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- Le
Matin, mars 1992, par Alain Walther
- [Texte
intégral]
- CURIEUX
MARKETING :
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- Le
centre de sevrage - proche des scientologues
- écrit aux entrepreneurs romands
- du
bâtiment afin qu'ils gardent un œil sur
leurs apprentis. Réactions
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- Deux
cents entrepreneurs romands ont reçu un courrier
de Narconon, centre de réhabilitation pour
toxicomanes proche, très proche de l'Eglise
de scientologie, la secte fondée par L. Ron
Hubbard. But de la démarche : faire venir
des patients au centre installé aux Plans-sur-Bex
(VD). Méthode : marketing par envoi postal.
Cible : des patrons du bâtiment romand afin
qu'ils aprennent - selon la méthode
Narconon - à reconnaître les gens dépendant
de drogues («joint, héroïne, cocaïne,
exctasy, méthadone, substances médicamenteuses
et alcool», d'après la lettre).
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- Adaptation
romande de matériel américain, la
brochure évoque «des techniques développées
par le philosophe et chercheur L. Ron Hubbard».
Et, comme dans un dépliant pour un appareil
de gymnastique, on y trouve aussi à la fin
deux témoignages de personnes très
satisfaites par leur passage chez Narconon ...
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- Quant
aux illustrations, elles montrent des dealers de
poudre armés jusqu'aux dents. «C'est
une caricature américaine, mais on n'est
pas loin de cette situation en Suisse romande»,
explique Catherine Uthemann, responsable de Narconon
Romandie.
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- Mais
pourquoi les patrons des entreprises du bâtiment
?
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- Catherine
Uthemann observe que nombe de jeunes passant au
centre ont évoqué un lien entre les
apprentis du bâtiment et les drogues. Avant
cette catégorie professionnelle, toujours
grâce à un bureau spécialisé
dans les publipostages, Narconon avait envoyé
des brochures aux médecins et aux avocats.
Toujours pour apprendre à reconnaître
un drogué et lui montrer le chemin de Narconon.
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- «Scandaleux
et déplaisant»
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- Patron
d'une entreprise de peinture à Verbier (VS),
Raymond Crettenand n'a pas du tout apprécié
le courrier que lui a adressé Narconon. «C'est
comme s'ils me demandaient de surveiller ma famille
et mon personnel pour leur fournir des clients,
je trouve ce procédé scandaleux».
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- Autre
son de cloche, Pierre Rey, à la tête
de la Fondation du Levant, qui prend égaleement
en charge les toxicomanes : «C'est le droit
de Narconon, mais la démarche est déplaisante.
Pour notre part, nous ne faisons aucune propagande
ni chez les usagers de drogues, ni dans leur entourage.
Répondre à la demande suffit».
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- La
réaction de Pierre Rey attriste Catherine
Uthemann «Quoiqu'on fasse, nous sommes toujours
critiqués.» Et la responsable de Narconon
de rappeler que le centre ne touche pas de subventions
et «que c'est une entreprise privée,
qui fait ce qu'elle peut pour survivre».
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- Manne
vaudoise
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- A
raison de seize places et d'un tarif journalier
de 100 francs (66 euros), Narconon tourne. Et si
le centre n'est pas subventionné, les toxicomanes
vaudois qui souhaitent suivre le prograrnme inspiré
des techniques développées par L.
Ron Hubbard peuvent demander une aide financière
au Service de prévoyance et d'aides. sociales
du canton.
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- En
1999, le contribuable vaudois a ainsi subventionné
4495 journées pour 49 personnes, ce qui a
permis à Narconon d'encaisser 523'166 fr.40
(tous frais compris). (350'000 euros)
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- Un
député popiste, Jean-Louis Cornuz,
a demandé au Conseil d'Etat que ce soutien
financier indirect ne puisse plus être versé
à une entreprise privée proche d'une
secte. Le Conseil d'Etat n'a pas encore répondu.
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- Pour
sa part, l'administration vaudoise considère
toujours que Narconon est un établissement
privé à qui il n'y a rien à
reprocher. A Genève, par contre, les experts
pensent le contraire depuis 1994.
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-
Alain Walther
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- Note
du Gravis : cette aide indirecte de l'Etat de
Vaud à Narconon a été
supprimée
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- LE
DERNIER TEMPS PRÉSENT L'A CONFIRMÉ
- Le
piège tendu par Narconon
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- 24
Heures, le 28 mars 1992, par Michel Pont
- [Texte
intégral]
- Aider
les toxicomanes pour mieux les attirer en scientologie
:
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le centre des Plans-sur-Bex est sur la sellette.
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- Pas
question pour autant de l'interdire, dit le
canton.
- Mais,
sur place, les habitants se mobilisent contre
la secte.

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- Narconon,
c'est l'antichambre de la scientologie. Jeudi soir,
le Temps présent consacré à
la secte a balayé les dernières illusions
de ceux qui en doutaient encore. Sans équivoque,
le lien a été établi par un
ancien pensionnaire de ce centre de désintoxication
des Plans-sur-Bex.
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- En
marge des soins médicaux, on y donne des
cours de communication et «d'intégrité
personnelle», inspirés des théories
de Ron Hubbard. «Pour moi, Narconon et la
scientologie, ça ne fait qu'un», a
dit ce témoin devant les caméras de
ce Temps présent très suivi (36,8%
de pénétration, l'une des audiences
les plus fortes de l'émission).
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- L'intérêt
de ces cours dans un programme de désintoxication
? Il faut se plonger dans les œuvres de Hubbard
pour le comprendre. L'absorption massive de vitamines
et les séances intensives de sauna (plusieurs
heures par jour) ont pour but d'éliminer
les toxines de l'organisme. L'ouvrage «Un
corps pur, l'esprit clair» révèle
que ce programme de purification doit être
complété par un travail au niveau
du mental. «Il est évident que le nettoyage
du corps est bénéfique et pourrait,
à lui seul, constituer une fin en soi, mais
ce n'est pas la motivation originelle du programme,
écrit Hubbard, (...)

- Après
terminaison du programme de purification, la
personne est à présent en bon état
pour obtenir des gains optimaux des programmes et
d'amélioration mentale ou spirituelle.»
C'est un bon résumé de la démarche
de Narconon.
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- Pierre
Rey, directeur de la Fondation du Levant à
Lausanne, ainsi que d'autres intervenants dénoncent
cette ambition qui vise, en définitive, à
empêcher un toxicomane de retrouver une vraie
liberté. Les toxicomanes sont par définition
des malades de la dépendance, et en l'occurrence
le piège tendu par la scientologie consiste
à remplacer cette dépendance de la
drogue par un programme de pseudo-épanouissement
personnel.
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- Actuellement,
parmi les pensionnaires de Narconon, cinq sont
mineurs ! Ils ont été envoyés
à leur demande, précise-t-on au Service
de protection de la jeunesse, qui finance partiellement
leur séjour. Il est évidemment difficile
de protéger les gens contre eux-mêmes.
Mais Pierre Rey se demande si l'on peut admettre
que certains travaillent dans l'aide aux toxicomanes
dans un but fondamentalement détourné.
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- Pas
de chasse aux sorcières
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- Philippe
Pidoux refuse toujours d'entrer dans ce débat.
Il l'a dit à la télévision,
il nous l'a répété hier. Pour
le chef du Département de l'intérieur
et de la santé publique, l'alternative est
simple. Soit le gouvernement applique la loi sanitaire,
qui autorise l'ouverture d'un établissement
comme Narconon, sous certaines garanties médicales.
Soit il entre dans une logique de type «chasse
aux sorcières».
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- «Je
ne peux pas interdire à quelqu'un de pratiquer
la médecine, sous prétexte qu'il a
des mauvaises pensées», explique le
conseiller d'Etat, qui rappelle que l'activité
de Narconon est contrôlée. «C'est
une question de pesée des intérêts.
Médicalement, on me dit que c'est en ordre.
Je ne peux pas interdire ce centre au nom de sa
finalité. Mieux vaut combattre des idées
en défendant d'autres idées, non en
les interdisant.»
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- Crédit
grandissant
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- Curieusement,
Narconon semble jouir d'un crédit grandissant
auprès de certains responsables sanitaires.
Alors qu'en 1987, la commune de Lausanne avait donné
un préavis négatif à l'installation
du centre sur son territoire, se basant sur des
avis de médecins, le centre des Planssur-Bex
est mieux accepté.
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- Médecin-délégué
du premier arrondissement d'Aigle, le Dr Jean-Marc
Mermoud a transmis récemment un rapport favorable
à la Santé publique. Lors de ses visites,
il n'a pas ressenti «d'embrigadement idéologique».
Mais il avoue : «Peut-être que les pensionnaires
ne s'en rendent pas compte.» Quant aux cours
de scientologie donnés, le Dr Mermoud considère
qu'il s'agit «d'un support peut-être
utile pour certains traitements». Relevant
«l'ambiance très chaleureuse»
qui, règne aux Planssur-Bex, le médecin
juge en définitive que «Narconon, c'est
la scientologie à la vaudoise (!) avec des
gens honnêtes et corrects, sans esprit de
lucre».
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- Colère
dans le village
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- Ce
n'est pas l'avis des habitants des Plans-sur-Bex.
Depuis la diffusion de Temps présent, une
pétition circule dans le village, qui demande
l'interdiction pure et simple de ce centre. Elle
sera envoyée prochainement aux autorités
cantonales et à la Municipalité de
Bex. Une pétition similaire avait déjà
été lancée en 1990. «Il
faut protéger les jeunes et mettre fin à
cette complaisance visà-vis de Narconon»,
dit un habitant. D'autant que le centre a commencé
à s'étendre géographiquement.
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- En
plus du chalet occupé depuis 1988, le personnel
qui travaille pour Narconon loge depuis quelques
mois à l'Hôtel des Martinets, en plein
centre du village. Et les scientologues ont entamé
des démarches avec le propriétaire,
M. Chatagny, pour occuper tout l'hôtel.
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- Saisie
du dossier, la Municipalité de Bex n'est
pas favorable à ce qu'un important bâtiment
du centre du village soit aux mains de la secte.
Mais la décision finale n'appartient pas
aux autorités de Bex. Elle relève
du domaine privé.
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- Michel
Pont.
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- Rediffusion
du Temps présent «Scientologie, secte
et business» aujourd'hui à 15 h 55
sur la TSR.
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