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L’argent qu’il a rapporté se calcule en milliards de dollars, mais l’acteur le mieux payé du monde pourrait devenir, soudain, un paria à Hollywood. Après quatorze ans de partenariat, la Paramount a décidé de ne pas renouveler son contrat. Adepte de l’Eglise de scientologie depuis 1984, la star de «Eyes Wide Shut» en est un militant de plus en plus prosélyte, davantage soucieux de promouvoir sa religion que ses films. Ses frasques mystiques, qui affectent également sa vie privée, ont fini par indisposer à la fois le public et les producteurs. |
Tout avait pourtant bien commencé. «J'avais une vingtaine d'années et la soif d'apprendre quand j'ai eu un coup de foudre pour la musique de Chick Corea. Ce grand pianiste de jazz faisait exactement la musique que j'avais envie de faire.» En creusant,Alain Stoffen se rend compte de la place de la scientologie dans la réussite de son idole. Chick Corea confie: «Avec la scientologie, j'ai acquis la liberté d'apprendre tout ce que je veux et, chaque jour, je continue d'acquérir de nouvelles aptitudes.» Qui ne serait pas séduit ? Cette lettre fait partie d'une série d'autres rédigées par les célébrités scientologues, bien mises en évidence dans les locaux de l'organisation ou accessibles sur son site Internet. Ainsi, John Travolta se félicite que sa carrière ait «décollé», l'actrice Kelly Preston, que ses «rêves se transforment en réalité» et Lisa Marie Presley, d'être encore en vie, car «sans la scientologie, je serais complètement folle ou morte» ! Vitrine luxueuse, les people sont d'excellents ambassadeurs. Il faut savoir s'en servir au bon moment. Arnaud Palisson, auteur d'une thèse publiée en 2003 («Grande enquête sur la scientologie, une secte hors la loi», éd. Favre), rapporte cette directive de Ron Hubbard, fondateur de la scientologie : il faut enrôler les célébrités, de préférence lorsque «leur carrière décline ou décolle», phases durant lesquelles il est plus facile de s'immiscer. En France, la secte recrute peu chez les people. Parmi les noms connus, celui du comédien Xavier Deluc, à l'affiche l'été dernier du feuilleton «Dolmen», sur T.f.1. En 1991, il a créé l'association Non à la drogue, oui à la vie, parrainée par la scientologie. En 1996, il était venu soutenir la secte lors du retentissant procès de Lyon. Et une publicité américaine, parue en 1998, circule toujours sur le Net où, à côté de son visage rayonnant, on peut lire: « With scientology, I regained my self-respect. It saved my life.» («Avec la scientologie, j'ai retrouvé l'estime de moi. Cela m'a sauvé.») Mais depuis il s'est peu manifesté, même s'il est encore cité en 2004 sur la liste des membres de l'Ia.s. (Association internationale des scientologues). Car, contrairement aux Etats-Unis, s'afficher scientologue est ici du plus mauvais effet.
Arnaud Boetsch, l'ex-prodige du tennis français, a ainsi perdu plusieurs contrats dans les années 90 après ses révélations sur son affiliation à la scientologie. Il a rompu depuis. Aujourd'hui, il confie: «C'était une époque où je voulais être mieux dans mon tennis et dans ma vie. Qui ne souhaite pas s'améliorer ? Le tennis est un sport stressant, je cherchais des" solutions" comme d'autres vont chez le psy ou font du yoga.» Mais qu'a vu Arnaud Boetsch ? Pas grand-chose. Choyées, les célébrités ignorent la face noire de la scientologie, explique Arnaud Palisson,« elles font l'objet de soins attentifs et suivent un cursus allégé». A moins qu'elles ne refusent de voir ... Pour l'exscientologue Alain Stoffen, «elles idéalisent la scientologie et la voient telle que je la voyais avant». Finalement, elles sont dans le même état d'esprit que le quidam qui pousse la porte d'un centre, lit une brochure ou se prête innocemment au test de personnalité. Car «au départ, rien d'alarmant», note le psychologue Jean-Luc Swertvaegher.
Au centre Georges-Devereux à Saint-Denis, il accueille des victimes de sectes, pas des gogos, mais «des gens accrochés à leur idéal et à qui la scientologie a promis d'être le lieu de leur développement personnel». Première étape donc, le test de personnalité, seule prestation gratuite. Deux cents questions aussi anodines que «Jetez-vous l'argent par les fenêtres ?» ou «Êtes-vous considéré parfois comme un rabat-joie ?». Et forcément «le résultat n'est jamais brillant», raconte Roger, ancien haut responsable de la scientologie en France, puisque «les dés sont pipés». Trompeuse également, l'hagiographie de Ron Hubbard (1911-1986), «présenté comme un héros alors que c'est un raté». Dans l'Amérique maccarthyste des années 50, cet ancien marin auteur de science-fiction prétend par la seule force de la pensée aider l'humanité à trouver les clés du bonheur. Sa doctrine, la dianétique, est pour le psychologue Jean-Luc Swertvaegher «un amalgame de techniques empruntées à la psychanalyse, au coaching, à la science-fiction, aux pensées magiques ...». Après le test, place au programme de purification, moins anodin cette fois. Coût moyen : 2'400 euros. D'abord, le physique. La scientologie entend débarrasser le corps humain des substances toxiques accumulées. Au programme : course, sauna et vitamines. Puis l'esprit. Lors d'innombrables séances d'auditionsconfessions, l'adepte doit évoquer ses traumatismes jusqu'à les faire entièrement disparaître. «Le but étant de devenir un être 100 % rationnel, hyper performant et étranger aux émotions. Mais cela ne marche pas», insiste Jean-Luc Swertvaegher. Lors des auditions, la secte a recours à l'électromètre. Officiellement censé jauger le «mental humain», il n'est qu'«un instrument de mesure de résistance électrique» en aucune façon sensible aux variations de l'âme! Coût de l'appareil que tout adepte se doit d'acheter : plus de 5'000 euros. Préoccupé donc à l'idée de devenir un «thétan opérant», «un être spirituel immortel» selon la définition scientologue, l'adepte en oublie le reste. Seule compte sa progression sur une échelle de gradations conçue par Hubbard. Suivant des formations de plus en plus coûteuses, et allant s'il le faut jusqu'à s'endetter, le disciple s'efforce de franchir pas à pas les paliers : de «préclair» à «clair», être suprême dégagé de toutes peurs et de toutes maladies psychiques, jusqu'à «O.t. XV», grade le plus élevé. Et s'il n'y arrive pas ? Ce sera toujours de sa faute. Alain Stoffen s'enfonça ainsi dans la dépression, «bloqué» dans son avancée. Un sentiment d'échec d'autant plus violent qu'il voit son épouse scientologue s'épanouir «en apparence». Celle-ci se met à le considérer comme «un être nuisible qui entrave sa progression spirituelle» et le dénonce en haut lieu. La sollicitude, on le voit, ne fait pas partie des exercices pratiques. Après avoir été porté aux nues, Alain devient donc un «suppressif», quelqu'un «qui cherche à saper le moral des scientologues et à répandre de mauvaises nouvelles à leur sujet». Mais tous les moyens sont bons pour le remettre dans le droit chemin. Menacé d'être «excommunié» et de ne plus voir sa famille - la scientologie exige de rompre avec les suppressifs -, Alain Stoffen commence par céder. Puis il se révolte à la suite d'une parodie de justice le poussant à accepter le divorce par consentement mutuel; il découvre aussi son «dossier d'éthique». Ici sont réunies quantité d'informations sur l'adepte. Comme dit Eric, ancien scientologue, «quand vous êtes en audition, vous pariez de tout, de votre première masturbation à ce que vous pensez vraiment de votre patron en passant par l'argent non déclaré aux impôts. Cette intimité dûment consignée est un formidable moyen de chantage». L'ADEPTE: UN ÉLÉMENT DU MAILLAGE Etat dans l'Etat, la scientologie a sa langue et son service d'ordre, mais aussi ses commerciaux, ses juges, ses professeurs, ses médecins, ses espions ... Ce n'est pas du tout une «Eglise», précise Catherine Picard, présidente de l'Unadfi (Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu, victimes de secte), qui cite Hubbard, cynique : «Si on veut faire de l'argent, il faut créer une religion.» Ainsi en 1993, le fisc américain (I.r.s.) a fini, après trente-cinq ans de pressions acharnées, par lui accorder le statut de religion, l'exonérant ainsi d'impôt. D'où l'intérêt de se parer du masque de la foi. Mais en France, le statut d'association cultuelle ne lui a jamais été octroyé. Dans une liste aujourd'hui contestée publiée en 1996, elle est citée parmi les 172 mouvements répertoriés comme sectes. La scientologie estime le nombre de ses adeptes à 11 millions dans le monde, chiffre difficile à évaluer vu le turnover. En France, elle annonce 30'000 membres alors que les spécialistes parlent plutôt de 5'000. Sa puissance ne se mesure pas au nombre de ses disciples mais à son infiltration et à sa fortune. En 1999, dans le rapport de la commission parlementaire sur «Les sectes et l'argent», le chiffre d'affaires de la scientologie en Europe a été évalué à plus de 300 millions de francs par an dont 60 millions de francs pour la seule branche française. Pour les Etats-Unis, on évoque 300 millions de dollars de bénéfices annuels. Pure estimation qui ne fait que flatter l'orgueil de la scientologie. Reste que, dans sa logique lucrative, le moindre adepte est une source de revenus, du moins riche au plus fortuné. La secte compte en particulier sur la générosité deses précieux donateurs. Parmi eux, Tom Cruise. En 2004, la star a versé à l'I.a.s. 2,5 millions de dollars ! Chaque adepte est un élément stratégique du maillage. Si les artistes doivent promouvoir l'image de la scientologie, les anonymes ont des missions moins glorieuses. Marion s'est jetée sans filet dans cette aventure. Cette publicitaire parisienne, qui raconte son embrigadement dans une B.d. («Dans la secte», de Pierre Henri et Louis Alloing), voulait juste donner un sens nouveau à sa vie. Vingt ans après, elle s'en veut encore d'avoir été si naïve. Pour compléter sa «formation», elle est même allée jusqu'à Copenhague, siège européen de la scientologie. Là, elle a signé un contrat d'un milliard d'années où elle jurait «d'obéir à la discipline et à la morale du groupe» ! Mais au lieu du paradis est devenue «une zombie au regard vide» passant son temps à de basses besognes, comme raboter les planchers. Le tout pour 20 francs par semaine! «Et entre les réveils aux aurores et l'étude tard le soir, on n'a pas le temps de réfléchir.» Une stratégie de l'épuisement. Marion parvient à s'échapper mais il lui faudra du temps pour se reconstruire. «Des années après avoir rompu, j'utilisais encore le vocabulaire de la secte, comme si je continuais à agir et à penser comme elle m'avait appris.» Pour Roger, ancien cadre de là scientologie, l'implication fut encore différente. Directeur de la première franchise de province, à Lyon, de 1974 à 1982 (une vingtaine de villes françaises ont aujourd'hui des antennes scientologues), il étaif un v.r.p. de choc. Son but: répandre la bonne parole du gourou via cours et conférences. La scientologie recycle ainsi à l'infini les écrits de Hubbard, comme son cours d'organisatioh pour cadres, encyclopédie monumentale. Et en tant qU'utilisateur des méthodes de Hubbard, il devait reverser à la maison mère à Los Angeles 10 % du chiffre d'affaires de sa franchise et 60 % de ce que rapportaient les cours et les conférences. «Un vrai pompage fmancier.» LES ENTREPRISES: VECTEUR DE CHOIX Sur le marché du développement personnel, la secte prospère mais avance masquée derrière des étiquettes innocentes. La formation professionnelle est depuis toujours un de ses terrains de jeu préférés. De grands groupes privés ou publics se sont ainsi fait piéger, soit en proposant à leurs cadres des formations noyautées par la scientologie; soit en recrutant - sans forcément le savoir - des cadres scientologues, comme l'ont raconté Serge Faubert («Une secte au cœur de la République», 1993) et Thomas Lardeur («Les sectes dans l'entreprise», 1999). Ce fut le cas d'E.d.f., Volkswagen, Lancôme,la S.n.c.f ... Bizarrement, des sociétés de conseil en management, autrefois épinglées, continuent à faire parler d'elles. Exemple, Guy Bergeaud. Ce cadre ouvertement scientologue est le créateur de Business Dynamic, société citée dans le rapport parlementaire de 1999 sur «Les sectes et l'argent». Interviewé le 13 octobre 2005 dans «L'Express», Guy Bergeaud se présente désormais comme le directeur général d'Eagle's Flight France, entreprise internationale aux méthodes de coaching «innovantes». Eagle's Flight France est situé à la même adresse que Business Dynamic.Et, en 2004, Business Dynamic faisait encore partie des membres de Wise (World Institute of Scientology Entreprises), réseau international d'entreprises utilisant les méthodes de Ron Hubbard. Certaines entreprises scientologues se sont également spécialisées dans l'informatique, qu'il s'agisse du conseil, de la vente ou de la maintenance de matériels. Les logiciels sont une activité très prisée puisqu'on a ainsi accès à des informations top secret. L'informatique devient ainsi la voie royale pour accéder aux plus hautes sphères du pouvoir. Panda Software, quatrième éditeur mondial de logiciels antivirus, dont le patron fait partie des généreux donateurs de la scientologie, avait réussi en 2000 à infiltrer le parc informatique du ministère de l'intérieur français. La société Dialogic, spécialisée en ingénierie informatique, avait, elle, visé les fichiers du Raid. Quant à Infi, société de sous-traitance informatique, elle ciblait la Défense nationale. Bill Gates lui-même ne fut pas épargné. Un de ses biographes, Daniel Ichbiah, auteur de «Bill Gates et la saga de Microsoft», est aussi un donateur de la scientologie.
Autre cible: l'éducation. Si la secte n'a pas ouvertement d'établissement en France, elle s'est présentée autrement: par des méthodes pédagogiques («clés pour l'adolescence», «Objectif grandir»), des cours de soutien («Apprendre pour apprendre»),des écoles privées hors contrat (Ecole de l'éveil, Ecole du rythme, pour l'apprentissage de la musique). Ces noyautages ont été dénoncés mais la scientologie continue son lobbying, en séduisant des professeurs, en distribuant des tests de personnalité aux élèves ou en faisant l'apologie de méthodes révolutionnaires. Ainsi, en octobre, l'association On peut y faire quelque chose vantait dans Paris «la méthode d'apprentissage du philosophe et humaniste Ron Hubbard» qui «aide les parents désireux d'éviter à leurs enfants le cycle infernal de l'échec scolaire». En quoi consistent ces programmes ? Souvent à faire sauter les barrières. Exemple de barrière : «le mot mal compris». Hubbard conseille sans rire à la persnne qui ne comprend pas un mot de regarder dans le dictionnaire et ainsi «la difficulté disparaît» ! Parée de toutes les vertus, la secte vole au secours des enfants et dénonce les fléaux qui nuisent à leur bonheur. Elle s'est ainsi insurgée contre la prescription de psychotropes telle la Ritaline, un médicament qui calme les petits hyperactifs. Certes, l'intention est louable de dénoncer la sur-médication. Sauf que pour la scientologie, science qui se substitue à toutes les médecines, l'ennemie suprême c'est la psychiatrie ! A ses yeux, les psys sont coupables de tout, y compris de la criminalité. «Il faut s'en débarrasser !» Contre les soins psychiatriques, Ron Hubbard met en place Criminon, plan de réhabilitation pour les criminels incarcérés. Criminon, qui existe en France depuis 1998, propose pour commencer une simple correspondance avec les détenus. Et pour les toxicomanes qui veulent décrocher, il invente Narconon (Non à la drogue, oui à la vie). Au menu: sauna, course et vitamine (la niacine) qui expulseraient la drogue du corps. Coût: 1'500 dollars aux Etats-Unis. Jean-Luc Barbier, ancien scientologue qui fonda un centre Narconon en Suisse, explique que les statistiques sont faussées. «Beaucoup de rechutes, pas de contrôle et aucun suivi.» Rappelons que Ron Hubbard n'était pas médecin et Jean-Luc Barbier sait de quoi il parle. Un coup de froid après une séance de sauna et l'interdiction de prendre des antibiotiques lui causèrent une inflammation du larynx: il dut abandonner son métier de saxophoniste. Il s'en est mieux sorti que d'autres. Au procès de la scientologie à Lyon en 1996 qui s'interrogeait sur les causes du suicide d'un adepte, Patrice Vie, il a été prouvé que «la consommation à dose excessive de vitamines conjuguée avec les autres techniques de la scientologie était de nature à favoriser l'apparition de troubles mentaux confusionnels». Trois ans d'emprisonnement dont dix-huit mois avec sursis pour le président de la mission lyonnaise, peine revue à la baisse par la cour d'appel, l'homicide involontaire ayant été retenu. Derrière le beau discours humaniste de Ron Hubbard qui rêve d'un monde sans drogue ni criminalité, on trouve bel et bien des individus broyés. La tragédie du World Trade Center, l'explosion de l'usine A.z.t. à Toulouse, le tsunami en Asie, les attentats de Londres, les inondations en Louisiane ... Les missionnaires de la scientologie sont sur toutes les catastrophes, prodiguant d'étranges messages aux sinistrés. Autoproclamée championne de la bonté, la secte s'arroge de nobles cornbats, l'humanitaire, la lutte contre l'illettrisme, le respect des droits de l'homme et des libertés religieuses. Pour ce faire, elle se sert d'associations écrans et sème la confusion dans les appellations. Ainsi, elle a créé en 2002 l'association Des jeunes pour les droits de l'homme, pour «améliorer le futur des enfants partout dans le monde», à ne pas confondre avec la très respectée Ligue des droits de l'homme. Plus complexe, le C.c.d.h., Comité des citoyens pour les droits de l'homme, émanation de la scientologie, està différencier de la C.n.c.d.h., Commission nationale consultative des droits de l'homme, placée sous l'autorité du Premier ministre. Enfin, vous suivez toujours ? En 2003, elle a inauguré le Bureau européen des relations publiques et des droits de l'homme à Bruxelles, emplacémentrêvé, à deux pas des institutions européennes. Par le biais de ses organisations écrans, la scientologie exerce un féroce lobbying: lettres ouvertes aux chefs d'Etat, colloques, entreprise de séduction auprès des hauts fonctionnaires européens ... Et depuis la chute du mur de Berlin, elle a profité de la fragilité qui régnait dans l'ancien bloc de l'Est pour mieux s'immiscer. Europe, Afrique, Asie, Amérique, aucun continent ne lui échappe. Car elle raisonne à un niveau mondial. Aujourd'hui, on parle. même d'une «internationale sectaire», puisque le lobbying de la scientologie s'inscrit aux côtés d'autres groupes de pression «religieux» comme les Témoins de Jéhovah qui s'estiment eux aussi offensés et persécutés. Les Etats-Unis sont particulièrement réceptifs à ce discours sur l'oppression idéologique. Depuis plusieurs années en effet, la défense de la liberté religieuse prend une place de plus en plus grande dans la politique étrangère américaine. Ont donc été créés aux Etats-Unis plusieurs organismes chargés de défendre cette noble cause, notamment le Bureau pour la liberté religieuse internationale qui dépend du département américain. Sa mission : «Désigner les pays particulièrement préoccupants en raison de leurs violations systématiques, continuelles et graves de la liberté de religion.» En 1998, dans le premier rapport publié par cette commission sont violemment critiqués les pays qui mènent la vie dure aux scientologues comme l'Allemagne qui considère la scientologie comme une entreprise à but lucratif ou comme la France qui vient alors de publier sa liste des 172 mouvements sectaires ! Ainsi, l'Américain Richard Land, baptiste pur et dur, lié à cette commission, déclara sans détour que l'Etat français et sa Mils (Mission interministérielle de lutte contre les sectes) «persécutaient des gens comme on le faisait sous Vichy». Conséquence ou non de ce lobbying intensif des Etats-Unis, la Mils décriée par Richard Land a été remplacée en 2002 par la Miviludes, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Le changement d'appellation, de «sectes» à «dérives sectaires», est d'ailleurs symptomatique. La France aurait-elle baissé la garde en matière de lutte anti-sectes ? Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, empêchée de manifester devant le siège parisien de la scientologie le 8 octobre dernier, parle même de «complaisance» des pouvoirs publics. Et de dénoncer l'attitude de Nicolas Sarkozy recevant Tom Cruise, «l'ambassadeur de la scientologie». Désormais, la liste des 172 sectes n'a plus qu'une valeur «informative» selon une circulaire de Jean-Pierre Raffarin publiée en juin 2005. Et consigne est donnée aux Renseignements généraux de ne plus faire référence à la fameuse liste. Le nouveau président de la Miviludes, Jean-Michel Roulet, fraîchement nommé, a beau nous assurer de sa «fermeté», il devra faire oublier la tendance actuelle à la banalisation.
Pourtant,
plusieurs affaires vont enfin aboutir. En Belgique, neuf membres
de la secte ont été inculpés pour «escroquerie,
violation de la vie privée, exercice illégal de
la médecine et de la pharmacie». En France aussi
des plaintes déposées depuis plusieurs années
constituent «des bombes judiciaires à retardement
pour la scientologie», selon l'avocat Olivier Morice.
II s'occupe de six procédures en cours contre la secte.
Avec «la volonté de ne pas faire payer les lampistes»,
mais d'aller, qui sait, jusqu'à «la dissolution
de la scientologie en tant que personne morale, autrement dit
en tant qu'association».
A Paris ont été mis en examen le Célébrity Centre et la Sel (Scientologie espace librairie). Les condamnations de scientologues, ce n'est pourtant pas nouveau: la première pour escroquerie remonte à 1978. Ce qui est nouveau, c'est la notion de «sujétion psychologique ou physique», délit défini dans la loi AboutPicard du 12 juin 2001. La loi autorise l'ancien adepte à dénoncer l'effroyable manipulation mentale dont il a fait l'objet. Toutefois, «comme la loi n'est pas rétroactive», Alain Stoffen a porté plainte pour «chantage, escroquerie et extorsion en bande organisée, exercice illégal de la médecine et de la pharmacie». Comme d'autres, il attend. Car la scientologie fait traîner les choses: disparition de dossiers, pression sur les témoins, demande de recours systématique... Souvent l'adepte détruit et ruiné n'a pas les moyens de lutter. Rares sont ceux qui, comme Roger et JeanLuc Barbier, se retournent contre la secte. Ils ont monté deux associations de lutte sur le Net. De son côté, Marion a accepté l'argent de la scientologie pour retirer sa plainte. Soixante-dix mille francs il y a dix ans. Elle se le reproche encore. «La propagande noire», cette haine viscérale des opposants à la secte, a eu raison du Dr Jean-Marie Abgrall, expert psychiatre sur des dossiers incriminant la scientologie. Il a «laissé tomber». Par le biais de son service de renseignement, l'o.s.a. (Office of Special Affairs), elle a sali sa réputation, colportant des rumeurs calomnieuses à son égard, volant son courrier. L'Unadfi (Union nationale de défense de la famille et de l'individu) est régulièrement prise à partie par la secte, ou par ses filiales, qui demande sa dissolution. Et pour ce qui est des journalistes, on ne compte plus les pressions exercées sur les auteurs d'enquêtes polémiques ... Ghislaine Carvalho |
En 1993,
après plus de vingt-cinq ans de pressions et une longue
action en justice avec l'I.r.s. (Service des impôts),
la scientologie a obtenu, aux Etat-Unis, le statut de religion.
La secte (300 millions de dollars de bénéfices
cette année), reconnue comme un "mouvement officiel",
est grâce à cela exonérée d'impôts.
Avec Tom Cruise (2,5 millions de dollars versés à
l'I.a.s., Association
internationale des scientologues)
les célébrités sont ses meilleurs ambassadeurs.
Tom Cruise, à Paris en août 2004 pour la promotion de "Collateral", reçu pendant 90 minutes par Nicolas Sarkozy, n'aurait pas abordé le sujet. Introduit à la religion à la fin des années 80 par sa femme Mimi Rogers, l'acteur, resté assez discret sur ses croyances, est devenu son plus fervent défenseur, devançant John Travolta et sa femme Kelly Preston, adeptes de longue date, Priscilla Presley, Juliette Lewis, Kirtsie Alley, Isaac Hayes, Anne Archer et Paul Haggis, le scénariste de "Million Dollar Baby". On se souvient d'une conférence de presse mémorable il y a quelques mois sur "La guerre des mondes". Cruise obligeait les journalistes à faire un détour par une église de scientologie avant de la rencontrer ! Ceci à la demande de sa soeur, Lee Anne De Vette, attachée de presse et scientologue. Tom Cruise, qui aurait soigné sa dyslexie grâce aux méthodes scientologiques, est un adepte désormais pénétré par la secte. Il s'est lancé dans un sermon sur les bienfaits des programmes d'éducation et de détoxification de la secte et ignorait le film de Spielberg d'un coût de 200 millions de dollars qu'il était supposé promouvoir ! Explication : il serait arrivé, dit-on, au deuxième plus haut rang de l'église - O.t. VIII - et serait censé communiquer au monde son message ... Quant à Katie Holmes, la future Mme Cruise qui, contrairement à Nicole Kidman, s'est très vite convertie à la scientologie, si elle s'en tient aux préceptes de la religion, elle n'a pas le droit de prendre de médicament et devra rester silencieuse pendant son accouchement pour ne pas traumatiser son enfant ... Collée à elle comme son ombre, Jessica Rodriguez, issue d'une famille de grands scientologues, scientologue elle-même, devenue sa conseillère privée, lui souffle dans l'oreille ce qui'il faut dire ou pas, n'hésitant pas à interrompre les conférances de presse. L'Eglise a plus de 500 missions dans le monde et en compte environ 150 aux Etats-Unis. Plusieurs écoles ont pignon sur rue en Amérique dont la célèbre Delphian School située au coeur d'une propriété de 250 hectares à Sheridan, dans l'Oregon. C'est dans ce pensionnat privé où l'on applique les principes de Ron Hubbard que Jessica Rodriguez a fait ses études. Des "celebrity centers" fleurissent où les personnalités peuvent se retrouver entre elles pour étudier et échanger. L'Eglise est aussi à la tête d'un empire immobilier à Manhattan de plusieurs dizaines de millions de dollars comprenant, entre autres, un immeuble sur la 8e Avenue et un hôtel particulier sur la 82e Rue. Le 29 octobre dernier, lançant une nouvelle croisade religieuse en Grande-Bretagne, Tom Cruise, Katie Holmes et John Travolta (Travolta avait participé en 2000 à un projet "Battlefield Earth", une histoire basée sur un roman de Ron Hubbard) présidait un gala de charité au Saint Hill Manor devant 1000 membres de l'Eglise dans l'espoir de recruter de nouveaux adeptes. A New York, mi-décembre, Cruise et sa compgne présidaient une autre soirée pour recueillir des fonds. Les 150 invités payaient chacun 6'250 dollars et le double pour être assis à la table de la star. Avec les 50'000 dollars versés par Tom Cruise, la soirée a rapporté 350'000 dollars à l'Eglise de scientologie. Déclenchant il y a quelques mois la colère du maire de New York, Margarita Lopez, une conseillère municipale aurait détourné 630'000 dollars de l'argent des contribuables vers un centre de désintoxication co-fondé par Tom Cruise. En remerciement, elle aurait reçu des membres de la secte 115'000 dollars pour financer sa campagne de réélection. Tina Stone |
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Il exerce un contrôle total sur Katie Holmes. Elle est sa chose Ce n'est
pas la première fois que Tom Cruise agit ainsi. Il avait
attendu trois ans avant de présenter à la presse
sa première fille adoptée, Isabella. Le ventre
rond de Katie Holmes fut pourtant un des plus photographiés
du show-biz. Mais, depuis, plus rien, pas une image. Les rares
à avoir approché Suri, comme Penélope Cruz,
ont décrit un adorable bébé. Victoria et
David Beckham ont eux aussi reçu une invitation mais
accompagnée d'étranges recommandations dictées
par les scientologues.
Suri Cruise a vu le jour dans le cadre d'un «accouchement silencieux», selon les préceptes de Ron Hubbard. Lors de leur visite, les Beckham ne devront pas s'approcher de l'enfant, ni gazouiller avec lui, ni le photographier. Héros du film d'Oliver Stone «Né un 4 juillet», Tom Cruise n'est pas né ce jour de juillet. Mais un jour avant, en 1962. Ça change beaucoup de choses, quand la stature qu'il doit au cinéma se mesure au sordide qu'a été sa vie avant d'être acteur. Il a 11 ans quand ses parents, Thomas et Mary Lee, les réunissent, lui et ses trois soeurs, dans le salon de leur maison près d'Ottawa pour leur annoncer qu'ils divorcent. Son monde s'écroule. Un parmi d'autres. Depuis son plus jeune âge, l'enfant est ballotté une fois par an d'une ville à l'autre, d'une école à l'autre. A chaque étape, il doit tout recommencer, s'expliquer sur la dyslexie dont il souffre. Plus tard, il dira que, s'il est devenu acteur, c'est pour s'exprimer sans avoir à s'expliquer. C'est en pratiquant le sport qu'il canalise l'énergie et l'agressivité dont il déborde. Qu'il prend des coups, et pas forcément de l'équipe en face. Il excelle au hockey, à la lutte aussi. Un jour, il rentre d'un combat l'air vaincu. «Tu repars aussitôt, lui dit son père. Tu vas te battre et gagner. Tu n'as pas le droit de perdre.» Son père le frappe. Ce n'est pas la première fois. Souvent il l'attire vers lui avec des gestes tendres puis une fois en confiance, il le moleste. Mais Cruise l'absoudra toujours. «C'était sa façon à lui de m'aimer, dit-il. Il voulait que je sois fort pour ne pas avoir à supporter ce que lui avait eu à supporter.» S'il vit mal le divorce, cela a l'avantage; de sonner la fin des punitions. Il ne reverra son père qu'une seule fois, sur un lit d'hôpital en 1984, quelques mois avant sa mort d'un cancer généralisé. Entretemps, la famille s'installe dans le Kentucky. De pension du père, il n'est pas question. Mary Lee est obligée de faire quatre métiers. Et l'argent ne rentre pas. Ils sont si pauvres qu'à Noël, en guise de cadeaux, ils s'écrivent des poèmes qu'ils lisent à haute voix. Très jeune, Tom doit travailler. Pendant une convalescence, un professeur l'encourage à participer au spectacle de l'école. C'est une révélation. Il sait qu'il sera acteur. Le soir du spectacle, il supplie sa mère et son beau-père de ne pas s'opposer à ce qu'il perçoit comme une vocation. Tout se passe très vite. Serveur la nuit dans les bars, auditions le jour, il veut y arriver, le plus vite possible. En cinq mois, il décroche un petit rôle dans le film «Un amour infini». Puis, en moins de deux ans, il enchaîne «Taps»,«Outsiders» de Francis Ford Coppola, «American Teenagers» et «Risky Busines ». A 21 ans, il est une star, une des ascensions les plus rapides de l'histoire de Hollywood, trop rapide peut-être. «Il pense que tout est possible. C'est la clef de Tom Cruise», dira de lui Don Simpson, un des producteurs de «Top Gun». Quand on l'interroge sur son passé, il argumente qu'avoir été élevé au milieu de femmes est la preuve qu'il sait tout sur elles. Mais il reste un enfant, un enfant qui joue des rôles d'homme. Sur le tournage de «Risky Business», il fait la connaissance de Rebecca De Mornay. Malgré les scènes torrides qu'ils doivent tourner ensemble, ils ne deviennent amants qu'un mois après la sortie du film, en août 1983. Puis il y a Cher, avec qui, au dire de la chanteuse, il passe des soirées à regarder des vieux films. En 1984, il rencontre Mimi Rogers qui va devenir sa première femme. C'est elle qui l'initie à la scientologie. Il la trouve «extrêmement brillante». Comme à chaque nouvelle conquête, il n'a «jamais été aussi heureux de [sa] vie». Là encore, tout semble affectif et intellectuel, pas la moindre allusion à l'aspect charnel. On dirait que ça ne l'intéresse pas. En 1989, sur le tournage de « Jours de tonnerre» dont il est le scénariste, il fait la connaissance de Nicole Kidman. C'est le coup de foudre. Il vient de rompre avec Mimi Rogers après trois ans de mariage. C'est à cette époque que naissent les doutes sur la capacité de Tom Cruise à concevoir des enfants. Car, peu après, Mimi Rogers tombe enceinte d'un autre homme. Elle suggère aussitôt que la stérilité de leur couple provenait de raisons religieuses, Tom voulant «faire abstinence pour préserver sa pureté». Avec Nicole Kidman, la relation est pourtant consommée. Le mariage durera dix ans, mais ils n'auront des enfants qu'en adoptant Isabella et Connor, et ce malgré le désir de Nicole d'en avoir à elle. A mesure que Cruise vieillit, ses femmes rajeunissent. Des trois, celle qui suit est de onze ans plus jeune que la précédente. Mimi Rogers est née en 1956, Nicole Kidman en 1967 et Katie Holmes ... en 1978. Mais, à la différence des deux précédentes, le contrôle qu'il exerce sur Katie est total. Elle est sa chose, donc parfaite. A 43 ans, il crie partout qu'il a enfin trouvé la femme idéale. Il a fini par perdre un peu de sa gueule d'ange et de son allure si américaine qui fit sa gloire fulgurante. Mais si certains atteignent une forme de sagesse avec les années, lui, c'est l'inverse. Plus il avance et plus son comportement inquiète, voire horrifie ceux qui ont compté parmi ses fans. Les mystères Cruise n'en finissent pas. Il n'est pas sûr que sa rupture avec la Paramount lui serve d'avertissement tant il est convaincu qu'il est en mission. Pour la scientologie, c'est certain, mais surtout pour lui-même. Tom Cruise est obsédé par l'image qu'il dégage, obsédé au point d'avoir effacé tous les repères autour de lui et de s'être façonné un monde où règne sa propre notion du bien. «La controverse ne me fait pas peur, parce que je sais que j'ai raison », répète-t-il, sûr de lui. Avec 100 millions de dollars sur son compte en banque, il pourra continuer à produire ses films lui-même, à l'image de Mel Gibson, autre géant du cinéma mal en point. A peine Tom Cruise licencié, le financier Dan Snyder, propriétaire de l'équipe de football américain des Washington Redskins, vient de conclure un accord de production de films avec l'acteur. Même seul face au monde et à Hollywood, tout est encore possible pour Tom Cruise. |
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Exposing Scientology through streaming video Ces reportages vidéo dénoncent les dangers de la thérapie de scientologie. La scientologie est une nébuleuse sur laquelle ont enquêté de nombreux journalistes. Il suffit de répondre une fois à un questionnaire pour recevoir des prospectus et des invitations. Au départ elle peut même paraître séduisante mais très rapidement les premières dérives apparaissent. |
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