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- MOON
- &
- l'Association pour
l'unification du christianisme mondial
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- Le Rennais (Renne-France)n°357, octobre 2004
- [Texte
intégral]
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- L'Association de défense des familles et de l'individu, fer de
lance de la lutte contre les sectes, a tenu son congrès national à Rennes, ce
mois-ci. Ce n'est pas un hasard : l'ADFI est née ici, il y a tout juste 30
ans.
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- Ce soir-là, en octobre 1974. à leur domicile de Chantepie, Claire
et Guy Champollion sont inquiets. Un de leurs enfants. Yves, 18 ans, n'est pas
rentré. Son vélomoteur n'est pas dans le garage. Tournée de la police et des
hôpitaux : aucune piste. Le trou noir. Au cinquième soir d'attente, coup de fil
: c'est lui ! Il est en vie, il est à Lyon. mais ne veut pas dire ce qu'il y
fait ni donner son adresse. Au cours de la conversation, il lâche juste quatre
lettres : AUCM.
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- En moins d'une journée, ses parents découvrent, derrière ce sigle,
l'existence d'un mouvement "religieux": l'" Association pour
l'unification du christianisme mondial ". Guy Champollion prend aussitôt la
route de Lyon, avec un autre de ses enfants, Hervé. " Nous partions avec la
ferme intention de ramener nom frère. Nous avions prévu que j'établisse seul le
contact, nom père attendant en bas de l'immeuble, dans la voiture ".
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- Sur place, les choses se compliquent : Yves ne veut pas rentrer
chez lui. Guy Champollion doit intervenir et s'affronter au responsable du
centre, un certain Pierre Ceyrac (1). Ce dernier, sentant qu'il a affaire à un
père obstiné, et pour éviter le scandale, consent à laisser partir son nouvel
adepte. pour qu'il puisse " dire adieu à sa mère ". Sans doute, sent-il
que le jeune Rennais est bien accroché et qu'il va le récupérer très vite. Il
n'a pas tort. I.e retour d'Yves dans le giron familial sera de courte durée.
Après une nuit passée chez ses parents, il rejoindra la secte
... qu'il n'a plus
quittée depuis trente ans.
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- La création de l'ADFI.
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- Les époux Champollion perdent un fils et entament un combat auquel
ils vont consacrer toute leur vie. Très vite en effet, ils apprennent que
d'autres jeunes de toute la France se sont embarqués, un ou deux ans auparavant.
dans cette AUCM, connue aussi sous le nom de "Pionniers du nouvel âge"
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- Certains d'entre eux ont même été recrutés alors qu'ils étaient
mineurs. Décidés à se battre. Claire et Guy Champollion, déposent, le 18
décembre
1974 à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, les statuts de l'Association pour la
défense des valeurs familiales et de l'individu (qui deviendra ADFI).
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- Le 21
janvier 1975, le journaliste Joseph Fontaine publie dans Ouest-France le premier
article d'une série intitulée "La maladie de Moon ou les nouveaux messies"
qui trouvera rapidement un écho dans la presse nationale. Les témoignages
affluent. On en sait un peu plus sur le "Révérend Sun Myung Moon",
fondateur de la nouvelle "église".
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- Ce Nord-Coréen, né en 1920, prétend que le Christ lui est apparu à
l'âge de 16ans, en lui confiant la mission d'être " le second messie ".
Il fonde. en 1951 en Corée du Sud, un premier mouvement qui essaime rapidement
au Japon et aux États-Unis, où Moon s'installe en 1972. Ce pays accueillant pour
les " nouveaux mouvements religieux" est aussi le cadre idéal pour
développer des affaires. Car l'AUCM est avant tout un empire industriel
(armement, immobilier, presse. bijouterie, et même produits aphrodisiaques!) et
une entreprise politique: la croisade pour l'unification des religions en cache
une autre, anticommuniste celle-là. Moon lutte en effet pour la réunification
des deux Corée et la disparition du communisme, le "nouveau Satan".
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- Un rite bien établi.
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- Afin de constituer "un corps international de volontaires pour
participer à la guerre et défendre la Corée, jusqu'à la mort " (déclaration
du mouvement en juin 1975) et surtout faire rentrer des dollars dans les
caisses, l'église mooniste a grand besoin d'adeptes. Après l'Asie et les
États-Unis, l'Europe est visée, à partir des années soixante-dix. L'abaissement
de l'âge de la majorité (de 21 à 18 ans) en France en 1974, crée un contexte
favorable au recrutement. Celui-ci se déroule selon un rite bien établi :
contact dans la rue par voie de tracts et invitation à des soirées au siège de
l'association (à Rennes, rue de Bertrand).
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- L'ambiance y est chaleureuse,
fraternelle. Il est question de "retrouver un sens à sa vie", de "partager de vraies valeurs" dans
"un monde qui va mal". Ceux qui
accrochent sont bientôt invités à des week-ends "d'approfondissement"
dans la région parisienne. L'enseignement des Principes divins de la Bible de
Moon) y devient plus soutenu. On chante beaucoup, on dort et on mange peu. on
est constamment "entouré" : le conditionnement et la dépendance
s'installent. Certains jeunes en restent là ; d'autres franchissent l'étape
suivante, ultime pour beaucoup: le voyage aux États-Unis, au siège du mouvement
(voir témoignage ci-dessous).
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- Les techniques d'embrigadement y sont plus
poussées. Vie collective en permanence, privation de sommeil, conférences
d'endoctrinement et séances d'autocritique : l'objectif est de ne plus laisser
place à la réflexion personnelle et à l'esprit critique, jusqu'à ce que l'adepte
soit persuadé tout seul de la justesse de son choix.
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- Moon toujours influent aujourd'hui.
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- Guy Champollion décrypte très vite ces méthodes de recrutement
très élaborées et la véritable dimension politico-financière de l'AUCM, au point
de devenir l'ennemi nº1 de la secte. Lorsqu'il décède brutalement. en juillet
1975, épuisé entre autres par son combat, celle-ci explique partout dans ses
écrits. que "ce père satanique a été emporté par Satan".
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- Claire
Champollion poursuit la lutte de son mari, comme simple adhérente de
l'association. Elle en sera pourtant un des piliers : grâce à sa pratique des
langues étrangères (elle était enseignante d'allemand à l'université de Rennes
2) et son réseau de relations à travers le monde, elle recueille, traduit et
diffuse quantité de documents et témoignages qui alimentent le travail de
l'ADFI. " Quelques jours avant son décès (NDLR : en juillet 2003), confie son
fils Hervé, elle était encore totalement engagée dans ce combat ".
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- Trente ans après. la secte Moon n'a sans doute pas fait la percée
qu'elle espérait en France. Le combat des familles rennaises, pionnières de
l'ADFI. y est sûrement pour quelque chose. Mais elle continue de faire des
ravages sur d'autres continents, en Asie et en Afrique notamment. Aux
Etats-Unis, le Révérend Moon, ami de la famille Bush et propriétaire (entre
autres) du journal Washington Times et de l'agence UPI reste un personnage
extrêmement influent. Pour preuve: en juillet dernier, à 84 ans, il a été
distingué, et même " couronné ", lors d'une cérémonie dans l'enceinte du Sénat
américain et ce, en présence d'une douzaine de représentants des parti démocrate
et républicain !
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- Gilbert Lebrun
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- (1) Pierre Ceyrac a été, entre autres, élu
conseiller
régional en 1992, dans le Nord-Pas-de-Calais, sur une liste Front national
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- Témoignage : deux ans chez
Moon
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- Des jeunes recrutés dans
ces années soixante-dix, peu ont réussi à quitter la secte.
- Roger est un des rares,
après deux ans passés aux États-Unis et en Asie.
"En 1973, j'avais 20 ans
et je travaillais déjà, de nuit, comme ouvrier. Ils m'ont abordé au Thabor, un
après-midi du mois d'août ". Des jeunes bien mis. comme l'étaient les moonistes.
Amusé, puis curieux. Roger accepte les invitations successives: les soirées au
siège de l'AUCM. rue de Bertrand et le week-end dans un pavillon de banlieue à
Aulnay-sous-Bois.
Il n'accroche pas plus que
ça à l'enseignement des Principes divins et trouve la présence des " gentils
moniteurs" un peu pesante. Mais il s'accommode de l'ambiance plutôt fraternelle
et y trouve une sorte de compensation aux difficultés relationnelles qu'il
connaît alors avec sa famille. Au point d'accepter le principe d'un voyage aux
Etats-Unis. La secte ne va plus le lâcher.
"À mon retour de vacances,
en Thaïlande, ils étaient au bas de mon immeuble pour me relancer ". Après un
nouveau week-end de préparation, on le fait partir en avion, en décembre 1973, à
partir du Luxembourg (à 20 ans, il est alors mineur). Dans une grande propriété
de Tarrytown, dans l'état de New-York, il retrouve des jeunes du monde entier,
venus constituer les "team ", chargées de recruter et de récolter des fonds dans
les nues de New-York.
"J'ai commencé par
distribuer des tracts en faveur de Nixon !". Nous sommes alors en plein
Watergate et Moon organise une campagne de soutien au président américain. Mais
les jeunes recrues de l'AUCM font surtout la quête, des journées durant : "Ça
marchait bien. En un ou deux jours, je récoltais l'équivalent de mon salaire
mensuel en France."
"Un soir, Moon est venu
nous visiter. Il par-lait très fort. J'étais un peu amusé par sa gestuelle de
karatéka, mais aussi interpellé par la fascination qu'il exerçait sur tous ces
jeunes.
"Roger trouve d'autres
motifs d'étonnement, lorsqu'on l'affecte à l'équipe chargée d'aménager les
nombreuses résidences du gourou. Un choc." Ça baignait dans le luxe. Je me
souviens notamment d'un matériel hi-fi dernier cri. Et puis, les frigos étaient
pleins. Ça nous faisait drôle, nous qui dormions par terre, dans des sacs de
couchage, et mangions peu. " Ces découvertes n'entament pourtant pas ses
convictions.
Roger est toujours grisé
par l'aventure : Nous faisions le tour des états américains pour préparer les
grands shows de Moon. Tout ça dans une ambiance très cosmopolite.
Paradoxalement, même les conditions de vie ascétiques imposées par la secte
renforcent cet optimisme : "Ce dépassement de soi continuel nous donnait de
l'énergie. Nous étions .fascinés par nos possibilités. Nous nous prenions pour
des petits rois"
Le jeune Rennais est envoyé
huit mois au Japon et en Corée. Un jour, alors qu'il a pratiquement fait un
nouvel adepte, ses supérieurs le dissuadent d'aller plus loin. Motif: le nouveau
recruté, brûlé au visage, n'a visiblement pas le faciès qui convient. "Ça m'a
choqué. J'ai ressenti une énorme contradiction avec les principes de fraternité
universelle que nous défendions."
Un nouveau de grain de
sable dans la mécanique, qui aura sans doute son importance. Nous sommes en
effet en décembre 1975. Roger est parti depuis deux ans et en France, l'action
de l'ADFI a fait des vagues. Pour tenter de calmer le jeu, la secte permet,
exceptionnellement, à certains jeunes de renouer avec leur famille à l'occasion
des fêtes de Noël ... Roger rentre à Rennes, "mais pas de bon coeur". D'autant
que sa famille a décidé qu'il ne repartirait pas. Elle lui confisque ses
papiers. A la maison, c'est un défilé: amis de la famille, prêtre, pasteur,
psychologue ...Tout l'entourage tente un "débriefing ". Roger se blinde
s'enferme dans ses certitudes, proteste en jeûnant.
- "Elle m'a simplement aidé
à tisser mon histoire"
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- Aux questions, il répond
par d'autres questions. en boucle: "Dans mon système de défense, j'avais même
adopté un accent américain !" Pourtant, Roger ne sera pas sourd à tous les
arguments. Lentement, il tirera les fils, revisitera son parcours en faisant
remonter les situations, les visions qui l'ont heurté au cours de ces deux
années.
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- Une lente reconstruction à
laquelle Claire Champollion apportera une pierre essentielle. En lui parlant, en
l'écoutant beaucoup et en essayant de comprendre son itinéraire, sans juger.
Près de trente ans après. Roger en parle comme "d'une grande dame qui, malgré sa
souffrance, n'a jamais tenté d'imposer quoi que ce soit dans notre lien. Elle
m'a simplement aidé à tisser mon histoire".
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- Claire et Guy Champollion étaient deux fortes personnalités. Elle,
plus jeune agrégée d'allemand, à 21 ans, enseignante en lycée puis à
l'université. Cette brillante intellectuelle s'était totalement investie dans
les échanges franco-allemands. Un engagement intimement lié aux persécutions
dont avait été victime une partie de sa famille, de confession juive. C'est
d'ailleurs en Allemagne, en 1946, qu'elle rencontre Guy, ingénieur météo.
Un
beau jour, alors qu'ils ont déjà plusieurs enfants, celui-ci lui annonce qu'il
reprend des études ... de médecine, à 34 ans! Diplômé en 1962, il choisit de
s'installer dans le quartier des Castors, en bordure d'une Zup sud en pleine
expansion, mais dépourvue de médecin.
Atypique dans la profession, il militera
aussi pour les cabinets de groupe (il en crée un, rue Frédéric-Mistral, avec
trois collègues) et l'instauration du stage de l'étudiant en fin
d'études.
Leur combat dans l'ADFI, explique leur fils Hervé, s'est toujours
situé en dehors de tout jugement de type religieux ou philosophique. C'étaient
avant tout deux humanistes, rationalistes, viscéralement attachés à la liberté
de l'individu et détestant l'erreur et le mensonge.
La Ville de
Renne a décidé de leur
rendre hommage en donnant leur nom à un square proche des rues Marc Sangnier et
André Gide, non loin du cabinet médical où le Docteur Champollion est décédé
subitement en 1975.
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