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CANTON DU JURA Un député jurassien qui utilise un détecteur de radar !
Un député et avocat jurassien qui défend scientologie !
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Interview de Me Alain Schweingruber Un entretien réalisé par Jacques Houriet pour le Quotidien Jurassien
«Les idées émises au bistrot ne vont pas loin» Obtenir un rendez-vous avec le nouveau président du Parlement jurassien, l'avocat Alain Schweingruber, c'est la galère. Sa secrétaire, contrite, ne trouve pas une heure libre dans son agenda alors que je lui en réclame cinq. L'homme, qui ne recule devant aucune audace, propose un dimanche. Non mais ! Le jour du Seigneur ! C'est bien une idée de radical. On trouvera néanmoins la solution: l'entretien se déroulera en deux étapes. La première se tient dans son étude, à l'avenue de la Gare à Delémont. Beaux bureaux, commodes et feutrés: -«J'ai fait de l'ordre pour l'occasion.» Ça se voit à peine. Les filles d'abord Il a arrêté de fumer depuis quelques semaines, mais ne paraît pas irrité pour si peu. Au contraire il est cordial, souriant, en un mot sympathique. Simplement il se frotte tout le temps les mains, comme si elles s'ennuyaient un peu. Il m'offre un café, sans sucre ni crème. On fera simple. -«Eh bien je suis né à Delémont, à la rue de l'Avenir, à l'époque elle
s'arrêtait à la rivière, le laitier Maurer faisait faire demi-tour à son
cheval, la place n'était qu'un terrain de jeux.» Il avoue une scolarité plus ludique que studieuse: -«Un prof avait dit à ma mère que je ne ferais pas d'études parce que je ne
pensais qu'aux filles ...» Apparemment ce n'est pas incompatible: -«A 12 ans je voulais devenir écrivain. Mon père trouvait ça très bien, mais
pas très nourricier. A 15 ans, je voulais devenir avocat. Puis, à 17 ans, je
pensais devenir psychiatre, je m'intéressais beaucoup à la psychologie. Je suis
très heureux d'avoir abandonné cette idée.» Dès qu'il fallut réellement faire un choix, ce fut le droit: -«Je pensais plutôt à la diplomatie qu'au barreau. Puis je me suis vraiment piqué au jeu.» L'art du camouflage Ado actif et sportif, il touche au judo, au tennis, au ski, joue du
banjo, de la guitare, participe à la Grande Chance de la Radio romande, à la
Médaille d'or de la chanson ... Au rythme vif et distrait dont il évoque cette
époque on comprend qu'il n'en tire pas une gloire démesurée. A 13 ans il
travaille deux semaines dans une entreprise de construction pour s'offrir un
vélomoteur, «un Vap bleu» qu'il n'osera enfourcher que l'année suivante. Puis
c'est à la Brasserie Warteck qu'il ira gagner quelques sous: -«C'est dans ces deux jobs qu'on m'a expliqué comment se planquer: il faut être
discret, se réfugier au fond d'un dépôt avec quelques documents, se faire
oublier ... Je tombais des nues. Plus tard j'ai compris: c'est à l'armée qu'on
apprend à tirer au flanc.» Lui, à l'armée, fut chauffeur d'artillerie, puis appointé de bureau. Un planqué
en chef. Un rendez-vous l'appelle. On reprendra cette conversation le lendemain, dans sa douillette maison avec jardin dormant sur piscine vide. Décor d'hiver. Un gadget très pratique Une maison bourgeoise, mais souriante, ouverte sur le soleil, meublée
classiquement de cuir et de bois. Me Schweingruber est en tenue décontractée,
c'est-à-dire qu'il a tombé le veston de son costume gris mafia, mais a conservé
sa cravate doublement striée qui souligne la blancheur quasi publicitaire d'une
chemise au col impeccable. Un chat au port altier traverse majestueusement la pièce, Alain sourit: -«On détestait les chats, puis notre fils a ramené celui-ci. En un jour il
avait séduit tout le monde. On ne pourrait plus s'en passer.» Le nom de cet aristochat ? -«Il s'appelle ... euh ... c'est pas vrai ça
... Il s'appelle ... Mais bon sang
comment s'appelle c'te bête ? Je ne dois pas être très en forme.» Il hausse le ton en direction d'une pièce voisine où vaque Mariluz, son épouse: -«Loulou, comment s'appelle le chat
? Ah oui, Kikou ...» Son natel couine. Il l'extrait de sa poche de chemise, le questionne avec des
gestes hésitants, s'excuse au passage («C'est un neuf, j'ai pas encore
l'habitude»), puis déchiffre enfin: - «Y'a un radar à Rossemaison (n.d.l.r.: plus tard on apprendra qu'il y en a un
au quai Petitpierre à Neuchâtel, puis à la route de Porrentruy à Delémont).
C'est pratique ce truc.» C'est vrai qu'il roule en voiture de sport, le président. La vitesse à ne
jamais dépasser ? -«139 kilomètres sur autoroute. Au-delà c'est le retrait de permis
...» Il s'interrompt, soudain conscient de ses responsabilités de premier citoyen du
canton, et ajoute très vite: -«Je vous dis la loi, mais évidemment moi je respecte les limitations de
vitesse.» Bien sûr. Des clients sur un plateau Alain aborde l'Université de Lausanne avec plus de sérieux, et donc plus
de facilité, que le gymnase. Licencié en droit, il fait son stage d'avocat chez
Paul Moritz, avec lequel il s'associera. Et Me Moritz est nommé juge fédéral
trois mois plus tard (avril 1981): - «C'est ainsi que je me suis retrouvé dans une étude avec une clientèle
complète qui, par chance, m'a fait confiance. Mais ça veut dire un boulot fou,
des samedis, même des dimanches au turbin. Je me souviens en particulier d'un
soir de Mardi gras où, de mon étude, j'entendais les bruits de la fête qui
m'appelaient. Là c'était dur.» On dit d'Alain Schweingruber qu'il est un avocat d'affaires: -«C'est faux, absolument faux. Je suis comme tous les avocats du canton:
généraliste. C'est d'ailleurs tout l'intérêt du métier, on passe d'un
assassinat à un conflit de voisinage.» Avec plus de conflits que d'assassins quand même. «Jeune j'étais plutôt libertaire, rebelle, même chez les scouts ...» Qu'est venue faire
la politique dans la vie déjà copieuse de ce jeune avocat? -«Jeune j'étais plutôt libertaire, rebelle, même chez les scouts...» Un scout rebelle... Il y a bien des poissons volants. -«Jamais à gauche, ça non. En 1972, quand l'effet de mai 68 s'est mis à toucher
la Suisse, je me suis retrouvé au milieu de ces manifestations ... Ça avait
commencé à cause du prix des places de cinéma. Et il faudrait retourner des
voitures pour ça? Je n'aime pas les mouvements de foule. Sauf la Fête du
peuple, évidemment.» Il a 27 ou 28 ans, gagne 400 francs en qualité d'avocat-stagiaire et il
améliore son ordinaire en assurant le secrétariat de la commission de règlement
du Parlement dans laquelle siègent des pointures politiques régionales:
Béguelin, Wernli, Hoffmeyer, Etique, Brahier, Burkhard. C'est sans doute dans
ces séances que la mouche le pique, il accepte le secrétariat du Parti radical
réformiste (dissidence autonomiste du Parti libéral-radical), accède au Conseil
de ville de Delémont. Arrivé après les déchirements et les divorces qu'a vécus
le PLR pendant les années chaudes de la Question jurassienne, il sera un des
rassembleurs des forces radicales: -«Ils s'étaient arraché les yeux, moi j'arrivais après la bataille, je n'ai jamais fait la guerre à personne, alors, avec Jean-Louis Wernli et Gérard Piquerez, je crois pouvoir dire qu'on a recollé les pots cassés.» Un grand moment En 1991, il fait campagne pour le Conseil national aux côtés de Pierre
Etique, qui est élu. Mais le politique ajoulot meurt brutalement deux ans plus
tard, Alain Schweingruber arrive sous la Coupole fédérale. Son regard
s'éclaire: -«Ça j'ai adoré. J'ai pu m'exprimer, faire bouger quelque chose, même si tout
avance lentement. J'ai constitué le lobby équestre, ça avait plu. J'ai déposé
une motion pour l'harmonisation des procédures pénales cantonales. C'est en
route ...» Pas de couac ? Il me regarde par en dessous avec un demi-sourire: -«Une fois j'ai signé un peu négligemment une intervention de la droite qui
limitait les droits de la presse. Je m'étais fait astiquer par un certain
Apollodore, ça je m'en souviens.» Le bon vieux temps! Aux élections fédérales de 1995, Alain Schweingruber est partant, avec Michel
Probst comme colistier. Les radicaux s'entendent si mal entre Porrentruy et
Delémont que le PLR perdra son siège pour le plus grand bonheur du socialiste
Jean-Claude Rennwald. C'est dur de ne pas être réélu? -«Ouais... ouais. Mais pas pendant très longtemps, il ne faut pas rester
inactif.» Alain Schweingruber entre au Conseil de bourgeoisie, puis accède
confortablement au Parlement jurassien: -«J'ai pris la présidence du groupe....» Il dit «j'ai pris» et non plus «on m'a demandé». L'homme acquiert de
l'assurance, s'impose un peu: -«Ah oui, tiens, c'est possible
...» En 2002 il vise le Gouvernement jurassien: -C'est la campagne qui m'a le moins motivé, je n'avais pas vraiment envie de
quitter mon métier, je ne suis pas certain d'être un homme d'exécutif. J'avais
accepté un peu sous la pression, on sentait Anita Rion (ministre radicale de
l'époque) en danger.» Mission manquée, donc, puisque le PLR perdit aussi son siège au gouvernement. Ce n'est pas la fin du monde. Le rêve absolu Homme au geste vif, presque un peu nerveux, au regard en perpétuel
mouvement, comme aux aguets, il reste paisible devant le grand honneur qui lui
est fait de présider le Parlement: - «Grand honneur ? Ce n'est pas l'apogée de ma vie, il faut garder le sens de la
mesure et de l'éphémère. J'aime le Parlement jurassien, je le respecte, mais
c'est un parlement de 70 000 habitants, ce n'est pas le monde. Je fais de la
politique parce que je crois avoir des idées à défendre, et le bistrot n'est
pas un endroit très efficace. Mais je pourrais très bien vivre sans.» Mais pas ce soir. D'ailleurs il est attendu. Il me touche le bras et m'entraîne
vers un voilier en bois qui vogue sur une commode: - «Ma passion depuis plusieurs années. J'ai tous les permis de navigation.
Chaque année je loue un voilier de 12 ou 13 mètres, et on fait les Caraïbes,
les Canaries, l'Espagne bien sûr. Oh pas longtemps, jamais plus d'une semaine.
Au début c'était en famille ... Maintenant c'est avec des copains. C'est bien
aussi ...» On l'imagine. Madame ne veut donc plus le suivre? Elle est là, Mariluz, qui
sourit: - «Ce n'est pas d'y aller qui me contrarie, mais de revenir après quelques
jours à peine. C'est frustrant et pas reposant du tout.» Alain enfile le manteau que lui présente Madame. Sa réunion de groupe commence
dans dix minutes, Kikou file par la porte qui s'entrebâille: -«Mon rêve absolu, que je me garde pour le dessert, c'est la Polynésie. J'en
frissonne. J'irai, ah ça, j'irai. Mais il faut au moins un mois de vacances.» Ce ne sera pas encore pour cette année.
Un député et avocat jurassien qui défend scientologie !
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