[1]Il s’agit de la
révision annuelle tenue conformément aux dispositions de l’article 672.81(1) du Code
criminel.
[2]L’accusé a été
déclaré non responsable criminellement pour cause de troubles mentaux le 18
juillet 2006. Les accusations portées contre lui étaient celles de harcèlement
criminel (2 chefs) et d’introduction par effraction dans une maison d’habitation
dans un dessein criminel, délits commis entre le 1er septembre 2005
et le 22 avril 2006 et entre le 15 octobre 2005 et le 22 avril 2006.
[3]L’accusé se
plaignait de bruits provenant des murs de tous les voisins et principalement du
mur d’une des victimes qui habitait en-dessous de chez lui. Il a pénétré par
effraction dans le logement de cette dernière. Il avait acheté une boule en
pierre ou en céramique pour déranger ses voisins. Il a menacé la concierge,
l’autre victime, de commettre un meurtre étant donné tous ces bruits. Il a
harcelé continuellement les deux victimes en se plaignant et en les
menaçant.
[4]À la dernière
audience du 30 août 2006, le Tribunal a rendu une décision à 2 volets. Le
premier ordonnant la détention de l’accusé sans modalité et le deuxième
ordonnant une détention avec des modalités.
[5]Le rapport du 19
juillet 2007 préparé par docteur André Nantel, psychiatre, se lit comme
suit:
«IDENTIFICATION
[L’accusé] est un patient âgé de 46 ans, célibataire sans
enfant qui est originaire de la région de Drummondville. Il est le deuxième
d'une famille de quatre enfants. Il demeure à Montréal depuis les années 1980 et
quelques mois avant son arrestation, [l’accusé] travaillait pour une compagnie
de distribution de circulaires.
RAISON D'ADMISSION
[L’accusé] a été admis le 11 mai 2006 à l'Institut
Philippe-Pinel de Montréal en provenance de l'Établissement de détention de
Montréal. Il faisait l'objet de demandes d'expertises pour l'aptitude et pour la
responsabilité criminelle.
SITUATION LÉGALE
[L’accusé], le 18 juillet 2006, a été reconnu non
responsable pour cause de troubles mentaux d'accusations de harcèlement,
d'introduction par effraction, de méfaits et de menaces de mort. Il a rencontré
les membres du Tribunal administratif du Québec pour la première fois le 30 août
2006 et une décision en deux volets fut alors prise, [l’accusé] étant placé en
détention stricte dans un premier temps, puis selon l'évolution clinique en
détention avec modalités.
Par ailleurs, [l’accusé] fait l'objet d'une ordonnance de
traitement contre le gré qui fut émise le 12 décembre 2006.
ANTÉCÉDENTS PERSONNELS MÉDICAUX
Le patient aurait connu plusieurs intoxications lors de
consommation de drogues et ce dès l'âge de 14, 15 ans. Il utilisait
principalement du cannabis.
ANTÉCÉDENTS PERSONNELS CHIRURGICAUX
Il aurait subi une chirurgie plastique des oreilles à l'âge
de 16 ans.
ANTÉCÉDENTS PERSONNELS PSYCHIATRIQUES
[L’accusé] a déjà mentionné qu'il aurait eu des difficultés
d'apprentissage scolaire. Par ailleurs, on remarque que dès la fin de
l'adolescence et le début de l'âge adulte, il se montrait irritable et instable
selon certains rapports psychiatriques antérieurs. Au début des années 1980, il
y aurait eu présence de composantes agressives et vin- dicatives qui
caractérisaient son mode relationnel.
Ce serait également à cette époque de sa vie qu'il commença
à s'intéresser aux doctrines de l'église de scientologie.
[L’accusé] eut son premier contact avec la psychiatrie en
1985, lorsqu'il fit l'objet d'une ordonnance d'examen psy- chiatrique à l'Hôpital
Ste-Croix de Drummondville. Plus tard, alors qu'il était au centre de prévention
de Montréal suite à son transfert en provenance de l'Établissement de détention
de Ste-Hyacinthe, il dut être évalué par le Dr Wolwertz, psychiatre, [l’accusé]
ayant présenté des comportements inadéquats (lancer des objets sur les gardes,
faire déborder les lavabos, tenir des propos agressifs). À cette époque, il
faisait l'objet d'accusations de compor- tements agressifs à l'endroit de sa soeur
soi-disant parce qu'elle avait tenu des propos désobligeants à son endroit. Il
dut être transféré à l'infirmerie et y reçut un traitement composé de Largactil
100 mg quatre fois par jour pendant plus d'un mois. Cette médication l'aurait
rendu très inconfortable.
[L’accusé] lors de sa comparution à la Cour de
Drummondville, écopa d'une sentence qu'il effectua à la Prison de Bordeaux. À sa
remise en liberté, il fréquenta l'église de scientologie où l'on prônait entre
autres «l'antipsychiatrie».
Le patient, après avoir déposé une plainte contre le Dr
Wolwertz à la Commission du citoyen concernant les soins reçus au centre de
prévention, se rendit aux abords du CPLM, qui à l'époque était au centre-ville.
Le Dr Wolwertz y avait un bureau. [L’accusé], muni d'une arme blanche, y attaqua
le médecin alors que celui-ci se trouvait dans le stationnement. Il fut arrêté
et inculpé de tentatives de meurtre, de possession d'armes et de méfaits pour
lesquels il reçut une sentence de neuf années d'emprisonnement dont il ne
compléta que les sept premières.
Il fut hospitalisé à deux occasions à l'Institut
Philippe-Pinel de Montréal au cours de la période ayant précédé son procès. La
première fois dans le cadre d'une demande d'expertise sur l'aptitude en 1986. il
fut, entre autres, question d'une problématique bipolaire. Puisqu'on observait
des oscillations entre une position agressive et vindi- cative et des symptômes de
dépressions. Il fut jugé apte à comparaître.
Le deuxième séjour eut lieu de janvier à juin 1987 alors
qu'on observa la présence d'un tableau clinique anxio- dépressif avec rumination
suicidaire, sans symptôme de psychose. Le patient tenait également des propos à
connotation sexuelle et entretenait une attitude quérulente. Le diagnostic fut
celui de trouble sévère de la personnalité avec des traits borderline et
narcissiques. Dès que la situation judiciaire fut réglée, il insista pour qu'on
le retourne en milieu carcéral, il avait refusé toute médication au cours de son
séjour.
De retour au pénitencier, il fut rencontré 18 fois en
entrevue par un psychologue et ce à partir de juillet 1992. On nota à l'époque
qu'il se montrait angoissé, ambivalent, avec des demandes confuses, qu'il
s'impliquait peu dans la démarche. Il y fut question d'énergie sexuelle dont il
se libérait par l'adoption de comportements exhibitionnistes et la
masturbation.
Libéré aux deux tiers de sa sentence en 1993, il ne
consulta un psychiatre qu'en 1997 afin d'obtenir un certificat médical pour
l'Aide sociale, certificat qui lui fut refusé. [L’accusé] avait travaillé et
éprouvait des difficultés rela- tionnelles autant avec la gente féminine que la
gente masculine. Avec les femmes, il n'aurait vécu que quelques fréquentations
occasionnelles, mais jamais de lien significatif.
En 2000, il fit l'objet d'une garde en établissement de 21
jours à l'hôpital Louis-H. Lafontaine. Celle-ci fut toutefois levée par les
membres du Tribunal administratif. Le patient maintenait toujours son refus de
recevoir des médica- ments.
Par la suite, en juillet, il se rendit de lui-même à
l'hôpital Maisonneuve-Rosemont où il demanda l'autorisation de pouvoir se
masturber devant les infirmières. Un mois plus tard, il était ramené à l'hôpital
Maisonneuve-Rosemont par des ambulanciers après s'être masturbé devant les
infirmières sur le terrain de l'hôpital Louis-H. Lafontaine. Il fut décrit comme
accéléré et en plus des idées sexuelles, il avait des préoccupations qui furent
qualifiées d'ésoté- riques.
En octobre 2001, il fut rencontré pour une évaluation
psychiatrique au CPLM en rapport avec ses comportements inadéquats. Il affirma
alors vouloir être observé à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal pour y faire
du naturisme. En fait, [l’accusé] aurait commencé à s'exhiber devant du
personnel féminin, à l'époque où il était incarcéré au péni- tencier. Et de 1995 à
1996, il a fait partie d'un club de naturistes qui lui signifia par écrit qu'il
ne devait plus s'y présenter, compte tenu de ses comportements inadéquats. C'est
ainsi que, par la suite, il se présenta dans les urgences des hôpitaux dans le
but de pouvoir se masturber devant les infirmières.
Aujourd'hui encore [l’accusé] affirme qu'étant seul dans la
vie et soumis à des pulsions sexuelles importantes, il se rendait dans les
hôpitaux afin d'y obtenir une chambre et de ne pas faire des passages à l'acte
exhibitionnistes dans les endroits publics.
Dans le rapport de l'évaluation effectué au Centre de
psychiatrie légale de Montréal, il fut noté qu'il présentait un tableau clinique
ressemblant à celui rapporté en 1986 puis en 1987 (demande d'aide ambivalente,
propos centré sur la scientologie, propos sexuels incongrus, attitudes
vindicatives). La conclusion fut qu'il présentait un problème d'exhibitionniste
sans paraphilie.
En mai 2002, une nouvelle expertise sur la responsabilité
criminelle a dû être effectuée concernant de nouvelles accusations de
comportements indécents dans un centre hospitalier et de méfaits survenus
quelques jours auparavant. À cette époque, [l’accusé] était encore soumis à une
ordonnance de probation datant du 23 janvier 2002 et qui devait durer 24
mois.
Les diagnostics rapportés lors de cette évaluation
psychiatrique furent ceux d'exhibitionnisme avec altération du fonctionnement
social, de trouble limite de la personnalité sévère avec des traits narcissiques
et d'abus de dérivés du cannabis.
Il y eut encore des visites à l'urgence de l'hôpital
Maisonneuve-Rosemont. Le patient se disant « écoeuré » et voulant être gardé en
observation parce qu'il avait encore de fortes envies de s'exhiber.
En 2004, il fut rencontré à l'Hôpital Jean-Talon pour un
problème de psychose et de troubles du comportement. Il fugua peu après son
arrivée, pour y être ramené par des policiers, puis réorienté vers l'hôpital
Maisonneuve- Rose- mont, son hôpital de secteur.
ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES
1979, il fut incarcéré deux mois pour une introduction dans
un commerce.
1981, il écopa d'une sentence d'un an pour une introduction
dans un commerce et dans une maison privée.
En 1985, il eut une sentence de quatre mois pour vol à
l'étalage.
En 1985, il fut accusé de vol à l'étalage et d'agression
contre sa soeur, celle-ci travaillait dans un commerce. À cette époque, il
mentionna avoir fait une dépression.
II fut emprisonné à Bordeaux.
En 1986, il fut accusé de tentatives de meurtre contre le
Dr Wolwertz et reçut une sentence de neuf ans de détention au pénitencier.
Tel que mentionné ci-haut en janvier 2002, il fut soumis à
une ordonnance de probation de 24 mois et fut plus tard accusé à nouveau de
comportements indécents dans un centre hospitalier et de méfaits.
PROBLÈMES LIÉS À L'HOSPITALISATION ACTUELLE
Entre octobre 2005 et avril 2006, [l’accusé] affirma avoir
été victime d'une forme de harcèlement de la part d'une voisine de son
appartement. II expliqua que la nuit, elle l'empêchait de trouver le sommeil en
cognant sur son plancher, le tout afin de l'amener à déménager. [L’accusé] se
plaignit que la situation était intolérable. Il était fatigué, déprimé parce
qu'incapable de trouver le sommeil. II était exaspéré par des bruits répétitifs
qu'il entendait sur les murs de son appartement, de même que par des ondes
radios qu'il recevait au pied de son lit. Il se mit à en chercher compulsivement
la provenance.
[L’accusé] se plaignit au concierge de ses problèmes et fit
intervenir à de nombreuses reprises des policiers afin d'aviser les voisins de
cesser leurs bruits. Il apostropha verbalement une voisine, alla frapper
violemment à sa porte, lui lança des oeufs, fit tomber ses pots de fleurs sur le
balcon et se permit de l'épier par la fenêtre du balcon.
La situation continua à se détériorer et impliqua d'autres
voisins. II en vint à la conclusion que les locataires du bloc appartement
s'étaient ligués contre lui afin de l'amener à déménager. En avril 2006,
[l’accusé] en vint à dire qu'il allait perdre les pédales si rien ne changeait
et mentionna qu'il faudrait tirer une balle dans la tête de sa voisine.
Dans les faits, selon des documents écrits dans le cadre
d'une démarche de résiliation de bail et d'éviction de locataire, on peut lire:
«que malgré une mise en demeure avisant le locataire ([l’accusé]) de cesser de
faire du vacarme continuel durant la nuit, de cesser de démontrer une
agressivité, d'injurier les gens sur la rue et d'inonder leur boite aux lettres
de mémos de toute sorte, les locataires n'ont plus la jouissance paisible des
lieux. Les policiers ont dû se présenter au domicile du locataire depuis deux
semaines à tous les jours et depuis la fin de semaine du 8 avril 2006, la
situation s'est aggravé car le locataire entend des voix et cogne à la porte de
tous les locataires, frappe dans les murs et lance une boule afin de les
apeurer. Les locataires de l'immeuble ont signé une pétition et craignent pour
leur sécurité. Le locateur demande audience le plus tôt possible car le
locataire lui a confirmé qu'il perdrait le contrôle de lui-même. La demande fut
faite le 10 avril 2006».
C'est à la suite de ces événements que le patient fut
arrêté.
ÉVOLUTION EN COURS DE TRAITEMENT
Dès son arrivée à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal, en
mai 2006, [l’accusé] se montra tonique, agressif et anxieux, très tendu. Il
avait des préoccupations de type persécutoire. Il reçut dans un premier temps du
Seroquel qui après une seule dose provoqua une réaction d'hypotension
orthostatique et qui fut aussitôt cessé. Par la suite, à partir du 5 juin 2006,
il commença à recevoir du Zyprexa à raison de 15 mg par jour. Ce qui permit de
diminuer le côté tonique de son attitude. [L’accusé] fut reconnu non responsable
pour cause de troubles mentaux par la cour des accusations qui étaient portées
contre lui et il fut transféré à l'unité C-2 et tel que mentionné ci-haut dès le
30 août 2006, il rencontra les membres du Tribunal administratif. À chaque
entrevue, [l’accusé] avait tendance à reprendre le récit des harcèlements dont
il se disait victime, de même que les revendications et les plaintes concernant
les injustices auxquelles il se disait confronté. [L’accusé] refusait toute
modification du traitement pharmacologique (Zyprexa 15 mg), refusait qu'on
optimise ce dernier compte tenu de la persistance de plusieurs symptômes. La
décision fut prise d'effectuer une demande d'ordonnance de traitement contre le
gré au cours de l'automne 2006.
Le 6 novembre, [l’accusé] apprit que son frère était décédé
subitement d'une rupture d'anévrisme. Il put se rendre au salon funéraire.
Il fut transféré à l'unité B-1 le 8 novembre.
À son arrivée sur notre unité, on pouvait remarquer
d'emblée qu'il y avait persistance d'une certaine pression du discours, d'une
certaine agitation psychomotrice, d'une tension. Il tenta de nous convaincre
qu'il avait bien été victime de harcèlement et souhaitait que j'explique à
l'ensemble des médecins que ce qu'il racontait était vrai. Il considérait comme
étant des preuves irréfutables les notes manuscrites qu'il avait lui-même
rédigées au cours de ses déboires. [L’accusé] niait souffrir d'une maladie
psychiatrique, considérait qu'il n'avait pas besoin de médi- cament, acceptait
toutefois de prendre le Zydis puisque ce traitement lui avait permis de
retrouver le sommeil, ce qui, selon lui, lui avait redonné sa pleine santé.
Le 12 décembre 2006, une ordonnance de traitement contre le
gré pour une période de trois ans fut accordée. Elle permet d'administrer au
patient une médication de nature neuroleptique ou antipsychotique par voie
orale, injection à courte durée ou à longue durée à des doses suffisantes pour
faire régresser les symptômes. Elle permet égale- ment l'utilisation de médication
stabilisatrice de l'humeur et d'antidépresseurs pouvant être ajustés selon la
sympto- matologie, l'utilisation d'une médication visant à atténuer ou combattre
les effets indésirables dut aux traitements antipsychotiques ou stabilisateurs
sous forme orale ou injectable et d'assurer une évolution positive du traitement
en effectuant les examens habituels que nécessite un suivi optimal de ceux-ci
(prises de sang, analyse d'urine, électrocardiogramme, électroencépha- logramme,
imagerie cérébrale, examen physique, etc.)
Peu après son arrivée à l'unité B-1, [l’accusé] se plaignit
du vacarme que certains patients pouvaient faire avec leur chaise dans leur
chambre. Vacarme dont nous n'avions jamais entendu parler jusque là. Il pouvait
même préciser qu'un de ceux-ci se trouvait à cinq chambres de la sienne. Il se
plaignit également de certains bruits que des patients faisaient lorsqu'ils
étaient dans la salle de séjour (reniflements, etc.). Je lui fis donc remarquer
qu'il semblait être plutôt hypersensible à certains bruits. De plus, on pouvait
noter la présence d'une certaine labilité affective. Le patient étant souvent
observé à pleurer à chaudes larmes lorsqu'il était seul dans sa chambre, alors
qu'en dehors de celle-ci, il pouvait se montrer plutôt tonique et revendicateur.
Il n'acceptait aucune remise en question de ses convictions que ce soit au
niveau de ce qu'il l'avait amené à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal ou de
ce qui se passait à l'unité B-1., se montrait insistant et à chaque jour
pratiquement reparlait de ses inconforts concernant les bruits. Il se montrait
revendicateur.