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LA SCIENTOLOGIE EN FRANCE

RENCONTRE D'UN MINISTRE AVEC TOM CRUISE !??

 
1 septembre 2004
 Communiqué de presse de philippe Vuilque,
président du groupe d'études sur les sectes de l'assemblée Nationale
 
[Texte intégral]
 
Philippe Vuilque, Président du groupe d'Etudes sur les sectes, s'indigne de cette rencontre qu'il trouve inadmissible, inopportune et déplacée. Cette entrevue entre un ministre d'Etat et une star, membre de l'église de scientologie et dont elle fait l'apologie, est contraire à la neutralité de l'Etat et de ses responsables.
 
Nul doute que la scientologie saura récupérer et utiliser médiatiquement cette rencontre.
 
La lutte contre les sectes est une action sérieuse qui passe aussi par une attitude responsable des Ministres de la République. Il est dommage que la boulimie médiatique de certains leur fasse franchir des lignes jaunes.
 

TOM CRUISE VOULAIT RENCONTRER CHIRAC

septembre 2004
 
Libération , 2 septembre 2004 par Antoine Guiral
[Texte intégral]
 
L'Elysée a refusé une demande d'audience de l'acteur scientologue, que Sarkozy a reçu le 30 août.
 
Bienvenu à Bercy, Tom Cruise est non grata à l'Elysée. Au mois de mai, l'acteur américain avait adressé une lettre à Jacques Chirac pour lui demander audience à l'occasion d'une prochaine visite à Paris. Mais le chef de l'Etat n'a pas donné suite, comme l'a affirmé hier la présidence de la République à Libération, en confirmant l'existence d'une missive de l'acteur américain. Contrairement à Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ne souhaitait pas, lui, s'afficher aux côtés d'une star qui est aussi l'une des figures emblématiques de l'église de Scientologie.
 
Considérée comme une secte en France, la scientologie a vu plusieurs de ses représentants faire l'objet de condamnations. L'Elysée a estimé qu'en recevant Tom Cruise, Jacques Chirac aurait offert une tribune inespérée à la scientologie qui n'aurait pas manqué de récupérer une telle rencontre. Son ministre de l'Economie et des Finances, lui, n'a pas eu de telles pudeurs. Lundi 30 août, Nicolas Sarkozy a mis en scène son entrevue avec l'acteur reçu à Bercy pendant plus d'une heure. Arrivé sous les flashs et en navette fluviale au ministère, Tom Cruise avait tressé des lauriers à Nicolas Sarkozy et à son épouse Cécilia, «des gens vraiment formidables !». Il a même invité le couple dans son ranch au Colorado. Officiellement, les deux hommes n'ont pas évoqué la scientologie, se contentant de parler «de cinéma et des relations franco-américaines».
 
Dès le lendemain, le député de Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Brard, membre du conseil d'orientation de la mission interministérielle de lutte contre les sectes, s'était insurgé qu'un «ministre de la République reçoive un représentant ostensible de la scientologie». L'Unadfi, qui regroupe des associations antisectes, avait déploré qu'un «ancien ministre de l'Intérieur en charge des cultes» n'ait pas manifesté davantage de prudence en posant aux côtés de Tom Cruise qui «sert de vitrine à la scientologie».
 
Gêné aux entournures, Sarkozy avait ensuite expliqué qu'en tant que «cinéphile», il éprouvait «beaucoup de sympathie et de considération» pour Tom Cruise.
 
Et question «cinoche», Sarkozy s'y connaît...
 

VERS UNE CONDAMNATION DE LA SCIENTOLOGIE

mai 2002
 
L'Humanité, 17 mai 2002, emilie Rive
[texte intégral]
 
Aujourd’hui, le tribunal correctionnel de Paris rend son verdict sur la scientologie francilienne. Pour la première fois, l'association en tant que telle risque une condamnation.
 
"Traitement d’informations nominatives, publicité mensongère, tentative d’escroquerie et entrave à l'action de la Commission nationale de l’informatique et des libertés." Ce sont peut-être ces griefs qui feront finalement mettre le genou à terre, en France, à un membre vital d’une des plus riches sectes internationales. Les juges de la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris en décideront, à 13 h 30 aujourd’hui.
 
Une des officines de la secte risque d’être condamnée comme personne morale
 
En mars 2001, dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal de Bernard Walter, mandataire de l'"association spirituelle de l’église de scientologie d’×le-de-France", le juge Renaud Van Ruymbeke n’y était pas allé par quatre chemins. Il considérait que l’association avait été créée pour commettre les délits d’escroquerie et de publicité mensongère. Ce qui, aux termes de la loi de 1994, permet la dissolution de l’association (lire l’Humanité des 21 et 25 février 2002). Si celle-ci n'a été que suggérée par Christine Foley, procureure de la République, le 22 février, lors du procès: " Je vous demande de réfléchir à la peine de dissolution au moment de votre délibéré ", disait-elle, c’est bien la première fois qu’une des officines de la secte risque d’être condamnée comme "personne morale" et ne plus pouvoir se réfugier derrière les fuyants gestionnaires qui se proclament seuls responsables.
 
En effet, en novembre 1996, à Lyon, seize d’entre eux, à titre individuel, sont condamnés, l’un pour homicide involontaire et tentative d’escroquerie après le suicide d’un adepte, quinze autres pour complicité, escroquerie et abus de confiance. Deux responsables nationaux sont relaxés. Puis il y eut Toulon, Besançon et Marseille où, le 15 novembre 1999, le responsable local et quatre comparses répondent, eux aussi personnellement, d’escroquerie. Rappelons qu’en 1978, le fondateur lui-même, Ron Hubbard, écopait, par contumace, de quatre ans de prison et 36'000 francs d’amende pour escroquerie. Déjà.
 
Aujourd’hui, donc, les juges trancheront.
 
300'000 euros d’amende pour l’association et la possibilité de dissolution, douze mois de prison avec sursis et 12'000 euros d’amende pour Marc Walter: la procureure fustigeait un "système tendant à obtenir des fonds toujours plus importants pour des résultats illusoires et chimériques".
 
Mais le feuilleton ne s’arrêtera pas là. Il reste les dossiers en instance. Les plaintes de 1983 contre l'antenne parisienne, toujours entre les mains de la juge Marie-Claude Moracchini, ne verront peut-être jamais d’aboutissement, car elle a refusé de les joindre à l’instruction d’un autre faisceau de plaintes, déposées, elles, en 1989, dont elle a fini par être dessaisie et dont l’instruction "avance".
 
La lenteur de son travail aurait privilégié un règlement "à l’amiable" entre la secte et les victimes. Bien que le Conseil supérieur de la magistrature n’ait pas retenu de charge contre elle, c’est de son bureau qu'a disparu un tome et demi du dossier parisien. Ce propos, l’Union Nationale des Associations de Défense de la Famille et de l’Individu, son avocat, Me Olivier Morice, et les journalistes avaient évoqué la "soustraction" de pièces à conviction. Mercredi, la cour d’appel de Paris a débouté la secte de sa plainte à leur encontre pour diffamation.
 
Encore une nouvelle plainte
 
Par ailleurs, le tribunal de grande instance de Paris a ouvert, le 6 mai 2002, une information judiciaire, après la plainte du pianiste belge Alain Stoffen, pour "escroquerie et extorsion en bande organisée, chantage, exercice illégal de la médecine et de la pharmacie". Pour preuve, le tribunal pourra compulser les 120 pages de son "dossier d’éthique", un document rare et très édifiant. Pendant ce temps, la scientologie s'en prend aux subventions reçues par les associations d'aide aux victimes et demande leur non représentativité en justice.
 
 
septembre 2004
 
Charlie Hebdo , 8 septembre 2004
par Antonio Fischetti
[Texte intégral]
 
Imainez-vous une seconde dans la peau d'une star américaine qui fait une journée de promo. Entre conférence de presse, projo et séances d'autographes, vous avez à peine une heure de libre. Franchement, cette heure, vous iriez la passer avec Sarkosy? Avouez qu'il y a mieux à faire. Ce n'est pourtant pas l'avis de Tom Cruise, qui, lors de sa venue parisienne, a mis l'entrevue avec Sarkosy au premier rang de ses priorités
 
Vu que, jusqu'ici, le cow-boy de Neuilly n'avait jamais fait état de ses penchants cinéphiliques, on peut supposer que le terrain d'entente entre l'acteur et le ministre concernait autre chose que les dessous de Nicole Kidman.
 
Est-ce un hasard ?
 
Tom cruise venait de faire son "coming out" scientologue.certes, il n'a jamais caché son goût pour les élucubrations de Ron hubbard ... mais l'étaler pour autant. Or il se livre pour la première fois, dans une interview accordée à l'édition américaine de la revue Rolling Stone, (1) interview qui a opportunément été distribuée à la conférence de presse de l'acteur, juste avant son départ pour Bercy. Non, ce n'est sûrement pas un hasard.
 
C'est donc un véritable embassadeur de la secte qui a été reçu par Sarkosy. le service de presse de bercy jure que les deux hommes n'ont pas évoqué la Scientologie. mais quand on sait la place accordée par cette organisation au prosélytisme, il est permis d'en douter.
 
Cruise est-il venu remercier l'ancien ministre de l'intérieur d'avoir levé le pied dans la lutte contre les sectes (2) ? A moins qu'il ne se soit fait le messager de la diplomatie américaine, toute soulagée de ne pas avoir à fustiger la France pour ses atteintes au "libertés religieuses" (les Etats-Unis mettent la lutte antisectes en France sur le même pied que la discrimination religieuse en Chine.
 
Ou alors, autre hypothèse : Sarko et Tom Cruise se sont réciproquement félicités de leur vision du monde, car, au fond, à bien regarder, il y a quantité de points communs entre l'homme idéal Ron Hubbard et celui rêvé par le gouvernement Raffarin.
 
Un scientologue c'est quoi ? Un être naïf, malléable, obéissant, prêt à se faire dépouiller sans broncher... en somme, un salarié parfait.
 
(1) Elle sera publiée dans l'édition française de Rolling Stone du 24 septembre, et accompagnée d'une interview de votre serviteur, qui fera le contrepoint de l'éloge scientologue de Tom Cruise
(
2) Par exemple, en démettant de ses fonctions l'officier des RG spécialiste de la Scientologie ( Voir le hors série Charlie saute sur les sectes , en vente au journal.

 

 
 
Paul Ariès, BULLES
 
BULLES a publié ce premier volet d’une série de trois articles consacrés à la Scientologie écrits par Paul Ariès, chercheur associé de sciences politiques à l’Université de Lyon 2 et spécialiste reconnu de la question des sectes. Ces articles reprennent l’essentiel de l’argumentation développée dans ses divers travaux, notamment son ouvrage "La Scientologie: Une secte contre la République" - Éditions Golias, 1999 - avec préface d’André Vivien.
 
Les sectes actuelles constituent de véritables phénomènes culturels géo-politiques. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir avec quel achar-nement l’administration américaine monte au créneau pour défendre "sa" conception de la liberté "religieuse". Le rapport du 17 mai 1999 sermonne ainsi l’ensemble des pays européens qui enquêtent sur les activités sectaires en dehors des seuls actes illégaux. La cible désignée des gouvernements "liberticides" ne serait pas, en effet, des activités pénalement répréhensibles mais des groupes minoritaires nécessairement sympathiques.
 
Le fait nouveau n’est pas tellement ce soutien affiché à l’égard de certaines sectes, mais sa visibilité de plus en plus grande notamment en ce qui concerne la Scientologie. Cette dernière ne se prive pas parallèlement de multiplier les signes prouvant qu’elle bénéficie d’un regard compatissant jusqu’au sommet de l’État voire même la Maison Blanche. Pour ne retenir que deux exemples récents : le président Clinton a manifesté son soutien à la secte dans une lettre reproduite dans une publication récente de la Scientologie. Hillary Clinton a accepté pour sa part de se voir remettre une tapisserie réalisée dans le cadre des activités d’actions caritatives et des actions bénévoles de la Scientologie.
 
Libre bien sûr aux États-Unis de reconnaître dans la Scientologie une vraie religion, d’autant que ce label ne semble pas d'une grande qualité puisque l’Église d’Euthanasia qui milite pour l’Extinction Volontaire de l'Espèce Humaine se targue d’en bénéficier. Mais le gouvernement américain entend faire école: il menace d’utiliser sa diplomatie de façon énergique - et on sait quels sont en ce domaine ses moyens - afin de défendre partout dans le monde sa conception si particulière des grandes valeurs humaines.
 
L’Europe aura bien besoin de son héritage pour défendre sa version de l’humanisme. Le succès du colloque eu-ropéen1 prouve, s’il en était besoin, que les ressources existent. Le meilleur exemple en est sa commune volonté de combattre fermement la Scientologie. Non parce qu’elle serait minoritaire, américaine ou concurrencerait les vieilles religions mais parce qu’elle est une machine de guerre contre l'humanisme et la République.
 
Doit-on tolérer cette remise en cause des grands principes qui fondent notre société ? Loin d’être un phénomène marginal, elle constitue un laboratoire d’un monde possible. Sa nocivité ne réside donc pas tant dans son altérité exhibée que dans sa capacité à exprimer, de façon carica-turale, des tendances lourdes de la modernité marchande. Elle se veut un pro-gramme de réhabilitation permettant de passer de l’homo sapiens à l’" homo novis" (sic), qu’en est-il pourtant en Scientologie de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité ?
 
Une entreprise de déshumanisation
 
La Scientologie constitue une entreprise de déshumanisation de par son culte de la technique, de par sa mystique de l'institution et de par ses pratiques idéologiques. Elle ne tend pas à développer l’autonomie de ses adeptes mais les enferme dans un système qui les prive progressivement de toute autonomie, de toute initiative. Cette soumission est justifiée par la perspective d’une toute-puissance, mais cet échange est un marché de dupe car l’adepte privé de son humanité se retrouve encore plus fragilisé.
 
La soumission à la "tech" scientologique
 
La Scientologie considère que le problème dans l’homme c’est l’homme lui-même en raison de ses imperfections, de ses dépendances, de ses faiblesses, bref de son humanité. Elle entend donc chasser l'humain en lui substituant des "tech" censées livrer la puissance. Il existe des "tech" pour penser, pour communiquer, pour vendre, pour le couple, etc. Elles sont officiellement l’œuvre d’un américain: Lafayette Ronald Hubbard (1911-1986), auteur prolixe de romans de science fiction mais aussi génie mythomane2. Il serait le seul être à avoir trouvé, au péril de sa vie, la "route vers la Liberté totale".
 
La Technologie standard qu’il en a tiré permettrait au reste de l’humanité de se libérer. Cette "tech" du bonheur, destiné à rendre fort, débouche en fait sur la servitude. L’individu ainsi réifié devient en effet l’exemplaire d’une identité fondée sur des normes. La Scientologie profane ainsi ce qui est généralement considéré comme sacré (l’humain, le lien social) et sacralise en retour le profane (l’argent, la technique, le marché). Cette sacralisation du profane institue un système excluant toute liberté, toute symbolique. Ces "tech", présentées comme les plus efficaces au monde, constituent au regard de leur objectif avancé des loupés systématiques comme l’attestent les nombreux conflits qu’ils provoquent dès qu'une entreprise tente, par exemple, de les imposer à son personnel.
 
La soumission au groupe
 
L’individu fragilisé par la soumission à des "tech", qui prétendent indûment le transformer en surhomme, n’aura bientôt pas d’autres solutions que de se sou-mettre à l’organisation. L’ensemble des "Orgs" agit de façon standard en appliquant les mêmes procédures. Les "Orgs" de base (classe V) vendent les services d'introduction (de "Préclair" à "Clair"). Les "Orgs avancées" (AO) commercialisent les niveaux secrets (de "OT 1" à "OT 8").
 
Une religion de la marchandisation de l’homme
 
La Scientologie n’a qu’un seul but : concevoir, fabriquer et vendre des biens de Salut. Ce prosélytisme commercial permet de vendre un parcours entre 0,5 et 1 MF. Le rapport parlementaire estime que ses recettes annuelles européennes peuvent être estimées à plus de 300 MF, celles de sa branche fran-çaise étant évaluées à 60 MF. La lourdeur de cette emprise financière ne doit cependant pas faire minorer l'existence d’un financement à rebours (centre vers la base) qui jette un autre éclairage sur le système. Les adeptes sont formés pour recruter (cours de dissémination, questionnaire type, etc). Ils apprennent parallèlement à lever leurs propres résistances à l’achat des produits. Ces cours, destinés à devenir un client docile, doivent être pris en effet très au sérieux.
 
La Scientologie est aussi présente sur le terrain économique à travers son réseau "WISE". Le plus grave n’est sans doute pas qu’elle dupe parfois certaines entreprises mais que ces dernière soient satisfaites, bref que les transnationales adhèrent à la conception de l’homme, de l’entreprise et de la société que véhiculent ces "tech" scientologiques. Il n’est pas acceptable, non plus, que d’autres transnationales comme Coca-Cola puissent laisser dire qu’elles financent la propagande scientologique du Chemin du bonheur.
 
La militarisation de la Scientologie
 
La Scientologie connaît une militarisation croissante derrière son apparence religieuse. La Dianétique se présente en 1950 comme une discipline scientifique et thérapeutique. Elle suscite rapidement l’opposition du corps médical notamment psychiatrique. Hubbard développe alors la dimension religieuse afin de bénéficier de la protection du Premier amendement de la Constitution américaine et bien sûr de l'exonération fiscale. Il adopte alors tout un arsenal de signes religieux (credo, prières).
 
Après avoir abandonné en 1966 la direction administrative pour se consacrer à ses recherches, il embarque, en 1967, à bord d’une flottille et fonde "Sea Org" (Organisation maritime), véritable organisation paramilitaire avec entraînement, grades et uniformes. La flotte est désarmée en 1976 car l'état-major s’installe définitivement aux États-Unis. La totalité des postes de direction reste cependant contrôlée par ces moines-soldats ayant signé un engagement d’un milliard d'années, dévoués corps et âmes à l’ "Org". David Miscavige, jeune messager du Commandant - structure fondée pour regrouper les enfants des scientologues chargés de transmettre la parole du Maître - dénonce bientôt l’altération de la "Tech" par David Mayo, dauphin présumé d’Hubbard, et obtient la mise à l’écart des dirigeants du Bureau des Gardiens (dont Mary Sue épouse du fondateur) après leur condamnation par la justice américaine pour espionnage et vol. L'État-major actuel exerce notamment son pouvoir à travers le "Comité de surveillance" (Watchdog Committee) qui contrôle l’activité des onze secteurs d’organisation et le Bureau International des Affaires Spéciales (Office of Special Affaires International, OSAI), service de sécurité, régulièrement dénoncé pour ses divers agissements.
 
La Scientologie se caractérise donc par un fantasme de toute-puissance entretenant une mystique de l'organisation pouvant offrir une forme d’étayage à des sujets fragilisés.
 
La recherche de la toute-puissance contre l’homme
 
La fragilité des adeptes est produite par une foule de mécanismes, comme son système de statistiques, obligeant chacun à toujours faire plus, objectif voué bien sûr à l’échec. L’adepte placé ainsi en situation d’impuissance ne peut que se soumettre à la "tech". Cette fragilité est renforcée par des mécanismes constants de surveillance et de délation.
 
La Scientologie libérerait les hommes car ils seraient des "Thétans" (principe spirituel immortel) qui, après avoir créé l'univers, se seraient accidentellement englués dans leur création. Ils auraient perdu leur puissance et auraient régressé jusqu’à oublier qui ils étaient. Le Thétan devenu "Opérant" dominerait matière, énergie, espace et temps.
 
La solution consiste à effacer les traces des incidents donc à effacer la condition d’homme. L’adepte doit d’abord se purifier de ses toxines, drogues, radiations puis de ses "faux buts" (ceux non "tech"), de ses "valences" (identités données par la culture, etc). Il découvre enfin au cours des niveaux secrets qu’il n’est pas seul dans son être, mais que des milliers d’autres identités lui ont été collées, il y a quelque trillions d’années. Il va alors tenter de s’en débarrasser au moyen d’une forme d’exorcisme "tech" mais sans fin. Il découvrira cependant plus tard que ce "passage du mur du feu" (OT III) a échoué. D’autres entités endormies (clusters) sont lovées en lui, des morceaux de lui-même sont ailleurs.
 
Cette doctrine remet ainsi en cause les fondements mêmes du sentiment d’individualité, elle s’en prend à la frontière entre dedans et dehors, entre moi et autre, passé et présent. Le risque est que ce processus conduise à une forme de décomposition de l’identité. Les adeptes pourraient alors soit se réfugier dans la folie (partir en roue libre) soit incorporer le moi du groupe et le faire fonctionner comme moi propre en s’y identifiant.
 
Paul Ariès
 

«La scientologie contre la fraternité» par Paul Ariès (Bulles Nº66 - 1999)

 
CRISES DE FOI - LA SCIENTOLOGIE, UNE SECTE TOTALITAIRE ET DANGEREUSE
 
octobre 2004 -Rolling Stone
 
 
«Je suis scientologue, les mecs, allez vous faire foutre» !
 
[La revue étant en vente au moment de mettre ce texte en ligne, nous vous présentons ici que l'interview réalisé en réaction aux propos de de Tom cruise défendant la scientologie, interview réalisé par Jean-Eric Perrin, Sophie Hervier]
 
Interview d'Antonio Fischetti, journaliste à Charlie Hebdo
 
Antonio Fischetti a infiltré la Scientologie pendant quelques mois. Il réagit aux propos de Tom Cruise et nous explique en quoi l'Eglise fondée par Ron Hubbard est à ses yeux «la plus bête du monde».
 
Comment s'est passé votre séjour au sein de la Scientologie ? La Scientologie est la secte avec laquelle j'ai rencontré le plus de problèmes. C'est l'une des plus collantes, des plus agressives. Vous vous promenez devant les locaux, rue Legendre, on vous accoste et on ne vous lâche plus. Le harcèlement a duré des mois après que j'en sois parti. Il faut une très forte volonté pour résister.
 
En plus, la Scientologie est la secte la plus bête du monde. On dépense des sommes hallucinantes pour un contenu idiot. Sauf les stars comme Tom Cruise qui, je pense, ne doivent pas débourser un centime parce qu'elles servent déjà beaucoup la Scientologie en offrant leur image. Mais pour la base, même si au début on ne vous demande pas grand-chose — 40 euros pour un cours —, ça revient ensuite à plusieurs centaines de milliers de francs. Parce que les cours et les stages durent toute la vie. On n'arrête jamais d'être scientologue.
 
Et tout ça pour quel enseignement ?
 
J'ai obtenu un diplôme d'"Intégrité et Valeurs personnelles" mais ça relève d'un niveau digne de l'école primaire ! Le message est d'une naïveté incroyable : le bien, c'est le bien, le mal, c'est le mal. Alors, on applique à la lettre des citations de Ron Hubbard sans savoir ce qu'elles signifient. On plaque des mots inventés sur des concepts déjà existants pour que les gens aient l'impression d'avoir affaire à une théorie nouvelle. Par exemple, pour vous expliquer que ce n'est pas bien de mentir, on va inventer des concepts: "l'overt", le "motivateur".
 
Dans l'article, Tom Cruise montre le sauna du Celebrity Centre. Il faut savoir qu'il sert à la "purification", une des premières étapes de tout novice scientologue. Le "purif", comme il se nomme, consiste à passer quatre ou cinq heures par jour pendant un mois au sauna tout en avalant de la niacine, une vitamine, à des doses phénoména-les. Pourquoi la niacine ? Tout simplement parce que Ron Hubbard a déclaré qu'elle chassait les impuretés. Mais ça n'a rien de scientifique. Il aurait pu dire de l'aspirine ou tout autre chose. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ça rend des gens malades, et que d'autres en sont même morts. Le "purif" est une pratique basée sur une théorie farfelue et dangereuse, qui, en plus, coûte tout de même 2'400 euros !
 
L'article évoque aussi l'électromètre, qui mesure la résistance électrique. L'aiguille peut dévier quand on est ému, c'est un phénomène classique bien connu de tout physicien mais la Scientologie en a fait un appareil magique pour justifier ses interprétations fumeuses. L'électromètre n'a aucune fiabilité scientifique. Il a été plus ou moins utilisé autrefois comme détecteur de mensonges, mais a été abandonné par toutes les cours de justice.
 
Quant au centre d'aide aux victimes du 11 septembre que Tom Cruise a financé, il doit sans doute faire appel aux mêmes méthodes que les scientologues ont utilisées lors du drame et qui consistent à épousseter le corps du malade. Car, selon les écrits de Ron Hubbard, on se rend inconsciemment malade parce qu'on n'est pas intègre et qu'on veut éviter de nuire aux autres. Hé oui ...
 
Pourquoi une telle paranoïa des scientologues autour des psychiatres ?
 
Parce qu'ils jouent sur le même terrain. Ils voudraient les remplacer, mais là où la psychiatrie tend vers une recherche personnelle, un apprentissage de soi, la théorie scientologue, nommée dianétique, infantilise et culpabilise le sujet. J'ai suivi un cours de 10 heures de dianétique, et il s'agissait de raconter un accident, cinquante fois de suite pour ressentir de moins en moins de choses. Et comme ça, le problème était jugé réglé. C'est complètement absurde. Je ne vois pas en quoi ça fait évoluer le sujet.
 
Inventer une théorie, ça ne suffit pas. Encore faut-il qu'elle soit efficace, alors qu'en réalité les théories de Ron Hubbard sont complètement creuses. L'esprit critique est complètement annihilé. Et plus on évolue dans la secte, plus ça devient délirant.
 
Ron Hubbard étant décédé depuis presque vingt ans, à qui profite tout l'argent généré par la Scientologie?
 
En premier lieu au corpus dirigeant américain. Il y a beaucoup de gros pontes qui s'en mettent plein les poches et la majorité qui se fait exploiter, même les professeurs qui travaillent bénévolement. Le rêve des scientologues, c'est de conquérir le pouvoir sur la planète entière. De changer l'humanité. De créer ce qu'ils appellent «un homme nouveau». Leurs prospectus sont clairs à ce sujet, puisque leur slogan n'est autre que: «Nous avons une planète à mettre au clair. Nous sommes le seul espoir de l'homme.»
 
Les scientologues visent un pouvoir d'ordre politique. C'est la raison pour laquelle on les retrouve à faire du lobbying au Conseil de l'Europe, ou auprès du gouvernement américain. Ils ont une vision totalitaire du monde, avec l'existence de surhommes et d'un prophète dont la parole ne peut être remise en question.
Tom Cruise a rendu une visite très médiatique au couple Sarkozy lors de sa venue à Paris à la fin du mois d'août. Etant donné que l'acteur dit ne pas s'intéresser à la politique, peut-on avoir des doutes quant au réel fond de leur entretien ?
 
Oui, ce ne serait pas étonnant que Tom Cruise ait été mandaté par la Scientologie pour faire du lobbying auprès de Sarkozy et lui demander que la France arrête de titiller les sectes. Il faut savoir que dans ses rapports, la Scientologie définit la France comme l'un des pays les moins tolérants envers la liberté de religion, au même titre que l'Allemagne ou la Chine. La France y est sensible d'ailleurs, elle a connu beaucoup de pressions lors du vote de la loi About-Picard (2001) et Sarkozy, au Ministère de l'Intérieur, a fait en sorte de relâcher la vigilance sur ces organisations.
 
Même le spécialiste des Renseignements Généraux sur la Scientologie a été placardisé, ce qui témoigne bien de la volonté du gouvernement de ne plus se mettre à dos certains lobbies religieux. Et puis attaquer de front les sectes, c'est aussi donner l'image de s'attaquer à la liberté de croyance, ce qui hérisse le poil des religieux de tous ordres, électoralement plutôt de droite.
 
De façon objective, les lois françaises permettraient-elles d'interdire la Scientologie ?
 
Rien n'interdit de croire en ce qu'on veut, mais il existe plusieurs sortes de délits qui pourraient être sanctionnés, comme l'escroquerie en bande organisée. Une affaire est d'ailleurs actuellement en cours concernant une ancienne adepte qui s'est fait dépouillée de 21'000 euros. La loi About-Picard autorise à dissoudre une secte déjà condamnée deux fois mais sa pratique reste compliquée puisque celle-ci peut réapparaître sous un autre nom et qu'il faut ensuite prouver qu'il s'agit bien de la même. Ce sont de longues batailles juridiques mais c'est en tout cas possible de leur mettre des bâtons dans les roues.
 
Ce qui manque actuellement, c'est une réelle volonté politique. Ne serait-ce que pour les problèmes fiscaux. Le fisc a refusé de me révéler combien la Scientologie payait d'impôts mais le dernier rapport parlementaire sur les Témoins de Jéhovah faisait état de plusieurs millions d'impayés. Et il n'y a pas de volonté de les saisir. Pourquoi ?
 
Pour commander le hors-série "Charlie saute sur les sectes" par Antonio Fischetti et Tignous, vous pouvez écrire à: Charlie Hehdo, 44 rue de Turbigo, 75003 Paris.
 

 

«Ron Hubbard, le gourou démasqué» de Russell Miller
 
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» résumé - hml
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» html
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» pdf
«The Bare-Faced Messiah» by Russell Miller pdf - 394 pages - English
 
Ce livre de Russell Miller révèle la face cachée de l'église de scientologie.
On y découvre un Ron Hubbard, malade, mythomane et poursuivi par la justice.
Il est disponible en format pdf ou html. Nous avons également publié une version résumée.
 

Exposing Scientology through streaming video

                             

Ces reportages vidéo dénoncent les dangers de la thérapie de scientologie. La scientologie est une nébuleuse sur laquelle ont enquêté de nombreux journalistes. Il suffit de répondre une fois à un questionnaire pour recevoir des prospectus et des invitations. Au départ elle peut même paraître séduisante mais très rapidement les premières dérives apparaissent.

 

Témoignage de
Jean-Luc Barbier
                                        
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