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L'Eglise de scientologie de Lyon - condamnation

Les faits reprochés à Jean-Jacques Mazier, président de la scientologie, lors du procès de Lyon
(Extrait du verdict du procès du procès de Lyon, le 22 novembre 1996)

Après avoir fréquenté pendant deux mois l'Eglise de Scientologie, rue des Capucins, Mazier ouvre une mission, place Regaud à LYON 2ème, et devient, en 1988, Président du Centre de Dianétique et de la mission de Scientologie de Lyon.

Il reconnaît s'être désigné lui-même en à ce poste sans avoir la qualité de "clair". Ce prévenu y exerce une action prépondérante. Il participe à la campagne publicitaire destinée à recruter de nouveaux membres, il interprète les tests, relève les défauts dans la personnalité de l'individu, le persuade alors de la nécessité de suivre des cours, voire de se faire auditer sans l'informer du caractère exact de la Scientologie, le tout moyennant le versement de sommes d'argent. Les témoignages sont nombreux pour décrire cette manipu- lation exercée par Mazier.


C'est ainsi que M. Bernard Couard relate être venu passer un test de personnalité, gratuit, le 27/2/1990, à la suite d'une annoncé parue dans la presse. M. Mazier a lui-même fait passer ce test qui a révélé chez la personne des points négatifs : irresponsabilité, nervosité, anxiété, instabilité. Face à de telles "ruines", M. Couard, en dépression, n'a pu résister à l'offre de M. Mazier de souscrire 5 heures d'audition, lui faisant miroiter un mieux être. La victime a alors remis un chèque de 400 F à M. Mazier, sans même savoir qu'il franchissait le premier pas dans l'Eglise de Scientologie.

Le plaignant résume ainsi son expérience :

"J'estime avoir été victime d'une escroquerie car on m'avait proposé un test d'orientation qui, pour moi, était de nature professionnelle et, en fait, on a chercha à me faire adhérer à l'Eglise de Scientologie en me soutirant de l'argent".

M. Couard a alors tenté d'obtenir un remboursement de ses dépenses, sans succès.

Le prévenu n'a pas hésité à démontrer à ce récalcitrant qu'il ne pourrait sortir seul de ses problèmes.


M. François Marty, lui aussi, répondait à une annonce parue dans un journal gratuit "le 69", concernant une offre d'emploi d'auditeur pour le centre de dianétique de Lyon, sans savoir ce qu'était ce centre.

Après avoir répondu au test de personnalité, M. Marty a pris des cours puis a suivi une cure de purification et, au début du mois de juin 1988, sur les conseils de M. Mazier, s'est perfectionné en faisant "les ponts ".

M. Mazier l'a conduit au Crédit Lyonnais, sa banque, où un prêt de 20.000 F a été consenti et viré sur le compte personnel de M. Mazier.

Constatant qu'il s'agissait "d'un piège à fric", M. Marty a cessé toute relation avec le centre de dianétique.

Non content d'avoir exercé ces pressions, M. Mazier a relancé par la suite M. Marty pour lui faire rédiger une attestation de prêt. Devant le refus qui lui était opposé, il n'hésita pas à tenter un chantage à l'égard de la victime, le menaçant de le dénoncer auprès de l'inspecteur des impôts.

A l'audience, M. Mazier n'a pas contesté avoir écrit cette lettre de menace qu'il a qualifiée de maladresse de sa part.


M. Jacques Chavent explique comment, après avoir été dans une période de doute suite à la perte d'un emploi, il s'est vu proposer par Mazier de suivre des cours de PTS pour le préparer à des cours d'audition.

Faisant ressortir les aspects négatifs de l'impétrant, Mazier parvenait à lui démontrer la nécessité de suivre de nouveaux cours.

C'est là un des systèmes aguerri et très fréquemment utilisé : si le client ne trouve pas le bien-être promis, c'est que le cours n'est pas approprié et qu'il faut suivre un autre cycle avec, pour conséquence, la nécessité de dépenses supplémentaires et de plus en plus coûteuses.

Ce procédé, appliqué à un homme désormais soumis à cette technique lui faisant perdre tout sens critique, est un maillon des manoeuvres destinées à escroquer la fortune d'autrui.

Jacques Chavent met en cause Mazier, dans son audition chez le magistrat instructeur, le 5 octobre 1990.

Après avoir versé une somme de 1.900 F pour 5 heures d'audition qui ne l'avaient pas satisfait, le plaignant s'est adressé au responsable, M. Mazier, qui lui a proposé un cours à 40.000 F.

Le parcours des victimes suit un processus rituel, la plupart d'entre elles ont été reçues, observées, conseillées et suivies par Mazier.

Dès l'interprétation du test, le prévenu oriente le nouveau venu vers les cours relativement bon marché (400 à 500 francs), vers l'achat de livres de L. Ron Hubbard, puis vers l'audition et le programme de purification.


Madame Christine Cléostrate se présente, en pleine déprime, au centre. M. Mazier la persuade que la co-audition avec l'électromètre est le remède à ses souffrances.

Cette victime dépense ainsi 60.000 F dont 39.000 F pour l'électromètre dont la valeur est estimée à 5.000 F, au maximum, par les experts.

Dans le même temps, Mazier la convainc de cesser tout traitement d'ordre psychiatrique.

Constatant avoir été manipulée, cette jeune femme ne put obtenir le remboursement de cet appareil. Par contre, devant son état dépressif, Mazier lui demanda de rédiger une lettre manuscrite aux fins de dégager la responsabilité du centre en cas de suicide.

La victime se souvient avoir libellé un chèque d'un montant de 16.600 F à l'ordre de Mazier.

Ainsi, le prévenu était parvenu à faire cesser le traitement psychiatrique de l'intéressée qui dut par la suite être placée en longue maladie pendant six mois et parvint à soutirer par les manoeuvres ci-dessus décrites une somme de 60.000 F que la victime ne put régler qu'en clôturant deux comptes d'épargne logement dont l'un était au nom de son fils.


Madame Aline Ruque découvre, en juillet 1988, une annonce parue dans "LYON INFO", proposant au lecteur de se présenter au Centre de Dianétique aux fins de se sentir mieux.

Reçue par Mazier, cette personne a commencé par des séances d'audition qui ne lui ont rien apporté. Le prévenu a alors proposé une "réparation de vie " (coût 22.000 F) et des séances de cours intensives (109.380 F). Ces sommes ont été versées par la plaignante.

Il faut souligner que ce recrutement s'est fait à un moment dramatique de la vie de Mme Ruque, puisqu'elle venait de vivre un drame familial ; en effet, suite à une rupture conjugale, son mari avait mis fin à ses jours et causé la mort de leur enfant âgé de 6 ans.

Force est de constater que la vente du produit est facilitée par l'état de détresse de la personne qui accepte de répondre au test de personnalité. M. Mazier se révèle particulièrement efficace pour appâter puis séduire le nouvel arrivant et le conduire à adhérer au système qui va aboutir invariablement à la remise de sommes d'argent de plus en plus élevées.

L'un des prévenus, Robert Chabert, membre du centre de dianétique durant cinq semaines, placé sous l'autorité de Mazier, s'inquiète immédiatement de la destination des fonds versés par les adhérents et préfère démissionner, d'autant plus que Mazier est obsédé par la statistique, la nécessité de recruter de nouveaux adhérents devenant une préoccupation constante.


Yves Blasquez qui était VRP, s'est aperçu de l'inefficacité de la méthode, après avoir suivi des cours qui lui ont coûté 4.500 F. Pourtant relancé à plusieurs reprises par téléphone, il est revenu au centre de dianétique, où, dès juillet 1988, il a travaillé pour le compte de Mazier qui l'a envoyé à Clearwater aux Etats-Unis.

Revenu à Lyon, sur ordre du prévenu, M. Blasquez s'est trouvé pris dans un engrenage qui l'a conduit à s'endetter à l'égard du centre de dianétique, à accepter de travailler pour une allocation minime, l'obligeant à rompre un plan d'épargne logement pour survivre. Il considère qu'il a pu être manipulé en raison de l'état dépressif qu'il présentait à l'époque.


Jacques Dalmazir se vit proposer des auditions intensives et une cure de purification. Entre le mois de mai et novembre 1989, il dépensa la somme de 100.000F au profit du centre de dianétique. Il dut contracter un prêt de 20.000 F à la BNP de Lyon Perrache. Les chèques furent libellés à l'ordre du centre de dianétique de Lyon ou à l'ordre de Mazier.


Les adeptes qui ont été poussés par Mazier à faire un emprunt pour poursuivre leur parcours sont nombreux : Yves Goalabre, Jacques Dalmazir, Christine Koc, Chrystel Devillers.

Les pressions exercées sur les adhérents par Mazier pour parfaire leurs connaissances aux États Unis s'expliquent par le fait que, selon M. Dalmazir, le prévenu touchait des allocations FSM (Field Staff Member : membre du personnel extérieur) d'un pourcentage de 10 % sur les séjours.

Les investigations policières ont permis de découvrir que J.J. Mazier était titulaire de six comptes bancaires à l'Européenne de Banque, que sur ces comptes étaient créditées des sommes d'argent importantes : en 1988 : 1.023.187,42 F et en 1989 : 617.417,42 F, que sur un autre de ces comptes, des chèques remis par des adhérents de l'église de Scientologie étaient crédités.

Les recettes du centre de dianétique, pour l'année 1990, soit la somme de 2.020.800,54 F, ont fait l'objet d'affectations bancaires qui illustrent la confusion entre les comptes de Mazier et ceux de la mission de Scientologie de Lyon.

Le prévenu ne pouvait donner d'explication rationnelle sur l'ensemble de ces mouvements de fonds ; les explications données étaient d'ailleurs démenties par les témoins : Dalmazir et Marty.

Au surplus, si M. Mazier a reconstitué une partie de sa comptabilité en remettant par l'intermédiaire de son conseil, l'avant dernier jour du procès public, des documents, cette comptabilité unilatérale, effectuée de manière non contradictoire, ne peut faire l'objet de vérifications fiables.

Alain Barou précise dans les auditions que Mazier recommandait aux adeptes de prendre telle ou telle gélule lors de la cure de purification (vitamines A, B, C et D).

Cette assertion est contredite par Mazier. Pourtant, l'information permettait d'établir que ce dernier avait été contrôlé à Satolas, à l'arrivée d'un vol provenant des Etats-Unis, en possession de 9 bocaux et de 2 sachets de vitamines A, B et D, la quantité importée ne pouvant laisser croire à un usage personnel.

Quant au relevé de compte de la Mission de Scientologie, il laisse apparaître au 13/7/1988 un achat de vitamines pour un montant de 1.228 F.

Dès lors, il est démontré que Jean-Jacques Mazier est omniprésent dans tout le parcours de l'adepte. Il réussit à persuader le postulant de la nécessité de poursuivre son chemin dans la voie de la Scientologie en parvenant à dilapider sa fortune, il fait administrer les cures de purification, il n'hésite pas à pratiquer le chantage comme moyen de pression.

Toutes ces manoeuvres n'ont qu'un but : la remise de fonds de plus en plus importants par des victimes dont la volonté a été aliénée.

Les éléments du délit d'escroquerie sont dès lors parfaitement caractérisés.

Cependant, il convient de requalifier en tentative d'escroquerie, le délit reproché à Mazier à l'encontre de Patrice Vic.

En effet, les manoeuvres de ce prévenu pour obtenir le versement d'une somme de 30.000 F pour une cure de purification, n'ont pu atteindre ce but en raison d'une circonstance indépendante de la volonté de son auteur, en l'occurrence le suicide de M. Vic. Il convient d'observer à cet égard que le but financier était le seul élément déterminant dans la réalisation de cet acte, aucun examen médical préalable, pourtant proclamé nécessaire par le prévenu lui-même, n'ayant été diligenté.

 

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