- Paris Match Document
- Vers
un monde scientologue
- Semaine
du 2-8 février 2006. Enquête
par Guillaine Carvalho. Photos
de Vincent Capman.
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- Education,
show-business, médecines parallèles, droits
de l'homme ... La scientologie est partout,
jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir.
Ni doctrine religieuse ni école philosophique,
cette secte continue de séduire et de faire
peur.
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- Un
vaste réseau de marketing, de propagande
et d'espionnage, loin de toute philosophie
religieuse, qui fait chaque jour des victimes.
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DOCUMENT
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- Tom
cruise en pleine tourmente
- Paris
Match, par Régis Le Sommier
-
31 août - 6 septembre 2006.
L’argent qu’il a rapporté se calcule en milliards de
dollars, mais l’acteur le mieux payé du monde pourrait devenir, soudain, un
paria à Hollywood. Après quatorze ans de partenariat, la Paramount a décidé de
ne pas renouveler son contrat.
Adepte de l’Eglise de scientologie depuis 1984, la star de «Eyes Wide Shut» en est un militant de plus
en plus prosélyte, davantage soucieux de promouvoir sa religion que ses films.
Ses frasques mystiques, qui affectent également sa vie privée, ont fini par
indisposer à la fois le public et les producteurs.
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- TOM
CRUISE
- A
LA UNE
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- Vers
en monde scientologue - Match Document
-
- Un
électromètre
pour mesurer les variations de l'âme
-
- Paris
Match, 2-8 février 2006
- Enquête par Guillaine Carvalho.
- Photos
de Vincent Capman.
- [Texte
intégral]

- Alain
Stoffen, un ancien «possédé» de la scientologie,
- est
aujourd'hui dépossédé de tout : argent,
santé, amour ...
-
- Alain
Stoffen revient de loin, humilié et meurtri
mais encore debout. En 2002, il a déposé
plainte contre l'Eglise de scientologie,
pas seulement parce qu'il a perdu 45'000
euros, mais parce qu'en quinze ans la secte
lui a tout volé, tout ce qui faisait de
ce pianiste réputé un être heureux : la
dignité, les rêves, la santé, une carrière,
l'amour ...
Tout
avait pourtant bien commencé. «J'avais une vingtaine
d'années et la soif d'apprendre quand j'ai eu un
coup de foudre pour la musique de Chick Corea. Ce
grand pianiste de jazz faisait exactement la musique
que j'avais envie de faire.» En creusant,Alain Stoffen
se rend compte de la place de la scientologie dans
la réussite de son idole. Chick Corea confie : «Avec
la scientologie, j'ai acquis la liberté d'apprendre
tout ce que je veux et, chaque jour, je continue
d'acquérir de nouvelles aptitudes.» Qui ne serait
pas séduit ? Cette lettre fait partie d'une série
d'autres rédigées par les célébrités scientologues,
bien mises en évidence dans les locaux de l'organisation
ou accessibles sur son site Internet.
Ainsi,
John Travolta se félicite que sa carrière ait «décollé»,
l'actrice Kelly Preston, que ses «rêves se transforment
en réalité» et Lisa Marie Presley, d'être encore
en vie, car «sans la scientologie, je serais complètement
folle ou morte» !
Vitrine
luxueuse, les people sont d'excellents ambassadeurs.
Il faut savoir s'en servir au bon moment. Arnaud
Palisson, auteur d'une thèse publiée en 2003 («Grande
enquête sur la scientologie, une secte hors la loi»,
éd. Favre), rapporte cette directive de Ron Hubbard,
fondateur de la scientologie : il faut enrôler les
célébrités, de préférence lorsque «leur carrière
décline ou décolle», phases durant lesquelles il
est plus facile de s'immiscer.
LES
STARS : UNE VITRINE
En
France, la secte recrute peu chez les people. Parmi
les noms connus, celui du comédien Xavier Deluc,
à l'affiche l'été dernier du feuilleton «Dolmen»,
sur T.f.1. En 1991, il a créé l'association Non
à la drogue, oui à la vie, parrainée par la scientologie.
En 1996, il était venu soutenir la secte lors du
retentissant procès de Lyon. Et une publicité américaine,
parue en 1998, circule toujours sur le Net où, à
côté de son visage rayonnant, on peut lire : « With
scientology, I regained my self-respect. It
saved my life.» («Avec la scientologie, j'ai retrouvé
l'estime de moi. Cela m'a sauvé.») Mais depuis il
s'est peu manifesté, même s'il est encore cité en
2004 sur la liste des membres de l'Ia.s. (Association
internationale des scientologues). Car, contrairement
aux Etats-Unis, s'afficher scientologue est ici
du plus mauvais effet.

- Le
champion de tennis Arnaud Boetsch
Arnaud
Boetsch, l'ex-prodige du tennis français, a ainsi
perdu plusieurs contrats dans les années 90 après
ses révélations sur son affiliation à la scientologie.
Il a rompu depuis. Aujourd'hui, il confie :«C'était
une époque où je voulais être mieux dans mon tennis
et dans ma vie. Qui ne souhaite pas s'améliorer
? Le tennis est un sport stressant, je cherchais
des" solutions" comme d'autres vont chez
le psy ou font du yoga.»
Mais
qu'a vu Arnaud Boetsch ? Pas grand-chose. Choyées,
les célébrités ignorent la face noire de la scientologie,
explique Arnaud Palisson,« elles font l'objet de
soins attentifs et suivent un cursus allégé». A
moins qu'elles ne refusent de voir ... Pour l'exscientologue
Alain Stoffen, «elles idéalisent la scientologie
et la voient telle que je la voyais avant». Finalement,
elles sont dans le même état d'esprit que le quidam
qui pousse la porte d'un centre, lit une brochure
ou se prête innocemment au test de personnalité.
Car «au départ, rien d'alarmant», note le psychologue
Jean-Luc Swertvaegher.

- Le
psy Jean-luc Swertvaegher qui constate les
dégâts cliniques
- chez
les victimes escroquées par la scientologie.
Au
centre Georges-Devereux à Saint-Denis,
il accueille des victimes de sectes, pas des gogos,
mais «des gens accrochés à leur idéal et à qui la
scientologie a promis d'être le lieu de leur développement
personnel».
L'ENRÔLEMENT
Première
étape donc, le test de personnalité, seule prestation
gratuite. Deux cents questions aussi anodines que
«Jetez-vous l'argent par les fenêtres ?» ou «Êtes-vous
considéré parfois comme un rabat-joie ?». Et forcément
«le résultat n'est jamais brillant», raconte Roger
Gonnet, ancien haut responsable de la scientologie
en France, puisque «les dés sont pipés».
Trompeuse
également, l'hagiographie de Ron Hubbard (1911-1986),
«présenté comme un héros alors que c'est un raté».
Dans l'Amérique maccarthyste des années 50, cet
ancien marin auteur de science-fiction prétend par
la seule force de la pensée aider l'humanité à trouver
les clés du bonheur. Sa doctrine, la dianétique,
est pour le psychologue Jean-Luc Swertvaegher «un
amalgame de techniques empruntées à la psychanalyse,
au coaching, à la science-fiction, aux pensées magiques
...».
Après
le test, place au programme de purification, moins
anodin cette fois. Coût moyen : 2'400 euros. D'abord,
le physique. La scientologie entend débarrasser
le corps humain des substances toxiques accumulées.
Au programme : course, sauna et vitamines. Puis
l'esprit. Lors d'innombrables séances d'auditionsconfessions,
l'adepte doit évoquer ses traumatismes jusqu'à les
faire entièrement disparaître. «Le but étant de
devenir un être 100 % rationnel, hyper performant
et étranger aux émotions. Mais cela ne marche pas»,
insiste Jean-Luc Swertvaegher.
Lors
des auditions, la secte a recours à l'électromètre.
Officiellement censé jauger le «mental humain»,
il n'est qu'«un instrument de mesure de résistance
électrique» en aucune façon sensible aux variations
de l'âme! Coût de l'appareil que tout adepte se
doit d'acheter : plus de 5'000 euros.
Préoccupé
donc à l'idée de devenir un «thétan opérant», «un
être spirituel immortel» selon la définition scientologue,
l'adepte en oublie le reste. Seule compte sa progression
sur une échelle de gradations conçue par Hubbard.
Suivant des formations de plus en plus coûteuses,
et allant s'il le faut jusqu'à s'endetter, le disciple
s'efforce de franchir pas à pas les paliers : de
«préclair» à «clair», être suprême dégagé de toutes
peurs et de toutes maladies psychiques, jusqu'à
«O.t. XV», grade le plus élevé. Et s'il n'y arrive
pas ? Ce sera toujours de sa faute. Alain Stoffen
s'enfonça ainsi dans la dépression, «bloqué» dans
son avancée. Un sentiment d'échec d'autant plus
violent qu'il voit son épouse scientologue s'épanouir
«en apparence». Celle-ci se met à le considérer
comme «un être nuisible qui entrave sa progression
spirituelle» et le dénonce en haut lieu. La sollicitude,
on le voit, ne fait pas partie des exercices pratiques.
Après
avoir été porté aux nues, Alain devient donc un
«suppressif», quelqu'un «qui cherche à saper le
moral des scientologues et à répandre de mauvaises
nouvelles à leur sujet». Mais tous les moyens sont
bons pour le remettre dans le droit chemin. Menacé
d'être «excommunié» et de ne plus voir sa famille
- la scientologie exige de rompre avec les suppressifs
-, Alain Stoffen commence par céder. Puis il se
révolte à la suite d'une parodie de justice le poussant
à accepter le divorce par consentement mutuel; il
découvre aussi son «dossier d'éthique». Ici sont
réunies quantité d'informations sur l'adepte. Comme
dit Eric, ancien scientologue, «quand vous êtes
en audition, vous pariez de tout, de votre première
masturbation à ce que vous pensez vraiment de votre
patron en passant par l'argent non déclaré aux impôts.
Cette intimité dûment consignée est un formidable
moyen de chantage».
L'ADEPTE
: UN ÉLÉMENT DU MAILLAGE
Etat
dans l'Etat, la scientologie a sa langue et son
service d'ordre, mais aussi ses commerciaux, ses
juges, ses professeurs, ses médecins, ses espions
... Ce n'est pas du tout une «Eglise», précise Catherine
Picard, présidente de l'Unadfi (Union nationale
des associations de défense des familles et de l'individu,
victimes de secte), qui cite Hubbard, cynique :
«Si on veut faire de l'argent, il faut créer une
religion.» Ainsi en 1993, le fisc américain (I.r.s.)
a fini, après trente-cinq ans de pressions acharnées,
par lui accorder le statut de religion, l'exonérant
ainsi d'impôt. D'où l'intérêt de se parer du masque
de la foi. Mais en France, le statut d'association
cultuelle ne lui a jamais été octroyé. Dans une
liste aujourd'hui contestée publiée en 1996, elle
est citée parmi les 172 mouvements répertoriés comme
sectes.
La
scientologie estime le nombre de ses adeptes à 11
millions dans le monde, chiffre difficile à évaluer
vu le turnover. En France, elle annonce 30'000 membres
alors que les spécialistes parlent plutôt de 5'000.
Sa puissance ne se mesure pas au nombre de ses disciples
mais à son infiltration et à sa fortune. En 1999,
dans le rapport de la commission parlementaire sur
«Les sectes et l'argent», le chiffre d'affaires
de la scientologie en Europe a été évalué à plus
de 300 millions de francs par an dont 60 millions
de francs pour la seule branche française. Pour
les Etats-Unis, on évoque 300 millions de dollars
de bénéfices annuels. Pure estimation qui ne fait
que flatter l'orgueil de la scientologie. Reste
que, dans sa logique lucrative, le moindre adepte
est une source de revenus, du moins riche au plus
fortuné. La secte compte en particulier sur la générosité
deses précieux donateurs. Parmi eux, Tom Cruise.
En 2004, la star a versé à l'I.a.s. 2,5 millions
de dollars !
Chaque
adepte est un élément stratégique du maillage. Si
les artistes doivent promouvoir l'image de la scientologie,
les anonymes ont des missions moins glorieuses.
Marion s'est jetée sans filet dans cette aventure.
Cette publicitaire parisienne, qui raconte son embrigadement
dans une B.d. («Dans la secte», de Pierre Henri
et Louis Alloing), voulait juste donner un sens
nouveau à sa vie. Vingt ans après, elle s'en veut
encore d'avoir été si naïve. Pour compléter sa «formation»,
elle est même allée jusqu'à Copenhague, siège européen
de la scientologie. Là, elle a signé un contrat
d'un milliard d'années où elle jurait «d'obéir à
la discipline et à la morale du groupe» ! Mais au
lieu du paradis est devenue «une zombie au regard
vide» passant son temps à de basses besognes, comme
raboter les planchers. Le tout pour 20 francs par
semaine! «Et entre les réveils aux aurores et l'étude
tard le soir, on n'a pas le temps de réfléchir.»
Une stratégie
de l'épuisement. Marion parvient à s'échapper mais
il lui faudra du temps pour se reconstruire. «Des
années après avoir rompu, j'utilisais encore le vocabulaire
de la secte, comme si je continuais à agir et à
penser comme elle m'avait appris.»
Pour
Roger Gonnet, ancien cadre de là scientologie, l'implication
fut encore différente. Directeur de la première
franchise de province, à Lyon, de 1974 à 1982 (une
vingtaine de villes françaises ont aujourd'hui
des antennes scientologues), il étaif un v.r.p. de
choc. Son but : répandre la bonne parole du gourou
via cours et conférences. La scientologie recycle
ainsi à l'infini les écrits de Hubbard, comme son
cours d'organisatioh pour cadres, encyclopédie
monumentale. Et en tant qU'utilisateur des méthodes
de Hubbard, il devait reverser à la maison mère
à Los Angeles 10 % du chiffre d'affaires de sa franchise
et 60 % de ce que rapportaient les cours et les conférences.
«Un vrai pompage fmancier.»
LES
ENTREPRISES : VECTEUR DE CHOIX
Sur
le marché du développement personnel, la secte
prospère mais avance masquée derrière des étiquettes
innocentes. La formation professionnelle est depuis
toujours un de ses terrains de jeu préférés. De
grands groupes privés ou publics se sont
ainsi fait piéger, soit en proposant à leurs cadres
des formations noyautées par la scientologie; soit
en recrutant - sans forcément le savoir - des cadres
scientologues, comme l'ont raconté Serge Faubert
(«Une secte au cœur de la République», 1993) et Thomas Lardeur («Les sectes
dans l'entreprise», 1999). Ce fut le cas d'E.d.f.,
Volkswagen, Lancôme,la S.n.c.f ...
Bizarrement,
des sociétés de conseil en management, autrefois
épinglées, continuent à faire parler d'elles. Exemple,
Guy Bergeaud. Ce cadre ouvertement scientologue
est le créateur de Business Dynamic, société citée
dans le rapport parlementaire de 1999 sur «Les
sectes et l'argent». Interviewé le 13 octobre 2005
dans «L'Express», Guy Bergeaud se présente désormais
comme le directeur général d'Eagle's Flight France,
entreprise internationale aux méthodes de coaching
«innovantes». Eagle's Flight France est situé à
la même adresse que Business Dynamic.Et, en 2004,
Business Dynamic faisait encore partie des membres
de Wise (World Institute of Scientology Entreprises),
réseau international d'entreprises utilisant les
méthodes de Ron Hubbard.
Certaines
entreprises scientologues se sont également spécialisées
dans l'informatique, qu'il s'agisse du conseil,
de la vente ou de la maintenance de matériels. Les
logiciels sont une activité très prisée puisqu'on
a ainsi accès à des informations top secret. L'informatique
devient ainsi la voie royale pour accéder aux plus
hautes sphères du pouvoir. Panda Software, quatrième
éditeur mondial
de logiciels antivirus, dont le patron fait partie
des généreux donateurs de la scientologie,
avait réussi en 2000 à infiltrer le parc informatique
du ministère de l'intérieur français. La société
Dialogic, spécialisée en ingénierie informatique,
avait, elle, visé les fichiers du Raid. Quant à
Infi, société de sous-traitance informatique,
elle ciblait la Défense nationale. Bill Gates lui-même
ne fut pas épargné. Un de ses biographes, Daniel
Ichbiah, auteur de «Bill Gates et la saga de Microsoft»,
est aussi un donateur de la scientologie.

-
Le centre névralgique de
l'Eglise
de scientologie se situe dans une vallée désertique
de la Californie.
- 1. le manoir avec piscine et
théâtre.
2. le Q.g. où sont gardés secrets les chiffres
de l'entreprise.
- 3. les résidences des cadres.
4.
l'église. 5. Une piscine dessinée comme un bateau
de pirates.
- 6. les miradors, d'où les
gardes
scrutent au télescope les voitures
dont ils relèvent
l'immatriculation.
«MÉDECINE»
DANGEREUSE
Autre
cible: l'éducation. Si la secte n'a pas ouvertement
d'établissement en
France, elle s'est présentée autrement : par des méthodes pédagogiques
(«clés pour l'adolescence», «Objectif
grandir»), des cours de soutien («Apprendre
pour apprendre»),des écoles privées hors contrat
(Ecole de l'éveil, Ecole du
rythme, pour l'apprentissage
de la musique).
Ces noyautages ont été dénoncés
mais la scientologie continue son lobbying, en séduisant
des professeurs, en distribuant des tests de personnalité
aux élèves ou en faisant l'apologie de méthodes révolutionnaires.
Ainsi,
en octobre, l'association On peut y faire quelque
chose vantait dans
Paris «la méthode d'apprentissage
du philosophe et humaniste Ron Hubbard» qui «aide
les parents désireux d'éviter à leurs enfants le cycle
infernal de l'échec scolaire». En quoi consistent
ces programmes ? Souvent à faire sauter les barrières.
Exemple de barrière : «le mot mal compris». Hubbard
conseille sans rire à la persnne qui ne comprend
pas un mot de regarder dans le dictionnaire et ainsi
«la difficulté disparaît» !
Parée
de toutes les vertus, la secte vole au secours des
enfants et dénonce les fléaux qui nuisent à leur
bonheur. Elle s'est ainsi insurgée contre la prescription
de psychotropes telle la Ritaline, un médicament qui
calme les petits hyperactifs. Certes, l'intention
est louable de dénoncer la sur-médication. Sauf
que pour la scientologie, science qui se substitue
à toutes les médecines, l'ennemie suprême c'est
la psychiatrie ! A ses yeux, les psys sont coupables
de tout, y compris de la criminalité. «Il faut
s'en débarrasser !»
Contre
les soins psychiatriques, Ron Hubbard met en place
Criminon, plan de réhabilitation pour les criminels
incarcérés. Criminon, qui existe en France depuis
1998, propose pour commencer une simple correspondance
avec les détenus. Et pour les toxicomanes qui veulent
décrocher, il invente Narconon (Non à la drogue,
oui à la vie). Au menu
: sauna, course et vitamine
(la niacine) qui expulseraient la drogue du corps.
Coût : 1'500 dollars aux Etats-Unis.
Jean-Luc Barbier,
ancien scientologue qui fonda un centre Narconon
en Suisse, explique que les statistiques sont faussées.
«Beaucoup de rechutes, pas de contrôle et aucun
suivi.» Rappelons que Ron Hubbard n'était pas médecin
et Jean-Luc Barbier sait de quoi il parle. Un coup
de froid après une séance de sauna et l'interdiction
de prendre des antibiotiques lui causèrent une inflammation
du larynx : il dut abandonner son métier de saxophoniste.
Il s'en est mieux sorti que d'autres.
Au procès
de la scientologie à Lyon en 1996 qui s'interrogeait
sur les causes du suicide d'un adepte, Patrice Vie,
il a été prouvé que «la consommation à dose excessive
de vitamines conjuguée avec les autres techniques
de la scientologie était de nature à favoriser l'apparition
de troubles mentaux confusionnels». Trois ans d'emprisonnement
dont dix-huit mois avec sursis pour le président
de la mission lyonnaise, peine revue à la baisse
par la cour d'appel, l'homicide
involontaire ayant été retenu. Derrière le beau
discours humaniste de Ron Hubbard qui rêve d'un
monde sans drogue ni criminalité, on trouve bel
et bien des individus broyés.
LA
BONTÉ AUTOPROGLAMÉE
La
tragédie du World Trade Center, l'explosion de l'usine
A.z.t. à Toulouse, le tsunami en Asie, les attentats
de Londres, les inondations en Louisiane ... Les
missionnaires de la scientologie sont sur toutes les
catastrophes, prodiguant d'étranges messages aux
sinistrés. Autoproclamée championne de la bonté,
la
secte s'arroge de nobles cornbats, l'humanitaire,
la lutte contre l'illettrisme, le respect des droits
de l'homme et des libertés religieuses. Pour ce
faire,
elle se sert d'associations écrans et sème la confusion
dans les appellations.
Ainsi, elle a créé en 2002
l'association
Des jeunes pour les droits de l'homme,
pour «améliorer le futur des enfants partout dans
le monde», à ne pas confondre avec
la très respectée
Ligue des droits de l'homme. Plus complexe, le C.c.d.h.,
Comité des citoyens pour les droits de l'homme,
émanation de la scientologie, està différencier
de la C.n.c.d.h., Commission nationale consultative
des droits de l'homme, placée sous l'autorité du
Premier ministre. Enfin,
vous suivez toujours ? En 2003, elle a inauguré le
Bureau européen des relations publiques et des
droits de l'homme à Bruxelles, emplacémentrêvé,
à deux pas des institutions européenpes.
Par
le biais de ses organisations écrans, la scientologie
exerce un féroce lobbying : lettres ouvertes aux
chefs d'Etat, colloques, entreprise de séduction
auprès des hauts fonctionnaires européens ... Et
depuis la chute du mur de Berlin, elle a profité
de la fragilité qui régnait dans l'ancien bloc de
l'Est pour mieux s'immiscer. Europe, Afrique, Asie,
Amérique,
aucun continent ne lui échappe. Car elle raisonne
à un niveau mondial. Aujourd'hui, on parle. même
d'une «internationale sectaire», puisque le lobbying
de la scientologie s'inscrit aux côtés d'autres
groupes de pression «religieux» comme les Témoins
de Jéhovah qui s'estiment eux aussi offensés et
persécutés.
Les Etats-Unis sont particulièrement
réceptifs
à ce discours sur l'oppression idéologique. Depuis
plusieurs années en effet, la défense de la liberté
religieuse prend une place de plus en plus grande
dans la politique étrangère américaine. Ont donc
été créés aux Etats-Unis plusieurs organismes chargés
de défendre cette noble cause, notamment le Bureau
pour la liberté religieuse internationale qui dépend
du département américain. Sa mission : «Désigner
les
pays particulièrement préoccupants en raison de
leurs violations systématiques, continuelles et
graves de la liberté de religion.»
En
1998, dans le
premier rapport publié par cette commission sont
violemment critiqués les pays qui mènent la vie
dure aux scientologues comme l'Allemagne qui considère
la scientologie comme une entreprise à but lucratif
ou comme la France qui vient alors de publier sa
liste
des 172 mouvements sectaires ! Ainsi, l'Américain
Richard Land, baptiste pur et dur, lié à cette commission,
déclara sans détour que l'Etat français et sa Mils
(Mission interministérielle de lutte contre les sectes)
«persécutaient des gens comme on le faisait sous
Vichy».
Conséquence
ou non de ce lobbying intensif des Etats-Unis, la
Mils décriée par Richard Land a été remplacée en
2002 par la Miviludes, Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Le changement d'appellation, de «sectes» à «dérives
sectaires», est d'ailleurs symptomatique. La France
aurait-elle baissé la garde en matière de lutte
anti-sectes ? Anne Hidalgo, première adjointe au
maire de Paris, empêchée de manifester devant le
siège parisien de la scientologie le 8 octobre dernier,
parle même de «complaisance» des pouvoirs publics.
Et de dénoncer l'attitude de Nicolas Sarkozy recevant
Tom Cruise, «l'ambassadeur de la scientologie».
Désormais, la liste des
172
sectes n'a plus qu'une valeur «informative» selon
une circulaire de Jean-Pierre Raffarin publiée
en juin 2005. Et consigne est donnée aux Renseignements
généraux de ne plus faire référence à la fameuse
liste. Le nouveau président de la Miviludes, Jean-Michel
Roulet, fraîchement nommé, a beau nous assurer de
sa
«fermeté», il devra faire oublier la tendance actuelle
à la banalisation.

- 1.
Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris.
2. Roger Gonnet, ex-adepte, dénonce sur le
Net.
- 3.
Catherine Picard préside une association de défense.
- 4.
Jean-Michel Roulet, au gouvernement.
QUELLE
JUSTICE ? COMMENT LUTTER ?
Pourtant,
plusieurs affaires vont enfin aboutir. En Belgique,
neuf membres de la secte ont été inculpés pour «escroquerie,
violation de la vie privée, exercice illégal de
la médecine et de la pharmacie». En France aussi
des plaintes déposées depuis plusieurs années constituent
«des bombes judiciaires à retardement pour la scientologie»,
selon l'avocat Olivier Morice. II s'occupe de six
procédures en cours contre la secte. Avec «la volonté
de ne pas faire payer les lampistes», mais d'aller,
qui sait, jusqu'à «la dissolution de la scientologie
en tant que personne morale, autrement dit en tant
qu'association».
A Paris ont été mis en examen
le Célébrity Centre et la Sel (Scientologie espace
librairie). Les condamnations de scientologues,
ce n'est pourtant pas nouveau : la première pour
escroquerie remonte à 1978. Ce qui est nouveau,
c'est la notion de «sujétion psychologique ou physique»,
délit défini dans la loi AboutPicard du 12 juin
2001. La loi autorise l'ancien adepte à dénoncer
l'effroyable manipulation mentale dont il a fait
l'objet. Toutefois, «comme la loi n'est pas rétroactive»,
Alain Stoffen a porté plainte pour «chantage, escroquerie
et extorsion en bande organisée, exercice illégal
de la médecine et de la pharmacie». Comme d'autres,
il attend. Car la scientologie fait traîner les
choses : disparition de dossiers, pression sur les
témoins, demande de recours systématique... Souvent
l'adepte détruit et ruiné n'a pas les moyens de
lutter.
Rares sont ceux qui, comme Roger Gonnet
et
JeanLuc Barbier, se retournent contre la secte.
Ils ont monté deux associations de lutte sur le
Net. De son côté, Marion a accepté l'argent de la
scientologie pour retirer sa plainte. Soixante-dix
mille francs il y a dix ans. Elle se le reproche
encore. «La propagande noire», cette haine viscérale
des opposants à la secte, a eu raison du Dr Jean-Marie
Abgrall, expert psychiatre sur des dossiers incriminant
la scientologie. Il a «laissé tomber». Par le biais
de son service de renseignement, l'o.s.a. (Office
of Special Affairs), elle a sali sa réputation,
colportant des rumeurs calomnieuses à son égard,
volant son courrier. L'Unadfi (Union nationale
de défense de la famille et de l'individu) est
régulièrement prise à partie par la secte, ou par
ses filiales, qui demande sa dissolution. Et pour
ce qui est des journalistes, on ne compte plus les
pressions exercées sur les auteurs d'enquêtes polémiques
...
Ghislaine
Carvalho
|
- En
Amérique la scientologie se porte bien
-
- Paris
Match, 2-8 février 2006
- [Texte
intégral]
-
- En
1993, après plus de vingt-cinq ans de pressions
et une longue action en justice avec l'I.r.s.
(Service des impôts), la scientologie a
obtenu, aux Etat-Unis, le statut de religion.
La secte (300 millions de dollars de bénéfices
cette année), reconnue comme un "mouvement
officiel", est grâce à cela exonérée
d'impôts. Avec Tom Cruise (2,5 millions
de dollars versés à l'I.a.s., Association
internationale des scientologues) les célébrités
sont ses meilleurs ambassadeurs.
-
- Tom Cruise,
à Paris en août 2004 pour la promotion de
"Collateral", reçu pendant 90
minutes par Nicolas Sarkozy, n'aurait pas
abordé le sujet. Introduit à la religion
à la fin des années 80 par sa femme Mimi
Rogers, l'acteur, resté assez discret sur
ses croyances, est devenu son plus fervent
défenseur, devançant John Travolta et sa
femme Kelly Preston, adeptes de longue date,
Priscilla Presley, Juliette Lewis, Kirtsie
Alley, Isaac Hayes, Anne Archer et Paul
Haggis, le scénariste de "Million Dollar
Baby".
-
- On se souvient d'une conférence
de presse mémorable il y a quelques mois
sur "La guerre des mondes". Cruise
obligeait les journalistes à faire un détour
par une église de scientologie avant de
la rencontrer ! Ceci à la demande de sa
soeur, Lee Anne De Vette, attachée de presse
et scientologue. Tom Cruise, qui aurait
soigné sa dyslexie grâce aux méthodes scientologiques,
est un adepte désormais pénétré par la scte.
Il s'est lancé dans un sermon sur les bienfaits
des programmes d'éducation et de détoxification
de la secte et ignorait le film de Spielberg
d'un coût de 200 millions de dollars qu'il
était supposé promouvoir ! Explication :
il serait arrivé, dit-on, au deuxième plus
haut rang de l'église - O.t. VIII - et serait
censé communiquer au monde son message ...
-
-
Quant à Katie Holmes, la future Mme Cruise
qui, contrairement à Nicole Kidman, s'est
très vite convertie à la scientologie, si
elle s'en tient aux préceptes de la religion,
elle n'a pas le droit de prendre de médicament
et devra rester silencieuse pendant son
accouchement pour ne pas traumatiser son
enfant ... Collée à elle comme son ombre,
Jessica Rodriguez, issue d'une famille de
grands scientologues, scientologue elle-même,
devenue sa conseillère privée, lui souffle
dans l'oreille ce qui'il faut dire ou pas,
n'hésitant pas à interrompre les conférances
de presse.
-
- L'Eglise a plus de 500 missions
dans le monde et en compte environ 150 aux
Etats-Unis. Plusieurs écoles ont pignon
sur rue en Amérique dont la célèbre Delphian
School située au coeur d'une propriété de
250 hectares à Sheridan, dans l'Oregon.
C'est dans ce pensionnat privé où l'on applique
les principes de Ron Hubbard que Jessica
Rodriguez a fait ses études. Des "celebrity
centers" fleurissent où les personnalités
peuvent se retrouver entre elles pour étudier
et échanger. L'Eglise est aussi à la tête
d'un empire immobilier à Manhattan de plusieurs
dizaines de millions de dollars comprenant,
entre autres, un immeuble sur la 8e Avenue
et un hôtel particulier sur la 82e Rue.
-
- Le 29 octobre dernier, lançant une nouvelle
croisade religieuse en Grande-Bretagne,
Tom Cruise, Katie Holmes et John Travolta
(Travolta avait participé en 2000 à un projet
"Battlefield Earth", une histoire
basée sur un roman de Ron Hubbard) présidait
un gala de charité au Saint Hill Manor devant
1000 membres de l'Eglise dans l'espoir de
recruter de nouveaux adeptes. A New York,
mi-décembre, Cruise et sa compgne présidaient
une autre soirée pour recueillir des fonds.
Les 150 invités payaient chacun 6'250 dollars
et le double pour être assis à la table
de la star. Avec les 50'000 dollars versés
par Tom Cruise, la soirée a rapporté 350'000
dollars à l'Eglise de scientologie.
-
- Déclenchant
il y a quelques mois la colère du maire
de New York, Margarita Lopez, une conseillère
municipale aurait détourné 630'000 dollars
de l'argent des contribuables vers un centre
de désintoxication co-fondé par Tom Cruise.
En remerciement, elle aurait reçu des membres
de la secte 115'000 dollars pour financer
sa campagne de réélection.
-
- Tina Stone
|
- TOM
CRUISE EN PLEINE TOURMENTE - MATCH DOCUMENT
- Paris
Match, 31 août - 6 septembre 2006
-
- Son
renvoi de la Paramount - La scientologie
- Le
mystère de ses relations avec les femmes
- Le
secret de son bébé invisible ...
-
-
- L'acteur
affirme avoir enfin trouvé le bonheur auprès
de Katie Holmes,
- qui,
il y a quatre mois, lui a donné une petite
fille
-
- Notre
enquête
- [Texte
intégral]
-
L’argent qu’il a rapporté se calcule en milliards de
dollars, mais l’acteur le mieux payé du monde pourrait devenir, soudain, un
paria à Hollywood. Après quatorze ans de partenariat, la Paramount a décidé de
ne pas renouveler son contrat. Le studio est las de verser une vertigineuse
part de ses bénéfices à Tom Cruise, dont les derniers films n’ont pas obtenu le
triomphe escompté.
Mais «Mission impossible III» a quand même engrangé 393
millions de dollars (contre 457 millions pour le premier volet de la trilogie
et 545 millions pour le deuxième), et la séparation a aussi d’autres causes.
Adepte de l’Eglise de scientologie depuis 1984, la star de «Eyes Wide Shut» en est un militant de plus
en plus prosélyte, davantage soucieux de promouvoir sa religion que ses films.
Ses frasques mystiques, qui affectent également sa vie privée, ont fini par
indisposer à la fois le public et les producteurs.
- Abandonné par sa bonne étoile
-
- Lâché par la Paramount,
- critiqué pour ses liens avec la
scientologie,
- soupçonné d’avoir fait un mariage arrangé, suspecté de cacher son
enfant ...
- Le numéro un de Hollywood semble sur le point de tomber de son
piédestal
-
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Quelques
semaines avant ce talk-show animé par Jay Leno, Tom Cruise avait sauté debout
sur le canapé de l'émission d'Oprah Winfrey, à la stupéfaction de tous, pour
expliquer qu'il était follement amoureux de Katie Holmes.
L'animateur lui
demande s'il avait perdu la tête ce soir-là. «Non, répond Tom Cruise.
D'ailleurs, je peux recommencer n'importe quand !» Et, prouvant qu'il dit vrai,
il bondit de nouveau sur le canapé avec un geste de triomphe.
Le 18
septembre 2004, à Madrid, lors de la cérémonie d'ouverture d'un nouveau centre
de scientologie, il prononce un prêche enflammé. Jusqu'alors, son engagement
dans la secte était d'ordre privé. Désormais, il lui consacrera l'essentiel de
ses activités publiques.
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La scientologie a marqué chacune de ses
histoires
d'amour.
Mimi Rogers (photo), qu'il a épousée en 1987, est celle qui l'a initié à
cette religion controversée.
Divorcé d'elle en 1990, il se remarie la même
année, avec Nicole Kidman, qu'il convertit à sa foi. Nouveau divorce en
2001, suivi d'une idylle sans lendemain avec Penélope Cruz, qui ne partage
pas ses convictions.
Katie Holmes, qu'il rencontre en juin 2005, observera
scrupuleusement tous les préceptes de la scientologie pour donner naissance,
dix mois après, à une petite fille.
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-
- Les studios passent tout aux stars, mais à l'heure de la
promo des films,
- interdiction de faire celle de son futur couple
Au nom de la liberté de culte, les responsables du studio
n'ont rien dit lorsqu'il s'est mis à chanter les louanges de la scientologie
aux journalistes au lieu de leur parler de ses films, et n'ont pris aucune
sanction quand il a transformé la promotion de «La guerre des mondes» en
croisade spirituelle. Mais ils ont mal supporté qu'il fasse du trampoline sur
le canapé d'Oprah Winfrey, devant des millions de téléspectateurs, pour
déclarer son amour à Katie Holmes. Ils n'ont pas apprécié, non plus, qu'un jury
de 400 femmes lui décerne le titre d'acteur le plus macho, pour avoir déclaré
que la place d'une jeune mère honnête - sa compagne en l'occurrence - était à
la maison et nulle part ailleurs. Si l'exalté se met à dos le public féminin,
c'est le succès de ses prochains films qui s'en ressentira. Un crime de
lèse-recettes que les businessmen de Hollywood ne peuvent pas accepter.
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-
- Seul ou avec des associés, il devra produire ses films,
- comme Mel Gibson,
l'autre géant mal en point du cinéma
-
- Paris
Match, 31 août - 6 septembre 2006
- De notre correspondant Régis Le Sommier
- [Texte
intégral]
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- Les frasques de M. Tom Cruise sont
devenues intolérables et pèsent désormais sur les entrées des films, écrit
Sumner Redstone le 24 août dans le «Wall Street Journal». Cela n'a rien
à voir avec son talent d'acteur, qui est formidable, mais nous ne pensons pas que quelqu'un qui se
livre à un suicide créatif et mobilise les ressources financières de notre
compagnie doive rester dans nos studios.»
-
- Hollywood a du mal à y croire. Que
le patron de Viacom, qui possède la Paramount, aille jusqu'à limoger Tom
Cruise, l'acteur le mieux payé du monde, c'est du jamais-vu. Surtout quand on
sait que ce dernier lui a rapporté 3 milliards de dollars en cinq ans. Certains
préfèrent parler de divorce. Les chiffres des derniers films n'auraient pas été
à la hauteur.
-
- Dans le camp de Tom Cruise, on dit qu'il voulait quitter la
Paramount depuis longtemps. A 83 ans, Sumner Redstone, milliardaire né à Boston
qui, entre autres métiers, passa la Seconde Guerre mondiale à décoder les
messages des Japonais pour l'armée américaine, n'est pas soudain devenu sénile
au point de vouloir tuer la poule aux œufs d'or. D'autant que Cruise n'est pas
le premier acteur à déclencher des sanctions de la part des studios. Neuf ans
plus tôt, Woody Allen avait, lui aussi, connu des difficultés après son mariage
controversé avec Soon-Yi Previn, de trentecinq ans sa cadette et fille
adoptive de sa compagne, Mia Farrow.
-
- Si Sumner Redstone a mis fin de façon si
bruyante à une fructueuse collaboration de quatorze ans, c'est que les facéties
religieuses et personnelles de Tom Cruise l'ont indisposé audelà du
supportable.
-
- Le tournant s'est produit en janvier 2004. L'acteur
décide, sur un coup de tête, de licencier son attachée de presse depuis
quatorze ans, la très influente Pat Kingsley qui l'a si souvent protégé de
lui-même au cours de sa carrière. Il embauche à la place sa soeur aînée, Lee
Anne DeVette, scientologue de renom. Jusqu'ici, son affiliation religieuse se
bornait à la sphère privée. Il se livre désormais
à un prosélytisme virulent. Ainsi, Cruise encourage les journalistes qui
sollicitent une interview à faire une visite guidée (six heures au minimum)
dans un centre de l'Eglise de scientologie.
-
- Les acteurs qui tournent avec lui,
ses producteurs y sont aussi conviés. Il n'est pas sûr que la scientologie lui
en demande autant. John Travolta, l'autre célébrité scientologue, n'a jamais
été aussi loin. Le 28 juin 2005,Tom dérape sur la chaîne N.b.c. en condamnant
l'actrice Brooke Shields pour avoir utilisé des antidépresseurs après la
naissance de sa fille Rowan. «Vous ne connaissez rien à l'histoire de la
psychiatrie, lance-t-il au présentateur Matt Limer. Les déséquilibres chimiques
dans l'organisme n'existent pas. Ce n'est pas de la science.» Cruise n'a même
pas le bac, mais, soudain, il est devenu expert. En fait, il applique à la
lettre sa formation de scientologue. Ceux-ci réprouvent l'usage de médicaments
pour soigner les troubles psychologiques.
-
- Cet incident est un signal d'alarme
pour Sumner Redstone. Il pense que ces commentaires vont dissuader beaucoup de
jeunes actrices de jouer dans ses films. Il voit juste. Sans compter qu'une
partie du public féminin se détourne de Tom Cruise qui persiste. En visite en
France, c'est aussi en ambassadeur de la secte qu'il rencontre successivement
Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Gaudin. De retour aux Etats-Unis, il offre aux
pompiers et volontaires du 11 septembre 2001, victimes des poussières toxiques
du World Trade Center, un programme de soins fondé sur les enseignements de Ron
Hubbard, le fondateur de la scientologie.
-
Ses outrances ne se bornent pas à ses pratiques
religieuses. Elles concernent aussi l'étalage de sa vie privée. En pleine
promotion du film «La guerre des mondes», il se fiance avec Katie Holmes à
Paris. Le réalisateur Steven Spielberg et la Paramount sont excédés. Ils ont le
sentiment que ces fiançailles se font au détriment de la promotion du film. Le
fait que Tom Cruise ne se présente pas à une conférence de presse, prétextant
qu'il a des courses à faire, les conforte dans cette idée.
L'acteur dispose d'un contrat en or avec la Paramount qui
lui garantit jusqu'à 30 % des recettes d'un long-métrage. Mais, au lieu de
parler du film, Cruise préfère parler de sa future femme. A la Paramount, on
pense que sa conduite est directement responsable de 150 millions de dollars
de perte, sur la seule sortie de «Mission impossible III». Peu de temps après,
on le voit jouer au gynécologue. «Je vais acheter une machine à échographie.
Je la donnerai à un hôpital quand mon enfant sera né», dit-il à Barbara
Walters, la journaliste star. Dernier épisode en date, l'enfant lui-même.
Annoncée avec tant de fracas, Suri Cruise reste invisible, quatre mois après sa
naissance, le 18 avril 2006. Les rumeurs circulent. Estelle élevée par les
scientologues? Est-elle vraiment de lui ? Existe-t-elle réellement ?
La
galaxie Tom Cruise
Spiritualité élevée. Depuis 1984, Tom est un membre superactif de la scientologie,
il s'improvise guide touristique pour faire visiter les locaux de
la secte aux journalistes et reverse 10 % de ses cachets aux
oeuvres de l'organisation.
«Air Cruise». La flotte aérienne de l'acteur se compose d'un
jet Gulfstream, d'un avion six places Beech F90 en passant
par un Pitt S2B, un engin utilisé au cinéma pour tourner les scènes
aériennes. La Cruise touch. Symbole de la vulgarité des années 80, il s'est taillé
un costume noir pour être chic en l'an 2000.
Un
acteur en or. Selon le «New
York Times», son nom au
générique a rapporté 3,85 milliards de dollars
de recettes aux maisons de production depuis le début de sa
carrière.
Un bon parti. Il possède une fortune estimée à 250 millions de
dollars, même s'il a été délesté de 64 millions
d'euros en 2001 par son exfemme Nicole
Kidman.
Diamonds are Tom's best friends.
Tom garde dans son coffre-fort plus de 1 million de dollars
en pierres précieuses. Il a demandé Katie Holmes en mariage avec une bague sertie
d'un diamant de 7 carats, contre 5 pour celle de Nicole Kidman.
Son mentor. Tom
suit scrupuleusement les avis de son père spirituel, Paul Newman, qu'il a
rencontré en 1986 sur le tournage de «la couleur de l'argent»
Ses
amis. Il y a les scientologues, John Travolta, Kelly Preston, Lisa Marie
Presley, et ceux qu'il faut convertir, Will Smith et sa femme, Pénélope
Cruz, Keith Urban et les Beckham. Seul hic : Victoria et David font déjà partie d'une secte
: le Centre de la kabbale.
Le bon Samaritain. Démocrate, il a soutenu les campagnes de Bill Clinton,
a donné de grosses sommes à diverses oeuvres (recherche sur le cancer, le
diabète, en faveur des victimes du tsunami 2004).
Pauline Talagrand
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Il exerce un
contrôle total sur Katie Holmes. Elle est sa chose
Ce n'est pas la première fois que Tom Cruise agit ainsi.
Il avait attendu trois ans avant de présenter à la presse sa première fille
adoptée, Isabella. Le ventre rond de Katie Holmes fut pourtant un des plus
photographiés du show-biz. Mais, depuis, plus rien, pas une image. Les rares à
avoir approché Suri, comme Penélope Cruz, ont décrit un adorable bébé. Victoria
et David Beckham ont eux aussi reçu une invitation mais accompagnée d'étranges
recommandations dictées par les scientologues. Suri Cruise a vu le jour dans le
cadre d'un «accouchement silencieux», selon les préceptes de Ron Hubbard.
Lors de leur visite, les Beckham ne devront pas s'approcher de l'enfant, ni
gazouiller avec lui, ni le photographier.
Héros du film d'Oliver Stone «Né un 4 juillet», Tom
Cruise n'est pas né ce jour de juillet. Mais un jour avant, en 1962. Ça change
beaucoup de choses, quand la stature qu'il doit au cinéma se mesure au sordide
qu'a été sa vie avant d'être acteur.
- Son enfance n'excuse pas tout, elle
apporte cependant quelques éléments
- d'explication sur la dérive d'un acteur fabuleux.
Il a 11 ans quand ses
parents, Thomas et Mary Lee, les réunissent, lui et ses trois soeurs, dans le
salon de leur maison près d'Ottawa pour leur annoncer qu'ils divorcent. Son
monde s'écroule. Un parmi d'autres. Depuis son plus jeune âge, l'enfant est
ballotté une fois par an d'une ville à l'autre, d'une école à l'autre. A chaque
étape, il doit tout recommencer, s'expliquer sur la dyslexie dont il souffre.
Plus tard, il dira que, s'il est devenu acteur, c'est pour s'exprimer sans
avoir à s'expliquer.
C'est en pratiquant le sport qu'il canalise l'énergie et
l'agressivité dont il déborde. Qu'il prend des coups, et pas forcément de
l'équipe en face. Il excelle au hockey, à la lutte aussi. Un jour, il rentre
d'un combat l'air vaincu. «Tu repars aussitôt, lui dit son père. Tu vas te battre
et gagner. Tu n'as pas le droit de perdre.»
Son père le frappe. Ce n'est pas
la première fois. Souvent il l'attire vers lui avec des gestes tendres puis
une fois en confiance, il le moleste. Mais Cruise l'absoudra toujours. «C'était
sa façon à lui de m'aimer, dit-il. Il voulait que je sois fort pour ne pas
avoir à supporter ce que lui avait eu à supporter.» S'il vit mal le divorce,
cela a l'avantage; de sonner la fin des punitions. Il ne reverra son père
qu'une seule fois, sur un lit d'hôpital en 1984, quelques mois avant sa mort
d'un cancer généralisé. Entretemps, la famille s'installe dans le Kentucky.
De pension du père, il n'est pas question. Mary Lee est obligée de faire quatre
métiers. Et l'argent ne rentre pas.
Ils sont si pauvres qu'à Noël, en guise de
cadeaux, ils s'écrivent des poèmes qu'ils lisent à haute voix. Très jeune, Tom doit travailler.
Pendant une convalescence, un professeur l'encourage à participer au spectacle de l'école.
C'est une révélation. Il sait qu'il sera acteur. Le
soir du spectacle, il supplie
sa mère et son beau-père de ne pas s'opposer à ce qu'il perçoit comme une
vocation. Tout se passe très vite. Serveur la nuit dans les bars, auditions le
jour, il veut y arriver, le plus vite possible. En cinq mois, il décroche un
petit rôle dans le film «Un amour infini». Puis, en moins de deux ans, il
enchaîne «Taps»,«Outsiders» de Francis Ford Coppola, «American Teenagers»
et «Risky Busines ». A 21 ans, il est une star, une des ascensions les plus
rapides de l'histoire de Hollywood, trop rapide peut-être. «Il pense que tout
est possible. C'est la clef de Tom Cruise», dira de lui Don Simpson, un des
producteurs de «Top Gun». Quand on l'interroge sur son passé, il argumente
qu'avoir été élevé au milieu de femmes est la preuve qu'il sait tout sur elles.
Mais il reste un enfant, un enfant qui joue des rôles d'homme.
Sur le
tournage de «Risky Business», il fait la connaissance de Rebecca De Mornay.
Malgré les scènes torrides qu'ils doivent tourner ensemble, ils ne deviennent
amants qu'un mois après la sortie du film, en août 1983. Puis il y a Cher, avec
qui, au dire de la chanteuse, il passe des soirées à regarder des vieux films.
En 1984, il rencontre Mimi Rogers qui va devenir sa première femme. C'est elle
qui l'initie à la scientologie. Il la trouve «extrêmement brillante». Comme à
chaque nouvelle conquête, il n'a «jamais été aussi heureux de [sa] vie». Là
encore, tout semble affectif et intellectuel, pas la moindre allusion à
l'aspect charnel. On dirait que ça ne l'intéresse pas.
En 1989, sur le tournage
de « Jours de tonnerre» dont il est le scénariste, il fait la connaissance de
Nicole Kidman. C'est le coup de foudre. Il vient de rompre avec Mimi Rogers
après trois ans de mariage. C'est à cette époque que naissent les doutes sur la
capacité de Tom Cruise à concevoir des enfants. Car, peu après, Mimi Rogers
tombe enceinte d'un autre homme. Elle suggère aussitôt que la stérilité de leur
couple provenait de raisons religieuses, Tom voulant «faire abstinence pour
préserver sa pureté». Avec Nicole Kidman, la relation est pourtant consommée.
Le mariage durera dix ans, mais ils n'auront des enfants qu'en adoptant
Isabella et Connor, et ce malgré le désir de Nicole d'en avoir à elle.
A mesure que Cruise vieillit, ses femmes rajeunissent. Des trois,
celle qui suit est de onze ans plus jeune que la précédente. Mimi Rogers est
née en 1956, Nicole Kidman en 1967 et Katie Holmes ... en 1978. Mais, à la
différence des deux précédentes, le contrôle qu'il exerce sur Katie est total.
Elle est sa chose, donc parfaite. A 43 ans, il crie partout qu'il a enfin
trouvé la femme idéale. Il a fini par perdre un peu de sa gueule d'ange et de
son allure si américaine qui fit sa gloire fulgurante. Mais si certains
atteignent une forme de sagesse avec les années, lui, c'est l'inverse.
Plus il
avance et plus son comportement inquiète, voire horrifie ceux qui ont compté
parmi ses fans. Les mystères Cruise
n'en finissent pas. Il n'est pas sûr que sa rupture avec la Paramount lui serve d'avertis-
sement tant il est convaincu qu'il est en mission. Pour la scientologie,
c'est certain, mais surtout pour lui-même.
Tom Cruise est obsédé par l'image qu'il dégage, obsédé au point d'avoir effacé tous les repères autour de lui et de s'être façonné un monde où règne sa propre notion du bien. «La controverse ne me fait pas peur, parce que je sais que j'ai raison »,
répète-t-il, sûr de lui. Avec 100 millions de dollars sur son compte en banque,
il pourra continuer à produire ses films lui-même, à l'image de Mel Gibson,
autre géant du cinéma mal en point. A peine Tom Cruise licencié, le financier
Dan Snyder, propriétaire de l'équipe de football américain des Washington
Redskins, vient de conclure un accord de production de films avec l'acteur.
Même seul face au monde et à Hollywood, tout est encore possible pour Tom
Cruise.
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