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- PRÉAVIS
À L'INTENTION DU PARLEMENT JURASSIEN
- CONCERNANT LA DEUXIÈME
PÉTITION
- DE M. JEAN-LUC BARBIER DU 10 MARS 2004
- «POUR
UNE MEILLEURE PRÉVENTION CONCERNANT
- LES SECTES ET LEURS
ACTIONS SUBREPTICES»
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- 6 septembre
2004
- [Texte
intégral - titres ajoutés, ndlr]
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- Monsieur
le Président,
- Mesdames
et Messieurs les Députés,
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- Selon
l'article 80 de la Constitution cantonale, chacun a le droit
d'adresser une pétition aux autorités et toute
autorité saisie d'une pétition est tenue de la
traiter et d'y répondre.
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- Le 5
novembre 2003, M. Jean-Luc Barbier, professeur, musicien, compositeur
et peintre, a fait parvenir une pétition au Parlement.
Ce dernier en a traité lors de sa séance du 19
mai 2004 et a rejeté cette première pétition.
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- Le 10
mars 2004, M. Barbier a fait parvenir au Parlement une deuxième
pétition qui est annexée. Saisie de celle-ci,
la commission parlementaire de la justice et des pétitions
(ci-après: «la commission») a l'avantage
de vous faire part des considérations suivantes.
-
- Le pétitionnaire
demande «que nos autorités établissent un
règlement de police afin de pouvoir soumettre à
autorisation la distribution de plaquettes et autres promotions
subreptices de mouvements sectaires dans l'espace public.
-
- Sur un
plan factuel, il relève à l'appui de cette demande
une «distribution d'une promotion subreptice pour un centre
pour toxicomanes dirigé par les scientologues dans le
Lycée cantonal de Porrentruy, dans la rue, ainsi que
dans les magasins et pharmacies du canton
- du Jura».
-
- Au vu
du contenu de cette pétition, la commission a requis
des renseignements auprès des trois personnes suivantes
:
-
- Le
directeur du Lycée cantonal reconnait que la distribution
du document de la scientologie est une erreur qu'il prend volontiers
sous sa responsabilité
-
- M. Pierre-Alain
Cattin, directeur du Lycée cantonal, a admis que le document
cité dans la pétition a été distribué
dans les casiers des élèves du Lycée cantonal
par le biais du secrétariat de celui-ci. Sa prise de
position est au surplus résumée comme suit. Il
a pris précédemment connaissance du contenu du
document, mais le nom de l'auteur, en très petits caractères,
n'a pas attiré autrement son attention. Rendu attentif
à l'éditeur du document par un enseignant le lendemain
de sa distribution, plus tard par des parents d'élèves,
il a fait retirer les documents encore présents dans
les casiers. De manière générale, M. Cattin
se déclare très vigilant et pratique une sorte
de «censure» lorsqu'il reçoit des documents
à distribuer aux élèves. Il essaie dans
la mesure du possible d'être impartial et de donner aux
étudiants les informations libres de toute incitation,
de quelque nature qu'elle soit. Son rôle de direction
est déjà de veiller à ce que l'information
véhiculée au Lycée cantonal ne contienne
pas d'incitation à rejoindre un quelconque mouvement
de propagande. Selon lui, il s'agit en l'occurrence simplement
d'une erreur qu'il prend volontiers sous sa responsabilité.
-
- Le
pharmacien cantonal trouve qu'il est inconcevable de soumettre
à autorisation préalable la distribution de brochures
«tout public».
-
- M. Gabriel
Voirol, pharmacien cantonal relève en substance qu'à
sa connaissance, deux pharmacies ont distribué une brochure
intitulée «La vérité sur le joint»,
éditée par l'association «Non à la
drogue Oui à la vie». Cette association serait
parrainée par l'Eglise de scientologie du Québec.
Contactés, les deux pharmaciens ont admis ne pas avoir
fait attention àun éventuel lien entre la brochure
et cette Eglise. Ils ont immédiatement retiré
les quelques exemplaires qu'ils avaient à leur disposition.
Par ailleurs, une circulaire a été envoyée
aux pharmacies jurassiennes afin d'inviter les responsables
à prêter une attention plus marquée sur
le contenu des différentes brochures mises à la
disposition du public. M. Voirol estime que la pétition
est inapplicable et qu'il est inconcevable de soumettre à
autorisation préalable la distribution de brochures «tout
public».
- Les deux
questions qu'il conviendrait de se poser sont :
-
- d'une
part, faut-il renforcer l'arsenal législatif ayant
trait aux sectes
- et,
d'autre part, l'Eglise de scientologie est-elle ou serait-elle
considérée comme une secte ?
-
- Le
médecin cantonal : l'association Narconon n'est pas illégale
-
- M. Jean-Luc
Baierlé, médecin cantonal, note en résumé
que l'association «Narconon» existe et qu'elle utilise
divers moyens publicitaires, dans le canton du Jura et ailleurs,
pour se faire connaître. Il rappelle toutefois qu'elle
n'est pas illégale. Selon lui, sans faire partie directement
de l'Eglise de scientologie, elle ne nie pas être soutenue
par cette dernière. A ce titre, le site internet de cette
institution («narconon.ch») est parfaitement explicite.
-
- Le centre
de traitement pour personnes toxico-dépendantes que les
membres de l'association exploitent dans le canton de Vaud existe
bel et bien, et, quoique non subventionné, il n'a pas
été interdit par les autorités de ce canton.
Son existence est soumise au respect de la législation
cantonale vaudoise. Cela étant, M. Baierlé estime
qu'il lui paraît impossible d'intervenir sur la base de
son mandat et de ses compétences pour interdire la diffusion
d'informations dans le domaine public de la part de cette association.
-
- Avis
de la commission
-
- Sur le
fond de la question, la commission a pris en considération
les éléments suivants : La distribution (gratuite)
d'imprimés à caractère idéal, non
lucratif, constitue en principe un usage commun du domaine public
et n'est pas soumise à autorisation. Il semble qu'une
norme cantonale ou communale qui imposerait une telle autorisation
ne serait pas conforme au droit fédéral (1).
-
- Certes,
malgré le constat qui précède, le législateur
pourrait peut-être adopter une base légale soumettant
à autorisation la distribution, à certaines conditions,
d'imprimés émanant de divers groupements à
dérive sectaire. Le fondement de cette autorisation ne
serait pas l'utilisation du domaine public mais la protection
de biens de police (2).
-
- La commission
propose toutefois de renoncer à cette possibilité
pour des motifs généraux, liés au contenu
de la pétition ou aux difficultés considérables
de définir le champ d'application d'une telle base légale
dans le respect des droits constitutionnels.
-
- Motifs
du rejet de la pétition :
-
- Ces motifs
sont résumés sommairement ainsi :
-
- La pétition
peut avoir n'importe quel contenu, mais cela ne signifie pas
que l'autorité doive obligatoirement entrer en matière.
Celle-ci dispose d'un très large pouvoir d'appréciation
et peut rejeter la pétition pour n'importe quel motif
(3). En l'espèce, la commission estime
que la pétition n'est pas le moyen adéquat pour
former la présente demande de modification législative.
Les droits politiques sont sur ce point exercés notamment
par le biais de l'initiative populaire.
- Dans
les cas isolés cités à l'appui de la pétition,
les autorités compétentes avaient décelé
préalablement la problématique, ainsi que l'attestent
les déterminations de MM. Cattin, Voirel et Baierlé.
Elles sont intervenues et y ont remédié. Au surplus,
la réglementation et la pratique actuellement en vigueur,
notamment au Lycée cantonal, paraissent apporter une
réponse adéquate. Dès lors, l'opportunité
de la base légale que demande la pétition est
discutable.
- Dans
le domaine des sectes, une difficulté essentielle tient
aux critères permettant de qualifier une dérive
sectaire - au sens péjoratif du terme - à savoir
liée à une activité illégale, contraire
aux mœurs (4) ou «nuisible» selon
le terme du pétitionnaire. Cela est d'autant plus
vrai que la législation actuelle ne définit pas
les sectes. Dès lors, si une association religieuse que
d'aucuns qualifient de secte se conforme à la législation,
notamment si des dérives sectaires la concernant ne sont
pas établies et si elle entend distribuer des imprimés
licites, on ne voit pas en quoi la base légale requise
pourrait lui être opposée. En l'occurrence, on
relève que, selon M. Baierlé, l'association «Narconon»,
sur laquelle porte la pétition, n'est pas illégale.
Cela étant, il faut mettre en cause l'efficacité
et les possibilités d'application de la pétition.
- Les deux
pétitions formées par M. Barbier pourraient démontrer
qu'il s'interroge plutôt de manière générale
sur un renforcement de l'appareil législatif ayant trait
aux sectes. La commission considère l'interrogation fondée.
Celle-ci relève toutefois essentiellement de la compétence
du législateur fédéral et non cantonal,
en particulier dans le domaine du droit des personnes (5).
Quoi qu'il en soit, pour les motifs qui précèdent,
la réglementation que requiert en l'espèce la
pétition ne paraît guère efficiente.
En conséquence,
la commission, unanime, propose au Parlement de rejeter cette deuxième
pétition.
Veuillez agréer,
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés,
l'expression de notre parfaite considération.
- Delémont,
le 6 septembre 2004
- Au nom
de la commission de la justice et des pétitions:
-
- La présidente
: Germaine Monnerat
- Le vice-chancelier
d'Etat : Jean-Claude Montavon
-
- 1
Cf. not. articles 38 ss de la loi sur l'industrie (RSJU 930.1)
qui prévoit même que la vente de journaux sur la
voie publique n'est pas soumise à autorisation (article
42, alinéa 2, lettre d); le classique arrêt Aleinick
A TF 96 1 586; MOOR, Droit administratif, vol. III, Berne, 1992,
p. 284 et 288.
- 2
Cf. ivloOR, op. cit., p. 291.
- 3
MORITZ, Commentaire de la Constitution jurassienne, vol. Il,
Courrendlin, 2002, p. 415 et 417.
- 4
Cf. article 52,alinéa 3, du Code civil suisse (RS 210,
ci-après : CC)
- 5
Titre premier du CC
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-
- Le Quotidien
Jurassien, 21 Fevrier 2000
- [Texte
intégral]
-
- Lutter contre les dérives
sectaires
-
- L'association des victimes de la
scientologie s'est crée parce que le Jura hésite à s'associer au futur Centre
intercantonal d'information sur les
croyances
-
- "J'ai décidé de créer l'Association des
victimes de la dianétique après avoir lu qu'un ministre avait déclaré que le
Jura n'était pas concerné par le problême des sectes", explique Jean-Luc
Barbier, de Porrentruy. Cette ancienne victime de la scientologie regrette que
l'Etat jurassien hésite à participer au futur Centre intercantonal d'information
sur les croyances qui, depuis 1998, fait l'objet d'une reflexion commune entre
les six cantons romands et le Tessin.
-
- Représentant du Jura au sein de ce groupe,
Jean Kistler n'a effectivement pas le sentiment qu'une telle structure
répondrait à un véritable besoin dans le canton. "Ce type de problême est plutôt
rencontré en milieu urbain", constate-t-il, avant d'indiquer que, à sa
connaissance, la justice jurassienne n'a jamais eu à se prononcer sur un litige
opposant un citoyen à une secte.
-
- Jurassiens aussi concernés
-
- Constituée en octobre dernier, l'Association
des victimes de la dianétique et de la scientologie (AVDS) réunit une trentaine
de membres, dont quatre Jurassiens. "Nos principales tâches sont de donner des
conseils aux personnes harcelées par les sectes, par exemple en les dirigeant
vers un avocat ou en les orientant vers d'autres associations, précise Jean-Luc
Barbier. Il a observé que les gens piégés ont souvent honte de ce qui s'est
passé et qu'ils ne savent généralement pas à qui s'adresser. "Les scientologues
viennent régulièrement de Bâle pour distribuer des prospectus dans le Jura et
font des démarches auprès des communes et des entreprises, pour leur proposer
des méthodes de gestion soi-disant révolutionnaires pour avoir un oeil sur leurs
activités", raconte le président de l'AVDS. Il assure même connaître un agent
immobilier du canton qui aurait ainsi perdu plus de 100'000 F.
-
- "Rien n'est prévu pour les
victimes"
-
- L'AVDS va également travailler à la diffusion
d'informations, afin de démontrer les méthodes utilisées par la scientologie
pour piéger leurs membres. Elle va donc prochainement ouvrir un site internet et
organiser des conférences. Elle propose également une oreille attentive aux
victimes qui peuvent appeler le 466 57 72.
-
- D'autre part, Jean-Luc Barbier regrette que
la loi d'aide aux victimes (LAVI), ne prenne pas en compte les victimes des
sectes. "Rien n'est prévu pour les victimes et, ni la justice, ni la police ne
semblent s'intéresser à ce problème", note le président.
-
- Selon lui, depuis qu'il a engagé son combat
contre la scientologie, il aurait été victime d'une trentaine de lettres
anonymes envoyées à différentes instances pour l'accuser faussement. C'est
notamment pour cette raison qu'il aurait décidé de quitter le canton de
Vaud.
-
- "La dianétique" de L.Ron.Hubbard est la
bible des scientologues auquels souhaite s'opposer l'Association des victimes de
la dianétique et de la scientologie récemment crée à
Porrentruy.
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Index
Jura et sectes
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