec les gens par télépathie»,
raconte ce quadragénaire.
-
- C'est
dans cet état qu'il quitte son médecin,
en février de la même année,
pour entrer à l'Eglise de sciento- logie.
Il passe un premier test d'aptitude, malgré
sa confusion mentale. Mais pour accéder
à un cours, il doit s'acquitter d'un
dépôt de 20'000.- francs (12'500
euros env.), qui sera débité
au gré de ses dépenses. Une
représentante de la secte l'accompagne
pour obtenir un prêt bancaire. Deux
établissements le lui refusent, un
troisième accepte. «L'accompagnatrice
est même venue à mon domicile
pour vérifier mon certificat de salaire
annuel», précise François.
-
- A
fin avril, constatant que leur «client»
est décidément trop perturbé,
l'Eglise l'exclut des cours. La secte fait
signer à François une déclaration
par laquelle il «ne désire
pas retirer le montant de ses donations
à l'Eglise, malgré la proposition
de celle-ci de le rembourser» ! il
s'engage à maintenir sa volonté
de s'améliorer spirituellement grâce
à la scientologie,quand l'Eglise
le jugera apte à le faire.
-
- On
l'enjoint de changer de boulot, de prendre
l'air. C'est ce qu'il fera, dans un état
d'errance psychotique qui l'emmènera,
muni d'un fusil de chasse, des forêts
neuchâteloises à l'aéroport
de Kloten ! Enfin interpellé par
la police, il sera soigné à
Cery pendant une mois et demi (un hôpital
psychiatrique du canton de Vaud -ndlr)
-
- Rétabli,
c'est grâce à un avocat qu'il
porte plainte contre l'Eglise pour obtenir
le remboursement des sommes. «données».
Plainte qui sera retirée en 1993,
la secte ayant finalement accepté,
pour éviter que l'affaire soit jugée,
de rendre la somme due. Aujourd'hui, François
a retrouvé une vie normale.
-
- M.S.
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