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LA CAIMADES Une cellule en France pour lutter contre les dérives sectaires Création d'une police anti-sectes en France: la Caimades (lyoncapitale.fr - 26 novembre 2009) Entretien avec Frédéric Malon, responsable de la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérive sectaires (Caimades) de la police judiciaire (La Croix - 25 novembre 2009) Rapport 2009 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives Sectaires La Miviludes met en garde contre le néo-chamanisme (besoindesavoir.com - 19 avril 2010) Nouvelles directives du Ministère du Travail pour lutter contre le travail dissimulé (besoindesavoir.com - 19 avril 2010) Création par le ministère de l'Intérieur de la CAIMADES (Cellule d'assistance et d'intervention en matière de dérives sectaires) (besoindesavoir.com - 19 avril 2010) |
Par Lisa BRON et Guillaume LAMY
Ce jeudi 26 novembre, 250 personnes environ se sont rassemblées à l'Hôtel de Ville de Lyon pour dresser un état des lieux des sectes en France. L'occasion de présenter la première police europénne spécialisée en la matière. De multiples hauts fonctionnaires d'Etat étaient présents, comme la direction générale de la santé, Jacques Gérault, le préfet du Rhône ou Georges Fenech, l'ancien député du Rhône qui avait instruit le procès de la Scientologie à Lyon, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). L'un des temps forts du colloque a été l'intervention du commandant Bernard Malfay, de l'Office central de répression des violences aux personnes, qui a publiquement officialisé la création de la CAIMADES, la Cellule d'assistance et d'intervention en matière de dérives sectaires. Il s'agit d'un petit groupe de six fonction- naires (police et gendarmerie) qui a vocation à "porter assistance à tous les services de police et de gendarmerie qui seraient confrontés à des dossiers de dérives sectaires". "Traiter un vol, un braquage, voire un viol, c'est facile, ajoute le commandant Malfay. Traiter de l'emprise mentale s'avère un peu plus compliqué". La CAIMADES dispose donc de"canevas d'audition", sorte de guidelines qui permettent aux fonctionnaires d'audi- tionner les personnes sur leur passé, de façon à aider les experts psychiatres à déterminer s'il y a eu ou non une emprise mentale, une allégeance à un gourou, une altération de la liberté de choix, etc, autrement dit des critères qui permettent de spécifier l'infraction d'emprise mentale. A titre de formation spéciale, le groupe en question fait notamment appel au Professeur Parquet, médecin psychiatre à l'Université de Lille II. Collomb va rencorcer le Conseil lyonnais pour le respect des Droits Plus tôt ans la journée, Gérard Collomb, le maire de la ville de Lyon, a exprimé sa fierté d'accueillir ce colloque qui, selon ses propos, à la mission de tous "nous interroger sur les valeurs de tolérance, de respect des individus, de liberté de conscience et de laïcité, qui sont les fondements de notre démocratie". Il a salué le Lyonnais Georges Fenech et son engagement dans la lutte contre les dérives sectaires. Au niveau des responsabilité des pouvoirs publics, il a convenu qu'il fallait reconsidérer désormais "plusieurs cen- taines d'organismes, de toute taille, de toutes formes juridiques, intervenant dans les domaines de la santé, la prise en charge des enfants et des personnes âgés, etc." Il a finalement annoncé que l'une des première décision qui prendra suite au colloque sera la suivante: "Comme Maire de Lyon, je vais donner une nouvelle vitalité au Conseil Lyonnais pour le Respect des Droits. Cette commission extra-municipale joue un rôle essentielle de coordination des associations de défense des Droits de l'Homme". Jean-Marie Bockel: les dérives sectaires sont des "virus mutants" En fin de journée, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Justice, a clôturé ce colloque sur les dérives sectaires qu’il a - c’est très d’actualité - comparé à des «virus mutants» qui diffusent «sous des formes souvent insidieuses le poison de la manipulation des conduites humaines et des esprits, attentatoires à la dignité des personnes et aux libertés fondamentales». Jean-Marie Bockel a souligné la «mobilisation de chaque instant» du gouvernement sur un phénomène en «perpé- tuelle mutation, générateur de nouveaux risques liés à l’utilisation notamment de l’internet», phénomène analysée comme « une pathologie de la croyance sur fond d’individualisation et de dérégulation de la croyance». Le secrétaire d’Etat à la Justice a appelé de ses vœux un « renforcement de la coopération judiciaire européenne», les grandes organisations à caractère sectaire ne connaissant pas de frontières. Coopération judiciaire européenne Jean-Marie Bockel a fait quatre propositions essentielles allant dans ce sens: la création d’un «espace juridique européen visant les activités illégales des organisations à caractère sectaire» l’élaboration d’un «code européen de règles déontologiques», la création d’un «observatoire européen sur les dérives sectaires» et l’institution d’un «organe permanent d’harmonisation des jurisprudences des Etats membres». Le secrétaire d’Etat à la Justice s’est également adressé à l’Unadfi et au CCMM, les deux principales associations d’assistance aux victimes, leur promettant de «faire un effort» pour l’allocation de nouvelles subventions Lire le dossier sur les sectes à
Lyon du journal Lyon Capitale |
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La Croix Entretien avec Frédéric Malon, responsable de la cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérive sectaire (Caïmades) de la police judiciaire. Ce service d’enquête spécialisé sur les dérives sectaires va s’exprimer pour la première fois au Colloque national organisé jeudi 26 novembre par la Miviludes La Croix: Quand et comment a été créée votre cellule spécialisée sur les sectes ? Frédéric Malon: Elle date du mois de septembre dernier. Depuis sa création en 2006, l’office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) était chargé de la lutte contre les dérives sectaires. Mais cela restait marginal dans une activité essentiellement axée sur les affaires criminelles classiques. À partir de 2007, j’ai constaté qu’il y avait un vrai besoin, car il n’y avait pas de service spécifique ayant une vision nationale et internationale de ces questions. J’ai donc spécialisé un petit groupe sur la question des sectes. Et cette année, nous sommes passés à la vitesse supérieure, puisque ce groupe, constitué de six enquêteurs à temps plein – quatre hommes et deux femmes –, ne traite plus que les affaires de dérives sectaires. Comment travaillez-vous ? Nous avons plusieurs missions. Tout d’abord, l’assistance. S’agissant des victimes, nous avons vocation à identifier des professionnels – psychiatres, psychologues – capables de prendre en charge les sortants de sectes, ainsi que les réseaux associatifs compétents. Nous avons également une mission opérationnelle, d’intervention. Nous pouvons recevoir directement des plaintes, auquel cas nous avisons le magistrat afin qu’il confirme notre saisine. Nous pouvons aussi être saisis par les magistrats, en propre ou dans le cadre d’une co-saisine, en soutien d’enquêteurs travaillant localement. Notre spécificité, ce sont les dossiers complexes, nécessitant une expertise particulière (juridique, théorique, etc.), ou encore les dossiers sensibles, comme la scientologie ou plus récemment, l’affaire Monflanquin (1), sur laquelle nous travaillons en association avec la PJ de Toulouse. Qu’est-ce qui fait la complexité de l’enquête sur les phénomènes sectaires ? Je vais vous donner un exemple: la notion d’«emprise sectaire» est très difficile à caractériser. La preuve en est qu’à ma connaissance, il y a eu très peu de condamnations, peut-être une ou deux, sur la base de la nouvelle infraction d’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse (NDLR: loi About-Picard de 2001). Plusieurs critères ont été définis, dont au moins cinq d’entre eux doivent être réunis pour qu’on puisse parler d’emprise. Leur connaissance nécessite une formation et une expérience spécifiques. Nous avons mis au point des canevas d'auditions d’adeptes, de témoins, de suspects, qui nous permettent d’explorer cette dimension. Avez-vous des contacts avec vos homologues étrangers ? Cela fait partie de nos missions. Nous échangeons nos informations sur certains mouvements, nos règles de bonnes pratiques, etc. Les Belges, par exemple, ont une cellule semblable à la nôtre. Mais il y a beaucoup de pays avec lesquels nous avons des problèmes de compréhension, comme les États-Unis, qui mettent en avant la liberté d’expression et n’ont pas la même approche que nous de ces phénomènes. Précisément, certains estiment que nous en faisons trop en matière de lutte contre les sectes. Quel est votre sentiment ? Je ne sais pas comment on peut dire ça car, avant, il n’y avait pas grand-chose ! S’il y a des victimes, il est normal que l’État les prenne en compte. Toutes les victimes ont droit à une égalité de traitement, quelle que soit l’atteinte qu’elles ont subie. Par ailleurs, notre action est bien circonscrite. Nous ne nous attaquons pas à des groupes ou à des personnes en tant que tels, mais à ceux qui commettent des actes délictuels. Ce sont les dérives qui nous intéressent. Dans un an environ, nous ferons le bilan de notre dispositif. Si l’on voit qu’il est trop important, on s’adaptera. Mais on ne pourra en juger qu’avec le temps. Recueilli par Marianne GOMEZ (1) La semaine dernière a été mis en examen un homme soupçonné d’avoir exercé son emprise pendant près de dix ans sur onze membres d’une famille du Lot-et-Garonne qui vivait retranchée dans son château de Monflanquin. |
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La Miviludes - Mise en garde contre le néo-chamanisme
Les néo-chamans et les nutritionnistes fantasques sont au cœur du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Ce rapport prévient des effets dévastateurs de ces pratiques en plein développement. Le président de la Miviludes, Georges Fenech, avait indiqué en novembre dernier, que les dérives sectaires, caractérisées par l'emprise morale et la coupure avec l'environnement d'origine, touchaient «500'000 de nos concitoyens, de manière directe ou par ricochet.» Qu'est-ce qu'une dérive sectaire ? Quelles sont ces nouvelles pratiques chamaniques ? Qui est menacé aujourd'hui ? Qui contrôle quoi ? Des questions auxquelles le président, Georges Fenech, et d'autres acteurs au sein de la Miviludes ont accepté de répondre. Des situations extrêmes Le rapport de la Miviludes sur le néo-chamanisme relève aujourd'hui que des nouveaux guides prospèrent au nom de l'épanouissement spirituel, du développement personnel et de la purification du corps et souligne les dangers de techniques mal maîtrisées qui peuvent entraîner une emprise psychologique et rupture sociale, deux caractéris- tiques de la dérive sectaire. «Les grands mouvements sectaires sont toujours présents, mais ils sont supplantés en partie par de petites structures qui se sont engouffrées sur le marché des psychothérapies alternatives» a résumé le président de la Miviludes, Georges Fenech. On arrive à des situations extrêmes, prenant pour exemples la technique dite du "respirianisme", qui consiste à se nourrir essentiellement d'air et de lumière ou encore des stages associant le jeûne et la randonnée jusqu'à l'épuisement. Le rapport se penche aussi sur la nutrition, relevant les risques du jeûne excessif ou du régime exclusivement végétarien pour les enfants et l'abandon des médecines classiques au profit de régimes attestant guérir tous les maux. Néo-chamanisme et gourous Depuis des siècles le chamanisme a disparu de notre société et les pratiques dans notre monde contemporain imposent, de fait, des différences par rapport au chamanisme séculaire porté par les peuples autochtones. En 2010, un néo-chaman, femme ou homme, vit dans la modernité et s'il tente de pratiquer des rituels inspirés par les anciens chamans, il est dans la nécessité de mélanger d’autres pratiques spirituelles ou thérapeutiques pour s'adapter et surtout convenir à un public moderne ou urbain, détaché par ailleurs de la nature et largement centré sur des besoins individualistes. Sa posture de guide spirituel de jadis devient, par la force des choses, une posture de gourou, autrement dit une personne de poids, influente au sein d'une communauté; la mission de guide spirituel ainsi dénaturée (la spiritualité est parfois complètement absente dans les rituels modernes ), son influence auprès des adeptes devient néfaste dès lors où il ne fait qu'usage de techniques de persuasion voire de coercition s'appuyant sur les faiblesses humaines et les travers collectifs, tant cognitifs qu'émotionnels, afin de recruter et de s'assurer un pouvoir totalitaire sur eux. Dans son rapport la Miviludes ne remet pas en question le pouvoir du chaman traditionnel – "passeur" entre les esprits et les membres de son groupe – ni sa connaissance des plantes hallucinogènes locales. Elle s'inquiète en revanche de l'action de gourous qui proposent le "voyage" sans avoir la maîtrise des techniques ancestrales, citant des cas de folie, de morts et de comas parmi des adeptes. Stupéfiants, alimentation, éducation Le rapport souligne ainsi l'usage des substances comme l'iboga, l'ayahuasca, le datura et la "sauge des devins". Que faut-il comprendre là encore ? Jadis, ces substances employées par les chamans eux-mêmes, pouvaient les aider à se mettre en transe et atteindre des transformations personnelles. Ils développaient un degré de perceptions extra-sensorielles, des pouvoirs psychiques ( télépathie, prescience, vision de de grandes distances...) reliant le monde des morts, de l'au-delà, à celui des vivants. «Nous avons aujourd'hui classé deux plantes, l'iboga et l'ayahuasca, au tableau B des stupéfiants - un classement qui réglemente les substances selon qu'elles sont classées produits toxiques ( A) ou dangereux (C)- avec la MILD (Mission interministérielle de lutte contre la drogue). Ce sont des plantes sacrées utilisées dans les rituels au Gabon et en Amérique Latine» précise le président de la Miviludes ajoutant que les séminaires de chamanisme proposés au public (400 euros/ 500 euros) peuvent aussi être adossés à des voyages. «Nous arrivons à ce que l'on appelle un narcotourisme par le biais d'organisations qui, proposent des voyages de découverte et donnent aux personnes la possibilité de trouver ces plantes pour leurs consommations personnelles.» Le moins que l'on puisse dire c'est que le prix à payer pour entrer en contact avec le devin semble d'un seul coup bien onéreux ! La Miviludes annonce qu'elle publiera au troisième trimestre 2010 un guide pratique de la protection de l’enfance face aux dérives sectaires et qu'elle encadrera les pratiques des psychothérapeutes, de Reiki et autres activités pour lesquelles les enseignements sont controversés. Que dit la loi aujourd'hui ? Il n’y a pas en droit français de définition juridique de la secte, pas plus qu’il n’y a de définition de la religion. Cela résulte, pour partie, de ce que la France, en vertu du principe de laïcité, s’interdit de définir, de limiter le fait religieux et spirituel, évitant ainsi le risque de se heurter au principe de la liberté de conscience ( Texte de la loi de 1905). «La Miviludes n'est pas une police de la pensée, ni une police de la santé et le rapport n'a pas la prétention de ramener les gens sur le bon chemin » rappelle Georges Fenech interrogé sur la finalité recherchée. Pas d'inquiétude donc pour les fervents adeptes de la sacro-sainte liberté ! Seulement l’absence de définition de la secte n’efface pas pour autant la réalité de l’existence de victimes des dérives de certains mouvements sectaires; cette notion de dérives sectaires est évolutive et son approche est à la fois pragmatique et textuellement encadrée. C'est là toute la pertinence du rapport consultable par chacun. La Miviludes veille Il faut rappeler que l’inquiétude à propos des sectes est apparue en Europe à l’occasion du drame survenu à Georgetown au Guyana, avec la mort de neuf cent vingt trois membres du temple du peuple. Cette affaire a légitimé, en France, une intervention du politique. La répétition en 1994, et en 1995, au Canada, en Suisse et en France, des massacres des membres de l’ordre du temple solaire a été à l’origine d’une première commission d’enquête parlementaire. Ce groupe a été impliqué dans plusieurs affaires de suicides collectifs; au total, ce sont plus de soixante-dix personnes qui trouvèrent la mort, dont seize le 23 décembre 1995, dans le Vercors. Interrogé sur la raison d'être de la mission en 2010, le Président s'est exprimé en ces termes : «La Miviludes fonctionne un peu comme un thermomètre qui enregistre les différents degrés de crises. Aujourd'hui les citoyens peuvent être déboussolés et certaines personnes en manque de repères, peuvent trouver une réponse à leur mal-être dans des formes nouvelles de thérapies ou de constitutions de groupes. Notre rôle consiste à veiller et à coordonner des actions avec les autres ministères. » Soulèvement de problèmes en cascade Certains ne pourront s'empêcher de penser que le néo-chamanisme et les diverses formes d'associations sont aussi une aubaine pour le développement du business. Il l'est. L'engouement des Occidentaux pour le chamanisme a-t-il aussi un impact financier sur les Indiens ? Le renforce- ment des pratiques chamaniques est-elle pour eux une source alternative de revenus permettant de préserver leurs forêts ? Est-ce un autre argument mis en avant pour séduire les Occidentaux ? Et les adeptes ? S'agit-il de personnes incultes ou crédules ? La réponse du Président de la Miviludes est négative. «Le festival de chamanisme qui s'est tenu à Saint-Tropez en mars dernier a montré que le public est loin d'être composé de personnes marginales. L'engouement voire la nostalgie pour ce que l'on a appelé les pratiques New Age, le retour primitif à la nature, attirent aussi bien ceux qui ont eu 20 ans en 1968, que les jeunes d'aujourd'hui.» Que faut-il encore comprendre ? Que le monde dans lequel nous vivons est, pour certains, un désenchantement ? Face à la crise des idéologies et au refus de la croissance industrielle et du consumérisme, le retour au spirituel et le besoin d'une quête intérieure ne peuvent-ils s'exercer qu' hors de toute structure historiquement constituée ? Laissant à chacun le soin de se faire sa propre opinion, il faut juste noter que les motivations des adeptes sont multiples et qu'au sein de la Miviludes, on constate que les personnes dites "instruites et cultivées" semblent parfois avoir plus de difficultés à "s'échapper des sectes" dans lesquelles elles pensaient, à un moment ou à une autre de leur existence, être en sécurité. Directives du Ministère du Travail et création de la CAIMADES (*) On comprend en rebond, l'intérêt de la prise en compte de la situation des mineurs face au risque sectaire, au sein de la famille ou dans la société, notamment celles de leurs droits face aux convictions de leurs parents et au rôle du juge dans une situation de conflit, comme la garde des enfants. L'enquête sur l'éducation à domicile indique qu'en France plus de 13'500 enfants de 6 à 11 ans ne vont pas à l'école, pour des motifs divers, et reçoivent donc un encadrement scolaire différent. Seulement 1'900 d'entre eux ne suivent aucun programme d'éducation ! Un autre point présenté dans le rapport concerne les directives du Ministère du Travail pour lutter contre le travail dissimulé; nombre de sectes font travailler leurs adeptes sans salaire, ni couverture sociale. Enfin le rapport annonce la création par le ministère de l'Intérieur de la CAIMADES (Cellule d'assistance et d"intervention en matière de dérives sectaires). "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui: ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi." Article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Informer les populations Pour la Gendarmerie Nationale, pleinement associée à la Miviludes, le problème des dérives sectaires en général, et du néo-chamanisme en particulier, est un problème qui concerne et peut concerner tout le monde: une déception familiale, affective, professionnelle peut rapidement mettre en danger une personne fragilisée. Que peut-on espérer de mieux dans une situation de détresse, de solitude extrême, que de rencontrer des gens prêts à vous écouter et à vous accueillir ? Les réunions proposées sont comme des groupes de parole où la solitude pesante de personnes en " détresse ou en mal de vivre " est compensée par la possibilité de se "faire de nouveaux amis". Au premier abord, le processus est attractif dès lors où il laisse à chacun l'occasion de dévoiler son authenticité, sans peur du jugement de l'autre; les techniques de communication encouragent l'expression ouverte des sentiments et des souffrances émotionnelles. En quoi ces pratiques sont-elles répréhensibles, direz-vous ? En rien. «Encore une fois chaque citoyen a la possibilité d'aller où bon lui semble et de faire appel aux spécialistes qu'ils jugent utiles de consulter» rappellent une nouvelle fois les représentants de la Miviludes, attentifs à ce qu'aucun amalgame ne soit fait. Mais, là encore, la nécessité de ne pas associer de façon abusive les mots exige des précisions sur les termes. La polémique sur les sectes Si le mot secte - désignant simplement soit un ensemble de personnes partageant une même doctrine philoso- phique, religieuse, soit un groupe de fidèles détachés de l'enseignement officiel d'une Église créant leur propre doctrine - a pris une dimension polémique, c'est en raison de croyances ou de comportement qualifiés d'obscurs ou de malveillants par le reste de la société. Avec le temps l'opinion publique s'est forgée une opinion: " les responsables de ces groupes briment les libertés individuelles, manipulent leurs disciples, s'approprient leurs biens, les maintiennent sous contrôle". À tort ou à raison, une secte est devenue dans le langage commun une menace pour l'ordre social. De quoi faut-il alors parler aujourd'hui lorsque l'on aborde les dérives sectaires et plus précisément les techniques d'approche pour séduire ? D'une notion plus subtile appelée manipulation mentale, c'est-à-dire de prise de contrôle de l'esprit et du comportement d'une personne ou d'un groupe, en usant de techniques de persuasion ou de suggestion mentale, en cherchant à contourner les capacités critiques et/ou d'auto-critique d'une personne, autrement dit sa capacité à juger ou à refuser des informations ou des injonctions. Chacun l'aura compris, ces formes de manipulations, loin d'être altruistes, peuvent conduire à des formes extrêmes, comme ce que l'on appelle le lavage de cerveau ou des manipulations conduisant au suicide ou à des comportements collectifs de type totalitaire et génocidaire. L'expérience acquise par la Gendarmerie Nationale au contact des populations, ses connaissances cumulées et les rapports détaillés de témoignages de victimes ont renforcé la mission de la Miviludes. Leur mise en garde auprès des populations part d'un constat simple: en voulant ce reconstruirent "un nouveau monde", les personnes ont renoncé voire détruit l'ancien, ignorant les conséquences que cela pouvait parfois impliquer, perdant leur libre- arbitre, leurs repères voire leur santé. La Gendarmerie Nationale a désormais détaché des référents sur le territoire français; l'objectif étant de continuer de surveiller, d'informer et non d'interdire. «L'interdiction et la sanction n'interviennent que, lorsque l'on commet, des infractions à la loi» rappellent les militaires qui, en appui des propos tenus par Georges Fenech, président de la Miviludes, poursuivent ainsi «à chacun de bien s'informer et de choisir ce qui lui convient le mieux en matière de thérapies et de méthodes alternatives.» C'est bien au sein de cette Institution et de celle de la Police Nationale, que l'on a recueilli un nombre conséquent de plaintes et de témoignages de victimes du néo-chamanisme en 2009, sujet principal du rapport de la Miviludes en 2010. Si le néo- chamanisme peut être perçu comme un mot barbare, ses pratiques qui consistent à associer la moder- nité à une pratique fort ancienne, dont certains pensent qu’elle fût la toute première religion de l’humanité, le sont davantage dans les faits. Le rapport de la Miviludes ne souligne pas le mariage arrangé de la modernité et de la tradition du chamanisme mais les dévoiements dans ses pratiques et en rebond les comportements de gourous " chamanisés ". Dériver signifie initialement " détourner un cours ". Qu'est-ce qui est détourné aujourd'hui ? Si, d'une part, on ne peut changer l'histoire du chamanisme en cherchant à en nier ou, à l'inverse, à souligner son caractère contrai- gnant et si, d'autre part, les dérives sectaires devaient nous dépasser dans les années à venir, c'est probablement parce que nous n'aurions pas eu une claire conscience collective de la place de l'homme dans le cours de l'Histoire. Et nous nous serions pour le coup laissés dériver, abandonnant sur la berge une notion fondamentale: vivre ensemble sur un même territoire exige que chacun respecte les règles et les lois. Mais ceci est un autre sujet. Article et propos receuillis par C.Deswarte (*) Titre ajouté par anti-scientologie
Les publications et le rapport 2010 de la Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est disponible sur le site
Web de la Miviludes |
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