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TRIBUNE
LIBRE DU CANTON DU JURA
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aux lecteurs et acteurs de notre
Tribune Libre
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TRIBUNE
LIBRE DU CANTON DU JURA
Les
coups de gueule de Jean-Marie Joset :
Remarque
importante :
Les
articles publiés dans la «Tribune Libre du Jura»
sont sous la seule responsabilité de leurs auteurs.
Ils ne représentent aucunement le point de vue de la
rédaction d'«anti-scientologie».
Ces
textes ont pour seul but d'amener plus de transparence
dans un canton dominé par une classe politique arrogante
pratiquant des méthodes qui semblent pour le moins
exclusives.
Votre
coup de gueule est le bienvenu, même si cela concerne
un autre canton, une autre opacité cantonales ... ou administrative
...
Index
des coups de gueule
|
-
- Les
maltraités d'Histoire
jurassienne
- par
Jean-Marie
JOSET , 12 septembre 2003
-
-
- «C'est
ceux qui ont la parole qui sont dangereux. Et
quand il n'y en a qu'un qui parle ...»
-
- Photo
: Danièle Ludwig
-
- Préambule
-
- Ceux
qui se sont lancés dans la narration de l'Histoire
jurassienne récente, càd. depuis 1947, n'ont présenté
que des "maltraités d' Histoire jurassienne". Ils ont ignoré,
falsifié ou nié, éliminé, des faits probants ayant
changé le cours de l'Histoire, ceci dans le but
d'attribuer à Béguelin et au Rassemblement Jurassien
(le RJ, ndlr), des mérites qui
ne sont pas les leurs et des titres auxquels ils
n'ont pas droit.
-
- Pour
avoir été acteur principal, témoin, voire opposant
et dénonciateur d'atteinte à l'honneur de ce canton
et de leurs auteurs,
je me dois de faire oeuvre de mémoire et de rétablir
la vérité, pour mes enfants d'abord et pour la jeunesse
de ce pays, non contaminée, ensuite, afin de les
préserver de la
manipulation et qu'ils ne soient pas victimes de
l'imposture.
-
- Pour les plus âgés, complices de Béguelin
ou ses manipulés - et
fiers de l'être, - la vérité sera considérée comme
un sacrilège.
-
- Preuves
à l'appui, je démontre par l'écrit qui suit, "La
fin d'une supercherie - Autopsie d'une trahison",
un résumé succinct mais exact, le destin, les causes
de l'éclatement de ce pays, voulu, programmé, inéluctable.
De l'auto-démolition.
-
- Je
suis bien conscient qu'après avoir été seul pour
me battre pour ce canton (Marcel Boillat n'étant
qu'un boulet) , seul pour pour mener les actions
mentionnées, je me retrouve seul à dire la vérité,
seul contre des médias qui la refuse pour faire
passer la leur, seul à faire face à une population que Béguelin
méprisait, (il
la traitait de piétaille) qui a été manipulée sans
qu'elle s'en rende compte et qui n'est pas prête
à brûler ce qu'elle a
adoré.
-
- Le silence, le désintérêt des Jurassiens
est celui de gens trompés et qui reste un non-dit.
Mais la vérité fait son chemin.
- A
propos du dixième anniversaire de la disparition
de
R. Béguelin
- La
fin d'une supercherie - Autopsie d'une trahison
-
- Le
Rassemblement jurassien a été fondé en 1947. En
1951, Berne reconnait le Jura des 7 districts ainsi
que le drapeau jurassien. En
1959, une première consultation sur l'ensemble du
Jura donne une faible majorité rejetante.
-
- En
1962 débutent mes actions au sein du Front de Libération
Jurassien (FLJ) qui secouent le Jura, Berne et la
Suisse et font prendre
conscience à celle-ci du problème jurassien.
-
- Mon
arrestation en 1964 est due à la délation de R.
Béguelin, qui a utilisé sa fonction pour se venger
de l'avoir privé d'une de ses conquêtes extra-conjugales,
ce qui lui avait valu l'épithète de "cocufieur
cocufié".
-
- En
1966 avait eu lieu le procès de Lausanne qui a eu
un impact indéniable en Suisse et a internationalisé
le problème jurassien.
A l'issue de ce procès, R. Schaffter avait déclaré
:
dans un accès de franchise ou d'inconscience : "Le
FLJ a fait davantage avancer la question jurassienne
en 18 mois que ne l'a
fait le RJ en 18 ans"
-
- A
plusieurs reprises, des conseillers nationaux ont
tenté de faire entrer le problème jurassien sous
la coupole fédérale. Mais à chaque fois, l'entrée
en matière leur a été refusée. C'est ainsi qu'en
1968, du fond de ma cellule, j'ai fait parvenir
une
demande en grâce qui a été traitée par l'Assemblée
fédérale. Jean Wilhem l'avait courageusement défendue.
c'est alors que le
conseiller aux Etats, Blaise Clerc de Neuchâtel, était intervenu
pour demander l'intervention fédérale, disant que
la confédération ne pouvait pas me refuser la grâce
sans intervenir d'une autre façon.
C'est ainsi qu'un mois plus tard, la Commission
confédérée des bons offices était créée.
-
- Quelques
mois plus tard, à Moutier, Béguelin faisait voter
l'exclusion du district ALLEMAND de Laufon par l'assemblée
des délégués à Moutier, provoquant ainsi le début
de l'éclatement de la Patrie jurassienne et une véritable
trahison.
-
- Afin
d'atténuer mon succès et se l'accaparer, il avait fait accepter par la foule à Delémont, une intervention
auprès de la Confédération afin de mettre en marche
une procédure pour un Jura à six districts, ce
qui lui permettrait de satisfaire sa haine germanophobe.
Il démolissait ainsi, avec la soutien de
gens irresponsables, le Jura historique pour un
Jura ethnique Bien plus tard, il a utilisé l'argument
fallacieux des "caisses noires" bernoises
pour camoufler sa trahison.
-
- En
1970, M Henri Huber, conseiller d'Etat bernois,
était venu à Moutier, faire une conférence sur les
modalités du plébicite. A cette occasion, il avait
déclaré textuellement, - une franchise qui avait
eu l'effet d'un bombe -, "Ce n'est pas à cause
du RJ, mais à cause des ACTIONS du FLJ, que le Gouvernement
bernois a changé de politique". C'est aux mêmes
actions qu'est dû l'abandon du projet de
place d'arme aux Franches-Montagnes, ainsi que
la venue du conseiller fédéral Wahlen à Saignelégier.
-
- Cette
déclaration avait été reçue comme une baffe par
Béguelin qui s'était rendu compte que je lui passais
devant, que lui (et
le RJ puisque l'un était l'autre) étaient toujours
à la remorque des évènements et que ses gesticulation
n'avaient aucun effet positif. C'est alors qu'il
commença à qualifier le
RJ de "mouvement de libération", plagiant
le FLJ.
-
- Alors
que M. Huber parle d'actions - ce que considère
être des actes de résistance - nos tripatouilleurs
d'Histoire (Rennwald, Kohler et d'autres) les qualifient
"d'attentats terroristes", sans jamais
parler des résultats obtenus tels que présentês
dans ces lignes, ni des raisons de l'auto-démolition
de ce canton.
-
- Le
17 mai 1974, jour de l'assemblée des délégués du
RJ à Porrentruy a été une journée noire pour ce
pays, puisque ce fut l'acceptation des modalités
du plébicite.
- Mais quel est donc ce canton qui s'ampute
volontairement d'une partie de son territoire ?
-
-
Il était très triste de voir ces Jurassiens, manipulés
et exités, décider pmqu'allègrement, de l'éclatement
du Jura. Il était évident que le Sud, en cas de
oui, retournerait avec Berne afin d'échapper aux
méthodes fascistes de Béguelin, qui avait insulté
sa frange alémanique toute sa vie.
-
- Faisant
alors partie du comité directeur, j'avais été le
premier sinon le seul à demander le boycottage de
ce plébicite, afin de reprendre les mêmes modalités
qu'en 1959. La seule abstention avait été la mienne,
ne pouvant ni voter oui à l'éclatement ni non
à un canton à sept districts, évidemment, pour la
création duquel je m'étais battu.
-
- Le
fascicule rédigé par Béguelin pour le 23 juin et
distribué dans tout le Jura annonçait clairement
que le district ALLEMAND (sic)
de Laufon pourrait demander sa réintégration dans
le canton du Jura (à trois districts) - alors qu'il
n'en était pas encore sorti, - le oui était "la
solution définitive de justice et de démocratie",
les pétainistes capitulaient avant de
combattre, avouant qu'ils se contenteraient "d'un
canton
- à
territoire limité".
-
- Il
est évident que Béguelin (R. Schaffter ne s'est
jamais opposé à
ses folies), a fait éclater le Jura et que sans
lui il serait encore entier. La seule victoire est
celle de la purification ethnique voulue par Béguelin,
avec l'aide d'un peuple aveugle et docile. Les trois
districts restants sont ceux dont Berne n'a pas
voulu.
- Béguelin
et Schaffter ne sont ni des "fondateurs",
ni des "pères de la patrie",
- mais les
fossoyeurs, de l'unité jurassienne.
-
- L'imposture
est maintenant gravée dans la pierre puisque sur
la tombe de Béguelin, on peut lire: "il a rendu
au Jura sa fierté
et sa liberté". Il mérite bien celà pour avoir
déchiré notre
drapeau qui n'a plus aucun sens et est même usurpateur.
-
- L'éclatement
a été programmé bien à l'avance et en connaissance
de
cause, les limites pouvant être définies sur la
base des élections précédentes. Le PDC est devenu
"jurassien" lorsque le canton de Berne
a refusé d'augmenter ses conseillers d'Etat de 7
à 9, le privant de sa portion de soupe aux choux.
Sans influence dans le canton de Berne, il serait
dominant dans un nouveau canton.
-
- Cette
opinion m'a été suggérée par le fait qui s'était
produit à l'assemblée de la Fédération du RJ de
Delémont, le 20 juin 1974 à Courroux. Nous avions
assisté à l'irruption, à 23.00 h. du juge Boinay
flanqué d'un jeunet répondant au nom de Pierre Boillat,
inconnus au bataillon, venus recommander le oui.
Quatre plus tard, ce dernier réapparaissait comme
"ministre".
-
- La
curée se déroula comme prévu : Béguelin devint le
premier citoyen du canton (dans un canton à 7 districts
il en aurait été le premier chômeur), François Lachat
en devint le grand manitou et
planqua sa soeur et son frère qui, d'avocat stagiaire
devint président de tribunal, R. Schaffter entra
dans l'administration, avec sa femme au moment ou
les autres en sortent, pour lequel on créa un poste
qu'on annula ensuite et devint même conseiller aux
Etats avec le succès qu'on connait, R. Jardin devint
"ministre" et planqua le reste de sa
famille, G. Donzé planqua son frère. Oubli : Béguelin
planqua sa fille.
-
- En
ce qui me concerne et étant donné mes activités
patriotiques,
j'avais de la peine à me réinsérer. Sur la base
d'une maturité commerciale et de 5 langues, j'avais
postulé pour un travail dans le département de J.P.
Beuret.
-
- Un ami avait téléphoné à J. C. Montavon
- ancien chef bélier et émule de Béguelin
- lequel avait répondu : "Il n'y a rien pour
Joset".
-
- Fr. Lachat, que j'avais interpelé m'avait
répondu : "C'est difficile. En fait, ils
avaient fait disparaitre mon dossier.
-
- Toutefois,
j'avais appris que Béguelin avait reçu un montant
d'environ Fr. 130'000.- pour travaux fictifs, apparemment
de Fr. Lachat. J'avais interrogé le "ministre"
Boillat qui ne l'avait pas nié, mais avait précisé
que c'
était "beaucoup moins",
sans indiquer de montant. Ce montant provenait des
fonds mis
à disposition par la Confédération pour installer
ce canton.
-
- Je
me suis rapidement rendu compte, dès la mise en
marche de ce canton, que le climat de haine, d'agression,
de conflit permanent créé et entretenu par Béguelin,
allait à l'encontre de toute solidarité. c'est ainsi
que j'avais regroupé dans une
Association des Résistants Jurassiens et Anciens
Prisonniers (ARJAP)
tous ceux qui, à des titres divers, avaient été
aux prises avec la Justice en relation avec la cause.
J'estimais qu'une amnistie était le premier geste à faire par
ce canton, geste
d'indépendance et de solidarité, geste symbolique
afin de
blanchir et de reconnaître les siens.
-
- Il incombait
à Béguelin député,
de déclencher et de soutenir la procédure au nom
du RJ. Il n'en fit rien et même s' y opposa. J'ai
dû faire preuve d'acharnement - au nom de l' ARJAP-
pour obliger François Lachat à s'occuper
de l'affaire, ce qu'il fit en traînant les pieds.
-
- Un
vote à ce sujet a eu lieu lors d'une séance du
parlement à Porrentruy en 1983, fixé juste après
la pause. Présent jusquelà,
Béguelin avait alors pris la fuite juste avant
le vote. incapable de lever un doigt POUR le Jura,
il avait démontré ne pas être un Jurassien, mais
un anti-Bernois, un manipulateur fuyant ses responsabilités
morales.
-
- Le
même schéma s'est reproduit avec Mme Tendon de Courfaivre,
emprisonnée par le juge Steulet durant 33 jours
(celui-là même qui,
m'apportant des pommes pouries à Thorberg, m'avait
déclaré : "Vous ne l'aurez jamais votre Jura"),
et qui avait été récompensé ensuite en étant nommé
procureur. Toujours au nom de l'ARJAP, j'avais
dû me battre avec le fameux "ministre"
Boillat qui avait fini par céder et lui accorder
un certain montant, montant remis par F. Mertenat et JP Beuret lors d'une cérémonie où
je
n'avais pas été invité - et qui s'étaient arrogé
la beauté du geste,- sans que ce soit dit que c'est moi qui les y avais obligés. Là aussi, Béguelin
avait démontré être réfractaire à tout geste de
solidarité et avait refusé sa collaboration.
-
- Sa
déviance narcissique, son manque de scrupules, son
despotisme sa manière de se présenter soit en héros,
soit en victime, sa
méthode de taxer de pro-bernois celui qui ne partageait
pas sa folie, sa possibilité de démolir psychologiquement
celui qui
le contrait, tout celà n'a été possible que grâce
aux moyens -
usurpés - dont il disposait : rédacteur en chef du
Jura Libre pour publier et imposer ses vues, et
secrétaire général qui lui
permettai t d'intervenir dans les sections et donner
ses mots d'ordre, celà avec la complicité de comparses
à sa solde.
-
- C'est
ainsi qu'il a attaqué Georges Hennet, Jean Wilhelm,
Gabriel Roy, Louis Domeniconi, Jean-Luc Vautravers
et d'autres, les donnant aux chiens. Aucun n'est
sorti indeme de ses campagnes de dénigrement. Il
a semé la division au sein du RJ, imposé le manichéisme
(ami/ennemi) et obtenu du comité directeur, - suprême
forfaiture - l'exclusion de la fédération de Delémont
du Rassemblement jurassien, formant, avec quelques
pions, une fédération parallèle. Depuis, la chute
continue ...
-
- Retournons
en 1968 où, après quatre ans et huit mois de prison,
- avec le succès de mes actions mentionnées ci-dessus
-, j'ai été reçu à st-Georges à Delémont. Le comité
directeur siégeait dans une salle attenante. Il
avait fallu les arracher à leurs chaises pour qu'ils
viennent me saluer. Béguelin avait pris le fuite.
Je suis donc allé le trouver le lendemain dans son
bureau
et lui annoncer que j'étais là. Il était furieux
de ne pas avoir pu m'expulser comme il l' avait fait avec Hennin
et
Boillat (celui-ci n'a pas pu s'évader, puisque c'était
ouvert).
-
- Il
avait alors eu cette phrase historique :
- "Vous
devriez partir à
l'étranger, ici vous n' aurez que des ennuis".
-
-
Avec dix ans d'avance, le "Prophète" avait
annoncé la couleur de ce que serait ce canton.
En fait de saloperies, j'ai été choyé par ce canton
avorton et même mes enfants en sont les victimes
et les otages aujourd'hui.
-
- Il
y a exactement dix ans, je suis souvenu de ce proverbe
arabe qui dit : "Assieds-toi au bord de la rivière
(ou de la route) et
regarde passer le cadavre de ton ennemi".
-
- Après
deux générations, le béguelinisme est ancré dans
les moeurs. Il fait partie de la mentalité. Il est
pour le moins curieux pour moi, d'être confronté
à une meute toujours prête à
aboyer et à montrer les dents, sans connaître les
raisons de cette attitude. La lutte, les sacrifices
et le prix payé pour tirer ces gens d' une tutelle
dont il n'auraient jamais dû sortir, resteront pour
moi l'erreur de ma vie.
-
- Jean-Marie
Joset, 12 septembre 2003
-
- (Texte distribué aux membres
du Parlement jurassien
- à l'occasion du dixième anniversaire
de la disparition de R. Béguelin)
|
-
-
- Quotidien
Jurassien, le 26 juin 2004
- Entretien
avec Jean-Marie Joset par Jacques Houriet
-
- Notre
hôte est sous son balcon dans la cascade de fleurs
d'un luxuriant rosier grimpant dont la majesté bouleverse
ma photographe. Lorsqu'elle s'en ira, le maître
des lieux lui offrira la plus belle rose de son
jardin. Jean-Marie Joset est un galant homme.
- «Je
n'ai plus confiance ...»
-
- Les
exégètes de la politique, depuis peu, l'admettent
l'action du, PLJ, ou Front de libération du Jura,
a fait bouger la Suisse au point, en tout cas, d'accélérer
la création du nouveau canton. Mais les actes du
FLJ étant illégaux, qualifiés de terrorisme par
d'aucuns, chacun les condamna, même ceux qui, au
bout du compte, en bénéficièrent Kafkaïen, ubuesque.
Et douloureux, surtout, pour cet homme, Jean-Marie
Joset, résistant ignoré, renié dans son propre pays.
-
- «
-
- «C'est
ceux qui ont la parole qui sont dangereux. Et
quand il n'y en a qu'un qui parle ...»
-
- Photo
: Danièle Ludwig
-
- Il
est calme, mais pas serein; souriant, mais pas joyeux.
Désenchanté, c'est certain. Il n'était pas chaud
du tout pour cet entretien :
-
- -
«Je n'ai plus confiance en personne, comprenez-moi,
on m'a tout fait dans ce canton.» Mais comment refuser
de prendre la parole quand on se plaint de ne jamais
la recevoir ? Jean-Marie Joset accepta, donc, aux
mêmes conditions que tous les invités de cette rubrique,
c'est-à-dire sans possibilité de lire l'article
avant sa parution. Il garde l'impression de prendre
un risque, et il n'aime plus vraiment ça. C'est
vrai qu'il beaucoup donné.
-
- Chaque
pays a ses vertus
-
- L'homme
est né à Courfaivre, dans une famille d'agriculteurs
de cinq enfants. Quatre ans d'école au village,
trois ans au progymnase, un an à Saint-Charles,
six mois «aux Allemands», l'itinéraire quasi classique
d'un jeune de l'époque. Ilentre à l'usine avant
la fin de l'adolescence puis s'engage aux PTT (service
postal suisse, ndlr): La Chaux-de-Fonds, Bienne,Zurich
...
-
- C'est
à Zurich, à côté de son travail postal, qu'il fera
un diplôme de commerce, en allemand. Il cumule l'école
(8 h-17 h) et le service postal (20 h-4 h), s'accorde
3 heures de sommeil, décroche son diplôme et pratique
cinq langues : français, allemand, anglais, italien,
espagnol.
-
- Il
se rend en Angleterre, dans un collège, et assure
son intendance en devenant serveur dans un cinq
étoiles britannique :
-
- -
«Engoncé dans un frac, avec mon anglais scolaire,
mes maladresses: ce n'est pas facile de manipuler
les petits pains entre une fourchette et une cuiller,
j'ai eu quelques surprises.»
-
- Ensuite
ce sera l'Allemagne, puis Barcelone :
-
- -
«J'ai travaillé à Londres grâce à l'allemand, à
Hambourg grâce à l'anglais, en Espagne grâce à l'allemand.»
-
- Et
partout il fait ses humanités :
-
- -
«J'ai appris ce qu'était un gentleman en Angleterre,
ce qu' était le travail en Allemagne, et ce qu'était
le respect et la dignité en Espagne ...»
-
- Respect
et dignité, les maîtres mots de son credo :
-
- -
«Ma conduite est basée sur un principe qui en vaut
trois : le respect de soi, le respect de l'autre,
et se faire respecter.»
- «Regardez
ces chiards ...»
-
- Des
bons sentiments qui le conduiront loin. Jean-Marie
vit et travaille au soleil de Barcelone où il se
sent heureux. Jusqu'au jour où la Tornos (entreprise
de sa région, ndlr) le contacte pour lui proposer
un emploi en rapport avec sa connaissance des langues
:
-
- -
«' ai fait l'erreur de ma vie en revenant ici. Peut-être
qu'on a un destin et qu'on ne peut pas y échapper.»
-
- L'expérience
à la Tornos fait long feu, Jean-Marie se retrouve
à Bienne, dans un entreprise horlogère :
-
- -
«J'y étais heureux, bien dans ma peau. Je voyais
ce qui se passait dans le Jura, sans autres états
d'âme.»
-
- Jusqu'au
déclic :
-
- -
Il y a eu deux déclencheurs en 1962: le canton de
Berne a dessiné des écussons bernois sur tous les
panneaux de villages, ce qui était une grosse provocation;
et lors d'un défilé militaire à Moutier, j'ai entendu
le colonel S., de Delémont, dire des Jurassiens
: regardez ces chiards, ils n'osent pas bouger.
Il avait un peu raison, remarquez. Peu après
je vais chez Marcel Boillat, qui était un excité,
mais ça je l'ai compris plus tard, et on décide
de choquer. On est allé recouvrir tous ces écussons
avec de la peinture, et on a signé FLJ, en référence
au FLN (Front de libération national algérien),
histoire de «leur» faire un peu la trouille. Pour
moi ça devait s'arrêter là; ]e ne suis pas un terroriste,
juste un résistant. «J'ai fait ça pour la dignité
des Jurassiens, je n'ai compris que plus tard qu'ils
n'en avaient pas»
-
- Ce
ne fut pas le seul acte du FLJ ...
-
- -
«A chaque nouvelle gifle des autorités bernoises,
on a défendu le peuple jurassien. On avait le sentiment
qu'il était avec nous.»
- «J'ai
fait ça pour la dignité des Jurassien, je n'ai
compris que plus tard qu'ils n'en avaient pas.»
-
- Il
y a eu un commandement retiré à un officier jurassien
(l'affaire Berberat) et le projet de la place d'armes
de Bure : le FLJ a alors incendié des propriétés
de la Confédération. C'est le début d'une double
vie pour ]ean-Marie]oset :
-
- -
«On écoutait les commentaires, on lisait les journaux,
mais on devait jouer les candides.
-
- Psychologiquement,
c'est assez stressant, d'autant plus que je travaillais
toujours à Bienne.»
- Déstabiliser
les casquettes
-
- Excitant
?
-
- -
«On ne cherchait pas l'action, mais un résultat.
C'était presque amusant de voir à quel point ça
remuait. C'est vrai: déstabiliser les grosses casquettes
qui nous prenaient pour des imbéciles,c' est assez
réjouissant.»
-
- Pourtant
Jean-Marie Joset ne suivra pas son complice jusqu'au
bout ...
-
- -
«Il voulait s'en prendre à un train, pour moi c'était
exclu de risquer de blesser quelqu'un. J'ai refusé,
c'est lui qui y est allé (à Studen).»
-
- Quelques
jours plus tard une explosion secouera la Banque
Cantonale de Berne à Delémont. Le FLJ répondait
ainsi à l'arrestation des «Innocents de Courfaivre»,
deux familles emprisonnées par des enquêteurs qui
se fourvoyaient. Mais quinze jours plus tard :
-
- -
«Je me suis fait ramasser le matin, en allant au
boulpt.J'àtais à peine sur mon vélo que des
policiers ont surgi de partout.»
-
- Son
complice est arrêté en même temps:
-
- -
«Je me suis fait coincer pour rien du tout : un
bout de mèche qui avait servi à un essai a été retrtroué
chez moi.»
-
- C'est
la prison, les interrogatoires.
-
- -
«Quand j'ai vu que même les Jurassiens nous crachaient
dessus, peut-être par peur d'être impliqués, j'ai
tout déballé ...»
- Un
écho international
-
- Il
pleure sans bruit, trahi par ceux dont il voulait
sauver la dignité, vendu à la police, affirme-t-il,
par les plus hauts dignitaires du mouvement séparatiste.
Il dit avoir les preuves. Il ne me les
montre pas. Le procès a lieu en 1966, au Tribunal
fédéral de Lausanne. Un procès retentissant, avec
des légions de journalistes venus de partout :
-
- -
«C'était ça, l'internationalisation de la Question
jurassienne, bien avant toutes les actions du Bélier.
Le RJ, ce n'était que des brailleurs. En 1970, à
Moutier, Henri Huber, alors conseiller d'Etat bernois,
a dit, puis répété pour un de vos confrères : si
le Gouvernement bernois a changé d'attitude,ce n'est
pas à cause du RJ, mais à cause du FLJ. Donc
je ne suis pas un terroriste! »
-
- Le
procureur réclame quatorze ans de réclusion, le
tribunal en prononcera sept contre Joset, huit contre
Boillat, reconnu coupable en plus de l'attentat
de Studen :
-
- -
«C'est à cause de cette différence d'une année de
prison qu'on a dit que Boillat était le chef.»
-
- Jean-Marie
sourit maintenant. Il a fait quatre ans et
huit mois de pénitencier, eut toutes les possibilités
de s'évader mais n'en profita pas, contrairement
à son complice :
-
- -
«C'est mon pays, je voulais rester ici. J'ai fait
une maturité commerciale à Bochuz (nom de la prison,ndlr).»
-
- Même
la prison peut avoir du bon. A sa sortie, en 1968,
il ira fleurir la tombe du major Davel, puis se
retrouve sans emploi, bardé de dettes, avec des
actes de défauts de biens pour 94' 000 francs. Un
gros handicap aujourd'hui effacé à l'amiable par
un versement symbolique de 1000 francs ...
-
- -
«Grâce
à l'intervention du Dr Gehler, qui fut conseiller
national.»
-
- Le
Dr Paul Gehler, un autre résistant, mais du bord
bernois. Aujourd'hui d'ailleurs, il ne le cache
pas, Jean-Marie Joset a davantage d'amis du côté
des antiséparatistes que des autonomistes :
-
- -
«Comprenez Dien que je n'ai jamais rien eu contre
les Bernois, j'étais révolté par l'arrogance du
gouvernement. Mais je n'ai jamais ressenti l'antigerrnanisme
viscéral et primaire des ténors du Rassemblement
jurassien qui, en 1967 déjà, clamaient leur renoncement
au district de Laufon. C'est une hérésie et une
abdication. On aurait très bien pu faire pour Laufon
ce que l'on fait pour Ederswiler. Je me suis battu
pour un canton à sept districts. Tout ce que j'ai
fait n'a servi à rien.»
- «Je
n'ai rien à espérer»
- Des
regrets ?
-
- -
«Oui, que des regrets. Absolument. Aujourd'hui je
ne lèverais plus le petit doigt pour faire changer
quoi que ce soit.»
-
- Il
a l'impression que tout le monde lui en veut, qu'il
est traité comme un paria. Et il y a du vrai. Lorsque
le nouveau canton s'est mis en place, il s'est dit
qu'il y trouverait peut-être la sienne, lui aussi
:
-
- -
«Je me serais vu dans le tourisme, par exemple,
à cause des langues notamment. J'étais du PCSI,
comme Beuret, Montavon. On n'a même pas répondu
à mes postulations. J'étais, et je suis toujours
à l'index. Je reste dans le Jura parce que c'est
mon pays, parce que je l'aime, mais je n'ai rien
à espérer de quiconque ici, où je suis encore victime
de la malveillance et l'incompétence des autorités.»
-
- Il
n'y a plus de colère dans ses yeux ni ses mots,
juste une profonde tristesse. Il sourit pourtant
:
-
- -
«La Mobilière de Berne a fait valoir une facture
de 150'000 francs qui a été liquidée pour cent francs.
La Banque Cantonale du Jura (qui a succédé à la
Banque Cantonale de Berne) a fait valoir des dégâts
pour 10'000 francs, quinze fois moins, et a aussi
exigé 100 francs. J'ai envoyé 50 francs, non mais,
c'est quand même grâce à moi qu'ils sont là ! Vous
voyez, ce nouveau canton, c'est ça ...»
-
- Petit
et décevant, à tous égards.
-
- L'OBJET
-
- «J'ai
fait le pèlerinage de Saint-Jacques
de Compostèle en deux fois, à cause
des enfants. J'admire ceux qui le
font à pied, moi je l'ai fait en
vélo. Ça c'est le passeport, en
quelque sorte, avec lequel vous
serez accueilli partout sur le parcours.
On ne peut pas y aller et être le
même en revenant, ça ne s'explique
pas, ça se vit. Une nouvelle aventure,
une nouvelle expérience chaque jour,
des rencontres. Personne n'y va
par hasard, il y a toujours une
raison, c'est quelque chose de très
personnel, d'intime, de profond.»
|
-
- QUESTIONS
A L'INVITÉ
DE LA RÉDACTION
-
- Jura
pays ouvert
-
- -
Ce n'était que l'inventaire de
ce qui aurait dû être fait en vingt-cinq ans. Est-ce
qu'il faut une loi pour faire travailler le Gouvernement
?
-
- Interjurassienne
-
- -
Un lieu qui a au moins rapproché
les parties. La première chose à chercher, c'est
la réconciliation, apaiser les malentendus.
-
- Statut
d'autonomie
-
- -
La suite logique des plébiscites.
Si cette question n'est pas résolue, c'est bien
la faute du Jura.
-
- Un
seul Jura
-
- -
On avait un seul Jura, on l'a
mis en pièces, et maintenant on l'appelle de nos
vœux. Je ne vois pas de solution.
-
- Gardes
du corps du gouvernement
-
- -
Grands dieux! Ils ont peur qu'on nous les prenne
? On
y survivrait.
-
- Mort
de Christophe Bader
- (Bader
: Un jeune dont la bombe qu'il s'apprêtait à déposer
au pied d'un monument à Berne a explosé, ndlr)
-
- -
Pour rien, il n'y avait plus rien à sauver.
-
- Eurofoot
-
- -
Jusqu'ici (mercredi) c'est bien.
La Suisse a montré de belles
promesses. Toujours
des promesses ...
-
- Sévices
militaires
-
- -
La guerre est sans pitié, la sauvagerie n'est pas admissible,
mais quand on affronte des gens qui n'ont pas de
limites ...
-
- Kamikaze
-
- -
Ça dépasse l'entendement, on ne va pas au paradis
en tuant des
gens.
-
- Armée
XXI
-
- -
Une armée est utile, il faut
l'orienter vers des missions humanitaires, des
engagements pour
la paix.
-
- Mariages
homos
-
- -
Ça peut être désastreux, j'ai
pu le constater. J'y suis opposé. D'autres dispositions
légales, d'accord ...
-
- Jean
Paul II
-
- -
Un homme courageux, qui
continue, tant bien que mal, malgré
ses douleurs.
-
- Retraite
à ...
-
- -
Vous avez vu les outils en entrant ?
Pour moi ce sera audelà de 70 ans. Par obligation.
-
- Mur
d'Israël
-
- -
Le contraire de ce qu'il faut faire.
On ne peut pas l'approuver, juste tenter de comprendre.
-
- Exercice
militaire le 23 juin
- (23
juin est le jour d'anniversaire de la création du
nouveau canton du Jura, ndlr)
-
- -
Une maladresse sans intention
ni conséquences.
-
- Irak
-
- -
Les Américains devront y rester
tant qu'il n'y aura pas de l'ordre.
-
- Croix
sur l'A16
-
- -
Pourquoi pas, ça ne dérange
personne et ça ne crée pas de danger.
-
- La
planète se réchauffe
-
- - On s'en rend bien compte
en
repensant aux hivers de notre enfance.
-
-
(jh)
Index
des coups de gueule
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