TRIBUNE LIBRE DU CANTON DU JURA

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TRIBUNE LIBRE DU CANTON DU JURA

Les coups de gueule de Jean-Marie Joset :


Remarque importante :

Les articles publiés dans la «Tribune Libre du Jura» sont sous la seule responsabilité de leurs auteurs. Ils ne représentent aucunement le point de vue de la rédaction d'«anti-scientologie».

Ces textes ont pour seul but d'amener plus de transparence dans un canton dominé par une classe politique arrogante pratiquant des méthodes qui semblent pour le moins exclusives.

Votre coup de gueule est le bienvenu, même si cela concerne un autre canton, une autre opacité cantonales ... ou administrative ...

 Index des coups de gueule

 
Les maltraités d'Histoire jurassienne
par Jean-Marie JOSET , 12 septembre 2003
 
 
«C'est ceux qui ont la parole qui sont dangereux. Et quand il n'y en a qu'un qui parle ...»
 
Photo : Danièle Ludwig
 
Préambule
 
Ceux qui se sont lancés dans la narration de l'Histoire jurassienne récente, càd. depuis 1947, n'ont présenté que des "maltraités d' Histoire jurassienne". Ils ont ignoré, falsifié ou nié, éliminé, des faits probants ayant changé le cours de l'Histoire, ceci dans le but d'attribuer à Béguelin et au Rassemblement Jurassien (le RJ, ndlr), des mérites qui ne sont pas les leurs et des titres auxquels ils n'ont pas droit.
 
Pour avoir été acteur principal, témoin, voire opposant et dénonciateur d'atteinte à l'honneur de ce canton et de leurs auteurs, je me dois de faire oeuvre de mémoire et de rétablir la vérité, pour mes enfants d'abord et pour la jeunesse de ce pays, non contaminée, ensuite, afin de les préserver de la manipulation et qu'ils ne soient pas victimes de l'imposture.
 
Pour les plus âgés, complices de Béguelin ou ses manipulés - et fiers de l'être, - la vérité sera considérée comme un sacrilège.
 
Preuves à l'appui, je démontre par l'écrit qui suit, "La fin d'une supercherie - Autopsie d'une trahison", un résumé succinct mais exact, le destin, les causes de l'éclatement de ce pays, voulu, programmé, inéluctable. De l'auto-démolition.
 
Je suis bien conscient qu'après avoir été seul pour me battre pour ce canton (Marcel Boillat n'étant qu'un boulet) , seul pour pour mener les actions mentionnées, je me retrouve seul à dire la vérité, seul contre des médias qui la refuse pour faire passer la leur, seul à faire face à une population que Béguelin méprisait, (il la traitait de piétaille) qui a été manipulée sans qu'elle s'en rende compte et qui n'est pas prête à brûler ce qu'elle a adoré.
 
Le silence, le désintérêt des Jurassiens est celui de gens trompés et qui reste un non-dit. Mais la vérité fait son chemin.
A propos du dixième anniversaire de la disparition de R. Béguelin
La fin d'une supercherie - Autopsie d'une trahison
 
Le Rassemblement jurassien a été fondé en 1947. En 1951, Berne reconnait le Jura des 7 districts ainsi que le drapeau jurassien. En 1959, une première consultation sur l'ensemble du Jura donne une faible majorité rejetante.
 
En 1962 débutent mes actions au sein du Front de Libération Jurassien (FLJ) qui secouent le Jura, Berne et la Suisse et font prendre conscience à celle-ci du problème jurassien.
 
Mon arrestation en 1964 est due à la délation de R. Béguelin, qui a utilisé sa fonction pour se venger de l'avoir privé d'une de ses conquêtes extra-conjugales, ce qui lui avait valu l'épithète de "cocufieur cocufié".
 
En 1966 avait eu lieu le procès de Lausanne qui a eu un impact indéniable en Suisse et a internationalisé le problème jurassien. A l'issue de ce procès, R. Schaffter avait déclaré : dans un accès de franchise ou d'inconscience : "Le FLJ a fait davantage avancer la question jurassienne en 18 mois que ne l'a fait le RJ en 18 ans"
 
A plusieurs reprises, des conseillers nationaux ont tenté de faire entrer le problème jurassien sous la coupole fédérale. Mais à chaque fois, l'entrée en matière leur a été refusée. C'est ainsi qu'en 1968, du fond de ma cellule, j'ai fait parvenir une demande en grâce qui a été traitée par l'Assemblée fédérale. Jean Wilhem l'avait courageusement défendue. c'est alors que le conseiller aux Etats, Blaise Clerc de Neuchâtel, était intervenu pour demander l'intervention fédérale, disant que la confédération ne pouvait pas me refuser la grâce sans intervenir d'une autre façon. C'est ainsi qu'un mois plus tard, la Commission confédérée des bons offices était créée.
 
Quelques mois plus tard, à Moutier, Béguelin faisait voter l'exclusion du district ALLEMAND de Laufon par l'assemblée des délégués à Moutier, provoquant ainsi le début de l'éclatement de la Patrie jurassienne et une véritable trahison.
 
Afin d'atténuer mon succès et se l'accaparer, il avait fait accepter par la foule à Delémont, une intervention auprès de la Confédération afin de mettre en marche une procédure pour un Jura à six districts, ce qui lui permettrait de satisfaire sa haine germanophobe. Il démolissait ainsi, avec la soutien de gens irresponsables, le Jura historique pour un Jura ethnique Bien plus tard, il a utilisé l'argument fallacieux des "caisses noires" bernoises pour camoufler sa trahison.
 
En 1970, M Henri Huber, conseiller d'Etat bernois, était venu à Moutier, faire une conférence sur les modalités du plébicite. A cette occasion, il avait déclaré textuellement, - une franchise qui avait eu l'effet d'un bombe -, "Ce n'est pas à cause du RJ, mais à cause des ACTIONS du FLJ, que le Gouvernement bernois a changé de politique". C'est aux mêmes actions qu'est dû l'abandon du projet de place d'arme aux Franches-Montagnes, ainsi que la venue du conseiller fédéral Wahlen à Saignelégier.
 
Cette déclaration avait été reçue comme une baffe par Béguelin qui s'était rendu compte que je lui passais devant, que lui (et le RJ puisque l'un était l'autre) étaient toujours à la remorque des évènements et que ses gesticulation n'avaient aucun effet positif. C'est alors qu'il commença à qualifier le RJ de "mouvement de libération", plagiant le FLJ.
 
Alors que M. Huber parle d'actions - ce que considère être des actes de résistance - nos tripatouilleurs d'Histoire (Rennwald, Kohler et d'autres) les qualifient "d'attentats terroristes", sans jamais parler des résultats obtenus tels que présentês dans ces lignes, ni des raisons de l'auto-démolition de ce canton.
 
Le 17 mai 1974, jour de l'assemblée des délégués du RJ à Porrentruy a été une journée noire pour ce pays, puisque ce fut l'acceptation des modalités du plébicite.
Mais quel est donc ce canton qui s'ampute volontairement d'une partie de son territoire ?
 
Il était très triste de voir ces Jurassiens, manipulés et exités, décider pmqu'allègrement, de l'éclatement du Jura. Il était évident que le Sud, en cas de oui, retournerait avec Berne afin d'échapper aux méthodes fascistes de Béguelin, qui avait insulté sa frange alémanique toute sa vie.
 
Faisant alors partie du comité directeur, j'avais été le premier sinon le seul à demander le boycottage de ce plébicite, afin de reprendre les mêmes modalités qu'en 1959. La seule abstention avait été la mienne, ne pouvant ni voter oui à l'éclatement ni non à un canton à sept districts, évidemment, pour la création duquel je m'étais battu.
 
Le fascicule rédigé par Béguelin pour le 23 juin et distribué dans tout le Jura annonçait clairement que le district ALLEMAND (sic) de Laufon pourrait demander sa réintégration dans le canton du Jura (à trois districts) - alors qu'il n'en était pas encore sorti, - le oui était "la solution définitive de justice et de démocratie", les pétainistes capitulaient avant de combattre, avouant qu'ils se contenteraient "d'un canton
à territoire limité".
 
Il est évident que Béguelin (R. Schaffter ne s'est jamais opposé à ses folies), a fait éclater le Jura et que sans lui il serait encore entier. La seule victoire est celle de la purification ethnique voulue par Béguelin, avec l'aide d'un peuple aveugle et docile. Les trois districts restants sont ceux dont Berne n'a pas voulu.
Béguelin et Schaffter ne sont ni des "fondateurs", ni des "pères de la patrie",
mais les fossoyeurs, de l'unité jurassienne.
 
L'imposture est maintenant gravée dans la pierre puisque sur la tombe de Béguelin, on peut lire: "il a rendu au Jura sa fierté et sa liberté". Il mérite bien celà pour avoir déchiré notre drapeau qui n'a plus aucun sens et est même usurpateur.
 
L'éclatement a été programmé bien à l'avance et en connaissance de cause, les limites pouvant être définies sur la base des élections précédentes. Le PDC est devenu "jurassien" lorsque le canton de Berne a refusé d'augmenter ses conseillers d'Etat de 7 à 9, le privant de sa portion de soupe aux choux. Sans influence dans le canton de Berne, il serait dominant dans un nouveau canton.
 
Cette opinion m'a été suggérée par le fait qui s'était produit à l'assemblée de la Fédération du RJ de Delémont, le 20 juin 1974 à Courroux. Nous avions assisté à l'irruption, à 23.00 h. du juge Boinay flanqué d'un jeunet répondant au nom de Pierre Boillat, inconnus au bataillon, venus recommander le oui. Quatre plus tard, ce dernier réapparaissait comme "ministre".
 
La curée se déroula comme prévu : Béguelin devint le premier citoyen du canton (dans un canton à 7 districts il en aurait été le premier chômeur), François Lachat en devint le grand manitou et planqua sa soeur et son frère qui, d'avocat stagiaire devint président de tribunal, R. Schaffter entra dans l'administration, avec sa femme au moment ou les autres en sortent, pour lequel on créa un poste qu'on annula ensuite et devint même conseiller aux Etats avec le succès qu'on connait, R. Jardin devint "ministre" et planqua le reste de sa famille, G. Donzé planqua son frère. Oubli : Béguelin planqua sa fille.
 
En ce qui me concerne et étant donné mes activités patriotiques, j'avais de la peine à me réinsérer. Sur la base d'une maturité commerciale et de 5 langues, j'avais postulé pour un travail dans le département de J.P. Beuret.
 
Un ami avait téléphoné à J. C. Montavon - ancien chef bélier et émule de Béguelin - lequel avait répondu : "Il n'y a rien pour Joset".
 
Fr. Lachat, que j'avais interpelé m'avait répondu : "C'est difficile. En fait, ils avaient fait disparaitre mon dossier.
 
Toutefois, j'avais appris que Béguelin avait reçu un montant d'environ Fr. 130'000.- pour travaux fictifs, apparemment de Fr. Lachat. J'avais interrogé le "ministre" Boillat qui ne l'avait pas nié, mais avait précisé que c' était "beaucoup moins", sans indiquer de montant. Ce montant provenait des fonds mis à disposition par la Confédération pour installer ce canton.
 
Je me suis rapidement rendu compte, dès la mise en marche de ce canton, que le climat de haine, d'agression, de conflit permanent créé et entretenu par Béguelin, allait à l'encontre de toute solidarité. c'est ainsi que j'avais regroupé dans une Association des Résistants Jurassiens et Anciens Prisonniers (ARJAP) tous ceux qui, à des titres divers, avaient été aux prises avec la Justice en relation avec la cause. J'estimais qu'une amnistie était le premier geste à faire par ce canton, geste d'indépendance et de solidarité, geste symbolique afin de blanchir et de reconnaître les siens.
 
Il incombait à Béguelin député, de déclencher et de soutenir la procédure au nom du RJ. Il n'en fit rien et même s' y opposa. J'ai dû faire preuve d'acharnement - au nom de l' ARJAP- pour obliger François Lachat à s'occuper de l'affaire, ce qu'il fit en traînant les pieds.
 
Un vote à ce sujet a eu lieu lors d'une séance du parlement à Porrentruy en 1983, fixé juste après la pause. Présent jusque­là, Béguelin avait alors pris la fuite juste avant le vote. incapable de lever un doigt POUR le Jura, il avait démontré ne pas être un Jurassien, mais un anti-Bernois, un manipulateur fuyant ses responsabilités morales.
 
Le même schéma s'est reproduit avec Mme Tendon de Courfaivre, emprisonnée par le juge Steulet durant 33 jours (celui-là même qui, m'apportant des pommes pouries à Thorberg, m'avait déclaré : "Vous ne l'aurez jamais votre Jura"), et qui avait été récompensé ensuite en étant nommé procureur. Toujours au nom de l'ARJAP, j'avais dû me battre avec le fameux "ministre" Boillat qui avait fini par céder et lui accorder un certain montant, montant remis par F. Mertenat et JP Beuret lors d'une cérémonie où je n'avais pas été invité - et qui s'étaient arrogé la beauté du geste,- sans que ce soit dit que c'est moi qui les y avais obligés. Là aussi, Béguelin avait démontré être réfractaire à tout geste de solidarité et avait refusé sa collaboration.
 
Sa déviance narcissique, son manque de scrupules, son despotisme sa manière de se présenter soit en héros, soit en victime, sa méthode de taxer de pro-bernois celui qui ne partageait pas sa folie, sa possibilité de démolir psychologiquement celui qui le contrait, tout celà n'a été possible que grâce aux moyens - usurpés - dont il disposait : rédacteur en chef du Jura Libre pour publier et imposer ses vues, et secrétaire général qui lui permettai t d'intervenir dans les sections et donner ses mots d'ordre, celà avec la complicité de comparses à sa solde.
 
C'est ainsi qu'il a attaqué Georges Hennet, Jean Wilhelm, Gabriel Roy, Louis Domeniconi, Jean-Luc Vautravers et d'autres, les donnant aux chiens. Aucun n'est sorti indeme de ses campagnes de dénigrement. Il a semé la division au sein du RJ, imposé le manichéisme (ami/ennemi) et obtenu du comité directeur, - suprême forfaiture - l'exclusion de la fédération de Delémont du Rassemblement jurassien, formant, avec quelques pions, une fédération parallèle. Depuis, la chute continue ...
 
Retournons en 1968 où, après quatre ans et huit mois de prison, - avec le succès de mes actions mentionnées ci-dessus -, j'ai été reçu à st-Georges à Delémont. Le comité directeur siégeait dans une salle attenante. Il avait fallu les arracher à leurs chaises pour qu'ils viennent me saluer. Béguelin avait pris le fuite. Je suis donc allé le trouver le lendemain dans son bureau et lui annoncer que j'étais là. Il était furieux de ne pas avoir pu m'expulser comme il l' avait fait avec Hennin et Boillat (celui-ci n'a pas pu s'évader, puisque c'était ouvert).
 
Il avait alors eu cette phrase historique :
"Vous devriez partir à l'étranger, ici vous n' aurez que des ennuis".
 
Avec dix ans d'avance, le "Prophète" avait annoncé la couleur de ce que serait ce canton. En fait de saloperies, j'ai été choyé par ce canton avorton et même mes enfants en sont les victimes et les otages aujourd'hui.
 
Il y a exactement dix ans, je suis souvenu de ce proverbe arabe qui dit : "Assieds-toi au bord de la rivière (ou de la route) et regarde passer le cadavre de ton ennemi".
 
Après deux générations, le béguelinisme est ancré dans les moeurs. Il fait partie de la mentalité. Il est pour le moins curieux pour moi, d'être confronté à une meute toujours prête à aboyer et à montrer les dents, sans connaître les raisons de cette attitude. La lutte, les sacrifices et le prix payé pour tirer ces gens d' une tutelle dont il n'auraient jamais dû sortir, resteront pour moi l'erreur de ma vie.
 
Jean-Marie Joset, 12 septembre 2003
 
(Texte distribué aux membres du Parlement jurassien
à l'occasion du dixième anniversaire de la disparition de R. Béguelin)
 
Jean-Marie Joset :
«Le Gouvernement a le pouvoir, il lui manque l'autorité»
 
Quotidien Jurassien, le 26 juin 2004
Entretien avec Jean-Marie Joset par Jacques Houriet
 
Notre hôte est sous son balcon dans la cascade de fleurs d'un luxuriant rosier grimpant dont la majesté bouleverse ma photographe. Lorsqu'elle s'en ira, le maître des lieux lui offrira la plus belle rose de son jardin. Jean-Marie Joset est un galant homme.
«Je n'ai plus confiance ...»
 
Les exégètes de la politique, depuis peu, l'admettent l'action du, PLJ, ou Front de libération du Jura, a fait bouger la Suisse au point, en tout cas, d'accélérer la création du nouveau canton. Mais les actes du FLJ étant illégaux, qualifiés de terrorisme par d'aucuns, chacun les condamna, même ceux qui, au bout du compte, en bénéficièrent Kafkaïen, ubuesque. Et douloureux, surtout, pour cet homme, Jean-Marie Joset, résistant ignoré, renié dans son propre pays.
 
«
 
«C'est ceux qui ont la parole qui sont dangereux. Et quand il n'y en a qu'un qui parle ...»
 
Photo : Danièle Ludwig
 
Il est calme, mais pas serein; souriant, mais pas joyeux. Désenchanté, c'est certain. Il n'était pas chaud du tout pour cet entretien :
 
- «Je n'ai plus confiance en personne, comprenez-moi, on m'a tout fait dans ce canton.» Mais comment refuser de prendre la parole quand on se plaint de ne jamais la recevoir ? Jean-Marie Joset accepta, donc, aux mêmes conditions que tous les invités de cette rubrique, c'est-à-dire sans possibilité de lire l'article avant sa parution. Il garde l'impression de prendre un risque, et il n'aime plus vraiment ça. C'est vrai qu'il beaucoup donné.
 
Chaque pays a ses vertus
 
L'homme est né à Courfaivre, dans une famille d'agriculteurs de cinq enfants. Quatre ans d'école au village, trois ans au progymnase, un an à Saint-Charles, six mois «aux Allemands», l'itinéraire quasi classique d'un jeune de l'époque. Ilentre à l'usine avant la fin de l'adolescence puis s'engage aux PTT (service postal suisse, ndlr): La Chaux-de-Fonds, Bienne,Zurich ...
 
C'est à Zurich, à côté de son travail postal, qu'il fera un diplôme de commerce, en allemand. Il cumule l'école (8 h-17 h) et le service postal (20 h-4 h), s'accorde 3 heures de sommeil, décroche son diplôme et pratique cinq langues : français, allemand, anglais, italien, espagnol.
 
Il se rend en Angleterre, dans un collège, et assure son intendance en devenant serveur dans un cinq étoiles britannique :
 
- «Engoncé dans un frac, avec mon anglais scolaire, mes maladresses: ce n'est pas facile de manipuler les petits pains entre une fourchette et une cuiller, j'ai eu quelques surprises.»
 
Ensuite ce sera l'Allemagne, puis Barcelone :
 
- «J'ai travaillé à Londres grâce à l'allemand, à Hambourg grâce à l'anglais, en Espagne grâce à l'allemand.»
 
Et partout il fait ses humanités :
 
- «J'ai appris ce qu'était un gentleman en Angleterre, ce qu' était le travail en Allemagne, et ce qu'était le respect et la dignité en Espagne ...»
 
Respect et dignité, les maîtres mots de son credo :
 
- «Ma conduite est basée sur un principe qui en vaut trois : le respect de soi, le respect de l'autre, et se faire respecter.»
«Regardez ces chiards ...»
 
Des bons sentiments qui le conduiront loin. Jean-Marie vit et travaille au soleil de Barcelone où il se sent heureux. Jusqu'au jour où la Tornos (entreprise de sa région, ndlr) le contacte pour lui proposer un emploi en rapport avec sa connaissance des langues :
 
- «' ai fait l'erreur de ma vie en revenant ici. Peut-être qu'on a un destin et qu'on ne peut pas y échapper.»
 
L'expérience à la Tornos fait long feu, Jean-Marie se retrouve à Bienne, dans un entreprise horlogère :
 
- «J'y étais heureux, bien dans ma peau. Je voyais ce qui se passait dans le Jura, sans autres états d'âme.»
 
Jusqu'au déclic :
 
- Il y a eu deux déclencheurs en 1962: le canton de Berne a dessiné des écussons bernois sur tous les panneaux de villages, ce qui était une grosse provocation; et lors d'un défilé militaire à Moutier, j'ai entendu le colonel S., de Delémont, dire des Jurassiens : regardez ces chiards, ils n'osent pas bouger. Il avait un peu raison, remarquez. Peu après je vais chez Marcel Boillat, qui était un excité, mais ça je l'ai compris plus tard, et on décide de choquer. On est allé recouvrir tous ces écussons avec de la peinture, et on a signé FLJ, en référence au FLN (Front de libération national algérien), histoire de «leur» faire un peu la trouille. Pour moi ça devait s'arrêter là; ]e ne suis pas un terroriste, juste un résistant. «J'ai fait ça pour la dignité des Jurassiens, je n'ai compris que plus tard qu'ils n'en avaient pas»
 
Ce ne fut pas le seul acte du FLJ ...
 
- «A chaque nouvelle gifle des autorités bernoises, on a défendu le peuple jurassien. On avait le sentiment qu'il était avec nous.»
«J'ai fait ça pour la dignité des Jurassien, je n'ai compris que plus tard qu'ils n'en avaient pas.»
 
Il y a eu un commandement retiré à un officier jurassien (l'affaire Berberat) et le projet de la place d'armes de Bure : le FLJ a alors incendié des propriétés de la Confédération. C'est le début d'une double vie pour ]ean-Marie]oset :
 
- «On écoutait les commentaires, on lisait les journaux, mais on devait jouer les candides.
 
Psychologiquement, c'est assez stressant, d'autant plus que je travaillais toujours à Bienne.»
Déstabiliser les casquettes
 
Excitant ?
 
- «On ne cherchait pas l'action, mais un résultat. C'était presque amusant de voir à quel point ça remuait. C'est vrai: déstabiliser les grosses casquettes qui nous prenaient pour des imbéciles,c' est assez réjouissant.»
 
Pourtant Jean-Marie Joset ne suivra pas son complice jusqu'au bout ...
 
- «Il voulait s'en prendre à un train, pour moi c'était exclu de risquer de blesser quelqu'un. J'ai refusé, c'est lui qui y est allé (à Studen).»
 
Quelques jours plus tard une explosion secouera la Banque Cantonale de Berne à Delémont. Le FLJ répondait ainsi à l'arrestation des «Innocents de Courfaivre», deux familles emprisonnées par des enquêteurs qui se fourvoyaient. Mais quinze jours plus tard :
 
- «Je me suis fait ramasser le matin, en allant au boulpt.J'àtais à peine sur mon vélo que des policiers ont surgi de partout.»
 
Son complice est arrêté en même temps:
 
- «Je me suis fait coincer pour rien du tout : un bout de mèche qui avait servi à un essai a été retrtroué chez moi.»
 
C'est la prison, les interrogatoires.
 
- «Quand j'ai vu que même les Jurassiens nous crachaient dessus, peut-être par peur d'être impliqués, j'ai tout déballé ...»
Un écho international
 
Il pleure sans bruit, trahi par ceux dont il voulait sauver la dignité, vendu à la police, affirme-t-il, par les plus hauts dignitaires du mouvement séparatiste. Il dit avoir les preuves. Il ne me les montre pas. Le procès a lieu en 1966, au Tribunal fédéral de Lausanne. Un procès retentissant, avec des légions de journalistes venus de partout :
 
- «C'était ça, l'internationalisation de la Question jurassienne, bien avant toutes les actions du Bélier. Le RJ, ce n'était que des brailleurs. En 1970, à Moutier, Henri Huber, alors conseiller d'Etat bernois, a dit, puis répété pour un de vos confrères : si le Gouvernement bernois a changé d'attitude,ce n'est pas à cause du RJ, mais à cause du FLJ. Donc je ne suis pas un terroriste! »
 
Le procureur réclame quatorze ans de réclusion, le tribunal en prononcera sept contre Joset, huit contre Boillat, reconnu coupable en plus de l'attentat de Studen :
 
- «C'est à cause de cette différence d'une année de prison qu'on a dit que Boillat était le chef.»
 
Jean-Marie sourit maintenant. Il a fait quatre ans et huit mois de pénitencier, eut toutes les possibilités de s'évader mais n'en profita pas, contrairement à son complice :
 
- «C'est mon pays, je voulais rester ici. J'ai fait une maturité commerciale à Bochuz (nom de la prison,ndlr).»
 
Même la prison peut avoir du bon. A sa sortie, en 1968, il ira fleurir la tombe du major Davel, puis se retrouve sans emploi, bardé de dettes, avec des actes de défauts de biens pour 94' 000 francs. Un gros handicap aujourd'hui effacé à l'amiable par un versement symbolique de 1000 francs ...
 
- «Grâce à l'intervention du Dr Gehler, qui fut conseiller national.»
 
Le Dr Paul Gehler, un autre résistant, mais du bord bernois. Aujourd'hui d'ailleurs, il ne le cache pas, Jean-Marie Joset a davantage d'amis du côté des antiséparatistes que des autonomistes :
 
- «Comprenez Dien que je n'ai jamais rien eu contre les Bernois, j'étais révolté par l'arrogance du gouvernement. Mais je n'ai jamais ressenti l'antigerrnanisme viscéral et primaire des ténors du Rassemblement jurassien qui, en 1967 déjà, clamaient leur renoncement au district de Laufon. C'est une hérésie et une abdication. On aurait très bien pu faire pour Laufon ce que l'on fait pour Ederswiler. Je me suis battu pour un canton à sept districts. Tout ce que j'ai fait n'a servi à rien.»
«Je n'ai rien à espérer»
Des regrets ?
 
- «Oui, que des regrets. Absolument. Aujourd'hui je ne lèverais plus le petit doigt pour faire changer quoi que ce soit.»
 
Il a l'impression que tout le monde lui en veut, qu'il est traité comme un paria. Et il y a du vrai. Lorsque le nouveau canton s'est mis en place, il s'est dit qu'il y trou­verait peut-être la sienne, lui aussi :
 
- «Je me serais vu dans le tourisme, par exemple, à cause des langues notamment. J'étais du PCSI, comme Beuret, Montavon. On n'a même pas répondu à mes postulations. J'étais, et je suis tou­jours à l'index. Je reste dans le Jura parce que c'est mon pays, parce que je l'aime, mais je n'ai rien à espérer de quiconque ici, où je suis encore victime de la malveillance et l'incompétence des autorités.»
 
Il n'y a plus de colère dans ses yeux ni ses mots, juste une profonde tristesse. Il sourit pourtant :
 
- «La Mobilière de Berne a fait valoir une facture de 150'000 francs qui a été liquidée pour cent francs. La Banque Cantonale du Jura (qui a succédé à la Banque Cantonale de Berne) a fait valoir des dégâts pour 10'000 francs, quinze fois moins, et a aussi exigé 100 francs. J'ai envoyé 50 francs, non mais, c'est quand même grâce à moi qu'ils sont là ! Vous voyez, ce nouveau canton, c'est ça ...»
 
Petit et décevant, à tous égards.
 
L'OBJET
 
«J'ai fait le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostèle en deux fois, à cause des enfants. J'admire ceux qui le font à pied, moi je l'ai fait en vélo. Ça c'est le passeport, en quelque sorte, avec lequel vous serez accueilli partout sur le parcours. On ne peut pas y aller et être le même en revenant, ça ne s'explique pas, ça se vit. Une nouvelle aventure, une nouvelle expérience chaque jour, des rencontres. Personne n'y va par hasard, il y a toujours une raison, c'est quelque chose de très personnel, d'intime, de profond.»
 
QUESTIONS A L'INVITÉ DE LA RÉDACTION
 
Jura pays ouvert
 
- Ce n'était que l'inventaire de ce qui aurait dû être fait en vingt-cinq ans. Est-ce qu'il faut une loi pour faire travailler le Gouvernement ?
 
Interjurassienne
 
- Un lieu qui a au moins rapproché les parties. La première chose à chercher, c'est la réconciliation, apaiser les malentendus.
 
Statut d'autonomie
 
- La suite logique des plébiscites. Si cette question n'est pas résolue, c'est bien la faute du Jura.
 
Un seul Jura
 
- On avait un seul Jura, on l'a mis en pièces, et maintenant on l'appelle de nos vœux. Je ne vois pas de solution.
 
Gardes du corps du gouvernement
 
- Grands dieux! Ils ont peur qu'on nous les prenne ? On y survivrait.
 
Mort de Christophe Bader
(Bader : Un jeune dont la bombe qu'il s'apprêtait à déposer au pied d'un monument à Berne a explosé, ndlr)
 
- Pour rien, il n'y avait plus rien à sauver.
 
Eurofoot
 
- Jusqu'ici (mercredi) c'est bien. La Suisse a montré de belles promesses. Toujours des promesses ...
 
Sévices militaires
 
- La guerre est sans pitié, la sauvagerie n'est pas admissible, mais quand on affronte des gens qui n'ont pas de limites ...
 
Kamikaze
 
- Ça dépasse l'entendement, on ne va pas au paradis en tuant des gens.
 
Armée XXI
 
- Une armée est utile, il faut l'orienter vers des missions humanitaires, des engagements pour la paix.
 
Mariages homos
 
- Ça peut être désastreux, j'ai pu le constater. J'y suis opposé. D'autres dispositions légales, d'accord ...
 
Jean Paul II
 
- Un homme courageux, qui continue, tant bien que mal, malgré ses douleurs.
 
Retraite à ...
 
- Vous avez vu les outils en entrant ? Pour moi ce sera au­delà de 70 ans. Par obligation.
 
Mur d'Israël
 
- Le contraire de ce qu'il faut faire. On ne peut pas l'approuver, juste tenter de comprendre.
 
Exercice militaire le 23 juin
(23 juin est le jour d'anniversaire de la création du nouveau canton du Jura, ndlr)
 
- Une maladresse sans intention ni conséquences.
 
Irak
 
- Les Américains devront y rester tant qu'il n'y aura pas de l'ordre.
 
Croix sur l'A16
 
- Pourquoi pas, ça ne dérange personne et ça ne crée pas de danger.
 
La planète se réchauffe
 
- On s'en rend bien compte en repensant aux hivers de notre enfance.
 
(jh) 
 

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