- LA
MANIPULATION
- Un
piège inconnu : la
surprotection
-
- Texte
de Roland Huckel
- [Texte
intégral - 7 titres ajoutés par le
Gravis]
-
- Pensons
un moment au plaisir intense que nous éprouvons
quand nous parcourons une forêt à cheval,
quand nous promenons chaque jour notre chien, quand
nous caressons notre chat ... Nous dominons et nous
sommes obéis : ça marche ! Cela marche
avec les animaux domestiques et cela nous console
de ne pas arriver à nous faire obéir
aussi facilement par notre épouse, par nos
enfants ou par nos employés !
-
- Eh
bien, nous nous comportons ainsi exactement en «surprotecteurs»
: nous protégeons nos amis, les bêtes,
de telle façon qu'elles n'ont pas d'autre
solution que de nous obéir. Nous sommes sûrs
de les rendre «heureuses» bien sûr,
mais affirmer cela est facile faœ à des êtres
qui ne parlent pas, ne communiquent pas, qui ne peuvent
pas se défendre contre nos abus fréquents
(je frémis à l'idée que des
milliers de chevaux ont travaillé au fond
des mines sans jamais voir la lumière du
jour !).
-
- Cette
attitude de protection, absolue et fière,
nous l'avons hélas aussi très souvent
envers nos enfants, nos employés, etc. C'est
le comble de la manipulation !
-
- C'est
la conséquence des mécanismes de promotion
du «faire» en «être»
: le titre honorifique qui entretient le prestige
d'une personnalité risque d'en faire une
idole. D'ailleurs notre chien nous prend pour une
idole (même si ce mot ne s'applique pas vraiment
ici). La fonction (aimer et rendre heureux un animal)
nous donne un sentiment de supériorité
qui nous flatte et nous fait comparer la pauvre
nature des bêtes à la nôtre,
une nature de «maître».
-
- L'animal
n'a pas d'âme pense le maître convaincu
de la grandeur de la sienne ! Voilà ce qui
caractérise la surprotection : se croire
supérieur en «être» et
donc se donner comme mission d'aider des êtres
inférieurs. Ainsi notre «faire»,
dominer des inférieurs, nous donne-t-il chaque
jour la preuve de l'altitude de notre «êtres».
!
-
- A
force d'admirer une personne bruyamment, nous flattons
son orgueil, nous lui faisons croire que, étant
parfaite, elle peut se permettre d'influenœr son
entourage, encourageant tel timide ou décourageant
tel prétentieux ! Nous risquons de fabriquer
ainsi un futur chef qui peut nous éliminer
un jour si c'est son bon plaisir. Nous le poussons
à nous croire inférieurs à
lui; nous finissons par croire nous-mêmes
à notre infériorité. Et le
voilà qui vole à notre aide et qui
nous protège. Pour notre bien dit-il.
-
- Si
nous acceptons sa tutelle sans réagir, nous
le poussons à nous prendre en charge entièrement,
à nous dicter comment nous lever le matin,.
comment nous laver, comment manger et quoi manger,
quoi ne pas manger, comment travailler, comment jouer,
comment nous reproduire, comment prier,
comment parler, etc. Et nous voilà à
ses ordres, à chanter ses louanges en chœur,
à lui donner des titres de plus en plus ronflants
...
-
- Voilà
comment nous fabriquons nous-mêmes une idole
qui va se muer en tyran, un surprotecteur qui ne
tarde pas à nous exploiter, matériellement
et spirituelJement ...
-
- Admirer
et applaudir le cliché d'une personne
de la hiérarchie est le début du suicide
de nos personnalités.
-
- Quand
nous aurons compris ce mécanisme pervers,
nous aurons moins de surprotecteurs en train de nous
canaliser vers leurs intérêts,
à nous faire croire en leur mission sacrée,
à nous utiliser comme des escabeaux jetables
de leur ascension sociale !
-
- Nous
avons tous besoin d'un modèle de comportement,
comme celui de général de Gaulle qui
nous a montré la voie de la résistance
aux nazis.
-
- Nous
avons sans le vouIoir besoin d'um protecteur
puissant, surtout en temps de crise : ce rôle
le Maréchal Pétain ne l'a pas
assumé au niveau politique en permettant à
Hitler, avec de trop frileuses protestations,
d'annexer l'Alsace et la Moselle et de nous
incorporer de force dans la Wehrmacht par racket
sur nos parents.
-
- Mais
nous n'avons jamais besoin d'un surprotecteur,
de type Hitler et Staline ... Nous n'en avons
pas dans la République et la démocratie
...
-
- Nous
n'en avons pas besoin mais nous avons subi
le règne des surprotecteurs pendant la guerre
jusqu'à être sacrifiés
à leurs intérêts.
-
- Exemple
:
la mafia promet de surveiller les commerces et
vient encaisser la redevance chaque mois. Gare aux
commerçants qui refusent de lui payer leur
taxe chaque mois : si nécessaire elle l'élimine
et fait sauter son commerce ! Les comités
révolutionnaires, qui se préparent
à renverser le régime de leur paysd,
se conduisent comme des mafias : ils sont capables
d'éliminer
pour l''exemple les ressortissants du pays à
libérer, qui ne paient pas leurs contribution.
-
- Une
fois à ce stade des rapports de forœ avec
les autorités surprotectrices - ce qui s'est
passé dès 1940 pour nous, alsaciens
et mosellans - nous sommes dans un dilemme : ou risquer
la prison, le camp de rééducation
politique de Schirmeck ou du Struthof ... ou nous
soumettre au nouvel ordre et nous laisser «protéger»
par les nazis au pouvoir !
-
- Nous
avons trouvé un moyen terme, les «Malgré
Nous» : simuler la soumission
aux autorités nazies en attendant de pouvoir
nous libérer en nous rendant du côté
des alliés, en continuant la lutte contre
le nazisme dans les armées russes, anglaises
ou américaines ...
-
- On
trouve des tyrans dans tous les domaines : on connaît
je patron intolérant et cassant, mais aussi
le mari dictateur, le parent intraitable avec les
enfants, le professeur super dirigiste, le
caïd, autoritaire et sans pitié, tueur s
'il le faut ...
-
- Tout
d'abord apprenons à reconnaître un
surprotecteur à temps, avant qu'il ne nous
tienne dans les pièges de ses pinces. Quels
sont tes mécanismes discrets qui annoncent
la tentation d'un surprotecteur de nous instrumentaliser
?
-
- En
observant pendant dix ans - de 1981 à 1997
- le fonctionnement des sectes, en tant que secrétaire
de l'Association de Défense des Victimes de
Sectes en Alsaœ, j'ai vu fonctionner sur le vif le
mécanisme de surpro- tection qu'active tout
gourou auprès de ses disciples, au risque de
les mener à leur auto-destruction violente
...
-
- Le
surprotecteur se reconnaît d'abord au fait
qu'il nous fait rêver en une vie, meilleure
grâce à lui ... C'est toujours un utopiste
qui nous conduit tout droit dans le mur parce qu'il
nous pousse à réaliser un objectif
trop haut sans en organiser d'abord les conditions
matérielles.
-
- En
attaquant la Russie malgré les réticences
de plusieurs de ses généraux, Hitler,
pour qui «Dieu est avec nous»
ou «Gott mit uns» selon nos ceinturons,
a suivi ses rêves de grandeur et la foi dans
son destin, quitte à précipiter des millions
de civils et de soldats dans la catastrophe ...
J'ai failli y laisser ma vie : trente mille malgré-nous
ont disparu dans œtte folle aventure !
-
- Les
faux messies, il y en a eu cent cinquante dans le
passé (selon Christophe Bourseiller) des faux
Christs, de Simon le Mage par Mani à Julien qui
s'était déclaré roi et messie, puis
aux faux prophètes en grand nombre ... Mais
une dizaine de ces gourous divins sont bien vivants
actuellement !
-
- Le
plus récent s'appelle André Biry, né
à Mulhouse en 1967. Son geste de surprotection
? Son discours aux disciples : « Vous avez
des soucis parce que vous avez trop d'économie.
Je vous rends heureux si vous M'apportez votre
argent». Il a encaissé quelques millions
de francs. Le jour où ses fidèles,
qui avaient vendu leurs maisons ont redemandé
leur placement, il a été incapable
de le leur rendre. D'où un procès
au cours duquel le gourou a pris la fuite ... Malgré
les recherches d'Interpol, il reste introuvable
en 2004. J'ai acheté son livre à la
Fnac en 1991 : «La psychanalyse objectialiste
ou la Vie de Dieu». Il y explique - page 322
pourquoi
il est parfait, pourquoi il est Dieu tout simplement
!
-
- -
Le surprotecteur se reconnnaît ensuite au fait
qu'il veut faire danser le monde entier selon sa
musique ... Les groupes qui proposent le salut de
l'humanité par une formule très simple
(obéir au gourou sans réfléchir)
et des promesses de guérisons miraculeuses,ont
un succès international et essaiment très
vite en Afrique, en Asie, en Australie, etc. Leurs
cadres n'ont aucun scrupule de conscience : surprotecteurs,
ils se croient capables de tromper les adversaires
par des mensonges et des manœuvres inavouables !
Pour les groupes à succès international.,
c'est même «un devoir de mentir aux
ennemis de Dieu et aux amis de Satan !».
-
- -
Le
surprotecteur, sans se mettre en danger lui-même,
nous demande d'être des héros dans
les batailles. L'héroisme obligatoire était
une évidence dans les années de l'Antiquité
et, encore aujourd'hui, dans les armées des
états totalitaires, particulièrement
dans l'Armée Rouge. Les prisonniers russes
en 1945 qui revenaient dans leur pays étaient
pour la plupart envoyés dans le Goulag, considérés
comme criminels pour n'avoir pas résisté
jusqu'à la mort plutôt que de
se rendre ou de se laisser capturer ...
-
- Le
problème de l'héroïsme obligatoire
était au cœur de notre drame de Malgré-Nous.
Lors du procès de Bordeaux dans les années
cinquante, c'est ce concept qui revint
plusieurs fois dans les
plaidoyers en faveur des douze jeunes alsaciens,
incorporés dans la Wehrmacht impliqués
dans l'affaire douloureuse d'Oradour sur Glane.
Dans le compte-rendu très explicite qu'en
dresse Jean-Laurent Vonau, le mot «héroisme
»
figure 11 fois. Page 61, on rappelle que l'avocat
alsacien, Mr Moser, avait déclaré
:
« Douze cadavres auraient-ils sauvé
sept
cent personne ?
... Les douze cadavres se seraient ajoutés
aux autres.
-
- On ne peut pas obliger tout le monde
à être un héros».
Page 64, le Président
du tribunal conclut : «L'héroïsme n'est
ni une obligaltion légale, ni une obligalion
morale ...». Page ]47, enfin on apprend
que le bâtonnier alsacien Schreckenberg a
rappelé ceci « ... Vous leur demandez beaucoup
à à nos incorporés de force,
victimes d'un crime de guerre, victimes parce que
nous avons perdu la guerre. Vous leur demandez un
héroïsme, d'affronter le cas échéant
encore la peine capitale, d'affronter d'être
fusillés ... »
-
- Mon
ami de collège, Marcel Schmitt, enrôlé
dans la Wehrmacht, envoyé en Russie,
a eu des doigts de pied gelés et n'en
est pas tout à fait guéri. Installé
en Suisse, il vient d'écrire, en 2004,
le récit de son parcours dramatique sous
le titre : «Journal d'un antihéros»
(Editions Get d'encre, Le Locle 2004).
Pour lui la plupart des soldats en guerre meurent,
tombés au champ d'«horreur» ... ll résiste
à la tentation d'utiliser le cliché
habituel de champ d'«honneur»
... Comme le propose Jacques Derrida, mon ami
a déconstruit le concept de «héros»,
et d'«honneur», les remettant en cause.
-
- L'historien
Eugène Riedweg, dans la conclusion
de son livre : «Les Malgré Nous. Histoire
de l'incorporation de force des Alsaciens-Mosellans
dans l'armée allemande», (Editions
du Rhin 1995) écrit p.294 «Alors que
l'héroïsme n'a pas été,
et de loin, la qualité dominante de
la très grande majorité des Français
entre 1940 et 1945, ceux-ci s'érigent
en juges, l'exigent par
la suite de la part des Alsaciens et des Mosellans.»
-
- -
Le surprotecteur nous rend fiers de notre appartenance
:
nous voici en train de chanter ses louanges sur
tous les toits, à raconter ses exploits et
ses succès. Il nous rend donc incapables de
déceler ou d'avouer l'un ou l'autre de
ses échecs. Les partis politiques se situent
dans cette catégorie de groupes surprotégés
par leur idole. Observez-les : même s'ils
ont perdu une élection, ils trouvent
toujours à se réjouir d'une statistique
triomphante ! C'est grotesque mais vrai : après
les élections importantes, tous les deux
partis surprotégés ouvrent les bouteïlles
de champagne !
-
- -
Le
surprotecteur nous pousse à toujours attaquer
nos persécuteurs, sans nous protéger
contre leurs coups: en somme il nous pousse à
devenir terroristes : nous sommes conditionnés
à préférer figurer glorieusement
comme martyrs. C'est le drame actuel des minorités
qui se croient menacées au Moyen Orient ou
en Orient, qui préparent une armée
de jeunes kamikazes, devenus fanatiques par
les promesses officielles d'entrer au paradis
après leur explosion ! Le Japon, dirigé
à cette époque par un Dieu vivant,
a été l'un des premiers pays de l'axe
à fonner des, pilotes suicidaires et à
les projeter sur la flotte américaine à
Pearl Harbor 1941.
-
- Il
existe un «crime contre l'humanité»
qui n'a pas encore été explicité juridiquement
:
celui qui consiste à influencer une personne
pour qu'elle organise son propre suicide en indiquant
la cause pour laquelle elle se sacrifie ! Même
crime, celui des groupes révolutionnaires
du Libéria, qui enrôlent de force des
enfants de 8 à 15 ans, qui les arment de
kalachnikovs et les poussent à
voler, à rançonner les passants,
à violer, à tuer ... Voilà des
«malgé nous» au sort
plus dramatiques encore que le nôtre en Alsace
et en Moselle.
-
- -
Les surprotecteurs font beaucoup plus de persécution
interne par des purges régulières
des cadres suspects, que de persécution des
adversaires extérieurs. Staline a sans doute
gagné la palme dans ce domaine ...
-
- -
Le surprotecteur est efficace même et souvent
des siècles après sa mort par les traditions
instituées. Les fidèles persévèrent
par piété et se fixent obstinément
aux principes de leur idole tuant tous les traîtres
qui veulent s'en écarter. Notre Europe s'est déchirée plus d'une fois au nom
d'un fondateur mythique dans d'interminables guerres
de religion : presque toute l'Afrique est encore
à ce stade des guerres de chefs tribaux et
de totems. La surprotection, voilà l'exact
contraire de la démocratie ...
-
- -
Les surprotecteurs ne supportent aucune concurrenœ.
Il ne peut pas y avoir deux soleils dans le firmament! Entre eux, c'est la guerre des idoles
et celle-ci a commencé avec Caïn et Abel
...
elle se poursuit sans doute jusqu'à la fin
des temps ! Il y a une vingtaine d'années
plusieurs gourous se sont regroupés dans
une seule association : ils voulaient lutter plus
efficacement contre les Associations d'information-sectes
... Mais cette alliance n'a pas duré
!
-
- -
Les
surprotecteurs n'hésitent pas à faire
leur auto éloge publiquement, sans aucun
sens du ridicule ! En Europe, l'usage public des
gratulations que se lancent les dirigeants à
euxmêmes est rare. Les allemands ont
un adage sévère pour ceux qui s'y
livrent : «Eigenlob stinkt». Cela veut
dire que l'auto éloge pue. Les lieutenants
se chargent alors de chanter les louanges du Grand
Chef et c'est très efficace. Exception notable:
Hitler n'a pas hésité à rendre
obligatoire le salut «Heil Hitler»
ce qui faisait comprendre que le sauvetage
de tous («Heil») ne peut venir
que de l'homme appelé Hitler !
-
- Le ton étant
donné, tous les fidèles ambitieux
haut placés ont compris leur intérêt
: flatter
le leader suprême en racontant ses exploits
(avoir relancé l'économie du pays
et avoir vaincu les Polonais, puis les Français... ) et décrivant ses qualités militaires,
son génie de stratège ... ! Un concours
s'est établi : plus on approchait de la catastrophe
finale, plus les thuriféraires ont encensé
le grand patron ! Les fêtes étaient
l'occasion de mettre en valeur le Commandant
Suprême en le faisant acclamer par des milliers
d'allemands !
-
- La foi dans le génie du
Führer était si grande, même dans
les épreuves finales de la défaite,
en 44 et 45, que j'entendais les soldats allemands
parler de la «Geheimwaffe» l'arme
secrète, la fusée finale en preparation,
et qui peut encore retourner la situation en faveur
de l'Allemagne. On sait aujourd'hui que cet espoir
n'était pas fou et que les recherches des
équipes de Von Braun n'étaient
pas loin d'aboutir lors de l'effondrement final.
-
- Dans
les régions orientales au contraire les
gourous se comptent par milliers. Les fidèles
attendent de leurs maîtres qu'il énumère
ses qualités extraordinaires quasi divines
!
Voici ce que
cela donne pour les fondateurs de petits partis
et de sectes.
-
- *
L'un coréen n'hésite pas à s'attribuer
tous les mérites divins «Moi»,
le Maître, je n'ai pas seulement découvert toute
la vérité mais j'acccomplis aussi toute la vérité
... Si vous sentez vraiment
que c'est vraiment une joie de mourir pour Père
- pas seulement en parole mais en réalité
c'est formidable».
-
- *
Un autre, indien. se présente comme le Big
Brother universel : «En ces mondes, les
dieux apparaissent et disparaissent avec
une rapidité prodigieuse, insaisissable. Mais, j'ai mis en
place
des dizaines de millions de dieux subordonnés
et d'esprits messagers qui me permettent de connaître
dans l'instant même chacune de vos prières
et chacun de vos comportements» ...
-
- *
Vers 1972, un pasteur américain a compris
les charges sacrificielles qu'il
imposait à ses adeptes femmes. Il les exhortait
à faire «l'amour pour Jésus»
avec des hommes riches dans les grands hôtels
...
et cela sans contra- ception. «Si vous
avez déjà la réputation d'être libre sexuellement, vous pouvez aussi
vous attendre à être violée
de temps en temps ou à traverser une situation
où vous serez éventuellement forcée
contre votre volonté. C'est pourquoi
ma suggestion serait que vous ne résistiez
pas ou ne criiez pas sérieusement, mais
vous vous soumettiez gentiment». Résultat
:
une allemande a conçu dans ces conditions
dix enfants de pères différents rencontrés
en Asie, en Europe ...
-
- *
La mise en esclavage, voilà la tentation,
orgueilleuse et surprotectrice, des puissants
de ce monde : les égyptiens, les grecs
et les romains doivent la gloire de leurs réalisations
merveilleuses, aux armées d'esclaves que leur rapportaient leurs guerres
... Les seigneurs
des déserts africains se livraient
à des razzias dans les pays voisins et en
ramenaient des esclaves noirs.
-
- J'ai
un témoignage direct de cette pratique, qui
n'est pas terminée de nos jours, avec le
tableau suspendu au-dessus de mon bureau :
je l'ai peint à l'huile en 1968 dans le souk
d'Inezgane près d'Agadir; il représente
un noir qui mendiait, auquel j'ai promis dix dirhams
s'il me permettait de peindre son portrait. Pendant trois
heures j'ai eu le loisir de l'interroger (avec l'aide
de Larbi l'un de mes élèves)
et d'apprendre qu'il avait été capturé
du côté du Mali comme enfant et qu'en
dernier lieu, il avait été acheté
par un commerçant d'Immouzer des Ida
Outanane (à cent kilomètres d'Agadir
dans le Haut-Atlas). Trop vieux pour être
encore utile, il a été renvoyé
par son patron en 1967 et depuis, il est réduit
à mendier pour vivre ...
-
- *
Ces violences barbares ne sont pas spécifiques
à l'Afrique, elles étaient
considérées comme «normales»
et ont duré des siècles avant que
les européens ne se livrent à des
convois maritimes pour fournir les planteurs américains
en main d'œuvre bon marché ...
-
- *
La colonisation a été le comble de
la pulsion surprotectriœ des fiers états
occidentaux, portugais, espagnoles, anglais,
allemands et français ...
-
- Bref
:
si vous comprenez les mécanismes de la surprotectioo
manipulatoire, vous arrivez à résister
aux sirènes de la publicité commerciale,
du prosélytisme sectaire et de la démagogie
politique ... Vous aurez un sourire de compas- sion
pour les adeptes sectaires sur le trottoir qui vous
proposent un examen psychologique gratuit ... mais
vous ne vous laisserez pas tenter par ces leurres
de recruteurs !
-
- Tous
les gourous sont atteints de la maladie psychique
du «sauveur» de surprotecteur
du monde entier ! Ce que ne sait pas le public :
cette maladie est terriblement contagieuse.
-
- Roland
Huckel, 28 décembre 2004
- Professeur de philosophie
à Strasbourg
-
- Autres
textes de Roland Huckel
-
- Droits
de reproduction réservés pour tout
usage
commercial
|