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 QU'EST-CE UNE SECTE ?
QU'EST-CE UNE SECTE DANGEREUSE ?
 

Définition de "secte nocive" ? Arnaud Palisson - docteur en droit

Définition du mot secte Max Bouderlique

La notion de secte Jean-Marie Abgrall - expert psychiatre

La définition du mot secte Richard Abanes - expert américain

Qu'est-ce un groupe destructeur ? Steven Hassan

Degré de dangerosité d'un groupe texte publié dans la revue Bulles

Qu'est-ce une secte John Stacey -étudiant à la Rutgers University

«Sectes» un effort de définition est à faire - Bernard Pasche, pasteur à Pully

Les huit caractéristiques de la modification de pensée d'après Lifton

Dissonance cognitive et contrôle de l'information

Expériences dirigées par le Dr. Solomon Asch sur la conformité sociale

Expériences de Stanley Milgram pour comprendre la dynamique sectaire

 
 

    DÉFINITION DE «SECTE NOCIVE»

    Arnaud Palisson, docteur en droit, propose cette excellente définition dans son livre «Grande enquête sur la Scientologie, une secte hors la loi»

    éditions Favre 2003

    "Une secte nocive est une personne morale à but philosophique,spirituel ou religieux dont les organes ou représentants commettent, pour son compte, des infractions pénales en tant qu'auteurs ou complices"

 
 DÉFINITION DE «SECTE»
 
Max Bouderlique : «Les manipulations mentales»
éditions Chronique Sociale, Lyon
 
1. Du latin secare = couper
 
Ceci indique qu'il s'agit d'un groupe de personnes qui se coupe volontairement d'une organisation dont elle serait en quelque sorte dissidente (par exemple d'une église).Ici, nous considérons cette coupure comme encore plus radicale et se posant par rapport à l'ensemble de la société humaine telle qu'elle existe actuellement.Ceci se manifeste par la prétention à une idéologie, à des croyances, à des modes de vie différents de ceux communément admis.
 
2. Du latin sequare = suivre
 
Ceci suppose donc un guide que l'on suit parce qu'il détient toute la vérité.Le Guide peut être connu ou se dissimuler derrière, par exemple un livre "sacré", ou des "maître" extérieurs, ou être mort. Dans ce dernier cas, quelqu'un," chargé de transmettre son enseignement" en tiendra lieu de fait. Le sens de Secte, et spécialement en ce qui concerne celui à donner aux Sectes manipulatrices, est éclairé par tout ce qui évoque l'adjectif «sectaire». Celui-ci ajoute aux origines de «Secte» l'idée d'une rigidité doctrinale et d'un fanatisme souvent aggravé de prosélytisme et d'élitisme.
 

 
 LA NOTION DE SECTE
 
Jean-Marie Abgrall, psychiatre expert auprès des Tribunaux français, cité par Luca et Lenoir dans :«Sectes, Mensonges et Idéaux» , éditions Bayard 1998
 
«L'histoire montre que les sectes sont définies depuis l'antiquité. Certaines d'entre elles sont effectivement devenues des religions. Le protestantisme était effectivement à l'origine une secte en rupture avec la religion dominante du catholicisme, puis elle a évolué en religion. Mais la notion de secte telle qu'on l'approche aujourd'hui n'est plus attachée à l'idée d'une idéologie religieuse minoritaire par rapport à une idéologie religieuse dominante. Elle est désormais liée à la notion de groupe fermé, à visée criminelle, ou à visée d'intérêt personnel. Elle ne se situe plus dans une thématique religieuse. Certes, les sectes actuelles ont intérêt à entretenir la confusion entre la secte telle qu'elle était conçue aux siècles derniers et la secte telle qu'elle est présentée aujourd'hui. Mais les pensées religieuses minoritaires ont le droit de cité dans la société. Les sectes combattues le sont uniquement pour leur visée criminelle».
 
 

 
Richard Abanes, expert américain
 
On définit une secte selon trois angles de vue.
  • Sociologiquement parlant d'abord: les sectes seront les groupes dont les pratiques et croyances diffèrent de la norme sociale, par exemple, ceux qui se retirent de la société et n'ont plus de contacts avec elle; c'est là un des caractères les plus évidents de secte vu du point de vue sociologique.
  • On peut aussi le voir du point de vue psychologique:les groupes emploient une forme de manipulation mentale généralement basée sur la tromperie, le secret sur leurs buts réels, les mensonges sur leur passé, tout ceci dans le but de cacher ce qui se passe aux membres et aux convertis potentiels. Psychologiquement parlant, les chefs de ces groupes peuvent aussi utiliser des tactiques destinées à endormir les sens, afin affaiblir l'apitude critique et l'intelligence de leurs adeptes, lesquels ne pourront dès lors prendre les bonnes décisions. Cela comprend nourriture insuffisante, sommeil insuffisant et études excessives ...
  • En troisième lieu, un groupe peut être défini comme secte pour raisons théologiques. Toute religion a ses scissions (sectes, le mot originel). Les Hare Krishnas sont une secte Hindouiste. La Nation de l'Islam est une secte islamiste. Les chrétiens ont aussi les leurs, ... par exemple les Témoins de Jéhovah.
 
 QU'EST-CE UN GROUPE DESTRUCTEUR ?
 
«Combatting Cult Mind Control» de Steven Hassan
Résumé et traduction du livre par Roland Huckel, professeur de philosophie à Strasbourg.
 
Peut-on apprendre à distinguer un groupe destructeur d'un autre non destructeur ? Quelles sont les caractéristiques décisives qui permettent de différencier une organisation banale d'une secte dangereuse ? Lorsque j'analyse un groupe dont je soupçonne qu'il s'agit d'un groupe destructeur, je mène mes recherches d'abord dans le domaine psychologique et non sur le plan théologique ou idéologique. J'examine les facteurs qui influent le contrôle de la pensée, l'hypnose et la psychologie de groupe. J'observe des faits et non des croyances. En ce qui me concerne, j'essaye de déceler si les cultes destructeurs et leurs membres communiquent entre eux (ou en sont incapables). D'autres analyses ou critiques basent leurs recherches sur la façon dont le groupe interprète la bible ou leur tendance politique.
 
Les groupes que je définis «destructeurs» ont des caractéristiques très spécifiques qui portent atteinte a la liberté de choix de l'individu. Mon Modèle d'analyse de la destructivité d'un groupe ou d'une organisation quelconque est fondé sur trois critères de base :
  • le chef
  • l'enseignement
  • la qualité de membre
 
En examinant ces trois domaines vous serez vite capables de distinguer si un groupe peut être classé destructeur.
 
Le Chef
 
Les cultes destructeurs font tout pour camoufler leur identité, mais l'analyse de leur chef est un bon point de départ pour assembler des informations et s'en faire un jugement. Qui est le chef de groupe ? Quel est son passé, son éducation, sa for­mation, son activité avant de créer son mouvement ?
 
Je suis tenté de croire que bien des gourous souffrent d'un complexe d'infériorité et mettent en évidence une personnalité asociale. Tous souhaitent un bonheur matériel, mais recherchent avant tout l'attention et la puissance. En effet, la puissance peut devenir une passion extrême, et elle le devient effectivement. Avec le temps, des chefs de cultes ont un besoin de plus en plus important de puissan­ce. Ces gens sont si dangereux, parce qu'ils sont psychologiquement instables et croient fermement à leur propre propagande. Ils ne sont pas seulement des artis­tes rusés et trompeurs pour gagner de l'argent, mais ils pensent être «Dieu» ou le «Messie» ou un maître illuminé.
 
Un regard sur le passé et le style de vie d'un chef permet de tirer quelques conclu­sions générales au sujet du degré de confiance que l'on peut accorder à ce chef. Exemple : si quelqu'un enseigne comment réussir un mariage, le fait d'être trois fois divorcé est significatif. Si, dans le passé, un chef a fait usage de la drogue et a présenté un comportement bizarre, comme Ron Hubbard, je conseillerais la prudence en écoutant son affirmation d'être capable de résoudre tous les problèmes de l'humanité.
 
J'ai aidé des personnes à quitter des mouvements dont le chef n'était pas avide d'argent, mais, qui, à mon avis, visait la puissance personnelle. Des chefs à la tête de bien des cultes destructeurs ne sont pas des jouisseurs notoires et respectent l'autorité supérieure de Dieu et de la bible, mais leurs interprétations de la bible et de la volonté de Dieu sont utilisées pour manipuler et contrôler des person­nes.
 
L'enseignement
 
Vu que nos constitutions permettent à n'importe qui de croire n'importe quoi, il est inutile de creuser l'enseignement particulier d'un groupe. En ce qui me concerne, je crois que la croyance d'un groupe devrait être transmise sans contrainte à un candidat.
 
L'enseignement du groupe revendique-t-il publiquement quelque chose qui, en fait, n'est pas appliqué par le groupe ? Je pense à «l'enseignement pour initiés» (insider) et à «l'enseignement pour personnes extérieures» (outsider).Pour son image de marque, il est primordial pour un groupe que ses membres croient ce qu'on les oblige à croire.
 
Des cultes destructeurs changent leur «foi» suivant les besoins de la situation et pensent que le but sanctifie les moyens. Le fait d'aider à «sauver» quelqu'un justifie mensonge et manipulation. En revan­che, les organisations conformes à la loi ne modifient pas leur enseignement dans le but de tromper le public.
 

La qualité de membre

C'est le dernier critère, le plus décisif. Distinguons trois composantes :

  • Recrutement
  • Maintien dans le groupe
  • Liberté de quitter le groupe

Le changement d'identité, de ses relations, de ses buts et intérêts sont les premiers effets sur un individu qui devient membre d'un groupe. C'est là le domaine principal de mes investigations, quand je juge un groupe.

Le trait caractéristique de la plupart des manières de recruter est la duperie. Les groupes destructeurs ne se gênent pas de mentir. Ils travaillent en supposant que les gens sont trop bêtes et pas assez spirituels pour reconnaître tout seul ce qui est le meilleur pour eux. Ils se chargent ainsi de décider à la place des recrues. Lorsque l'esprit critique d'un individu est bien développé, les informations données par le culte sont parcimonieuses, dans le cas contraire elles sont plus explicites. Duperie signifie mensonge, mais aussi dissimulation et information fausse.

La plupart des recruteurs nient leur intention de recruter. A la demande du but de leur action, ils répondent tout bonnement qu'ils désirent transmettre un message important pour eux et y intéresser d'autres personnes. Ils taisent le fait qu'ils ont un nombre obligatoire de conversions à présenter.

La pratique de tromper passe par l'intermédiaire d'organisation parallèles. La Dianétique et Narconon font partie du team de la Scientologie. Dans la phase recrutement, le recruteur essaye d'obtenir le plus d'informations possibles pour trouver le chemin de la réussite. Il sait toucher les points faibles (problèmes avec le copain ou avec la copine, avec les parents, à l'école ou au travail, décès d'un proche, changement de résidence, etc.).

Un bon recruteur sait se montrer agréable et soustraire des informations personnelles et confidentielles. Il ne dévoile que peu de sa personne et encore moins de son groupe, sauf en cas de nécessité. Ce sens unique du flux d'informations est un autre signal d'alarme. Le recruté a la plupart du temps, l'impression de gagner un ami.

Dans la réalité, l'amitié a besoin d'un certain temps pour se développer. Chacun donne et chacun reçoit et il n'existe pas de plan secret.

je répète : un culte dangereux recrute ses adeptes à l'aide du contrôle de la pensée. Ce contrôle est essentiel pour pouvoir détruire I'individu, l'endoctriner et rétablir selon le schéma du culte.

 
 
Bulles numéro spécial, 1988
[texte intégral]

Afin d'évaluer le degré. de "dangerosité" d'un groupe nous nous référons à l'existence ou non d'"indicateurs de contrainte" susceptibles de révéler l'emprise du groupe sur l'individu. C'est donc après examen des critères suivants que l'U.N.A.D.F.F.I attribuera à un groupe le qualificatif de sectaire ou non.

C'est en considérant l'accumulation de plusieurs de ces critères ou de leur totalité que nous pourrons approcher de manière la plus satisfaisante la définition de la secte. Chaque critère à lui seul ne suffit à justifier le vocable, mais permet néanmoins de déceler des tendances sectaires. Donc, au-delà de la définition classique s'apparentant à la dissidence religieuse, c'est la caractéristique d'organisation totalitaire qui nous retiendra.

1. A la tête du groupe, un leader charismatique tout puissant

(A distinguer des maîtres spirituels authentiques dont la fonction est attestée dans toutes les traditions religieuses. Leur but est l'ouverture et la maturité du disciple ce qui suppose une absence de volonté de puissance, un désintéressement, des qualités humaines et une élévation spirituelle).

Le leader de secte, présent soit au milieu de ses disciples, soit à travers ses intermédiaires qui deviennent les supérieurs hiérarchiques du mouvement, se dit doué d'une mission (le plus souvent "révélée") qui lui assure sa légimité absolue.

Il opère une distinction entre les lois de ce monde et celles du groupe et se place au-dessus d'elles.

Il établit avec ses adeptes une relation fondée sur la séduction. la volonté de puissance et exige leur totale soumission.

Possédant souvent de grandes capacités intellectuelles, il est capable d'un discours structuré mais dans lequel on décèle un délire interprétatif (tout devient signe). Sa personnalité manifeste de fortes tendances pathologiques, plus qu'une nature d'escroc lucide.

2. Un groupe à forte structure pyramide

Les fonctions sont atomisées en secteurs étanches.

L'information sur l'ensemble de la vie du groupe n'est transmise que sous une forme fragmentaire par un supérieur hiérarchique. seul intermédiaire entre l'adepte et la direction.

3. L'utilisation de méthodes de manipulation

Un système de pressions mettant en oeuvre des techniques psychologiques se manifeste à travers un prosélytisme forcené, un endoctrinement et un ensemble de contraintes pour maintenir l'adepte dans le groupe.

Par des relances incessantes. un forcing s'opère pour faire entrer ou retenir dans la secte.

Un matraquage idéologique, prétention à l'unique vérité, s'exerce sur les adeptes. par un discours répétitif et un langage à cliché. Les mots essentiels sont vidés de leur sens initial, rendant vaine toute tentative de dialogue.

Afin de maintenir la soumission des membres, une répression fondée sur un ensemble d'interdits et une gamme de punitions s'appliquant aux déviants est mise en place.

Une surveillance quasi permanente des activités et attitudes des adeptes génére un climat d'angoisse.

4. L'obligation de la transparence

Rien de la vie de l'adepte ne saurait échapper au maître ou au supérieur hiérarchique, voire même au groupe. Confessions, autocritiques doivent exposer toute pensée, sentiment, parole, action qui seraient contraires à la doctrine, à l'idéologie ou à la vie du mouvement.

5. Un rétrécissement de l'environnement intellectuel, culturel et relationne

Le groupe affiche une animosité ou une indifférence totale envers le système global de la société. Il se ferme au monde extérieur, présenté comme un lieu de perdition et d'erreur.

L'adepte est coupé de ses relations affectives. Les contacts avec la famille et les amis sont encadrés, surveillés et sont interdits avec les ex-adeptes.

Le groupe constitue la vraie famille par opposition à la famille naturelle. Il devient le seul interlocuteur de l'adepte; son idéologie manichéenne excluant toute autre religion, philosophie ou point de vue - s'impose comme la vérité.

Ce rétrécissement de l'univers de l'adepte entraîne régression mentale, marginalisation et inadaption sociale.

6. la négation de l'identité de l'adepte

Se considérant un groupe élitiste, la secte se sent le droit d'exiger des adeptes un engagement total. Elle dicte un modèle de comportement envers le monde dans lequel doit se mouler la personnalité.

La spécificité de l'adepte tend à être éliminée. Une lutte permanente est menée pour couper avec son passé et écraser son "ego". Cette conscience d'un moi structurant (affect, persnnalité, intellect) est dénoncée comme une entrave à accéder il la vérité.

L'esprit critique, par les doutes et questions qu'il génère, ne peut qu'être inspiré par la nature rebelle de l'adepte. Celle-ci animée de vieux mécanismes de défense va à l'encontre de l'émergence de l'homme nouveau dont le gourou propose le modèle.

Ainsi l'adepte devient le lieu d'une bataille intérieure constante entre le but de perfection à atteindre et son impossibilité à y parvenir. Ce conflit développe un sentiment de culpabilité.

7. Des conditions de vie déséquilibrantes

Dans la quasi totalité des sectes, le travail est obligatoire, intensif (toujours sans couverture sociale) et seulement coupé de conférences ou de séances de formation ou d'étude de la doctrine.

Dans les groupes vivant en communauté, la privation de sommeil, une nourriture insuffisante ou carencée. une sexualité réglementée, la promiscuité, l'impossibilité d'isolement et de moments de réflexion, contribuent à fragiliser encore davantage les individus et à rendre plus efficace le conditionnement.

8. Un détournement des buts avoués

La finalité du groupe se révèle ne pas être tant l'idéologie ou le religieux, qui avait d'abord séduit, mais une stratégie d'expansion avec souvent une visée de contrôle du monde entier (Moon. Scientologie).

9. le rôle important de l'argent

Le groupe devient un objet de marketing. Des sommes considérables circulent à sens unique, venant de dons fortement suggérés, des rapports du travail bénévoles, de formations obligatoires et payantes, etc.

Tous les moyens sont utilisés pour extorquer l'argent de l'adepte mais aussi de sa famille, de son entourage (pressions, chantage, relances ...).

L'escroquerie financière est une pratique fréquente, sanctionnée par de nombreux procès.

 
 
 
D'après l'article de Rick Ross.
 
Cults: Public Perceptions vs. Research, July 1998
By John Stacey, Student at Rutgers University
Edited by Rick Ross
 
Une secte est un groupe de personnes organisé autour d'une personne autoritaire. Cette personne essaie en général d'élargir son cercle d'influence pour en tirer du pouvoir ou un bénéfice financier. Pour réaliser leurs objectifs, les sectes destructrices - contrairement aux groupes inoffensifs - utilisent une puissante combinaison de techniques d'influence, afin de contrôler les adeptes sur le plan psychologique (Rhoads 1998). Ces techniques exercent ce qu'on appelle souvent le "contrôle mental" ou la "correction de pensée".
 
Diverses études ont montré qu'aux USA aujourd'hui, 2 à 5 millions de jeunes adultes âgés de 18 à 25 ans font partie de 2 à 5.000 groupes sectaires (Robinson, Frye and Bradley 1997). [En France, on estime le nombre de groupes sectaires principaux à 170-200 (avec environ 800 filiales), et le nombre d'adeptes à 150-200.000 (Rapport Parlementaire N° 2468 de l'Assemblée Nationale du 22/12/1995). Ndt]
 
Ce qu'on croit en général
 
De nombreux articles paraissent régulièrement sur les sectes et les victimes des sectes. On se penche moins sur la question de savoir comment on se retrouve dans une secte ! Une manière simple d'écarter cette question consiste à dire : "il n'y a que les idiots, les gens seuls et les personnes dérangées qui grossissent les rangs des sectes destructrices". La plupart des gens croient que les personnes entrent dans une secte parce qu'elles manquent d'assurance, qu'elles sont motivées par le désir de trouver une communauté soudée dans laquelle elles pourront affirmer plus fortement leur identité et se sentir en sécurité, qu'elles cherchent une protection du monde extérieur. On croit couramment que ces personnes sont incapables de prendre des décisions par elles-mêmes, de supporter la difficulté d'un choix individuel. La conséquence en serait donc que certaines personnes sont à la recherche de quelqu'un qui choisira à leur place, et qui leur dictera leurs actions et leur mode de vie. Selon cette logique, les adeptes des sectes seraient des gens qui préfèrent le contrôle sectaire et la dépendance - à la place du fardeau des choix qu'il leur faudrait faire.
 
Toutes ces notions sont l'expression de l'ignorance, de la bêtise, et peut-être une forme de déni. Parce que ces acceptations nous mettent à l'aise dans une sorte de sécurité où les adeptes des sectes, c'est "eux", et ça ne sera jamais "nous". Avant d'entreprendre ces recherches, ces notions sur les adeptes de sectes me semblaient valables. Mais cette question a affecté ma vie personnelle lorsqu'un ami proche, en bonne santé et équilibré, est entré dans une secte. Des études ont été faites sur les techniques de recrutement des groupes sectaires. Et il est important de faire l'inventaire des tactiques de prosélytisme sectaire afin de pouvoir expliquer comment des personnes intelligentes et en bonne santé mentale peuvent être persuadées de rejoindre une secte.
 
Un des objectifs de ce document, c'est d'admettre que des milliers de personnes se font mystifier par les sectes. Un autre but de cette étude, c'est de se souvenir avec respect de ceux qui ont péri sous l'oppression psychologique exercée par des leaders détraqués tels que Jim Jones, David Koresh, Marshall Applewhite, et d'éclaircir les notions erronées courantes sur les sectes. Il s'agit également d'informer le public de la manière dont les sectes se forment, et de la façon dont elles recrutent leur adeptes.
 
Pourquoi Devient-on Adepte d'une Secte ?
 
Durant mes recherches, je n'ai cessé de rencontrer cette même explication: On ne devient pas adepte, on est recruté. Voilà ce que dit Philip Zimbardo: "Les gens rejoignent des groupes qui leurs promettent de satisfaire des besoins pressants. Ces groupes sont des sectes s'il y a tromperie, s'il y a des anomalies, s'il y a des dangers, ou s'ils s'opposent aux valeurs de base de la société" (Zimbardo 1998). Le fait est que les techniques de recrutement des sectes sont assez efficaces. Des explications sur ces techniques figurent dans ce qui suit. Les sectes cherchent évidemment le succès, et elles recrutent les personnes les plus capables de les servir efficacement. Beaucoup d'adeptes sont médecins, juristes, enseignants, des célébrités connues, des citoyens responsables. C'est pour cette raison que certaines sectes ont survécu pendant des décennies, en dépit d'un renouvellement rapide de leurs membres, malgré la désapprobation générale, malgré des familles en colères. On croit souvent que les adeptes ont été négligés par leurs familles. Cette explication ne correspond pas avec les actions intentées par de nombreuses familles qui vont consacrer leur argent, leur temps et leur énergie à intervenir pour essayer d'en faire sortir leurs proches.
Zimbardo nous presse de ne pas faire des stéréotypes d'adeptes.
 
Au lieu de se demander "quelle sorte de personnes entrent dans les sectes", il suggère de se demander plutôt "Qu'est-ce qu'il y a de si attirant dans ce groupe pour que tant de personnes soient recrutées/séduites et s'y joignent volontairement ? Quels sont les besoins satisfaits par ce groupe, et qui ne sont pas satisfaits dans leur groupe social ?" (Zimbardo 1998).
 
Il est également important de noter que, lors de la phase initiale, les sectes font de nombreuses promesses aux recrues potentielles, et que ce n'est que des mois ou des années plus tard que la personne recrutée réalise que ces promesses étaient des stratagèmes pour obtenir leur soumission. Mais entre-temps, l'adepte est déjà submergé par le groupe, et vraisemblablement déjà soumis à sa direction, et sous son influence.
 
Celui qui devient adepte ne sait pas que ses recruteurs ont un programme caché. S'il connaissait dès le début les véritables intentions du groupe, il est vraisemblable qu'il résisterait à leur persuasion. Pour la plupart des gens, il est naturel de ne pas accepter d'ordres des autres. Si quelqu'un vous donnes des ordres, c'est généralement considéré comme présomptueux, voire injurieux. Margaret Thayer Singer, une psychologue respectée qui étudie le contrôle mental depuis les années 50, explique que pendant la phase d'endoctrinement, l'adepte recruté n'a pas conscience de l'importance de ses propres changements. George Orwell a très bien compris qu'une manipulation réussie est "subtile et voilée" (Singer 1996). L'apparence d'un Big Brother bénin est finalement la meilleure manière de contrôler quelqu'un. La plupart des gens n'acceptent pas les efforts de persuasion manifeste.
 
Celui qui ne se doute de rien est une cible de choix pour les recruteurs. Certains pourraient prétendre qu'il suffit d'être fort et courageux pour résister aux efforts d'endoctrinement sectaire (Putman 1997). Ce genre de perspective est absurde à mon avis. Pour que l'endoctrinement d'une secte radicale et destructrice soit efficace, la cible ne connaîtra vraisemblablement pas le programme caché. Il y a donc un élément de tromperie délibérée. Une personne se retrouvant dans le contexte de l'endoctrinement sectaire détectera peut-être que ses nouveaux 'amis' essaient de la convaincre de la philosophie du groupe, mais il ou elle pensera probablement que c'est pour son bénéfice. Il est donc difficile de penser qu'il ne faut pas être d'accord avec eux, alors qu'ils semblent si "heureux" et "vraiment pleins de sollicitude". Selon le Journal of Psychohistory, "les techniques de contrôle mental peuvent être appliquées sur pratiquement n'importe qui, et la meilleure défense contre celles-ci, c'est la connaissance de ces techniques, et savoir que les sectes existent" (Johnson 1994).
 
Blâmer les victimes des stratégies de recrutement sectaire est une erreur. Chacun peut être vulnérable à la persuasion si les circonstances s'y prêtent. Dans la société, on peut trouver partout des exemples de tricheries, de tromperies et de trucages efficaces. Il y a d'innombrables exemples de personnes trompées pour payer des réparations inutiles pour leur voiture, ou de personnes convaincues de subir des interventions chirurgicales coûteuses qui ne sont pas vraiment nécessaires. Des vendeurs, des publicitaires, des avocats, des politiciens, et même certains médecins font des efforts considérables pour développer leurs facultés de persuasion.
 
Et pour les recruteurs des sectes, les enjeux semblent encore plus élevés que dans le monde matériel - car ils croient fréquemment qu'ils s'agit des âmes et de leur procurer le salut. Beaucoup de personnes rejoignent des sectes dans leur jeunesse, alors qu'ils sont naïfs et mal équipés pour affronter les froides réalités du monde et ses supercheries. Qui plus est, lorsqu'on est dans une période de transition de la vie, on est encore plus vulnérable. Par exemple - quelqu'un qui va très bien sur le plan psychologique pourra très bien être approché lors d'une transition majeure de sa vie, ou pendant une crise. Il ou elle pourra très bien être recruté après la mort d'un proche, lors d'un déménagement vers un lieu nouveau et non familier, ou peut-être après une rupture grave. Il ne faut pas accuser les victimes de sectes de leur naïveté ni de leur vulnérabilité temporaire - surtout s'il y a si peu d'enseignement dans notre société sur les dangers des sectes destructrices. Beaucoup de gens qui ont pu croire que les adeptes sont faibles et dérangés changent tout à coup d'opinion lorsqu'ils apprennent qu'un ami proche ou qu'un membre de leur famille est entré dans un tel groupe.
 
Les Médias et les Sectes
 
Les médias présentent des images variées des types de personnes qui rejoignent les sectes. Certains blâment les victimes - affirmant que les adeptes sont à la recherche de telles relations destructrices. D'autres rapportent les techniques insidieuses employées par les leaders de sectes pour tromper et persuader les gens. J'ai récemment lu un article typiquement négatif, qui insiste sur la nature bizarre des sectes, et à quel point les adeptes doivent être débiles et avoir des problèmes pour pouvoir être accepter d'y prendre part. Voilà ce qui, à mon avis, et d'après mes études, s'appelle "taper sur la victime". Cet article affirme que les adeptes ont sans doute des "vides tragiques dans leurs vies" (Fennell and Branswell 1997).
 
Les tabloïds ont appris que le sensationnel fait vendre, et qu'il est lucratif. De tels récits ne peuvent décrire la manière irrésistible par laquelle une personne absolument normale est forcée à entrer dans une secte par tromperie. On peut aussi considérer ce genre de récit comme une injure injustifiable à la mémoire de ceux qui ont été victimisés d'une manière brutale et parfois criminelle.
 
Dans un article publié récemment, les victimes de sectes sont décrites d'une façon plus réaliste. Dans cette histoire intitulée "Sauver Josh" (Reminick 1997), une mère raconte sa bataille pour sauver son fils d'une une secte religieuse majeure. Josh y était entré lorsqu'il avait 19 ans, lorsqu'il s'était rendu de San Francisco sur la Côte Est, pour y poursuivre ses études. Le fait qu'il effectuait une transition temporaire dans un lieu géographique différent, pour être dans une nouvelle école, avait probablement rendu Josh plus vulnérable. Ses parents avaient divorcé, et Josh avait grandi auprès de sa mère. Il est possible que son passé ait contribué à sa vulnérabilité - surtout vis-à-vis d'un recruteur âgé doté d'une figure paternelle. En réalité, c'était une femme d'un certain âge qui l'avait recruté. Josh semblait être un jeune homme relativement normal et dans la moyenne. Cet article a accru mon intérêt à étudier la manière dont les adeptes rejoignent les sectes: sont-ils victimes de programmes de contrôle mental trompeurs, ou bien changent-ils leurs vies volontairement et en toute connaissance de cause pour satisfaire les lubies de leurs leaders ou de leurs gourous ?
 
 
Les Huit Caractéristiques de la Modification de Pensée d'Après Lifton
 
Robert Jay Lifton est généralement considéré comme le fondateur de la notion de "modification de pensée", et il a sans doute publié l'étude la plus fondamentale sur ce phénomène. Il a étudié les techniques d'endoctrinement utilisées par les communistes chinois pour convertir les prisonniers de guerre américains et autres pendant la guerre de Corée. Plus tard, lorsque le phénomène sectaire est apparu aux Etats-Unis, les découvertes de Lifton furent appliquées à l'endoctrinement sectaire et aux pratiques de recrutement. Dans son livre "Thought Reform and the Psychology of Totalism" (Modification de Pensée et Psychologie du Totalitarisme), au chapitre 22 "Le Totalitarisme Idéologique", il énonce huit motifs qui caractérisent la modification de pensée - et qui correspondent aussi à la plupart des méthodes de persuasion forcée souvent utilisées par les sectes. Lifton établit que "Toutes leurs combinaisons peuvent être temporairement énergisantes ou vivifiantes, ce qui constitue la plus grande des menaces pour l'humanité" (Lifton 1961).
 
1· Contrôle de l'Environnement
 
La première des techniques utilisée par beaucoup de groupes totalitaires, c'est ce que Lifton appelle le "Contrôle de l'Environnement". Elle est utilisée lorsque les adeptes tentent d'amener une recrue potentielle sur le territoire du groupe, dans un milieu ou une zone qu'ils peuvent contrôler. Entouré de personnes qui partagent une croyance avec enthousiasme, l'individu peut être déstabilisé dans ses croyances - et il est souvent trop loin de ses amis et de ses proches pour leur en parler et effectuer un "contrôle de réalité". Si le visiteur s'exprime ou agit selon des manières qui entrent en conflit avec les membres du groupe qui dominent cet environnement, il va se sentir embarrassé et en faute - bien qu'il agisse peut-être d'une manière tout à fait acceptable selon les normes de la société. Il est souvent difficile pour un individu de garder longtemps confiance lorsqu'il est entouré d'un groupe de personnes apparemment bienveillantes, et qu'elles utilisent cette technique d'approche en douceur.
 
Le groupe récompense aussi l'accord éventuel du membre en puissance - les adeptes félicitent et encouragent les sentiments d'acceptation lorsqu'il ou elle se conforme au groupe, et/ou lorsqu'il ou elle répond favorablement à sa doctrine. C'est dans cet environnement assez hermétiquement contrôlé que les recruteurs la recrue potentielle, sans contacts avec famille et amis - qui pourraient connaître cette organisation et donc l'avertir du danger. Dans un environnement contrôlé de cette sorte, on est plus vulnérable aux pressions des hôtes.
 
2· Manipulation Mystique
 
Le second motif introduit par Lifton, c'est ce qu'il appelle la Manipulation Mystique. Le groupe donne aux nouvelles recrues le sentiment qu'ils sont des "élus" - comme s'ils font partie d'un corps d'élite au service de la cause héroïque consistant à sauver le monde. Chaque membre croit sincèrement que le monde compte sur eux pour accomplir cette responsabilité spéciale. Les membres du groupe partagent ce sentiment profond de leur mission avec le nouvel arrivant. Il arrive même parfois qu'ils disent que Dieu a guidé cette personne vers leur groupe avec ses pouvoirs surnaturels/mystiques, afin de sauver l'humanité. Les membres sont fréquemment accueillis par une cérémonie spéciale pour les "heureux élus". Ce type d'admission fait que le nouvel arrivant se sent profondément signifiant - et la tentation de se joindre au groupe devient pratiquement irrésistible. Bien que les membres du groupe aient utilisé des outils puissants, tels le contrôle de l'environnement, la pression psychologique et parfois même le mensonge sur la nature du groupe, la nouvelle recrue est dans l'illusion qu'elle a décidé de s'y joindre de manière libre et délibérée.
 
A ce stade, il est possible que la recrue pense se joindre à une sorte de club amusant où ses besoins seront satisfaits. Après tout, durant les phases initiales, les recruteurs traitent royalement le nouveau venu - donnant souvent l'impression qu'il ne se passe peut-être rien d'autre dans ce groupe. En réalité, ça n'est fait que pour obtenir l'engagement initial. Une fois que le nouveau s'est engagé envers le groupe, souvent même par écrit - les choses changent. Graduellement, la chaleur et l'affection - qui était le facteur de motivation principal pour se joindre au groupe - va diminuer, à mesure que le nouveau membre est tiré vers les mêmes exigences de soumission qu'attendent la plupart des sectes. Dans certains groupes (Eglise de l'Unification), ça va même jusqu'à 16 à 20 heures de travail quotidien, avec peu de repos. Il y a même des régimes appauvris en protéines, pour rendre les adeptes plus malléables.
 
Les leaders de groupes destructeurs en arrivent même à utiliser des pressions psychologiques extrêmes pour forcer les nouveaux à se conformer à l'état d'esprit du groupe. Ce processus fait aussi partie de la "manipulation mystique". Dans la plupart des cas, la recrue n'aura pas connaissance des véritables attentes du groupe, ni de son programme caché, ni de son mode de vie souvent épuisant. Ils seront bien sur informés après avoir 'librement' choisi de se joindre au groupe. Les cultes destructeurs font tout pour donner l'impression que les personnes s'y joignent après une décision basée sur un libre choix. Cette impression est soigneusement incrustée chez les adeptes, les empêchant de se plaindre plus tard d'avoir été enrôlés de force. Mais ils omettent souvent d'informer les recrues potentielles de ce à quoi ils vont vraiment s'engager - jusqu'à ce qu'il soit trop tard. On ne peut donc pas dire que le processus de recrutement de ces groupes fournisse des circonstances favorables à un choix vraiment éclairé.
 
3· Exigence de Pureté
 
L'Exigence de Pureté est une autre contrainte commune au milieu sectaire. Les sectes destructrices enseignent aux nouveaux adeptes que toute personne ne faisant pas partie du groupe est corrompue, d'une manière ou d'une autre, qu'elle est négative et/ou généralement non illuminée - alors que les membres du groupe sont saints, et que la vérité parfaite leur a été révélée. De plus, beaucoup de groupes appliquent strictement une séparation additionnelle entre les hommes et les femmes, au nom de la 'pureté', afin d'éviter le développement d'une intimité particulière. Mais la vraie raison, c'est souvent la jalousie des leaders de secte vis-à-vis de l'engagement d'un disciple envers toute autre personne ou toute autre chose. Les leaders peuvent ainsi exercer davantage de contrôle sur leurs disciples, dont l'attention et le temps ne sont pas subvertis par une aventure amoureuse 'impure' avec une autre personne importante. Dans certains groupes, seul le(s) leader(s) peut/peuvent décider de qui sort avec qui, des mariages et des divorces (Rev. Moon de l'Eglise de l'Unification).
 
L'"Exigence de Pureté" sert à diminuer l'estime de soi des membres. Plus spécifiquement, il y a dans de nombreux groupes une exigence de 'pureté sexuelle' dont les gens peuvent ne pas être informés lorsqu'ils sont recrutés. Il arrive fréquemment qu'ils ne savent pas qu'on attend d'eux qu'ils pratiquent le célibat, jusqu'au moment où le groupe va sanctionner une relation amoureuse. Il est évidemment souvent difficile d'accepter un tel mode de vie. Avant de se joindre au groupe, beaucoup d'adeptes ont pu avoir une relation amoureuse, ils ont été fiancés ou même mariés. Si une nouvelle recrue exprime une difficulté à se conformer à cette exigence de vie - de dures réprimandes vont provoquer chez lui un malaise, et il va se sentir négatif au regard de ses soi-disant faiblesses et échecs. En trouvant continuellement de nouvelles manières de faire baisser l'estime de soi du disciple, souvent par une 'exigence de pureté' implacable et toujours croissante, les leaders de sectes arrivent à maintenir leur contrôle d'une manière plus efficace, et ils encouragent la dépendance du/des leader(s) du groupe pour valoriser le disciple. Il est important de noter que beaucoup de leaders de tels groupes ont eu des relations sexuelles, et qu'ils sont coupables d'abus sexuels, malgré de telles exigences envers leurs disciples (cf. David Koresh).
 
4· Culte de la Confession
 
Les groupes destructeurs utilisent aussi souvent le "Culte de la Confession" pour contrôler les nouvelles recrues. Grâce à la confession personnelle de celle-ci, la secte obtient des informations importantes sur la vulnérabilité de cette personne et sur son amour-propre. Ces informations significatives pourront être utilisées par la suite pour manipuler le nouveau venu. Ces connaissances, découvertes par la confession, sont utilisées comme preuves de corruption et de répugnance de la vie de cette personne avant son arrivée, en comparaison avec le mode de vie correct prescrit par le groupe. Le groupe accède à des moyens de pression importants, ce qui l'aidera à modeler une nouvelle recrue pour qu'elle conforme son état d'esprit et sa personnalité. Cette pratique produit un contexte de honte/culpabilité qui renforce l'Exigence de Pureté du groupe - opposée à l'ancien mode de vie de l'adepte, bourré de 'péchés'. En définitive, cette pratique diminuera vraisemblablement aussi l'estime de soi de la personne qui se confesse - augmentant sa passivité et sa soumission à la volonté du groupe.
 
5· Science Sacrée
 
Les sectaires présentent de fait leur idéologie comme une "Science Sacrée" aux nouveaux venus. Les recruteurs parlent de leur doctrine comme d'une certitude scientifique - afin de convaincre les plus critiques de la validité et de l'exactitude de leurs croyances. On est en général plus apte à accepter une idéologie à l'aspect scientifique. Dans le modèle de Lifton ("Thought Reform and the Psychology of Totalism" - Modification de Pensée et Psychologie du Totalitarisme), les communistes chinois présentent leur idéologie comme la réalisation ultime et scientifiquement prouvable, la réalisation la plus évoluée d'une société véritablement 'de progrès'. Et ceux qui étaient en désaccord étaient qualifiés de 'non-scientifiques', et d'obstinément ignorants des soi-disant lois scientifiques de l'évolution sociale constructive. Dans certains groupes soi-disant basés sur la "Bible" - l'interprétation souvent unique et idiosyncrasique de l'écriture est offerte non comme une interprétation, mais comme la Vérité, la révélation de Dieu absolue et donc indiscutable.
 
Malgré de telles affirmations, une véritable analyse critique prouve encore et encore que de telles affirmations sectaires sont typiquement non scientifiques, ou du moins souvent des exégèses discutables. Mais la plupart des nouvelles recrues n'ont pas l'occasion d'examiner de près de telles affirmations afin de prouver leur validité grâce à des preuves objectives. De plus, les membres du groupes semblent tellement sincères, que les nouveaux arrivants ont tendance à leur faire confiance, et ils se sentiraient embarrassés de discuter ou de remettre leur 'Vérité' en question. En fait, la plupart des recruteurs sectaires sont sincèrement convaincus des doctrines et des affirmations de leur groupe - ayant eux-mêmes probablement rejoint ce groupe suivant le même processus d'influence non justifiée. Comme certains ne seront pas convaincus par la simple force émotionnelle du système d'embrigadement du groupe, une petite poussée supplémentaire est fournie par la présentation de la doctrine comme 'vérité scientifique' ou comme 'vérité biblique' - ce qui est souvent irréfutable.
 
6· Langage Codé
 
"Coder le langage" est une autre caractéristique commune de l'environnement sectaire. Il s'agit d'un jargon spécial qui donne aux adeptes un sentiment d'exclusivité, l'impression qu'ils possèdent une connaissance ésotérique. Ce "langage codé" participe à la construction d'une solidarité dans un groupe d'élite partageant le même verbiage/jargon sectaire. Cela donne aussi au nouveau venu une incitation supplémentaire pour s'impliquer davantage dans le groupe, afin d'apprendre ce langage et d'en comprendre la signification. Le Langage Codé est caractérisé par des mots ronflants et des phrases "coupant court à toute pensée", limitant la pensée et remplaçant typiquement toute analyse constructive et toute critique indépendante. Cela devient parfois accablant, dominant le discours de l'adepte et la conversation - tout en liant le groupe par son langage commun.
 
7· La Doctrine Avant l'Individu
 
La notion de "Doctrine Avant l'Individu" intervient lorsque la secte insiste pour que le nouvel arrivant se soumette à l'enseignement - en édictant les règles et les besoins de la secte, et qu'il s'y subordonne. Les dirigeants enseignent généralement que les objectifs et les buts déclarés du groupe sont beaucoup plus importants que les besoins des membres. Par conséquent, les opinions et les préoccupations individuelles des membres - telles que des projets personnels, doivent toujours être abandonnés en faveur du service pour le groupe et ses idées. La secte enseigne que les adeptes doivent soumettre leurs expériences et même leurs pensées au filtre de sa doctrine. C'est à dire qu'il faut soumettre ses perceptions personnelles de la réalité à la réalité de ce qu'offre la doctrine du groupe. On apprend aux individus à pratiquement tout interpréter d'une manière cohérente avec la doctrine, ce qui la renforçe par la même occasion. La volonté du groupe prend toujours l'ascendant sur l'individu - couplé avec l'intolérance à tout cadre de référence extérieur.
 
8· Dispensation de l'Existence
 
Le dernier motif de Lifton, c'est la "Dispensation de l'Existence". Ce qui revient à dire que seuls les membres du groupe ont une véritable existence. Eux seuls sont "bons" et/ou "sauvés". Ce qui est en contraste absolu avec les non membres qui sont "mauvais" et/ou "damnés". Seuls les membres du groupe "marchent dans la lumièr"', eux seuls "connaissent la vérité", ou sont "au royaume des cieux" - alors que les autres sont en quelque sorte négatifs et exclus. Pour résumer cet état d'esprit, cette croyance, on peut dire que ceux qui sont extérieurs au groupe sont essentiellement inférieurs, en quelque sorte, et les personnes du groupe sont considérées comme supérieures. Les groupes destructeurs encouragent souvent cette mentalité, et ils la renforcent en affirmant qu'ils sont les seuls à dire la vérité - parfois même, dans les cas extrêmes, de la terre entière. Ceux qui sont inférieurs, vils, et/ou simplement considérés comme n'étant pas prêts à prendre leurs responsabilités comme il le faudrait, peuvent être traités avec moins d'attention, moins de respect, et parfois même avec dédain par les membres de sectes (par ex. les membres de leur famille ayant une attitude critique, les autorités gouvernementales, les vieux amis, etc). Pour eux, "la fin justifie (ou peut justifier) les moyens". Ce sentiment de supériorité ou de mérite devient souvent la raison pour laquelle les gens restent dans les sectes.
 
Des traces de certaines de ces caractéristiques que Lifton décrit peuvent être trouvées dans d'autres groupes ou dans d'autres domaines de la vie. Ce qui ne signifie pas pour autant que ces groupes, ou ces situations, soient sectaires ou dangereuses. Quand chacun de ces huit motifs (ou au moins six d'entre-eux) sont simultanément présents dans un certain environnement, ou bien s'ils sont joints en une puissante combinaison, il faut vraiment s'inquiéter.
 

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Dissonance Cognitive
 
Il y a d'autres explications aux tactiques sectaires. D'après les découvertes de Leon Festinger sur la théorie de la dissonance cognitive ("Cognitive Dissonance theory" - Festinger 1964), on peut comprendre comment les sectes obtiennent la soumission des nouvelles recrues. D'après Festinger, pour altérer un être humain, il est nécessaire d'affecter au moins un des trois aspects de sa personne: comportement, pensée, ou émotions. Flo Conway et Jim Siegelman (auteurs de "Snapping" 1978,1997) ont introduit l'addition d'un autre composant - le contrôle de l'information, qui, selon eux, a une profonde influence sur la modification du comportement. Conway et Siegelman ont qualifié les résultats d'un tel contrôle de l'information de "Maladie de l'Information" ("Information Disease").
 
Les sectes essaient de contrôler leurs recrues en contrôlant au moins un des composants précédents. Plus elles contrôlent de ces composants avec efficacité, plus vite et plus complètement elles font la conquête de la personne. Les sectes tentent de contrôler les recrues en contrôlant un ou plus des composants précédents. Plus elles contrôlent de composants avec efficacité, plus vite et plus totalement peuvent-elles conquérir l'individu.
 
On peut constater des exemples de contrôle du comportement dans la manière dont une secte surveille les activités quotidiennes des membres - façonnant et modelant leur comportement à travers les habitudes et les rites qu'ils ont développé. Les sectes peuvent décider de la durée du sommeil de l'adepte et de son mode de nourriture. En guidant le nouveau venu durant les activités quotidiennes, les nouvelles habitudes et les rites prescrits, la secte arrive à réduire la dissonance chez la nouvelle recrue. C'est ainsi qu'il est possible d'affecter davantage les pensées et les émotions de l'adepte. Comme Festinger l'a dit, "Si vous changez le comportement d'une personne, ses pensées et ses sentiments se modifieront pour minimiser la dissonance" (Festinger 1964).
 
En pratiquant l'endoctrinement au moyen du dogme et des attitudes sectaires, grâce au système de "Modification de Pensée" tel que le décrit Lifton, la secte finit par arriver à contrôler les pensées des nouvelles recrues. La secte fournit aux adeptes un nouveau "Langage Codé" pour adapter sa vision du monde. Typiquement, une philosophie sectaire fournit des réponses simplistes et/ou quasiment magiques à tous les mystères de la vie. Ainsi, les sectes n'enseignent pas véritablement de doctrine, mais elles programment l'esprit des personnes à accepter cette doctrine sans discussion. Durant le processus de programmation, les recruteurs soumettent les nouvelles recrues à leur dogme d'une manière répétitive, et souvent hypnotique (par ex. provocation de transes, techniques de méditation) - jusqu'à ce que cette doctrine finisse par subjuguer la personne. Une fois que la secte lui a ainsi inculqué ses idées dans l'esprit, le nouvel adepte évite la dissonance personnelle en essayant de remodeler ses comportements et ses émotions pour qu'ils correspondent à sa nouvelle manière de pensée.
 
Le contrôle émotionnel est un autre moyen par lequel les sectes changent les gens. Les sectes manipulent les émotions afin d'obtenir la soumission des recrues. Leur objectif, c'est de convaincre les gens qu'au sein du groupe, tout est joyeux - alors que dans le monde extérieur, il n'y a le plus souvent que négativité, indifférence à la spiritualité, ou même parfois misère et désespoir. Les groupes essaient parfois de créer une atmosphère de spiritualité élevée - surtout pendant la période de recrutement initiale. Ceci accroît la perception forcée que la vie dans le groupe possède une certaine euphorie - tout en suggérant que le monde extérieur est froid et impersonnel. La secte tente souvent de retourner les adeptes contre leurs proches en affirmant que le seul "amour" authentique est la propriété du groupe. Elle utilise souvent une culpabilité déraisonnable, la honte et la peur pour maintenir la loyauté de ses membres à travers leur confession publique, et en les endoctrinant avec une quasi-phobie et une peur déraisonnable de ce qui leur arrivera s'ils quittent la secte. Les individus essaieront de changer leurs pensées, leur comportement et leurs émotions pour s'adapter au programme que la secte a réussi à leur instiller durant le processus d'endoctrinement.
 
Les sectes essaient de réguler le flot d'information qui parvient à leurs membres - surtout pendant les premières étapes de l'endoctrinement. Au sein de nombreuses communautés sectaires, ou au cours de retraites prévues pendant la phase d'induction, l'individu peut avoir peu ou pas d'accès aux journaux, à la télévision ou à la radio. A la place, ils sont bombardés par un barrage de propagande - tel que des publications du groupes ou des enregistrements faits par le/les leader(s). Dans une telle isolation de la société normale, les sectes entourent les gens d'un cocon, évitant l'information critique sur leur groupe et l'accès immédiat à l'avis de leurs proches. Ceci bloque généralement tout retour d'information précis sur la secte et ses pratiques.
 
A mesure que les recruteurs bombardent l'adepte potentiel avec des informations favorables au groupe - il devient difficile pour le nouveau venu de développer une opinion informée et objective. Si une personne n'a pas la possibilité d'entendre "les deux versions de l'histoire", il lui est difficile de se faire une opinion éclairée. Les sectes masquent souvent aux nouveaux venus les niveaux plus élevés de leur enseignement (cf. la Scientologie), parce que cela pourrait faire peur aux nouvelles recrues - montrant un aspect trop bizarre aux premiers stages de l'endoctrinement. Les adeptes reçoivent une information incrémentale, à mesure qu'ils prouvent leur loyauté et leur dévotion, et qu'ils deviennent plus malléables grâce à leur suggestibilité croissante (Walsh et Bor 1997). Cette suggestibilité est souvent le résultat final du processus de "Modification de Pensée". Disposant d'un accès aussi limité aux informations objectives sur le groupe et son histoire, il est difficile pour une personne de faire le tri parmi ses difficultés, de raisonner de manière rationnelle, et de quitter un environnement si contrôlant qu'il en semble parfois tellement chaleureux.
 
Conformité
 
Les expériences dirigées par le Dr. Solomon Asch, au cours desquelles il a étudié la conformité sociale sont maintenant célèbres (Asch 1956). Le résultat de ces expériences peut être aider à comprendre la manière par laquelle des personnes en bonne santé et intelligentes peuvent souvent s'impliquer dans des groupes sectaires. Dans une de ses expériences, il demande à des personnes de sa classe ayant l'air assurées et autoritaires, de donner de mauvaises réponses, afin de faire douter les autres étudiants de leur propre jugement. Les sectes utilisent souvent ces mêmes tactiques, car lorsqu'un porte-parole de secte enseigne la doctrine du groupe, certains nouveaux venus peuvent effectivement douter des idées du groupe.
Pourtant, même lorsqu'une grande majorité d'adeptes entourant quelqu'un acquiesce avec enthousiasme à ce qu'il dit, il peut arriver que beaucoup de personnes soient irrésistiblement amenées à se soumettre malgré elles au sentiment prédominant du groupe. Asch le démontre clairement par ses expériences concrètes. Ce qui montre que dans certains contextes, n'importe qui peut être vulnérable à une puissance de conformité - malgré la confiance qu'ils peuvent avoir en eux, et leur estime de soi.
 
Obéissance
 
Stanley Milgram a entrepris des expériences qui aident à comprendre la dynamique sectaire. Il s'agit encore une fois de nous aider à comprendre comment des personnes tout à fait normales peuvent manifester des comportements bizarres dans une secte. Sa fameuse expérience des chocs démontrent que les gens finissent par obéir à une personne en position d'autorité - au point de faire du mal à quelqu'un - au cours d'un exercice de pouvoir bizarre et punitif.
 
En bref: Milgram embauche, à leur insu, des étudiants pour une expérience d'observation de leurs réactions à l'influence. Il en met certains dans le rôle d'exécuteurs, chargés d'administrer des chocs électriques d'intensité croissante à d'autres étudiants qui jouent le rôle des victimes. Les chocs étaient administrés si les réponses correctes à des questions n'étaient pas données dans un délais prescrit. Le fait de ne pas répondre correctement et rapidement nécessitait une punition par un choc électrique - dont l'intensité augmentait à chaque fois. Les supposées "victimes" de cette expérience mimaient en réalité leurs réactions, jouant leur rôle - les chocs électriques étant factices. Mais les étudiants qui jouaient le rôle d'exécuteurs administraient les chocs, croyant que leurs sujets les recevaient réellement et qu'ils en souffraient. Ils étaient volontaires pour agir comme il leur était demandé - apparemment contents que leur responsabilité soit évitée en se soumettant à une autorité légitime.
 
Les leaders de sectes sont manifestement considérés par leurs disciples comme des figures autoritaires légitimes, sinon divines ou de droit divin. Les disciples convaincus de cette autorité et contrôlés par de tels leaders (qui sont eux-mêmes souvent instables sur le plan psychologique), vont faire des choses de plus en plus bizarres. Il semble que les adeptes de sectes soient prêts à faire pratiquement n'importe quoi pour promouvoir les buts et les intérêts de leurs leaders - justifiant l'idée que "la fin justifie les moyens". Rabbi Maurice Davis , un éminent pionnier dans l'étude des sectes, a dit une fois que l'idée selon laquelle "la fin justifie les moyens" n'est pas seulement une idée discutable, mais qu'elle doit être considérée comme la "recette des tragédies". Il veut surtout dire qu'au sein des groupes où les dictateurs "déterminent ce qui est juste et ce qui est bon, et que les membres ne peuvent pas être en désaccord", pratiquement tout comportement peut être rationalisé. Aux ordres de tels leaders, beaucoup d'adeptes ont commis des crimes contre d'autres personnes ou contre eux-mêmes, alors que ces mêmes personnes ne les auraient pas commis de manière indépendante.
 
Les crimes des fanatiques de Hitler, pendant la période nazie, en sont un autre exemple - et il y en a beaucoup d'autres dans l'histoire: par ex. les purges de Staline, la "Révolution Culturelle" de Mao. Ces dernières années, les violences de Aum, des Davidiens de Waco, et les suicides du Temple Solaire et du Heaven's Gate offrent d'autres preuves de comportement apparemment irrationnels promulgués par des leaders de sectes destructrices.
 
Des millions de personnes qui ne se doutaient de rien ont été victimisées par les techniques de persuasion coercitive utilisées par de nombreuses sectes, et par l'influence indue qui en a résulté. La meilleure défense contre un tel phénomène, c'est d'affronté la réalité, et de reconnaître que nombre de sectes destructrices travaillent dur, tous les jours, pour recruter de nouveaux adeptes au moyen de telles techniques. Il faut admettre que les techniques de persuasion et d'influence qu'elles utilisent ont prouvé leur efficacité. Une bonne dose de précaution informée est nécessaire, de sorte que si nous nous trouvons en contact avec de tels groupes cherchant à nous recruter, nous serons mieux préparés.
 
Les personnes qui entrent dans les sectes ne sont pas différentes des autres - elles sont comme la majorité des gens. Certaines sont passées par une période de transition stressante, ou par une crise temporaire. Nous sommes tous davantage susceptibles à la persuasion à de tels moments. Il est important de faire attention pendant ces périodes sensibles, surtout si nous sommes approchés par un groupe ou par une organisation. Bien sûr, nous avons tous entendu parler des sectes, nous avons lu des choses sur le sujet, ou nous avons vu des sujets sensationnels à ce propos à la télévision, et nous pensons que nous ne pouvons pas nous faire avoir par une secte. Beaucoup croient encore au mythe selon lequel il n'y a que les personnes ayant de sérieux problèmes qui peuvent en être victimes. Mais la réalité, c'est que des personnes tout à fait saines d'esprit et normales se font avoir tous les jours à leur insu. Il faut faire davantage attention aux sectes destructrices, nous sommes plus sensibles que nous le croyons, et il faut parler de ces sujets avec nos proches.