- ENTREPRISES
ET SCIENTOLOGIE, L'INFILTRATION
PAR LE HAUT
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- Le
public se méfie des adeptes de Ron Hubbard
qui racolent dans les rues.
- Les
entreprises sont plus vulnérables
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- 24
heures, 19 octobre 1992 (page 15)
- [Texte
intégral]
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- Les
scientologues à la rue de la Madeleine à
Lausanne: tout le monde, ou presque, connaît.
Le raccolage dans la rue, l'incitation à
faire un test de personnalité et le piège
qui ne demande qu'à se refermer.
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- Récemment,
la Municipalité de Lausanne, répondant
à la conseillère communale Marlyse
Chenevard, a expliqué en substance que l'activité
de l'Eglise sur la place publique n'était
pas contraire aux règles du droit, avouant
ainsi son impuissance. Cependant, les personnes
qui se font accoster sont désormais plus
méfiantes.
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- Mais
il existe d'autres moyens pour les scientologues
de tenter de recruter de nouveaux adeptes: les
cours de management et d'organisation donnés
aux entreprises, le plus souvent aux dirigeants
et aux cadres. Méthodes d'autant plus sournoises
que la secte avance masquée. Difficile, en
effet, de savoir que derrière telle ou telle
entreprisede conseil se cache l'organisation fondée
par Ron Hubbard. Cela n'est jamais dit.
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- L'infiltration
de la secte par le biais des entreprises n'est d'ailleurs
pas une nouveauté. En 1991, Le Point
rappelait que le conseil en management a toujours
été une spécialité.
«Ne constitue-t-il pas le moyen idéal
pour diffuser thèses de Ron Hubbard auprès
d'un public choisi et fortuné ? Et ne permet-il
pas d'obtenir des informations souvent intéressantes
sur telle ou telle société ?»
se demandait alors l'hebdomadaire français.
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- Terrain
de chasse vaudois
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- Pas
besoin d'aller en France pour trouver de telles
entreprises. Plusieurs sont actives en Suisse romande,
en parti- culier en terre vaudoise. C'est le cas de
Lightec, dirigée par Jean-Luc Guignard (membre
de Wise, une société qui regroupe
des entrepreneurs scientologues) à
Arnex-sur-Orbe, de U-Man à Blonay,
qui diffuse le test U-Test (voir
encadré).
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- A Vernier, on trouve aussi la société
Organisation et Management, dirigée par Monique
Kimmeier, qui avait ouvert, vers le milieu des années
huitante, une garderie
dans le quartier de Chailly à Lausanne, La
maison des enfants.
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- Remarque:
en date du 1 août 2010 nous avons reçu la
confirmation que Mme Monique Kimmeier a quitté la scientologie
et que son entreprise «Organisation et Management» n'est plus affiliée au
réseau des entrepreneurs scientologues (WISE)
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- Jean-Luc
Guignard, le responsable de Lightec, est un
scientologue convaincu. «La scientologie n'a
jamais pû et ne pourra jamais rendre
personne fou, mais au contraire est capable
d'améliorer la santé mentale et l'équilibre
d'une personne», nous écrivait-il en
février 1991, à la suite d'articles
publiés dans nos colonnes. Sa
spécialité: convain- cre un chef
d'entreprise d'améliorer son emploi
du temps. Le premier séminaire dure une
journée, pendant laquelle l'activité
du PDG est passé au crible, et les moments
perdus systématiquement détectés.
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- En octobre
1991,
selon notre confrère Le Matin, 250 patrons
avaient déjà subi ce traitement de
choc. Le point fort de cette démarche, explique
quelqu'un qui a fait cette expérience,
est que le directeur ou le cadre se dévoile
au travers de ses qualités, mais aussi
par ses défauts. Or, on sait que les
failles d'un individu intéressent tout particulièrement
les scientologues.
- Rodé
et efficace
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- Un
bilan de la journée est établi quelques
mois plus tard et c'est alors
que le responsable de Lightec
mandate Organisation et Management, qui prend
le relais et contacte à son tour l'entreprise.
Il s'agit cette fois de permettre au client d'atteindre
des objectifs définis, en analysant
notamment la structure de l'entreprise. Coût
de l'opération: plus de 25'000 francs. (16'000
euros)
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- Remarque:
en date du 1 août 2010 nous avons reçu la
confirmation que Mme Monique Kimmeier a quitté la scientologie
et que son entreprise «Organisation et Management» n'est sont plus affiliée au
réseau des entre- preneurs scientologues (WISE)
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- Monique
Kimmeier nie le lien existant entre l'Eglise et
sa société, mais reconnaît
qu'elle utilise les technologies de Ron Hubbard
en matière de management, à propos
desquelles d'ailleurs elle ne veut pas s'étendre.
Elle confirme en outre ses liens professionnels
avec Jean-Luc Guignard, et juge enfin que ses relations
personnelles avec la scientologie relèvent
du domaine privé.
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- L'efficacité
du système ? Redoutable.
«Jean-Luc Guignard est très persuasif.
et convaincant, confie un chef d'entreprise qui
a eu affaire à lui. Il ne fait pas d'allusion
à Ron Hubbard, ni à la scientologie.»
Le responsable ajoute cependant avoir commencé
à douter des intentions de ses consultants
lorsque
des cours de management intensifs lui ont été
proposés, qu'il a dû remplir un questionnaire
de personnalité et que, progressivement,
il s'est senti manipulé. «Un manager
devrait toujours demander au conseiller en
gestion qui le contacte
s'il s'inspire des théorie de Ron Hubbard»,
commente le responsable d'une entreprise de la branche,
qui se plaint de cette concurrence qu'elle
juge néfaste.
- Doutes
pour maigrir
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- Une
publicité abondante dans les journaux, qui
dit notamment que
«95% des personnes ayant appliqué
cette méthode ne reprennent pas de poids
après le régime»: telle se présente
la méthode d'amaigrissement Trimlines.
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- Trimlines,
ce sont 28 centres répartis en Suisse,
selon l'un des adjoints d'Izhar Perlman, l'homme
qui délivre les franchises d'exploitation
aux centres helvétiques. Or,
M. Perlman est scientologue, affirme notamment Jean-Luc
Barbier, qui a quitté la secte depuis
plusieurs années et qui vient d'ouvrir
un centre d'information Info-Sectes à Romanel-sur-Morges.
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- Remarque:
en date du 29 septembre 2008 nous avons reçu la
confirmation que M. Izhar Perlman a quitté la scientologie
et que ses entreprises ne sont plus affiliées au
réseau des entrepreneurs scientologues (WISE)
- Coûts
élevés
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- On
trouve des centres Trimlines dans toute la Suisse
romande. A Lausanne (rue de Bourg 21), à
Neuchâtel à Bienne, àGenève
et à Fribourg. Peut-on affirmer que
le réseau est contrôlé
par la secte ? Certes non. Mais
des questions se posent. En particulier à
propos des coûts très élevés
de ces programmes d'amaigrissement.
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- C'est
ainsi que les associations de consommateurs se méfient
de Trimlines. Notamment la Fédération
romande des consommatrices (FRC), qui a publié
une longue enquête dans J'achète mieux.
La FRC se déclarait alors «choquée
par les prix exorbitants de Trimlines». Seule
la première séance de prise de contact
et d'information est gratuite.
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- Des
exemples de prix: 5500 francs pour une personne
qui voulait perdre vingt kilos, ou encore 3587
francs pour un diminution de poids espérée
de huit kilos. Les
clientes qui ne peuvent pas payer comptant sont
incitées à contrac- ter un petit
crédit. On leur suggère aussi
vivement de donner le nom de leurs amies qui pourraient
être intéressées par Trimlines.
- Pression
-
- S'ajoute
aussi de la pression psychologique. Une collaboratrice
de la FRC raconte ainsi qu'une cliente de Trimlines
s'est entendu dire un jour: «Si quelqu'un
de votre environnement s'oppose à votre
progression d'une quelconque manière, informez-en
votre conseiller.»
- Un
test très dirigé
-
- «Chefs
d'entreprise, ne jugez pas vos collaborateurs sur
leur apparence,
mais mesurez leur potentiel véritable.
(...) Avec le système U-Test, vous préservez
votre temps, votre argent et vos nerfs, en prévoyant
la productivité de votre équipe. (...)
La sélection et l'encadrement du personnel
sont les points les plus importants du contrôle-qualité
au sein de votre entreprise.»
-
- La
publicité de U-Man à Blonay est alléchante.
Ce qu'elle ne dit pas, c'est que le test dont il
question est en grande
partie une copie du fameux test de personnalité
que les scientologues,
proposent à leurs victimes poten- tielles.
Peter Molnar, administrateur de la société,
précise néanmoins «que plus
du tiers des questions ne sont pas les mêmes»
et que «les grilles de calcul sont tout à
fait différentes».
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- Par
rapport aux questionnaires diffusés
par l'Eglise, l'emballage diffère: le U-Test
se présente dans un classeur, imprimé
sur du papier luxueux. Le contenu ? 200 questions
auxquelles le candidat
à un poste de travail doit répondre.
Le classeur comporte aussi un descriptif du poste,
que les entreprises doivent remplir, ainsi que des
conseils pour rédiger une offre d'emploi.
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- On
trouve de tout dans les questions posées
dans le U-Test. De «ressentezvous vivement
un échec ?" (question 2) à «mangez-vous
lentement ?" (105), en passant par «souriez-vous
souvent ?" (120), «est-ce que le nombre
de vos travaux inachevés vous préoccupe
?"
(146), «soupçonnez-vous quelqu'un de
ne pas vous aimer et de vous critiquer auprès
des autres ?" (158) ou encore, allusion
aux questions financières, «achèteriez-vous
à tempérament, tout en espérant
pouvoir honorer vos traites?" (61).
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- L'intérêt
suscité par un tel questionnaire ? Il
est réel auprès de plusieurs entreprises,
qui cherchent à engager des collaborateurs.
A Lausanne, chez Carrières cadres, une filiale
de Manpower, on n'utilise pas ce test. Mais
on confirme qu'il n'est pas rare qu'un candidat
à un poste a responsabilité ait rempli
ce guestionnaire lors de démarches
précedentes. Certaines entreprises,
précise-t-on chez Manpower, considèrent en effet que le U-Test est aussi
crédible que les autres tests disponibles
sur le marché.
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- Michel
Pont
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