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L'Eglise
de scientologie de Lyon - condamnation |
Après avoir fréquenté pendant deux mois l'Eglise de
Scientologie, rue des Capucins, Mazier ouvre une mission, place Regaud à LYON
2ème, et devient, en 1988, Président du Centre de Dianétique et de la mission de
Scientologie de Lyon.
Il reconnaît s'être désigné lui-même en à ce poste sans avoir la
qualité de "clair". Ce prévenu y exerce une action prépondérante. Il participe à
la campagne publicitaire destinée à recruter de nouveaux membres, il interprète
les tests, relève les défauts dans la personnalité de l'individu, le persuade
alors de la nécessité de suivre des cours, voire de se faire auditer sans
l'informer du caractère exact de la Scientologie, le tout moyennant le versement
de sommes d'argent. Les témoignages sont nombreux pour décrire cette
manipu- lation exercée par Mazier.
C'est ainsi que M. Bernard Couard relate être venu passer
un test de personnalité, gratuit, le 27/2/1990, à la suite d'une annoncé parue
dans la presse. M. Mazier a lui-même fait passer ce test qui a révélé chez la
personne des points négatifs : irresponsabilité, nervosité, anxiété,
instabilité. Face à de telles "ruines", M. Couard, en dépression, n'a pu
résister à l'offre de M. Mazier de souscrire 5 heures d'audition, lui faisant
miroiter un mieux être. La victime a alors remis un chèque de 400 F à M. Mazier,
sans même savoir qu'il franchissait le premier pas dans l'Eglise de
Scientologie.
Le plaignant résume ainsi son expérience :
"J'estime avoir été victime d'une escroquerie car on m'avait
proposé un test d'orientation qui, pour moi, était de nature professionnelle et,
en fait, on a chercha à me faire adhérer à l'Eglise de Scientologie en me
soutirant de l'argent".
M. Couard a alors tenté d'obtenir un remboursement de ses
dépenses, sans succès.
Le prévenu n'a pas hésité à démontrer à ce récalcitrant qu'il ne
pourrait sortir seul de ses problèmes.
M. François Marty, lui aussi, répondait à une annonce
parue dans un journal gratuit "le 69", concernant une offre d'emploi d'auditeur
pour le centre de dianétique de Lyon, sans savoir ce qu'était ce centre.
Après avoir répondu au test de personnalité, M. Marty a pris des
cours puis a suivi une cure de purification et, au début du mois de juin 1988,
sur les conseils de M. Mazier, s'est perfectionné en faisant "les ponts ".
M. Mazier l'a conduit au Crédit Lyonnais, sa banque, où un prêt
de 20.000 F a été consenti et viré sur le compte personnel de M. Mazier.
Constatant qu'il s'agissait "d'un piège à fric", M. Marty a
cessé toute relation avec le centre de dianétique.
Non content d'avoir exercé ces pressions, M. Mazier a relancé
par la suite M. Marty pour lui faire rédiger une attestation de prêt. Devant le
refus qui lui était opposé, il n'hésita pas à tenter un chantage à l'égard de la
victime, le menaçant de le dénoncer auprès de l'inspecteur des impôts.
A l'audience, M. Mazier n'a pas contesté avoir écrit cette
lettre de menace qu'il a qualifiée de maladresse de sa part.
M. Jacques Chavent explique comment, après avoir été dans
une période de doute suite à la perte d'un emploi, il s'est vu proposer par
Mazier de suivre des cours de PTS pour le préparer à des cours d'audition.
Faisant ressortir les aspects négatifs de l'impétrant, Mazier
parvenait à lui démontrer la nécessité de suivre de nouveaux cours.
C'est là un des systèmes aguerri et très fréquemment utilisé :
si le client ne trouve pas le bien-être promis, c'est que le cours n'est pas
approprié et qu'il faut suivre un autre cycle avec, pour conséquence, la
nécessité de dépenses supplémentaires et de plus en plus coûteuses.
Ce procédé, appliqué à un homme désormais soumis à cette
technique lui faisant perdre tout sens critique, est un maillon des manoeuvres
destinées à escroquer la fortune d'autrui.
Jacques Chavent met en cause Mazier, dans son audition chez le
magistrat instructeur, le 5 octobre 1990.
Après avoir versé une somme de 1.900 F pour 5 heures d'audition
qui ne l'avaient pas satisfait, le plaignant s'est adressé au responsable, M.
Mazier, qui lui a proposé un cours à 40.000 F.
Le parcours des victimes suit un processus rituel, la plupart
d'entre elles ont été reçues, observées, conseillées et suivies par Mazier.
Dès l'interprétation du test, le prévenu oriente le nouveau venu
vers les cours relativement bon marché (400 à 500 francs), vers l'achat de
livres de L. Ron Hubbard, puis vers l'audition et le programme de purification.
Madame Christine Cléostrate se présente, en pleine
déprime, au centre. M. Mazier la persuade que la co-audition avec l'électromètre
est le remède à ses souffrances.
Cette victime dépense ainsi 60.000 F dont 39.000 F pour
l'électromètre dont la valeur est estimée à 5.000 F, au maximum, par les
experts.
Dans le même temps, Mazier la convainc de cesser tout traitement
d'ordre psychiatrique.
Constatant avoir été manipulée, cette jeune femme ne put obtenir
le remboursement de cet appareil. Par contre, devant son état dépressif, Mazier
lui demanda de rédiger une lettre manuscrite aux fins de dégager la
responsabilité du centre en cas de suicide.
La victime se souvient avoir libellé un chèque d'un montant de
16.600 F à l'ordre de Mazier.
Ainsi, le prévenu était parvenu à faire cesser le traitement
psychiatrique de l'intéressée qui dut par la suite être placée en longue maladie
pendant six mois et parvint à soutirer par les manoeuvres ci-dessus décrites une
somme de 60.000 F que la victime ne put régler qu'en clôturant deux comptes
d'épargne logement dont l'un était au nom de son fils.
Madame Aline Ruque découvre, en juillet 1988, une annonce
parue dans "LYON INFO", proposant au lecteur de se présenter au Centre de
Dianétique aux fins de se sentir mieux.
Reçue par Mazier, cette personne a commencé par des séances
d'audition qui ne lui ont rien apporté. Le prévenu a alors proposé une
"réparation de vie " (coût 22.000 F) et des séances de cours intensives (109.380
F). Ces sommes ont été versées par la plaignante.
Il faut souligner que ce recrutement s'est fait à un moment
dramatique de la vie de Mme Ruque, puisqu'elle venait de vivre un drame familial
; en effet, suite à une rupture conjugale, son mari avait mis fin à ses jours et
causé la mort de leur enfant âgé de 6 ans.
Force est de constater que la vente du produit est facilitée par
l'état de détresse de la personne qui accepte de répondre au test de
personnalité. M. Mazier se révèle particulièrement efficace pour appâter puis
séduire le nouvel arrivant et le conduire à adhérer au système qui va aboutir
invariablement à la remise de sommes d'argent de plus en plus élevées.
L'un des prévenus, Robert Chabert, membre du centre de
dianétique durant cinq semaines, placé sous l'autorité de Mazier, s'inquiète
immédiatement de la destination des fonds versés par les adhérents et préfère
démissionner, d'autant plus que Mazier est obsédé par la statistique, la
nécessité de recruter de nouveaux adhérents devenant une préoccupation
constante.
Yves Blasquez qui était VRP, s'est aperçu de
l'inefficacité de la méthode, après avoir suivi des cours qui lui ont coûté
4.500 F. Pourtant relancé à plusieurs reprises par téléphone, il est revenu au
centre de dianétique, où, dès juillet 1988, il a travaillé pour le compte de
Mazier qui l'a envoyé à Clearwater aux Etats-Unis.
Revenu à Lyon, sur ordre du prévenu, M. Blasquez s'est trouvé
pris dans un engrenage qui l'a conduit à s'endetter à l'égard du centre de
dianétique, à accepter de travailler pour une allocation minime, l'obligeant à
rompre un plan d'épargne logement pour survivre. Il considère qu'il a pu être
manipulé en raison de l'état dépressif qu'il présentait à l'époque.
Jacques Dalmazir se vit proposer des auditions intensives
et une cure de purification. Entre le mois de mai et novembre 1989, il dépensa
la somme de 100.000F au profit du centre de dianétique. Il dut contracter un
prêt de 20.000 F à la BNP de Lyon Perrache. Les chèques furent libellés à
l'ordre du centre de dianétique de Lyon ou à l'ordre de Mazier.
Les adeptes qui ont été poussés par Mazier à faire un emprunt
pour poursuivre leur parcours sont nombreux : Yves Goalabre, Jacques Dalmazir,
Christine Koc, Chrystel Devillers.
Les pressions exercées sur les adhérents par Mazier pour
parfaire leurs connaissances aux États Unis s'expliquent par le fait que, selon
M. Dalmazir, le prévenu touchait des allocations FSM (Field Staff Member :
membre du personnel extérieur) d'un pourcentage de 10 % sur les séjours.
Les investigations policières ont permis de découvrir que J.J.
Mazier était titulaire de six comptes bancaires à l'Européenne de Banque, que
sur ces comptes étaient créditées des sommes d'argent importantes : en 1988 :
1.023.187,42 F et en 1989 : 617.417,42 F, que sur un autre de ces comptes, des
chèques remis par des adhérents de l'église de Scientologie étaient crédités.
Les recettes du centre de dianétique, pour l'année 1990, soit la
somme de 2.020.800,54 F, ont fait l'objet d'affectations bancaires qui
illustrent la confusion entre les comptes de Mazier et ceux de la mission de
Scientologie de Lyon.
Le prévenu ne pouvait donner d'explication rationnelle sur
l'ensemble de ces mouvements de fonds ; les explications données étaient
d'ailleurs démenties par les témoins : Dalmazir et Marty.
Au surplus, si M. Mazier a reconstitué une partie de sa
comptabilité en remettant par l'intermédiaire de son conseil, l'avant dernier
jour du procès public, des documents, cette comptabilité unilatérale, effectuée
de manière non contradictoire, ne peut faire l'objet de vérifications fiables.
Alain Barou précise dans les auditions que Mazier recommandait
aux adeptes de prendre telle ou telle gélule lors de la cure de purification
(vitamines A, B, C et D).
Cette assertion est contredite par Mazier. Pourtant,
l'information permettait d'établir que ce dernier avait été contrôlé à Satolas,
à l'arrivée d'un vol provenant des Etats-Unis, en possession de 9 bocaux et de 2
sachets de vitamines A, B et D, la quantité importée ne pouvant laisser croire à
un usage personnel.
Quant au relevé de compte de la Mission de Scientologie, il
laisse apparaître au 13/7/1988 un achat de vitamines pour un montant de 1.228 F.
Dès lors, il est démontré que Jean-Jacques Mazier est
omniprésent dans tout le parcours de l'adepte. Il réussit à persuader le
postulant de la nécessité de poursuivre son chemin dans la voie de la
Scientologie en parvenant à dilapider sa fortune, il fait administrer les cures
de purification, il n'hésite pas à pratiquer le chantage comme moyen de
pression.
Toutes ces manoeuvres n'ont qu'un but : la remise de fonds de
plus en plus importants par des victimes dont la volonté a été aliénée.
Les éléments du délit d'escroquerie sont dès lors parfaitement
caractérisés.
Cependant, il convient de requalifier en tentative
d'escroquerie, le délit reproché à Mazier à l'encontre de Patrice Vic.
En effet, les manoeuvres de ce prévenu pour obtenir le versement
d'une somme de 30.000 F pour une cure de purification, n'ont pu atteindre ce but
en raison d'une circonstance indépendante de la volonté de son auteur, en
l'occurrence le suicide de M. Vic. Il convient d'observer à cet égard que le but
financier était le seul élément déterminant dans la réalisation de cet acte,
aucun examen médical préalable, pourtant proclamé nécessaire par le prévenu
lui-même, n'ayant été diligenté. |