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- Le
Courrier, 7 novembre 1994
- [Texte
intégral]
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- LIAISONS
DANGEREUSES
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- Médecin
et scientologue, y a-t-il vraiment contre-indication
? A priori non, si le praticien sait faire la part
des choses. Pourtant, une patiente témoigne
du contraire. Enquête.

- C'est
une émission à la télé
qui m'a fait prendre conscience que mon médecin
était scientologue». Traversant une
phase difficile dans sa vie, Michèle (le
nom est fictif) a choisi de suivre un traitement
chez une homéopathe, dont le cabinet ne se
trouve pas très loin de la gare de Cornavin.
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- Un
choix un peu au hasard, comme cela se fait bien
souvent. Lors de la première entrevue, elle
n'a pas été tout de suite frappée
par certains détails : «La bibliothèque
de son cabinet était remplie d'ouvrages de
Ron Hubbard fondateur de la scientologie -
et aux murs des affiches étaient collées,
dont l'une représentait l'Echelle
des tons».
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- Michèle
ne se méfie toujours pas quand l'homéopathe
lui lit des passages de Ron Hubbard
pour
lui expliquer les effets escomptés des produits
- essentiellement des vitamines et des sels minéraux.
- ordonnés pour le traitement.
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- Toutefois,
devant l'intérêt de sa patiente, la
médecin scientologue va plus loin et lui
propose d'acheter des ouvrages sur le sujet. Or,
ils ne sont disponibles que dans une librairie spécialisée,
ce qui surprend Michèle. «Je n'y suis
pas allée, parce que l'occasion ne s'est
pas présentée. Alors, mon homéopathe
m'a prêté des brochures». Et
pas n'importe lesquelles : «Le livre de base
de la scientologie par l'image, volume 1, d'après
les œuvres de Ron Hubbard (34 pages) et «le
livre de base de dlanétique par l'Image»,
du même auteur (26 pages).
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- «A
mon avis, la scientologie était complètement
intégrée au traitement ordonné
par mon médecin. Elle était sympa,
m'expliquait chaque substance que je devais prendre.
Rien qui ressemblait à un speech spirituel.
C'est pour cela que je n'ai pas réagi. Et
quand le traitement a été terminé,
je n'ai simplement pas insisté», se
rappelle Michèle.
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- Contactée
par téléphone, l'homéopathe
a d'abord réagi avec surprise. Prise au dépourvu,
elle a demandé un délai de réflexion,
puis a accepté un rendez-vous. Mais, le soir
précédent, elle a tout annulé.
Sans explications. Depuis, elle reste injoignable.
- DÉONTOLOGIE
VIOLÉE
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- La
situation est grave. En effet, la déontologie
médicale est très précise sur
ce point : un médecin ne doit en aucun cas
utiliser sa position pour exercer une influence
sur son patient. Ce qui a été le cas
de Michèle. Le Dr Claude Aubert, président
de l'Association des médecins de Genève,
tient à insister sur ce point : «Le
phénomène de la secte se trouve à
l'état microscopique dans toute relation
médecinpatient. Il ne se développe
pas dans la mesure où le médecin compartimente
strictement sa pratique de la médecine et
sa croyance. Si ce n'est pas le cas, il viole la
déontologie. Et ce raisonnement est aussi
valable pour les médecins scientologues que
pour ceux d'autres religions».
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- Pas
tendre envers les scientologues qu'il combat depuis
des années, M. François Lavergnat,
membre du Groupe pour la défense de la famille
et des individus (GPFI,
Ndlr), rejoint le Dr Aubert dans son analyse. A
une différence près : «J'ai
des doutes quant à la compatibilité
entre une activité de médecin et de
scientologue. Je connais bien leur doctrine et leur
message premier est d'infiltrer la société
par tous les moyens. Leur soif de pouvoir est énorme».

- SCIENTOLOGUE
AFFICHÉ
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- La
situation ne se modifie en rien si le praticien
affiche publiquement son appartenance à la
scientologie. Ce qui est le cas du Dr Albert Franceschetti,
spécialiste FMH-ophtalmologie, chef de l'Unité
d'ophtalmologie de l'hôpital de la Tour et
consultant au Service de santé de la jeunesse.
D'emblée, il met les choses au point : «Ma
religion, la scientologie, ne diffère en
rien d'une autre», et d'ajouter sans détours
: «Je sépare totalement ma profession
de ma croyance».
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- Peu
bavards sur ce point, les scientologues. En effet,
le Dr Franceschetti lui aussI refusera finalement
une rencontre pour débattre plus avant de
la question bien qu'il ait tout d'abord accepté.
Il invoquera deux raisons à son revirement
: pour émettre une opinion, il doit consulter
auparavant l'association des médecins, une
procédure compliquée qui nuirait à
la spontanéité de son témoignage,
selon ses dires. D'autre part, le thème lui
paraît trop pointilleux et délicat
pour qu'il fasse confiance aux journalistes qui
«montent en épingle les sujets pour
les rendre intéressants pour leur public».
- PRÉVENIR
OU GUÉRIR
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- Dès
lors;que faire pour prévenir des situation
sanalogues à celle de Michèle ? Le
président des médecins genevois mise
sur l'information des patients. «Certes, il
est impossible de demander à chaque médecin
d'afficher sa croyance religieuse. Personnellement,
je suis contre. On risque d'en arriver à
une espèce d'excommunication au nom des idées».
En revanche, il se propose de diffuser une circulaire
rappelant l'interdiction du prosélytisme
dans le cadre d'un traitement.
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- Si
prévenir semble ardu, réagir après
coup reste la méthode la plus efficace. Méthode
toutefois qui impose une contrainte non négligeable:
il faut que le patient s'adresse à l'Association
des médecins genevois et lui fasse part de
ses doléances. On peut comprendre la difficulté
et la gêne que peut susciter une telle démarche.
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- D'une
part, il s'agit, dans le cas qui nous occupe, de
la scientologie, un mouvement sujet à controverses.
D'autre part, la victime aura davantage envie d'oublier
le mauvais moment passé, plutôt que
de s'en plaindre. D'autant plus si sa consultation
relève d'un problème délicat
qui l'a peut-être empêché de
réaliser immédiatement l'emprise dont
elle faisait l'objet. Compréhensif, le Dr
Aubert renchérit : «Dans ce cas, le
patient peut simplement nous passer un coup de fil,
en conservant l'anonymat, pour nous raconter son
problème».
- QUELLES
SANCTIONS ?
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- Si
la victime décide de se plaindre, la commission
de déontologie de l'association des médecins,
saisie du cas, auditionne alors le médecin
concerné. «S'il y a eu faute, la sanction
peut être, par ordre progressif, un blâme,
une amende, ou l'exclusion», explique le Dr
Aubert. Et de préciser que, si cette dernière
mesure n'empêche certes pas la pratique de
la médecine, elle provoque tout de même
de lourdes conséquences : non seulement la
clientèle apprend son exclusion, mais le
médecin perd également le label FMH.
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- Autre
possibilité d'intervention, la commission
de surveillance des professions de la santé,
une branche du Département de la prévoyance
sociale et de la santé publique. Cet organisme
attribue à tout médecin, sur des critères
formels, l'autorisation de pratique de la médecine.
Une décision pour laquelle la commission
de déontologie des médecins genevois
donne un préavis.
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- Suivant
l'actualité du moment, le Dr Aubert émet,
par ailleurs, une hypothèse : «Si des
mesures sont prises par le Conseil d'Etat genevois,
à la suite de la pétition contre la
scientologie déposée par le Groupement
pour la défense de la famille et des individus,
il est possible d'imaginer que l'une d'elles puisse
être le retrait du droit de pratique aux médecins
scientologues. Mais il ne s'agit là que d'une
éventualité extrême».
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- Isabelle
Ducret
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- L'Echelle
des tons, selon un ouvrage de la scientologie,
permet de «comprendre et prédire le
comportement ainsi que le potentiel de survie de
ses semblables».
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