- EXPERTISE
DE LA SCIENTOLOGIE
- par
Hans Kind
-
- Prof.
Dr. méd. Ancien directeur de la Policlinique
psychiatrique
- de
l'Hôpital universitaire de Zürich
- mars
1989
-
- Avant
propos
-
- Buts
de l'expertise
-
- 1.
La théorie de base de la Dianétique sur la structure
et le
fonctionnement de la psyché humaine
-
- 2.
Description de la Dianétique comme thérapie des
troubles de
l'âme
-
- 3.
Risques de la Dianétique à la lumière de la recherche
en
matière de psychothérapie
-
- 4.
Le cas de Madame S.B
-
- 5.
Le cas de Mme L.B.
-
- 6.
Les cas de S.F. et de L.S.
-
- Les
réponses
et conclusions du professeur Hans Kind :
-
- 1.
Que peut-on dire, du point de vue médico-psychiatrique,
sur l'état de santé de Mme L.B. au moment où vous
l'avez examinée et au moment où elle est sortie
de l'Organisation de Scientologie (env. octobre
1987) ?
-
-
- 2.
Voyez-vous un rapport entre l'état de "décompensation
psychotique" de Mme L.B., observé par Mme Dr.
méd. H.H. en octobre 1987, et les pratiques de Scientologie
qui vous ont été décrites par Mme L.B. ?
-
- 3.
Que peut-on dire, sur la base des connaissances
actuelles de la psychothérapie (psychiatrie),. du
modèle proposé par la Dianétique (Scientologie)
pour les maladies psychiques et physiques (cause,
origine, guérison, etc.) ?
-
- 4.
L'argumentation et les '''preuves'' que la Dianétique/Scientologie
fournit dans ses écrits correspondent-elles aux
exigences d'un concept scientifique généralement
reconnu ?
-
- 5.
Que penser, du point du vue psychothérapeutique/psychiatrique,
des méthodes d'audition de la Scientologie ?
-
- 6.
Y a-t-il des parallèles avec d'autres méthodes que
l'on désigne communément sous le terme de, "lavage
de cerveau" et, si oui, en quoi consistent-ils
?
|
-
- EXPERTISE
DE LA SCIENTOLOGIE
- par
Hans Kind
-
- Prof.
Dr. méd. Ancien directeur de la Policlinique
psychiatrique
- de
l'Hôpital universitaire de Zürich
- mars
1989
-
- AVANT-PROPOS
-
- Nous
attirons l'attention du lecteur sur le fait que
le texte qu'il a sous les yeux est une traduction
effectuée par l'association suisse ASDFI.
En cas de divergences entre le texte français et
le texte original allemand, le texte original allemand
fait foi.
-
- En
ce qui concerne les citations, le lecteur qui voudrait
établir une comparaison entre la traduction française
et le texte original allemand relèvera des différences
notables quant à la pagination indiquée. Ces différences
s'expliquent par le fait que le Prof. H. Kind se
réfère à des éditions en langue allemande des oeuvres
de L. Ron Hubbard, alors que le traducteur s'appuie
sur des éditions en langue française ou anglaise
des mêmes oeuvres.
-
- Afin
d'éviter toute équivoque, nous indiquons ci-dessous
la référence exacte des ouvrages de L. Ron Hubbard
cités par le Prof. Hans Kind et par le traducteur.
-
- Ouvrages
cités par le Prof. H. Kind :
- "Dianetik,
die moderne Wissenschaft der geistigen Gesundheit.
Das Handbuch der dianetischen Verfahren", verfasst
von L. Ron Hubbard, New Era Publications, Kopenhagen,
7. deutsche Auflage, Taschenbuchausgabe 1984.
- "Alles
über radioaktive Strahlung von einem Kernphysiker
und einem Arzt", Scientology Publications Organization,
Kopenhagen, 1. deutsche Auflage 1980.
- "Einführung
in die Ethik der Scientology", verfasst von
L. Ron Hubbard, New Era Publications, Kopenhagen,
1. deutsche Auflage 1981.
Ouvrages
cités par le traducteur :
- "La
Dianétique, la Science moderne du mental. Un manuel
de méthodes dianétiques", par L. Ron Hubbard,
New Era Publications, Copenhague 1984.
- "All
About Radiation by a Nuclear Physicist and a Medical
Doctor", published by Scientology Publications
Organization, Denmark 1979.
- "Introduction
à l'Ethique de la Scientologie", par L. Ron
Hubbard, New Era Publications, Copenhague, Deuxième
impression en langue française 1983.
-
- Remarque
à propos de la page 16
-
- Dans
le texte français, le traducteur a pris
la liberté d'ajouter une citation qui ne figure
pas dans le texte original allemand. Il s'agit de
la définition de "Clair", tirée de : "Introduction
à l'Ethique de la Scientologie", par L. Ron
Hubbard, New Era Publications, Copenhague, Deuxième
impression en langue française 1983, p. 94.
-
- Le
présent texte est publié avec l'accord du Prof.
H. Kind et du Dr U. Eschmann.
-
- Nous
les remercions ici de leur bienveillance.
-
- Buts
de l'expertise du professeur Hans Kind
-
- Prof.
Dr. méd. Hans Kind
- Ancien
directeur de la Policlinique psychiatrique de l'Hôpital
universitaire de Zürich
- Grütstrasse
10
- 8704 Herrliberg
-
|
|
- Dr
U. Eschmann
- Avocat
- Ankerstrasse
61
- Case
postale 127
- 8026 Zürich
-
- Herrliberg,
le 3.3.1989
|
-
- Monsieur,
-
- Après
divers contacts préparatoires, vous m'avez demandé,
par lettre du 15.11.1988, d'établir une expertise
sur les questions suivantes :
-
- 1.
Que peut-on dire, du point de vue médico-psychiatrique,
sur l'état de santé de Mme L.B. au moment où vous
l'avez examinée et au moment où elle est sortie
de l'Organisation de Scientologie (env. octobre
1987) ?
-
- 2.
Voyez-vous un rapport entre l'état de "décompensation
psychotique" de Mme L.B., observé par Mme Dr.
méd. H.H. en octobre 1987, et les pratiques de Scientologie
qui vous ont été décrites par Mme L.B. ?
-
- 3.
Que peut-on dire, sur la base des connaissances
actuelles de la psychothérapie (psychiatrie),. du
modèle proposé par la Dianétique (Scientologie)
pour les maladies psychiques et physiques (cause,
origine, guérison, etc.) ?
-
- 4.
L'argumentation et les '''preuves'' que la Dianétique/Scientologie
fournit dans ses écrits correspondent-elles aux
exigences d'un concept scientifique généralement
reconnu ?
-
- 5.
Que penser, du point du vue psychothérapeutique/psychiatrique,
des méthodes d'audition de la Scientologie ?
-
- 6.
Y a-t-il des parallèles avec d'autres méthodes que
l'on désigne communément sous le terme de, "lavage
de cerveau" et, si oui, en quoi consistent-ils
?
-
-
- Mon
expertise s'appuie sur les documents suivants :
-
- 1.
Diverses publications originales de la Dianétique
et de la Scientologie qui seront mentionnées ci-après
plus en détail.
-
- 2.
D'autres documents relatifs aux dommages possibles
que pourrait provoquer une psychothérapie ou des
méthodes apparentées.
-
- 3.
Un examen détaillé de divers cas d'anciens adeptes
de la Dianétique
et de la Scientologie.
-
- J'ai
organisé mon travail comme suit :
-
- 1.
Description de la théorie de la Dianétique sur la
base du
traité de L. Ron Hubbard, fondateur de la Dianétique.
-
- 2.
Description de la Dianétique comme thérapie des
troubles névrotiques,
psychosomatiques et autres maladies.
-
- 3.
Risques majeurs de cette thérapie à la lumière des
connaissances
actuelles de la recherche en matière de psychothérapie.
-
- 4.
Conséquences de la thérapie dianétique pour les
sujets dont
j'ai examiné le cas.
-
- 5.
Réponse point par point aux questions que vous m'avez
posées.
-
- Les
données et citations auxquelles je me réfère proviennent,
lorsqu'aucune autre source n'est mentionnée, du
traité "La Dianétique, la Science moderne du
Mental. Un manuel de méthodes dianétiques",
de L. Ron Hubbard, New Era Publications, Copenhague
1984. La pagination indiquée renvoie toujours à
cet ouvrage lorsqu'aucune autre référence n'est
citée.
-
- Comme
l'Organisation de l'Eglise de Scientologie vous
est déjà bien connue, je n'estime pas nécessaire
de revenir sur ce point. Je remarquerai seulement
que la Scientologie est aujourd'hui une organisation
mondiale qui se présente comme une
Eglise (Church) et prétend offrir à ses adhérents
les moyens de parvenir à la perfection humaine,
cela par le biais de cours et autres procédures
qui doivent leur permettre de s'élever vers des
degrés toujours supérieurs.
-
- D'autre part,
la
Scientologie affirme détenir en la Dianétique une
thérapie des troubles névrotiques, psychosomatiques
et autres maladies. Cette thérapie est dispensée
aux adhérents par les bons soins des membres du
personnel de la SCientologie.
-
- Mon travail traite
en premier lieu de la Dianétique et des risques
qu'elle comporte pour les patients. Il s'avère
toutefois, d'après les témoignages des personnes
que j'ai interrogées, que les cours donnés par la
Scientologie représentent souvent un élément important.
-
- Notons aussi que la Scientologie a développé son
propre jargon, ce qui a pour effet de rassembler
ses adeptes dans un sentiment d'appartenance. Ce
jargon est explicité dans des dictionnaires spéciaux
(par ex. Dianetics and Scientology. Technical Dictionary);
relevons à ce propos que les notions de
base ont souvent plusieurs significations.
-
-
- 1.
La théorie de base de la Dianétique sur la structure
et le
fonctionnement de la psyché humaine
-
- L.
Ron Hubbard décrit la psyché humaine par analogie
à un énorme ordinateur localisé dans le cerveau.
La notion centrale est celle du mental humain (esprit,
raison), qui se compose de trois fonctions : le mental
analytique, qui "perçoit et enregistre les
données de l'expérience pour poser et résoudre les
problèmes" (p.41), le mental réactif, qui "enregistre
et
classe la douleur physique et les émotions pénibles,
et cherche à diriger l'organisme par simple excitation-réflexe"(p.41), le mental somatique, qui "met en oeuvre
les solutions sur le plan physique" (p.41).
La partie consciente du mental analytique, son instance
de contrôle, comparée à un moniteur, est le "Je"
ou la personne au sens courant du terme (p.43).
Toutes les perceptions des organes des sens ainsi
que toutes les pensées et informations qui s'y rattachent
sont classées dans des "magasins mnémoniques standards"
(p.44). Elles sont à
la disposition du mental analytique pour l'assister
dans sa tâche d'assurer la survie de l'organisme.
-
-
La survie est
le
principe dynamique de l'existence auquel toutes
les activités de la vie sont subordonnées.
-
- Il
existe dans les magasins mnémoniques standards des
trous, c'est-à-dire des moments où rien n'a été
classé. Ces trous correspondent aux moments d'"inconscience",
"cet état d'être causé par les anesthésiques,
les drogues, les blessures ou les
chocs" (p. 53). Les perceptions enregistrées en
de tels moments ne sont pas classées afin d'éviter
une surcharge des magasins mnémoniques standards,
car le mental analytique est mis hors circuit. C'est
alors que le mental réactif s'enclenche. Il fonctionne
à la place du mental analytique dans les moments
d'inconscience, qui sont contraires à la survie,
afin de sauver l'organisme à un échelon inférieur.
Il n'emmagasine pas des souvenirs, mais des engrammes.
Ces derniers forment "un enregistrement complet,
jusqu'au moindre détail, de chaque perception présente
au moment d'''inconsciencell partielle ou totale"
(p. 60).
-
- Ces engrammes sont classés dans un magasin
spécial, appelé "bank d'engrammes" (p.51), séparé des magasins mnémoniques standards.
"L'engramme peut se trouver branché de façon permanente
dans tout le circuit corporel et se comporte comme
une entité séparée" (p.60).
-
- La douleur physique
et l'émotion douloureuse sont liées à l'engramme
et diffèrent donc d'un simple souvenir. Les engrammes
sont la cause des aberrations (p.61), c'est-à-dire
des formes de comportement perturbées ou irrationnelles
(p.42). Le mental réactif ne pense que par identités
(p.41), ce qui conduit à des réactions inadéquates.
Les engrammes sont donc à l'origine de toutes les
insuffisances humaines qui ne sont pas dues à des
causes directement somatiques; ils sont responsables
en particulier de toutes les maladies psychosomatiques,
des névroses et des psychoses. L'homme optimal,
le "Clair", "n'a
ni maladie psychosomatique active ou potentielle,
ni aberration" (p.178). Son bank d'engrammes
a été mis au clair par la thérapie dianétique (p.178 sq.). Il possède alors des aptitudes jusque-là
insoupçonnées. Son QI est nettement plus élevé,
il est doué de raison à un haut degré et même il
"ne peut
absolument pas se tromper" (p.16). S'il advenait
toutefois qu'il se trompe, c'est qu'il aurait été
victime de données fausses contenues dans "la
section raisonnable du mental, celle qui calcule
les réponses aux problèmes et qui fait que l'Homme
est Homme" .(p.16).
-
- L'homme
optimal a aussi la faculté de se remémorer des événements
situés très loin dans le passé, et cela avec toutes
les perceptions
données par les sens. Les perceptions sont enregistrées
dans les cellules de l'embryon dès les premières
phases de sa vie prénatale, de sorte qu'il est possible
d'en rappeler le souvenir en tout temps. Le patient
peut donc répéter les paroles qu'il a entendues,
dans sa vie prénatale, lorsque son père et sa mère
se disputaient ou avaient des relations sexuelles
(exemple d'une telle reméllioration, cf. p.233
sq.).
-
- A plusieurs reprises, L. Ron Hubbard fait
état de preuves scientifiques à l'appui de ses
affirmations, mais il ne donne aucune indication
concrète sur des recherches ou des expériences qu'il
serait possible de vérifier.
-
-
- 2.
Description de la Dianétique comme thérapie des
troubles de
l'âme
-
- La
capacité de rappel, de remémoration d'événements
anciens, joue un rôle capital dans la thérapie dianétique.
Les notions qui s'y rapportent sont mises sur le
même plan que l'électronique. L. Ron Hubbard dit
expressément .que la Dianétique est "une
science d'ingénieur" (p.240). Selon lui, la
mémoire humaine est organisée comme un ordinateur
qui enregistrerait toutes les perceptions et pensées
qui les accompagnent selon un ordre chronologique,
appelé "ligne de temps" (p.208). Elle
comprend un mécanisme spécial, appelé "ficheur"
(p. 208), qui peut localiser et rappeler n'importe
quelle donnée sur la ligne de temps.
-
- Le bon déroulement
de ce processus peut être entravé par des blocages,
qui doivent être éliminés par la thérapie, car aucune
guérison n'est possible tant que tous les engrammes
provenant d'événements douloureux n'ont pas été
effacés.
-
- Les engrammes sont, comme déjà dit, la
cause des troubles de l'esprit et du comportement,
donc de diverses maladies, en particulier des maladies
psychosomatiques.
-
- Comment
cette thérapie se déroule-t-elle ? "Le seul
et unique objectif de la thérapie est l'élimination
du contenu du bank réactif" (p.182), car les engrammes
sont, comme déjà dit, la source des troubles de
l'esprit et du comportement, donc des troubles de
l'âme. Les processus thérapeutiques doivent permettre
de vider le bank réactif et d'en transférer le contenu
dans les magasins mnémoniques standards, où il sera
disponible sous la rubrique "expérience"
(p.182).
-
- La
thérapie a pour cible le bank des engrammes (p.184). Comme le patient ne peut pas voir lui-même
ses propres aberrations, il a besoin de l'aide d'un
thérapeute, nommé "auditeur", pratiquant
une technique appelée "audition". Cette
technique induit chez le patient un état de "rêverie",
c'est-à-dire un état où la conscience se trouve
réduite et légèrement abaissée.
-
- Le Technical Dictionary
(Church of Scientology of California, Publications
Organization US, Los Angeles, Third Printing 1978,
Edited by P. Brice, A.C. Taylor), p.351, définit
la rêverie comme suit : "The mind ... will be
found to be to some degree detachable from his surroundings
and directed interiorly."
-
- Traduction
proposée : "Le mental. se détache à un certain
degré de son environnement et dirige son attention
vers l'intérieur".
-
- Une telle définition correspond
à celle qu'on donne communément pour un état hypnoïde.
Hubbard affirme cependant que la "rêverie"
est sans rapport avec l'hypnose. Elle est induite
par exemple par un comptage monotone. De nombreuses
autres techniques d'introduction à l'audition sont
mentionnées dans la littérature scientologique,
notamment dans les séances modèles publiées par
L. Ron Hubbard (1985). Par exemple: l'auditeur effectue
un certain nombre de gestes que le patient doit
reproduire exactement, de façon stéréotypée, sans
en comprendre le sens.
-
- Si le patient pose des questions,
il ne reçoit aucune réponse. L'auditeur répète toujours
le même commandement. Le patient doit donc s'abandonner
sans réserve et sans émettre la moindre critique
aux commandements de l'auditeur. Bien que L. Ron
Hubbard ait affirmé à de nombreuses reprises que
la Dianétique n'a rien à voir avec la suggestion
et l'hypnose, il n'en recourt pas moins aux mêmes
techniques d'induction et de terminaison. A ce propos,
il dit expressément que toutes les suggestions possibles
de l'auditeur doivent être annulées (p.
210 sq.).
-
- Lorsque
le patient est plongé dans l'état de rêverie, l'auditeur
lui demande de se souvenir d'événements anciens.
Le rappel sert donc d'instrument de travail. Le
patient est invité à retourner à des périodes anciennes
de sa vie et à les revivre. "L'auditeur fait
repasser l'engramme au préclair (le patient) jusqu'à
ce qu'il se décharge ou s'évanouisse" (p.217-218). L'engramme disparaît du bank réactif pour
être reclassé dans les magasins standards (p.218).
Lorsque l'événement traumatisant le plus ancien
(nommé basique-basique) a été effacé, tous les engrammes
s'évanouissent (p.218). L'effacement des engrammes
est contrôlé par l'électromètre, nommé E-Meter.
Il s'agit d'un appareil qui sert à mesurer la résistance
de la peau au courant électrique. La résistance
de la peau au courant
électrique est étroitement liée à l'activité des
glandes sudoripares, lesquelles sont sous la dépendance
du système nerveux sympathique.
-
- Les émotions s'accompagnent
d'excitations du système nerveux sympathique et
modifient la
résistance de la peau, ce qui provoque une chute
de l'aiguille sur le cadran de l'électromètre. Le
type d'émotion ne joue aucun rôle. Seule compte
l'intensité de l'émotion.
-
- La théorie dianétique
part du principe qu'un engramme est effacé lorsque
le récit, maintes fois répété, de son contenu, ne
déclenche plus aucune réaction sur l'électromètre.
De tels appareils, qui peuvent en outre mesurer
d'autres réactions physiologiques, telles que le
pouls, la pression sanguine, la fréquence respiratoire,
servaient il y a un certain nombre d'années de "détecteurs
de mensonges"; mais ils ne se sont pas avérés
fiables, ont donné lieu à de fausses accusations
et ne sont plus du tout utilisés aujourd'hui.
-
- La
thérapie dianétique part du principe que le fait
de revivre les événements douloureux les plus anciens
élimine leur effet pathogène. Cette théorie présente
des similitudes avec la psychanalyse de Sigmund
Freud et avec la thérapie primaire d'Arthur Janov
et autres procédés analogues. Freud était tout d'abord
d'avis que la venue à la conscience de contenus
refoulés remontant à la petite enfance permettait
d'éliminer les symptômes névrotiques. La Dianétique
présente des ressemblances encore
plus frappantes avec la théorie des névroses d'Arthur
Janov. Janov distingue le moi véritable de l'homme,
ce qu'il est, avant qu'il ne découvre qu'il n'est
pas acceptable pour ses parents. Aussi l'enfant
se construit-il un système de défense,
une carapace, afin de ne plus sentir la douleur.
C'est le moi irréel. Chez le névrosé, le moi véritable
est lié à la douleur.
Il doit, afin de s'en délivrer, la ressentir à nouveau.
Le patient doit donc revivre la douleur et les événements
anciens qui s'y rapportent, hurler sa souffrance
afin de s'en délivrer
(documentation sur la théorie de Janov, cf. H. Kind
"Psychotherapie und Psychotherapeuten"
, Thieme Stuttgart 1982, p.201 sq.).
-
- Sigmund
Freud a rapidement réalisé qu'une simple prise de
conscience ne garantit pas la guérison. Ce qui
est indispensable, c'est un travail soutenu pour
vaincre les résistances que le patient oppose à
la thérapie et au thérapeute et pour l'inviter
à modifier son comportement, à passer des attitudes
fausses ancrées en lui depuis longtemps à des attitudes
plus justes et plus mûres. C'est un processus de
longue haleine, qui exige de la
part de l'analyste un haut degré de connaissances,
une grande capacité d'intuition et un investissement
constant.
-
- En
Dianétique, la compréhension humaine et la capacité
d'intuition ne sont nullement requises. La thérapie
se déroule selon des règles impersonnelles, pour
ainsi dire mécaniques. L. Ron Hubbard dit expressément
que la Dianétique ne nécessite aucune formation
préalable.
-
- Les ingénieurs notamment seraient particulièrement
aptes à devenir d'excellents auditeurs (p.176).
Les règles de base de la thérapie exigent que l'on
ne cherche pas à mettre le patient à l'aise et qu'on
ne lui montre en aucun cas la moindre sympathie
(p.185-186). Il ne faut pas non plus donner la
moindre information au patient. Quels que soient
ses cris et ses plaintes, il ne faut pas perdre
de vue que toute plainte, tout gémissement, est
un pas de plus vers le but (p.187).
-
- "Le travail de l'auditeur est un peu
un travail de berger qui rassemble les petits moutons,
les engrammes, au pacage pour le massacre"
(p.188). "L'auditeur qui se heurte à
une opposition, à des théories opposées à la Dianétique,
à des
critiques personnelles, etc. n'écoute pas des données
analytiques - (c'est-à-dire, dans ce contexte, aucun
argument raisonnable) - mais des engrammes réactifs;
aussi doit-il continuer calmement, fort de ce savoir,
car les dynamiques du préclair
(le patient), tout ce qu'on peut en utiliser, vont
l'aider tant qu'il se montrera un allié contre le
mental réactif du préclair, plutôt qu'un critique
ou un agresseur du mental analytique" (p.194).
-
-
L'auditeur fournira un travail optimal s'il se met
"dans la peau de celui qui peut rester assis
à siffloter pendant que Rome brûle à ses pieds et
garder le sourire" (p. 187).
-
- "L'auditeur
ne s'intéresse pas à ce que le patient fait, ou
a
fait. La thérapie dianétique ne traite que de ce
qui a été fait au patient. Ce qui a été fait par
le patient ne nous intéresse pas. L'auditeur qui
s'y intéresse pratique autre chose que la Dianétique"
(p.336). Cette attitude d'esprit rend la thérapie
particulièrement problématique, parce qu'elle attribue
à la mère une responsabilité majeure dans les aberrations
du patient. Il semble aller de soi que de nombreuses
mères auraient tenté d'avorter et causé ainsi des
engrammes à l'embryon qu'elles portaient
dans leur sein.
-
- Lorsqu'un patient dit qu'il ne se
souvient que faiblement des événements anciens,
sa mauvaise mémoire est généralement imputée à sa
mère, qui aurait répété continuellement à l'enfant
qu'il ne pouvait se souvenir de rien de ce qui
lui était arrivé lorsqu'il était bébé.
-
- "Elle
ne veut pas qu'il se rappelle comme elle était habile
- quand bien même sans succès - à manier divers
instruments. Peut-être que la mémoire prénatale
elle-même ne serait pour toute la race qu'une mémoire
ordinaire et complète si la mauvaise conscience
de certaines mères ne s'était acharnée de la
sorte depuis des millénaires. L'auditeur rencontrera
dans sa pratique des tas d'objections de mères qui
glapissent contre le fait que leurs fils ou filles
décident de se faire auditer, parce qu'ils pourraient
faire certaines découvertes" (p. 207).
-
- "On
a vu des mères faire une crise nerveuse à la pensée
que
leur enfant pourrait se remémorer des incidents
prénataux. Il ne s'agit pas toujours, notez bien,
de tentatives d'avortement. La mère a quelquefois
connu une paire d'hommes en plus de Papa et à son
insu et maman préférerait, dans certains cas, condamner
son fils à la démence, à la maladie ou au malheur
tout simplement, plutôt que de laisser son enfant
s'engager dans la voie du préclair, même si, en
toute honnêteté, elle n'a aucun souvenir de ce qui
aurait pu arriver de mal à l'enfant. Si elle est
traitée elle-même, elle avoue en général volontairement
la vérité. Voilà pourquoi une société en arrive
à décourager la bonne mémoire et à négliger les
souvenirs de la première enfance ou de la zone prénatale,
sans parler de l'aptitude à retourner et à revivre"
(p.207).
-
- Le
foetus est endommagé non seulement par la tentative
d'avortement dont il est victime, mais aussi par
les monologues que la mère tient à ce moment-là
et qu'il enregistre, d'où les troubles psychiques
et les névroses dont il peut être atteint par la
suite (p.343). Il en va de même des conversations
que la
mère aurait tenues avec le père ou un amant pendant
l'acte sexuel, moment auquel le foetus qu'elle porte
est pressé et secoué, c'est-à-dire ressent de la
douleur. Le patient qui commence une thérapie dianétique
ne doit en aucun cas s'adresser à ses parents ou
à ses proches pour leur demander des informations
sur sa petite enfance. Ces derniers ne pourraient
que le mettre sur une fausse piste parce que leur
seul et unique désir est qu'il oublie tout ce qu'ils
lui ont fait. "Les traîtres du mélodrame, ce
sont les gens qui, par leurs actes, ont fait du
préclair un aberré. Attendre d'eux des données exactes,
c'est un peu comme attendre que la lune devienne
un fromage vert" (p.423/424).
-
- D'après
la théorie de L. Ron Hubbard, une interruption de
la
thérapie provient toujours d'une résistance. Mais
les manifestations de cette résistance seraient
autant de tentatives du mental pour reprendre la
thérapie (p.425). Aussi l'Eglise de Scientologie
peut-elle considérer toute interruption de la thérapie,
quels qu'en soient les motifs, comme un pas irresponsable
du patient.
-
-
- 3.
Risques de la Dianétique à la lumière de la recherche
en
matière de psychothérapie
-
- Une
lecture attentive du traité de Dianétique de L.
Ron Hubbard montre clairement que cette prétendue
thérapie est une procédure complètement impersonnelle,
pour ainsi dire "inhumaine". Le thérapeute
ne se soucie nullement des préoccupations ni des
problèmes personnels du patient. Il s'en tient uniquement
aux techniques de rappel et invite obstinément le
patient à raconter des événements anciens jusqu'à
ce que l'électromètre n'indique plus aucune réaction
émotionnelle.
-
- Comme le patient ne reçoit aucune
information, il ne sait généralement pas ce qui
est en jeu. Il se trouve dans un état légèrement
hypnoïde et s'en remet entièrement à l'auditeur.
Tout au plus vivra-t-il en début de thérapie une
forte décharge émotionnelle qui lui paraîtra libératrice.
Mais la répétition d'un tel phénomène ne lui apportera
généralement aucun bienfait, car les conflits ne
sont pas traités et le patient ne reçoit aucun conseil
qui lui permettrait de mieux s'orienter dans la
vie.
-
- Cette
thérapie ne s'intéresse qu'à la simple décharge
émotionnelle et laisse intentionnellement de côté
les moyens d'action connus
et scientifiquement prouvés des procédés psychothérapeutiques.
La relation au thérapeute, qui est aujourd'hui reconnue
comme le plus important facteur thérapeutique, est
complètement
- exclue.
-
- Quelles que soient les réactions du patient, qu'il
soit en pleine crise ou en plein effondrement, l'auditeur
doit rester tranquillement assis, pouvoir siffloter
(p.187) et lui faire repasser inlassablement
les engrammes qui, d'après les indications de l'électromètre,
n'ont pas encore été effacés. Il est hautement probable
qu'on en arrive ainsi à un conditionnement du patient,
qui devient indifférent parce qu'il ne comprend
pas le sens de la procédure. Les questions posées
le laissent de plus
en plus froid, de sorte qu'aucune émotion ne se
manifeste plus et que l'électromètre n'indique plus
aucune réaction. Cela ne signifie en aucune façon
que les traumatismes anciens aient été surmontés,
mais seulement que les mécanismes de défense se
sont renforcés sur le plan émotionnel. Freud avait
déjà remarqué que la simple venue à la conscience
d'un événement douloureux n'en éliminait pas l'effet
pathogène.
-
- L'idée
que les parents et les proches seraient les grands
responsables des troubles et maux du patient présente
des risques considérables.
Toute résistance des parents contre cette thérapie
possessive est aussitôt interprétée comme l'expression
de leur culpabilité et de leur angoisse à la pensée
que le patient ne découvre les "mauvaises
actions" qu'ils auraient commises contre lui
durant son jeune âge, voire lorsqu'il était encore
un foetus. Cette thèse semble faire partie de la
stratégie de l'Organisation, car elle a pour effet
de séparer le patient de sa famille et de le rendre
complètement dépendant de la
Scientologie.
-
- Ajoutons encore à cela les énormes
pressions financières que la Scientologie exerce
sur ses membres et l'on comprendra que le retour
à l'autonomie devient extrêmement difficile.
-
- Comme
le processus de l'audition laisse le patient complètement
seul en ce qui concerne ses conflits et ses angoisses,
puisqu'il ne doit recevoir aucune interprétation,
aucune sympathie ni aucun
soutien émotionnel, seules les personnes psychiquement
très solides, ayant confiance en elles-mêmes et
capables d'une grande résistance intérieure, peuvent
suivre une telle thérapie sans trop de risques.
En revanche, les personnes qui sont en conflit avec
elles-mêmes ou avec leur entourage, celles qui présentent
une certaine fragilité nerveuse ou manquent d'assurance,
celles enfin qui souffrent de troubles psychiques
courent des dangers considérables tels que : états
d'angoisse, dépressions, crises allant jusqu'à
un effondrement psychotique.
|
-
- H. Lang cite un tel
exemple :
-
- "L'Eglise
de Scientologie pratique aussi des méthodes de suggestion.
Par exemple, ainsi que le rapporte une patiente,
deux adeptes restent assis face à face pendant au
moins une demi-heure, se regardant droit dans les
yeux, sans dire un mot ni même bouger la tête. Cette
patiente, qui n'avait jamais suivi de traitement
psychiatrique, perçut soudain, à la
place du partenaire assis en face d'elle, un portrait
qui lui rappelait une figure du 16e siècle cependant
qu'elle ressentait une sensation d'étouffement.
Le superviseur de cours lui expliqua que quelque
chose qui était réellement arrivé au 16e siècle
se répétait en elle. L'homme dont elle avait vu
le portrait aurait péri étranglé. Le "Thetan",
ou esprit immortel, qui habitait son corps se serait
réincarné en elle.
-
- Si l'on croit une telle interprétation,
qui rappelle le "time track" (piste du
temps) de la science-fiction, et notre patiente
en fut convaincue dur comme fer, les frontières
de l'espace
et du temps se déplacent, des perspectives vertigineuses
s'ouvrent à la pensée, l'identité du sujet se dissout
dans la fusion avec des figures historiques. Rien
d'étonnant à
ce que la patiente ait été hospitalisée quelques
jours plus tard dans un état psychotique grave.
L'enseignement de la réincarnation
et la pratique d'exercices créant une très forte
intimité se retrouvent aussi bien dans la Scientologie
que dans
le Mouvement Bhagwan." (H. Lang : "Können
Jugendsekten krank machen ?" in : Destruktive
Kulte, publié par K.G. Karde et M. Müller-Küppers,
Verlag für medizinische Psychologie, Gottingen 1983,
p.83/84).
-
- Les
instructions de L. Ron Hubbard, selon lesquelles
l'auditeur ne doit pas se soucier des crises du
patient, mais rester tranquillement
assis et pouvoir siffloter (p.187) nous paraissent
donc d'autant plus inquiétantes.
-
- La
prétention de la Dianétique de pouvoir guérir toutes
les névroses, les maladies psychosomatiques et les
psychoses fonctionnelles contredit totalement ce
que l'on sait, à partir de recherches sérieuses,
sur l'efficacité de la psychothérapie.
-
- Le
traité de L. Ron Hubbard se caractérise par l'absence
totale de toute description vérifiable d'essais
thérapeutiques avec contrôles de succès. L. Ron
Hubbard se contente d'affirmer, purement et simplement,
qu'il est scientifiquement prouvéque la Dianétique
possède des effets aussi merveilleux. Il ne lui
en coûterait guère d'établir une comparaison entre
la Dianétique et une thérapie par la parole centrée
sur le patient.
-
- Il
lui suffirait pour cela de procéder auprès de la
clientèle d'une institution psychothérapeutique
à un essai où les patients seraient désignés au
hasard pour suivre l'un ou l'autre des deux traitements.
Nous n'avons jamais eu connaissance que L. Ron
Hubbard ait soumis sa méthode à un tel test. Tant
qu'aucun test scientifiquement vérifiable n'a été
effectué, la Dianétique ne saurait se réclamer du
titre de science.
-
- La
plupart du temps, le patient ne réalise pas quel
est réellement le but de la thérapie, que cette
dernière vise uniquement à le libérer des engrammes
responsables de ses aberrations et non à lui apporter
quelque aide pour surmonter ses difficultés et ses
conflits. Les procédés de suggestion utilisés comme
introduction
à l'audition le rendent perméable aux manipulations
de l'auditeur et affaiblissent son sens de la réalité.
Une fois persuadé qu'il se souvient d'événements
prénataux et même de ses vies antérieures, il devient
un adepte du système, croit appartenir à une petite
élite disposant de pouvoirs spirituels inouis,
capable même de survivre à une guerre atomique.
-
- Mais
L. Ron Hubbard ne s'en tint pas à la Dianétique,
grâce à
laquelle l'homme peut se libérer de ses aberrations
et atteindre l'état de "Clair", c'est-à-dire
de "personne qui, par l'intermédiaire de la
technologie scientologique, est parvenue à cet état
extrêmement élevé où elle est capable d'être cause
sciemment et à volonté vis-à-vis de la matière,
de l'espace, de
l'énergie et du temps mentaux, pour ce qui est de
la première dynamique (survie pour soi)."
(Cf. Introduction à l'Ethique de la Scientologie,
par L. Ron Hubbard, New Era Publications, Copenhague,
deuxième impression en langue française, 1983, p.
94).
-
- "He
discovered and developed the astonishing materials
above Clear now known as the Advanced Courses. These
are the eight OT Sections, enabling one who has
attained Clear to regain abilities never before
accurately credited to the human spirit, as an
Operating Thetan, a spiritual being operating independently
of the laws of the physical universe." (Cf.
"AlI About Radiation", by a Nuclear Physicist
and a Medical Doctor, published by SCientology Publications
Organization, Denmark, 1979, p.
152).
-
- Comme
cet ouvrage n'a pas été publié en langue française,
nous proposons pour ce passage la traduction suivante
:
-
- "Il
découvrit et développa les étonnants matériaux audessus
de "Clair", qui sont connus aujourd'hui
sous le nom
de Cours Avancés. Ce sont les huit niveaux OT (OT
= Operating Thetan = thetan opérationnel). Ils permettent
à quelqu'un qui a atteint l'état de "Clair"
de regagner des aptitudes dont on n'avait jamais
encore pu établir avec précision que l'esprit humain
les possédait, et cela en tant que thetan opérationnel,
en tant qu'être spirituel opérant indépendamment
des lois de l'univers physique."
-
- Une
telle littérature suggère donc aux adhérents qu'ils
peuvent
parvenir à la perfection humaine, acquérir des capacités
spirituelles
et intellectuelles jusqu'alors inconnues, devenir
"un être spirituel" opérant indépendamment
des lois de l'univers physique ... à condition qu'ils
suivent ces cours-là.
-
- C'est à partir de 1966 que
L. Ron Hubbard a développé les idées qui sont à
la base des niveaux OT. Mais il n'a pas apporté
la preuve que ces cours conduisent à la perfection
humaine. Si cela était, les succès de la Scientologie
parleraient pour elle et elle ne serait pas obligée
de recourir à des méthodes discutables et peu reluisantes
ainsi que le montrent les exemples ci-dessous.
-
-
- 4.
Le cas de Madame S.B.
-
- Cette
jeune femme trouva un jour dans sa boîte-aux-lettres
un prospectus sur les livres de la Scientologie.
Comme elle souffrait d'un certain manque d'assurance,
elle s'intéressa à "La Dianétique, la Science
moderne du Mental" et commanda le livre
par la poste. Le jour suivant, elle reçut un coup
de téléphone de la librairie de la Scientologie,
l'invitant à
venir personnellement. Ce serait pour elle l'occasion
de se
renseigner plus en détail et de faire un test qui
permettrait de mieux voir de quelle aide elle avait
besoin. Elle se laissa persuader et se rendit le
samedi suivant à la
librairie de la Scientologie. Là, elle reçut une
liste de questions concernant son état de santé
et son caractère.
-
- Le
test fut évalué sitôt après qu'elle l'eut rempli.
On lui dit qu'elle était très intelligente, était
capable d'avoir un
bon contact avec autrui et devrait absolument s'améliorer
encore sur ce point. Sans lui demander réellement
son avis, on
la conduisit aussitôt au Centre de l'Organisation
de Scientologie. Là, on lui fit remplir un second
test, nettement plus volumineux. Sous la pression
des jeunes gens qui s'occupaient d'elle, lui souriaient
amicalement et la tutoyèrent immédiatement, elle
se laissa convaincre d'aller à un premier cours
et aussi à une séance d'audition qui dura environ
quatre heures et consistait en une série de questions
répétitives.
-
- Après quoi, elle se trouva complètement
épuisée, mais ressentit aussi un certain soulagement.
Aussitôt, on lui demanda d'écrire une lettre de
succès, ce qu'elle fit, et on lui fixa un nouveau
rendez-vous pour le lendemain. Durant les semaines
qui suivirent. Mme S.B. reçut trois fois par semaine
une séance d'audition dont la durée s'étendait de
deux à quatre heures, ce qui mettait ses forces
à très rude épreuve. En raison
des pressions énormes exercées sur elle, Mme S.B.
fut amenée à contracter deux emprunts bancaires
de Fr. 32.000.- (20'000 euros) en faveur de la Scientologie. Les
intérêts et l'amortissement s'élevaient à Fr. 723.--
par mois, ce qui correspondait à un
tiers de son revenu mensuel net.
-
- Comme
Mrne S.B. souffrait de troubles de la circulation,
son médecin de famille et même le médecin recommandé
par la Scientologie lui déconseillèrent de faire
le "Rundown de Purification", c'est-à-dire
une cure de plusieurs jours où l'adepte doit quotidiennement
faire un sauna de plusieurs heures et prendre des
tablettes
de vitamines.
-
- L'Organisation de Scientologie n'en
tenta pas moins de la persuader de faire ces saunas
et insista pour qu'elle prît les tablettes de vitamines.
Finalement, après une séance d'audition très longue,
Mme S.B. fut victime d'un véritable collapsus circulatoire.
Aussi voulut-elle prendre quelque repos et partir
enfin en vacances. Mais des membres de
la Scientologie lui téléphonèrent chaque jour pour
la convaincre de renoncer à ses vacances ou de
venir les passer dans l'Organisation de Scientologie.
-
- Mme S.B. s'en tint cependant
à
sa décision, prit du recul pendant les vacances
et réalisa dans quelle situation financière difficile
elle s'était mise. Une fois de retour, elle s'ouvrit
de ses problèmes à un supérieur. Ce dernier lui
fit lire un article du "Beobachter" sur
les pratiques de la Scientologie. Mme S.B. téléphona
alors à l'Organisation pour dire qu'elle ne voulait
plus venir. Sur ce, elle fut bombardée d'appels
téléphoniques chaque jour, souvent à des heures
tardives. Elle devait absolument continuer les cours,
pouvait beaucoup en profiter et obtiendrait rapidement,
grâce aux progrès qu'elle ferait, une place mieux
rétribuée, ce qui la délivrerait de ses soucis financiers.
Ces appels téléphoniques et cette insistance massive
la mirent à bout de nerfs.
-
-
- 5.
Le cas de Mme L.B.
-
- Cette
jeune femme fut introduite par son ami dans l'Organisation
de Scientologie. Elle alla une fois lui rendre visite
dans les locaux de l'Organisation et fut aussitôt
invitée à remplir le test de personnalité. Une fois
le test évalué, elle eut un long
entretien avec un membre du personnel qui chercha
à la convaincre de s'inscrire pour un cours. Mme
L~B. s'y refusa tout d'abord. Puis, lors d'une autre
visite, elle fut reçue par
le "chef" de son ami, qui lui représenta
combien il était important, pour la bonne entente
entre elle et son ami, qu'elle aussi fasse de la
Scientologie. Elle accepta alors de s'inscrire pour
un premier cours.
-
- Chacun dans l'Organisation se
montra amical à son égard et tous la tutoyèrent
aussitôt. Mme L.B. fut surprise de la très bonne
ambiance de l'Organisation. Une fois le premier
cours terminé, elle fut soumise à des pressions
massives pour la persuader de contracter un emprunt
de Fr. 6'000.-- (4000 euros) pour d'autres cours.
-
- Puis
Mme L.B. se vit prescrire le "Rundown de Purification"
dont nous avons déjà parlé. Après cette cure, qui
ne lui causa pas de malaise, on la persuada de contracter
un second emprunt, de Fr. 27'000.-- (13'500 euros)
cette fois-ci,
en faveur de son ami, lequel, en raison des dettes
qu'il avait déjà, ne pouvait plus obtenir un nouveau
crédit. Peu après, son ami rompit avec elle. Mme
L.B. se sentit trahie et "complètement démolie".
Elle reçut alors des séances d'audition, mais trouva
la procédure désagréable. Toujours on revenait
sur les mêmes choses, ce qui la faisait pleurer.
-
- Environ
trois mois après son premier contact avec la Scientologie,
Mme L.B. se vit proposer de devenir collaboratrice
de l'Organisation. Elle se sentit très honorée,
réduisit de 50% son activité professionnelle et
s'engagea à travailler 10h par jour pour la Scientologie
pendant 5 ans. En tant que collaboratrice de l'Organisation,
elle apprit à connaître les méthodes sans scrupules
dont la Scientologie se sert pour amener les clients
potentiels à contracter d'énormes obligations financières.
En raison de son double emploi, elle se trouva surmenée
et s'isola progressivement de ses amis et connaissances.
-
- Il
lui devint de plus en plus difficile d'exercer ses
activités professionnelles ordinaires, mais elle
était fière de son poste de collaboratrice de la
Scientologie. Elle dut cependant réaliser que ses
forces ne lui permettaient pas de remplir deux emplois.
-
- Finalement,
elle sombra dans un état d'épuisement et fut envoyée
par sa mère chez le médecin de famille, en l'occurrence
une doctoresse. Selon le rapport écrit établi par
cette dernière, Mme
L.B. souffrait d'un état d'épuisement psychique
et physique ainsi que d'une légère anémie. Elle
était si affaiblie que la doctoresse dut lui faire
une déclaration d'incapacité de travail pour deux
semaines. Malgré les avertissements de la doctoresse,
Mme L.B. ne voulut rien changer à sa situation.
-
- Neuf mois plus tard, elle s'annonça à nouveau auprès
de la doctoresse, cette fois-ci dans un état de
véritable panique. Lors de la consultation, il
s'avéra qu'elle se trouvait dans un état psychique
grave, était angoissée par des idées de mort et
se croyait menacée. Que s'était-il passé ? Durant
les mois précédents, mme L.B. avait tenté à plusieurs
reprises de réduire son temps de travail dans l'Organisation,
car il était au-dessus de ses forces
de remplir deux emplois. A chaque fois, on avait
exercé de fortes pressions sur elle pour la persuader
de continuer. Si elle voulait être sauvée dans cette
vie-ci, elle devait rester à son poste.
-
- On lui donna
à lire un texte de L. Ron Hubbard décrivant à quels
maux s'exposaient ceux qui se détournaient de la
Scientologie. Mme L.B. fut très impressionnée mais
persista dans son désir de quitter l'Organisation.
Elle se décida à demander qu'on lui rende l'argent
qui restait sur son compte, mais se laissa persuader
de le laisser provisoirement là.
-
- Mme
L.B.
se sentait très insécurisée. D'une part, ses forces
ne lui permettaient physiquement pas de satisfaire
aux exigences qui lui étaient posées, d'autre part,
elle éprouvait des doutes au sujet de l'Organisation.
Elle réalisait qu'il y avait une énorme discordance
entre les hauts idéaux proclamés par la Scientologie
et les procédés honteux auxquels elle recourt pour
soutirer de fortes sommes aux gens, n'hésitant pas
à les pousser à des obligations financières qui
dépassent visiblement leurs possibilités et les
amènent à faire des dettes. Cependant, elle se sentait
valorisée par son appartenance à l'Organisation.
Elle se voyait faisant partie d'un groupe qui propageait
de hautes valeurs éthiques. Aussi éprouvait-elle
des sentiments de culpabilité lorsqu'elle se résolut
à abandonner la Scientologie.
-
- Alors qu'elle se trouvait
dans cet état d'esprit, elle alla au cinéma et
vit un film où il était question d'un homme qui
était puni par le diable pour les mauvaises actions
qu'il avait commises dans
une vie antérieure. Cette histoire lui rappela le
texte de L. Ron Hubbard qu'on lui avait fait lire,
contenant des menaces contre ceux qui se séparent
de la Scientologie. Cela déclencha en elle un état
d'angoisse aigu qui, d'après le rapport de la doctoresse,
était de caractère psychotique. Grâce à
des séances régulières de psychothérapie, cet état
disparut au bout de quelques semaines et Mme L.B.
revint à une appréciation correcte de la réalité.
-
-
- 6.
Les cas de S.F. et de L.S.
-
- Ces
deux personnes, dont nous ne parlerons ici que très
brièvement, avaient été des collaborateurs actifs
de la Scientologie. Ils passèrent un certain temps
aux USA dans un des grands centres de l'Organisation,
Flag en Floride, pour y parfaire leur formation.
Tous deux décrivent combien l'Organisation les
tenait sous sa coupe.
-
- Les cours et autres activités
leur prenaient un temps si considérable qu'il ne
leur était pratiquement plus possible d'avoir un
moment pour eux. Cela les conduisit à l'isolement.
Ils se sentirent aussi très fatigués et physiquement
surmenés. Finalement, tous deux purent se détacher
de la Scientologie. Ce qui les avait le plus choqués,
c'était la contradiction entre les buts éthiques
élevés proclamés par l'Organisation et ses agissements
sans scrupules en
matière financière.
-
- L.S. se plaignit surtout d'avoir
été constamment soumis à de très fortes pressions.
On avait cherché par tous les moyens à l'isoler
en entravant, voire en empêchant tout contact avec
les siens. On ne peut pas dire que ces deux personnes,
abstraction faite des pertes financières qu'elles
ont subies, aient été victimes de conséquences graves.
Mais leur exemple illustre comment l'Organisation
recrute les gens, les influence de façon systématique,
exerce des pressions morales sur eux, cherche à
les isoler de leur entourage habituel et à les amener
sous sa dépendance.
-
-
- Réponse
aux questions que vous m'avez posées
-
- 1.
Que peut-on dire, du point de vue médico-psychiatrique,
sur l'état de santé de Mme L.B. au moment où vous
l'avez examinée et au moment où elle est sortie
de l'Organisation de Scientologie (env. octobre
1987) ?
-
- 2.
Voyez-vous un rapport entre l'état de "décompensation
psychotique" de Mme L.B., observé par Mme Dr.
méd. H.H. en octobre 1987, et les pratiques de Scientologie
qui vous ont été décrites par Mme L.B. ?
-
- 3.
Que peut-on dire, sur la base des connaissances
actuelles de la psychothérapie (psychiatrie),. du
modèle proposé par la Dianétique (Scientologie)
pour les maladies psychiques et physiques (cause,
origine, guérison, etc.) ?
-
- 4.
L'argumentation et les '''preuves'' que la Dianétique/Scientologie
fournit dans ses écrits correspondent-elles aux
exigences d'un concept scientifique généralement
reconnu ?
-
- 5.
Que penser, du point du vue psychothérapeutique/psychiatrique,
des méthodes d'audition de la Scientologie ?
-
- 6.
Y a-t-il des parallèles avec d'autres méthodes que
l'on désigne communément sous le terme de, "lavage
de cerveau" et, si oui, en quoi consistent-ils
?
-
- Pour
les points 1 et 2
-
- Vous
trouverez sous cette rubrique ma réponse aux questions
1
et 2. Au moment où j'ai examiné Mme L.B., cette
dernière ne présentait plus de troubles psychiques
notables. Elle pouvait raconter son histoire de
façon claire et donner des réponses intelligibles
aux questions que je lui posais. Elle semblait avoir
pris du recul par rapport à la SCientologie. Cependant,
maintenant encore, elle éprouve des impressions
difficiles à décrire. Elle ne comprend pas comment
elle a pu se laisser pareillement influencer contre
ses propres intérêts. Sur le plan physique, elle
ne se sent plus tout à fait comme avant, souffre
de troubles divers sans présenter pour autant de
véritables symptômes. Son ami dit qu'elle est instable,
ce qui est vrai.
-
- D'après
sa description et le rapport qui m'a été adressé
par son médecin de famille en date du 29.3.1988,
il ressort clairement que Mme L.B. éprouvait des
sentiments de culpabilité et
se sentait menacée au moment de son retrait de l'Organisation
de Scientologie, ce qui déclencha en elle une crise
psychique grave durant laquelle elle perdit passagèrement
le contrôle de la réalité. L'apparition d'un tel
état psychotique montre combien Mme L.B. était sous
l'emprise de l'Organisation.
-
- Ce n'est que grâce
à l'aide de sa mère et de son médecin de famille
qu'elle put sortir relativement rapidement de cette
crise. Bien que l'Organisation propose "les
voies de la santé
mentale", Mme L.B. n'en reçut aucune aide
puisque, comme déjà dit, L. Ron Hubbard considère
toute tentative de résistance contre la Scientologie
comme une attitude déraisonnable et irresponsable.
-
- A
ce propos, l'Ethique de la Scientologie est très
révélatrice (cf. L. Ron Hubbard : "Introduction
à l'Ethique de la Scientologie",
New Era Publications, Copenhague, 2e édition française,
1983).
-
- On y apprend que toute critique contre la
Scientologie et toute tentative de penser par soi-même
sont un délit, voire un crime contre l'Organisation.
|
-
- On comprend aussi pourquoi l'Organisation n'hésite
pas à recourir à des méthodes aussi peu scrupuleuses
pour amener les clients à contracter de grandes
obligations financières. On trouve, p.55 de l'Introduction
à l'Ethique, que des "revenus ou activités insuffisants
ou en baisse" dans une section, une unité,
une organisation etc. sont un délit. Plus loin,
p.84, il est dit : "En
SCientologie, dans toutes les questions de récompense
et de sanction, nous prêtons la plus vive attention
à ces lois fondamentales" (exposées dans les
pages précédentes) "et nous utilisons cette
règle : Nous récompensons la production et les bonnes
statistiques, et nous sanctionnons la non-production
et les mauvaises statistiques. Toujours. Et nous
le faisons uniquement en nous basant sur des statistiques
et non sur des rumeurs, sur la personnalité ou sur
des recommandations. Et nous nous assurons que chacun
a une statistique quelconque. Nous ne promouvons
qu'en nous appuyant sur des statistiques. Nous ne
sanctionnons que les mauvaises statistiques".
-
- Mme
L.B. rapporte que chaque jeudi l'Orgnisation établissait
la statistique de ses activités, c' est-à-dire
combien de quoi elle avait vendu, achevé ou commencé.
Car, en vertu des directives précitées, l'Organisation
est récompensée ou sanctionnée sur la base de ses
statistiques. Mme L.B. décrit l'agitation extrême
qui régnait ce jour-là. Tous cherchaient, par des
coups de téléphone ou des visites, à vite marquer
encore quelques points. Vu ce qui précède, il ressort
clairement que cette Organisation, qui préconise
des buts éthiques aussi élevés, est dominée par
de sordides intérêts matériels.
-
- Pour
le point 3
-
- Comme
je l'ai déjà montré au chapitre concernant la théorie
et
la thérapie dianétique, l'idée que les névroses,
les maladies psychosomatiques et les psychoses
fonctionnelles seraient dues exclusivement à des
événements pathogènes anciens, pouvant même remonter
à la période prénatale, est totalement insoutenable
à la lumière des résultats actuels de la recherche
en matière de
psychologie et de psychiatrie.
-
- Les troubles de l'âme
ne se comprennent en règle générale que par l'interaction
de facteurs multiples ou de conditions multiples.
Toutes les théories qui veulent attribuer ces troubles
à une cause unique sont à écarter. Ainsi que Freud
l'avait observé lui-même, l'idée qu'une prise de
conscience d'événements anciens permet de guérir
la plupart des troubles psychiques est erronée et
totalement contredite par les résultats des recherches
effectuées depuis plusieurs dizaines d'années dans
le domaine de la psychothérapie. La guérison de
tels troubles est de façon générale un processus
complexe dans lequel la relation au thérapeute joue
un rôle décisif. Les exceptions sont rares et ne
font que confirmer la
règle.
-
- Pour
le point 4
-
- Dans
son ouvrage "La Dianétique, la Science moderne
du Mental", L. Ron Hubbard ne donne aucune
preuve de la justesse de sa théorie et de sa thérapie.
Il mentionne à plusieurs reprises des observations
et des résultats sur des personnes ~ui confirmeraient
ses dires. Néanmoins, il n'apporte aucune donnée
~ui permettrait une vérification. Je ne sais pas
si L.Ron Hubbard a fourni ailleurs des données vérifiables
comme on l'exige dans des publications scientifiques
sérieuses. Les concepts concernant les magasins
mnémoniques, les trois types de mental et autres
notions sont une construction théorique relevant
de la métapsychologie. Autrement dit, il s'agit
d'une construction qui ne se prête pas à une observation
et à une expérimentation directe, mais se situe
uniquement sur le plan théorique.
-
- L.
Ron Hubbard prétend que la Scientologie est "le
seul système qui marche dont dispose l'homme"
(Introduction à l'Ethique, p.92). "Elle a déjà amené des gens à un Q.I.
plus élevé, à des
vies meilleures, et toutes ces choses-là, aucun
autre système n'y est parvenu" (Introduction
à l'Ethique, p.92).
-
- Mais
il ne donne non plus aucune preuve à l'appui. Pourtant,
une élévation du Q.I. grâce à l'audition et aux
cours de la Scientologie pourrait parfaitement bien
être confirmée ou infirmée, car le Q.I. peut se
déterminer de façon très nette par des tests appropriés.
Aussi longtemps qu'il n'existe aucune preuve vérifiable
de l'efficacité de cette méthode, on peut considérer
qu'il ne s'agit là que d'affirmations publicitaires
visant à éveiller de faux espoirs auprès des clients
potentiels.
-
- Pour
le point 5
-
- Dans
le chapitre concernant les risques de la thérapie
dianétique, j'ai déjà traité en détail des dangers
de cette méthode. Je rappelle ici les points essentiels
:
d'une part, le patient ne reçoit aucune aide qui
lui permettrait de surmonter ses conflits et ses
difficultés; d'autre part, la thérapie vise uniquement
à obtenir des décharges émotionnelles. A ce propos,
on peut aussi se demander dans quelle mesure l'électromètre
peut
vraiment donner des indications sérieuses. En outre,
j'estime particulièrement inquiétante la stratégie
consistant à isoler le patient de ses parents et
de sa famille sous le prétexte absurde que ces derniers
seraient seuls responsables des maux dont il souffre.
-
- Pour
le point 6
-
- Ici
se pose la question de savoir si les méthodes de
la Scientologie,
notamment l'audition, peuvent être comparées à un
"lavage de cerveau". Ce type de procédé
était pratiqué par les régimes totalitaires, qui
l'utilisaient pour la rééducation des adversaires
politiques et, tout particulièrement, des prisonniers
de guerre. On vise par là à détruire les valeurs
de l'ennemi et à implanter en lui de nouvelles convictions
par un système d'endoctrinement. Diverses techniques
sont utilisées.
Par exemple : on recherche les points faibles dans
le système de référence de l'adversaire et des "plaies
vives" dans la vie de l'individu; on vise à
éveiller en lui des sentiments de culpabilité,
à suggérer qu'il a été contraint de participer
à de mauvaises actions; finalement, on lui demande
de petits services, qu'il lui est difficile de refuser,
puis on élève les exigences jusqu'à ce qu'on l'amène
à une collaboration effective (cité d'après R.H.
Kornhuber : "Psychologie und
Psychiatrie der Kriegsgefangenschaft" in :
Psychiatrie der Gegenwart,
publié par H.W. Gruhle, R. Jung, W. Mayer-Grass
et M.
Müller, Band 3, Springer-Verlag, Berlin 1961, p.680 sq.).
-
- La
Scientologie présente une certaine analogie en ce
qui concerne le procédé psychologique. Cependant,
les régimes totalitaires recouraient en même temps
à des moyens de coercition massifs tels que l'isolement,
les sévices physiques, la privation systématique
de sommeil, etc. C'est seulement sur ce terrain
que l'endoctrinement déployait toute son efficacité.
Il est certain que cet aspect n'existe pas en Scientologie.
En revanche, la structure autoritaire de l'Organisation,
la tendance à isoler le client de son environnement
habituel, la contrainte de groupe exercée sur lui,
tout cela est d'une évidence indiscutable.
-
-
L.J. West donne une description générale de ces
pratiques, dont la Scientologie n'a pas l'exclusivité
(Voir : "Die Kulte als Problem der offentlichen
Gesundheit" in : Destruktive Kulte, publié
par K.G. Karde et M. Müller-Küppers, Verlag
für medizinische Psychologie, Gottingen 1983, p.47-64). L.J. West est professeur de psychiatrie
de l'Université de Californie à Los Angeles. C'est
un bon connaisseur des cultes religieux.
-
- Bien que
la Dianétique et la Scientologie ne doivent pas
être assimilées à un "lavage de cerveau",
la conclusion s'impose cependant qu'elles présentent
des analogies subtiles avec ce type de procédé et
font courir des risques considérables au patient
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- Comme
je l'ai déjà dit, p.14 du présent exposé, l'audition
peut conduire à des états d'angoisse, des dépressions,
des crises allant jusqu'à un effondrement psychotique,
en raison de la façon peu délicate dont il est pratiqué
conformément aux
instructions données par L. Ron Hubbard. Il est
particulièrement préoccupant que de tels états
ne soient pas reconnus pour ce qu'ils sont, de sorte
que le patient ne reçoit aucune aide adéquate.
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- Selon
les directives de L. Ron Hubbard, la séance d'audition
doit tout simplement se poursuivre. A cela s'ajoute
que, dans de tels cas, les Scientologues refusent
par
principe toute aide médicale professionnelle. La
méthode d'audition, appliquée par des amateurs en
matière de psychologie/psychiatrie, fait donc courir
des risques sérieux au patient. La structure autoritaire
de la Scientologie n'est pas sans danger non plus,
ainsi que le montre le cas de Mme L.B.. Cette dernière
ne représente nullement un cas isolé. Les autres
personnes que j'ai pu interroger ont fait des expériences
analogues sur ce point, à la différence qu'elles
étaient plus résistantes et se sont moins laissées
intimider.
-
- Comme déjà dit, seules les personnes
très stables, ayant confiance en elles-mêmes,
de nature plutôt superficielle, peuvent s'adonner
à
la Dianétique et à la Scientologie sans trop de
risques. De telles
personnes s'adaptent facilement et peuvent opposer
une résistance suffisante à la pression de groupe,
ou bien elles s'identifient totalement à l'Organisation
et se trouvent confortées dans leurs tendances narcissiques.
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- P.S.
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- Ce
n'est qu'après avoir terminé le présent travail
que j'ai eu
connaissance de l'expertise faite par le département
de psychiatrie légale de la clinique psychiatrique
universitaire de
Münich, signée par le Prof. Dr. W. Mende et le Dr.
N. Nedopil, datée du 21.12.84 et adressée à l'administration
du cercle, division principale 3, 8000 Münich, concernant
l'enquête administrative menée contre l'Organisation
de Scientologie de Münich.
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- Cette
expertise aboutit largement aux mêmes conclusions
que moi
en ce qui concerne les pratiques de la Scientologie.
En revanche, elle contient comme élément nouveau
par rapport à mon propre travail une appréciation
du test de personnalité utilisé
par les Scientologues. pour attirer les clients.
Je n'ai personnellement pas vu ce test, probablement
le même que celui que les personnes dont j'ai examiné
le cas ont rempli lors de leur premier contact avec
la Scientologie.
-
- Ce
test a fait l'objet d'une expertise spéciale de
la même clinique, datée du 27.12.84 et signée par
le Dr. phil. J. Weber, spécialiste en psychologie
clinique et légale. D'après cette expertise, qui
se réfère à celle faite par Mende/Nedopil, le test
de personnalité est inapproprié pour déterminer
les troubles psychiques. Comme aucun document n'a
été publié à ce
propos dans la littérature scientifique, il est
hautement douteux qu'il s'agisse d'un test scientifiquement
reconnu. A
cela s'ajoute que des exemples concrets ont donné
des résultats contradictoires. Ce test, tel qu'il
est pratiqué par les Scientologues, ne permet pas
d'apprécier de façon responsable si une personne
a besoin d'une thérapie ou non.
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- Meilleures
salutations
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- Prof.Dr.méd.
H. Kind
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- «Wie schon weiter vorn gesagt, ist Dianetik und Scientology wohl nur für sehr stabile,
selbstsichere, eher oberflächliche Naturen ohne Risiko,
weil diese sich leicht anpassen und dem Gruppendruck
genügend widerstehen konnen oder dann sich ganz mit
der Organisation identifizieren und darin neue narzisstische
Bestätigung finden».
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