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Les psychiatres sont des personnes dangereuses
pour la scientologie
 
Suicide d'une employée de scientologie à Genève
 

 
QU'EST DEVENUE MA FILLE ?
 
Coopération No 42, 19 octobre 1989, Henri-Charles Dahlem
[texte intégral]
 
Le témoignage bouleversant d'un père dont la fille s'est engagée pour le prochain milliard d'années chez les scientologues.
 
Tout a commencé au printemps 1981 à Genève lorsqu'Elise s'est retrouvée sans travail et sans réelles perspectives. Les scientologues lui sont alors apparus comme des sauveurs. Son rêve s'est cependant très vite transformé en une spirale infernale qui l'a engloutie. Ses parents (et les autorités) sont sans nouvelles d'elle depuis le 25 juillet 1989.
 
En face de moi, un homme qui n'a pas été épargné par la vie, mais qui n'a jamais baissé les bras. Mieux même, il a toujours lutté pour plus de justice sociale, pour que tous aient une chance dans la vie. Mais ce militant s'est trouvé désarmé face à un adversaire non identifié qui a pris sa fille. Mais derrière le désespoir des parents d'Elise, on sent le cri de révolte: "Si seulement nous avions pu prévoir : Si seulement nous avions su ce qu'était vraiment cette secte et ses méthodes !"
 
C'est vrai qu'à ce moment-là, en 1981, l'église de scientologie avait un visage assez flou. Quand Elise a annoncé avec fierté qu'elle avait trouvé du travail au sein de cette organisation, ses parents n'ont pas tenté de la dissuader : "Nous étions dans l'ignorance et, comme elle a toujours été un peu mystique, nous avons même pensé qu'elle pourrait trouver là son équilibre". Car Elise est gaie, optimiste, insouciante et instable. A 25 ans, elle a derrière elle des études moyennes, tout de même sanctionnées par un diplôme de nurse. Elle a essayé la danse puis la musique sans grand succès, si ce n'est de s'être fait des amis. C'est pour pouvoir continuer à les voir qu'elle refuse de s'engager dans une famille qui lui confierait ses enfants.
 
La nouvelle vie commence
 
La scientologie lui propose donc un travail à mi-temps qui ­ c'est aussi l'avis de ses parents qu'elle continue de voir régulièrement - sera préférable au chômage. Tout semble d'ailleurs aller pour le mieux, du moins dans les premiers temps. Elise s'épanouit, suit des cours (qu'elle paie d'ailleurs fort cher) et travaille beaucoup. Mais sa nouvelle vie commence tout de même à heurter son militant syndical de père, qui s'indigne du salaire de misère qui lui est octroyé et du crédit de 15'000 francs (9'375 euros) qu'elle a souscrit, soi­disant pour payer une 2 CV. Mais les mises en garde ne serviront à rien, bien au contraire. Après avoir bien travaillé à Genève, c'est-à-dire avoir convaincu de nombreuses personnes à s'intéresser aux oeuvres de Ron Hubbard et à la scientologie, elle pourra aller se perfectionner au siège européen à Copenhague, puis au siège général à Flag (Floride), aux Etats-Unis, au printemps 1987, le tout à ses frais, bien entendu ...
 
A son retour, Elise peut être fière de sa réussite. On lui propose un poste de missionnaire pour aller ouvrir des centres dans les pays francophones. Une belle promotion pour une ex-chômeuse sans perspectives!
 
Remerciée et abandonnée
 
"Papa, je suis embêtée parce que je ne peux pas retourner à Flag si je ne paie pas les 7'000 francs d'impôts (4'375 euros) qu'on me réclame. Est-ce que tu ne pourrais pas me les avancer ?" Elise est convaincante. Son père lui promet de régler cette ardoise en indiquant toutefois que la somme sera déduite de l'héritage qu'elle fera peut-être après son décès. Elise accepte, puis s'envole en 1988 pour les Etats-Unis. L'administration fiscale ne réclamera pas les impôts dûs. En revanche, Elise adresse une curieuse lettre des Etats-Unis à ses parents, six semaines après son départ. Dans un style incohérent, il apparaît qu'elle réclame 10'000 francs (6'250 euros). La teneur de cette lettre est un signal d'alarme. Par retour du courrier, ses parents lui signifient leur refus de payer cette somme et s'inquiètent de la santé mentale de leur enfant.
 
Devenue indésirable
 
Ils n'auront plus de nouvelles jusqu'au 3 juillet 1988, date à laquelle Elise croise sa mère au marché de Genève. Elle lui raconte qu'elle n'a pas obtenu la place de stage promise et qu'elle est revenue se mettre au service de la mission genevoise. Mais très vite il est apparu que sauf pour quelques tâches annexes, des "coups de main" comme lors du déménagement des bureaux de l'église genevoise, elle était devenue indésirable. Est-ce parce qu'un conflit intérieur la tenaillait ? Plusieurs indices le laissent croire, notamment la rencontre avec un membre d'une autre secte lors du voyage retour des Etats-Unis.
 
Une vie brisée
 
Commence alors un véritable calvaire. En septembre 1988, elle s'ouvre les veines. Une tentative de suicide qui la conduira à l'hôpital psychiatrique de Bel-Air. Elle refusera d'y voir les "personnes dangereuses" que sont les psychiatres (comme cela est inscrit dans les directives de l'église de scientologie au même titre que les journalistes) et sera traitée par des médecins conseillés par la secte. Après quelque temps, elle parviendra à s'enfuir. Puis sera rattrapée près de Paris. Après plusieurs fugues, notamment une "pour passer Noël en famille" et trois autres tentatives de suicide, elle retrouvera ses parents pour peu de temps. Car le 25 juillet 1989, en laissant toutes ses affaires personnelles, une prière, un cierge et une valise pleine de documents de l'église de scientologie, elle disparaît. Un avis de recherches est paru dans plusieurs quotidiens, sans résultats jusqu'à ce jour.
 
Lire également le témoignage du père d'Elise
 

PEU DE MESURES EN SUISSE CONTRE LES SECTES

Analyse de l'UNADFI - Paris
Mai 2000

Le premier critère cité en début : "Y a t il eu une grande tragédie dans le pays ?" caractérise bien la réaction de la Suisse. C’est le drame du Temple Solaire qui a fait prendre conscience du phénomène aux autorités helvétiques. Il n’était plus question de croyance ou de religion mais tout simplement d’actes criminels.

A la suite de ce drame, le Département de Justice, de Police et des Transports du canton de Genève a demandé à un groupe d’experts genevois un rapport sur les dérives sectaires.

Ce rapport intitulé "Audit sur les dérives sectaires" a été publié en février 1997 sous la conduite de Me Bellanger.

Cet audit établit un très large inventaire de tout l’arsenal juridique, administratif, socio-éducatif et fiscal qui pourrait être employé pour combattre les agissements pernicieux des sectes. Il demande :

  1. De renforcer les effectifs de la Sûreté dans ce domaine.
  2. De mettre en place une structure de collaboration avec les services de police français
  3. De mieux informer le public par des cours d’histoire des religions.
  4. De mettre en place un organisme d’information.
  5. D’apporter une aide aux associations de défense.

Les annexes de ce rapport sont très fournies en recommandations concernant la protection de l’enfant, l’adoption de mesures administratives et fiscales, et pour la répression pénale.

Malgré cela, la Suisse cafouille. La séparation en cantons n’aide pas. Les cantons ont une large autonomie et il faut beaucoup de temps pour que des décisions ou des lois cantonales arrivent au niveau fédéral. Le rapport de 1997 aurait dû déclencher une vraie prise en main par les autorités fédérales.

A la suite de ce rapport, on assiste à quelques initiatives pour le moins douteuses :

  • Un rapport préparé à l’attention de la commission consultative en matière de protection de l’Etat intitulé " La Scientologie en Suisse ", qui a été rendu public le 31/8/98.

La question posée était de savoir dans quelle mesure certains mouvements peuvent non seulement susciter des problèmes sociaux mais également porter atteinte à la sûreté de l’Etat, de ses citoyens et citoyennes. En fait ce groupe de travail était plus spécialement chargé de mettre en lumière les problèmes que pourrait poser la Scientologie en raison de certaines pratiques et accusations portées à son encontre. La réponse fut :

  1. Il y a lieu de renoncer à une surveillance de la Scientologie par une police préventive tout en attendant des informations en provenance d’autres pays européens.
  2. Etant donné qu’il n’est pas toujours aisé d’obtenir des renseignements objectifs et corrects, qu’il y aurait lieu de créer un observatoire relié à une institution universitaire.
  3. Une analyse globale de la situation devrait intégrer les dimensions religieuses et leur impact sur la société.

C’était bien maigre et … bien orienté !

  • En août 1998, création du Centre de liaison et d’information des minorités spirituelles par un pasteur, un prêtre et une protestante (CLIMS) qui réunit des représentants des mouvements les plus connus : Raéliens, Scientologues, Moonistes, Rosicruciens, Anthroposophes, etc …

Le conseiller d’Etat Ramseyer, à la suite du rapport Bellanger, avait demandé à l’assemblée fédérale une modification du code civil obligeant toute association à s’inscrire au registre du commerce. Cette mesure de lutte contre les sectes n’a pas convaincu le Grand Conseil.

Par ailleurs, il avait demandé une étude sur l’interdiction des pratiques religieuses à des fins commerciales.

En juillet 99, sous la pression de Gérard Ramseyer, la Commission des affaires internes du Conseil national a produit un rapport demandant l’intervention de l’Etat sur les sectes destructrices. Dans ses conclusions, la Commission demande l’harmonisation entre les cantons et les services administratifs; elle insiste sur la nécessité d’une collaboration internationale.

Elle conclut à la nécessité de créer un Observatoire fédéral des mouvements endoctrinants. Cet observatoire devrait être neutre, objectif, fournir des informations et donner des consultations aussi bien aux individus qu’aux autorités officielles, il devrait prendre soin des anciens adeptes et organiser leur soutien.

Le Conseil national sera amené en automne 2000 à répondre aux recommandations de la Commission selon lesquelles le Conseil fédéral :

  1. Elabore une politique en ce qui concerne les sectes destructrices.
  2. Coordonne son implantation.
  3. Créée un service spécial de consultation et d’information.
  4. Encourage une collaboration interdisciplinaire sur les mouvements endoctrinants et coordonne les programmes de recherche et de consultation.
  5. Vérifie que les lois soient bien appliquées et respectées en particulier les lois protégeant les enfants et la santé. Par ailleurs, notons que le Conseil d’Etat, en 1998, avait déposé un projet de loi sur l’exercice des professions de la santé. Il s’agissait de créer un cadre pour les naturopathes au niveau de l’exercice illégal de la médecine.