- Témoignage de Jean-Jacques Greneron, ex-scientologue
L'Humanité,
24 septembre 1999. Propos recueillis par
Emilie Rive
A l'occasion du procès de Marseille, dont les
audiences se sont déroulées du lundi 20 eu jeudi 23 en septembre 1999,
Jean-Jacques Greneron, s'est joint à Raymond Scapillato parmi les plaignants
contre des scientologues. Il avait, mardi soir, le sourire éclatant et le regard
moqueur de celui qui a réussi une bonne farce. Il venait d'affronter, avec
humour, les très impressionnants avocats de la Scientologie.
Partie civile au
procès seulement depuis lundi matin, il était arrivé le regard bas, fuyant les
cameramen, les photographes, les journalistes. S'enfuyant même à midi, après
avoir été approché par ses anciens compagnons.
J'avais besoin de travailler. J'ai trouvé, dans le journal, une annonce :
"Aider les autres, ça vous intéresse ?" Je me suis présenté.
J'ai fait un test de personnalité. J'étais
apparemment trop nerveux. J'avais besoin de gens qui m'écoutent.
Ils étaient
accueillants : ils vous serrent la main, vous sourient, vous écoutent. Dans une
grande ville, on ne rencontre pas cela souvent. J'avais vingt-huit ans. Par la
suite, j'ai mis des prospectus dans les boîtes à lettres. Puis j'ai vu des gens
dépenser des sommes astronomiques, donner la moitié de leur salaire, vendre leur
voiture, divorcer, vendre leur commerce.
J'ai commencé à me poser des questions. Comme j'étais trop nerveux, on m'a
dit de faire de l'audition dianétique. J'ai donc fait trois "intensives".
On répète un mot, une image, une couleur, une odeur. On vous fait répéter des
choses difficiles à vivre, vos souvenirs, la perte d'un parent ... On déterre.
Je
suis remonté jusqu'à ma naissance. D'autres, jusqu'à leur vie antérieure ! 25
heures en trois jours. Jusqu'à devenir inconscient, tant on est fatigué, jusqu'à
n'être plus dans son état normal. Je suis tombé dans l'irréalité. Ils vous
donnent d'autres bases : ils ont la vérité, ils vous la font partager.
Finalement, c'est leur vérité, ce n'est pas la vôtre. C'est une réalité qui
n'existe pas. Ils vous font miroiter n'importe quoi : j'ai signé un contrat d'un
milliard d'années ! Et je ne crois pas à la réincarnation. Il faut être un peu
bargeot. Je n'avais plus conscience de la réalité.
Je suis parti à Copenhague aux frais des Assedic parce qu'ils m'ont promis un
emploi. Mais là-bas ... Travailler quinze heures par jour pour mille francs par
mois, ce n'est pas supportable. L'armée ne m'a jamais plu. La Scientologie est
fermée, cloisonnée comme l'armée. Et ça je le refusais. Ici tout paraît gentil,
mais à Copenhague, c'est une armée.
Xavier Delamare, quand je l'ai vu pour la première fois, était habillé en
sous-officier de marine. Cela n'a rien à voir avec une religion. Quand vous
allez prier dans une église, on ne vous demande pas d'argent. Si vous voulez,
vous achetez cinq francs un cierge ... Là, pour être meilleur, il faut dépenser
des milliers de francs. Ils m'ont demandé de vendre ma moto. Ils auraient pu
demander n'importe quoi mais pas ça. Pas ma moto ! C'est ce qui m'a fait revenir
sur terre. Alors, j'ai fait croire que je retournais à Marseille, que je
vendrais tout et que je reviendrais. Puisqu'ils mentent tout le temps, je
mentais aussi.
La séparation a été très difficile à assumer. J'ai vécu cela comme on vit un
manque, une dépendance. Mais j'ai fini par porter plainte et ils m'ont rappelé,
ils ont essayé de faire pression. Sous l'emprise de la peur, j'ai signé une
décharge.
- Ils menaçaient de révéler à mon employeur que j'avais volé,
quand
j'étais adolescent, un vélo et une mobylette.
Je suis venu au procès mais j'avais encore peur. Et, en même temps, envie de
leur rendre la monnaie de leur pièce. C'était ma peur à dominer, ma vie de
victime à affirmer.
Aujourd'hui je suis content. J'ai réussi à me retourner, à
regarder l'avocat, à lui dire que s'il voulait, je pouvais lui donner le vélo et
que s'il en trouvait le propriétaire, je rendrais la mob ! Je n'ai plus peur.
Vendredi, je vais passer des tests pour un emploi. J'ai tourné le dos au
passé.

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