L'état des sectes en France
Le rapport 2005 de la MIVILUDES

Les enfants cibles privilégiées des sectes (nouvelobs.com - 26 avril 2006)

 

Le rapport au format pdf :

 

Sectes : les enfants cibles privilégiées

nouvelobs.com, 26 avril 2006
[Texte intégral]
"Des enfants humiliés, des familles déchirées à jamais" :
le rapport 2005 de la Miviludes fait le point sur les pratiques des sectes en France.

Dix ans après l'affaire de l'Ordre du temple solaire, la Miviludes appelle à rester vigilant contre les sectes. Dans son rapport 2005, rendu public mercredi 26 avril 2006, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires pointe trois secteurs dans lesquels l'activité des sectes se montre "particulièrement préoccupante": l'enfance, les médecines alternatives et l'aide humanitaire.

Le 5 octobre 1994, les corps de 48 membres de l'Ordre du temple solaire sont retrouvés brûlés en Suisse, ce qui décide la France à se doter d'une structure spécialisée, devenue en 2002 la Miviludes. "Il existe de vraies et bonnes raisons de ne pas renoncer à la lutte contre les dérives sectaires au motif fallacieux que cela porterait atteinte à la liberté de conscience ou aux libertés religieuses", estime son président, Jean-Michel Roulet, qui invoque "des enfants humiliés, des victimes détruites et des familles déchirées à jamais".

Enfants scolarisés à part

Selon le rapport, les enfants constituent souvent une "cible" privilégiée, parfois même avant leur naissance, comme pour la Fraternité blanche universelle ou Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix.

Les enfants sont soumis, chez les dévots de Krishna, à un emploi du temps épuisant: lever à 3h30, coucher à 20h30. Les enfants sont souvent retirés de l'école pour être scolarisés à part (dans les sectes Kryeon, Tabitha's Place ou les Frères de Plymouth issus du darbysme protestant).

Ainsi, selon la cellule de prévention de l'Education nationale, environ 10.000 enfants sont instruits à domicile ou dans des établissements hors contrat, même si le renforcement des contrôles a contribué au recul du nombre d'enfants instruits à domicile (1'000 en 2004 contre 6'000 en 1998). Mais l'enseignement par correspondance est libre et ne présente aucune garantie ni agrément (hormis le Cned), comme le soutien scolaire, qui, selon la Miviludes "semble être une des nouvelles pistes de la scientologie".  

Les enfants sont parfois soumis à de mauvais traitements, voire des abus sexuels. Ils peuvent même mourir de privations. En juin 2005, la cour d'assises du Finistère a condamné à cinq ans de prison dont 52 mois avec sursis les parents kinésiologues de Kerywan, mort à 16 mois avec le poids d'un nourrisson de quatre mois.

Refus des progrès de la science

Dans son rapport, la Miviludes s'alarme également de "l'engouement pour les 'alter-médecines', multiformes mais qui ont pour point commun de ne bénéficier d'aucune validation scientifique, d'être exercées dans la plupart des cas par des 'thérapeutes' autoproclamés et d'aboutir à terme à un refus pur et simple des soins médicaux traditionnels".

La Miviludes dénonce un "mouvement qui érige en dogme une philosophie qui nie en bloc tous les progrès de la science et de la médecine auxquels les plus grands savants du monde ont voué leur vie depuis deux siècles".

L'humanitaire pour recueillir des fonds

Enfin, l'aide humanitaire se révèle un secteur "en pleine expansion" pour l'activité des sectes, "en raison de la médiatisation des grandes catastrophes naturelles ou des troubles", indique la Miviludes.

Il a "le double avantage pour les organisations sectaires de contribuer à polir leur image humaniste tout en procédant à un fort prosélytisme et de leur permettre de recueillir des fonds".

La crise des banlieues, en novembre 2005, a ainsi attiré des sectes comme la scientologie.

 

 

L'état des sectes

Interview du président de la MIVILUDES / propos recueillis par François Koch
lexpress.fr, mercredi 26 avril 2006,
[Texte intégral]
 
Jean-Michel Roulet, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, vient de remettre un rapport à Dominique de Villepin

Pour quelle raison l'intervention de sectes dans l'humanitaire d'urgence vous choque-t-elle ?

Je trouve scandaleux et immoral de se servir de la détresse des autres pour avancer masqué et à des fins de prosélytisme. Que ce soit après l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, en septembre 2001, ou lors des inondations dans le Gard, en septembre 2002. Plus récemment, au moment des violences en banlieues, des «ministres volontaires» de la Scientologie ont distribué des exemplaires de l'ouvrage de leur défunt gourou, Ron Hubbard, Le Chemin du bonheur, afin d'améliorer l'image de leur mouvement et de recruter. En prétendant que leur action contribuait à faire cesser les troubles !

Les gourous guérisseurs sévissent-ils toujours autant et de la même manière ?

De plus en plus de Français ne conçoivent pas que la médecine puisse être parfois impuissante et écoutent avec complaisance les promesses de miracles. Les sectes charlatanesques sont souvent de petite taille et leurs gourous adoptent une rhétorique moins New Age ou loufoque, plus médicale, donc perverse. Le jeûne comme remède aux pathologies les plus aiguës se développe toujours. Comme le «respirianisme» de l'Australienne Ellen Greve, alias Jasmuheen, qui prétend ne plus se nourrir depuis 1993 et fait des adeptes en France. L'état de faiblesse provoqué par le jeûne est idéal pour placer un adepte sous domination.

L'infiltration de sectes dans des entreprises ou des administrations se poursuit-elle ?

Plus que jamais. Surtout à travers la formation professionnelle. Nous avons découvert que, dans le secteur de la chimie, une DRH avait recruté une vingtaine d'adeptes de son groupe. Plus grave, des sociétés de services informatiques liées à des mouvements sectaires pénètrent, par la vente de logiciels ou par des contrats de maintenance, au cœur d'entreprises ou d'administrations pour voler des informations stratégiques et les revendre.

Le rapport 2005 au format pdf :