- Panda
Software
victime de la scientologie ?
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- France 3, Emission "Pièces à Conviction"
- 3
mai 2001 par Elise
Lucet / Transcription mot a mot
[Extrait]
(...)
Espionnage stratégique mais aussi emprise économique, on vient d'en
parler. Tous les coups sont permis pour infiltrer les secteurs sensibles.
Depuis quelques semaines, on s'est par exemple aperçu qu'au moins 12 % des
logiciels du Ministère de l'Intérieur en France, provenait d'une société
dirigée par des Scientologues, même chose au Ministère de l'Education
Nationale.
Pour les membres de xxxxxx, l'émotion est grande. Ils ont
rendez-vous à Matignon. C'est la deuxième fois en un an. La MILS, la Mission
Interministérielle de Lutte contre les Sectes, est installée à côté des
bureaux du Premier Ministre, Lionel Jospin. Les hôtes américains y voient là
la preuve de l'engagement de la France, et un encouragement à continuer leur
propre lutte. Ils sont venus raconter aux magistrats de la mission tout ce
qu'ils savent de l'infiltration de la Scientologie, dans les rouages des
administrations françaises et américaines.
Magistrat
américain : Quand je dis à des français, si vous ne faites pas attention à la
Scientologie, il arrivera ce qui arrive en ce moment à CLEARWATER. Ils me
répondent, "non pas en France. C'est impossible". Mais je dis
attention.
Un membre de la MILS
(=MIVILUDES) : Les américains croient eux aussi que
ce n'est pas possible aux Etats-Unis.
Ils vont suivre 3 heures
d'entretien de la plus haute importance, discussions confidentielles, à
laquelle nous ne pouvons assister.
Jesse Prince était scientologue. Mais
ce qui justifie sa présence à Paris aujourd'hui, c'est la fonction qu'il est
parvenu à occuper au sein de la secte. Fonction très importante, de 88 à 92,
il affirme en effet avoir travaillé dans les services secrets de la
Scientologie.
Jesse Prince, ex-membre de la secte
: "La Scientologie
est en réalité un service de renseignement privé. Chaque chose qu'ils
entreprennent est fondé sur les secrets qu'ils ont pu glaner. Toutes leurs
actions n'ont d'autre but que le renseignement. C'est en fait la vrai
religion de la Scientologie. C'est la seule vraie croyance à l'intérieur de
la Scientologie. Aux Etats Unis, la croyance religieuse n'est qu'une
mascarade. Aux Etats Unis, on lui a pourtant accordé le statut de religion,
mais ce n'est rien d'autre qu'un service de renseignement."
En France, la
Scientologie est présente depuis le début des années 70. Sous forme
d'associations, de librairies spécialisées, implantées à travers tout le
territoire, l'église de Scientologie à discrètement tissé sa toile. Une
expansion et un prosélytisme dénoncé pour la première fois officiellement en
1985. A l'occasion du premier rapport Vivien, la Scientologie était dénoncée
comme une secte, à surveiller particulièrement. Une mise à l'index, et une
justice plus sourcilleuse, qui n'ont rien arrêté, au contraire. Il y a un
mois encore, l'église de Scientologie exposait en plein coeur de
Paris.
Danièle Gounor, porte parole de la Scientologie
: Le but de
cette exposition, c'est d'abord un gros travail, c'est de, c'est que les
gens se rendent compte par eux mêmes de ce qu'est la Scientologie
réellement, et d'avoir leur point de vue, et d'en finir comme ça avec les
rumeurs, les fausses informations, etc, sur la Scientologie. Danièle
Gounor, elle est la porte parole de l'église de Scientologie en
France.
Danièle Gounor, porte parole de la Scientologie
: Nous
avons des buts qui sont louables, nous aidons les gens, et donc c'est une
question pour l'état français, de commencer à regarder qui nous sommes. Nos
portes sont ouvertes, aujourd'hui cette exposition est faite pour eux. Ils
sont pas là, voyez. Qui sont les membres, qui sont ces gens
là .....
Regardez de plus près, certains n'ont pas attendu, les policiers
des renseignements généraux notamment. Depuis des années ils surveillent et
traquent les activités de la Scientologie. En 95 on s'inquiétait de la
multiplication des filiales, du phénomène des satellites cachés, avec un
chiffre. Selon la Direction Centrale des renseignements généraux, près de 60
filiales sont rattachées à l'église de Scientologie. Ces dernières années le
phénomène s'est encore amplifié avec l'apparition de sociétés commerciales
notamment, créées ou dirigées par des scientologues. Tous les domaines de la
vie économique sont investis. Dans le rapport parlementaire, les sectes et
l'argent, la liste est longue. L'an dernier uniquement sur Paris et la
région parisienne, les services de police estimaient ainsi à 150 au moins,
le nombre de sociétés en rapport avec la secte.
Jesse Prince,
ex-membre de la Scientologie : La Scientologie est en fait un conglomérat de
sociétés créé pour limiter la responsabilité légale, en cas de litige sur
d'éventuelles activités criminelles. En d'autre terme si une société
officieusement apuye à la Scientologie mais officiellement indépendante fait
faillite, eh bien tant pis. Ils avaient 250 sociétés, il leur en reste 249.
Ces sociétés reçoivent directement leurs directives depuis les Etats Unis,
le nom du réseau qui regroupe toutes ces sociétés Scientologues, on
l'appelle WISE.
WISE, une structure qui s'affiche ouvertement sur
Internet. A la tête de ce réseau, une poignée d'hommes. On les voit ici,
photographiés lors d'un banquet en fait sur ce cliché, les vrais patrons de
la secte, aujourd'hui. Au centre, l'homme qui a succédé à René Barde, Davis
Hischevitch. Dans l'annuaire mondiale de WISE, des centaines de sociétés,
beaucoup aux Etats Unis bien sûr, quelques unes en France, 34 exactement
dans l'annuaire 99. Une nébuleuse et un entrelat de sociétés qui génèrent
beaucoup d'argent. Certaines reverseraient à l'organisation jusqu'à 15 % de
leurs bénéfices.
Mais au delà des flux d'argent, des interrogations plus
techniques. Beaucoup de ces sociétés sont en effet sur un marché très
sensible, celui de l'informatique. Parmi elle, une société, Panda software.
Basée à Bilbao en Espagne, Panda Software est aujourd'hui le quatrième
éditeur au monde de logiciels antivirus. Sur son site Internet, des clients
dans 50 pays est-il écrit. Parmi eux, des sociétés prestigieuses,
différentes administrations, et un morceau de choix, le Ministère de
l'Intérieur français. Dans les bureaux de l'entreprise implantée en région
parisienne, nous sommes allés rencontrer le directeur français de Panda
Software. L'homme a accepté de répondre à quelques
questions.
Jean-Claude Michel, Directeur de Panda Software France
: On
travaille avec le Ministère de l'Intérieur, on travaille avec différentes
autres administrations, comme différents conseillers ou conseils
généraux.
Le journaliste
: Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait
pour le ministère de l'intérieur ?
Jean-Claude Michel, Directeur de
Panda Software France : Non je ne peux pas trop en parler là.
Le
journaliste : Le créateur du groupe Panda Softwre est scientologue. Est-ce que
ça ne pose pas un problème ?
Jean-Claude Michel, Directeur de Panda
Software France : Bon si vous voulez le problème posé par ça, s'il y a un
problème, Panda International est une entreprise qui a, qui se compose de
400 personnes. Vous avez des personnes de différentes religions, de
différentes races, de différentes couleurs. Pour ce qui est du cas du PDG,
OK, c'est ça vie privée, si vous avez besoin de lui poser des questions, je
pense que cette personne vous répondra personnellement. Ici qu'est ce qu'on
cherche ...
Selon le ministère de l'intérieur, 12% de son parc
informatique serait déjà équipé par les antivirus de Panda Software,
administration centrale, préfectures, commissariats. Une question se pose,
un antivirus ne pourrait-il pas servir à pénétrer les bases
ultraconfidentielles de la police nationale ? Début de réponse au fond de ce
laboratoire informatique.
Jacques Eltabet, directeur laboratoire
informatique : Comme l'antivirus est au coeur du système d'exploitation de
l'ordinateur, il va être capable de regarder absolument tout. C'est à dire
tous les fichiers, et en particulier de regarder toutes informations qui lui
plaît, aussi bien des signatures de virus, que des mots clés.
Un
antivirus pourrait donc se révéler un formidable espion, mais il y a plus
inquiétant. Non seulement les données au sein d'un ordinateur peuvent être
lues, mais elles peuvent aussi être modifiées à distance, sans plus de
problème. Démonstration avec cet ingénieur. A droite un ordinateur sur
lequel on travaille, à gauche, l'ordinateur pirate. Celui-ci pourrait se
trouver à des milliers de kilomètres, la manipulation serait la
même.
Gregory Perron, ingénieur informatique
: Alors que l'utilisateur
sur l'ordinateur ne se rend compte de rien, il tape ses fichiers, il vaque à
ses occupations, notamment un fichier un petit peu sensible sur des
commentaires sur des employés. Typiquement la personne s'est connectée, elle
voit tous les fichiers qui s'affichent. Elle peut naviguer au travers des
répertoire en toute impunité, et elle va tomber sur un fichier qui s'appelle
personnel.txt
Place Beauvau on est informé du problème, mais malgré
l'information rendue publiques il y a quelque jour, malgré plusieurs
demandes d'interview, nul n'a voulu s'exprimer face à la caméra. Autre cible
touchée par les logiciels de Panda Software, l'Education Nationale. A ce
jour en effet, de nombreux établissement et rectorats sont équipés de
l'antivirus suspect. Au sein de ce ministère, on a tout de suite senti le
danger.
Daniel Groscola, Responsable de la prévention contre les sectes à
l'Education Nationale : Nous craignons que ce soit un moyen d'introduction
pour établir des relations ne serait-ce au titre de la garantie ou pour ce
qui autoriserait cette société à proposer ensuite des compléments à ce
logiciel. Donc c'est une introduction et c'est la raison pour laquelle nous
demandons à nos responsables des établissements scolaires, de ne pas
acquérir, et ceux qui l'on acheté, de ne plus utiliser ce
logiciel.
L'histoire de Panda Software a un précédent. C'était l'an
dernier en Allemagne. Avec là un logiciel suspect au sein de certains
ordinateurs vendus. Dans le collimateur, Windows 2000, de Microsoft. Au coeur
du programme en effet un logiciel fabriqué par une société informatique
installée en Californie, et dirigée par un scientologue notoire, présent en
bonne place dans l'annuaire WISE. Depuis, l'Allemagne a demandé à la firme
américaine qu'un déprogrammateur du logiciel scientologue, soit inclu dans
chaque Windows 2000 désormais vendus. Microsoft a dit oui, mais seulement
pour l'Allemagne.
En réalité le gouvernement Allemand n'a pas laissé
le choix, puisque celui-ci a menacé directement la firme Microsoft
d'interdire la vente de Windows 2000. Estimant le marché important,
Microsoft a donc préféré sagement donner la possibilité de retirer le
produit incriminé, tout en sachant que la vente ou l'addition d'un autre
produit permettrait d'avoir les mêmes fonctions cachées, s'il y en avait.
Toujours est-il que Microsoft a été dénoncé à plusieurs reprises pour ses
liens avec les services secrets américains, et quand on cherche, on
trouve.
Invité de Pièces à Convictions, Danièle Gounord, porte parole de
la Scientologie : Sachant que nous faisions cette émission, le ministère
de l'intérieur nous a fait parvenir un fax, il y a tout juste quelques
minutes. C'est un fax d'une page, vous le voyez à peu près. Je vous en lis
les toutes dernières phrases, donc du ministère de l'intérieur : "Il
convient de rappeler que le ministère dispose de son propre réseau sécurisé,
dont l'imperméabilité fait l'objet de tests réguliers. Enfin il est précisé
que le lien contractuel avec la société Panda est appelé à s'interrompre,
dans les prochains jours."
Vous êtes surprises de cette
décision ?
Danièle Gounord, porte parole de la Scientologie
: ça ne me
concerne pas vraiment, je veux dire, si on cessait de faire l'amalgame entre
l'église de scientologie et leurs membres, ça rendrait les choses beaucoup
plus simple pour tout le monde. Actuellement la chasse à Panda je la trouve
absolument scandaleuse.
Panda
Software : La société Panda Software déboutée de ses demandes
(février 2003) |