- TÉMOIGNAGE DE MARGERY
WAKEFIELD
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- Margery WAKEFIELD est l'auteur du livre "La Route de Xenu" et de
"Comprendre la Scientologie". Le manuscrit du témoignage fut achevé en mars
1996. Une copie parvint à Dean Benjamin
- Reproduction
autorisée pour les buts non commerciaux.
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- PROLOGUE
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- Je m'assis en regardant le Directeur des
Procédés, les boîtes d'électromètre en main, charchant à comprendre ce qu'il me
disait. "A partir de maintenant, me dit-il, le yeux fixes et neutres, de la voix
monotone de tous les bons auditeurs scientologues, tu vas devoir rester dans ta
chambre.
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- On mettra en permanence un garde à la porte. Tu n'as le droit de la quitter
sous aucun prétexte. On t'amènera tes repas. C'est clair ?"
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- J'étais pétrifiée. J'étais punie. Mais pourquoi donc
? Je le regardai : "Mais
qu'est-ce que j'ai fait ?", demandais-je ? Il ne voulut pas me répondre. "C'est
pour la sécurité de l'Org (organisation); c'est tout ce que je peux te dire",
me répondit-il.
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- Une fille sortie d'on ne sait où arriva près de moi. "Dana, ordonna le
Directeur des Procédés (le "D of P"), veux-tu escorter Mlle Wakefield à sa
chambre, tout de suite."
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- J'étais abattue. Sur mon lit, j'essayais de comprendre.
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- Au début, j'osais encore espérer. Je pensais qu'ils allaient m'envoyer au
delà de l'arc-en-ciel, l'endroit secret où se cachait Hubbard. Seuls
quelques rares staffs [membres du personnel] haut-placés savaient où ça se
trouvait. C'était un grand secret. "Ils vont m'expédier de l'autre côté de l'arc-en-ciel parce que j'ai des problèmes en me faisant auditer (l'audition est
le "conseil" scientologique).
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- Il y avait une rumeur disant que les préclairs (patients scientologues,ndt)
étaient envoyés 'de l'autre côté de l'arc-en-ciel, pour que ces cas soient
arrangés par le bras droit d'Hubbard, David Mayo.
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- J'allai vers la porte, pour tester
... un jeune homme était assis à même le
sol, juste à côté. Il me regarda, l'air menaçant. Je revins à mon lit. Comme
promis, mes repas m'étaient servis.
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- Les jours passèrent, mon espoir s'amenuisait; on aurait dit que le monde
m'avait oublié. Une nuit, j'ai regardé dehors, et constaté que mon garde s'était
endormi. J'ai filé dans le couloir et j'ai descendu les escaliers, je suis
sortie. C'était une nuit claire, presque la pleine lune. J'ai commencé à marcher dans les parages silencieux de l'org. Un peu plus
loin, j'ai trouvé une anse le long de la plage, avec quelques sièges, on voyait
l'eau noire. Je me suis assise pour regarder, en essayant de penser. J'avais
l'impression de penser à travers une boue épaisse ...
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- Que devais-je faire
? Où aller ? Un peu plus loin, il y avait l'org, ma
sauvegarde ... ici, dehors, c'était le dangereux monde "wog". J'ai expliqué plus
tard à d'autres gens que c'était comme si j'avais deux ans, je ne pouvais pas
quitter la maison. Ils possédaient mon âme. Les liens qui me liaient à l'org, bien
qu'invisibles, étaient plus forts que n'importe quelle corde ... J'étais dans un
piège bien plus fort qu'une cage d'acier verrouillée ... Mentalement, j'étais leur chose. Je suis doucement rentrée à l'org. J'ai
ouvert la porte, je suis rentrée dans ma chambre, le gardien dormait toujours.
Je ne savais que faire d'autre, sinon me mettre au lit.
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- Les jours passaient.
Une nuit, trois personnes du "Bureau du Gardien" (le Gardien et son bureau
sont parmi les plus hauts personnages en scientologie) entrèrent. Ils me dirent de faire mes valises. "Demain, tu prends l'avion; tu vas
n'importe où, hors de Floride. Tu ne pourras jamais revenir ici. Tu dois rester
à l'écart de tout centre scientologue, à jamais." J'étais affolée. Je comprenais
ce que cela voulait dire. On me jetait dehors, on me débarquait. J'ai commencé à pleurer, je les suppliais de revenir sur leur décision, mais
ça ne servait à rien. Les ordres venaient d'en haut. Mon affolement vira à la
colère. Ils ne pouvaient pas se débarrasser de moi comme ça !
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- Douze ans durant, j'avais tout donné, mon temps, mon argent. J'avais été leur
esclave. Ils ne pouvaient pas me jeter dehors comme ça! Mais je savais qu'ils
pouvaient. Je l'avais vu faire à des tas d'autres.
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- Mes espérances de passer à l'autre face de l'arc-en-ciel étaient totalement
broyées. J'ai essayé de penser, après qu'ils aient quitté la pièce. Débarquée,
mais pourquoi ? Peu à peu, je commence à comprendre.
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- Je suis Suissesse. Une semaine plus tôt, une autre Suissesse qui faisait le
même programme avancé que moi s'était jetée du môle près de l'org. Elle s'était
noyée. Les journaux en avaient parlé; on avait découvert qu'elle était
scientologue, ça avait causé pas mal d'ennuis.
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- Tout le monde savait que je marchais mal en audition. J'avais eu d'horribles
cauchemars, je me réveillais la nuit en hurlant; ça n'allait guère mieux de
jour. J'étais une gène pour l'org; je me plaignais toujours de mes auditions;
c'était un piètre exemple pour les préclairs qui avaient déboursé des milliers
de dollars pour se trouver à l'org. J'ai compris.
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- La Suissesse. Ils craignaient que je me suicide aussi. J'avais abordé la
question en audition. J'ai donc fait mes bagages. On m'a mise avec une garde en
voiture pour m'emmener le lendemain à l'aéroport International de Tampa
(en Floride, ndlr). On m'a
demandé où je voulais aller.
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- Toujours aussi choquée, enfoncée dans un mauvais rève, j'ai répondu à
contrecoeur : "à Madison, dans le Wisconsin". Là où vivaient mes parents. Je
n'avais pas d'autre choix. Le vol s'écoula comme en rève. Ma gardienne était
près de moi. J'ai regardé les champs enneigés du Wisconsin en Février. Je ne
comprenais rien.
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- Douze ans
! douze années où rien ne s'était passé pour moi, hors de la
scientologie ! A cet instant, j'aurais préféré la mort à l'exil. En fait, c'était
la mort anticipée. Car la rumeur, si l'on quittait un niveau de scientologie
inachevé, c'est qu'on pouvait mourir dans la quinzaine ...
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- Je suis descendue de l'avion, ma gardienne a disparu. J'ai cherché mes
parents des yeux, puisque je les avais appelés de Floride pour leur dire que
j'arrivais. Je ne les vis pas. Brusquement, je fus seule, à la dérive, dans le monde "wog". Cette idée
m'emplit de terreur.
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- Chapitre Un -
ENFANCE D'UNE SUISSESSE DANS LE MICHIGAN
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- Mon histoire commence le 20 Novembre 1947, le jour où la Reine Elisabeth et
le Prince Philip se sont mariés. Mes grands parents se trouvaient dans la salle de séjour de leur grande
maison victorienne, écoutant le compte rendu du mariage à la radio, lorsque le
téléphone sonna : c'était mon père. "C'est une fille
!" dit-il. Je naissais.
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- Je suis née dans une petite ville de la Péninsule Supérieure dans le Michigan
frigorifiant mais splendide, que ses habitants nomment parfois "le pays de
Dieu", à cause de la Côte Nord, au paysage et à l'air frais et propre.
Nous vivions au début dans un appartement au-dessus du magasin que papa
dirigeait. Mon premier souvenir d'enfance: je jouais à la bébête sur le sol d'un
sombre appartement. Quand je sus marcher, j'allais avec maman étendre le linge
derrière; parfois, nous nous asseyions sur les escaliers du perron.
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- Quand j'eus deux ans, mon frère Charles naquit, mais je ne me souviens pas de
sa naissance. Mon premier souvenir de maman : elle faisait des biscuits auxquels
je posais des yeux en groseilles.Mon premier souvenir de papa: j'étais sur ses genoux, il gonflait les ballons
pour mon anniversaire et les faisait éclater avec sa cigarette, je criais.
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- Papa avait beau travailler dur pour nous ménager un vie confortable, il y
avait malgré tout des moments de tension qui nous affectaient. Mes parents
s'étaient rencontrés par photographie. Maman et la soeur de papa étaient dans le même dortoir au lycée; ma future
tante avait une photo de papa, très beau dans son uniforme. Mes parents ont
commencé à correspondre pendant la guerre et se sont mariés peu après la fin de
la guerre. C'était un mariage mal parti.
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- Tous deux jeunes et trop vite chargés de famille, ils ont constaté trop tard
qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. Ils se disputaient souvent, j' ai
fini par haïr ces querelles. J'entendais leurs disputes la nuit, et me demandais
ce qui allait se passer.A quatre ans, nous avons déménagé dans une maison grise sur la colline: ce
fut mon nouvel univers.
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- La personne qui comptait le plus pour moi, c'était alors mon grand-père. Mes
grands-parents habitaient une grande maison victorienne en bas de notre rue;
elle était extraordinaire à explorer, avec ses quatre étages, ses secrets et ses
multiples pièces.Grand-père aimait bien jouer avec moi, je me souviens qu'il me balançait
au-dessus du vieux pont rouillé près de la maison: ça ne me lassait jamais; ou
il me montrait les roses au jardin; il me lisait des livres, dont il adorait les
histoires; j'ai ensuite partagé cet amour des livres.
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- Mes grands-parents m'ont emmené en voyage en Floride quand j'avais quatre
ans. Arrivée en Floride, j'avais mal au coeur, ma grand-mère me donna du lait de
magnésie. Le lendemain, je dormais sur le siège; je me réveillai sous les palmiers, et
j'eus très peur.
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- Mes grands-parents m'ont appris à lire à l'époque en me montrant les signes,
quand nous sommes rentrés, je savais lire, mais personne ne s'en était rendu
compte. Je m'amusais à lire les boites de céréales pendant les repas.
La Floride était un paradis; j'aimais la plage et l'eau, les grandes
promenades avec grand-père, et les conversations graves qu'il me tenait. J'ai
quelque part une photo de lui, en train de se promener sur la plage, c'est la
photo que je préfère. C'était un homme bon et affable.
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- La Floride fut un lieu de surprises. On a pris un bateau à fond transparent,
j'ai été époustouflée par ce que je voyais sous l'eau.
Mes grands-parents m'ont emmenée au cinéma; pendant les publicités, il y
avait un type qui tombait dans un énorme bol de soupe à la tomate, ça m'a fait
hurler, et rien n'a pu me calmer; il a fallu que mes grands-parents sortent,
grand-mère était furieuse. Nous ne sommes pas rentrés voir le film.
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- De retour au Michigan, on me mit au jardin d'enfants, j'étais avec Mme Mc
Kevitt. Tant de nouveautés d'un coup me mettaient dans la confusion. Les
crackers, le jus d'orange, les nappes, les chants au piano, les manteaux au
vestiaire, l'obligation de regarder les adultes ...
-
- *Chaque instituteur avait sa matière.
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- En 11e, je lisais, ça m'ennuyait
: je savais déjà lire. Pour passer le temps
et surmonter cet ennui sans fin, je faisais ce que je pouvais; je crachais sur
mon bureau, je dessinais des trucs avec la salive; une fois, Miss Faul me frappa
avec sa règle sur les doigts alors que j'admirais le résultat d'un de ces essais
d'art appliqué. Ce fut la fin de ma carrière artistique; à partir de là, je n'ai
dessiné que des gens avec des règles.
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- En 10e, ce fut le tour de l'écriture. Faire tracer des ovales était la
mission de Miss Prince pour la vie. C'était une maîtresse âgée.
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- *Un jour, alors qu'on rentrait de manger, elle nous fit fermer nos livres de
calligraphie et nous demanda de nous asseoir, mains jointes, car, disait-elle,
c'était la fin du monde à deux heures. Nous avons attendu que l'aiguille du
cadran fasse son inexorable travail, mais rien ne s'est passé; nous avons
attendu encore, et elle nous a finalement fait rouvrir nos livres.
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- L'idée de Fin du Monde est incompréhensible à sept ans.
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- C'est vers cette époque qu'est né mon frère John. Je me souviens que ma mère
avait perdu les eaux, et que quelques jours plus tard, elle revint chez nous
avec le nouveau bébé.
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- C'est aussi vers ce moment qu'on a commencé à jouer ensemble, Charles et
moi.On passait des heures à jouer différentes versions d'indiens, de cow boys,
et d'hommes de cavernes. Un soir, papa ramena une télévision en noir et blanc. Les émissions
quotidiennes firent bien vite partie du quotidien, par exemple Zorro et le
Ranger solitaire.
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- A sept ans, mes parents et grands-parents m'ont emmenée à un concert en ville
- c'étaient les Roman Sisters, un duo de pianistes de tournées. Je n'ai pas
laissé mes parents tranquilles; je voulais des leçons de piano, je voulais jouer
de cet instrument magique. Quelques temps après, il y avait un piano dans la salle de séjour, un cadeau
de Tante Jessie; j'étais en extase ! J'ai demandé à une voisine, Pat Gilles, de
me montrer comment on jouait.
-
- Elle amena une partition: je fus prise. Le lendemain matin, je me suis levée
tôt et j'ai pris une partition, essayant de comprendre les notes en silence.
J'eus vite fait de jouer toutes les chansons des livrets gris et marrons de
maman, et l'on décida très vite de me donner un professeur.
-
- Après quelques misérables leçons d'un prof irascible qui me frappait avec une
règle, je me suis rebellée pour qu'on m'en fournisse un autre. Le suivant était
une dame adorable d'une ville voisine; elle me prit sous son aile et me transmit
l'amour de la musique. Elle sera toujours mon amie. Il y avait des tas d'occasions agréables à
l'école, quantité de choses à observer: les parades à vélo du Jour de
l'Indépendance, le patin à roulettes, les crocus pointant leurs fleurs au-dessus
des dernières neiges, les boules de neige, le baseball dans les rues, les
voyages pour aller voir mes autres grands-parents dans le Dakota du Sud.
-
- Je ne savais pas que les ennuis de mariage de mes parents culminaient;
j'ignorais même qu'ils étaient séparés. On m'avait envoyée chez mes
grands-parents dans le Dakota du Sud, où j'ai passé un excellent été.
- J'ai découvert deux choses à cette occasion. La première, c'est la religion.
J'avais huit ans, Grand-maman avait des tracts baptistes dans sa salle de bain;
j'ai commencé à les lire. J'étais aux anges en lisant l'histoire de Jesus. Il
devint assez vite mon invisible ami. Nous nous retrouvions dans une pièce blance en bas, et on parlait.
Grand-maman me donna une bible que j'ai lue avec beaucoup d'intérêt; j'étais
amoureuse de Jesus.
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- Le second évènement est une ombre que j'ai croisée pour la
première fois de mon existence.J'avais déjà eu l'impression en fréquentant des amis de l'age de Grand-maman
que quelque chose ne collait pas. C'était subconscient Lors du pique-nique du 4 Juillet, cette ombre subconsciente me parvint plus
nettement. Je savais que quelque chose n'allait pas chez moi. Je ne l'ai dit à
personne, na sachant que dire. Je savais que ça n'allait pas; je savais qu'il y
avait cette ombre que je ne pouvais décrire. L'ombre me suivit à la maison.
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- De retour au Michigan, j'ai commencé à voir des choses qui n'étaient pas là.
Des visages horribles. J'allais me cacher sous la table de téléphone dans le
couloir. Plus tard, au collège, j'ai essayé de trouver des mots pour
l'ombre. J'ai dit à mon professeur de physique que quelque chose n'allait pas: "Je
n'ai pas de personnalité" - ce n'est qu'ainsi que je pouvais décrire l'ombre. En
revenant dans le Dakota, l'ombre était encore là. Elle est encore présente. La
seule différence, c'est qu'actuellement, j'ai les mots pour ça.
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- Bon, mais je prends de l'avance sur ce que je veux dire ici. Ma soeur Joann
est née quand j'avais dix ans. J'étais enchantée. Quand elle était bébé, elle
dormait dans son berceau, dans ma chambre. Une nuit, j'ai entendu des bruits qui venaient de là, je suis allée voir, je
ne savais que faire et j'ai appelé mes parents; ma soeur avait des convulsions.
Ils l'ont emmenée à l'hopital : elle fut sauvée. C'était un complication due à
une roséole. J'ai toujours aimé ma soeur; si je lui ai sauvé la vie, c'est la meilleure
chose que j'ai pu faire dans mon existence, et ce serait assez en soi.
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- Chapitre 2 -
UNIVERSITE ET PREMIERE CRISE DE PANIQUE
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- Mes grands-parents avaient une grande maison qu'on
appelait "Bete Gris" sur les bords de Lac Supérieur, j'aimais y passer du temps
avec mes trois tantes très gentilles et les cousins.
Le bonheur, chez eux, faisait contraste avec avec ce que je ressentais chez
moi. Une nuit, alors que j'avais onze ans, maman me réveilla et m'emmena en
pleine nuit à la ville, à une cinquantaine de kilomètres; grand-père était
malade. Je le vis à l'hopital. Il était dans le coma.
-
- Puis ce fut l'enterrement; après, j'étais sous le proche de la maison, il y
avait des tas de gens, ma grand-mère pleurait dans une pièce, avec d'autres
personnes la réconfortant. Je n'avais pas réalisé la mort de grand-père, j'ai
demandé "Qu'est-ce qui s'est passé ?"
-
- Chez moi, c'était toujours misérable, l'école m'éloignait un peu des disputes
continuelles de mes parents. J'aimais lire, je réussissais bien, mais je n'étais
pas une enfant heureuse.J'essayais d'attirer l'attention de mes professeurs en faisant des
suppléments de travail, en posant des tas de questions. Ca m'aidait à compenser
l'absence d'amour à la maison.
-
- Ma meilleure amie s'appelait Christine; quand j'allais la voir, sa maman et
elle s'embrassaient, et je ressentais la douleur de l'absence de cet amour à la
maison. Au début du secondaire, je m'entichais de certains profs, hommes ou
femmes; j'aurais surtout aimé qu'ils soient mes parents.
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- La routine de tous les jours, c'était de rentrer de l'école, de grapiller ce
que je pouvais trouver à la cuisine, de monter dans ma chambre, de fermer porte
et rideaux et de rester dans le noir, en mangeant et en fantasmant que tel ou
tel prof m'adoptait... Je vivais ce monde esseulé.
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- Je jouais encore du piano; mon professeur de musique me faisait participer à
des concours organisés dans l'Etat. Après l'un de ces concerts, il y a eu un
film au sujet d'une sorte de colonie où on faisait de la musique, à Interlochen
dans le Michigan, j'ai su que j'irai là-bas. Je me suis débrouillée pour avoir l' adresse de la colonie; un jour où maman
était absente quand je suis rentrée de l'école, j'ai enregistré des morceaux que
je jouais et je les ai expédiés à Interlochen.Quelques semaines plus tard, j'ai reçu une lettre m'annonçant qu'on me
donnait une bourse pour la colonie. J'ai pris la lettre et l'ai emmenée à
l'école, je n'ai pas cessé de pleurer de joie tout le temps, j'aurais pu me
sauver de chez moi.
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- Mes parents acceptèrent de me laisser partir, et les années suivantes, j'ai
passé huit semaines merveilleuses à la colonie. Je ne jouais pas très bien,
parce que j'étais trop timide, mais j'avais un professeur de piano sympa, Balint
Vaszonyi, qui m'apprit à aimer la musique que je jouais. Vers cette période,
Interlochen ouvrit une académie permanente : j'ai supplié mes parents de m'y
envoyer. Je savais que M. Vaszonyi y enseignerait.
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- La première année, ils n'ont pas voulu, mais ils ont finalement accepté de me
mettre à l'Académie Artistique d' Interlochen. Ces deux années furent
probablement les plus heureuses de mon existence. Je me suis épanouie parmi
d'autres jeunes gens à qui je ressemblais, qui aimaient la musique.La première année, j'avais remporté le concours "concerti", et c'est moi qui
avais joué le premier mouvement du Premier Concerto pour Piano et Orchestre de
Beethoven, sous la direction du Dr Maddy, le fondateur d'Interlochen; on m'avait
acclamée. Mon jeu me permit de me faire des amis à l'école.
-
- Nous étions un groupe de jeunes gens idéalistes et pleins d'entrain, vivant
dans une utopie, loin de chez eux. J'aimais ça. J'ai eu mon premier flirt - bien
innocent - avec Greg, un autre pianiste; je n'en étais pas au sexe: maman
m'avait assez sermonnée sur les dangers du sexe et des hommes.
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- L'ombre prit du recul pendant ces deux années - mais elle restait présente,
une sorte de rémission de courte durée. Une fois diplômée d'Interlochen, la
question n'était pas de savoir si j'irais à l'Université, mais où j'irais. Je
voulais une petite unité, mais Papa voulait m'expédier à la sienne, l'Université
du Michigan, moins coûteuse. Ca ne me gèna pas trop, car d'autres amis d'Interlochen y seraient. Fin
1965, je me suis inscrite à la section musicale.
-
- J'avais une petite chambre au dortoir des filles. Je pris Bill, un violoniste
roux d' Interlochen, comme copain. Nous avions donné un récital ensemble à
Interlochen, et devinrent bons amis.Nous fîmes notre apprentissage sexuel lors de nos longues marches pour
revenir de l'école de musique: il y avait un terrain de golf, on s'arrêtait
dans le bois, dans une cachette à nous; nous étions assez maladroits et
inexpérimentés.
-
- Une nuit, alors que nous faisions l'amour sous un pont, en hiver, j'eus ma
première crise de panique. C'est venu d'un coup, de nulle part. J'étais
terrorisée, incapable de parler; Bill m'emmena à la clinique, mais c'était fini
avant qu'on y arrive. Ce n'était qu'un pâle reflet de ce qui allait suivre.
-
- La même année, j'ai commencé à avoir des problèmes de vue, à me sentir
bizarre. Il y avait dabord une sensation très désagréable, puis tout devenait
comme liquide, autour de moi; j'avais l'impression que quelque chsoe d'horrible
allait arriver; une impression de destinée désagréable.
Ca venait de plus en plus souvent; j'ai dû en parler à quelqu'un, car j'ai
fini par rencontrer une thérapeute à la clinique, mais je n'avais pas tellement
d'atômes crochus avec elle, et les séances étaient vagues. J'ai abandonné peu
après. Une nuit où j'étais dans la chambre de Bill, il m'a demandé d'aller
pique-niquer le lendemain dans un grand parc. Son frère et sa copine devaient y venir, j'ai accepté.
-
- Le lendemain, je me suis réveillée avec cette sensation bizarre et de la
fièvre. A la clinique, j'avais près de 40°. Ils m'ont mise au lit et ne m'ont
pas permis d'aller pique-niquer. Dans la soirée, une infirmière est rentrée dans ma chambre pour m'annoncer
calmement que Bill, son frère et la copine s'étaient tués, leur Volkswagen avait
percuté un camion. J'étais en plein drame.
-
- J'ai appelé Maman, elle m'a ramenée à la maison. J'ai abandonné l'école. Je
me souviens d'un fois, je regardais par la fenètre de la chambre de mes parents,
essayant de comprendre ce qui s'était passé. J'étais incapable de pleurer. Je n'ai pas pleuré ce malheur vingt ans durant,
jusqu'au jour où, sur un route vers Tampa, en Floride, j 'ai entendu la sonate
pour piano que Bill et moi avions jouée lors d'un récital à Interlochen. Ce
n'est que vingt ans plus tard que les larmes ont coulé. Maman ne savait que
faire.
-
- Elle m'a emmenée au cinéma voir "un millier de clowns", ce soir-là,
probablement pour me rendre un peu le sourire. Quand je suis revenue, mes
parents se sont disputés. Papa regardait Johnny Carson à la télé, maman s'est
mise devant l'écran et a voulu lui parler. Il l'a poussée du pied.
Cette simple petite violence a balayé le peu de santé d'esprit qu'il me
restait; je savais que je ne pourrais pas rester là. Je suis montée pour appeler
Craig Sheppard, un des étudiants de piano de l'Université. Je me souvenais qu'il
m' avait dit qu'une pianiste de concert vivant à Philadelphie avait besoin d'un
nurse pour ses enfants - est-ce que Craig savait s'il l'avait trouvée
? Craig a
rappelé pour me donner le numéro de Susan Starr, la pianiste; je l'ai appelée
pour lui dire que je serai le lendemain chez elle.
-
- J'ai fait ma valise, j'avais juste assez d'argent pour prendre le ticket pour
Philadelphie, je ne me souviens même pas comment je suis allée à l'aéroport, ni
si j'ai dit à mes parents que je partais. Je me souviens de l'atterrissage, je
vis la ville brune, là-bas. J'ai pris le bus avec ma valise; il ne me restait
que deux dollars.Il m'a fallu plusieurs heures pour trouver l'adresse de Suzanne, 2303 Panama
Street; j'étais dans la confusion à chaque carrefour. Après avoir demandé à un
flic, je me suis retrouvée je ne sais où. La journée a passé comme ça; j'avais des ampoules aux pieds et j'ai acheté du
sparadrap avec le peu qui me restait. Plus rien pour manger.
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- La nuit est tombée, j'ai à nouveau demandé mon chemin, je me suis retrouvée
dans le quartier noir, un vieux noir m'a dit qu'il valait mieux que je ne reste
pas dans les parages la nuit; il m'a fait traverser et m' a fait repartir en
sens inverse. J'ai pris le métro jusqu'à la fin de la ligne, puis j'en suis sortie. C'était
une heure du matin, j'étais quelque part dans le faubourgs de Philadelphie.
-
- J' ai trouvé un magasin ouvert et j'ai téléphoné à un des étudiants
d'Interlochen qui vivait quelque part en Pennsylvanie. J'ai expliqué ce qui
m'arrivait à ses parents; pas bien contents de ce déplacement, ils sont
quand-même venus me chercher, et j'ai passé la nuit chez eux; ils m'ont emmenée
en ville à Panama Street le lendemain, à la porte de chez Suzanne.C'est Brenda, l'employée noire de Suzan, qui m' a ouvert la porte, escortée
de deux dobermanns. C'était le remue-ménage, Suzanne finissait avec un élève,
Brenda criait après les mômes, l'ex-mari de Suzan était là, ainsi que le petit
ami de Suzanne. Elle n'avait pas de baby-sitter.
-
- Une fois l'élève de piano de Suzanne parti, elle m'a présentée aux gosses,
Eric et Lori Amada, deux ou trois ans. Brenda est rentrée à la maison, les
chiens ont été mis dehors, l'ex est parti, et Suzanne a envoyé son ami jouer au
PMU. Il me restait deux dollars, je les ai passés à Suzanne pour qu'elle les lui
fasse jouer, après avoir choisi les noms des chevaux sur le journal.
J'ai fait manger les gosses, je les ai baignés et mis au lit, et j'ai rangé
ma valise dans la petite chambre. Quand Suzanne est rentrée, elle était colère
d'avoir perdu 50 $, alors que j'en avais gagné 200 ...
-
- J'étais heureuse de travailler avec Suzanne, il y avait beaucoup à faire,
j'aimais les enfants, j'aimais aussi les promener dans le parc tout proche où je
les regardais jouer. Suzanne rentrait souvent tard, j'avais donc pas mal de
temps pour moi aussi. Un jour, elle jouait du Bach; quand l'étudiant est parti,
je me suis assise et j'ai commencé à jouer le même morceau de mémoire.
-
- Suzanne arriva
: "Où est-ce que tu as appris ça
?" me demanda-t'elle - "Je n'ai
pas appris, j'ai juste joué ce que je viens d'entendre"; elle était surprise; j'
ai monté dans son estime, elle m'a donné des leçons presque chaque jour, et
quand les enfants étaient au lit, je pouvais jouer de son piano de concert.
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- Je suis restée près d'un an chez elle; elle m'a fait aimer la cuisine juive,
les gâteaux, la crème de fromage aux tomates, le saumon fumé, ce qui ne
m'empêchait pas d'avoir toujours faim : quand elle n'était pas là, je faisais des
virées dans le frigo pour grapiller tout ce que je pouvais, du moment que ça ne
manquerait pas ensuite. C'est ainsi que mes boulimies commencèrent. Suzanne a fini par se
désintéresser de me donner des cours, parce que j'étais trop timide en jouant;
elle voulait me faire jouer dans un petit orchestre, mais j'avais bien trop
peur, j'ai refusé. Ca ne m'empêchait pas d'aimer vivre chez elle; j'aimais entendre les leçons
de piano, ou quand un violoniste venait jouer un concerto chez elle. Il y avait
toujours de la musique.
-
- De temps en temps, j'avais un sifflement d'oreilles qui m'empèchait
d'entendre ce que les gens disaient, je n'y ai pas trop fait attention, ignorant
ce que c'était. Cela semblait venir en même temps que l'ancienne sensation de
vague, ou que quelque chose d'horrible allait se produire.
-
- Suzanne avait un étudiant de mon âge, Lorenzo, on a flirté ensemble. Il était
photographe amateur et faisait des photos pendant ses ballades en ville; il
aimait particulièrement le quartier italien, on y achetait des sardines et des
légumes au vinaigre. Je suis allé chez lui, et nous avons fait l'amour; il avait bien plus d'expérience que Bill, si bien que notre relation prit grand essor, mais je
n'avais pas de moyen contraceptif : par miracle, je ne suis pas tombée
enceinte. Cela dura presque tout le temps que j'étais chez Suzanne. Lorenzo me demanda
d'aller vivre chez lui, et j'acceptai. J'ai trouvé un job d'employée
d'assurances chez Prudential, et gagné 56 $ la première semaine.
-
- Cette vie a duré plusieurs mois
; j'allais encore chez Suzanne pour faire du
baby sitting, si elle avait besoin de moi, et prendre des leçons de piano.
J'étais assez heureuse, en dehors des bourdonnements d'oreille qui ne me
quittaient pas.
-
- Une nuit, Lorenzo me dit qu'il était tombé amoureux d'une autre, qu'il
fallait que je parte. J'étais littérallement dévastée. Je me souviens être
sortie pleurer dehors, devant tout le monde, me demandant que faire.
-
- J'ai appelé une amie d'Interlochen qui vivait à Toronto, Erica Fisher. Elle
était d'accord pour que je lui rende visite. J'ai pris le train pour Toronto,
plaquant d'un coup mon existence à Philadelphie. C'était l'année de la grande Exposition à Montréal. On se promenait dans les
parages, Erica et moi, quand il lui surgit une bonne idée. Pourquoi
n'irions-nous pas à Londres, dit-elle ?
-
- Nous savions que Balint Vazsonyi y habitait et enseignait là-bas
... "on
pourrait étudier avec lui ?" Cela semblait irrésistible. Il me restait dans les
600 $ de mon boulot; nous avons donc acheté les billets les moins chers
possibles sur un des bateaux quittant Montréal et sommes parties à Londres,
Royaume Uni.
-
- Nous avions omis un détail fatal : dire à M. Vazsonyi que nous arrivions. Il
a fallu six jours de bateau pour débarquer à Liverpool et prendre le train de
Londres.
-
- Sur le bateau, il y avait des matelots de notre âge, qui nous invitaient à
leurs réunions le soir; Erica s'étonnait de mon comportement: je m'arrangeais
pour faire l'amour avec un, parfois deux de ces gars, après les soirées. J'étais
une peu sotte quant au sexe, je cherchais l'amour de cette manière ... ça m'avait
tant manqué ... Notre voyage fut malgré tout très amusant. J'adorais être sur le pont, à
regarder le sillage du bateau; l'eau avait toujours eu cet effet hypnotique.
Et c'était amusant d'apprendre des trucs sur la façon dont les anglais
mangeaient, sur le change, avant qu'on se rende compte qu'il s'agissait d'un
triste pays.
-
- Puis le train pour Londres, et pour la vie nouvelle. En traversant le pays,
j'étais surprise des différences, des petites maisons collées les unes aux
autres; de la lessive en train de sècher, des enfants qui jouaient. C'était fascinant. J'ignorais les péripéties qui m'attendaient jusqu'au
désastre immanent.
-
- Chapitre 3 -
LONDRES, JE SOUFFRE DE SCHIZOPHRENIE
-
- Londres! On y était
!
Deux filles de dix-sept ans à l'aventure dans une ville étrangère.
Les premiers jours, on a parcouru la ville de long en large, avec nos cartes,
apprenant la ville et ses horizons, dormant dans des B&Bs pas chers.On a fini par trouver un petit "appart", Place Earls, et loué un piano. On a
débarqué un beau jour chez M. Vazsonyi pour lui dire qu'on était venues étudier
avec lui.
-
- Mais lui, il partait en Hongrie; il allait écrire un livre, et n'était pas
tellement content de nous voir débarquer. Il nous promit quand même quelques
leçons avant de filer.
-
- J' eus vite fait de ne plus avoir d'argent; papa voulait bien m'en envoyer un
peu chaque mois pour la nourriture et le loyer. Je découvris bientôt aussi que
je ne pourrais pas travailler en Angleterre, où l'on me considérait
étrangère. Erica et moi avons passé des journées entières à explorer Londres et à nous
entraîner au piano. Le soir, on allait à des concerts gratuits, ou bien l'on
rendait visite à Vazsonyi, on jouait avec son fils Mikki.
-
- Je n'avais pas d' idée d'avenir; me considérant alors comme une "hippie",
vivant aussi comme une hippie, la Bohème, quoi ... J'aimais beaucoup me promener dans Hyde Park. Erica et moi assistions aux
jeux, on rencontrait d'autres étudiants, ou des nurses avec des poussettes, des
cadres en complet veston avec des attaché-cases ... Ou bien nous observions les
types en train de prêcher, perchés sur des boites à savon
...
-
- Erica avait rencontré un étudiant actif, Mark, et l'amena à la maison; il ne
nous fallut guère de temps pour embrayer une relation assez intense.Je croyais être amoureuse. On passait des jours ensemble à explorer, à voir
des matchs, à manger dans des restaurants charmants et bon marché de Soho
[quartier de Londres], à aller au musée ou dans les magasins.
-
- Erica était aussi surprise de mon comportement sexuel que sur le bateau, mais
il n'y avait pas grand chose à y faire. Nous étions arrivées à Londres en
Septembre, mais la saison avança vite, il faisait plus froid; nous n'avions
qu'un tout petit chauffage à l'appartement; on passait de plus en plus de temps
à dépenser la monnaie pour avoir du carburant. La salle d'eau se trouvait dans
un coin mal ensoleillé. On chauffait l'eau sur le poêle, mais elle était déjà froide en arrivant.
Bizarrement, plus il faisait froid, plus mes symptômes revenaient en force.
-
- Une nuit, je me suis réveillée en plein dans la terreur, Erica dût m'emmener
à l'hopital; une infirmière très antipathique me renvoya chez moi sans
diagnostic après un examen incomplet. Les crises de paniques revinrent; elles m'assaillaient n'importe où, dans le
bus ou la rue. Je souffrais de terreurs intenses, et ne pouvais rien faire,
sinon m'asseoir dans un coin calme. J'ai ignoré à cette époque que je commençais à souffrir d'hallucinations.
-
- Au début, les choses devenaient juste irréelles; les couleurs étaient nettes,
mais n'avaient pas l'air naturelles, un peu comme quand on regarde les photos
dans ces binoculaires pour enfants, avec leurs couleurs déformées.
A l'époque où je souffrais ces distorsions visuelles, j'avais aussi des
moments d'extase intense. Tout ce que je voyais me paraissait si beau ... je
passais des journées entière à la National Gallery, assise devant des peintures,
prisonnière de la beauté de texture des tissus, de l'ombre des arbres ou du
clair-obscur des toiles. Je voyais là d'ineffables beautés.
-
- Quand vint Décembre, j'étais de plus en plus mal. La réalité ondulait, se
liquéfiait, comme si rien n'était réel ni solide. Un jour, la pièce disparut au
moment où je rentrais à la maison; elle disparut dans une sorte de liquidité
énergétique pâle. J'en ai parlé à Erica, qui alla voir Vaszonyi : il rentrait de Bulgarie.
Erica m'emmena voir notre professeur, qui put voir que ça n'allait pas, rien
qu'en me parlant. J'étais égarée dans une autre réalité, dont je rentrais et
sortais pendant qu'on parlait.
-
- Erica ne savait probablement pas comment contacter mes parents, et j'étais
incapable de le lui expliquer. Ensuite, je sais qu' ils m'emmenèrent à
l'aéroport d'Heathrow, qu'il m'achetèrent un billet de retour vers New York. Je
les quittais en larmes, ne comprenant pas tout à fait ce que je faisais.
La seule chose qui me reste du voyage, c'est le souvenir d'un gamin avec un
nounours. Je n'ai jamais revu ni entendu parler d' Erica ensuite; j'ignore ce
qu'elle est devenue.
-
- J'ai écrit à M. Vaszonyi de temps à autre et l'ai revu une fois lors d'une
tournée de concerts qu'il donnait aux Etats-Unis. Une fois à New York, je savais
qu'il fallait aller à Philadelphie, où je connaissais quelqu'un.
Je me suis débrouillée pour prendre le bon train, et j'ai appelé Lorenzo, mon
ex-copain, une fois arrivée. Il m'a menée chez lui. Le lendemain, je me suis réveillée, et j'ai regardé par la fenêtre; j'ai vu
Londres, ses rues bondées, les feuilles d'automne aux arbres. Puis je suis
sortie sur le perron, et là, c'était Philadelphie, avec la neige et le
froid.
-
- En revenant à la fenêtre, c'était de nouveau Londres. Quand j'ai dit ça à
Lorenzo, il m'a amenée à l'Hopital Central de Philadelphie, où un médecin des
urgences m'a examinée; j'étais incapable de répondre à ses questions, je ne
savais pas qui j'étais, où j'étais, ou quel jour on était.
-
- J'ai été admise de suite dans le service psychiatrique.
Mon anxiété devint intolérable et continuelle. Je hurlais de douleur à tout
instant, je voulais me suicider. Je ne pouvais plus supporter la douleur. Quand Lorenzo venait, la douleur s'éloignait un peu, mais revenait quand il
partait; je l'ai supplié de rester avec moi, mais il eût vite fini de me rendre
visite.
-
- Un jour, j'ai vu mon dossier dans le bureau des infirmières. Dans le coin, il
était marqué "schizophrène". C'est la première fois que j'ai su le
diagnostic.
-
- Mes parents ont été contactés je ne sais comment.
Mon père vint à l'hopital et prit des dispositions pour me faire transférer
dans une clinique privée dans la campagne, où le Dr Grofe prendrait soin de moi.
Mon père m'y emmena.
-
- J'étais assise dans une pièce avec des chaises oranges pendant que Papa
remplissait les papiers. Je me souviens qu'il fallait que j'accepte qu'il signe
des papiers pour que je reçoive des électrochocs, mais je n'étais pas d'accord;
il ne les a pas signés. Après, c'est le trou noir. Le lendemain, je me suis réveillée, il y avait une
vase de fleurs sur la table de nuit; l'infirmière m'a dit que c'était mon père
qui les avait données. Il était reparti au Michigan. La douleur effroyable n'en
finissait pas.
-
- Je vivais dans un pièce fermée, sur un matelas; l'obscurité se refermait sur
moi. La terreur ne s'interrompait jamais. J'ai eu de plus en plus d'
hallucinations. Dans ma chambre, je voyais des gens que je connaissais se glisser derrière l'
armoire, puis disparaître; j'entendais des voix provenant du plafond, disant des
mots incompréhensibles.
-
- Une dame vint dans le service pour nous expliquer comment faire du macramé,
mais je ne comprenais rien de ce qu'elle disait. C'est alors que j'eus mon
expérience la plus extraordinaire. J'étais étendue dans la salle, après un
repas. Les murs étaient peints d'un vert affreux. Je me sentis brusquement flotter
vers le plafond! Je pensais que ça ne pouvait pas sa produire.
-
- Mais c'était là. Je ne me rappelle pas de grand chose d'autre. Je me souviens
avoir traversé le mur, mais j'arrivais dans un monde différent, un monde que les
mots ne peuvent décrire. C'est là que je me rendis compte à quel point le monde où nous vivons est
limité. J'étais dans un monde amplifié. La sensation vécue, c'est l'expansion.
J'étais hors de la réalité normale, c'était beau.
-
- Après toute cette douleur, j'étais finalement en paix. Cette sensation était
si merveilleuse que je n'avais aucune envie de retourner dans le monde réel. Je
voulais rester dans cet état béni, à jamais. Dans cet autre monde, il y avait des couleurs; la plupart étaient pastel, ou
comme brumeuses. Dans cet autre état de conscience, je savais qu'en "revenant",
je ne pourrais pas me souvenir de ce que je vivais, parce que l'expérience
elle-même serait incompréhensible une fois de retour. Mais je savais aussi que je ramènerai la pensée de ce vécu, de ce qui s'était
passé. Je ne pourrais pas le réexpérimenter, mais j'aurais le souvenir.
-
- Je ne sais combien de temps je suis "partie"; l'expérience en soi n'avait
aucun temps. Je sais qu' en revenant, des semaines s'étaient écoulées.
Je ne suis pas revenue d'un seul coup, ça a mis longtemps, comme traverser le
brouillard; ça ressemblait à une nouvelle naissance, une prise de conscience
graduelle, à partir de rien.
-
- Bizarrement, j'ai commencé à me sentir mieux après l'expérience. Pendant
quelques semaines, j'ai encore eu ces sensations de terreur intense et de
douleur, mais de moins en moins souvent et de moins en moins longtemps à la
fois. On m'a alors transférée dans une unité plus ouverte. Je m'y suis fait des
amis, d'autres patients. J'ai aussi commencé une thérapie par l'occupation.
C'est là que j'ai rencontré des femmes qui avaient été lobotomisées récemment;
elles étaient comme des robots. Je me suis fait un ami dans une autre unité, un
adolescent nommé Matthieu.
-
- On lui faisait un électrochoc par jour pendant 28 jours. Chaque matin, ils se
mettaient à six pour le ligoter et l'emmener au traîtement, il hurlait et se
débattait sans arrêt. On lui faisait les électrochocs contre sa volonté. Une
heure plus tard, il revenait, et ne savait pas qui il était. On passait le reste de la journée à tourner autour du service, je lui
serinais sans arrêt qui il était, où il était, et ce qui venait de lui
arriver. Ca a duré les vingt huit jours. Matthieu m'a dit qu'on l'avait diagnostiqué
schizophrène, lui aussi.
-
- Un week-end de sortie, nous sommes allés chez sa mère; c'était une visite
étrange. A la clinique, j'étais soignée par le Dr Grofe; il était très gentil
avec moi, chose que j'appréciais beaucoup; quand on est malade, on apprécie
vraiment les petites attentions, alors qu'on se sent mal face aux petites
cruautés venant parfois des infirmières ou des aides, et qu'on s'en souvient
longtemps. Mais le Dr Grofe était gentil; on s'asseyait parfois pour bavarder; et ça
m'arrivait de "partir" sans savoir ce que je disais quand j'étais "ailleurs"; il
attendait alors patiemment que je sois revenue et nous reprenions la
conversation. Si ça arrivait, je savais que j'étais partie, et je lui demandais ce que
j'avais dit pendant ce temps, mais il refusait toujours de répondre.
-
- On m'a finalement laissée partir, je me suis installée chez une vieille dame
entre la clinique et chez moi, dans un chambre rose; les hallucinations sont
revenues. Je me souviens d'une nuit plus affreuse que d'habitude: j'ai d'abord
entendu un choeur de voix venant du coin du plafond; je me suis tournée, et
quelqu'un avec des cheveux noir était couché contre moi; à peine je l'ai vue qu'
elle a disparu. Après, j'ai entendu une symphonie à la radio, genre Schumann, mais c'était
une symphonie.
-
- Le lendemain, je me suis aperçue que la radio était débranchée. J'ai essayé
d'aller prendre mes médicaments à la salle de bains, mais je n'arrivais pas à
savoir si je n'y étais pas déjà allée, et cela se répétait.Le lendemain, je suis retournée à la clinique, car je n' arrivais pas à me
débrouiller seule.
-
- Le Dr Grofe a pensé que j'y réussirais mieux si j'étais plus près de chez mes
parents; il s'est débrouillé pour me transférer à l'hopital de la Faculté du
Michigan, pas loin de chez moi à Lansing. Je ne me rappelle pas du tout du vol. J'y suis restée quelques semaines;
c'est à cette époque que mon père a appris que je ne sortirais plus d'une
institution : il me l'a dit plus tard.
-
- Je ne voulais pas rester.
J'en avais assez d'être dans les hôpitaux; j'ai demandé qu'on me laisse
partir, mais le médecin a refusé. Je me suis sauvée un jour, pendant un match de
volley, j'ai dévalé la colline et filé en ville.
- J'étais libre. Les mois suivants, je me suis à peu près remise d'aplomb;
j'ai trouvé un job dans un restaurant où je faisais les sandwiches, et repris
mes cours de musique.
-
- J'ai rencontré un nouveau copain, Jeffrey, avec qui
j'étais allée en université. Jeffrey était enseignant en ville et diplômé de
l'université. Cette relation ne dura pas, Jeffrey s'intéressant à une autre fille
: je suis
sûre que c'est mon poids qui l'a décidé à aller ailleurs: je pesais 75 kgs.
Un jour, après un gros repas au Mc Do, avec sandwich et milk shake, je suis
allée me faire vomir aux toilettes en me mettant les doigts dans la gorge; c'est
une copine qui m'avait appris ça au lycée: ensuite, je n'ai jamais pu perdre
cette habitude. Je fus surprise de la facilité de la chose et de la façon dont
je me sentis ensuite. Purgée et propre. J'ai cru que c'était un bon moyen pour garder Jeffrey, et je suis devenue
boulimique en continuant à me faire vomir, mais c'était le piège, car j'étais
incapable d'arrêter ça ensuite.
-
- Ca a duré 27 ans; j'ignore comment je n'en suis pas morte. Evidemment,
Jeffrey est parti quand même. Ma vie s'est cependant arrangée petit à petit; je
travaillais au restaurant, je suivais des cours à l'université, j'accompagnais
de temps en temps des étudiants dans des récitals.
-
- C'est pendant l'un de ces accompagnements que j'ai croisé ce qui allait être
le pire danger de mon existence, mais j'en ignorais absolument tout encore.
J'allais tomber de Charybde en Scylla, de la glace à l'incendie, et j'aimerais
avoir su alors ce que je sais désormais.
Chapitre
4 - LA SCIENTOLOGIE A MILLE ANS D'AVANCE SUR LA PSYCHIATRIE -
- J'avais fait la connaissance de Jenny au dortoir
deux ans auparavant. Elle était violoncelliste de la section musique à
l'Université du Michigan.
Elle était sociable et populaire, et tout le monde se retrouvait dans sa
chambre le soir pour discuter et s'amuser. Deux ans plus tard; Jenny était
toujours à l'école de musique; j'ai été surprise qu'elle me demande de faire
l'accompagnement lors d'un récital avec au programme le concerto de Lalo, mais
j'étais d'accord.
-
- On a fait quelques répétitions et donné le récital. Jenny m'a invitée au
restaurant chinois d'Ann Arbor pour me remercier. Elle m'a dit qu'elle rentrait de Californie où elle avait rendu visite à son
frère et qu'elle voulait me parler de quelque chose.
-
- Elle avait entendu parler là-bas de la Scientologie, un genre de psychologie
pour s'aider soi-même, qui pouvait servir à ceux qui avaient des ennuis
émotionnels. (Jenny savait quelque chose des miens). Je fus vaguement
intéressée.
-
- Pendant le repas, elle ne cessait de me répéter : "Margery, tu devrais faire
de la scientologie"; j'ignorais qu'elle se servait d'une technique dite "de
répétition" qui met la personne dans un état de transe légère, une technique
qu'elle avait apprise en scientologie.
-
- Cela fonctionna avec moi
: quand elle me l'eût dit une vingtaine de fois, je
sentis la pièce remuer, comme si on l'avait tournée de trente degrés. La
sensation étrange attira mon attention. Je savais que c'était en relation avec
ce que disait Jenny. "Peut-être peux-tu m'en parler ?" lui dis-je. J'avais
obéi.
-
- J'habitais alors un petit appartement à Ann Arbor; Jenny me dit "d'accord,
j'aimerais mieux chez toi, je t'en parlerai là-bas." Elle paya, on partit.
Chez moi, Jenny entama une explication détaillée de la scientologie; elle me
parla des jeunes gens qui vivaient sur le bateau de Ron Hubbard, le fondateur de
la Dianétique et de la Scientologie, quelque part en Méditérannée.
C'était la Sea Org, l'organisation Maritime; ces gens allaient de port en
port répandre la bonne parole scientologique.
-
- Elle me raconta aussi le contrat
d'un milliard d'années à la Sea Org; c'était le temps qu'il fallait pour "mettre
cette planète au clair" et s'attaquer à toutes les autres planètes habitées afin
de les débarasser de leurs problèmes.
-
- Jenny m'expliqua que la Scientologie était une science nouvelle qui soignait
toutes les maladies psychosomatiques, les problèmes émotionnels et physiques, et
qu'elle avait mille ans d'avance sur la psychiatrie.
-
- En fait, la psychiatrie était le principal ennemi de la scientologie,
disait-elle, parce qu'elle pratiquait ces méthodes dépassées, les lobotomies et
les électrochocs. Elle n'eut pas à me persuader de ce que j'avais vu de mes
yeux, des images de Matthieu me revinrent, ainsi que celles des femmes
lobotomisées à la clinique. Plus elle avançait, plus j'étais passionnée. Elle me dit que l'histoire de la
terre remontait à des millions d'années, qu'il y avait eu d'autres civilisations
qui avaient disparu; que les scientologues étaient déjà venu en vaisseau spatial
trente mille ans auparavant, mais avaient dû repartir sans pouvoir aider la
planête. Ils étaient désormais de retour.
-
- Elle m'expliqua la théorie scientologique "d'implantation": il n'y a ni ciel
ni enfer, disait-elle: quand on meurt, l'âme se sépare du corps : elle est
programmée pour retourner dans les "stations d'implantation", dans l'espace,
afin qu'on la reprogramme pour une nouvelle vie sur terre.
-
- On efface alors les souvenirs de l' âme grâce à des procédés électroniques.
Ces stations d'implantation ont été créées il y a des millions d'années; la plus
proche est sur Venus. Ce n'est qu'avec l'aide des techniques scientologiques que
l'on peut échapper à ce cycle d'implantation mortel.
-
- Nous avons bavardé jusqu'à trois heures du matin; j'ai parlé de mes
expériences récentes dans les hôpitaux psychiatriques, de mes crises
terrifiantes de panique, du fait qu'elles me posaient encore problème de temps à
autre. Est-ce que la Scientologie pourrait vraiment m'en débarrasser
?
"Certainement", me dit Jenny; "Ils ont une psychologie efficace à 100 % sur le
mental. C'est garanti. Si ça ne marche pas, tu es remboursée, mais ça n'arrive
jamais."
-
- J'étais ferrée. J'aurais essayé n'importe quoi pour retrouver l'équilibre.
"Comment puis-je avoir de l'audition ?" "Très simple; je viendrai t'auditer
demain; ça ne te coûtera rien."
-
- Elle partit. Je fis des rèves d'OVNIs et de gens étranges aidant les
terriens. Est-ce que je faisais partie de leur groupe ?
-
- Le lendemain, elle vint me voir avec une petite boite en bois, et un sac
d'affaires. Elle mit la boîte sur la table, et m'expliqua qu'il s'agissait d'un
électromètre, ou électrogalvanomètre, qui servait en audition.
-
- Elle me montra l'aiguille qui balladait sur le cadran. Elle brancha deux
boites en fer-blanc sur les fils, me fit prendre ces boites, et règla
l'appareil. Puis elle prit du papier et un stylo. Elle m'expliqua que l'appareil voyait juste en-dessous du niveau de
conscience, que lorsque une "zone de charge" était touchée, l'appareil
réagissait, et qu'elle le voyait réagir. Elle me dit qu'elle allait me poser des
questions et qu'il fallait simplement répondre ce qui me venait à l'esprit.
-
- Elle commença en me demandant des question de routine, si j'avais assez
mangé, si je n'avais pas pris d'alcool au cours des dernières vingt quatre
heures, etc. Puis on attaqua la séance. Elle me posa des questions au sujet de
mes crises de panique. Elle me questionna sur mon passé, sur mon enfance, mes
parents. Elle me demandait souvent "Y-a-t'il un incident antérieur où tu as vécu une
crise de panique ?" Je lui ai dit tout ce qui me venait. On y a passé quelques
heures, mais rien d'extraordinaire; j'étais surprise qu'elle m'annonce "Fin de
séance", je m'attendais à quelque chose de plus dramatique.
-
- Elle m'expliqua que c'était normal, qu'on était seulement au début des
auditions et qu'il faudrait peut-être pas mal d'heures pour trouver la source
des mes ennuis. Elle avait pris des notes tout du long. Elle m'expliqua qu'il fallait qu'elle rende ces notes au "Superviseur des
cas" qui les étudierait et donnerait des instructions pour la séance
suivante.
-
- Nous sommes parties vers une maison d' Ann Arbor où se trouvaient le QG local
de la scientologie.On m'a conduite dans une petite pièce où siégeait "l'
Examinateur"; on m'a expliqué qu'après chaque séance, je verrais l'Examinateur
ou "Exam", qui verrait le comportement d'aiguille de l'électromètre, et que je
pourrais lui faire mes commentaires sur la séance écoulée.
-
- L'examinateur me demanda de prendre les boites d'électromètre, et je m'assis; il me
dit mystérieusement: "Je voudrais t'indiquer que ton aiguille flotte"; puis "Tu
peux partir". Je suis sortie de la pièce minuscule; il y avait plusieurs
personnes dans la salle en train d'attendre des séances d'audition. Jenny
annonça " Je voudrais vous dire que Margery vient d'avoir sa première
séance !". Tout le monde me félicita, j'en rougis, mais j'étais contente de l'attention.
Le soir, Jenny me demanda de l'accompagner à un concert de violoncelle.
J'y ai assisté, mais j'avais la tête ailleurs, je pensais à ce qui m'était
arrivé ce jour là. Après le concert, je descendis aux toilettes, et en me lavant
les mains, je me vis dans la glace.
-
- Brusquement, j'ai quitté le corps, et j'ai ressenti une impression agréable
de flottement. "Jenny avait raison" je me disais, "Je ne suis pas mon corps; je
suis un esprit. Cette scientologie, il y a quelque chose dedans, après tout."
Mon extase dura pendant le retour chez moi; je l'ai dit à Jenny, ce qui eût
l'air de l'exciter. "Je crois que tu as eu une cognition de Clair", me dit-elle.
"C'est vraiment bon signe".
-
- De retour chez moi, elle appela un pianiste de concert en Californie, un gars
nommé Mario avec qui elle était en contact au QG Californien de la scientologie.
Quand elle revint dans la pièce après l'appel, elle avait un drôle d'air en
venant à moi: "Je ne peux plus t'auditer, il te faut quelqu'un ayant des
qualifications plus élevées; il va falloir que tu ailles en Californie pour
continuer tes auditions, pour qu'ils s'occupent de ton cas." J'étais effarée. Mais je n'eus guère à réfléchir
... si ça signifiait me
débarrasser de mes paniques, je voulais bien aller à l' autre bout de la
planète. "J'irai, dès que je pourrai faire mes valises."
-
- J'ai appelé Maman le lendemain à Lansing pour lui dire que je partais en
Californie; elle a emmené mes affaires à la maison. Elle a bien essayé de me
poser des questions sur ce que j'y ferai, je lui ai expliqué la scientologie,
très excitée. "J'ai finalement trouvé un remède, ils peuvent me guérir de mes crises
d'angoisse, ils ont mille ans d'avance sur la psychiatrie ..." je citais déjà la
ligne du parti. Je ne me souviens guère du voyage en Californie; je me souviens
qu'à l'atterrissage, j'ai vu cette soupe de pois sur la ville, le fameux
brouillard de Los Angeles.
-
- En entrant dans cette ville brumeuse, j'allais vers une autre aventure, vers
la quête incessante que j'avais entreprise pour retrouver l'équilibre. Je tenais
la gerbe de foin, mais c'est tout ce que j'avais pour l'instant
-
- Chapitre 5
- LOS
ANGELES, LE LAVAGE DE CERVEAU COMMENCE
-
- En Octobre 1967, habillée d'un truc hippie, en
sandales, j'ai débarqué au soleil chaud de Los Angeles. J'ai pris un bus pour la basse ville. Jenny m'avait donné l'adresse du
Celebrity Center - le centre des Célébrités - où s'inscrivent les artistes et
les stars; c'est là qu'elle m'envoyait puisque j'étais pianiste.
Il se trouvait au coin de le rue Burlington et de la Huitième rue, dans un
vieux bâtiment biscornu tout près du parc Mc Arthur qui sert de domicile à des
centaines d'alcooliques et de clochards de Los Angeles. Je ne fis guère
attention au voisinage : je cherchais le sauvetage de mon âme et de mes
émotions.
-
- En y entrant, c'est une jolie femme d'une quarantaine d'années qui me reçut,
Yvonne; on aurait dit une amie de longue date que j'aurais retrouvée. "Bienvenue
ici, ma chère, Jenny nous a tout dit à ton sujet," dit-elle en m'embrassant.
Elle m'amena dans la pièce principale du Centre. Il y avait une trentaine
d'étudiants au milieu de la pièce, sur des rangées de tables; pas de bruit sauf
celui des pages ou quelques murmures. Un jeune homme tenant un serre-papiers passait d'une table à une autre; il
donnait de temps en temps une feuille à un étudiant.
-
- Je vis quelques affiches sur les murs, et une grande photo d'un gros type
souriant, habillé en marin; j'ai pensé tout de suite qu'il s'agissait de L. Ron
Hubbard, fondateur de la scientologie.
-
- Yvonne m'a dirigée vers une table dans un coin, et présenté le petit jeune
homme assis là. "Mario, c'est Margery, l'amie de Jenny, elle arrive tout juste
du Michigan." Jenny m' avait tout dit sur Mario, le pianiste de concert qui
avait amené Jenny en Sciento. "Bienvenue, Margery, sourit Mario. Il avait l'air excessivement gentil, avec
un sourire qui lui mangeait la figure. Je l'ai trouvé très sympa d'emblée. Je me
suis assise pour lui parler, car c'était lui qui superviserait mes progrès en
scientologie.
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- Le bavardage s'approcha de l'argent; Mario voulait savoir combien j'avais
amené avec moi. Je lui confessai avoir dans les cinq cent dollars, pas du tout
méfiante. "Bon, tu vas pouvoir commencer le cours de Dianétique, alors, c'est ce
qu'il coûte", me répondit-il en souriant.
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- "Oui, mais où vais-je vivre? Et qu'est-ce que je mangerai
?" lui
demandai-je. "T'inquiètes pas, m'assura-t'il, on s'occupera de tout; tu trouveras de quoi
te loger. Tu peux commencer le cours demain."
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- Je lui donnais donc tout l'argent que j'avais, et il me fit signer quelques
papiers pour le cours. Puis il me tendit un petit livret bleu que je devais lire pour commencer le
cours du lendemain. C'était le "Livret du Préclair".
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- J'y ai appris que j'étais considérée comme préclair, c'est à dire quelqu'un
qui est sur la voie pour devenir "clair", un niveau de scientologie assez vanté,
et qu'une fois Clair, je serais débarrassée de mon "mental réactif" par
l'audition, car c'était ce mental réactif qui m'avait soi-disant créé tous mes
ennuis.
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- Clair n'était pas suffisant: d'autres niveaux, les "niveaux OTs" [prononcer
Oti] arrivaient après. OT, c'étaient les initiales de "Thétan Opérant". Un
"Thétan", c'est le nom que la sciento donne à l'âme, à ce qu'on est
soi-même. La scientologie ne considère pas la personne comme étant un corps, mais elle
considère au contraire que le thétan possède un corps.
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- Le but de l'audition [ou auditing] consiste à rendre la personne "apte à
agir" sur son corps ainsi que sur le monde qui l'entoure. La brochure expliquait
que le but de l'audition était de localiser et ôter la "charge électrique"
entourant la personne; cette charge était emmagasinée dans le "mental" de la
personne sous forme "d'engrammes", c'est à dire des moments douloureux du
passé. Une fois la charge nettoyée, non seulement la personne serait claire, mais
elle serait de plus en mesure de quitter son corps à volonté et de voyager en
observant tout dans le monde physique, c'est à dire la matière, l'énergie,
l'espace et le temps.
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- Cette aptitude est connue sous le nom d'extériorisation, en scientologie.
J'essayais de comprendre ce que je lisais, c'était tellement différent de tout
ce que j'avais lu ... Je pensais "Claire" ? " Libérée de mon mental réactif, Libérée de mes crises
de panique, à jamais ! " Bon, c'est pour ça que j'étais là ; je ne pouvais plus
attendre. On a décidé que je serais logée à la maison à côté du centre, dans
Burlington Street.
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- On m'a montré une chambre à trois lits, j'ai choisi celui qui était près de
la fenètre. Je regardais les plants de cactées dehors, sous la lune claire;
c'était si beau, et tropical ... un monde nouveau. J'entendis qu'on m'appelait - une voix sortie de nulle part - une voix
d'homme splendide, magnifique.
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- C'était bien sûr une hallucination, mais j'ai pris ça pour un signe prouvant
que j'étais au bon endroit. J'ai mangé avec les autres occupants
: Glynnis et
Geoffrey, un jeune couple, un autre couple avec deux enfants, et Robert, un
violoniste habitant à l'étage. Je suis allée me coucher tôt, mais j'ai été
réveillée en pleine nuit par un jeune homme basané qui se mit au lit.
On a peu parlé; il m'a dit s'appeler Lance, et venir de la Sea Org,
l'organisation maritime sur les bateaux. Lance me dit toutes sortes de choses sur moi, sur mes parents et sur
l'hôpital; "comment sais-tu tout ça?" lui ai-je demandé.
"Je sais parce que je suis un OT. "
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- J'ai admis la chose et j'ai pensé, dans mon lit.Il y avait tellement de
choses nouvelles à analyser, dans cet endroit magique.
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- Le lendemain, après un déjeûner express, je suis arrivée au Centre à huit
heures, pour le "cours". Yvonne annonça "Nous avons une nouvelle étudiante, souhaitons-lui
bienvenue!", dit-elle. J'ai eu droit à des applaudissements; je me suis sentie
accueillie. On m'a ensuite passé un exemplaire du livre "La Dianétique, Science Moderne
de la Santé Mentale", la "Bible" de la sciento, ainsi qu' un "paquet de cours",
un dossier épais écrit en rouge sur blanc.
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- Au début du paquet, il y avait une "checksheet", [une feuille de contrôle];
il fallait que je lise tous les éléments du paquet, que je sois "vérifiée
coefficient étoile" sur chacun, ou harcelée, par un autre étudiant.
Chaque élément était un "Bulletin", ils étaient tous écrits par Hubbard. J'ai
commencé à lire.
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- Le premier bulletin s'appelait "Les Buts de la Scientologie", il servait à me
souhaiter la bienvenue. "Une civilisation sans démence, sans criminels et sans
guerre, où les gens capables puissent prospérer et les gens honnètes avoir des
droits, où l'homme soit libre d'atteindre de plus hauts sommets, ce sont là les
buts de la scientologie.
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- Déjà promis il y a une quinzaine d'années, ces buts sont à la portée de notre
technologie. De nature apolitique, la scientologie souhaite bienvenue à toute
personne de toute croyance, race, ou nationalité. Nous ne cherchons pas la
révolution, mais l'évolution vers des états d'être plus élevés pour l'individu
et la société. Après des millénaires d' ignorance de l'être humain à son propre
sujet, au sujet du mental et de l'univers, une percée a été effectuée pour
l'Homme.
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- D'autres efforts effectués ont été surpassés. Les vérités combinées de
cinquante mille ans de penseurs, distillées et amplifiées par des découvertes
récentes, ont rendu cette réussite possible. Nous vous souhaitons bienvenue en
scientologie.
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- Nous attendons de vous que vous nous aidiez à atteindre nos buts et à ce que
vous aidiez les autres. Nous nous attendons à ce que vous soyez aidé. La
scientologie est le mouvement le plus vital de la planète.
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