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Canton de Vaud: la scientologie ferait-elle peur aux politiciens ?
 
Une pétition antiscientologue dort dans les tiroirs de l’Etat (24 heures - 29 juin 2006)
 
TÉMOIGNAGE : «Lorsqu’ils m’ont demandé mes économies, j’ai dit stop» (24 heures - 29 juin 2006)
 
Pétition de l'AVDS pour un contrôle de la scientologie et de sa thérapie (Texte original - janvier 2004)
 
La pétition "Pour un contrôle de la scientologie et de sa thérapie" est bien arrivée au Conseil d'Etat du canton de Vaud et vient d'être transmise à la commission des pétitions (21 janvier 2004)
 

Une pétition antiscientologue dort dans les tiroirs de l’Etat

LENTEURS : Un ennemi juré de la scientologie attend depuis deux ans une réponse du Conseil d’Etat. Ce dernier avait trois mois pour prendre position.

24 Heures - 30 juin 2006, par Philippe Maspoli

Jean-Luc Barbier a été scientologue. Ce musicien et peintre a même fait partie des gradés de la secte. Il a porté le titre d'officier d'éthique et a suivi un stage au siège mondial de Clearwater en Floride. A la fin des années 80, dépouillé et dégoûté, il a déclaré la guerre à la scientologie, non seulement pour obtenir plusieurs centaines de milliers de francs de remboursements et d'indemnités, mais aussi pour soutenir ceux qui veulent échapper au mouvement, avec l'Association d'aide aux victimes de la dianétique et de la scientologie (AVDS).

«Culpabilisation»

Dans le canton de Vaud, il a obtenu en 2003 la condamnation à quinze jours de prison avec sursis pour diffamation de Suzanne Montangero, présidente de l'Eglise de scientologie de Lausanne. Dans la foulée, il a déposé au Grand Conseil une pétition exigeant un suivi médical de tout nouvel adepte de la scientologie. «Chaque nouvel arrivant est soumis à un certain nombre de mesures de culpabilisation, de déstabilisation, d'isolement, de purification et d'ingurgitation de fortes doses de niacine et de vitamines», affirme Jean-Luc Barbier, interrogé par la commission des pétitions. Cette dernière remet son rapport en juin 2004, il y a deux ans exactement. En septembre, le Grand Conseil transmet le dossier au Conseil d'Etat «pour qu'il se penche sur la pratique de la scientologie».

Aujourd'hui, aucune réponse officielle n'est tombée. «Selon la loi sur le Grand Conseil, le Conseil d'Etat a trois mois pour informer les députés. En comptant large, nous aurions dû recevoir un rapport en 2005. Mais il n'y a rien eu», relève Christian Polin, président de la commission des pétitions. Jean-Luc Barbier s'impatiente. Il a écrit en mai au conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud, qui vient de lui suggérer d'envoyer les témoins d'abus chez le médecin cantonal.

Pour l'auteur de la pétition, cela revient à botter en touche : «Les médecins ont-ils une formation sur les sectes ?», s'interroge-t-il. De son côté, Suzanne Montangero réfute les accusations. La niacine et les vitamines à haute dose ? «Nous avons un programme précis. Il s'agit d'un nettoyage du corps. Il faut remettre ces accusations dans leur contexte. Le seul but de M. Barbier est de fermer la scientologie. Il nous dénigre depuis 20 ans».

L'Etat promet une réponse avant la mi-juillet, mais il ne la dévoile pas. Eric Golaz, chef du Service des communes et des relations institutionnelles (SECRI) : «Nous attendions de voir si la nouvelle loi sur les religions allait traiter de la question des sectes. Mais ce n'est pas le cas.» En attendant, des habitants du canton témoignent encore de leurs démêlés avec la scientologie.

TÉMOIGNAGE


RESCAPÉS. Anna, 34 ans, et son fils, de 14 ans ont suivi des courspendant 14 mois.
Photo : Florian Cella

«Lorsqu’ils m’ont demandé mes économies, j’ai dit stop»

Serveuse dans un bistrot du Gros-de-Vaud, Anna*, âgée de 34 ans, a suivi pendant 14 mois des «cours» de la scientologie, à Lausanne. Elle y a même amené son fils de 14 ans. Etrangère - elle est d'origine portugaise - et divorcée, elle était fragilisée par sa situation. Une recrue typique. Elle raconte. «Comment j'ai atterri là-bas en octobre 2004 ? J'ai connu quelqu'un au travail, j'ai commencé à sortir avec cet homme. Il était scientologue, mais je ne le savais pas. Il m'avait dit : je suis des cours. C'étaient des cours de commu- nication. Je n'ai pas tout de suite compris que c'était la scientologie. Il y avait des livres de Ron Hubbard (n.d.l.r. : le fondateur de l'Eglise de scientologie), j'en ai discuté avec mon médecin de famille. Je me sentais mal à chaque fois, je n'avais pas de repère. J'avais l'impression de ne plus être moi-même. Ils veulent tout savoir sur votre vie privée … Ils m'ont proposé d'amener mon fils, je l'ai fait.

Un jour, une dame m'a dit : si vous avez un compte bancaire, vous pouvez l'apporter chez nous. Ils m'ont demandé mes économies ! Là, ça a été le déclic, j'ai dit stop. Quand je suis partie, au début de 2006, j'ai pensé qu'ils ne me dérangeraient pas, mais j'ai reçu plusieurs lettres et coups de téléphone. J'ai payé 4'000 francs (2'600.- euros). A un niveau plus élevé, les cours coûtent 10'000 francs (6'600.- euros). Je suis contente de m'en être sortie sans dette. S'il y a des prêts bancaires, les gens sont pris au piège.»  Ph.M.

*Prénom d'emprunt

 
 
Pétition de l'AVDS pour un contrôle de la scientologie
et de sa pseudo thérapie pychiatrique

 

 
«Nous avons un programme précis. Il s'agit d'un nettoyage du corps. Il faut remettre ces accusations dans leur contexte. (...)».

Suzanne Montangero, présidente de la scientologie

Propos publiés dans 24 heures, 29 juin 2006