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UNE PLAINTE TÉMÉRAIRE DE LA SCIENTOLOGIE
 
Encore une instrumentalisation de la justice par la scientologie
 
L'Eglise de scientologie de Lausanne a été déboutée. Elle accusait l'auteur d'un livre sur la scientologie et ex-président de l'ASDFI  (l'Association Suisse de Défense de la Famille et de l'Individu) de faux témoignage et de diffamation ...
 
L'Eglise de scientologie de Lausanne, représentée par Jean-Marie Bionda et Suzanne Montangero, devra payer les frais de justice
 
Présentation du livre : «Une secte dangereuse : la scientologie» (Paul Ranc Editions Contrastes, Saint-Légier, 220 pages)
 

«Une secte dangereuse : la scientologie»

Paul Ranc, Editions Contrastes, Saint-Légier, 220 pages

 
 
ORDONNANCE
 
rendue par le Juge informateur
de l'arrondissement de l'Est Vaudois
 
 
le 19 août 1992, dans l'enquête N 6187/91
 
Le Juge,
 
vu la plainte déposée contre Paul RANC par l'Eglise de scientologie de Lausanne, en la personne de Suzanne MONTANGERO et Jean-Marie BIONDA,
 
considérant qu'il est fait grief à Paul RANC de s'être, lors d'une audition judiciaire en qualité de témoin, rendu coupable de faux témoignage et de diffamation, voire de calomnie,
 
que dès lors qu'il était entendu en qualité de témoin, Paul RANC avait l'obligation de répondre aux questions posées,
 
qu'il ne saurait dès lors s'être rendu coupable de diffamation (JT 1954 IV 111 RO 80 IV 57),
 
qu'il convient en revanche de vérifier s'il y a des indices de faux témoignage ou si le prénommé avait des raisons suffisantes de tenir ses déclarations pour vraies,
 
que cette dernière hypothèse est réalisée en espèce,
 
qu'en effet, les différentes sources de Paul RANC on confirmé les déclarations de ce dernier,
 
qu'il se justifie en conséquence de rendre un non-lieu,
 
que les frais d'enquête doivent être supportés par l'Eglise de scientologie en la personne des plaignants BIONDA et MONTANGERO, leur plainte étant téméraire, notamment, mais non exclusivement, dans la mesure où ils avaient déjà eu connaissance au préalable d'une partie des sources de Paul RANC (cas BARBIER en particulier),
 
par ces motifs et appliquant les articles 159 et 260 CPP
 
I. dit qu'il n'y a pas lieu de suivre à l'enquête;
 
II. met les frais à la charge de Suzanne MONTANGERO, par 300.- (trois cents) francs;
 
III. met les frais, à la charge de Jean-Marie BONDIA, par 300.- (trois cents) francs.
 
 
LE JUGE INFORMATEUR
 
H. NICOD
 
 
Avisés:
  • Paul, Ranc Chemin de la Cocharde 1, 1806 St-Légier,
  • MONTANGERO Suzanne, par son conseil, Me Gisèle DE BENOIT REGAMEY, avocate, Grand-Pont 2 bis, 1002 Lausanne,
  • BIONDA Jean-Marie, par son conseil, Me Gisèle DE BENOIT REGAMEY, avocate, Grand-Pont 2 bis, 1002 Lausanne.
 
UN DIACRE VAUDOIS DÉCORTIQUE
LES MÉTHODES DE LA SCIENTOLOGIE
 
24 Heures, 15 décembre 1993
[Texte intégral]
Pourfendeur de sectes, Paul Ranc , passe en revue les mœurs des disciples de
L. Ron Hubbard, le pionnier de la dianétique.
 
 Paul Ranc, diacre de l'Eglise réformée vaudoise,
enfourche un nouveau cheval de bataille.
(Photo : Michel Schmaltz-archives)
 
Après s'être penché sur les méthodes peu catholiques de l'évangéliste «doré» Jean-Michel Cravanzola - en fuite en Floride depuis les années huitante - et sur celles des rosicruciens, puis des francs-maçons, le diacre de l'Eglise réformée vaudoise Paul Ranc enfourche un nouveau cheval de bataille. Il s'attaque cette fois à la dianétique, cette religion propagée par l'Américain Lafayette Ron Hubbard, décédé en Californie en 1986, et qui compterait aujourd'hui quelque 4 millions d'adeptes de par le monde.
 
Pour Paul Ranc, pas de doute, la scientologie est une secte redoutable et c'est une mauvaise doctrine. Pour mieux pouvoir la dénoncer et combattre ses effets néfastes, il s'est efforcé de décrypter l'enseignement complexe de l'Américain qui a laissé derrière lui quelque 25 ouvrages et des centaines de brochures. Une oeuvre qui recourt à la psychanalyse, à l'occultisme, aux croyances réincartionnistes comme à la science-fiction.
 
Exemples peu flatteurs
 
Si les biographes officiels de Ron Hubbard tentent d'enjoliver son passé de philosophe-explorateur- ingénieur-mathématicien et capitaine de corvette dans la marine US durant la Seconde Guerre, Paul Ranc cite des exemples moins flatteurs. La carrière militaire du lieutenant de réserve Hubbard fut une succession d'échecs, assure­t-il en citant des sources américaines. Aux-commandes de son sous-marin, il livra ainsi une bataille de trois jours à un rocher magnétique.
 
Il s'attira ensuite les foudres de la Food and Drug Administration en lançant une combinaison de vitamines censées réduire les effets des radiations et guérir un début de cancer. A la tête d'une expédition maritime, il parcourut les océans à la chasse aux trésors : sur son navire amiral, il disposait d'une garde personnelle composée de petites filles et d'adolescentes, raconte l'auteur qui dépeint les méthodes dictatoriales de LRH et sa triste fin de règne.
 
Durant six ans, le fon­dateur de la scientologie vécut caché de tous, y compris de sa femme et de ses enfants, jusqu'à ce qu'un haut responsable de la secte n'annonce sa mort, le 27 janvier 1986, à l'âge de 74 ans.
Organisation tentaculaire
 
Paul Ranc s'attache aussi à décrire l'organisation tentaculaire et très hiérarchisée de la secte avec son centre européen à Copenhague et son centre nerveux à Los Angeles. Parmi les «patrons» de l'organisation - ceux qui ont versé plus de 40'000 dollars à la secte -, il cite le nom de la Lausannoise Catherine Uthemann, fondatrice du centre anti­drogue Narconon aux Plans-sur­Bex, Mais entre la drogue et la secte, quel est le moindre mal ?, peut-on se demander.
 
Montrant le dessous des cartes, il cite les noms de plusieurs sociétés dans la mouvance directe, comme U-Man, à Blonay, Man Age ou la très genevoise Organisation & Management, qui cherche à mettre en pratique l'Encyclopédie dynamique du Management, dont les cours sont offerts au prix de 2'400 à 18'500 francs.
Eglise ou «pompe à fric»
 
Paul Ranc s'appuie sur l'histoire de la secte pour dénoncer son statut d' «association sans buts «lucratifs» et s'étonner qu'autorités et fisc suisses ne se penchent pas davantage sur la comptabilité de cette Eglise pas comme les autres.
 
Avec le risque que les pontes de la scientologie ne relancent la machine judiciaire contre l'un de ses détracteurs. En tant qu'ancien président de l'Association de défense de la famille et de l'individu. (ADFIS), Paul Ranc avait été accusé par la secte de faux témoignages et de diffamation, avant de se voir libéré de toute peine par un juge informateur de l'Est vauçlois.
 
«Le meilleur moyen de combattre les sectes n'est pas l'attaque tous azimuts, mais l'information», se défend par avance l'intrépide et tenace diacre réformé.
 
Olivier Grivat
 
UNE BIBLE DE 830 PAGES !
 
L'information - évidemment quelque peu différente de celle de Paul Ranc - est aussi l'arme utilisée par l'Eglise de scientologie qui sort de presse un volumineux ouvrage en français de quelques 830 pages, intitulé «Qu'est-ce que la scientologie ?»
 
On y retrouve la biographie de Ron hubbard, mais sous des angles assez peu ressemblants à ceux utilisés par ses détarcteurs. Les étranges pratiques de l'«électro-psychomètre», utilisé pour mesurer l'état mental des adeptes, y sont expliqués de long en large.
 
La secte pourfend aussi ses adversaires traditionnels que sont les psychiatres et Interpol, et plaide pour la liberté de religion. Le livre montre la photo idyllique d'un mariage scientologue, celle du bateau de croisière «Freewinds» (basé aux Antilles, il sert de lieu de retraite aux scientologues des plus hauts niveaux d'«avancement spirituel», et énumère la liste et les témoignages des célébrités ayant adhéré à l'«église», de la cantatrice Julia Migenes à l'acteur John Travolta.
 
Une «église» dont le statut d'organisme à but non lucratif a été reconnu récemment par le Département du Trésor américain, et qui se trouve donc exemptée d'impôts, du moins à son siège international de Los Angeles, situé à Hollywood Boulevard, assurent les scientologues, preuve à l'appui.
 
Une démarche parallèle est à l'étude auprès de la Commission d'impôts à lausanne, explique Suzanne Montangero. Présidente élue pour deux ans d'un conseil d'administration de cinq membres, et responsable d'un «Comité contre la discrimination», c'est l'une des 50 permanentes de la chapelle lausannoise (400 membres).
 
Les «églises» de Genève, Bâle et Berne compteraient à peu près le même nombre de membres, alors que celle de Zurich en rassemblerait 700.
 
Olivier Grivat