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Quitter la scientologie ? Un
calvaire
Les
scientologues prétendent défendre la famille. Un témoin nous rapporte combien il
a vécu le contraire. Il évoque aussi les pressions exercées contre ceux qui
veulent s'enfuir ... et
l'endoctrinement.
RÉCIT
Si cela peut
aider quelqu'un ... C'est dans ce seul espoir que je veux témoigner, commence
Philippe en nous faisant le récit d'une partie de sa vie. Et de celle de son
frère Marc (*), ex-scientologue et ex-époux de scientologue.
C'est qu'il
a le sens de la famille, Philippe. Et que, après le mariage
«scientologue» d'un des fils de Marc, samedi 15 juillet dernier, les
souvenirs se font à nouveau lourds. «Tu n'es pas le bienvenu.»
Voilà ce que le futur marié m'a dit une dizaine de jours avant la cérémonie».
Motif de cette peu sympathique déclaration téléphonique du neveu : Philippe
aurait «attaqué sa foi et sa religion» en parlant, quelques années
plus tôt, à la presse, déjà. Philippe a quand même été au mariage. S'il n'avait
pas pu, les 19 membres de sa famille, présents, se seraient retirés. Marc,
lui, y a découvert les parents de la mariée, qu'il n'avait jamais rencontrés
avant.
L'anecdote est symptomatique de ce que Philippe avance et veut
faire savoir - avec mesure : «Que Marc ait été scientologue ne nous
inquiétait pas. Le problème n'est pas là : les gens peuvent bien croire ce qu'ils
veulent. Et Marc y a peut-être même gagné de bonnes choses. Mais il y a au moins
deux grands dangers: ils font tout pour casser les liens familiaux et, quand
quelqu'un veut s'évader de la scientologie, ils exercent des pressions
anormales». Et d'insister
: «Si on doit respecter le silence dans
certains monastères, et bien chacun le sait et les moines ne prétendent pas le
contraire. Mais les scientologues affirment qu'ils respectent la famille, alors
qu'ils ne le font vraiment pas. Ils pourrissent la vie des gens !». Même
dans la secte : «Quand la femme de Marc a accouché de leur premier enfant, il
avait été envoyé au Danemark.»
Pour le second, c'est elle qui y
avait été envoyée !, chaque fois l'un sans l'autre.
Parfois comme
un roman
Idem, côté liberté
: «Ils évoquent leur liberté,
mais ne sont pas libres. Lorsque mon frère s'est enfui en septembre 2000, il a
fallu qu'il quitte l'Angleterre sans papiers et en cachette. Il s'est réfugié
dans notre maison d'enfance, à Bruxelles. Le lendemain de son arrivée, deux
«amis» anglais la surveillaient !» S'ils n'ont fait aucune violence, ils
sont restés longtemps ...
Le témoignage de Philippe peut prendre l'allure
d'un roman, reconnaît-il lui même. Par exemple quand il raconte la fuite en
plein Bruxelles, pour échapper à ces «amis» et ainsi permettre à
Marc de rejoindre une discrète bâtisse, à la frontière française. Pas de chance
:
c'était en septembre 2000, lors de la grève des camionneurs. Tout Bruxelles
était bloqué. Alors, profiter d'un relâchement de la surveillance, faire la
course, dans les rues, le tram, le métro ... «avec peut-être un brin de
paranoïa», admet Philippe.
S'il y en a eu, elle a été alimentée par
des épisodes bien réels. Comme lors du dépôt d'une enveloppe chez Philippe, à
l'adresse pourtant alors très discrète. C'est la pharmacienne du coin qui
avait été questionnée, sans se rendre compte. Ou comme lorsque Marc, revenu de
sa «planque» campagnarde vers Bruxelles, trois semaines plus tard,
avait été retrouvé aussitôt «par les «amis», alors qu'il se rendait à la
banque». Et hop, reparti au centre anglais des scientologues, le
Marc !
Les économies
Une autre «évasion»,
comme dit Philippe, avait avorté aux Etats-Unis, où Marc était en
«stage» de «redressement». «Je suis dans la rue. Je n'ai
pas de papiers et pas d'argent. Qu'est-ce que je fais ?», avait demandé Marc
par téléphone à son frère, en mai 2001 à Los Angeles. En peu de temps, le
consulat belge avait trouvé une solution. Les scientologues, aussi. Ils
attendaient Marc au consulat et l'avaient encore repris ... «Cela se
fait sans violence physique», précise Philippe. «Des mots, rien que ça. Ils ne
lui ont même pas touché l'épaule».
Mais le portefeuille, oui : les
petites économies que Marc avait pu réaliser se sont bizarrement volatilisées
peu avant qu'il quitte définitivement la secte. A la différence, il est
vrai, des versements pour la pension, scrupuleusement versés en France et au
Royaume-Uni, pour le travail de Marc (jusqu'à 18 heures par jour en tant
qu'opérateur d'«auditions» - comprendre confessions - pour un bénéfice
réel très menu puisqu'il faut participer à des «séminaires»
payants ...).
Philippe aimerait remercier «tous ces inconnus qui nous
ont aidés», ces policiers spécialisés qui ont «si bien» protégé sa
famille trop souvent stressée, à certaines occasions, le CIAOSN (Centre d'information et d'avis sur les
organisations sectaires nuisibles) pour ses informations. Il estime que
son frère est vraiment un «ex», qu'il ne «rechutera pas».
Mais il prend, en disant cela, un air songeur. «On ne quitte pas
près de 30 ans de sa vie comme ça», dit-il savoir. Des années
d'endoctrinement («On lui avait même fait croire qu'une loi punit les
anciens scientologues, en France !») et de déstructuration de la famille
(«Je n'ai pas dû voir ma belle-soeur 10 fois» en autant de
temps) ...
Marc, 55 ans, ingénieur civil, n'avait plus le temps de rien,
quand il était scientologue. Surtout pour ses proches. Le voilà revenu à la vie
civile. Sans sa femme. Sans ses enfants. Il a trouvé du travail, comme
informaticien. Mais après une «parenthèse» ouverte en
1977 ...
(*) Prénom d'emprunt
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