L'Est Républicain du 29 janvier 2006
Appui sur les lois et traités
La difficulté tient à ce que les sectes profitent des
contradictions de la liberté. Les sectes ne prospèrent-elles pas sur le dos de
la liberté ? Justement, Gilbert Klein se déclare volontiers «libéral»
: «Le libéralisme, c'est l'attachement à la liberté de la personne
humaine». Or, soutient-il, «on ne peut pas faire n'importe quoi au
nom de sa liberté».
La question a été posée jusque devant la Cour européenne de
justice, qui n'a pas statué, faute d'avoir épuisé les recours qui s'imposaient
au préalable : un nain a-t-il le droit de se donner en spectacle, ce qui semble,
après tout, son gagne-pain ? Réponse de Gilbert Klein : «Non. Car l'on ne
doit pas s'en tenir à une conception matérielle de l'ordre public».
Autrement dit : l'ordre public, ce n'est pas seulement
«la sécurité, la tranquillité et la salubrité». Dans une conception
libérale, comme celle du juriste de Vesoul, l'ordre public intègre aussi
«la dignité de la personne et les Droits de l'homme».
L'auteur le montre d'un bout à l'autre de son ouvrage : la
puissance publique (l'autorité administrative) se trouve toujours confrontée aux
sectes, aussi bien en s'abstenant qu'en intervenant. Là, précisément, réside
l'intérêt pratique de ce qui était une thèse de doctorat à Dijon et est devenu
un livre édité à Besançon.
«On n'a pas le droit de renoncer à ses droits»,
soutient, avec une pertinence sans précédent, Gilbert Klein. Pour cela, il
s'appuie sur les lois et traités, y compris la Loi fondamentale allemande et les
conventions internationales, et sur toute la jurisprudence européenne.
Atteinte à la dignité
Une telle somme de travail, engagée depuis de nombreuses
années, devrait permettre à tout maire, tout président de collectivité
territoriale et tout préfet, de surmonter les contradictions de la liberté. On
devine déjà, plus ou moins, une secte quand le groupe ne prospère que dans les
captations de consciences et d'héritages et est attentatoire à la dignité
humaine. Or pour faire face à ces dérives, l'arsenal légal existe déjà, sous les
normes de dignité et de Droits de l'homme ! Bref, au nom, justement, des
libertés, l'Etat se doit de protéger les gens, y compris contre eux-mêmes.
L'une des clés données par Gilbert Klein tient à ce qu'il a su
«déconnecter» les notions de secte et de religion: «Il y a des sectes
qui ne sont pas religieuses et des religions, pas sectaires.»