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Une pétition antiscientologue dort dans les tiroirs de l’Etat
LENTEURS :
Un ennemi juré de la scientologie
attend depuis deux ans une réponse du Conseil d’Etat. Ce dernier avait trois
mois pour prendre position.
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Heures - 30 juin 2006, par Philippe Maspoli
Jean-Luc Barbier a été scientologue. Ce musicien et peintre a même fait
partie des gradés de la secte. Il a porté le titre d'officier d'éthique et a
suivi un stage au siège mondial de Clearwater en Floride. A la fin des années
80, dépouillé et dégoûté, il a déclaré la guerre à la scientologie, non
seulement pour obtenir plusieurs centaines de milliers de francs de
remboursements et d'indemnités, mais aussi pour soutenir ceux qui veulent
échapper au mouvement, avec l'Association d'aide aux victimes de la dianétique
et de la scientologie (AVDS).
«Culpabilisation»
Dans le
canton de Vaud, il a obtenu en 2003 la condamnation à quinze jours de prison
avec sursis pour diffamation de Suzanne Montangero, présidente de l'Eglise de
scientologie de Lausanne. Dans la foulée, il a déposé au Grand Conseil une
pétition exigeant un suivi médical de tout nouvel adepte de la scientologie.
«Chaque nouvel arrivant est soumis à un certain nombre de mesures de
culpabilisation, de déstabilisation, d'isolement, de purification et
d'ingurgitation de fortes doses de niacine et de vitamines», affirme Jean-Luc
Barbier, interrogé par la commission des pétitions. Cette dernière remet son
rapport en juin 2004, il y a deux ans exactement. En septembre, le Grand Conseil
transmet le dossier au Conseil d'Etat «pour qu'il se penche sur la pratique de
la scientologie».
Aujourd'hui, aucune réponse officielle n'est tombée.
«Selon la loi sur le Grand Conseil, le Conseil d'Etat a trois mois pour informer
les députés. En comptant large, nous aurions dû recevoir un rapport en 2005.
Mais il n'y a rien eu», relève Christian Polin, président de la commission des
pétitions. Jean-Luc Barbier s'impatiente. Il a écrit en mai au conseiller d'Etat
Jean-Claude Mermoud, qui vient de lui suggérer d'envoyer les témoins d'abus chez
le médecin cantonal.
Pour l'auteur de la pétition, cela revient à botter
en touche : «Les médecins ont-ils une formation sur les sectes ?»,
s'interroge-t-il. De son côté, Suzanne Montangero réfute les accusations. La
niacine et les vitamines à haute dose ? «Nous avons un programme précis. Il
s'agit d'un nettoyage du corps. Il faut remettre ces accusations dans leur
contexte. Le seul but de M. Barbier est de fermer la scientologie. Il nous
dénigre depuis 20 ans».
L'Etat promet une réponse avant la mi-juillet,
mais il ne la dévoile pas. Eric Golaz, chef du Service des communes et des
relations institutionnelles (SECRI) : «Nous attendions de voir si la nouvelle loi
sur les religions allait traiter de la question des sectes. Mais ce n'est pas le
cas.» En attendant, des habitants du canton témoignent encore de leurs démêlés
avec la scientologie.
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- RESCAPÉS. Anna, 34 ans, et son fils,
de 14 ans ont suivi des
courspendant 14 mois.
- Photo
: Florian Cella
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«Lorsqu’ils m’ont demandé mes économies, j’ai dit stop»
Serveuse dans un bistrot du Gros-de-Vaud, Anna*, âgée de 34 ans, a suivi
pendant 14 mois des «cours» de la scientologie, à Lausanne. Elle y a même amené
son fils de 14 ans. Etrangère - elle est d'origine portugaise - et divorcée,
elle était fragilisée par sa situation. Une recrue typique. Elle raconte.
«Comment j'ai atterri là-bas en octobre 2004 ? J'ai connu quelqu'un au travail,
j'ai commencé à sortir avec cet homme. Il était scientologue, mais je ne le
savais pas. Il m'avait dit : je suis des cours. C'étaient des cours de
commu- nication. Je n'ai pas tout de suite compris que c'était la scientologie. Il
y avait des livres de Ron Hubbard (n.d.l.r. : le fondateur de l'Eglise de
scientologie), j'en ai discuté avec mon médecin de famille. Je me sentais mal à
chaque fois, je n'avais pas de repère. J'avais l'impression de ne plus être
moi-même. Ils veulent tout savoir sur votre vie privée … Ils m'ont proposé
d'amener mon fils, je l'ai fait.
Un jour, une dame m'a dit
: si vous avez un
compte bancaire, vous pouvez l'apporter chez nous. Ils m'ont demandé mes
économies ! Là, ça a été le déclic, j'ai dit stop. Quand je suis partie, au début
de 2006, j'ai pensé qu'ils ne me dérangeraient pas, mais j'ai reçu plusieurs
lettres et coups de téléphone. J'ai payé 4'000 francs (2'600.- euros). A un niveau plus élevé,
les cours coûtent 10'000 francs (6'600.- euros). Je suis contente de m'en être sortie sans
dette. S'il y a des prêts bancaires, les gens sont pris au piège.»
Ph.M.
*Prénom d'emprunt
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