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SCIENTOLOGIE CONTRE «READER'S DIGEST»
 
Lausanne : le juge de paix a refusé tout arrangement visant à rectifier l'article du Reader's Digest sur les scientologues (16 janvier 1992)
 
L'Eglise est attaquée par les médias. Hier, elle a demandé aux juges que le Reader's Digest publie un rectificatif (28 mars 1992)
 
L'Eglise de scientologie réclame 416 millions (plus de 582 millions de francs suisses) de dommages et intérêts au TIME (29 avril 1992)
 
Les disciples de Ron Hubbard voulaient un rectificatif. Recours rejeté (10 mai 1992)
 
La scientologie fait un  recours au Tribunal fédéral au sujet d'un article du Reader's Digest paru en automne 1991 (juin 1992)
 
La scientologie est pressée d'obtenir une condamnation du Reader's Digest (juillet 1992)
 
La procédure contre le Reader's Digest continue (novembre 1992)
 
Les scientologues perdent contre le Reader's Digest au Tribunal fédéral (décembre 1992)
 

DEUX ARTICLES DU READER'S DIGEST
 
1. "Scientologie : le culte de l'argent" (octobre 1991)
      Extrait du «Time» par Richard Behar :
 
La secte n'a fait que prospérer depuis la mort de son fondateur, L. Ron Hubbard.
 
Elle étend aujourd'hui ses ramifications à travers le monde
 
Les scientologistes en Suisse
 
Ron Hubbard : son doctorat de «l'université de Séquoia» était un diplôme bidon vendu par correspondance
 
Faux et arnaques : La secte préféra créer toute une série de sociétés écrans
 
La guerre  de la secte contre la psychiatrie
 
Ruiner ses ennemis : Le but des actions en justice de la scientologie est de harceler et de décourager l'adversaire plutôt que de gagner
 
2. "Scientologie dans le monde" (septembre 1981)
      Un complément d'enquête à l'Article du Time de mai 1980
 
La scientologie un mal qui s'étend
 
Massacre dans l'espace
 
«Attaquez toujours»
 
Conseil et assistance
 

«ANATOMIE D'UN CULTE EFFRAYANT»
TIME : "The Thriving Cult of Greed and Power" (may 1991) English
Cet article a été repris sous le titre "Scientologie : le culte de l'argent" par le Reader's Digest
 
Traduction française de "the Thriving Cult of Greed Power" :
TIME : "Anatomie d'un culte effrayant" - Vies détruites, fortunes envolées, crimes fédéraux - La scientologie n'est en fait qu'une escroquerie brutale et complète et cherchant à infiltrer la société"
 
Ruined lives. Lost fortunes. Federal crimes. Scientology poses as a religion but really is a ruthless global scam - and aiming for the mainstream. by Richard Behar - Time Magazine May 6, 1991 - Cover Story
  
SCIENTOLOGIE LE CULTE DE L'ARGENT
 
Extrait du TIME par Richard Behar
Reader's Digest - Edition Suisse - 44 ème année (octobre 1991)
Des articles et des livres d'un intérêt universel
La secte n'a fait que prospérer depuis la mort de son fondateur, L. Ron Hubbard.
Elle étend aujourd'hui ses ramifications à travers le monde
 
En apparence, Noah Lottick, étudiant en russe résidant à Kingston, en Pennsylvanie, était un garçon ordinaire de vingt-quatre ans qui cherchait sa place dans le monde - jusqu'à ce qu'il découvre l'Église de Scientologie. En moins d'un an, il lui versa plus de 5'000 dollars (près de 7'600 francs). Son comportement devint étrange; il confia à ses parents que ses instructeurs en Scientologie étaient réellement capables de lire dans les esprits. Quand son père eut une grave crise cardiaque, il soutint que c'était purement psychosomatique.
 
Un jour, il fit irruption chez ses parents et exigea de savoir pourquoi ils répandaient de fausses rumeurs sur son compte ­ fantasme qui décida finalement son le père à faire appel à un psychiatre.
 
C'était trop tard. Quelques jours après, le jeune homme se jetait du neuvième étage d'un hôtel de New-York et s'écrasait sur le capot d'une voiture. Quand la police arriva, ses doigts étaient encore crispés sur des billets de banque : 171 dollars (environ 260 francs), à peu près le seul argent dont il n'avait pas encore fait don à l'Eglise de Scientologie.
 
Ses parents, anéantis par la douleur, essayèrent de reconstituer l'emploi du temps de ses derniers jours. Un dirigeant de la secte avait déjà déclaré à Mme Lottick avoir entendu dire que son fils était venu à l'Église peu avant sa disparition. Mais, après que son corps eut été identifié, les scientologistes affirmèrent n'avoir aucune trace de sa visite. Ils chicanèrent même les Lottick à propos d'une somme de 3'000 dollars (4'560 francs) que leur fils avait versée pour des prestations de services qui n'avaient jamais été exécutées, et qu'ils affirmaient avoir été «un don».
 
L'Église de Scientologie, fondée par l'auteur de romans de science­fiction L. Ron Hubbard pour «débarrasser» les gens du malheur, se donne l'image d'une religion. En réalité, il s'agit d'une entreprise internationale très lucrative d'extorsion de fonds, qui se maintient par la menace qu'elle fait peser sur ses membres et ses détracteurs, à la manière d'une mafia.
 
Ces dix dernières années, les révélations faites par les médias (I), les poursuites engagées contre la secte ont paru réduire le danger qu'elle représente. Mais à présent, elle essaie de s'intégrer à la société, et constitue une menace plus insidieuse et envahissante que jamais.
 
(1) Le Reader's Digest a publié deux articles d'Eugene Methvin sur l'Eglise de Scientologie :
«La Scientologie: anatomie d'un culte effrayant» (mai 1980) et
«La Scientologie : un mal que s'étend» (septembre 1981)
 
Tandis que les laquais de Hubbard commettent leurs ravages dans le monde entier, les gouvernements consacrent beaucoup d'argent et d'efforts à essayer de les arrêter.
 
- C'est une organisation criminelle qui sévit sans trêve, déclare Vicki Aznaran qui appartint au groupe des six dirigeants de l'Eglise de Scientologie jusqu'en 1987, année où elle tourna casaque.
 
Les scientologistes en Suisse
 
En Suisse, la plupart des 13 centres de scientologie sont établis dans les grandes villes. A Zurich, deux des trois centres portent le nom de «Conseil dianétique». Ils emploient en tout 200 personnes. Bien que l'on ne dispose pas de chiffre exact, on évalue grosso modo le nombre des adeptes suisses à 5000 d'après les données des scientologistes.
 
Le recrutement des nouveaux fidèles s'effectue selon le procédé suivant : des membres de la secte distribuent dans la rue, les lieux publics ou par voie postale des dépliants contenant une liste de 200 questions. Le lecteur est invité à y répondre avant de se voir convié, une fois ses réponses analysées, à un entretien­conseil dans l'un des centres.
 
Les disciples suisses du mouvement de Ron Hubbard ont fondé différentes associations dépendant de l'Eglise de Scientologie. Le ZIEL (abréviation allemande pour «Centre d'Etude Individuelle et d'Efficience») est destiné aux enseignants, aux élèves et aux parents ainsi qu'au personnel éducatif. Bien qu'elle n'ait obtenu aucun succès jusqu'ici dans ce domaine, cette organisation cherche actuellement à ouvrir une école privée, projet que le canton de Zurich a d'emblée refusé.
 
En Argovie, la demande suit encore son cours.
 
A Bex, dans le canton de Vaud, les scientologistes ont fondé Narconon, un centre de réinsertion pour alcooliques et toxicomanes. Pour les gens de langue allemande, une institution équivalente se trouve à Schliersee près de Munich en Allemagne. Les frais à débourser pour la thérapie proposée par Narconon s'élèvent à 4'000 francs par mois, somme qui, dans la plupart des cas, est prise en charge par les parents des toxicomanes.
 
Deux procès ont récemment eu un grand retentissement. A Bâle, un handicapé moteur cérébral s'est vu vendre du matériel de cours et des livres pour un montant de 60'000 francs (40'000 euros) par des collaboratrices de la secte. Ces dernières ont été condamnées à 11 et 12 mois de prison.
 
A Zurich, le tribunal suprême a reconnu la culpabilité de quatre scientologistes qui avaient réussi à soutirer 12'000 francs à une dame souffrant d'un handicap mental.
«Engrammes» et «Thétans»
 
Le fondateur de cette entreprise, mort en 1986, était né au Nebraska en 1911. Conteur et escroc tout à la fois, il se fit passer plus tard dans les brochures éditées par son Église pour un héros de la Seconde Guerre mondiale « couvert de décorations ». Blessé au combat, paralysé et aveu­gle, il aurait par deux fois été dé­claré mort avant d'être miraculeuse­ment guéri par la Scientologie. Son doctorat de «l'université de Séquoia» était un diplôme bidon vendu par correspondance.
 
Jusqu'en 1950, Hubbard connaissait une réussite très moyenne en écrivant de mauvais romans de science-fiction. C'est alors qu'il écri­vit l'un des textes sacrés de la Scien­tologie : La Dianétique : la science moderne de la santé mentale. Il y présentait notamment une techni­que thérapeutique grossière, qu'il appelait «audition ». Il prétendait que le malheur provenait d'aberrations mentales (ou engrammes) causées par des traumatismes antérieurs.
 
Il mit au point un détecteur de mensonge simplifié (appelé E­mètre) destiné à mesurer les variations électriques sur la peau des sujets pendant qu'ils évoquaient tous les détails. Il affirmait que des entretiens avec un conseiller, sous le contrôle de l'E-mètre, permettaient de faire disparaître les engrammes, de guérir la cécité et même d'amé­liorer l'intelligence et l'allure d'une personne.
 
Il ne cessait d'inviter ses adeptes à gravir de nouveaux échelons, tou­jours plus coûteux, dans l'Église de Scientologie. Pendant les années 60, il décréta que les humains étaient faits de regroupements d'esprits (les «Thétans» exilés sur la Terre, soixante-quinze millions d'années auparavant, par un maître cruel de galaxie, nommé Xenu. Bien évidemment, ces Thétans devaient subir l'audition.
 
«Veillez à ce que de nombreux corps passent par la boutique », écrivait Hubbard dans une de ses notes aux dirigeants de la secte. Dans une autre, il disait : « Faites de l'argent. Faites davantage d'argent. Faites-les venir, quelle que soit la manière employée ou la raison invoquée.»
 
Quand un tribunal fédéral statua en 1971 que les prétentions médicales de Hubbard étaient nulles, le gourou chercha à protéger les étranges rites de l'Eglise de Scientologie en invoquant la garantie constitutionnelle de la liberté de culte. Ses conseillers arborèrent des cols d'ecclésiastiques, on construisit des chapelles, les succursales de l'organisation devinrent des «missions» et Hubbard promut au rang de «Saintes Écritures» sa cosmologie de bandes dessinées.
 
Périodiquement, Hubbard embarquait avec ses acolytes sur un ferryboat aménagé et s'en allait porter la bonne parole à l'étranger. L'un après l'autre, des pays - la Grande­Bretagne, l'Espagne, le Portugal ­ lui fermèrent leurs ports, généralement sous la pression des opinions publiques. Un tribunal français le condamna par contumace pour fraude.
 
Au début des années 70, le fisc américain prouva que L. Ron Hubbard se mettait dans la poche des millions de dollars gagnés par l'Église, et qu'il blanchissait cet argent grâce à une société écran au Panama, avant de le déposer sur des comptes bancaires en Suisse.
 
Onze des principaux dirigeants de la secte, y compris Mary Sue, la troisième femme de Hubbard, furent envoyés en prison au début des années 80 pour avoir infiltré et cambriolé plus de 100 organismes privés ou gouvernementaux, et écouté leurs conversations téléphoniques afin d'enrayer leurs enquêtes. A la fin de 1985, le fisc américain chercha à obtenir l'inculpation de Hubbard pour fraude fiscale. Celui-ci, qui se cachait depuis cinq ans, mourut en 1986 avant que l'affaire ne vienne en justice.
 
La plupart des sectes ne survivent pas à leur fondateur, mais l'Église de Scientologie a prospéré depuis la mort de Hubbard. Des transfuges qui y occupaient des positions élevées affirment que la maison mère a amassé environ 400 millions de dollars (600 millions de francs) dans des comptes bancaires à l'étranger.
 
La secte est maintenant dirigée par David Miscavige, âgé de trente et un ans, qui a abandonné ses études dès le lycée et appartient à la deuxième génération des scientologistes. Son objectif est de faire reconnaître la Scientologie dans le courant des années 90.
 
Peu après la mort de son fondateur, l'Eglise de Scientologie s'assura le concours de Trout & Ries, cabinet de conseillers en mercatique honorablement connu, basé dans le Connecticut, pour tenter d'effacer son image d'organisation marginale.
 
- Nous leur avons conseillé de changer de style et même de renoncer à être une Église, déclare Jack Trout, mais ils n'ont pas voulu en entendre parler. La secte préféra créer toute une série de sociétés écrans pour atteindre ses objectifs. Celles-ci travaillent notamment dans :
 
1. L'édition. Depuis 1985, au moins une dizaine de livres de Hubbard ont figuré sur les listes des succès de librairie. Les scientologistes affirment que les tirages atteignent aujourd'hui les 90 millions d'exemplaires dans le monde mais, en réalité, c'est l'organisation elle-même qui achète d'énormes quantités de ses propres livres pour les faire apparaître sur les listes des ouvrages àgrand tirage.
 
2. Les conseils. Afin de recruter des adhérents riches et respectables, l'Église de Scientologie utilise un réseau de conseillers qui dissimulent leurs liens avec elle. Dans toute l'Allemagne, des firmes d'ingénieurs­conseils en gestion dépendant de la secte ont infiltré les petites et moyennes entreprises et endoctriné les employés en utilisant les méthodes de L. Ron Hubbard.
 
Sterling Management Systems, l'une des entreprises privées ayant le flux de croissance le plus élevé des Etats-Unis, est un exemple typique de la manière d'opérer de l'Église de Scientologie. Sterling expédie régulièrement un bulletin d'information gratuit à plus de 300'000 professionnels de la santé, promettant d'augmenter leurs revenus de manière spectaculaire. Elle offre pour cela des séminaires et des cours qui coûtent en moyenne 10'000 dollars (15'200 francs). Mais son véritable objectif est de recruter des clients pour la Scientologie.
 
- L'Église propose une marchandise de mauvaise qualité, alors elle l'emballe comme s'il s'agissait d'autre chose, déclare Peter Georgiades, un avocat qui représente les victimes de Sterling.
 
Robert Geary, un dentiste de l'Ohio, âgé de quarante-cinq ans, qui a assisté en 1988 à un séminaire de Sterling, déclare n'avoir jamais été soumis «à des techniques de vente aussi poussées». Il affirme que les instructeurs ont réussi à le convaincre que sa femme Dorothy et lui avaient des problèmes personnels qui imposaient une «audition». En cinq mois, les Geary ont dépensé 130'000 dollars (200'000 francs suisses environ) en diverses prestations.
 
Geary soutient encore que les scientologistes, non seulement ont téléphoné à sa banque pour faire augmenter le plafond de sa carte de crédit, mais ont imité sa signature sur une demande de prêt de 20'000 dollars (30'000 francs).
 
3. La santé HealthMed, chaîne de cliniques américaines dirigée par les scientologistes, propose un traitement avec sauna, exercices et prise de vitamines, mis au point par Hubbard pour purifier le corps. La chaîne bénéficie d'une énorme pu­blicité dans le livre, Diet for a Poisoned Plan et (Régime pour une planète empoisonnée) de David Steinman, qui conclut que des dizaines et des dizaines d'aliments courants sont dangereux. A quoi le pc William Jarvis, directeur du conseil américain contre la fraude dans le domaine de la santé (National Council against Health Fraud) rétorque :
 
- HealthMed est une porte qui mène à la Scientologie, et le livre de Steinman un mécanisme de sélection.
Steinman nie toutefois avoir le moindre lien avec l'Église de Scientologie.
 
4. La lutte contre la drogue. Les traitements de purification de L. Ron Hubbard sont l'arme principale de Narconon, une chaîne, dirigée par les scientologistes, de plus de trente centres de désintoxication pour les alcooliques et les drogués. Certains fonctionnent dans les prisons sous le nom de Criminon, et sont présents dans douze pays.
 
Outil classique pour attirer les intoxiqués vers la secte, Narconon envisage actuellement d'ouvrir ce qu'il appelle le plus grand centre de désintoxication du monde, situé dans une réserve indienne proche de Newkirk, une ville de l'Oklahoma de 2300 habitants. Lors d'une cérémonie qui y avait été organisée en 1989, l'«Association pour une meilleure vie et l'amélioration des méthodes d'enseignement» a remis à Narconon un chèque de 200'000 dollars (304'000 francs) et une étude félicitant le centre pour son travail. L'association se révéla par la suite appartenir à l'Église de Scientologie. Aujourd'hui, Newkirk se bat pour que la secte ne s'installe pas sur le territoire communal.
 
L'Église de Scientologie dépense également beaucoup d'argent pour clouer le bec à ses détracteurs. L'une des politiques de Hubbard était de considérer que toutes les personnes perçues comme des ennemis potentiels constituaient «un gibier licite» (gibier de potence) et pouvaient être «escroquées, attaquées en justice, leurrées ou détruites».
 
Ceux qui combattent la secte ­ anciens membres, journalistes, avocats et même juges - se trouvent souvent entraînés dans des procès, pris en filature, accusés de crimes inexistants, rossés ou menacés de mort. La psychologue Margaret Singer, soixante-dix ans, ancien professeur adjoint à l'université de Californie à Berkeley et adversaire déclarée de l'Église de Scientologie ne voyage plus que sous un faux nom afin d'éviter d'être harcelée.
 
La guerre de la secte contre la psychiatrie
 
L. Ron Hubbard a longtemps manifesté une haine profonde àl'égard des psychiatres. Poursuivant son combat, un groupe appelé «Commission des citoyens pour les droits de l'homme», fondé par l'Eglise de Scientologie, a pris pour cible le Prozac, (fluoxétine), l'antidépresseur le plus vendu dans le monde.
 
La commission le qualifie de «drogue meurtrière» qui conduit ses utilisateurs au meurtre ou au suicide. La campagne qu'elle mène contre lui comprend l'envoi de communiqués à la presse, des passages dans les émissions de débats à la télévision et l'action des groupes de pression sur les parlementaires pour obtenir l'interdiction du médicament.
 
A la consternation de certains médecins et de Eli Lilly & Co, le fabricant du produit aux États­Unis, cette campagne a rencontréun certain succès, puisque la part du Prozac sur le marché américain des antidépresseurs est passée de près de 25 % à 20 %.
 
Comme tous les antidépresseurs, le Prozac a effectivement des effets secondaires, nervosité et insomnies notamment. Mais Lilly déclare qu'il n'existe aucune preuve que le médicament puisse transformer les patients en meurtriers ou les rendre suicidaires. C'est également l'avis de la Food and Drug Administration (organisme de contrôle des médicaments et des produits alimentaires), qui a rejeté la demande de retrait du Prozac formulée par les scientologistes. En outre, on a constaté que le Prozac soulage les dépressifs de manière spectaculaire et améliore leurs vies.
 
- Pour beaucoup, dit le Dr Frederick Goodwin, psychiatre et haut fonctionnaire américain de la santé, le Prozac a eu des effets véritablement miraculeux. Cependant, au centre anti-stress Saint-Vincent à Indianapolis, des patients souffrant de dépression profonde ont été impressionnés par les déclarations télévisées d'un dirigeant de l'Eglise de Scientologie au point de cesser de prendre le médicament. Leur état s'est rapidement détérioré.
 
- J'ai des patients qui finissent à l'hôpital, déclare le Dr Paul Riley, directeur du centre. Cette histoire me met très en colère. Des gens vont mourir pour avoir abandonné le Prozac.
Ruiner ses ennemis
 
Les plus redoutables partisans de l'Eglise sont ses avocats. L. Ron Hubbard avait averti ses fidèles qu'ils devaient «se méfier des juristes qui conseillent de ne pas faire de procès», ajoutant que «l'objet d'une action en justice est de harceler et de décourager l'adversaire plutôt que de gagner».    .
 
Le but de l'Église de Scientologie est de ruiner ses ennemis ou de les ensevelir sous la paperasserie. Michael Flynn, un avocat de Boston qui représenta les victimes de la secte de 1979 à 1987, fut personnellement l'objet de quatorze plaintes injustifiées, qui furent toutes rejetées sans poursuites.
 
Au Canada, la secte dispose, pour sa défense et celle de dix de ses membres qui doivent être jugés cet automne à Toronto, d'une équipe d'hommes de loi comprenant Clayton Ruby, l'un des plus célèbres avocats des droits civiques du pays. Les chefs d'inculpation comprennent le vol de documents concernant l'Église de Scientologie au ministère de la Justice, à l'Association canadienne pour la santé mentale, dans deux centres de police et dans d'autres institutions. Les hommes de Ruby, dont les arguties juridiques ont retardé le procès pendant des années, ont essayé de le faire annuler sous le prétexte de «retard indu».
 
Les adversaires de la secte estiment que les gouvernements devraient prendre contre elle des mesures sévères et concertées.
 
- On ne devrait pas laisser à des personnes privées le soin de porter plainte. La plupart des gens ont peur d'être mêlés à ces affaires, déclare Toby Plevin, un avocat de Los Angeles qui assiste les victimes de la Scientologie.
 
Aux États-Unis, le fisc et le FBI interrogent depuis trois ans les transfuges de la secte, en partie pour rassembler des preuves de l'existence d'une vaste entente délictueuse, mais leurs efforts semblent s'enliser. Certains agents fédéraux se plaignent que le ministère de la Justice ne semble pas disposé à dépenser l'argent nécessaire à une guerre d'usure contre l'Église de Scientologie.
 
En France, il a fallu un mort pour que les autorités se décident à agir : plus de quinze membres de la secte ont ainsi été inculpés l'année dernière pour «complicité de fraude et exercice illégal de la médecine» à la suite du suicide d'un dessinateur industriel de Lyon. Parmi les accusés figure l'ancien président de la branche française de la secte et ex-directeur du Centre des célébrités, réservé aux personnalités.
 
En dehors des États-Unis, l'Église de Scientologie semble particulièrement active en Allemagne. En 1984, près d'une centaine de policiers ont effectué une descente dans ses locaux à Munich; à l'époque, la municipalité essayait de prouver que la secte était en réalité une entreprise à but lucratif. Entre-temps, les disciples de Hubbard ont tenté de retourner la situation en leur faveur en infiltrant les milieux politiques allemands.
 
En mars dernier, les démocrates libres, partenaires de la coalition gouvernementale dirigée par le chancelier Kohl, ont accusé les scientologistes d'essayer d'infiltrer la section hambourgeoise du parti.
 
Les véritables objectifs de la Scientologie sont de continuer à empocher des millions de dollars. Car, en définitive, l'argent est la seule chose qui intéresse ce culte.
 
- Leurs prétendues thérapies sont des manipulations, déclare le Docteur Edward Lottick, le père de Noah, nous avons pensé que la Scientologie était un peu comme les cours «Dale Carnegie», pour mieux réussir dans la vie. Je crois maintenant que c'est une école de psychopathes.
 
 
ENQUÊTE SUR LA SCIENTOLOGIE
 
La Scientologie : un mal qui s'étend

Readers Digest - édition Suisse - 34 ème année (septembre 1981)
Par Eugene H. METHVIN
 
Il y a dix huit mois, la branche américaine de l'Eglise de Scientologie déclenchait une vaste campagne - qui se révéla vaine - pour empêcher la publication dans le Reader's Digest d'un article intitulé "La Scientologie : anatomie d'une secte redoutable". L'Eglise a chargé une agence de détectives privés d'enquêter sur l'auteur, Eugène H. Methvin, journaliste au Reader's Digest.
 
Les bureaux du Reader's Digest dans une demi-douzaine de pays furent harcelés au téléphone et des individus manifestèrent sous leurs fenêtres.
 
Au Danemark, en Afrique du sud et en Australie, la secte intenta, sans succès, des poursuites afin d'empêcher la publication de l'article. Celui-ci parut en Suisse en mai 1980.
 
Dans les mois qui suivirent, une quantité considérable de lecteurs, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde, écrivirent, nous convainquant que notre article n'avait fait qu'effleurer le problème. En fait, il y a tout lieu de croire que les activités de l'Eglise de Scientologie dans les autres pays sont au moins aussi sinistres qu'aux Etats-Unis, et elles continuent de s'étendre à une vitesse inquiètante.
 
Voici donc le deuxième volet de notre enquête qui concerne, cette fois, l'activité de la secte dans le monde entier.
A PARIS, Yves Lecerf, professeur d'université, découvre que quelqu'un, se présentant comme un fonctionnaire du ministère de la Santé, a téléphoné à ses voisins, les avisant qu'il constituait une menace pour leurs enfants. Un autre individu, se faisant passer pour son psychanalyste, a téléphoné au pasteur de sa paroisse pour l'informer que Lecerf est en train de sombrer rapidement dans la folie. Des lettres sont envoyées à ses collègues et au président de son université, prétendant qu'il a violé sa propre fille. Le patron de son frère, un Africain, reçoit un message accusant Lecerf d'avoir abusé d'une Noire.
 
A Brescia, en Italie, Rodolfo Zucca, propriétaire d'une station de radio, reçoit à plusieurs reprises des menaces. Sa voiture est saccagée par des vandales. Deux fois, des actes de sabotage privent son studio de courant et interrompent ses émissions.
 
Au Danemark, Johannes Aagaard, professeur de théologie à l'université d'Aarhus, a reçu pendant des semaines des lettres anonymes injurieuses et des accessoires érotiques relevant du sadomasochisme le plus sordide. Sa propre correspondance disparaissait mystérieusement de son bureau, à l'université. Lorsque sa fille s'est mariée, elle a trouvé parmi ses cadeaux un ensemble d'ouvrages obscènes traitant du viol des religieuses. Que l'on ait cherché à les compromettre, lui et sa fille, auprès de leurs proches, cela semble faire peu de doutes.
 
A Londres, Caryl Williams, qui fait partie du Deo Gloria Outreach, un groupe d'inspiration chrétienne s'interessant à la jeunesse, a remarqué que des individus stationnaient devant chez elle, des jumelles braqués sur les fenêtres de son appartement. A son bureau, toutes les semaines arrivaient des bouquets de roses rouges accompagnés de mots doux expédiés par des "amants" anonymes. Ses collègues étaient appelés au téléphone par des femmes en larmes l'accusant d'être la maîtresse de leur mari et suppliant qu'on intervienne.
 
Toutes ces personnes ont un point commun, le fait de s'être attiré l'hostilité de l'Eglise de Scientologie. Celle-ci revendiquait en 1978 plus de 5 millions d'adhérents -nombre qui d'après elle augmentait tous les ans.
 
Elle est encore beaucoup plus que cela. Les résultats d'enquêtes officielles et les dépositions faites sous serment devant les tribunaux de 12 pays ainsi que des recherches effectuées par des particuliers ont montré que, sous les dehors d'une religion, la Scientologie est un vaste racket internationnal. Un corps d'élite de "missionnaires", opérant à partir des sièges de l'organisation de Clearwater (Floride), Los Angelès, Copenhague et Saint Hill Manor, près de Londres, assure la liaison entre les 79 églises de Scientologie et les 72 missions et "groupes d'étude" répartis dans 34 pays, de l'Argentine au Zimbabwe. Disposant de 19 volumes qui leur indiquent comment circonvenir les innocents, ils ont en quelque sorte acquis la licence d'exploiter une vaste entreprise de mystification fondée sur un dogme parfaitement abracadabrant.
 
En 1978, la secte affirmait disposer de 6'559 permanents dans le monde, lesquels tirent l'essentiel de leurs ressources de l'exercice de leur "ministère", c'est à dire des conseils pastoraux qu'ils dispensent. Les prix de ceux-ci sont extrêmement variables, mais les cours de perfectionnement visant à assurer le salut de ceux qui s'y laissent prendre peuvent atteindre 16'100 dollars. D'après des informations émanant du gouvernement américain, la secte, rien qu'aux Etats-Unis, a encaissé plus de 150 millions de dollars par an.
Massacre dans l'espace
 
Qu'est-ce donc que la Scientologie, et comment a t'elle pris l'importance qu'elle a aujourd'hui ?
 
A l'origine, son fondateur, L.Ron Hubbard, auteur de livres de science-fiction, présentait ses théories non comme une religion, mais comme la méthode la plus avancée et la plus clairement exposée de psychothérapie et de perfectionnement de soi. En 1950, il publia un livre intitulé Dianetics :The Modern Science of Mental Health (La Dianétique, la science moderne de la santé mentale) dans lequel il présentait une espèce de panacée pour guérir les maux de l'humanité. Deux ans après paraissait Scientologie : A History of man (La scientologie, une histoire de l'homme). En 1954 Hubbard, qui avait alors 42 ans, fondait à Washington la première Eglise de Scientologie. (Pour plus de détails sur les origines de la Scientologie, voir l'article paru dans Selection de mai 1980)
 
Il avait, prétendait-il, établi scientifiquement que ce qu'il appelle le "Thétan", c'est-à-dire "la personne elle-même, l'être spirituel, distinct de son corps physique", est immortel et peut se séparer du corps sans inconvénient. En se servant d'un "électromètre", Hubbard affirmait pouvoir, après "audition", transformer les recrues en "Thétans actifs " capables d'effecturer de grands voyages dans et de réintégrer leurs enveloppe charnelle à volonté.
 
L'électromètre de Hubbard, sorte de détecteur de mensonges grossièrement fabriqué, n'est rien d'autre qu'un galvanomètre à pile muni d'un cadran à aiguille et branché sur deux cylindres métalliques. Les néophytes prennent les deux cylindres dans leurs mains et racontent leur vie sans omettre les détails les plus intimes (qui, nous ont certifié d'anciens éminents scientologues, sont enregistrés et classés en vue d'une utilisation ultérieure éventuelle à des fins de chantage). Si les paumes des mains deviennent moites, l'aiguille bouge et le sujet est alors informé qu'un "engramme" a été détecté. L'engramme est défini comme le souvenir d'une expérience pénible éprouvée soit dans la vie présente, soit dans une vie antérieure. C'est en apprenant à affronter ses engrammes, lui explique t'on qu'il deviendra "totalement libre" et recouvrera sa condition de surhomme.
 
Au vrai croyant, on dit qu'il est un Thétan d'élite, un héros issu d'une civilisation intergalactique disparue à la suite d'un massacre perpétré par les forces mauvaises de la planète Helatrobus il y a quelques 40 000 milliards d'années. On lui apprend qu'après leur défaite les Thétans ont été exilés sur la Terre où ils sont demeurés dans l'ignorance, jusqu'à ce que Hubbard leur enjoigne de reprendre la place qui leur revient dans la confédération galactique.
 
Les agents de Hubbard, ce génie de la propagande et de l'organisation, ne doivent révéler ces mystères que par étapes. "S'ils vous racontaient tout ce fatras d'emblée, vous ne feriez qu'en rire et vous leur tourneriez le dos, a expliqué un ancien adepte de la secte qui l'a quittée au bout de dix ans. Cela paraît tout à fait incroyable maintenant, mais à l'époque j'y ai cru."
 
Hubbard recrute des adeptes parmi des malheureux dont il exploite les angoisses et la solitude en employant des méthodes qui mettent en oeuvre à la fois l'intimidation, les réflexes conditionnés et une psychothérapie dénaturée. Dans des périodiques et dans des lettres "personnelles", il présente la Scientologie comme le moyen de porter remède aux maux, du simple rhume jusqu'au cancer, et il assure même que ses " auditions " permettent d'augmenter d'un point par heure le quotient intellectuel de ceux qui s'y soumettent. Il prétend que les scientologues sont l'élite de l'élite intelligente.
 
A ses "ministres " , il donne comme instruction de relever dans les journaux tous les cas d'accident, de maladie ou de décès pour " se rendre aussitôt auprès de la personne en deuil ou blessée ". C'est ainsi qu'à Vancouver, dans l'Etat de Washington, Alan Wilson, qui avait eu le bassin fracturé dans un accident de voiture, a fait la rencontre d'un de ces zélateurs qui touchent une commission de 10% sur toute somme extorquée au sujet qu'ils ont recruté. Il reçut la promesse d'une cure, suivit quelques cours et se retrouva dépouillé des 7 000 dollars que la compagnie d'assurances lui avait versés en règlement de l'accident. Comme l'explique Vibeke Damman, une Danoise ayant appartenu à la secte pendant six ans : "Vous avez droit à tous les égards. On vous donne de l'importance, mais c'est seulement -vous vous en apercevez plus tard - parce que vous avez de l'argent."
 
A vrai dire, la méthode Hubbard fonctionne à merveille. Un adepte français a dépensé 200'000 dollars pour quelques semaines de "services" au siège de la secte en Floride. Le fils d'un ancien ambassadeur des Etats-Unis à Londres en a été pour 123 '000 dollars. Il arrive que des couples versent jusqu'à 125'000 dollars pour un cours de "perfectionnement" à Copenhague.
 
Et tout cela pour arriver à quoi ? Une fois qu'il s'est livré, pieds et poings liés, à la Scientologie, le néophyte se trouve réduit à peiner seize heures par jour contre un salaire de misère, facilement supprimé à titre de pénalisation. Son travail consiste à obtenir des conversions et à recueillir de l'argent pour aider Ron à éliminer de notre planète la folie, le crime et le mal.
 
Dans le monde entier, la secte a son cortège de victimes pitoyables. En Allemagne, un jeune homme qui, depuis deux ans, cherchait à se libérer de la néfaste emprise finit par se jeter sous un train, la veille de Noël. Un autre adepte, à Paris, quitte un jour brusquement son travail et va s'ouvrir les veines chez lui. Il laisse un mot expliquant que la raison de son geste doit être demandée à l'Église de Scientologie.
Hubbard dispose d'une arme particulièrement efficace, le Guardian Office, en abrégé G.O. (Office de protection). Mary Sue, sa troisième femme, et Jane Kember, une Sud-Africaine au loyalisme à toute épreuve, sont placées à la tête de cet organisme. Ne soyez jamais sur la défensive, leur est-il prescrit. Attaquez toujours. Trouvez, ou fabriquez, des arguments suffisamment menaçants pour amener chaque adversaire à capituler. Déclenchez contre lui une campagne de dénigrement et noircissez sa réputation au point qu'on le mette au ban de la société. Veillez à engager des poursuites en diffamation à la moindre occasion, afin de dissuader les divers organes de presse d'émettre la moindre critique à l'égard de la Scientologie. Le but d'un procès n'est pas tant de gagner que de harasser et décourager l'adversaire.
 
Quand les scientologues vinrent s'installer furtivement à Clearwater, le maire de la ville, Gabriel Cazares, les accusa de "mensonges " quant à l'acquisition en sous-main d'immeubles valant des millions de dollars, et de tromperie envers certains religieux locaux. Aussitôt, de Saint Hill, Jane Kember envoya, par télex, aux agents du G.O. aux Etats-Unis l'ordre 398 visant à neutraliser l'action du maire.
 
Les agents assignèrent Cazares en justice, lui réclamant 1 million de dollars pour violation de la liberté du culte au détriment de leur Église. Ensuite, ils en vinrent à des machinations : faux accident dans un parc de stationnement pour faire croire qu'il avait commis un délit de fuite; au moment des élections, infiltration et sabotage du comité chargé de sa campagne. En fin de compte, un juge fédéral les débouta de leur demande qu'il qualifia de "futile, déraisonnable et non fondée" et les condamna aux dépens, soit 36 022 dollars.
 
Deux journaux, le St. Louis Post-Dispatch et le Los Angeles Times, ont dû dépenser des milliers de dollars pour se justifier devant les tribunaux de leurs enquêtes sur les activités de l'Église de Scientologie. Ils ont eu finalement gain de cause. D'anciens agents du G.O. affirment que leurs collègues cambriolèrent les bureaux des conseillers juridiques du St. Petersburg Times et du Boston Globe pour se procurer des renseignements sur les actions entreprises par ces journaux contre la Scientologie.
 
"Ces actions ont été intentées par l'Église dans le seul but de ruiner ses adversaires et de créer une atmosphère de crainte propre à les dissuader d'exercer leurs droits fondamentaux de libre expression", a déclaré devant la cour le procureur Ray Banoun, le magistrat qui a fait condamner 11 responsables du G.O., soit pour association de malfaiteurs, soit pour effraction et vol de documents secrets dans des locaux de l'administration fédérale. (Ces affaires sont actuellement en appel.)
 
Mais le G.O. ne s'occupe pas seulement des détracteurs de la Scientologie. En 1975, Hubbard, désireux de profiter des subventions que différents pays accordent au titre de la santé mentale, de l'éducation et des grandes causes d'ordre social, ordonna à ses agents de former des groupements servant de paravents et présentant les qualifications requises pour en bénéficier. A cette fin, un "bureau de coordination sociale" fut créé à Saint Hill ainsi que dans toutes les sections du G.O. en Europe et en Amérique.
 
A Copenhague, la secte possède deux écoles qu'elle a ouvertes pour profiter des subventions que le gouvernement danois accorde à l'enseignement privé et qui peuvent atteindre 85 % des frais de scolarité. En Amérique, 22 établissements appelés " Apple Schools " , dont la direction était secrètement acquise à la Scientologie, soumettaient les enfants au traitement intergalactique de Hubbard.
 
Mais la plus habile invention dans ce domaine, ce sont les "Narconons" , associations censées rééduquer les toxicomanes. A Saint Hill, les experts juridiques du G.O. préparèrent un dossier contenant une volumineuse "correspondance" et des pseudo-procès-verbaux de conseils d'administration pour faire croire que les Narconons étaient des organisations indépendantes justifiant le remboursement par le gouvernement des honoraires de "consultation". Une personnalité politique et plusieurs grands noms du spectacle, ignorant les rapports existant entre les Narconons et la Scientologie, acceptèrent d'être cités comme parrains. Les Narconons font payer 530 dollars pour leur cours de base de deux semaines, davantage pour les cours plus avancés, et affirment obtenir de 60 à 80 % de guérisons.
 
Impressionnés par ces résultats, les responsables de deux organisations scolaires de l'Idaho engagèrent les "experts" d'un Narconon pour parler aux écoliers des méfaits de la drogue. Un service de l'administration fédérale du Michigan versa à un Narconon plus de 100 000 dollars pour dispenser ses soins à des détenus. (Par la suite, une étude menée par ce service sur 29 toxicomanes étant passés par un Narconon a montré qu'ils s'en étaient tirés plus mal que d'autres prisonniers libérés sur parole, qui furent contrôlés six mois après leur réinsertion sociale). A Berlin-Ouest, les autorités municipales déboursèrent 1,5 million de marks au bénéfice de l'entreprise Narconon avant que la presse et la télévision n'en parlent. Une enquête parlementaire a démontré que le taux des réussites ne dépassait pas 10%.
 
Hubbard vit, dit-on, en reclus dans un ranch de la Californie du Sud. Par l'intermédiaire de ceux qui l'entourent, nous a dit l'un de ses anciens séides, il achète et vend de l'or, de l'argent et autres matières précieuses, utilisant pour ses opérations les millions de dollars collectés, à travers le monde, par ses "missions". Parallèlement, il entretient une armée d'avocats chargés de multiplier les recours pour éviter la prison à ses 11 adjoints qui sont condamnés, et faire traîner les procès qui lui sont intentés soit par des organismes officiels, soit par des particuliers. En décembre dernier, dans sa traditionnelle "directive " de Noël, il déclarait : "Je me porte aussi bien qu'il est possible quand on est âgé de plusieurs milliers de milliards d'années ... L'avenir nous appartient."
 
Mais l'avenir appartient peut-être aux victimes de la secte et à leurs familles. En Europe et en Amérique, elles se sont unies pour apporter une assistance juridique et morale à ceux qui n'ont pas encore réussi à se dégager du piège et pour porter le combat devant la justice et les Parlements. A Paris, c'est grâce à l'Association pour la défense de la famille et de l'individu (A.D.F.I) que l'une des victimes de la secte a engagé des poursuites qui ont entraîné la condamnation pour escroquerie de Hubbard, de celui qui était à l'époque à la tête de l'Église française de Scientologie et d'un ancien dirigeant de cette même Église. Jugés par défaut, Hubbard et ses deux acolytes ont été condamnés à des peines d'emprisonnement - quatre ans dans le cas du fondateur de la Scientologie - et à des amendes; de plus, un mandat d'arrêt international a été lancé contre Hubbard.
 
Agé de vingt et un ans seulement, un autre dirigeant, qui s'était présenté au juge, est parvenu à obtenir sa relaxe en appel. Mais le président de la cour a précisé, après avoir rendu son arrêt, que celui-ci concernait uniquement le jeune homme et n'altérait aucunement les autres condamnations.
 
Lorna Levett, de Calgary au Canada, qui a fondé une mission de l'Église de Scientologie et l'a dirigée pendant six ans, a déclaré qu'elle a fini par comprendre que l'organisation à laquelle elle appartenait la faisait participer à une vaste conspiration internationale. En 1974, elle la quitta, entraînant avec elle 43 membres qui, malgré les calomnies, les tracasseries et un procès où on leur réclame 100'000 dollars, ont résisté à toutes les tentatives de la secte pour les réduire au silence.
 
Parlant au nom des victimes, Mme Levett déclare :
 
«Tout comme la maladie, la contrainte psychologique exercée par des sectes dangereuses sous couvert de religion ne peut avoir d'effet que si l'on n'est pas immunisé. En l'occurrence, l'immunité, c'est la liberté d'expression. Si ces organisations qui violent les droits de l'homme en se servant de revenus exonérés d'impôts ont les mains libres, c'est que la vérité demeure occultée.»
 
SCIENTOLOGIE ET«READER'S DIGEST»
La conciliation refusée
 
24 Heures, le 16 janvier 1992
[Texte intégral]
La tentative de mettre d'accord les émules de Hubbard et 'le magazine échoue.
Le mensuel s'oppose à toute rectification de son article sur la secte.
 
Une séance de conciliation, entre l'Eglise de scientologie et le magazine Reader's Digest n'a donné aucun résultat, a fait savoir la communauté religieuse hier à Lausanne. Lors d'une audience devant le juge de paix, le mensuel a refusé tout arrangement visant à réctifier son article sur les scientologues, publié en octobre 1991. Aussi ces derniers s'apprêtent-ils à engager un procès en dommages et intérêts.
Interdiction provisoire
 
En octobre dernier, sur intervention des scientologues, un juge vaudois avait interdit provisoirement la vente du numéro mensuel du magazine, contenant un article intitulé «Scientologie, le culte de l'argent», Mais l'éditeur avait passé outre à cette décision judiciaire - considérée comme une atteinte à la liberté de la presse - et servi en allemand et en français ses 337'000 abonnés en Suisse.
«Faux et diffamatoire»
 
Sur recours du magazine, la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois levait cette interdiction le 26 novembre. Elle suivait sur toute la ligne l'argumentation de la défense démontrant des situations où des scientologues s'étaient mal comportés.
 
Le Reader's Digest était autorisé à diffuser librement la publication litigieuse. L'Eglise de scientologie déclara alors qu'elle recourrait par voie judiciaire pour établir que les accusations portées contre elle était fausses et diffaatoires. - (ats)
 
SCIENTOLOGUES AU TRIBUNAL CANTONAL
Recours dans un climat tendu
 
24 Heures, 28 mars 1992
[Texte intégral]
L'Eglise est attaquée par les médias. Hier, elle a demandé aux juges
que le Reader's Digest publie un rectificatif
 

 

C'est une cabale, l'Eglise de scientologie de Lausanne en est persuadée : «la motivation du Temps présent de jeudi était de dénigrer et de fournir un encadrement au procès en cours entre la scientologie et le Reader's Digest», explique-t-elle dans une lettre adressée à la RTSR.
 
Un hasard malin avait voulu que la Cour civile du Tribunal cantonal vaudois examine hier leur prétention de rectificatif. L'audience a donc eu lieu au lendemain d'une émission fort critique envers les pratiques de cette Eglise, émission que Me Baptiste Rusconi, avocat de la partie adverse, s'est fait un impertinent plaisir de citer.
 
L'affaire remonte à octobre 1991, lorsque le magasine Sélection du Reader's Digest publie un article explosif irititulé «Scientologie, le culte de l'argent».
 
Cette enquête affirme en substance que la scientologie n'est qu'une entreprise internationale d'extorsion de fonds. Elle se maintiendrait par la menace qu'elle fait peser sur ses membres comme sur ses détracteurs, à la manière d'une mafia.
En Suisse romande, l'Eglise réagit et obtient dans un premier temps que l'article ne soit pas publié, grâce à des mesures préprovisionnelles. Mais le 26 novembre, la Cour civile du Tribunal cantonal levait cette interdiction et autorisait le Reader's Digest à diffuser librement cette publication.
 
L'Eglise de scientologie de Lausanne n'est pas d'accord, elle fait appel par son avocate Me Gisèle de Benoît, et demande, aujourd'hui qu'une «mise au point précisant les buts de l'Eglise et son point de vue sur ces critiques», soit ordonnée sans attendre dans chaque édition suisse du Reader's Digest. Un texte de deux pages est déjà prêt.
 
Pour appuyer ses dires, elle a invité moult témoins. Un des cadres les plus élevés de l'Eglise, venu tout exprès de Los Angeles, dément les accusations portées par l'article et affirme vivre chichement et sans voiture. Mais àla barre, les simples membres de la secte ne seront pas moins intéressants : «J'ai versé avec plaisir 200'000 franas pour des cours destinés à mon mari; à moi-même et à mes trois enfants. J'en demande, et j'en demanderai encore !» dit une Romande.
 
Un autre, ingénieur électricien, a versé 80'000 francs pour lui seul. «Mais de tels montants peuvent conduire quelqu'un à s'endetter ?» s'inquiète le président François Meylan. «C'est la responsabilité de chacun», répond sèchement le témoin.
 
En face, Me Baptiste Rusconi balaie la demande de rectificatif, car les conditions n'en sont pas remplies avant le procès sur le fond, dit-il. Le contenu de ce texte - «ils y exposent de manière enflammée la conception,qu'ils ont d'eux-mêmes» - est par ailleurs «à côté de la plaque». L'avocat relève encore que l'article du Reader's Digest «n'est qu'une goutte d'eau dans la mer de critiques que les médias adressent à la scientologie». La décision du tribunal parviendra ultérieurement aux parties.
 
S.Fr
 
Eglise de scientologie : «Time» attaqué
 
[Texte intégral]
 
L'Eglise de scientologie a intenté un procès en diffamation contre l'hebdomadaire Time, qu'elle accuse d'avoir publié des articles malveillants et erronés à son égard.
 
Elle réclame 416 millions (plus de 582 millions de francs) de dommages et intérêts.
 
(reuter)   
 
SCIENTOLOGUES CONTRE READER'S DIGEST
AU TRIBUNAL CANTONAL
La Cour déboute l'Eglise
 
24 Heures, 10 mai 1992
[Texte intégral]
Les disciples de Ron Hubbard voulaient un rectificatif.
Recours rejeté
 
Les éditions suisses du Reader's Digest n'auront pas à publier un rectificatif : dans une décision communiquée mercredi aux parties, la cour cantonale a estimé que les conditions pour octroyer une telle mise au point n'étaient pas remplies. Par ailleurs, le long texte proposé par l'Eglise ne convenait pas du tout «Le rectificatif ne doit pas permettre au plaignant de faire un exposé le concernant, mais de corriger un jugement de valeur erroné», ont rappelé les juges dans leur décision.
 
Toute l'affaire a démarré en octobre 1991, lorsque le magazine Sélection du Reader's Digest publie un article intitulé «Scientologie, le culte de l'argent». Cette enquête dénonce les pratiques de l'Eglise, «entreprise internationale d'extorsion de fonds» : la scientologie se maintiendrait «par la menace qu'elle fait peser sur ses membres comme sur ses détracteurs, à la manière d'une mafia». En Suisse romande, l'Eglise réagit. Elle obtient que l'artide ne soit pas publié, mais la cour civile du tribunal cantonal lève bientôt cette interdiction.
 
Pas d'accord, les scientologues font recours. Fin mars, au cours d'une audience haute en couleur, où déposera notamment un témoin qui a donné 200'000 francs (133'000 euros) à l'Eglise pour divers cours, celle-ci demande aux juges d'ordonner sans attendre une «mise au point, précisant les buts de l'Eglise et son point de vue sur ces critiques». C'est non, répond aujourdhui la cour cantonale.
 
Les juges relèvent tout d'abord que pour accorder, un rectificatif, il faut que les conditions permettant de prononcer des mesures provisionnelles soient remplies, ce qui n'est pas le cas. S'il est possible que cet article puisse attenter à l'honneur, question qui doit être débattue dans le cadre d'un procès sur le fond, cela ne signifie pas pour autant qu'il l'ait fait de manière illicite.
 
Aujourd'hui l'Eglise des sientologie de Lausanne, représentée par Me Gisèle de Benoit, se réserve la possibilité de déposer un recours de droit public au Tribunal fédéral.
 
S. Fr
 
SCIENTOLOGIE LE CULTE DE L'ARGENT
Article du Reader's Digest contesté
 
ATS, 11 juin 1992
[Texte intégral]
 
Recours au Tribunal Fédéral des scientologues
 
Dans un recours de droit public adressé hier au Tribunal fédéral, l'Eglise de scientologie de Lausanne demande «un rectificatif immédiat» dans les colonnes du magazine «Reader's Digest». Celui-ci lui avait consacré un article très critique en automne 1991.
 
La secte demande depuis octobre dernier que le magazine publie une rectification corrigeant cet article intitulé : «Scientologie, le culte de l'argent». Celui-ci, affirmet-elle, contient de «fausses allégations, mensongères et diffamatoires».
 
Le 5 mai dèrnier, le Tribunal cantonal vaudois avait estimé que le rectificatif demandé pouvait attendre le jugement sur le fond. L'article incriminé avait, selon lui, une valeur d'information. Aussi la Cour avait-elle rejeté la procédure d'appel de l'Eglise de scientologie.
 
La justice vaudoise avait déjà annulé une mesure provisionnelle d'un juge lausannois qui interdisait provisoirement la vente du numéro du magazine contenant l'article litigieux.
 
PROCÈS CONTRE LE «READER'S DIGEST»
 
Scientologues pressés
 
24 heures, le 15 juillet 1992
 
«Suspendre l'affaire durant quatre ans ? De qui se moque-t-on ?»,
demande l'Eglise lausannoise qui veut «que la vérité éclate»
 
 
L'Eglise de scientologie de Lausanne n'abandonne pas son combat contre le Reader's Digest. Puisqu'un rectificatif lui a été refusé (24 HEURES du 9 mai), elle souhaite maintenant entrer dans le vif du litige. Il s'agit, rappelons-le, de statuer sur les accusations lancées par un article explosif, paru en octobre 1991 dans Sélection du Reader's Digest.
 
Cet article dénonçait la scientologie comme une entreprise internationale d'extorsion de fonds. «Il faut maintenant que la vérité éclaten!, s'est exclamée hier Me Gisèle de Benoit, conseil de l'Eglise lausannoise. Pas question, selon elle, d'attendre encore «quatre ou cinq ans» avant l'ouverture d'un procès. C'est ce que demande Me Baptiste Rusconi, avocat la partie adverse, à la Cour civile du Tribunal cantonal.

Attendre un autre jugement
 
Me Rusconi a expliqué son point de vue avec subtile impertinence : «L'Eglise de scientologie de Lausanne défend l'entier du mouvement dont elle se réclame. C'est, si l'on me permet cette comparaison, la paroisse du Valentin qui défend les principes du catholicisme.
 
Craignant «un procès mammouth», l'avocat demande d'attendre le résultat d'une autre affaire : aux Etats­Unis, l'Eglise mère de scientologie ne demande pas moins de 416 millions de dollars en dommages et intérêts au magazine Time, le premier à avoir publié l'article litigieux. «La suspension s'impose, pour éviter que deux jugements contradictoires ne soient rendus sur un complexe de faits identiques», plaide Me Rusconi.
 
Les prétentions de l'Eglise lausannoise, elles, se bornent à 20'000 francs.
 
«On vous demande de suspendre jusqu'aux calendes grecques» s'est exclamée Me de Benoit à l'adresse du président Laurent de Mestral. Ce juge avait, dans un premier temps, prêté une oreille attentive aux scientologues en interdisant la vente du magazine contesté. L'avocate a souligné que les parties aux procès n'étaient pas les mêmes, et que le Reader's Digest endossait une faute plus grave, ayant publié un article malgré les avertissements. «Instruire cette affaire est aujourd'hui la seule manière de réparer le préjudice subi.» Elle a conclu au rejet du délai demandé. La décision parviendra par écrit aux parties.
      
S.Fr
 
SCIENTOLOGIE CONTRE «READER'S DIGEST»
 
ATS, le 26 novembre 1992
[Texte intégral]
La procédure continue
 
L'Eglise de scientologie a marqué un petit point, mercredi, dans le conflit qui l'oppose au Reader's Digest à propos d'un article jugé diffamatoire. En 1991, un juge vaudois avait provisoirement interdit la vente du numéro d'octobre du magazine, dont un article attaquait vivement les scientologues. L'article avait néanmoins paru.
 
Le Tribunal cantonal avait annulé cette mesure provisionnelle, mais la secte a recouru au Tribunal fédéral en demandant un rectificatif du magazine. Cette partie de l'affaire est encore pendante.
 
Autre volet : les scientologues avaient réclamé au Reader's Digest des réparations financières sur le plan civil, mais l'avocat du magazine avait demandé une suspension en attendant le résultat d'un autre procès ouvert aux Etats-Unis contre Time Magazine d'où le Reader's Digest avait tiré son article. C'est sur ce point seulement que les scientologues lausannois viennent d'obtenir gain de cause.
 
 
Recours des scientologues rejeté par le Tribunal fédéral
 
ATS, le 19 décembre 1992
[Texte intégral]
 
Le magazine Reader's Digest ne devra pas rectifier l'article paru dans ses pages en octobre 1991 et titré «Scientologie, le culte de l'argent». Le Tribunal fédéral a rejeté le recours de l'Eglise de scientologie de Lausanne contre une décision du Tribunal cantonal vaudois. Ce dernier avait autorisé la vente de la parution incriminée.