Un employé de la scientologie de Paris se suicide ,
il était contraint de dormir dans sa voiture
 
COMMENT L'EN AI-JE SORTI ?
 
Depuis novembre 1989 j'ai aidé mon meilleur ami à sortir de la Scientologie. Après un séjour de six mois dans cette secte, il était destructuré, destabilisé, ayant perdu toute créativité.
 
SEPTEMBRE 1989
 
Suite à un arrêt prolongé dû à un accident de travail, Jean-Louis, étant abonné à la Bibliothèque Municipale de Pontarlier, a loué le livre "La Dianétique - La Puissance de la Pensée sur le Corps" (L.R. Hubbard).
 
A la suite de cette lecture, Jean-Louis a contacté l'Eglise de Scientologie de Mulhouse dans le but de recevoir plus d'informations sur le sujet traité dans le livre. C'est à ce moment qu'il devient adepte de la Scientologie et qu'il lui a été vivement conseillé, au vu des premières analyses effectuées dans ce Centre (pour un montant de 3'050.- F), de se rendre à l'Eglise de Scientologie de Paris, 65 rue de Dunkerque.
 
OCTOBE 1989
 
Sans nouvelles de Jean-Louis depuis 15 jours je me suis inquiété de son silence inhabituel.
 
FIN OCTOBRE 1989
 
Réapparition de Jean- Louis aux Fourgs, lequel déclare qu'il allait faire une séance de purification de 3 semaines (facture N° 340 du 18.10.89, 25 Heures programme purification pour un montant de 39'200.00 F, inclus remise de 30%, et facture N° 718 du 24.10.89, 12 Heures 30 d'audition pour un montant de 16'720.00 F, inclus remise 20% lAS + 5% AP), qu'il allait être employé dans la Scientologie et qu'après 6 mois de cours serait auditeur avec une rémunération au SMIC pour débuter, et à 6'000.00 F après une année.
 
MI-NOVEMBRE 1989
 
Me trouvant en Suisse, je tombe par hasard sur la revue "Coopération", revue distribuée gratuitement. Ayant lu le témoignage d'une famille genevoise, je me suis aperçu du danger que courait mon ami, cette revue déclarant la Scientologie comme sectaire. Suite à cet article, j'ai fait des recherches à la Médiathèque de Besançon.
 
Muni de ces renseignements j'ai commandé dans une Librairie les livres "Voyage au centre de la Secte" "Les Nouvelles. Sectes" etc ... afin d'essayer de comprendre la démarche suivie par mon ami.
 
Dorénavant il logerait dans sa voiture
 
FIN NOVEMBRE/DEBUT DECEMBRE 1989
 
Retour de Jean Louis, lequel m'informe avoir remis une somme d' environ 60'000.00 F à la Scientologie, qu'il quitte son appartement définitivement afin d'aller vivre à Paris, et que dorénavant il logerait dans sa voiture.
 
A cette occasion je suis effaré de constater le nombre de gélules de "vitamines" qu'il prend par jour (18 à midi, 12 le soir). Pendant son séjour il a reçu un certificat de purification à son domicile.
 
Ayant reçu de la scientologie une autorisation d'absence d'une durée d'une semaine pour déménagement et étant absent depuis 8 jours, il reçoit, le lundi 27 Novembre 89, un ordre de rappel urgent de l'Eglise de Scientologie de Paris, lui demandant les raisons de son non-retour.
 
Avec leur accord, Jean-Louis prolonge son séjour jusqu'au vendredi suivant.
 
C'est alors que je me propose de le raccompagner à Paris et que Jean-Louis m'invite à passer un test de personnalité gratuit, que je refuse. Après mon passage devant le 65 Rue de Dunkerque, l'aspect extérieur du bâtiment et sa vitrine ont renforcé mon inquiétude.
 
DEBUT DECEMBRE 1989
 
Muni de publicités sur la Dianétique remisent par Jean-Louis, je me décide à commander le livre "Self Analyse". En retour de courrier je reçois une lettre de Jean-Louis qui déclare : "Je pense que tu vas mieux maintenant, sinon travailles dur le bouquin que tu vas recevoir, il offre des possibilités à la mesure de la volonté qui y est employée, c'est-à-dire illimitée".
 
FIN DECEMBRE 1989
 
A l'occasion des fêtes de Noël, je lui expédie un colis contenant des sucreries et un agenda. A la suite de cet envoi j'ai reçu une lettre de Jean-Louis me remerciant, mais désapprouvant mon geste. Au soir du réveillon du 31 Décembre 1989 j'ai téléphoné à l'Eglise de Scientologie de Paris afin de parler à Jean-Louis. On m'a informé qu'il était absent et qu'il se reposait dans l'Eglise.
 
Entre-temps j'ai reçu une lettre de Jean-Louis dans laquelle il me disait : "j 'espère avoir l'occcasion de te revoir, mais il n'y a rien de moins sûr car je viens de donner mon accord à une éventuelle mutation au Danemark à Copenhague, cela se ferait à une vitesse éclair si tel était le cas (à 3 jours), peut-être que ce sera fait quand tu recevras cette lettre. Le contrat, s'il m'est présenté, m'engagera seulement pour 1 million d'années".
 
DEBUT JANVIER 1990
 
Affolé par cette lettre, je me rends à Paris dans l'espoir de rencontrer Jean-Louis. arrivant à l'Eglise de Scientologie, 65 Rue de Dunkerque, aux environs de 18 h 30, la réceptionniste m'a dit qu'il se reposait, qu'il avait encore deux heures d'audition, qu'il prenait son travail à 22 H 30 et que je pourrais le rencontrer à ce moment-là.
 
Lors de mon deuxième passage, je rencontrais Jean-Louis, lequel a été questionné, tout d'abord par téléphone, ensuite de façon privée, sur ma présence. Jean-louis a déclaré que j'étais un ami et qu'il n'y avait rien à craindre. Suite à cela il m'a dit qu'il n'avait pas le droit de parler aux personnes étrangères à "L'Org." pendant les heures de travail. ("L'Org" = organisation de scientologie, ndlr)
 
Le lundi suivant Jean-Louis m'a informé qu'il ne pouvait plus dormir dans les locaux de l'Eglise de Scientologie et qu'il allait redormir dans sa voiture.
 
FIN JANVIER 1990
 
J'ai décidé de contacter l'ADFIS à LAUSANNE afin d'avoir plus de renseignements concernant l'Eglise de Scientologie. C'est là que j'ai adhéré à cette Association afin de pouvoir venir en aide à mon ami au moment opportun.
 
DEBUT FEVRIER 1990
 
J'ai reçu une lettre de Jean-Louis me demandant de mes nouvelles. ensuite je n'ai plus rien reçu.
 
16 heures de travail par jour, très peu de sommeil
 
FIN FEVRIER/DEBUT MARS 1990
 
Etant inquiet de la disparition de Jean-Louis, j'en informe la famille le dimanche 25 Février 1990. Le lundi suivant, j'ai été informé de la présence de Jean-Louis dans la région de PONTARLIER, et me suis empressé d'aller le rencontrer.
 
C'est alors qu'il m'a informé de son séjour au Centre Européen de Copenhague, qu'il y était resté trois jours et qu'il avait mal supporté celui-ci car le régime y était très sévère (16 heures de travail par jour, très peu de sommeil, malnutrition). Jean-Louis m'a déclaré s'être rendu à Copenhague car il n'avait plus d'argent et qu'ainsi il pouvait poursuivre ses cours en étant nourri et logé, moyennant ce travail pour la Scientologie (travaux manuels).
 
Le 2 Mars 1990, une fois de plus je le raccompagne à PARIS. Lors de ce retour il m'a déclaré qu'il ne voulait plus travailler pour la scientologie et qu'il devait signer un formulaire attestant qu'il ne faisait plus partie de la Scientologie.
 
COURRIER DU 14 MARS 1990
 
Jean-Louis m'a informé avoir repris du service à "L'Org". Cette décision m'a surpris mais je devais plus tard avoir confirmation qu'il avait eu, à cette époque, une rentrée d'argent.
 
AVRIL 1990
 
Dernier courrier de Jean-Louis me donnant rendez-vous à PARIS.
 
Le Vendredi 13 au soir nous nous rencontrons et il m'a déclaré qu'il ne débourserait plus d'argent pour la Scientologie, s'étant rendu compte qu'il se passait quelque chose d'anormal. Etant hébergé chez Madame Odile LECUYER à MORANGIS (adepte de la Scientologie), il avait débuté des cours de chauffeur de taxis.
 
15 MAI 1990
 
Jean-louis reçoit une feuille d'acheminement "route off" lui spécifiant son rejet de l'Eglise de Sientologie.
 
JUIN/JUILLET / AOUT 1990
 
Ayant été rassuré par sa sortie de cet Organisme, je me suis moins inquiété. Entre-temps j'ai reçu deux lettres m'informant que tout se passait bien et qu'il travaillait comme taxi de nuit.
 
31 AOUT 1990
 
Je me suis rendu à PARIS afin de rencontrer Jean-Louis, lequel m'attendait à la gare. A cet instant il m'informe ne plus travailler. Etant donné que la Scientologie lui avait déclaré que s'il ne pouvait travailler pour eux, il serait incapable de faire un travail extérieur à leur organisme. Je le trouvais complètement démoralisé.
 
Jean-Louis disposait d'une somme pouvant subvenir à ses besoins pour une durée d'environ 3 mois et il montrait des tendances suicidaires.
 
SEPTEMBRE 1990
 
Le 8, nouvelle rencontre avec Jean-Louis qui m'informe qu'il se rendrait dans la région de PONTARLIER vers mi-septembre.
 
Le 23.09 Jean-Louis est venu me rendre visite. Il avait une semaine de retard sur la date prévue, suite à une panne de voiture. Lors de la conversation il m'informe ne disposer que d'une somme lui permettant de vivre 15 jours.
 
Suite à ses déclarations je contactais l'ADFIS, lesquels me conseillent de me mettre en rapport avec l'ADFI PARIS. Rendez-vous est donc pris le Samedi 29 Septembre. Ce jour-là Jean-Louis est venu me chercher à la gare et m'a accompagné jusque devant les locaux de l'ADFI.
 
On rembourse les personne insatisfaites, mais ...
OCTOBRE 1990
 
Le 7 Octobre retour de Jean-Louis aux Fourgs, lequel répond à mon invitation d'hébergement. Après son retour, et suite aux déclarations de François BONNET dans l'émission de radio "Découvertes" sur EUROPE N°l en Juillet 1990, qu'ils remboursaient la somme totale aux personnes insatisfaites, je contacte Madame Odile LECUYER afin de lui demander le processus à suivre pour que Jean-Louis se fasse remboursé des sommes versées à l'Eglise de Scientologie.
 
Cette dame m'a conseillé de faire un courrier "non recommandé".
 
NOVEMBRE 1990
 
Sans réponse à ce courrier, et après plusieurs conversations téléphoniques avec Odile LECUYER, Madame REVEILLERE et Joasem AMI, je réexpédie une lettre "recommandée avec Accusé de Réception" (qui a été acceptée) dans laquelle je les informe, au vu de l'état dépressif et suicidaire de Jean-Louis que seule leur responsabilité serait en cause au cas où il arriverait un quelconque problème à Jean-Louis.
 
3 DECEMBRE 1990
 
Le matin je téléphonais à Odile LECUYER, laquelle me mis en contact avec Madame REVEILLERE. Lors de cette conversation elle m'a informé que le remboursement ne pouvait s'effectuer que dans les 3 mois suivant le départ du Membre. Ayant peur de la réaction de Jean-Louis je ne lui ai pas dit.
 
A 20h30 Jean-Louis décide de partir. Lorsque je lui demande pour où, il me répond : "AU CIEL".
 
N'ayant réussi à le retenir, j'apprenais le lendemain qu'on l'avait trouvé décédé dans sa voiture.
 
 
Christian G
 le 21 décembre 1990