- QUE FAUT-IL
FAIRE
-
- I. UTILITÉ
DES ASSOCIATIONS BÉNÉVOLES
-
- Ce n'est pas
à la seule administration de l'Etat qu'il faut confier le soin
de gérer nos biens symboliques, ni de trouver le moyen de se
débarasser de l'encombrant bébé du sectarisme.
Le bureaucrate sauveur de l'humanité est une utopie et loin de
l'expérience quotidienne de nombreux citoyens qui expérimentent
tous les jours les forces et les faiblesses des institutions étatiques
de gestion "des fonds publics" !
-
- Il est temps
de reconnaître l'existence et la fonction des miliers de bénévoles,
en Europe et ailleurs, auprès des blessés de guerre des
symboles et des idées. Il est temps
de parler des flagrants "mensonges fondateurs" d'institutions
et de sectes célèbres. Ce qui est considéré
par certain comme intouchable ne peut le rester indéfinitivement
et nos universitaires devraient savoir que le principe - "il faut
respecter tous les mouvements religieux" - fait la force des gourous
mégalomanes. Il est temps
de raconter
les drames
des familles touchées par les sectes, et qui durent parfois des
dizaines d'années ... Il est temps
d'analyser le mécanisme réel de la "manipulation"
et de cesser toutes ces ironies et dérobades qui amusent en famille
ou en politique, mais qui ne font qu'accentuer la dramatisation des
problèmes et attiser les conflits. Aujourd'hui les
gourous psycho-thérapeutes et guérisseurs ont un grand
succès et font plus de victimes que les faux prophètes
... Il s'agit de "pognon" dans ces cas et non de religion
!
-
- Pour s'intéresser
aux victimes et aux escrocs, nous constatons que les personnes de mentalité
hiérophobique (qui fuient le sacré) et les laïques
sont plus perspicaces que les personnes de mentalité hiérotropique
(respectueuses de tout ce qui est sacré, ou paraît,
sacré).
-
- Expulsées de leur secte, quelques unes des victimes ont fait
des efforts d'adaptation pour être reprises. et nous devont tenir
compte des nuances apportées par les récits des victimes.
-
-
- II.
UTILISONS DE NOUVEAUX CONCEPTS
-
- Selon les recherches
de Roland Huckel, professeur de philosophie à Strasbourg, nous
proposons d'utiliser le concept de prise au piège selon la triade
suivante (explicitée dans sa Thèse:
"La guerre des idoles"):
-
- APPRIVOISEMENT - ENFERMEMENT - MOBILISATION SACRIFICIELLE
-
- Cette nouvelle triade conceptuelle se substituant à celle habituellement utilisée: SEDUCTION - DESTRUCTION - RECONSTRUCTION, car ne prenant pas assez en compte
la spécificité de la manipulation mentale
et pouvant tout aussi bien s'appliquer à un simple "conflit
de belle-mère" !
III. DAVANTAGE
DE PREVENTION
Roland Huckel,
avril 1996
Préparer
patiemment les jeunes à l'autonomie progressive, idéal
de l'éducation moderne, voilà le contraire de la
manipulation mentale.
C'est alors le savoir qui transmet le savoir, tandis que la manipulation
mentale est, comme la magie et l'hypnose, le pouvoir impatient
qui écrase le savoir. Les puissances en place sont donc protégées
par les réflexes manipulateurs des gens et ne les interdiront
jamais: la manipulation mentale est en effet une réaction, archaïque
et tribale, qui glorifie magiquement le discours politique.
Mais cette attitude
nous interdit l'accès au monde complexe de la technologie et
de l'industrie. L'éducation à l'esprit scientifique nous
rend au contraire allergiques aux manipulations mentales, parasites
du savoir.
Attention ! Sans
le repérage des STRATAGEMES DE MANIPULATION MENTALE DOUCE, les
structures de la manipulation mentale restent indiscernables et incompréhensibles.
Reste toujours le risque de s'entendre dire: "Mais toi aussi tu
simules, tu triches, tu manipules : pourquoi m'accuser moi ?".
Mais celui qui
veut vivre sans manipulation mentale, dure ou écrasante,
résiste au réflexe du talion et pardonne à ses
bourreaux ... Il risque ainsi d'être la lanterne rouge de son
groupe, la victime émissaire de toutes les épurations.
Il restera longtemps incompris, sans prestige, sans pouvoir ni richesse:
voilà le MODELE DE VIE NON MANIPULATOIRE, NON SACRIFICIEL AUSSI,
issu d'un choix existentiel.
IV. NON
VIOLENCE ET LOGIQUE SACRIFICIELLE
Roland Huckel,
octobre 2001
Les sous-titres ont été
ajoutés au texte original
[Texte Intégral]
1.Mieux
connaître "le moteur"
de la violence
Dans l'observation
de l'idolâtrie sacrificielle, j'examine le vecteur qui va de la
banalisation (de la vie quotidienne) à la dramatisation (d'une
Cause admirée ou adorée) et de celle-ci à la sacralisation
(ou à l'idolisation). C'est surtout à la fin de ce vecteur que se
produit la violence ... Tout responsable de groupe, même un parent,
gère ce vecteur : trop de banalisation et c'est l'ennui avec ses
inconvénients - trop de dramatisation et c'est la crise permanente
- trop de sacralisation (de la vie familiale par exemple) et nous voilà
dans une obsession ! Tout commence
par l'admiration ... et finit souvent dans le sang. Le rapport entre
ces deux processus (admiration et violence) paraît inconnu: c'est
la logique sacrificielle, celle que nous révèle chaque
bataille, chaque défi terroriste, chaque campagne sectaire ... Si j'avais à
exposer le fonctionnement de la logique sacrificielle à des élèves,
je m'y prendrais ainsi en utilisant la métaphore du moteur.
- Le
carburant du moteur de la violence, c'est notre admiration
spontanée et joyeuse d'un champion, d'une vedette,
d'un explorateur, d'un maître à penser ou d'un
homme politique ... Le patriotisme exalté suffit
à déclencher le processus ..."qu'un sang
impur abreuve nos sillons" !
- Le
supercarburant, c'est notre pulsion d'adoration envers un
génie, un fondateur de prophète ... Le culte
de la personnalité aboutit à l'idolâtrie
d'un chef et inquiète les chefs rivaux !
- Le
starter de ce moteur, c'est notre réflexe d'incantation,
qui crée et nourrit les idoles, et d'exorcisme, qui
empoisonne les idoles rivales, les détruit: nos bravos,
nos hommages à des personnages extraordinaires, les
fêtes d'accueil ou nos cérémonies d'exécration,
nos discours et chansons, nos rassemblements de masse derrière
des calicots, nos grèves et happenings ... On chante
tantôt le Magnificat de la victoire tantôt la
Marseillaise de la mobilisation ... Paroles sans passage
à l'action ... Les médias font des fortunes
avec nos compulsions incantatoires et exorcistiques ...
S'amorce ainsi le processus d'apprivoisement pour les nouvelles
recrues, ainsi que l'isolation théorique du nouveau
groupe, à protéger de l'influence des idéologies
adverses. L'incantation-exorcisme produit le prestige (d'un
chef soi-disant charismatique). Le prestige, voilà
le concept polémique : c'est d'abord le pôle
admiré ou adoré, qui devient très vite,
les hommages populaires aidant - ou bien les élections
démocratiques aidant - le support de toute autorité.
C'est tantôt le plus bienfaisant des concepts, tantôt
le plus malfaisant.
- La
première vitesse, nous l'engageons avec la dramatisation
collective qui implique le passage quantitatif à
l'action, dans les recrutement d'adeptes et dans la mobilisation
de la population. Cela commence par le privilège
accordé (ou arraché) en faveur du groupe
salvateur (infiltration de l'Etat): cela continue par des
droits enlevés au groupe honni (dans "la nuit
de cristal" des nazis ...). Tout cela dans la liesse
hystérique ou colère bruyante ... Dans le
secret se prépare l'organisation du prosélytisme
international. Le drame ne tarde pas à faire des
victimes dès qu'il y a appel à la croisade
mondiale (avec l'inévitable infiltration des autorités).
Au fur et à mesure, se font l'ouverture de camps
d'entraînement, des plans d'invasion des territoires
neutres et adverses, avec l'inévitable constitution
secrète d'un trésor de guerre ...
- La
deuxième vitesse du moteur de la violence s'enclenche
dès qu' une crise grave s'enclenche et dépasse
les compétences humaines, que tous se sentent dans
une impasse, au bord de l'abîme de la destruction
totale : alors tous regardent le ciel et tous attendent
un sauveur ... L'étincelle qui met le feu est l'image
d'un ami, mort en martyr. Commence ainsi la sacralisation
de notre Cause ou de notre Héros par les hommages
adorateurs, par la construction de stèle, d'arc de
triomphe, de temple, de palais ...
- La
troisième et dernière vitesse est la diabolisation
des rivaux et ennemis avec passage à l'action, agresssion
physique des personnes: persécution organisée!
C'est que le. nouveau héros suscite chez les voisins
non concernés ironie et hostilité... Les batailles
d'idoles deviennent publiques: à la vieille statue
de Bouddha, détruite par les Talibans afghans à
Banyan au nom de l'Islam, voilà une nouvelle statue
de Bouddha, construite par les bouddhistes chinois ! Voilà
l'emballement du moteur mimétique ... Rien ne va
plus: on est attaqué de tous les côtés
! Un seul personnage (ou groupe) se tient à l'écart
de la passion collective: un étranger, un infirme,
un orphelin ... C'est dans cette catégorie peu protégée
de la population que la rumeur publique cherche le "coupable",
l'homme à abattre ... Avec le lynchage de cette
victime, le moteur trouve une vitesse de croisière:
la routine s'installe avec un comité spécial,
chargé des violences.
2. Les
5 étapes de la logique sacrificielle
Voilà
comment fonctionne le moteur de la violence, systole et diastole
du coeur de la logique sacrificielle. Le vecteur passe
par les étapes suivantes:
- Admiration
puis adoration d'une idole ...
- Incantation
en direction de l'idole puis exorcisme en direction des rivaux
et adversaire.. .Résultat : le prestige !
- Dramatisation
lyrique puis fête glorieuse collective, prosélytisme
et recrutement, subreptice et quantitatif ...
- Sacralisation
du héros, de l'idole surprotectrice, avec construction
de monuments, palais ou temple ... La Cause est appelée
"sacrée", cela veut dire que chaque fidèle
est prêt à mourir pour elle, donc aussi à
tuer ...
- Par impatience
métaphysique, persécution active des indifférents
et opposants ... cette bataille révèle des martyrs
dans les deux camps, mais appelés "traîtres"
dans l'un et "héros" dans l'autre ... Cela
finit invariablement avec l'expulsion d'une victime émissaire
!
Plus aucun raisonnement
ou appel au bon sens n'a de l'effet sur les idolâtres, passés
au stade de la persécution des adversaires.
C'est le totalitarisme
orgueilleux qui s'installe. Les objections entendues ne font pas réfléchir
les nouveaux maîtres mais les rendent furieux; elles prouvent
l'hostilité à l'égard de l'idole et valent condamnation
à mort pour leurs auteurs ( voir
Soljénytsine).
- 3. Hiérotropique
- Hiérophobique
René Girard
ne distingue pas entre communautés hiérotropiques,
(fascinées
par le sacré), et hiérophobiques (fuyant le sacré),
mais ses références
sont surtout situées dans les traditions, les textes sacrés,
les coutumes des populations isolées dans les îles ...
donc dans les communautés hiérotropiques. Lui-même
dépasse ces deux logiques extrêmes et arrive ainsi à
analyser les mythes de persécution: il constate alors que tous
les "boucs émissaires" n'étaient pas coupables
et que beaucoup de meurtres officiels n'étaient donc pas vraiment
"sacrificiels" ...
Dans les communautés
à dominante hiérotropique se déroule un processus
qui nous semble improbable ou pathologique si nous réfléchissons
selon les normes hiérophobiques : les victimes des lynchages
sacrificiels sont considérées a priori comme coupables.
Avec le recul
de l'histoire, nous arrivons à la conclusion que beaucoup de
victimes sacrificielles (dans les procès de sorcellerie
par exemple) étaient au contraire innocentes. (Voir le Roman
de la Rose d'Umberto Ecco par exemple).
Le mérite
de René Girard est de rappeler que Jésus était
innocent des chefs d'inculpation officiels, lancés contre lui
:
sa crucifixion n'était donc pas un "sacrifice" (qui
implique un coupable) mais révèle au contraire les mensonges
accusateurs qui, dans les siècles qui précédaient
et suivent Jésus-Christ, demandent la mort des victimes, déclarées"
coupables par la Vox Populi (ou par les agents de l'Inquisition).
La foi en la
"vox populi", dans les "Volontés de Dieu"
révélées par les événements,
dans les Jugements de Dieu par ordalie, dans l'efficacité
des prières, des bénédictions et des malédictions,
de la sorcellerie
et de la magie ... tous ces processus sont "évidents" dans
les mentalités hiérotropiques (dans l'Inde traditionnelle
par exemple, en Afrique illettrée et dans les milieux des catholiques
fervents en Europe). Dans cette mentalité, la culpabilité
de ceux que nous appelons boucs émissaires" est indiscutable
(sans procès) comme est indiscutable la "sainteté"
des grands gourous de l'Eglise : les miracles qui se sont accomplis depuis
leurs morts près de leurs tombes leur sont attribués (voir
les ex-votos de nos chapelles) !
Les personnes
qui réagissent ainsi vivent sans le savoir dans la logique, sacrificielle
et hiérotropique, dont l'obsession est non la recherche
de la vérité ou de l'efficacité - mais la recherche
et la mort des coupables des malheurs de leur tribu !
Mais c'est sortir
de cette mentalité, que d'oser se poser la question sur l'efficacité
de ces processus:
l'idolâtrie, la vox populi, la volonté de Dieu, la prière,
la sorcellerie ... la culpabilité des victimes de condamnations
publiques.
Croire ou non
en la culpabilité d'une victime émissaire est donc affaire
de mentalité collective, et échappe à tout examen
rationnel.
Dans la mentalité
hiérotropique, longtemps après un lynchage sacrificiel,
quelqu'un se souvient de la victime et recherche sa tombe, la fleurit:
on découvre que depuis sa mort tout va mieux, la paix est revenue,
un miracle a eu lieu ! Le bonheur nouveau, on le lui doit: c'était
un saint, on va lui construire un monument ... Voilà
une nouvelle idole ! (Un tel processus est vraiment hiérotropique
et paraît archaïque aux yeux de beaucoup de modernes pour
lesquels l'idole ne présente plus aucun intérêt
puisque personne n'y croit plus!).
Et tout recommence.
L'admiration, sinon l'adoration du martyr, est contagieuse et devient
collective, bientôt obligatoire ... le starter de l'incantation
mythique met en route le moteur de la violence, la dramatisation engage
la première vitesse ... Etc.
Distinguer
les deux extrêmes du vecteur des mentalités, le docile
hiérotropisme
(jadis appelé "Orient") et la sceptique hiérophobie
(que revendique
l' "Occident" ), est important pour comprendre les idolâtries
et les sources de la violence. Pour comprendre surtout la victimologie,
science interdite pour un membre d'une société hiérotropique
( qui considère a priori comme traître le soldat qui soigne
un ennemi blessé), mais science de plus en plus urgente pour
les membres hiérophobiques.
J'ajoute que
ni Gandhi ni les inspirateurs actuels de stratégies de non violence
(Lanza del Vasto par exemple que j'ai rencontré à Agadir
et dont j'ai observé le groupe de l'Arche) ne semblent connaître
ce vecteur des dispositions favorables (admiration, incantation et dramatisation)
ou défavorables (banalisation) au sacré ni le danger de
leur manichéisme (le mauvais étant l'"autre",
à abattre).
Ce type de non
violent vit dans une mentalité hiérotropique : il est
donc fasciné par tout ce qui est surnaturel (les fleuves sacrés),
légendaire et hagiographique, merveilleux, saint, héroïque,
extraordinaire, magistral, clérical, mystérieux ... sans
comprendre encore que le sacré ( de sa belle Cause) risque de
générer à
long terme la violence
des personnes mises en cause, ou encore qu'à
l'inverse la violence utilisée (verbale surtout) génère
le sacré (des martyres).
Je me pose la
question de savoir si la fondation hiérotropique d'un groupe
de non violence n'est pas un paradoxe, puisqu'elle favorise la violence
dans les faits (on pourrait dire aussi qu'elle ne favorise pas les conditions
de la non violence), par programmes dramatisés et sacralisés,
tout en la combattant dans les paroles.
Ces groupes se
comportent involontairement - par ignorance des mécanismes sacrificiels
- comme des pompiers pyromanes.
C'est le cas
de tous les groupes qui se disent "pacifistes", de la plupart
des mouvements religieux d'hier et d'aujourd'hui. Ces mouvements échauffent
dramatiquement la population des croyants dans la haine
du rival, du païen, de l'hérétique, de l'idolâtre,
du dégénéré ... du profanateur des lieux
saints ! Le beau message chrétien (aime ton prochain ...) a ainsi
été saboté par ce besoin, trop inconscient,
de sacrifier ceux qui ne sont pas d'accord avec nous !
Une fondation
hiérophobique d'un groupe de non violence (peut-être de
type Greenpace ou écologie ...) est peut être plus cohérente
entre faits et paroles mais n'est pas forcément plus efficace.
Même insensibles
au sacré religieux, représenté par des idées,
nous restons tous,
traditionnels et modernes, sensibles au sacré familial et hiérarchique,
représenté par des personnes: pour chacun, toute violence
à sa mère, à son père, à son épouse,
à ses enfants, à son roi ou chef d'Etat ... est ressentie
comme profanation et réclame des représailles. De là
la question qu'on a envie de poser au non violent de principe :"Et comment réagis-tu face à celui qui viole ta femme
et tes enfants
devant toi ? "
Nous ne pouvons
vivre exclusivement comme hiérotropes à cent pour cent
( nous ne reconnaissons pas le caractère sacré des temples
de groupes religieux rivaux) ni comme exclusivement hiérophobes
à cent pour cent (nous considérons des personnes de notre
groupe comme sacrées ...). Il s'agit donc dans tous les cas,
pour les concepts qui s'appliquent aux réalités humaines,
de concepts "dominants",
pleins de nuances et d'acceptions diverses, gardant des exceptions ...
et des limites de validité ...
4. Comment
lutter contre les sectes
- Si vous faites
une campagne très émotive pour ou contre une Cause (en faveur des
victimes de sectes entre autres), vous lancez le starter du moteur dangereux,
vous dramatisez donc ( par exemple par la "sainte colère",
mise en scène mélodramatiquement par Greenpeace ou par
les groupes de défense des victimes ...), vous
mettez la deuxième
vitesse du moteur de la violence, par l'effet d'empoignade surtout
(et l'on devient "chasseur de sectes",
allant jusqu'à dire que toutes les sectes
sont dangereuses !" ).
-
- Vous risquez
d'obtenir dès le début l'inverse de ce que vous cherchez
... et vous passez pour des persécuteurs. Vous risquez d'être
à votre tour persécutés, votre groupe sera ironiquement
appelé
"antisecte sectaire" ! C'est ce qui arrive avec le livre:
"Pour en
finir avec les sectes", dans lequel plusieurs dizaines de personnalités,
des professionnels surtout, critiquent les efforts des bénévoles
de l'information - sectes.
-
- Notre sainte
colère (dramatisation) provoque la sainte colère de nos
rivaux (leur dramatisation). Depuis plus de dix ans, je dis cela sur
les tous les tons, à tous les généreux amis, engagés
sur le champ de bataille sectaire aux côtés de victimes:
sans aucun succès !
Même problème en Alsace où le .Président
de notre Association (AVDS - Alsace) a cru règler par sa violence les problèmes
posés par les Témoins de Jéhovah ! L'idéologie
de la "militance bénévole", très syndicale,
est plus forte dans nos associations d'aide aux victimes que le souci
d'adapter la lutte à l'enjeu.
-
- Cette idéologie
inconsciente nous maintient à la première vitesse du moteur
de la violence, à la dramatisation, précédée
toujours d'incantation-exorcisme (le starter) et d'un flux d'admiration
(le combustible) pour un "Président d'association",
qui veut en découdre furieusement avec tous les gourous !
-
- Attention: avant
l'effet violent interminable de toute violence, c'est la dramatisation
qui produit la dramatisation interminable chez les voisins menacés
...alors que la banalisation (que produit le pardon) stabilise la banalisation
... généralisée ... Autrement dit, ce n'est pas
la violence qui produit la violence, comme dit le cliché ,c'est
la dramatisation qui émet les premières étincelles
de la violence et qui continue à attiser le feu ... Si l'on arrive
à dédramatiser les esprits, on diminue la violence ...
Et l'on ne dédramatise
pas en luttant en armes contre les auteurs de violence (c'est le rôle
indispensable de la police et de la justice) ... mais en modifiant à
long terme les données psychosociales,
sources de colères et de crimes (chômage, injustices,
inégalités...). Ce qui est facile à dire, mais
reste indispensable à faire.
-
- Et encore ...
même dans les sociétés les plus riches et mûres
surgissent des conflits mimétiques (de rivalité économique
par exemple) et des
solutions victimaires ... Sauf utopie excessive, croire que la violence
peut être définitivement éliminée dans l'humanité
est du domaine de la foi, de nos rêves de paradis !
-
- 5. Limite
de la non violence
-
- Le non violent
ne dramatise pas forcément (sauf dans l'inévitable liste
des crimes commis par l'adversaire violent). Par contre le meneur, fondateur
d'un groupe non violent (comme Lanza del Vasto), est obligé,
lui, de recruter des adeptes et à cet effet recourt à
l'émotion
des images de violence ... Il rentre alors dans le mécanisme pervers
de recherche du quantitatif (en décibels, en argent et en personnel
...)
et se trouve pris dans le piège qui transforme les vocations
qualitatives des sectes en entreprises d'accaparement matériel
sans scrupules ... Pire: dans le piège des réformateurs
(qui consiste à corriger chez les adeptes les défauts
dont ils n'arrivent pas à se débarrasser eux-mêmes
!)
-
- Pour fidéliser
les adeptes, chaque gourou a sa petite recette rabaisser la personne
par le mépris total (méthode asiatique) ou bien l'honorer
en l'associant aux bénéfices (méthode occidentale).
-
- Voici l'exemple
vécu par un ami ingénieur, ébloui par l'objectif
de l'Arche. D'âge mûr, il s'est présenté au
Larzac pour être mobilisé dans cette belle lutte contre
les violents : Lanza del Vasto lui a demandé de déplacer
quelques tonnes de pierres à la brouette du nord du camp vers
le sud, ce qui a pris un an. Puis Lanza lui a demandé de redéplacer
toutes ces pierres du sud vers le nord pour
l'année suivante !
-
- Mon ami, ne se
sentant pas la vocation de Sisyphe, a pris la fuite lle même jour, traumatisé
! L'explication
de l'Arche: voilà une coutume de gourou hindous, l'anéantissement systématique
de l'"ego",dont s'inspire celui qui a réussi son "retour aux sources
sacrées"
-
- L'anéantissement
total et sytématique de l'ego est une violence, destructrice
de personnalité (ce qui n'est compréhensible qu'en langage
hiérophobique).
Mais Lanza del
Vasto, je l'ai expérimenté, a toujours magnifié
son ego de poète, de penseur ... Ayant été présenté
au grand maître comme le professeur
de philosophie du Lycée d'Agadir (en 1971), j'ai entendu cette
question: "Si vous êtes philosophe, alors vous connaissez
mon livre sur la Trinité". J'ai répondu "non".
Sa réplique: "Alors vous n'êtes pas philosophe !"
Mais le lendemain je me suis procuré ce livre, je l'ai lu et
je n'ai rien appris, j'avais des classeurs remplis de paramètres
ternaires et binaires !
-
- Depuis cette
rencontre, je me méfie de ceux qui veulent casser l'ego des autres:
avec souffrance et humiliation, toujours ! Le chantre de la non violence
(des autres) était tout aussi violent dans le maniement des personnalités
de ses admirateurs que tout caporal. Quel
message a-t-il pu apporter ?
-
- Je retiens de
mes rencontres avec de grands sages d'Afrique du Nord (cheiks ou soufis
...)
que leurs messages sont importants mais que ces messages sont tous hypothéqués
par le mépris systématique de l'ego au profit d'une idéologie
collective, sacralisée.
-
- Voici comment
les valeurs (A, le passé - B, l'ego - C, l'avenir) sont modulées
chez un gourou à l'ego surdimensionné, majuscule donc:
" a - B - c ". Voilà le profil axiologique de Lanza
del Vasto. L'histoire (a) et la programmation de l'avenir (c) sont transformées,
mises au service, minusculisées, donc sacrifiées, au projet
du maître majuscule (B).
-
- Pour les traditionnels,
obsédés par leur passé glorieux, cette formule
est: "A - b - c". Pour nous, appelés modernes, obsédés
par le progrès, promis par l'avenir, la formule est l'inverse:
" a - b - C ". Nous sacrifions un tiers de notre vie à
préparer (par diplômes
interposés) notre avenir et celui du monde nouveau !
-
- Plus généralement,
pour chaque groupe constitué et menacé par les groupes
voisins, la faim quantitative de biens et de fidèles, faim inévitable
dans l'idéologie orientale, est très humaine mais constitue
une source permanente de violences !
-
- Est-ce possible
de sortir de tels paradoxes ? Oui, en sachant que le paradoxe est le
résultat de comportements extrémistes et qu'il disparaît
dès que la discrétion et la réserve corrigent ces
comportements .. La "main de fer dans un gant de velours"
par exemple nous préserve souvent des solutions extrêmes
en écrêtant les courbes d'émotions ...
-
- 6. L'impatience
-
- Les discours
au ton mesuré, qui mobilisent peu les foules excitées,
touchent profondément les personnes équilibrées,
en faisant confiance aux forces positives en chacun de nous et en faisant
preuve de patience avec les rebelles virtuels (qui dorment en chacun
de nous, comme le montre Salman Rushdie avec son nouveau roman "La
furie"). C'est l'impatience
qui engendre les comportements pressés et violents comme elle
est aussi l'inspiratrice des campagnes de "réglements
définitifs, une fois pour toutes" de situations dramatiques
(de terrorisme, d'
exploitation, de prostitution, de famine...).
-
- C'est l'impatience
métaphysique (le désespoir face à la vie, à
la chance et à la mort) qui est mère du sectarisme et
du totalitarisme ...
Fondatrice de hiérotropisme, cette impatience est la plus grande
génératrice de violences dans le monde: comment une entreprise
hiérotropique, donc impatiente métaphysique et inspiratrice
de violences, peut-elle efficacement lutter contre la violence dans
le monde ? Selon mon expérience, elle ne le peut pas, elle ne
peut même pas éviter l'emploi de la violence dans ses propres
rangs (voir Lanza del Vasto) !
-
- Mais attention:
fonctionnent beaucoup de sortes d'impatience. Exemple: le déprogrammeur
impatient Steven Hassan se meut dans un paradoxe : pour lutter contre
les gourous manipulateurs, il lui faut manipuler le client, le tromper
par une mise en scène, organiser un
pieux mensonge ("Voici un ami de caserne de ton frére"...
pour introduire le spécialiste de la secte litigieuse dans le
scénario !). Or là où il y a mensonge, il y a manipulation
(même si le mensonge est "pieux" ou "tactique").
-
- Mais comment
faire autrement pour réussir en trois jours une conversion subreptice
: une durée plus grande n'est plus commercialement
rentable. (L'impatience est d'abord un concept économique, lié
aux besoins humains, à la rareté).
Steven Hassan
analyse la manip des gourous mais de façon à cacher la
sienne; tout en captant le prestige de psychologues de génie,
comme Leon Festinger (1956) et Robert Jay Lifton sur le contrôle
de la pensée (1961), il détourne insidieusement à
son profit les ressources de
ses clients, leur confiance dans son "professionnalisme
et son honnêteté"... (oubliant d'appliquer les critères
manipulateurs de se deux psychologues fétiches à lui-même
et à sa technique).
-
- Le pragmatisme
américain ne connaît pas le respect de la personnalité
ni des consciences : dans le choix des valeurs à honorer, A (passé),
B (personne consciente) ou C (avenir), tout est subordonné à
la réussite du programme, à C majuscule donc (les valeurs
sont modulées ainsi : a - b - C). Tant pis s'il faut sacrifier un
b minuscule par un scénario mensonger et "se foutre de lui"
: on compte sur son bonheur de nouveau sauvé pour lui faire pardonner
la malhonnêteté consciente de la procédure de sauvetage
... (Voyez Steven Hassan : "Protégez-vous contre les sectes",
Paris, Editions du Rocher, 1995).
-
- Si tout le
monde, le préfacier Jacques Richard en premier lieu, accepte
la nécessité de ce mensonge tactique et n'en tient pas
rigueur à Steven Hassan, c'est que nous nous trouvons tous au
stade et dans l'ambiance de la "manipulation douce", concept
que j'essaie en vain de décrire, mais que nous tous, nous aimons
refouler de notre conscience ...
-
- A ce niveau,
les mensonges manipulateurs sont presque quotidiens et bien acceptés
méme - comme dans le commerce, la pub et la diplomatie - mais
sont ressentis comme des péchés véniels, qu'on
n'a pas besoin de confesser ! C'est le cas avec le type de manip de Steven
Hassan: ce n'est ni un délit ni une faute ... Seule la personne
trompée en vue de sa conversion peut accuser Steven Hassan de
malhonnêteté si elle n'accepte pas d'être déprogrammée
et reconvertie ...
(Voir la 6ème partie, l'analyse de "la manip douce"
et le cas des manipulations rituelles acceptées dans le sport
et l'entraînement, militaire ou religieux ...).
-
- Mais, même
douce, la manoeuvre discutable du déprogrammeur américain
offense l'honnêteté intellectuelle: il dénonce les
sectes qui font les détournements subreptices de l'attention
des victimes par des mensonges, tout en pratiquant lui-même de
tels détournements
d'attention, vraiment subreptices, par un mensonge !
Si une définition
neutre de la manip était connue, avec les degrés de gravité
observables ( douces, dures et écrasantes), cette pirouette de
Steven Hassan serait mieux comprise et admise comme manip douce.
-
- 7. Mieux connaître
la manipulation mentale et ses stratagèmes
-
- Serait ainsi
décelée la manipulation, faite en toute bonne foi, autour
de la définition de celle-ci. Exemple: début 2000, le
Père Jacques Trouslard, face au refus de beaucoup de responsables
catholiques d'instituer un "délit" de manipulation,
a rédigé un fascicule de 31 pages en faveur de ce délit
:"une loi nécessaire qui ne menace pas les libertés religieuses
- la manipulation mentale : une réalité". Se basant sur une
définition-stéréotypée de la manipulation, (qui n'a pas encore découvert le mécanisme de la
"subrepticité"): séduction - destruction - reconstruction",
l'auteur, pour montrer que l'Eglise n'a rien à craindre de ce
"délit", veut montrer que, contrairement aux sectes, son Eglise
ne séduit pas, ne détruit pas, ne reconstruit pas: donc
ne manipule pas !
-
- Sa tactique consiste
à allonger la liste des délits commis par les sectes,
et à ne citer, du côté de son Eglise, que les modalités prudentes d'entrée dans un ordre religieux, selon
"Le code du droit canonique". La malhonnêteté
(bien involontaire) de cette démarche, c'est principalement de
comparer la réalité délictuelle des sectes (mais
non leurs codes théoriques), avec l'idéal théorique
de l'Eglise. " C'est le paradigme sectaire No1: "Notre
idéal vaut mieux
que votre réalité" ou bien "Nous contre le monde entier"
! Sauf que les lois de la comparaison sont violées : ne comparer que
le comparable ! La réalité est moche, accusatrice alors
que l'idéal est toujours beau comme tout langage de bois. Voilà
un réflexe manichéen !
-
- Autre malhonnêteté:
l'auteur manipule la définition de la manipulation
(comme le font tous les gourous), n'appliquant pas à son Eglise les
analyses "cognitives, comportementales et affectives"
qu'il applique aux sectes (avec des listes d'escroquerie, d'attentats
aux moeurs, de séquestration de personnes, d'infractions à
la législation sociale ...). En faveur de son Eglise, réduire
les dizaines de stratagèmes manipulateurs qui existent à
un seul, la modalité d'entrée et de sortie dans le groupe,
voilà le flagrant délit de "détournement subreptice"
de
l'attention des
lecteurs, en vue de blanchir l'Eglise en noircissant les sectes. Les
comportements sectaires sont dramatisés, mais quand l'Eglise
est observée, ses positions sont banalisées !
-
- 8. L'après
11 septembre
-
- Je reviens ainsi
à la problématique du début, à l'impatience
comme génératrice de malhonnêteté. C'est
que, dans notre détermination à faire preuve de patience,
nous guette une autre dérive, celle de
l'optimisme humaniste
qui inonde notre civilisation occidentale.
-
- En attendant
de savoir qui est bon, l'homme, la nature ou la société,
je reste prudent. En tout cas on ne dira jamais assez que les programmes,
officiellement optimistes (dans la langue de bois de nos écoles,
de nos institutions), cachent les mécanismes de nos méchancetés
et, par ses pieux mensonges par omission (pour ménager l'innocence
des enfants !) nous préparent mal aux épreuves réelles
de la vie, nous laissant sans solution face à la délinquance
actuelle de la rue ... Le modèles humanistes des "grands
hommes" historiques, grecs et romains, ne nous parlent plus quand
nous sommes victimes
de racket ou de bandes organisées ... Mais quand on prépare
douloureusement l'avenir, l'optimisme est très mobilisateur !
La formule du modernisme: "a (le passé) - b (l'ego) - C (l'avenir)" est aussi celle de l'optimisme
dynamique de la foi dans notre pouvoir de changer le monde (ce que
décourage l'adoration du passé, très paralysante).
-
- Le parti pris
d'occulter la méchanceté des hommes est l'un des mythes
fondateurs du manichéisme courant dans les civilisations hiérotropiques
(traditionnelles et orientales), qui concentrent la méchanceté
uniquement sur les adversaires, sur les occidentaux ...
-
- Ce mythe a été
dramatisé par la civilisation occidentale à travers les
visions du monde, très manichéennes, venues d'Orient,
surtout à travers les religions, originaires du Proche Orient,
comme les religions abrahamiques du Livre. Les coutumes correspondantes,
faites de respect maximal de l'amont hiérarchique (quasi sacré),
ne critiquent jamais les responsables, familiaux, politiques ou religieux:
ce serait une profanation, que la foule ne pardonnerait
pas ...
-
- Voir le témoignage
de Nansook Hong, la belle-fille rebelle de Moon; dans son deuxième
livre, "Je ne regarde pas en arrière" (février
2000) elle montre comment l'éducation sud-coréenne qu'elle
avait reçue est d'inspiration asiatique, par quoi elle entend
un système d'autorité qui rend impossible toute critique
de l'amont "hiérarchique",
du père, du patron, du chef de groupe ... L'''archie'' est vraiment
"hiéros", sacrée: désobéir, c'est
donc profaner ... Les russes semblent encore vivre dans cette mentalité
:
en voyageant en France, ils sont choqués par le manque de respect
des enfants aux parents, des jeunes à l'autorité !
-
- Tout au contraire,
la disposition d'esprit occidentale, de dominance de plus en plus hiérophobique
(qui
fuit le sacré),
ne connaît aucun secteur "sacré": elle n'épargne
donc aucun secteur et se permet de critiquer cyniquement les parents,
les prêtres, les généraux et les rois ...
-
- A regarder l'état
du monde au début du 3ème millénaire, on constate
qu'il est presqu'impossible de rester patientes pour les 90 % des populations,
confrontées aux terribles problèmes de la rareté
de l'eau ou de la chaleur solaire, économiquement incapables
de subvenir à leurs propres besoins, souffrant donc de sous-industrialisation
et de famines régulières ... L'impatience alimentaire règne
sur tous les continents ...
- Comment prêcher
la patience à des familles sous-alimentées?
-
- Et même
dans les pays, alimentairement auto-suffisants, les exigences stratégiques
créent une impérieuse politique d'armement ... La patience
est-elle impossible chez les humains ? Non, si l'on
précise que ce n'est pas l'impatience économique, mais
bien l'impatience métaphysique, l'urgence de communiquer avec
les forces célestes ... qui crée des groupes - églises,
sectes ou partis - autour
des génies, des prophètes, des messies et de sauveurs
... auprès de pauvres et affamés autant qu'auprès
des riches et des repus.
-
- Le danger du
fanatisme (de l'impatience métaphysique !) politicoreligieux
pour les civilisations mondiales actuelles est devenu une évidence
après les destructions spectaculaires de deux gratteciel
à New-York ces jours-ci, le 11 septembre 2001.
La guerre des
idoles, comme celle des symboles de puissance, s'est aggravée
d'un cran. Le totalitarisme sectaire d'un petit groupe violent de
"sauveurs de l'humanité" fait trembler l'humanité entière
à présent et donne un sens aux luttes actuelles des bénévoles
en faveur des victimes de sectes dangereuses.
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- Roland
Huckel
- Professeur
de philosophie à Strasbourg
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