TÉMOIGNAGE DE MONA VASQUEZ
 
La scientologie, un véritable asservissement
 
Echo Magazine, octobre 2004
[Texte intégral]
 
Membre de la scientologie dans les années 1980, la Méridionale Mona Vasquez a pu s'en sortir après une lutte farouche : elle fit une grève de la faim devant le siège des scientologues à Paris. Interview d'une «rescapée», auteur d'un livre de témoignage, désormais active dans la prévention.
 
Dans votre livre, vous dites être passée «comme dans une lessiveuse dont on ne peut arrêter le programme». Pourquoi ?
 
- Dans la scientologie, on est com­me dans une machine. Il y a un moment où on ne peut plus arrêter le programme. C'est un véritable asservissement.
 
Comment êtes-vous entrée en contact avec la scientologie ?
 
- La première fois où j'ai été inter­pellée par la secte, c'est par un ami. J'étais en fin de deuxième année aux Beaux-Arts à Toulouse. Je lisais toutes sortes de livres et le premier contact s'est fait ainsi, en 1982. Je n'y ai rien vu de suspect et le lavage de cerveau a commencé. En 1989, j'ai atterri et j'ai réagi.
 
On a l'impression, en lisant votre livre, qu'il s'agit d'une entreprise de bourrage de crâne et d'une machine à pomper de l'argent ?
 
- Lavage de cerveau et bourrage de crâne, oui, le but étant d'extirper toute forme d'énergie de la personne: de l'argent, de la jeunesse ou de l'idéalisme. Mais le vrai but - et c'est la grosse hypocrisie de la scientologie - c'est l'argent. Mais elle ne le dit jamais. Pendant un moment, j'ai eu un poste dans les finances, qui m'a permis de le découvrir. L'adepte moyen, lui, est seulement préoccupé de son avancée spirituelle. Sinon il réaliserait qu'il est sous­alimenté et en manque de sommeil.
 
Les promesses du fondateur de la scientologie, Lafayette Ron Hubbard, sont-elles erronées ?
 
- C'est comme une drogue. On vous dit : tu n'auras plus de soucis, c'est un monde merveilleux, pur, où les gens n'ont plus de maladies psychosomatiques. Mais tout est faux.
 
Il y a aussi des techniques de manipulation.
 
- L'état scientologue est très policé. A l'intérieur du groupe, en l'occurrence à Copenhague, dans la maison-mère européenne, on ne peut pas s'échapper. On est toujours sous contrôle et il faut passer dans une sorte de confessionnal pour pouvoir avancer. On est sous contrôle. Si un adepte essaie d'être vindicatif, il est remis sur les rails par ce qu'ils appellent l'«éthique», mais que j'appelle, moi, la police interne.
 
Et les termes employés sont faussés. Dans quel sens ?
 
- Le changement de nomenclature fait partie du lavage de cerveau. On ne s'en rend pas compte tout de suite. Il commence à y avoir des mots franglais, puis techniques. Et on se retrouve à parler de «séances d'audition», d' «état de clair», une terminologie qui fait qu'on ne s'identifie plus qu'à ce groupe. Cela participe de la coupure avec le monde extérieur.
 
En même temps, on développe des capacités à l'intérieur de la scientologie, non ?
 
- C'est le piège. Au départ, l'adepte fait ce qu'on appelle des «gains», il a moins de maladies psychosomatiques. Ça a l'air de marcher. Et au bout du compte, c'est de l'auto-suggestion.
 
Vous traitez le fondateur de la scientologie, Ron Hubbard, de «dictateur fou».
 
- Hubbard a construit une idéologie avec des gens prêts à se sacrifier. Un bon scientologue pur et dur est un kamikaze : il serait capable de mourir pour sa doctrine. C'est du fanatisme. Ron Hubbard, dans sa mégalomanie, a toujours été déifié. Il est décédé en 1986. Mais même mort, il était là. Et il n'était pas mort... On nous a dit qu'il était allé «clarifier» ailleurs.
 
La scientologie s'appuie aussi sur des acteurs connus comme Tom Cruise ou John Travolta. N'est-ce pas une forme de publicité ?
 
- Bien sûr. Ces artistes sont chouchoutés et servent de vitrine. Mais j'ai mon idée là-dessus : tout scientologue passe obligatoirement par le «confessionnal», même Tom Cruise. S'il a des choses à se reprocher dans sa vie privée, la scientologie va les emmagasiner et pourra s'en servir comme moyen de chantage.
 
Comment avez-vous réussi à vous en sortir ?
 
- En fait, j'ai été rebelle, bien que prisonnière. J'ai fini par réaliser que le système n'allait pas. Notamment en m'incitant à faire des emprunts dans des banques, ce qui m'a conduit en prison à Paris ! J'étais un jouet entre leurs mains et je ne m'en rendais pas compte. On travaillait beaucoup sur le sentiment de culpabilité. Tout ce qui nous arrive, c'est de notre faute. Quand je me suis retrouvée, me­nottes aux mains, face à un juge d'instruction, ça a été l'électrochoc qui m'a ouvert les yeux. Et j'ai dit : ce qui m'arrive, ce n'est pas de ma faute, mais de leur faute. Une première rupture s'est produite. J'ai compris que c'est eux qui m'avaient mise dans ce pétrin.
 
Vous mettez en garde contre les visages divers de la scientologie, la dianétique ou d'autres organisations sous lesquelles elle se cache.
 
- Ce qui me gêne, c'est leur volonté de pouvoir. Ils infiltrent les hauts niveaux politiques. Hubbard incitait les gens à prendre des postes-clés du gouvernement ou de la société, à devenir les meilleurs dans leur domaine. Pourtant le but n'est pas de «clarifier» la planète, mais que tout le monde soit à la même enseigne, robotisé et fasse ce que demande la scientologie.
 
La scientologie attaque ceux qui la critiquent ...
 
- Ils sont les gentils et des méchants veulent les freiner. En France, on essaie de faire admettre la scientologie comme religion, comme aux Etats-Unis. C'est satanique, car elle veut profiter de l'a priori favorable par rapport aux religions. Ainsi quelque chose de diabolique va devenir bon, purifié. Il ne faut pas tolérer les sectes, mais les autres religions, donc la scientologie.
 
Comment expliquez-vous que des personnes ayant des positions sociales élevées en soient membres ?
 
- Ce sont des personnes volontaires, animées par un vrai désir de changer la société. Celui qui vit tranquillement dans son petit monde matériel ne va pas chercher à améliorer la planète. Eux, par contre, sont idéalistes, ils font preuve d'une très grande acuité des problèmes de la société et d'une grande générosité pour s'engager.
 
Les choses n'ont-elles pas changé depuis 1989 ?
 
- L'été dernier j'ai fait une confé­rence de prévention sur les sectes, en racontant mon histoire. A la fin, une jeune fille de 18 ans est venue me dire: ce que vous avez raconté, ça m'est aussi arrivé il y a quinze jours, aux Beaux-Arts de Toulouse. Elle était horrifiée en m'entendant car elle n'avait fait aucun lien entre le livre sur la dianétique et la secte de la scientologie. Cela m'a fortifié dans l'idée que la prévention était importante. C'est sournois, surtout pour des jeunes en quête d'idéal, qui ont le sentiment que le monde va mal et qui veulent le changer.
 
Propos recueillis par Bernard Litzler
 
MÉMOIRES D'UNE RESCAPÉE
 
Mère de famille, artiste-peintre, Mona Vasquez, 44 ans aujourd'hui, exorcise son passé dans son livre Et Satan créa la secte.
 
Mémoires d'une rescapée, publié à compte d'auteur. Elle dépeint son idéalisme lors­qu'à l'âge de 20 ans, elle entre en contact avec la scientologie. A Angers, puis au siège européen à Copenhague, elle va vivre «accro comme à une drogue», résume-t-elle pour le quotidien la Croix.
 
«L'enfer dura sept ans» : elle s'enfuit trois fois, mais la scientologie la récupère. Finalement en août 1989, après une grève de la faim, elle parvient à obtenir le remboursement des quelque 100'000 francs (25'000 francs suisses) dépensés dans cette aventure.
 
Livre disponible auprès de Mona Vasquez,
Rue de la Laygue 14,
F-09300 Fougax et Barrineuf (France)
 
Courriel : mona.vasquez@free.fr

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