- I.
NOUVEL
ÉCLAIRAGE SUR NOS ACTIVITÉS
-
- 1.
NOTRE REFLEXE DU BOUC EMISSAIRE ET LES SECTES.
Depuis plus de vingt
ans, les recherches de René Girard (né en 1923, Avignon, professeur
dans les Universités des Etats-Unis) ont remis en question tous les
systèmes anciens et modernes de la pensée. Le Dictionnaire
des Religions de Monseigneur Poupard (Presses Universitaires de France)
lui réserve une page. En 1978, j'ai découvert l' hypothèse
girardienne et je l'ai trouvée si pertinente que j'ai immédiatement
résumé à l'intention de mes élèves de
terminales en classe de philosophie "La violence et le sacré",
ainsi que "Des choses cachées depuis la fondation du monde"
(les deux aux Editions Grasset).
En prenant sous la loupe
tous les textes anciens, profanes et sacrés, grecs, hébreux, latins,
etc ... René Girard remarque que tout le tissu de nos discours, classiques
et modernes, est cousu d'un seul fil blanc : le mécanisme d'imitation,
qui, par la concurrence, aboutit au sacrifice d'une victime. La force de ce
mécanisme mimétique est notre désir fou d'être
un autre, plus prestigieux, de posséder ce qui le valorise (ses qualités,
ses atouts, ses biens ses personnels, sa chance, etc...).
Comme nous sommes plusieurs
à désirer la même chose, nous sommes amenés inévitablement
à employer tour à tour ruse et violence, et si nous sommes vainqueurs,
c'est dans chaque cas en laissant derrière nous des perdants, des victimes
émissaires; celles-ci nous les présentons alors comme défaillantes,
coupables ... Le désir d'être parmi les 144'000 privilègiés
de Jéhovah pour l'éternité, est glorieux, mimétique
: il est aussi victimaire et aboutit à la division en 3 castes.
La 1ère : celle
des "oints", en tout petit nombre, 2ème : celle des Jéhovistes
non élus, parqués dans un paradis terrestre et 3ème
caste, celle qui nous concerne tous, les non Jéhovistes, convoyés
vers un appareil d'incinération! Lutter pour obtenir un privilège
(phase mimétique) c'est toujours jouer des coudes et écarter,
piétiner s'il le faut, les concurrents (phase victimaire) . La liaison
entre ces deux phases est la découverte de base de R. Girard. Admirer
un gourou, c'est, à long terme, le servir, se sacrifier pour lui.
Voilà le drame de victimes de sectes: il est mimétique et
victimaire.
Moi et mon concurrent,
nous formons les doubles mimétiques, les frères plus
ou moins ennemis. Notre objectif commun est de ressembler à un modèle
extraordinaire, imité par beaucoup d'autres. Le désir des
autres induit et canalise notre désir (nous ne voulons pas un objet
pour ce qu'il est, mais parce qu'il nous est signalé comme valeureux
par le faisceau de convoitises des autres: principe No 1 de la publicité).
Fascinés par le modèle, par le tiers qui figure
au sommet, les doubles mimétiques de la base ferment le triangle
d'une situation donnée (la secte des témoins de Jéhovah
par exemple) à l'intérieur duquel l'objet convoité
dès le début, la compétence en discussions bibliques,
est vite oublié au profit de réalités personnelles
ou du prestige d'un seul.
Quand les
conflits s'exacerbent, le grand modèle, le maître à penser,
est menacé; lui qui était sacralisé, risque d'être
bientôt accusé d'être le coupable de tous les désordres;
nous sommes bientôt tous contre un, et à partir de là
le bouc émissaire, chef ou non, est désigné puis inéluctablement
expulsé ..."Tout roi est une victime en sursis" dit René
Girard et cela explique tous nos revirements politiques.
Si le chef
tient bon, reste intouchable, comme y sont arrivés longtemps Hitler et
Staline, alors les victimes sont plus insignifiantes mais aussi plus nombreuses
: les paysans mal organisés, les infirmes et vieux, les étrangers
et nomades, les prisonniers de guerre, les officiers perdants, les petits commissaires
de province, etc ... Règle du jeu de tout chef : plutôt que de
se faire déboulonner de son socle glorieux, accuser un sous-groupe de
tous les maux et l'écraser de façon spectaculaire (en fabriquant
des preuves). Régner, c'est purger. Et non seulement dans les sectes
jéhovistes, moonistes, scientologues, etc ... C'est ce réflexe
de purification obsessive, qui, depuis des milliers d'années, entretient
la chaîne interminable des fondations, suivies automatiquement d'exclusion
de dissidents qui vont faire par ailleurs une nouvelle fondation, etc ...
La prolifération
actuelle des sectes internationales, religieuses et politiques, représente
un chaînon de cette "génération spontanée"
des sécessions, dont le moteur est à présent connu : nos
réflexes mimétiques à conclusions victimaires.
2. POUR
NOUS BLANCHIR, NOUS NOIRCISSONS LES AUTRES !
Chaque société,
chaque secte, fonctionne comme un triangle mimétique qui élimine
ses déchets vers le bas, vers l'extérieur. Les jéhovistes
qui réfléchissent puis critiquent les dogmes officiels, sont vite
isolés puis exclus, punis : personne n'a plus le droit de leur parler,
ils sont contagieux !
La Société
ne se donne de valeurs positives qu'en s'opposant à la valeur négative
de ses doubles mimétiques : les Eglises et les Etats. Nous nous valorisons
constamment en dévalorisant quelqu'un de l'entourage : nous appelons
cela vanité, orgueil, égoïsme, pêché mignon:
nous concluons ainsi que nous obéissons, comme selon un instinct animal
en nous, à notre mécanisme mimétique de la victime émissaire,
qui fonctionne en nous 24h sur 24.
Il s'agit
des lois non dites de notre conduite double; les dire serait les rendre
inefficaces et impraticables, ce serait nous trahir sur la place publique, nous
signaler comme victimes à expulser, comme coupables des désordres
...
Ces lois
non dites s'appliquent réellement mais avec la complaisance de tous ou
la complicité de chacun. Nous ne voulons pas nous priver du mimétique
ni du victimaire, ni de la concurrence, ni de la rivalité, ni de nos
purges, ni de nos dissidences. Nous n'aimons pas qu'un curieux sans respect
vienne analyser nos comportements agressifs : ceux-ci nous essayons de les faire
passer pour normaux (tout le monde le fait), pour nécessaire (comment
faire autrement !) et pour bons (seule façon de rétablir la paix).
3. POUR
NOUS CACHER LES "LOIS NON FORMULEES", NOUS NOUS FORMULONS A NOUS-MEMES
DE BEAUX MENSONGES
Nos façons
de parler entre nous, d'expliquer les événements du monde, ont
toujours évité d'analyser nos jalousies, nos manoeuvres secrètes,
nos saintes colères, comme mécanisme principal. Encore aujourd'hui
nous considérons comme secondaires ou insignifiantes les études
à ce sujet, qu'elles soient évangéliques, marxistes, freudiennes
ou mythologiques ... Les formuler comme mécanismes universels, ce serait
risquer de nous voir démasqués, de voir échouer toutes nos
entreprises. Depuis que nous parlons, selon une coutume culturelle inscrite
dans nos gestes et dans nos langues, nous nous mentons à nous-mêmes
et aux autres : nous savons aussi que nos interlocuteurs en font autant.
C'est cette stragétie hypocrite, mais générale, que René
Girard appelle le système de méconnaissance victimaire
culturellement organisée, qui, seule, permet à un groupe
humain d'avancer en luttant, sans s'accuser lui-même de laisser des cadavres
sur son itinéraire.
Ce ne sont
pas seulement les sectes qui génèrent des victimes sur leur passage,
ce sont toutes les institutions, civiles et militaires, publiques et privées,
laïques et religieuses. Les groupes se purgent régulièrement
pour conserver leur unité et leurs identités et, à cet
effet, ils ont besoin d'un beau discours officiel qui nous couvre à l'avance
tous les coups bas portés aux concurrents menaçants, aux contestataires
violents ou aux victimes émissaires ...
C'est ce
même besoin permament d'auto-valorisation par dévalorisation des
adversaires qui donne une dérive, mimétique et victimaire à
toutes les célèbres théories officielles d'explication
scientifique, politique, économique, philosophique même et religieuse
surtout. Nos connaissances sont nos illusions: elles sont motrices, elles nous
permettent de vivre et parfois de progresser, mais elles nous enfoncent toujours
davantage dans la violence, destinée à arrêter nos violences
...
Un jalon
important: le meurtre du Christ innocent, un non-sacrifice historique sans coupable
qui dénude le fil blanc de notre tissu de mensonges justificatoires,
qui montre l'innocence des victimes dont nous disons qu'elles sont coupables,
que leur sacrifice est indispensable à notre santé sociale, etc
... Le mécanisme mimétique et victimaire s'est dévoilé
publiquement à ce moment là, il y a deux mille ans,
revoilé aussi tôt par nos réflexes de méconnaissance
victimaire, par nos essentialismes !
Chaque déclaration
de chef, gourou ou non, obéit aux pulsions mimétiques (de réunion
communautaire, de climat amical et chaleureux) et aux réflexes
victimaires (d'exclusions nécessaires à l'unité dogmatique).
Chaque culte
d'un gourou religieux ou d'un héros national aboutit à une sacralisation,
puis, après un long conflit, à son remplacement pour un nouveau
héros, un successeur au gourou, à la désacralisation
de l'ancien. Une secte est un groupe en phase ouverte et mimétique de
sacralisation d'un maître à penser, avec, à l'ombre, les
préparatifs de sa chute, de sa désacralisation victimaire. D'où
les revirements cycliques de nos mouvements ...
(Roland Huckel,
professeur de philosophie à Strassbourg)
II.
LES MECANISMES DES SECTES POUR LIER LEURS MEMBRES
- LES TEMOIGNAGES
VECUS DES RESCAPES DE SECTES RADIOGRAPHIENT
- NOTRE SYSTEME
VICTIMAIRE DE MECONNAISSANCE ORGANISEE
-
- Les articles qui
suivent vont analyser les mécanismes utilisés par les sectes
pour lier les membres, pour
- les tromper sans
qu'ils s'en aperçoivent. L'amitié intérieure aux
communautés
sectaires fonctionne comme un réseau d'auto-mensonges,
complaisants, dont nous dressons, une liste, encore incomplète ...
-
- Nous y voyons à
l'oeuvre le système de méconnaissance à effet
victimaire, que les faux maîtres spirituels sont des champions à
montrer. En psychologie, sociale et appliquée, nous avons beaucoup
à apprendre des gourous.
-
- 1. DES AMIS QUI
ME DENONCENT, QUI M'EXCLUENT !
-
- Voici, le témoignage
d'un ancien Témoin de Jéhovah de Mulhouse, Bernard, et deux
convocations bien instructives ...
-
- "Je fus confronté
pour la première fois avec les Témoins de Jéhovah à
l'âge de 12 ans. La mère d'un de mes camarades d'enfance me
parle de "La Vérité" et m'explique de surprenantes
prophéties bibliques. Elle dit que je n'atteindrais jamais l'âge
de vingt ans car la fin, du monde viendra avant, etc. En juillet 1965, je
me fis baptiser lors de l'Assemblée Internationale de Bâle.
A mesure que s'approchait la date fatidique de 1975, les esprits s'échauffèrent.
Ayant mis en doute leur datation de la création si peu scientifique
de 6 x 7000 ans, je fus taxé d'évolutionniste et on évite
de me fréquenter. Mon rapport d'activité était en baisse
... On me reproche aussi la fréquentation de cours du soir d'ordre
professionnel alors que la fin est si proche ...
-
- Les Témoins
de Jéhovah ne devraient s'entretenir que de choses positives pour
l'Organisation et l'on est encouragé à ne fréquenter
que les bons éléments ...
-
- Un autre "frère"
fut exclu alors même qu'il se trouvait emprisonné comme objecteur
de conscience parce qu'il avait été trop entreprenant avec
sa fiancée. Ayant été dénoncés pour avoir
salué une soeur exclue (de 60 ans, qui avait oeuvré pendant
25 ans dans le groupe), mon épouse et moi -même furent convoqués
devant leur "Comité Judiciaire" pour être réprimandés
publiquement. Suite à ces évènements (janvier 1975)
je me retire de l'Organisation par lettre recommandée. Aussitôt
on m'exclut.
-
- Les Témoins
de Jéhovah n'organisent rien pour ceux qui souffrent de la famine
et des maladies, comme les Eglises. Ils ne sont solidaires qu'entre eux.
Leur amour n'est qu'une forme d'émulation où tous se surveillent
les uns les autres. Eux seuls ont la vérité. En dehors de
l'Organisation, point de salut.
-
- Beaucoup d'anciens
membres ne croient plus en la "Société" mais restent
prisonniers, par superstition, du système ... Ou aller, pour un exclu
...?
-
- Après de longs
détours, il m'a fallu plus de dix ans pour comprendre que la vraie
religion n'est pas une institution humaine : l'Eglise de Jésus-Christ
est formée par l'ensemble des croyants et nous n'en connaissons pas
les limites ... " (Extraits du mensuel des Paroisses du consistoire
Réformé de Mulhouse. "LE RALLIEMENT PROTESTANT"
de mai 1988)
-
- Voici
2 convocations
au comité judiciaire des Témoins de Jéhovah
-
- En les lisant, je
me crois revenu au temps de l'occupation de l'Alsace par les nazis et au
système de délation qui régnait alors.
-
- Le 16/11/1974
Bien chers frère et soeur ...
- Le comité
judiciaire de la congrégation de SaintLouis Nord a jugé
bon de vous convoquer personnellement le Samedi 23 novembre 1974 à
17 h 30 à la salle du Royaume pour le motif de relations avec un
exclu.
- Désireux de
vous apporter l'aide nécessaire afin de garder sûre la parole
de Jéhovah, nous espérons vous retrouver au jour et heure
indiqués (Gal. 6/1 e).
- Pour le Comité,
et votre frère, Le surveillant-Président
-
- Le 13/05/1987 Les
anciens de la Congrégation de S. à Frère T.
-
- Cher frère,
-
- Nous serions très
heureux de pouvoir nous entretenir avec toi, dans le but de pouvoir t'aider,
particulièrement en rapport avec le principe contenu à II
Cor 7.1 concernant la souillure de la chair.
- Pour cela, nous aimerions
te rencontrer à la Salle du Royaume le vendredi 15 ami 1981 à
18h env.
- Reçois, cher
frère, l'expression de notre amour fraternel. Signé : Frère D
-
- Je relève
quelques cas d'auto-mensonges et de procédés de méconnaissances
présentés par ce court texte.
- Déguiser les
démissions volontaires d'un membre en décision prise par le
responsable d'exclure ce membre
- Encourager la délation
des faiblesses des autres membres auprès du Comité Judiciaire
: c'est un "acte d'amitié" envers eux.
- Parler de charité
chrétienne pour l'appliquer seulement aux membres du groupe et non
au "prochain", aux enfants qui meurent de faim en Afrique ...
- Appeler "amour
des autres" notre habitude de nous surveiller réciproquement
pour dénoncer les faibles ...
- Appeler d'un mot,
savant et noble, l'usage de fumer ("la souillure de la chair").
C'est sans doute le procédé le plus utilisé actuellement
dans les milieux pédants de notre société (qui se croit
très cultivée) !
- Ce reproche d'auto-mensonge,
nous le méritons tous quand nous voulons éblouir notre auditoire
par des citations érudites, par des allusions en grec ou en latin,
etc ... Nos balayeuses de mairie ne sont-elles pas des "techniciennes
de surface"
2. DANS LES AUTOS MODERNES
NOUS AVONS LA DIRECTION ASSISTEE, DANS LES SECTES ABUSIVES NOUS AVONS L'AMITIE
ASSISTEE ...
Le rapport suivant a été
établi grâce aux renseignements fournis par Bernard, qui se bat
avec et contre les Témoins de Jéhovah, avec et contre les juges
et les assistantes sociales (et les psychologues experts) pour avoir la garde
de ses deux enfants, confiés à la mère, une fanatique des
Salles du Royaume.
Après des années
d'expérience de la vie des Témoins de Jéhovah, j'arrive
à la conclusion suivante en ce qui concerne ce "chaleureux climat
d'amitié" qui régnerait dans cette communauté et dont
les rescapés parlent avec nostalgie. Ce climat d'amitié est effectivement
ressenti comme tel par chacun. Comme chaque promeneur découvre quelques
arbres sans pouvoirr comprendre si la forêt est un abri amical ou un piège
sournois, ainsi chaque disciple de secte vit son aventure dans un champ restreint,
dans un cocon protecteur, sans savoir à quoi va servir ce cocon : à
son bonheur personnel. ou bien à l'intérêt supérieur
de la "Société des Témoins de Jéhovah."
Voici quelques réflexions à ce sujet.
3. COUPURE : NOUVELLE
NAISSANCE
A l'entrée dans
le groupe des Témoins de Jéhovah, la recrue perd très vite
toute vie privée et toute passion personnelle :elle participe, après
son travail professionnel, à 3, souvent à 5 réunions
hebdomadaires. Adieu les copains ! Fini la télé et le cinéma
! Plus de foot, ni de tennis ! Une coupure brutale se produit par le passage
du genre moderne de vie au genre qu'étaient censés vivre les anciens
hébreux en Palestine, au système théocratique et patriarcal.
A présent, l'emploi du temps est règlé comme du papier
musique. "Que vais je faire ce soir ?" Quelqu'un a déjà
réfléchi à cette question et y a donné sa réponse,
dirigée par la "Tour de Garde".
Il n'y a plus aucune autonomie,
il n'y a plus aucun point de repère habituel (tel ami, tel bar, tel terrain
de foot ...) : la personnalité authentique du Témoin de Jéhovah
reste au vestiaire, que dis-je? Elle n'existe plus. Une nouvelle naissance s'effectue.
4. IL SE FORME UNE
NOUVELLE IDENTITE
La personne, avant et
après l'entrée dans le groupe jéhoviste, n'est plus la
même. En parlant d'elle-même elle dira : "L'année dernière,
j'étais ceci (inconscient, irrespectueux, effronté, imprudent
et impulsif, etc ... ). A présent, j'ai changé en mieux, je suis
en effet cela (réfléchi, respectueux, poli, prudent, maitre de
moi, etc...)" En quoi l'auto-suggestion complaisante remplace toute observation
objective ! Les mots en usage dans les discours moralisateurs des anciens produisent
des rêves puis des fantasmes, enfin des certitudes : j'ai changé,
je ressemble aux autres Témoins de Jéhovah, je suis aussi aimable
qu'eux, aussi prévenant, aussi souriant et serein: j'ai une nouvelle
identité et elle est formidable.
Du 3ème niveau
d'initiation (et d'imitation par sympathie), je monte au 6ème : c'est
bientôt le baptême! Autour de moi tout le monde m'y pousse ... Dans
les moments de découragement, j'allonge ma mine: immédiatement
les "amis de service" accourent, me distraient, m'entraînent.
Eux aussi ont passé par là, mais maintemant, grâce à
la Société, ils savent. Ils savent quoi ?
5. SECRET : UN ESPOIR
A COURT TERME
Ils savent qu'ils vont
bientôt vivre les jours heureux du paradis retrouvé, du
millénium qui va commencer. Les Témoins de Jéhovah, grâce
à l'optimisme contagieux de leurs 18 prophètes américains
de Bethel ont la chance de croire au proche retour. du Christ ... à court
terme. S'y préparer ensemble, marcher au pas de plus en plus vite, avancer
vers la Porte du Paradis en priant et en Chantant, voilà le sens de l'amitié,
exaltante et moralisante, des Témoins de Jéhovah.
C'est l'amitié
de procession : on avance en rangs par trois ou quatre sur un tapis de fleurs
de toutes les couleurs et de tous les parfums, on suit les cheveux blancs des
anciens de la communauté. On se donne en même temps en spectacle
aux foules extérieures, aux malheureux non initiés; on montre
au public la joie rayonnante d'avoir trouvé la voie préparée
par Jéhovah par ses élus ...
6. VOICI L'EQUATION
CHARISMATIQUE : PAROLE DE L'ANCIEN : PAROLE DE DIEU
Dans cette procession,
amicale et joyeuse, mais ordonnée minutieusement, chacun progresse jusqu'au
7ème niveau : jusqu'au baptême public. A présent l'initiation
est terminée, mais non la surveillance. Les Anciens voient tout, c'est
un devoir pour chacun de les informer, un honneur même. Ils écoutent
mais parlent peu : car quand, solennellement, en Assemblée, ils font
connaître leurs décisions ou leurs interprétations, ils
font connaître les décisions de Jéhovah et les interprétations,
les volontés de Jéhovah. Ils sont les porte-parole de Jéhovah,
les arbitres ultimes. Ils sont donc incontestables. Ils donnent le ton et c'est
dans ce ton que se déroulent toutes les conversations dans et autour
de la Salle du Royaume.
Quand l'assistant a parlé,
donc quand Dieu a parlé, les assistés ne peuvent que répéter,
que se répéter les uns aux autres, ce message extraordinaire.
Si discussion il y a, elle s'arrête aux limites fixées à
l'avance par les consignes officielles : on discute, seulement et gentiment,
pour empêcher les amis de l'entourage d'aller trop à gauche ou
à droite de la ligne officielle, fixée par la grande Société.
7. AMITIE ASSISTEE
Le sentiment d'amitié,
réciproque et chaleureuse, est ressenti intensément par tous les
participants dans la Salle du Royaume. Il ne peut être examiné
que de l'intérieur, du vécu, à partir du dogme que tout
est blanc et parfait à l'intérieur, que tout est noir et pourri
à l'extérieur. Plus le monde fou tombe dans les catastrophes,
plus la Société des Témoins de Jéhovah monte dans
les hautes sphères des humains, réconciliés entre eux et
réconciliés avec les animaux de la création ...
Vivre en harmonie avec
les ennemis, c'est possible, c'est réalisé déjà
à toutes les réunions des Témoins de Jéhovah. La
paix amicale des hommes entre eux, elle est réalisée là,
expérimentée ... En réalité, elle est mise en scène
et surveillée par le régisseur de service. Maternés et
paternés ainsi, les jéhovistes se sentent rassurés sur
tous les plans, rechauffés, ombragés, climatisés comme
des poussins sous les ailes de la mère poule. Ils sont traités
comme les pupilles sont gérées par l'Assistance Publique, leur
Providence.
Conditions: que
ces jéhovistes regrettent et rejettent leur honteux passé de catholiques,
de protestants, d'athées, leurs exploits militaires, leur dévouement
pour le service de l'Etat satanique,leurs inavouables amours
érotiques, leurs ambitions matérialistes, etc ...
Conséquence
: béatitude assurée. Sentiment non pas de simple sécurité,
physique ou morale, mais de chance exceptionnelle, de chance d'être élu
personnellement par Jéhovah, d'être sauvé pour l'éternité
!
8. VOILA D'AUTRES PROCEDES
DE MECONNAISSANCE VICTIMAIRE, D'AUTO MENSONGES
- Nous jugeons notre
société selon un préjugé favorable, justifiant
notre adhésion et notre investissement en nous basant seulement sur
la vision proche des "arbres" et non sur le dessin global de toute
la "forêt" Nous connaissons cette différence mais
nous faisons semblant de l'ignorer :auto-mensonge.
- Nous faisons aussi
semblant de croire à l'idéal commun : l'idéal,
l'essence éternelle, voilà le chef d'oeuvre de la méconnaissance
victimaire : les idéalistes sont les premières victimes des
gourous ! Les Jéhovistes font de la simulation selon l'image partielle
et fausse, qu'on leur présente du modèle de vie des anciens
hébreux. Ils sont tous secrètement conscients qu'il s'agit
d'un faire comme si, d'une comédie toute montée, mais
ils ne l'avoueront que le jour où ils quitteront la Société
des Témoins de Jéhovah. En attendant, ils font des efforts
douloureux, passent par des épreuves initiatiques. Ils ignorent ce
que nous savons grâce à René
Girard
: que tout modèle approché se transforme rapidement
en obstacle traumatisant, tout imitateur zélé
en victime émissaire.
- Par les adjectifs,
les
instruments de base de nos pieux mensonges, que nous nous attribuons, nous
continuons notre fiction mimétique, nous nous encourageons dans nos
illusions toniques, nous nous modelons (avec plaisir) en exemple à
suivre par notre entourage.
- Prendre les paroles
du gourou pour les paroles de Dieu, voilà l'exploit mimético-victimaire
par excellence. Si nous arrivons à ce stade, le gourou sait qu'il
a réussi à la perfection son scénario d'escroquerie
sprirituelle : il se félicite. Nous, par contre, nous nous sentons
éclairés, valorisés, par la gloire extraordinaire de
"notre" maître. Plus nous le faisons briller, plus nous
sommes personnellement éclairés, heureux : ce mouvement double
suit la coùrbe montante et forme une asymptote délirante,
une confusion. mentale où réalité et fiction sont superposées
en une seule image. La transe mimétique est l'étape finale
qui peut faire tout basculer : dans la gloire et/ou dans l'horreur.
- Dire du mal des parents,
des conjoints, des enfants non jéhovistes, voilà l'auto-mensonge,
voilà notre auto-destruction victimaire qui commence : la
malédiction des "autres" amplifie la glorification de "nous".
Plus un acte nous coûte, plus il est précieux. Comme l'or.
(Roland Huckel,
professeur de philosophie à Strassbourg)
Tous ces procédés
d'auto-mensonges vont se comprendre plus facilement à la lumière
de l'interview suivante.
III.
INTERVIEW D'UN EX ADEPTE DES TEMOINS DE JEHOVAH
1. DES AMIS AU SOURIRE
MORALISATEUR
Faubourg d'une petite
ville alsacienne. Une villa dans une pinède. Une famille qui vient de
construire ... Deux enfants en bas âge. Le père, 29 ans est mécanicien
d'entretien dans une usine proche. Nous l'apellerons Olivier, Monsieur ou Madame
Oliver.
2. UNE AMITIE SANS
CONFIDENCES !
- Comment êtes-vous
devenu Témoin de Jéhovah ?
- Mr O : En juin
1986, j'eus la première visite des Témoins de Jéhovah
:j'ai acheté leur livre rouge: "Comment vivre sur une terre
qui deviendra un paradis terrestre ?" ... Nouveau contact en avril
1988, puis après un déménagement, j'accepte une
étude biblique une fois par semaine chez moi. Les instructeurs
venaient de
- loin (20 km); m'offraient
leur temps sans demander de compensation : leur motivation n'était
donc pas commerciale, comme le prétendent les détracteurs
des Témoins de Jéhovah.
-
- Dans vos conversations,
avez-vous livré des confidences personnelles ?
- Mr O : Jamais
je
ne me suis confié à qui que ce
soit, personnellement, dans le cadre de nos rencontres et réunions
Témoin de Jéhovah. Cela ne se fait pas. Nous ne parlons
que des grandes questions générales, jamais de petits
problèmes individuels. J'en avais pourtant de ces problèmes
: mon épouse, ne partageait pas mon enthousiasme, elle a très
vite refusé de participer à mes études bibliques
et finalement m'a demandé d'arrêter ces entretiens à
domicile. Ma réaction a été brutale : je me suis
déplacé tous les vendredis soirs à 20 km à
la réunion; là bas, je me sentais très bien reçu,
chaleureusement même.
-
- En quoi consistait
pour vous cette chaleur amicale?
- Mr O : C' était
pour moi une vraie joie de me rendre à la
Salle du Royaume le vendredi : j'y retournais donc aussi le dimanche ...
Tous mes contacts avec les autres étaient sympa. Jamais de faux ton:
jamais de potins malveillants, des propos envieux ! Rien de négatif.
Et ce n'était pas seulement un échange de belles paroles :
on échangeait aussi des services. Ceux qui construisaient, comme
moi, pouvaient compter sur l'aide manuelle de l'un ou l'autre Témoin
de Jéhovah ou encore sur l'assistance d'un spécialiste. J'ai
été particulièrement touché en voyant des retraités
m' inviter chez eux comme si j'avais
été leur fils
-
- N'avez-vous subi
aucune pression ou suggestion insistante de la part de vos amis pour vous
comporter ainsi et non autrement?
- Mr O : Non, je
n'ai jamais été soumis à aucune pression, à
aucun chantage ... Des suggestions m'ont été faites mais très
discrétement, amicalement, toujours des petits conseils, des mises
en garde gentilles. Mes relations avec tout le monde étaient, j'ose
à peine dire le mot, parfaites. J'explique cela ainsi : chez les
Témoins de Jéhovah on se sent bien, on n'a plus aucun souci
majeur, on est tous sûrs d'être dans la bonne voie, on se sent
protégés contre tous les malheurs possibles. Je vais jusqu'à
dire et je pèse mes mots : on n'a plus peur de la mort : on a devant
soi l'image d'un paradis et on se réjouit au contraire d'y vivre
bientôt : c'est exaltant ! c'est relaxe aussi.
3. L'ATTENTE JOYEUSE
DU PARADIS IMMINENT ENLEVE TOUTE PEUR DE LA MORT
- Autrement dit
pour les Témoins de Jéhovah la mort n'est pas
tragique comme pour les catholiques et les protestants.
- Mr O : Mais pas du
tout : voilà pourquoi nous préférons voir mourir un
enfant plutôt que de le savoir souillé impurement par du sang
transfusé ... Et puis attention, nous serons tous rejetés
par tout le monde cela nous donne un destin commun, une grande solidarité
interne, cela resserre nos liens, cela prouve que nous sommes sur la bonne
voie ... Cela va même très loin : en voyage dans le Midi ou
le Nord de la France, un Témoin de Jéhovah se retrouve chez
lui avec les mêmes coutumes, le même langage, la même
amitié chaleureuse ... En un mot, on est fraternel.
-
- Vous n'étiez
pourtant pas encore frère puisque, non baptisé.
- Mr O : C'est cela:
je m'y préparais ardemment.
- Mme O : J'ai toujours
été étonnée: je n'y croyais pas à cette
fraternité bizarre, trop gentille !
- Mr O : Au début,
on y croit à cette amitié communautaire, on imite le comportement
de tous, on est content de la serviabilité des autres; vraiment chacun
donne
plus qu'il ne reçoit chez les Témoins de Jéhovah. Il
n'y a pas de calcul d'intérêt : on aide de bon coeur. Aucun
matérialisme : on ne parle pas d'argent; les soucis matériels
sont les moindres.
-
- Vous ne distinguiez
pas les frères et les non frères? Les Anciens et la Grande
Masse ?
- Mr O : Ah si ! Les
Anciens ont un rôle primordial : ce sont pour
ainsi dire nos modèles: c'est eux qui président à la
prière commune, qui font des exposés d'une heure ... Ce sont
nos enseignants: ils gérent aussi les dialogues, donnent la parole
à tel et non à un autre, indiquent quel thème doit
être traité. Les questions sont d'ailleurs programmées
dans le monde entier par une publication mensuelle : "La Tour de Garde".
-
- 4. LA TOUR DE
GARDE DU MOIS, QUE TOUT LE MONDE ETUDIE
-
- Est-ce que jamais
personne n'a posé de question non programmée ?
- Mr O : C'est impensable
cela. Les questions prévues
suffisent. Le succès de ces réunions est tel que des gens
viennent déjà à 14 h pour la séance de 15 h.
Chacun se sent poussé à aller de l'avant, dans un mouvement
d'ensemble, toujours amical et gentil. Arriver au plus vite au plus haut
ni veau, au 7ème, cela devenait même plus important pour moi
que les sentiments de ma femme et les problèmes de mes enfants ...
Je sentais bien qu'autour de moi, tout le monde était charmant, personne
n'aurait été capable de me mentir.
-
- Vous parlez encore
comme si vous étiez resté dans le groupe
- Mr O : C'est
que je regrette vraiment cette joie de l'amitié partagée,
extraordinaire. C'est bien dommage que toute cette construction repose sur
des mensonges et sur des erreurs. C'était trop beau...
-
- Et maintenant
avec le recul, comment jugez-vous ce climat d'amitié ?
5. MES AMIS TEMOINS,
DE JEHOVAH: DE GENTILS ROBOTS DU DEVOIR
Mr O : De l'extérieur,
je vois tous les fidèles Témoins de Jéhovah comme de gentils
robots. Je dis robots parce que je me suis rendu compte à présent
qu'il n'ont plus l'usage de leur libre arbitre, qu'ils n'ont aucun droit, aucune
possibilité de critiquer la théorie officielle de la Société.
Au moindre doute, vous êtes suspect, écarté, on ne vous
parle plus, vous ne recevez plus aucun sourire ... on vous exclut très
vite officiellement. Le sens du dialogue, que nous tenions, était donc
tout à fait conventionnel, surveillé aussi. Chacun se surveillait.
On parle tellement
des droits de l'homme en 1989. Avez-vous l'impression qu'ils étaient
respectés dans votre climat chaleureux d'amitié ?
Mr O : Çà
c'est clair : notre amitié se comprenait uniquement dans le cadre de
nos devoirs : chacun aidant l'autre à accomplir ses obligations dans
la joie : on s'encourageait par clins d'oeil complaisants à lire, à
parler en public, à bien écouter ... On s'interrogeait sur les
questions à l'ordre du jour : on parlait pieusement de tout dans le sens
indiqué par les Anciens.
- Comme un club
de collégiens sages qui veulent être bien vus et bien notés
par le Surveillant Général.
- Mr O : La comparaison
ne va pas: nous, on n' avait pas de chef spirituel, de patriarche imposant,
de patron hiérarchique, de "proviseur". Un Surveillant
de district, oui ... Cela suffisait : tout marchait comme sur des roulettes,
tout le monde cherchait à obéir, moi aussi, sans remise en
cause ... Tous, nous communiions ensemble dans la recherche de la vérité,
dans les lectures prescrites ... avec une grande joie intérieure,
une joie qui se lisait, aussi sur le visage de mes amis ... Tout cela dans
une grande sérénité d' esprit, sans stress, sans urgence
... sans soucis ...
-
- Mme O : Mon mari
oublie de vous dire qu'ici dans la maison il a créé des soucis,
tout de suite au début d'ailleurs, en décrochant les croix,
toutes les images chrétiennes: il appelait cela "les antennes
de Satan" ; tout ce qui n'était pas Témoin de Jéhovah
allant à la poubelle. J'étais horrifiée ... Sans parler
des problèmes d'anniversaires, etc ...
-
- Mr O : C'est exact
... Maintenant que, grâce au Président de l'Association AVDS
de Strassbourg, que ma femme a supplié de venir ici pour me parler,
j'ai compris les manipulations que font les dirigeants Témoins de
Jéhovah à Bethel et les fausses prophéties qu'ils proclament,
je suis très content ... Je me rends compte qu'on nous faisait tellement regarder
en avant, à la sortie du tunnel de cette vie, vers la lumière
éblouissante du proche Paradis, on nous faisait tellement saliver
à l'idée du millènium, que personne ne regardait plus
en arrière, que personne n'examinait plus le passé de nos
dirigeants, ce qu'ils avaient fait et dit, prophétisé ...
J'arrive à cette conclusion : une secte, c'est un tunnel dans lequel
on vise la sortie lumineuse mais en marchant à reculons ... vers
les vieilles erreurs de nos ancêtres.
-
- (Quelques jours après
cette interview je téléphone à Mr Oliver)
-
- Est-ce que dans
votre groupe on distinguait les bons, les forts, ceux qui, au tableau d'affichage
des résultats commerciaux, avaient les meilleurs résultats
ou le plus d'heures de proclamation, et les faibles, les mauvais, au petit
rendement quantitatif !
- Mr O : Non : c'est
sans doute parce que j'étais seulement
novice et non encore "frère" et proclamateur. Je n'ai jamais
entendu cette distinction des faibles et des forts, non.
-
- Avez-vous remarqué
des cas où l'un des frères dénonçait un autre
auprès des Surveillants ou des Anciens ?
- Mr O : Je ne connaissais
pas tout le monde et ne savais pas tout ce qui se passait en mon
absence ... A présent d'ailleurs, je reprends l'étude
de la Bible mais à l'avenir, je ne me laisserai plus influencer par
quelqu'un d'extérieur: je suis de nouveau libre de mes pensées,
de mes croyances aussi, en tant que serviteur de Jésus-Christ.
-
-
- IV. LA MECONNAISSANCE
VICTIMAIRE
-
-
- 1. DES SOURIRES
COMPLAISANTS
-
- Voilà donc
la tactique suprême de la méconnaissance victimaire. La joyeuse
imitation de tous dans un climat sympa est, en elle-même, un comportement
joué, mimétique donc, basé sur le savoir que les
autres, eux aussi, appliquent une consigne donnée, et qu'en dehors
du groupe ami, personne ne se plie à ces règles de sourire
complaisant. Nous voyons bien les coulisses plantées sur la scène,
nous ne prenons pas la toile de fond pour un vrai paysage, nous avons en
mains le texte écrit de la pièce de théâtre qui
se joue et de notre rôle en particulier ... et pourtant nous faisons
tous comme si nous n'étions pas sur une scène devant un public,
mais comme si nous évoluions dans le paysage de la réalité.
Nous tous, Témoins de Jéhovah ou non, nous pratiquons cet
auto-mensonge permanent dans beaucoup de situations sociales: nous réclamons
même l'hypocrisie des agents commerciaux ou hospitaliers, des hôtesses,
des guichetiers, etc ...
-
- Les romanciers ont
pourtant analysé cette tactique dans tous les sens, sans complaisance:
ils en montrent l'effet positif, très moralisant (mimétique)
mais aussi les conséquences négatives, celles de la malhonnêteté
organisée, avec ses champions et ses perdants, ses exploiteurs et
ses exclus (victimaires) ... Bref, l'amitié, intérieure
aux sectes, est une fiction : c'est une relation essentielle: c'est
l'amitié platonique.
-
2. EXPLIQUER C'EST
TRICHER
Voilà quelques
aspects des sectes et de la défense de leurs victimes, éclairés
par l'hypothèse
girardienne,
par le
soupçon. Le soupçon que nous montrons tous,
plus ou moins consciemment, dans tous nos essais d'explication rationnelle
des lois de la nature et des hommes. Expliquer, c'est cacher le plus important,
c'est attirer le regard de l'adversaire sur le bras gauche pour l'empêcher
de remarquer le coup de pied qu'on lui prépare à droite.
Il dérange, ce
soupçon de mimétisme victimaire et de méconnaissance organisée,
parce qu'il n'épargne personne, parce qu'il agresse nos bonnes consciences
... il nous interpelle.
J'en ai assez dit, de
cet éclairage victimologique, pour donner l'envie d'en savoir plus, d'appliquer
ce doute fondamental à nous-mêmes (de façon mimétique)
et non aux autres, aux adversaires (de façon victimaire).
3. LES RECITS DES VICTIMES
REMPLACENT LES VIEUX MYTHES
J'ajouterai encore ceci
selon les recherches de René Girard, "nous avons toujours moins
de mythes et plus de textes de persécution" (p 196 "Des
choses cachées") , Il y a de moins en moins de textes écrits
par l'élite, politique, religieuse, scientifique et littéraire,
du pays et de plus en plus de textes, rédigés, avec ou sans imprimatur,
par les victimes du système, par les graffitis et les samisdazes, par
les rapports de la Croix Rouge, de Médecins sans Frontières, par
les Comités Alexis Danan, par Amnesty International, par les "AIDES
AUX VICTIMES" d'ACCORD (et à cri), par l'Association de Défense
des familles, de l' individu, des victimes de sectes, par les Elterninitiativen
allemandes, etc ..."
Nos activités se
placent dans ce long contexte à deux mouvements parallèles et
opposés qui a commencé avec les premiers hommes (oeil pour oeil,
dent pour dent !), par Caïn et Abel, par les rédacteurs des textes
profanes (l'Odyssée, l'Iliade ...) et sacrés (le Veda, la Bible,
le Coran, etc,..). L'histoire officielle a été écrite par
les chroniqueurs des cours : les poètes et les artistes ne vivaient que
par le mécénat.
Le meurtre du Christ,
fondateur de transparence victimaire, est un non sacrifice, la mise à
mort d'une victime en flagrante innocence : son message met deux milliers d'années
à être reconnu : quand nous sacrifions des victimes pour le salut
de la communauté, de la patrie, de l' Institution, nous nous mentons
à nous-mêmes : elles ne sont pas coupables, elles sont émissaires,
symboliquement chargées de mourir pour nous donner l'illusion provisoire
d'un ordre retrouvé.
Voilà pourquoi
nous allons dans le sens d'un grand mimétisme à petit effet victimaire,
ce qui s'appelle actuellement coexistence pacifique ou "équilibre
de la terreur nucléaire", chaque fois que nous valorisons les témoignages
des victimes de la base au détriment des seuls témoignages publiés
par nos médias. Des éditeurs courageux commencent de plus en plus
à donner la parole aux éxilés, aux détenus des prisons,
aux rescapés de tous les Goulags, aux expulsés, aux personnes
déplacées, aux demandeurs d'asiles, aux victimes de sectes et
de syndicats, aux excommuniés des chapelles, aux poètes maudits
dans leurs pays, aux artistes persécutés, etc.
L'abbé Jean Vernette,
dans son excellente collection sur les sectes (Les Bosquets), ne signale de
R. Girard que la conclusion dilemmatique de nos pulsions mimétiques et
victimaires. (Brochure No 6, p. 31 sur "la fin du monde") : "Il
faut choisir entre la fin du monde et la non violence, entre le suicide collectif
et l'Evangile", D'accord, mais en commençant par le "ici et
maintenant" et par le "moi". Attendre le salut des autres, se
laisser protéger, c'est le statut même qui fonde le victimat, qui
nous livre aux manoeuvres des autres c'est-à-dire des grandes puissances
! Qu'en attendre ? Nous avons choisi dans notre activité de défense
des victimes de sectes, de lutter contre les mythes sectaires, les essences
pures, en publiant les récits des rescapés, les témoignages
des victimes, très existentiels.
4. POURQUOI LA VICTIMOLOGIE
NE SERA JAMAIS UNE SCIENCE OFFICIELLE
Le fil blanc de l'histoire
humaine et de notre histoire personnelle, n'est pas celui que nous rêvions
de trouver. Tout au contraire : il nous dérange tous. Il nous accuse
de cacher nos fondements mimétiques et nos réactions victimaires
de peur d'être privés de la facilité de l'imitation et du
plaisir de nos vengeances. Révéler ce ressort caché,
c'est annuler toutes les théories de nos manuels scolaires, c'est réveiller
nos consciences assoupies.
Une science ne sera jamais
officielle et obligatoire : la victimologie. Les fanatiques des Droits de l'homme
et du Bicentenaire de la Révolution se diront peut être professeurs
de victimologie : en attendant, ils apportent une aide décisive aux gourous
abusifs, aux escrocs de la spiritualité, en réclamant, au nom
de la liberté d'_expression religieuse (voilà la "méconnaissance
victimaire") l'immunité totale pour tous les gérants des
communautés religieuses, quels qu'ils soient.
- Les députés
européens, moonistes, scientologues, Témoins de Jéhovah,
mahikaristes, etc ... sont très efficaces et financièrement
puissants : ils arrivent à rendre impossible toute poursuite judiciaire
contre un charlatan, du moment qu'il est responsable d'une communauté
religieuse ...
-
- Toute institution,
toute organisation, tout projet, passe par la boîte noire du mécanisme
mimétique de la victime émissaire : c'est pourquoi les bonnes
intentions et les organigrammes rationnels, après réalisation,
donnent souvent les effets inverses de ce qui était attendu ... Cette
boîte n'est plus tout à fait noire : nous savons à présent
que dans tout projet, nous devons tenir compte à l'avance du "facteur"
humain : celui-ci est incontournable et comporte les rivalités et
les réflexes du
"bouc émissaire".
-
- Quoi? Vous le saviez?
Mais nous le savons tous, de façon implicite, accessoire et inorganisée.
-
- A présent
ces "lois non dites" sont explicites , universelles et organisées:
à nous d'en profiter.
-
- Nous avons aussi
une nouvelle clé de soupçon : montrer aux adeptes que dans
leur triangle sectaire, le prestige du sommet est plus important que la
vérité du message, que la lumière qu'ils reçoivent
à la base n'est que le reflet dans un miroir des lumières
admiratives qu'ils envoient en haut, que ce sont les adorateurs qui fabriquent
eux-mêmes leurs idoles et leurs gourous, qui fabriquent aussi
le bâton qui s'abattra un jour sur leurs têtes ...
(Roland Huckel,
professeur de philosophie à Strassbourg)
- V. OEUVRES
PRINCIPALES DE RENÉ GIRARD
-
- Editions
Grasset :
- Mensonge romantique
et vérité romanesque
- La violence et le
sacré (1972)
- Des choses cachées
depuis la fondation du monde
- Le bouc émissaire
- La route antique
des hommes pervers
Voir aussi de "Paul
DUMOUCHEL et J.P. DUPUY" :
- "L'enfer des
choses", René Girard et la logique de l'économie,
postface de René Girard (Seuil 1979)
- "René
Girard et le problème du mal" (Grasset 1982)
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