- 25.
Ma décision de partir
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- Le
"Celebrity Center" d'Hollywood: encore une de ces misérables masures
qu'affectionnent les scientologues. Il est vrai que c'est pour accueillir les
"célébrités" uniquement. Car, en Scientologie, on ne mélange pas manants et
VIPs.
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- A l'époque, j'éprouvais
toujours le besoin de retourner à la Scientologie pour faire le point. Je
retournai donc à Los Angeles en août 1976. Après trois semaines d'absence,
l'ambiance à Los Angeles semblait s'être dégradée. Je ne m'étais jamais vraiment
entendue avec Tina, mon senior. Peu après mon retour, nous nous affrontâmes, et
je quittai mon poste de Directeur du Processing puisque je refusais de
travailler avec elle. Je ne me rappelle pas tous nos sujets de dispute, mais il
fut au moins question de la mauvaise transmission des messages urgents de ma
mère.
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- L'Officier Commandant, Gary
Epstein, ainsi que l'Officier d'Éthique, essayèrent de me persuader de
réintégrer mon poste, mais je refusai, assurant que j'étais prête à prendre
n'importe quelle autre fonction, mais pas en compagnie de Tina. Je me portai
volontaire pour FESer les enregistrements; et ils donnèrent leur accord, du
moins dans un premier temps. Je pense en fait qu'ils ne savaient pas comment
procéder avec moi. Si j'avais exprimé un tel refus à Flag, ils m'auraient
immédiatement jetée au RPF; mais à Los Angeles, les gens semblaient plutôt
intimidés du fait que je venais de Flag.
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- FESER,
TOUJOURS FESER !
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- Je me demandais ce que je
faisais dans la Scientologie. Je FESais des enregistrements à longueur de
journée. Je ne subissais aucune sanction, et j'avais droit à autant de jours de
repos que je le souhaitais. Au cours d'un après-midi, je me promenai sur le
Hollywood Boulevard. Soudain, tout bascula dans ma tête quand il s'imposa cette
pensée : "Qu'est-ce que je fais ici ?
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- Ce n'est pas du tout ce que j'attendais
lorsque j'avais rejoint la Sea Org pour la première fois. Je ne me sens pas du
tout heureuse ici et je ne peux pas continuer ainsi. Je dois faire quelque chose
pour sortir de cette situation. Petit à petit, je pris cette décision: je me
donne deux semaines pour faire le bilan de mon appartenance à la Scientologie.
Si, en deux semaines, les choses ne se sont pas améliorées, de deux choses
l'une :
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- ou bien j'en parle à un
membre dans l'Org, pour confesser toutes mes impressions et pensées, en finir
avec le doute, et rester loyale avec le groupe.
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- ou bien je quitte la secte
sans en parler à personne.
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- Le fait que je m'étais
autorisée ces pensées était déjà assez significatif. Cela montrait qu'en restant
ne serait-ce que quelques semaines éloignée de l'influence de la secte, et en
passant beaucoup de temps toute seule, je pouvais commencer à me libérer du
contrôle de la pensée - contrôle qui m'avait été inculqué depuis tant d'années.
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Une personne sous le contrôle de la pensée ne se permettrait jamais d'avoir des
idées critiques au sujet du groupe auquel elle appartient. On m'avait fait
croire que les pensées critiques étaient dues à des crimes non révélés, mais je
réalisais que mes pensées étaient à la fois légitimes et innocentes.
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- Je retournai au travail le
jour suivant, me gardant de révéler mes intentions à quiconque. C'était une
situation que j'avais envie d'assumer toute seule, indépendamment des autres.
Les deux semaines s'écoulèrent et rien de positif ne se produisit.
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- Je continuais
de FESer les enregistrements chaque jour. Je parlais très peu aux autres et
personne ne me causait d'ennui, du moins jusqu'au vendredi 20 août 1976.
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- Cet
après-midi, Gary Epstein s'entretint avec moi. Il était mécontent depuis que
j'avais quitté mon poste de Directeur du Processing et me demandait de cesser de
m'entêter dans cette attitude singulière. Il m'accusait ironiquement du fait
qu'avoir été l'amie personnelle de Quentin Hubbard à Flag m'était monté à la
tête. Il m'envoya auprès de l'Officier d'Éthique, qui fut un peu plus aimable.
Il tenta à son tour de me persuader de réintégrer mon poste, mais je m'obstinai
à refuser.
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- Il me dit que si je n'y retournais pas, il n'aurait pas d'autre choix
que de convoquer le Comité de l'Évidence à mon intention. Je savais que je
devais réagir rapidement, car je me sentais de moins en moins en sécurité dans
l'Org.
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- L'EXEMPLE
DE PANDORA COOPER
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- Le lendemain matin, samedi
21 août, je continuais de FESer les enregistrements. Certaines personnes autour
de moi évoquaient l'histoire d'une jeune femme appelée Pandora Cooper, qui avait
été auditeur et Superviseur des Cas à l'Org de Washington DC. Le bruit
courait qu'elle avait voulu quitter la Scientologie, mais que l'autorisation ne
lui avait pas été accordée. Elle avait donc été enfermée dans une pièce contre
son gré, et forcée de recevoir de l'audition.
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- Elle avait fait semblant
d'accepter l'audition, fait croire à ses geôliers que ses problèmes étaient
résolus, et qu'elle avait renoncé à l'idée de quitter la Scientologie. Aussitôt
convaincus qu'elle voulait rester, ils la relâchèrent. Elle sortit immédiatement
de l'Org et n'y retourna jamais. Je réalisai que je pouvais très bien faire
comme Pandora. Il fallait que j'agisse vite.
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- J'avais mis de côté à peu
près 200 dollars à l'époque où j'étais Directeur du Processing, grâce aux
primes. En abandonnant cette fonction, je ne toucherais plus de primes. Je
n'avais plus que la paye de misère de la Sea Org, soit environ 10 dollars par
semaine.
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- A ce rythme là, mes 200 dollars allaient très vite être dépensés. Je ne
pourrais plus voyager nulle part et je devrais renoncer à mon appartement. J'en
déduisais que si je voulais quitter la Sea Org, il fallait le faire le jour
même, avant qu'un Comité d'Évidence ne soit convoqué. Par chance, j'avais mon
après-midi libre ce jour là. C'était la meilleure occasion de m'enfuir, puisque
mon absence ne serait constatée que le lendemain matin - mais je n'avais pas
encore tout à fait pris ma décision.
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- PRÉPARATIFS
DE L'ÉVASION
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- J'allai à la piscine, pris
une douche puis enfilai un vêtement envoyé par ma mère. Ensuite j'entrai dans
une cabine téléphonique pour me renseigner sur les horaires de l'aéroport de Los
Angeles, mais tous les vols étaient réservés. Puis, j'allai à la station de bus
m'informer du prochain départ pour Michigan. Un bus était prévu à 18 heures. Le
montant du billet s'élevait à 125 dollars, ce que je pouvais encore me
permettre.
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- Il était 14 h 30 quand je
retournai à l'appartement. Un des colocataires était là, et j'essayai de
paraître normale. Je profitai du moment où il sortit acheter un journal pour
commencer à faire ma valise. Lorsqu'il revint, je dissimulai précipitamment ce
que j'avais déjà emballé. Je lui dis que je revenais de la piscine et que l'eau
était très bonne, espérant ainsi qu'il aurait envie d'aller à nager à son tour.
Par chance, c'est ce qu'il fit, et je me retrouvai de nouveau toute seule. A
présent, plus rien ne s'opposait à ce que je m'enfuie, exceptées les barrières
que je dressais contre moi-même.
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- Pendant un laps de temps
qui sembla durer des siècles mais qui n'excéda probablement pas cinq minutes,
j'hésitai sur la décision finale. J'avais envie de partir, mais j'étais
effrayée. Je savais que c'était la seule chance qui se présentait. Si je ne le
faisais pas aujourd'hui-même, je n'aurais pas d'autres opportunités avant
longtemps.
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- J'oscillais encore entre la décision de partir et celle de rester.
J'avais l'impression d'avoir à faire le choix le plus grave et le plus difficile
de mon existence. En terminant d'empaqueter mes vêtements, je continuai de me
répéter que je n'étais pas heureuse, que ma situation n'allait de toutes façons
pas s'améliorer. Et pourtant, je continuais d'hésiter ! Soudain, je réalisai que
prendre ce genre de décision n'était jamais facile et que si j'attendais qu'elle
paraisse plus facile, je ne la prendrais jamais ...
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- Finalement, je fis le grand
plongeon. Je rassemblai une partie de mes affaires puis quittai l'appartement.
J'évitai d'emmener tout ce que je possédais par crainte de croiser un
scientologue sur la route de la station de bus, à qui j'aurais bien été
embarrassée d'expliquer la présence de mes valises.
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- Je pris seulement un attaché
case, un sac en plastique et mon sac à main. Je préparai même une petite
histoire pour justifier le transport de mes affaires pour le cas où j'aurais
rencontré quelqu'un dans la rue. Fort heureusement, je ne croisai personne qui
me connaissait. J'étais terrifiée à l'idée d'apercevoir un scientologue dans la
foule, qui aurait pu décider de me retenir contre mon gré.
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- ENFIN LIBRE
!
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- Aussitôt arrivée à la
station de Bus de Hollywood, située à dix minutes à pied de mon appartement,
j'achetai le billet pour Michigan. Ensuite, j'appelai ma mère pour lui annoncer
que je rentrais à la maison. Elle fut ravie et approuva vivement ma décision de
quitter la Scientologie.
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- Elle ajouta: "J'ai toujours su que tu avais l'esprit
indépendant". A 17 h mon bus quittait Hollywood pour Los Angeles, où j'avais une
correspondance à prendre. Je souffrais d'un mal de tête lancinant, et je
craignais toujours d'être repérée par quelqu'un. Je commençai à me détendre
enfin lorsque mon bus quitta Los Angeles, vers 18 heures. Pendant le voyage, je
ressentis un soulagement tel que je n'en avais jamais ressenti de ma vie.
C'était comme si je me débarrassais d'un boulet énorme, et que j'étais de
nouveau libre.
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