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ATTENTION A «L'ESSENCE SANS PLOMB» !

Un texte de Roland Huckel, publié en mars 1989

S'occuper des sectes et de leurs victimes dans le monde c'est s'introduire dans le monde des religions des visions du monde

La pensée essentialiste

La pensée existentialiste

Mais comment donc les sectes nous séduisent-elles ?

Danger: l'essence isolée de l'existence

De la langue de bois au délire essentialiste

Moon / témoignage: La serre «Moon» est bien gardée - Robert, victime de la séduction mooniste

Moon / témoignage: Quelques-uns des conseils de l'Exit-concilior

 

 ATTENTION A«L'ESSENCE SANS PLOMB» !

Texte de Roland Huckel, publié en mars 1989

S'occuper des sectes et de leurs victimes dans le monde c'est s'introduire dans le monde des religions des visions du monde, c'est entrer dans la sphère légère des essences éternelles, tout en quittant mentalement la sphère lourde, terre à terre, de l'existence vécue.
 
A ces hauteurs, nous regardons notre petite planète et nous remarquons que nous vivons seulement dans la ceinture peu froide qui prend pour axe l'équateur: c'est la première position, l'habitat. De là nous observons les extrêmes glacés, inaccessibles à 99%: l'arctique et l'antarctique, les deux autres positions. Ce rappel nous permet de comprendre la géographie analogue de notre sphère mentale.
 
Première position : l'habitat, le milieu communautaire et notre langage maternel; c'est notre quotidien, notre équateur. De là nous apercevons les deux positions inaccessibles: sur l'une des dimensions importantes, nous repérons les pôles de l'essence et de l'existence.
 
Chacune de ces trois positions a son importance quand on veut parler de religion: en écarter une, c'est tomber dans le manichéisme des théories outrancières, qui oublient toutes l'intermédiaire, la réalité.
 
Le passage d'un pôle à l'autre à travers l'équateur nécessite des précautions de voyage, surtout sur le plan mental. Il s'agit d'abord de connaître les différences entre les deux systèmes de pensée, qu'on a l'habitude d'appeler essentialiste et existentialiste: ce n'est qu'après cette distinction que nous pouvons envisager d'en tirer quelques règles, utiles dans nos débats sur les minorités religieuses.
 
LA PENSÉE ESSENTIALISTE
 
L'essence désigne la "nature permanente" des choses ou de l'homme; on parle de la nature divine puis de la nature humaine, excluant ainsi toute possibilité de changement... Autres essences: la valeur (d'une société, d'un individu, de la prière etc...), l'idéal de "liberté, égalité, fraternité"), le caractère sacré d'une tombe, etc...
 
Comparée à un fluide, à un éther ou un flux, à un caractère héréditaire, etc... l'essence est inobservable dans son fond, comme son prototype, l'âme; elle est repérée seulement par ses résultats extérieurs.
 
Des poètes vont jusqu'à mesurer la "grandeur d'âme". Des historiens montrent comment la valeur aristocratique d'une famille se transmet à travers les siècles jusqu'à 1989 (avec les "Bourbons" par exemple) et ils en décrivent les résultats extérieurs, par exemple des gestes de "courage", des attitudes de "noblesse" (2 autres essences).
 
Une essence se démontre donc, on le voit, verbalement à l'aide d'autres essences. C'est ainsi que la "haute qualité" de la caste des Brahmanes se démontre, toujours en mots, par le "noblesse" de leurs rites et positions... La qualité prouve la noblesse, ensuite la noblesse prouve la qualité ! Ce cercle fermé d'arguments caractérise la logique essentialiste et la protège des agressions de la réalité, vécue ou observée. Nous l'utilisons souvent en France quand nous parlons par exemple des caractères, où l' extérieur prouve l'intérieur puis vice versa : tel battant réussit parce qu'il est de caractère actif ­ il est de caractère actif parce qu'il réussit !
 
Le verbe "être", seul, permet ces dangereuses navettes de mots; il est le plus employé dans le discours sur les essences; il est à surveiller spécialement dans nos exposés sur les sectes et les religions. C'est aussi le verbe le plus fréquent de la langue française, dans le régistre écrit surtout : le français reste une langue fondamentalement essentialiste, à tel poi nt que les techniciens l'abandonnent et créent des mots nouveaux, anglais de préférence ...
 
Attention aux termes trop globaux, non analysés, comme force (divine ? physique ?), lumière (vérité ? information ?), science (révélée ? expérimentale ?), liberté (du gourou ? de l'adepte ?), etc...
 
Si nous répondons aux gourous, nous aussi, à l'aide de ces concepts globaux inorganisés, nous rentrons dans les tourbillons logiques d'un pouvoir, dans lesquel s, ne sachant nous-mêmes que faire des tourbillons logiques, nous risquons fort de nous noyer ... J'ai observé une de ces noyades : un responsable chrétien, dans une conférence, riait de la "force" qui émane de la médaille miraculeuse des mahikaristes, mais, dans le même élan, il affirmait que la "force" d'une prière communautaire est supérieure à celle d'un Pater, récité individuellement. Voilà un duel à coup d'"essences", une bagarre de fantômes dans la nuit ! Pour devenir crédibles, nous avons à surveiller les mots-essences, qui fonctionnent comme des mines cachées ...
 
Pour vivre sereinement dans leurs palais de fantasmes, les PDG essentialistes, qui se sentent fragiles et frileux, ont besoin de former une communauté fermée, protégée des pollutions extérieures : des couvents en somme. Ou plutôt des serres dont température, pression et lumi ère, etc ... sont contrôlées. Des vigiles musclés sont donc nécessaires avec rondes régulières et contrôle strict des entrées et des sorties.
 
Comment les jardiniers des domaines essentialistes protègent leur précieuse plantation de tout prédateur extérieur, voilà ce que nous fait voir l'interview suivant d'une soeur qui a voulu libérer son frère.
 
Témoignage: La serre «Moon» est bien gardée
 
LA PENSÉE EXISTENTIALISTE
 
Un seul espoir : que dans une serre aussi bien organisée, les produits mûrissent très vite, que les gentils adeptes sortent de leur passivité infantile et deviennent adultes et autonomes... qu'ils se fatiguent de ne respirer que de l'essence légère, qu'ils reprennent appétit pour l'existence dans la réalité.
 
Si l'essence se laisse enfermer par la parole et l'écrit, dans les mentalités et dans les bibliothèques, l'existence elle, à la foi s macrocosmique vers les étoiles et microcosmi que dans les atomes, nous enferme définitivement de tous les côtés, nous et nos bibliothèques. Nous ne lui échappons pas ... jamais.
 
Nos efforts essentialistes, religieux ou philosophiques, ne forment qu'une évasion mentale : même si nous ne travaillons que de la tête, nous avons toujours besoin de nos pieds et de la terre ferme.
 
Les modes passagères de théories "existentialistes" des années 50 nous ont sensibilisés au mot. Est existentialiste celui qui dénonce les "essences", qui se méfie des "idées éternelles",de la "nature humaine, fatale", du "caractère-destin", alibi de nos faiblesses ... On n'exclut pas l'essence, au contraire, mais on la met à sa place, à la dernière. L'existence précède ... La pierre et le bois précèdent l'idée de villa.
 
Le fait, observable, le fait d'être là, on ne sait pas pourquoi, est premier. Les théories viennent par la suite, elles viennent excuser, exorciser, cacher la réalité brute.
 
Au traité savant, on préfère aujourd'hui le roman autobiographique, le théâtre, le vécu, le témoignage sur le vif, le phénomène étudié en laboratoire, etc...
 
Mais on ne rencontre aucune religion, majoritaire ou minoritaire, qui soit existentialiste, même si les essais ne manquent pas. C'est qu'en donnant une réponse à la question fondamentale "Qu'y a-t-il après la mort ?", chaque système religieux, même le soucoupisme, quitte le terrain solide du fait vécu et de l'observation méthodique, pour se lancer dans la sphère des idées, des espérances, des frayeurs...
 
Aucun gourou n'est existentialiste : les faux maîtres spirituels, au contraire, sont des acrobates des essences. Le "Souverain Bien", c'est la secte elle-même et le "Mal Absolu" c'est le Monde, l'Etat, les Eglises, etc...
 
Alors où est la différence principale entre les deux systèmes décrits ici ? Elle réside dans l'effet suivant.
 
- Le recours exclusif aux essences abstraites n'est pas autocorrectif: celui qui n'est pas exaucé après ses prières ferventes et ses pénitences se dira qu'il n'a pas assez prié, pas assez souffert; il ne dira jamais que la prière et le sacrifice n'étaient pas les seuls moyens pour réussir un examen, pour gagner à la loterie ou pour guérir... Voilà la logique des adeptes de la Rose-Croix, du Maraboutismer etc...
 
- Par contre, le recours à l'existence concrète est continuellement autocorrectif: dans tous nos mouvements, sports ou travaux, toute maladresse se punit sur le champ par un bobo, par un accident, parfois par une catastrophe... Voilà pourquoi nous protégeons le petit enfant et les handicapés. Ne pas respecter les règles strictes de la physique et de la biologie, c'est échouer dans ses plans ... Réussir et puis formuler des règles de plus en plus précises, est le vecteur du progrès.
 
Le plus important à retenir découle de ce constat:
  • Dans le monde exclusif des essences, comme rien n'est autocorrectif, les erreurs se répètent indéfiniment, aucun progrès n'est possible (sinon par nos illusions verbales). Cela veut dire: l'expérience de l'un est inutile, incommuni- cable même, à l'autre; les conseils des anciens font toujours rire les jeunes... depuis des milliers d'années. Voilà pourquoi les théories des sectes les plus farfelues sont acceptées: aucune incohérence ne peut être détectée de l'intérieur de la communauté utopique, où tous les discours se prouvent entre eux.
  • Dans le monde des existences A trois dimensions, tout est autocorrectif; les erreurs, payées amèrement, nous rendent malins. Le progrès est transmissible par les machines fabriquées et les traités scientifiques.

Beaucoup de considérations et de réserves seraient à ajouter à ces deux théorèmes... Je n'ajoute ici que ce qui concerne les groupes de religions minoritaires.

  • Les pays traditionnalistes, asiatiques, africains, etc... se reconnaissent soudain trop "essentialistes", surtout face à un voisin bien militarisé. Ils rêvent de posséder la puissance financière et technologique de l'occident moderne. Celui-ci, vu de loin, parait trop "existentialiste", comptant plus sur ses bombes nucléa ires que sur la volonté de Dieu. Les pays encore pauvres envoient donc leurs jeunes finir leurs études universitaires en Europe ou aux Etats­Unis : ce seront les cadres du pays à leur retour. On conclut des accords de vente urgente d'armes...
  • Triomphants, les occidentaux, fiers de leur civilisation, ressentent comme des corps étrangers à expulser les courants d'idées hindous ou chinois, les religions traditionnelles..., les manoeuvres occultes des médiums nord-africains, etc... On les dénonce comme des mythologies, des dépôts d'essence, des rêveries utopiques...

Le refus des sectes est secrété par notre sensibilité de chrétiens ou d'ex-chrétiens, conscients de notre supériorité existentielle, par notre orgueil de civilisé (peu chrétien sans doute). Nous avons peur de retomber dans l'obscurantisme médiéval, disons-nous, dans la culture que nous appelons "essentialiste" (voulant dire "superstitieuse " !
 
Mais ce sont là des caricatures: nous sommes tous, en Inde ou en France, à la fois existentialistes et essentialistes. A des degrés divers cependant. Rejeter l'existentialisme ou l'essentialisme, c'est rejeter un aspect de nous-mêmes, c'est vouloir couper le bras droit à l'aide du gauche ! Le racisme contre une partie de nous-mêmes, c'est le début d'un délire ou d'un suicide. C'est la psychose principale des gourous. Nous avons à en tenir compte face aux astuces essentialistes de Moon ou de la Scientologie: les gourous abusent de notre sensibilité aux idées, aux messages de salut, c'est-à-dire aux essences. Nous avons à condamner l'abus, non ces essences; sans les essences notre vie resterait purement animale ou mécanique.
 
L'essence est notre spécificité humaine.
 
L' une des astuces des gourous est particulièrement efficace: elle fonctionne encore chez les fugueurs qui maudissent leur secte, mais qui en confidence regrettent "l'extraordinaire climat d'amitié" de leur souvenir...
 
Qu'en est-il exactement ?
 
Nous avons interrogé un ex-adepte d'un groupe de danger C. (lien à venir)
 

 MAIS COMMENT DONC LES SECTES NOUS SÉDUISENT-ELLES ?

PAROLE AUX DISSIDENTS

De plus en plus de sociologues se posent la question, les médias aussi, néanmoins aucune réponse pleinement satisfaisante n'a pu être trouvée. Pourtant de grandes lignes peuvent être tracées grâce notamment aux "victimes" car avec l'augmentation du nombre de ces mouvements et de leur influence, un embryon de prise de conscience de la majorité silencieuse se fait jour, un "lobby" se construit. Celui-ci est repris par les journalistes qui comprennent de plus en plus l'attente de la population pour une meilleure information, car aucune famille actuellement ne se sent plus totalement à l'abri du danger qu'un proche, un être cher ne se laisse enrôler par l'un de ces groupes.
 
Ce phénomène, parallèlement, a incité certains "dissidents" à vaincre leur peur ou leur honte et d'oser parler de leur expérience personnelle ainsi que du fonctionnement interne de certaines sectes dangereuses.
Nous rappelons ici que pour l'A.D.V.S. (Association de défense des victimes de sectes à Wissembourg) un groupe est considéré comme "secte dangereuse" uniquement s'il y a plainte et qu'elle dispose de témoignages et de suffisamment de matériel pour en juger objectivement. Qu'apportent donc ces groupes plus ou moins dangereux ? avec quoi séduisent-ils de plus en plus de personns (jeunes et moins jeunes, aisées et modestes, car les membres se recrutent dans toutes les couches de la société) ?
 
DU CONFORT MATERIEL AU CONFORT SPIRITUEL
 
Les gouvernements, en cherchant la stabilité qui est facteur de progrès ont mis en place toutes sortes d'institutions protégeant chaque citoyen dans sa vie privée; les garanties mettent le particulier à l'abri de trop grandes déconvenues financières en cas de "pépin majeur"; on peut s'assurer contre pratiquement tout, ceci évitant à chacun, de ne pas avoir à recommencer sa vie à zéro en cas d'accident. Sécurité et tranquillité matérielle donc sont à la portée de tout un chacun sachant gérer raisonnablement sa vie. N'ayant plus à se soucier quotidiennement pour le manger et le gîte, l'individu retrouve le temps de penser à lui. L'éternelle question de l' homme : qui suis-je ? où vais-je ? retrouve sa pleine charge d'inquiétude aujourd'hui dans les sociétés occidentales riches.
 
Tout le monde ne se satisfait pas de "l'amusement" qu'offre la civilisation des loisirs; si certains se tournent vers le sport, d'autres vers le sexe, d'autres encore se cherchent et se tournent vers les minorités religieuses qui dans leurs diversités semblent offrir "autre chose", quelque chose de plus profond que le loisir banal.
 
Après le confort matériel l'individu cherche le confort spirituel. Or dans ce domaine, les "gourous" n'ont aucun scrupule à dire "venez chez nous, faites comme on vous dit et nous vous assurerons le salut parce que nous détenons la vérité". Beaucoup sont ainsi drainés dans l'orbite de telle ou telle secte, souvent au départ par curiosité.
 
Il Y A AMITIÉ ET AMITIÉ
 
Paradoxalement la vie quotidienne prend ces dernières décennies de plus en plus une allure de compétition; les chefs d'entreprises citent et admirent l'exemple japonais mais est-ce vraiment le bon exemple pour l'équilibre de l'homme ?
 
Voici 3 interviews significatifs:
 
"Beaucoup ne croient pas spécialement que Moon est le nouveau Messie mais la secte est pour eux un moyen de fuir leur famille et aussi la société japonaise où presque tout est basé sur la compétition" (selon un ami de retour du Japon). N'y a-t-il pas déjà dans cette petite phrase un élément de réponse ?
 
Autre question : "Quels moments heureux avez-vous eu dans la secte ? Qu'y reconnaissez-vous de positif ?
 
Réponse: l'amitié.
 
Autre réponse d'un ex-mooniste, aujourd'hui séminariste protestant: "Si..., je retournerai dans la secte à cause des amis formidables que j'y ai eus, et même sachant leur erreur".
 
L'amitié, voilà un terme clé, mais est-ce vraiment de l'amitié ? L'individu, souvent écrasé par le stress de la vie quotidienne ne cherche-t-il pas simplement un peu de "chaleur humaine" qu'il trouvera plus facilement dans un groupe réduit dans lequel il aura en même temps l'impression d'oeuvrer pour une grande mission, retrouvant de ce fait une certaine utilité ?
 
Car ne nous y trompons pas, l'amitié existe aussi entre des soldats d'une section militaire remplissant ensemble une mission difficile, de même qu'entre voyous ayant réussi ensemble un bon "coup".
 
Dans les sectes cette amitié n'a rien de spontané, elle n'est qu'un leurre dont les gourous se servent pour manipuler leurs membres en l'orchestrant de manière à exploiter les adeptes, leur laissant croire qu'ils oeuvrent pour une grande cause.
 
Drôle d'amitié que celle qui règne entre membres (victimes) de sectes. Chez Moon, le sourire est obligatoire, les adeptes se corrigent immédiatement entre eux, et si l'un n'affiche pas en permanence un air béat, il est automatiquement repris par ses "amis" qui l'accusent d'avoir laissé satan entrer en lui, l'obligeant à montrer le masque du bienheureux alors qu'il n'est plus lui-même. Le mooniste est donc complètement dépersonnalisé par des attitudes et des comportements artificiels, des automatismes programmés, qui l'empêchent de réfléchir à ce qui serait dangereux pour le groupe. Un véritable ami au contraire ne devrait-il pas plutôt comprendre le besoin de réflexion propre à tout homme et l'accompagner dans son interrogation jusqu'au bout? Non, dans ces sectes l'amitié entre adeptes consiste surtout au maintien des membres dans le giron du gourou pour une exploitation sans limites aux profit des caisses de l'organi sation.
 
Les Témoins de Jéhovah s'entraident, bien sûr, mais ce n'est jamais au détriment des caisses de l'association même si parfois de rares exceptions sont faites pour l'exemple à donner au monde, car il faut toujours des exceptions pour confirmer les règles.
 
Le "monde à venir",autre secte pseudo évangélique, encore mal connue, à réinstauré le système des 3 dîmes de la Loi de Moïse, chaque membre devant payer 30% de son revenu brut tous les ans, les deux autres années il peut se contenter de payer 20%. Cette troisième dîme doit normal ement subvenir aux besoins de la veuve et de l'orphelin, bel exemple de fraternité. En théorie. Mais la réalité est bien différente car les adeptes n'ont pas le droit de décider d'aider qui que ce soit avec cette dîme, même si c'est leur mère. Celle-ci doit être remise exclusivement aux dirigeants de l'organisation qui en disposent pour alimenter leur propre confort et surtout pour financer le "marketing" à l'échelle mondiale de la "Pure Vérité". Les membres peuvent éventuellement aider quelqu'un avec les 70% qui leur restent si, après de tels prélèvements, ils en ont encore les moyens. Derrière le masque de la fraternité il y a bien souvent une certaine gêne car untel aurait bien voulu aider untel, mais il ne peut plus, lui-même ayant maintenant des problèmes financiers !.
 
LE PROBLÈME DE L'AMI, EXCLU DU GROUPE
 
Une autre caractéristique de l'amitié version secte est significative dans la dissidence d'un adepte. L'ami qui quitte le mouvement parce qu'il a gardé ou retrouvé un peu de lucidité devient du jour au lendemain un suppot de satan à qui il ne faut plus parler, avec qui il faut éviter tout contact. Là, aussi quelle amitié superficielle qui disparaît sur ordre d'un dirigeant qui lui, voit dans le dissident "une personne pourrie qui risquerait de gâter tout le panier". L'intérêt de l'organisation est omniprésent !; d'ailleurs les membres sont souvent interchangés dans les différents groupes, ceci, justement pour éviter que des liens trop forts ne se créent entre adeptes dont pourraient naître de "véritables amitiés".
 
Alors amitié ou simplement une certaine camaraderie telle qu'elle apparaît dans les cours de récréation ?
 
PAS DE DÉMOCRATIE DANS LES SECTES
 
La tolérance, la protection des minorités, est une qualité essentielle de nos démoraties mais également une faiblesse dont profitent impunément bon nombre de "gourous escrocs" qui sous couvert de liberté de conscience, sous prétexte de religion ou de culture, captent beaucoup de personnes pleines d'idéal et de bonne volonté pour les asservir et les exploiter. Car ne nous y t rompons pas, il n'y a rien de démocratique dan s l'organisation interne de ces sectes, elles sont quasi toutes des dictatures de "droit divin" pour leurs adeptes.
 
MANQUONS-NOUS D'«ÂME» ?
 
Dans son dis cours de Mulhouse, le pape Jean-Paul II a exhorté l'Europe à trouver une "âme", de ne pas seulement prendre en compte la compétition industrielle et commerciale; oui; ce manque d'âme dans nos sociétés technologiques, n'est-ce pas justement cela qui pousse beaucoup de personnes vers ces sectes qui par des moyens frauduleux les séduisent pour ensuite les asservir et les dépersonnaliser ?
 
Soyons très attentifs car les minorités religieuses offrent toutes quelque chose de positif au début, c'est leur investissement, mais soyons assurés aussi qu'elles comptent bien que cet investissement de départ leur rapporte au centuple.
 
DANGER: L'ESSENCE ISOLÉE DE L'EXISTENCE
 
Le film "LA SECTE DE LA LUMIERE" qu'a diffusé dernièrement M6, illustre concrètement l'"amitié" orchestrée par les gourous. Les techniques, vieilles comme le monde, sont concentrées ici pour le maximum d'effets conditionnants, moonisants, très existentiels:
  • Les RÉPÉTITIONS EN CHOEURS, interminables et chargées d'émotions, "Notre père... notre père...", avec effet final de TRANSE COLLECTIVE (de vibration de toute l'assistance), avec aussi des états seconds d'EXTASES individuelles, proches de l'état hypnotique... (C'est le même mécanisme de suggestibilité irrésistible qui se déroule lors d'une panique: si tous se ruent vers une porte, vous allez vous aussi courir vers cette porte).
  • Le HARCÈLEMENT MORALISATEUR, 24 heures sur 24, résultat du zèle hystérique des mini-gourous locaux: il faut prier, chanter... même sous la douche, en se rendant au travail... l'EMPHASE et l'EXALTATION sont obligatoires et permanentes grâce à la SURVEILLANCE POLICIÈRE DE CHACUN SUR CHACUN (comme dans les régimes totalitaires). Le SOURIRE DE TOUS désigne comme anormal celui qui se montre triste: cela veut dire que l'hypocrisie généralisée rend toute non-hypocrisie, tout comportement sincère, stressant et impossible.
  • Le RÉCHAUFFEMENT ÉMOTIONNEL quotidien des jeunes par des acrobates du "faire sourire, faire pleurer". Il est terriblement efficace et obtient les "AVEUX SPONTANÉS ET PUBLICS" très collaborants, que des procès célèbres nous ont montrés dans des pays d'Europe Centrale.
Le principe de ces techniques est universellement appliqué, mais à la tension normale de "220 Volts", qui sauvegarde notre liberté de juger et de choisir. Injecter la haute­tension de "1000 Volts" et plus, porter nos filaments affectifs à l'incandescence, voilà le "délit contre l'humanité" que constitue l'endoctrinement sectaire dans les mouvements extrémistes.
 
Attention donc aux jugements trop englobants, aux coquilles vides "amitié, chaleur...": ce sont des mythes, souvent inventés et amplifiés par les publicistes du charlatanisme spirituel. Mais si ces contre-vérités sont facilement dénoncées par recoupements des témoignages (existentiels, eux), les réflexes acquis durant des années de régime sectaire chez les Dévots de Krishna ou chez Ecoovie par exemple, sont plus difficiles à détecter et donc à dénoncer.
 
Les goûts et les dégoûts, installés dans nos réseaux physiologiques, sont tenaces: un an après sa sortie de l'E.U.D. d'Amstrong, une dame nous dit avoir encore la viande de porc en aversion.
 
Plus graves sont les MANIES contractées dans une communauté essentialiste, ÉCOLE ou ÉGLISE. Je n'en signale ici que deux.
  • La première est une crise mentale que j' appelle BIBLITE: elle est la compulsion à placer chaque affirmation sous la tutelle d'un TEXTE, SACRÉ ou PROFANE. Nous avons appris par coeur un lot de phrases célèbres avec les références précises. Cette coquetterie, très littéraire et universitaire, touche environ 3/4 des professionnels de la phisolosphie, de l'économie, du droit, etc... Elle touche tous les orateurs politiques ou syndicaux, poètes ou généraux. Elle touche beaucoup de responsables religieux : la prudence, fruit des guerres fratricides, commande de se protéger derrière le bouclier de versets numérotés du Coran, de la Baghavad Gita ou de la Bible, etc...
  • La biblite aiguë frappe particulièrement les Témoins de Jéhovah, jusqu'au délire ! Et elle est contagieuse. Elle s'observe encore des années chez ceux qui en sont sortis et qui se retournent contre eux.

    Ne pas oublier: tout recours exclusif aux pôles, aux idées extrêmes, avec silence total sur la position intermédiaire (de la réalité tangible) est essentialiste, vaporeux ! Mais dès qu'il y a expérimentation, méthode autocorrective, on introduit des principes existentiels, proches de l'esprit sccientifique: après des études de théologie, des spécialistes arrivent à retourner un Témoin de Jéhovah avec efficacité: biblite professionnelle contre biblite d'amateurs occasionnels. Voilà une voie (elle est aussi appliquée sur les moonistes aux USA par des "exit-conciliors" ,très réalistes, non violents).
  • Une autre crise mentale est la PÉDAGOGITE. Celle-ci répond aux rêves de tous les écoliers d'être un jour de l'autre côté du pupitre, de jouer au maître d'école... Celui qui, adulte, a découvert, par occasion, le plaisir d'enseigner, la volupté de se sentir supérieur en compétence, d'être écouté attentivement, de modeler les esprits des autres... n'a qu'un désir, celui de recommencer. Cela peut devenir une manie secrète qu'aperçoit l'entourage, vite lassé des leçons continuelles : cela peut devenir une drogue, une fuite devant les difficultés réelles: cela risque de nous enfermer dans une attitude hautaine et rigide, dont nous ne sentons plus le ridicule.
Notre démangeaison pédagogique, les gourous l'exploitent totalement : nos faiblesses, ils les transforment en leur force. Ils savent quelle valorisation exaltante éprouve la mère de famille à quitter son évier plusieurs fois par semaine pour "proclamer" la Bible dans le porte à porte, pour jouer au théologien, pour arbitrer des conflits d'interprétation, pour expertiser des citations subtiles, pour recourir au grec et à l'hébreu, pour manipuler des symboles (des 12, des 10, des 7 etc... où subitement 1 an vaut 100 ans !). C'est vraiment la grande astuce de Ron Hubbard, de Moon, des 18 du Comité Bethel, etc... de promotionner les adeptes en petits professeurs improvisés. Cela marche à 100%.
 
La reconnaissance des honneurs et des voluptés éprouvés lors des leçons remonte vers le Grand Maître et ferme le cadenas de la chaîne adeptes-gourou.
 
La pédagogite décrite ici est une crise mentale, quand elle nous pousse à nous surestimer vaniteusement au détriment de nos élèves. Des personnes de grande compétence dans leur spécialité manquent parfois d'assurance pour avoir envie d'enseigner, c'est dommage. Pour d'autres, la facilité de voyager dans un monde non autocorrectif donne un excès d'assurances, une envie de se pavaner devant un public. La pédagogite a atteint l'un de mes amis: j'évite de lui poser des questions précises sur son dada, sinon il me cloue une heure sur la chaise avec une leçon complète; s'il tombe dans les mains des Témoins de Jéhovah, il se fera enrôler rien que pour sa délectation narcissique.
 
DE LA LANGUE DE BOIS AU DÉLIRE ESSENTIALISTE
 
Biblite et pédagogite sont deux avatars de l'essentialisme exclusif: nous en sommes tous menacés. Les deux travers sont souvent regroupés sous l'expression "LANGUE DE BOIS": il n'y a pas d'autre langue en effet dans le monde des délires sectaires comme celui de la Méditation Transcendantale, de l'Invitation a la Vie Intense, de Raël...
 
C'est l'art de ne parl er que de l'INVÉRIFIABLE, de l'ESSENTIEL volatil, sans aucun support existentiel, autocorrectif.
 
C'est ce que je veux surtout montrer ici, afin que nous soyons sur nos gardes, que nous ne tombions pas dans les mêmes pièges mentaux. Nous avons à mettre du lest existentiel dans nos réflexions, un recours au matériel, empirique ou expérimental, une méthode consciente de vérification. C'est lourd comme précaution, c'est rarement possible, mais c'est efficace a la longue pour notre propre crédibilité. Bref, non a l'essence sans existence, non a l'essence "sans plomb".
 
L'essence lourde, c'est ce que nous essayons d'utiliser comme carburant: au traité savant, trop essentialiste, nous substituons, chaque fois que c'est possible, des témoignages vécus. Sur notre terrain de lutte, les FAITS pèsent autant que les idées. Nous nous méfions des essences super légères, carburant idéal des sectes nocive. Eemple donné par Aïvanhov (voir le "GUIDE" C.C.M.M.): "Dès l'instant où vous pénétrez dans cette enceinte lumineuse (de la Fraternité Blanche Universelle), vous êtes invulnérable, les forces hostiles s'écartent pour vous laisser passer : mais si vous vous éloignez, vous êtes perdu".
 
Les termes LUMIÈRE - FORCE - FRATERNITÉ, etc... sont de pures essences... de magnifiques outils de mystification.
 
Le mot SECTE a fini par devenir lui aussi une pure essence: nous l'utilisons de moins en moins, nous le remplaçons par 4 coordonnées analytiques. Le concept de DANGER fonctionnait lui aussi comme une bulle de savon: nous le graduons en 3 niveaux.
 
C'est dans le même souci de "mettre du plomb dans l'essence" que nous prenons ici sous la loupe le mythe du climat chaleureux des serres sectaires mais aussi les faits, plus lourds, de la police qui protège ces serres.
 
Nous utilisons tous des discours abstraits, essentia1istes, avec des termes comme "force", "lumière" et le verbe "être": ils sont indispensables, comme raccourcis de la pensée à l'usage interne. A nos frontières par contre, dans les batailles avec nos agresseurs, ces mots, serviteurs fidèles, nous trahissent tout à coup, se retournent même contre nous, nous accusent et nous condamnent.
 
L'agression par les dissidents, hérétiques ou sectes, nous remet toujours en question : nos échecs nous révèlent nos carences (à condition que nous restions nous-mêmes ouvert à l' autocorrection).
 
Les textes sacrés, messages essentiels, arrivent jusqu'à nous sur une passerelle de plusieurs siècles, de plusieurs millénaires parfois, sur un "idéoduc" historique dont les piliers de témoignages sont existentiels, solides, peu discutables. Le pont est menacé par des commandos divers de sabotage ou de pollution ! Chaque mouvement religieux cherche à obtenir le monopole de sa surveillance et de son utilisation.
 
Les usagers amateurs (les deux missionnaires improvisés qui frappent à nos portes) sont tous, à leur insu, les otages d' un de ces commandos. Leur tactique ? Se cantonner dans la part essentielle du message, dans le flux verbal, tout en cachant les supports existentiels de l'idéoduc, c'est-à-dire les preuves trop contraignantes des jalons chronologiques. Celles­ci, spécialités universitaires, ne sont pas enseignées dans les "Salles du Royaume". Pour cause. Cela permet aux milliers de petits "proclamateurs" de se dire sincères: ils ignorent les chaînes de mensonges et de fausses prophéthies de leurs grands fondateurs successifs, de Russel à Franz.
 
Bref, dans la pyramide des sectes abusives, la quantité d'INFORMATION diminue en descendant pendant que la quantité d'ARGENT augmente en montant. Il en est ainsi des deux ascenceurs, essentiel et existentiel : quand l'un descend, l'autre monte.
 
Il en est de même chez les scientologues dont le niveau 1 de la base vit une religion sincère à l'abri d'un caisson étanche au-dessus duquel se situent les manipulations des trésoriers et au niveau III, les manoeuvres inavouables des investisseurs et des amortisseurs de fonds.
 
L'étude des SECTES NOCIVES me rappelle les séries de tentations et de crises que j'ai traversées dans mon itinéraire spirituel: chaque gourou représente un aspect de moi-même, que j'ai refoulé. Les prendre sous la loupe, ces excès, me fait le même effet que mon miroir grossissant quand je me rase le matin: il me montre, sans tact, les poil s disgracieux, les points noirs ou roses, inesthétiques...
 
Ceux qui refusent de s'occuper des groupes maléfiques et de leurs gourous sont, je crois, ceux qui ont jeté leur miroir de rasage dans la poubelle, ceux qui veulent uniquement de l'essence sans plomb: leur petite vérité loin de la grande réalité.
 
Roland Huckel, texte publié dans la revue Bouée nº4 (mars 1989)
 

LA SERRE «MOON» EST BlEN GARDÉE

Robert, victime de la séduction mooniste

Robert, issu d'une famille protestante, avait quitté sa famille vers les 20 ans puis avait fini sa formation professionnelle dans une entreprise à Paris. Son service militaire accompli, il avait déjà trouvé un emploi ferme pour septembre 1983. Mais avant de s'engager définitivement dans les contraintes d'un métier à 25 ans, il a décidé de réunir ses économies et de faire le tour de ses amis, dont la plupart étaient partis vers l'Amérique. Il réalisait ainsi l'un de ses rêves: visiter la Californie.
 
Les parents n'arrivent pas à le décourager; le père obtient cependant la promesse de Robert de revenir à la date fixée, à la mi-juillet. Le frère et les deux soeurs souhaitent bon voyage à leur cadet, mais l'une d'elles, Catherine, sa confidente préférée, l'accompagne à l'aérodrome: elle admet le besoin de son jeune frère d'exercer son indépendance, de montrer ses capacités de se débrouiller tout seul, de se démarquer de tous.
 
Le mois de mai se déroule normalement: le courrier rassure tout le monde. Fin juin, surprise: Robert prolonge son séjour pour un séminaire dans un camp d'étudiants près de San Francisco : la semaine à 100 dollars, une aubaine ! Mi-juillet: Robert n'est pas au rendez-vous ! Il révèle qu'il s'est engagé dans le mouvement CARP: "Collegiate Association for the Research of Principles", qui correspond en France au Mouvement Universitaire pour la Révolution Spirituelle. Robert précise dans ses lettres: "C'est une grande église chrétienne non une secte". En réalité, il s'agit de l'A.U.C.M., de l'Association du Saint­Esprit pour l'Unification du christianisme mondial, fondée par Moon.
 
Bouleversée par cette nouvelle, Catherine s'adresse à son ami Georges. Les deux recourent aux services de l'UNADFI de Paris.Madame CHAMPOLLION leur répond sur un ton peu optimiste et leur donne des adresses utiles à contacter aux U.S.A.
 
Mi-septembre. Par lettre, Robert justifie son choix et essaie d'intéresser sa soeur à l'organisation: il s'agit de sauver le monde !
 
Colère du père qui n'aime pas qu'on manque à la parole donnée. Il aide Catherine à organiser un voyage en Amérique pour ramener son frère au bon sens.
 
LA SOEUR VOLE AU SECOURS...
 
Un an après, en septembre 1984, Catherine et Georges s'envolent pour l es Etats-Unis: Robert se propose de leur montrer la Californie et donne ses coordonnées. Hélas ! A cette époque, deux kidnappings de jeunes moonistes venaient d'avoir lieu à Berkeley et de façon très violente: les services de surveillance des camps de la secte ont été renforcés, les consignes plus strictes. Robert ne sera jamais seul avec sa soeur et son ami: il sera souvent crispé, peu enclin aux effusions sentimentales ! Il prévient même: "Si tu es venue pour m'enlever, il n'en est pas question, tu ne réussiras pas !"
 
cathterine raconte.
 
"Je l'ai rassuré, voulant d'abord cacher mes intentions véritables, mais en présence de la surveillante, une psychologue française, je devais être prudente. On m'avait montré une adepte qui avait eté enlevée brutalement à prix fort par sa famille mais qui était revenue d'elle-même chez Moon !".
 
La première journée se déroule dans un bel immeuble de type "public relation". Robert use de sa voix normale en posant des questions de circonstances sur la famille et les amis. Mais dès qu'il aborde les questions de principe, de religion, il change de timbre, recourant à l'anglais ...
 
Il avoue faire du foundraising, du ramassage de fonds: il part en camionnette avec 8 copains dans un quartier précis, vendre aux passants des babioles: des fleurs en papier, des calendriers" etc... Rendement minimal exigé de chacun le soir: 200 dollars (dont l'équipe retient 20 par tête pour les frais généraux). Il enregistrait des pointes de 500 dollars.
 
- Pourquoi Moon a-t-il besoin de tant d'argent ? demande catherine.
 
- C'est qu'il a de grands objectifs, notre père, rendre le monde meilleur, mais il rencontre aussi de grandes résistances. Je fais cela aussi pour toi : tu profiteras aussi du monde meilleur Quand il sera installé !".
 
En constatant que son frère recourt systématiquement à l'anglais dès qu'il parle de ses croyances, Catherine comprend la nécessité de déprogrammer un adepte de Moon ou d'un autre gourou, dans la langue même dans laquelle il avait été programmé, anglais ou japonais,etc...
 
Le sentiment de colère s'accroit chez Catherine au fur et à mesure qu'elle constate que son frère a été totalement transformé: lui qui était indifférent envers les religions, est prêt à présent à sacrifier sa vie à un système pseudo­ religieux... ! Lui qui était plein de bon sens se met à entrer dans un délire collectif... lui qui était soucieux de sa dignité, se laisse dégrader jusqu'à devenir colporteur, camelot... Que lui a-t-on fait ?
 
La psychologie de Robert n'est plus la même qu'auparavant: il y a eu une subite mutation: il vit dans un monde mental nouveau, lointain... "Ce n'est plus mon frère, ce n'est plus Robert, c'est un autre !..."
 
Dans l e hall de réception la conversation continue... sous haute surveillance toujours. Envie de fumer une Camel ? Oh non, dit Robert. Et si on sortait ? Non, interdit; à la rigueur dans la petite cour intérieure. Excursion ? Non, hors de question...
 
Le soir, Catherine et Georges rendent compte de leur journée à l'Exit concilior, R., avec lequel ils avaient déjà pris contact par écrit des mois auparavant.
 
Conseils: garder patience, garder le contact et éviter toute rupture...
 
MAIS LES GORILLES DE MOON VEILLENT !
 
Deuxième jour. Excursion en Range-Rover vers le beau parc thermal au Centre de Recrutement où Robert avait été initié un an auparavant à la secte. Une Anglaise est au volant, bien entraînée: elle refuse de passer le volant à Georges qui l'avait demandé, elle n'oubliera pas d'enlever la clé de contact en sortant de la voiture !
 
Robert explique qu'il n'a plus aucune envie de reprendre son métier, qu'il a trouvé mieux. Il fait un grand sacrifice en offrant quel ques jours de loisirs à sa soeur et à son ami, pendant lesquels il regrette de n'être pas rentable pour la grande cause; il a mauvaise conscience vis-à-vis de ses copains de travail !
 
Troisième jour. On visite un autre domaine, un chantier où les jeunes adeptes travaillent bénévolement pour Moon. Robert paraît de plus en plus détendu, plus ouvert aussi aux discussions non idéologiques. Un peu d'espoir pour sa soeur ! Rendez-vous est pris pour le lendemain.
 
Quatrième jour: Très tôt le matin, Robert téléphone au motel : contre-ordre. Il part immédiatement pour New York, il préfère faire ses adieux par téléphone. A toute objection de sa soeur, très énervée, unique réponse: "Tu n'as rien compris !" Robert promet au moins de garder le contact, d'écrire.
 
Catherine craque ... Echec total ?
 
Quelques jours plus tard, elle se retrouve dans sa famille, et dresse le bilan de son voyage: c'est un demi-échec, une bataille perdue !
 
- "Je le referai si l'occasion se présentait. A d'autres je conseillerai d'entreprendre un tel voyage mais de choisir une époque plus favorable."
 
Depuis elle guette les lettres et coups de fil en PCV de son frère, qui tient sa promesse de ne pas rompre les liens. "Mais j'ai un mal fou à lui répondre, avoue Catherine, je ne sais pas à qui j'écris: au Robert-frère ? ou au Robert-mooniste ?"
 
Question:
 
"Peu de soeurs feraient ce que tu as fait, Catherine pour Robert. Comment expliques-tu cet attachement peu ordinaire ?"
 
Catherine:
 
"Je sais. De fait, de nous quatre, Robert et moi acceptions le moins bien le modèle familial en usage dans notre région, très patriarcal, trop conformiste. Cela nous reliait car nous changions nos confidences à ce sujet sur nos problèmes..."
 
DANS LE CAMP DES SPECIALISTES AMERICAINS DU SAUVETAGE DES VICTIMES DE MOON
 
Le point de vue de Georges converge avec celui de Catherine. Sa relation privilégiée par rapport à Robert ? "Je l'avais connu garçon, puis adolescent... il était pour moi plus qu'un ami, un frère. Le savoir prisonnier d'un réseau d'une vaste escroquerie, cela me révoltait: je ne pouvais supporter cette situation qu'en passant à l'action. Ceux qui piègent les jeunes doivent être piégés, eux aussi: j'avais des tentations d'aller enlever Robert de force, mais j'ai résisté à mes pulsions.
 
L'Exit-concilior américain que nous avions choisi parmi plusieurs, dont certains très violents et très chers, nous avait déconseillé tout commando agressif. Lui-même ancien mooniste, il avait mis au point une technique éprouvée, dont il nous avait communiqué les principes pour nous préparer efficacement au voyage.
 
Il nous a d'abord fait prendre conscience de nos propres motivations: tous deux, Catherine et moi, nous nous étions d'abord culpabilisés: n'était-ce de notre faute ? Je n'avais pas mis Robert en garde contre les sectes dangereuses, si nombreuses en Californie, que je ne connaissais d'ailleurs pas vraiment.
 
Voici quelques-uns des conseils de l'Exit-concilior par ci par là:
 

Prendre des notes des événements importants et de nos réactions: tenir un journal;

Numéroter les lettres envoyées à Robert, en vérifier la réception...

Photocopier nos messages;

Ecouter les coups de fil à deux, l'un inscrivant ses remarques et suggestions sur des bouts de papier...

Enregistrer les conversations.

Et surtout, éviter des questions qui rentrent dans le catéchisme mooniste, où des réponses sont programmées, apprises par coeur...

Choisir les questions posées de telle façon que Robert n'y trouve aucune réponse dans son répertoire mémorisé. C'est l'obliger à sortir de la sphère mentale de la secte, à retrouver des habitudes de penser plus libres !

Faire des allusions à des faits de telle façon qu'elles provoquent de petits doutes, même si c'est à dose homéopathique !

 
Mais jusqu'à présent, des années après notre voyage aux Etats­Unis et nos trois jours de rencontre avec Robert, ces méthodes n'ont encore apparemment eu d'effet. "C'est dur, c'est long, la déprogrammation douce et digne !" Georges soupire et continue a raconter. "Notre conseiller habitait le Massachusett, trop éloigné de la Californie: il nous a fourni les adresses de deux de ses correspondants à Berkeley, E. et M.
 
Une fois là-bas, nous les avons rencontrés, Catherine et moi, et avons été rapidement initiés à leur procédé (200 dollars l'heure). Sans eux nous aurions eu un échec total avec Robert. La méfiance des moonistes californiens était telle à cette époque que les dirigeants donnaient des conseils pratiques de suicides aux adeptes risquant d'être kidnappés."
 
QUI CONVERTIRA L'AUTRE, LA SOEUR OU LE FRÈRE ?
 
Question: "Qu'est ce que le comportement de Robert avait de particulier durant les trois jours de rencontre?"
 
Georges: "Il essayait d'entraîner sa soeur dans sa secte, il avait reçu des consignes et des conseils à cette fin. Parfois il devenait insistant, presqu'agressif. Dans ce but, il se déclarait bien dans sa peau, heureux. Il racontait qu'il avait avoué a ses maîtres spirituels s'être drogué jadis, ayant fumé des Camel. Sa tactique pour expliquer son bonheur actuel: pour le blanchir et le rendre attractif aux yeux de sa soeur, il lui fallait noircir son passé, en dramatiser les aspects négatifs, s'inventer un passé affreux.
 
Par ailleurs, son comportement était standardisé par les règles de vie moonistes, qui exigent 13 heures de travail rémunérateur par jour, qui excluent surtout toute vie privée, peu rentable financièrement pour le gourou; ni cigarette, ni alcool, ni drogue... et les interdictions continuent: ni femme, ni propriété privée, ni décision personnelle. Chaque mooniste passe ainsi par une initiation ascétique de renonciation, d'obéissance, de services permanents, etc... Cela peut durer 5 ou 10 années, plus même... Quelques uns seulement, les plus zélés, sortent de cet état d'esclavage et sont choisis d'office, sur nomination: ils peuvent alors envisager le mariage, arrangé selon les principes eugéniques de brassage inter-racial par Moon lui -même, il peuvent alors exercer une fonction précise, spécialisée au sein de la secte...".
 
ON NE TRANSFORME RIEN SANS SE TRANSFORMER
 
Question:
 
"Quelle était pour toi personnellement la plus grande difficulté de l'entreprise ?
 
Georges:
 
"Elle était la même pour Catherine et pour moi: le conseiller du Massachusset nous l'avait prédit. Sans nous remettre fondamentalement en cause nous-mêmes, nos idées, nos désirs, nous n'avions aucune chance d'être efficaces dans le sauvetage de Robert... C'est bien ce qui est arrivé et nous continuerons encore à nous modifier nous-mêmes en fonction de notre but lointain. Les sacrifices financiers étaient grands, pour chacun de nous deux. Mais les plus grands sacrifices que nous apportons sont intérieurs, spirituels... Mais nous avons eu le courage de cette opération surtout parce que, sans nous, personne ne l'aurait tentée: il n'existe aucune institution, officielle et efficace, pour aider les victimes des sectes et l'UNADFI ne reçoit pas beaucoup d'aide publique !"
 
Question:
 
"Comment évolue la situation entre Robert et vous ?"
 
Georges:
 
"Il n'y a pas d'évolution mais un statu quo. Robert est devenu chef de groupe, nous a-t-il écrit. Il pilote la camionnette commerciale et dirige son équipe de vendeurs. Il tient parole: il pense aux anniversaires fêtés dans la famille, il téléphone à l'occasion, il écrit régulièrement à sa soeur. Il n'écrit pas à moi, qui lui parais trop dangereux, impossible à convertir ! Dans l'ensemble je ne regrette rien... La voie tracée par nos Conseillers américains est la bonne, même si elle est la plus longue... Une nouvelle cependant: l'un des copains de Robert, un garçon du midi de la France, est parti de son propre gré, il a quitté la secte et est revenu en France. Mais on ne peut pas comparer le caractère de ce garçon à celui de Robert".
 
En attendant que robert redevienne lucide, lui-même, et cesse et cesse de jouer au robot, ramasseur de dollars pour un paranoïaque, catherine et Georges, sensibilisés aux problèmes des victimes des gourous charlatans, gardent le contact avec l' UNADFI et offrent leur service à l'A.D.V.S. (association de défense des Victimes de setes à Wissembourg)
 
Alertés par Madame LASSERRE, Présidente de l'UNADFI, sur la probabilité de l'élection d'un député, ouvertement mooniste, à la mairie de Lille, ils joignent à cette livraison une copie de la mise en garde aux responsables politiques, rédigée par elle et à faire parvenir aux candidats locaux dans toutes les régions du pays. Aucune mention n'est accordée aux dangers des sectes envahissantes dans les programmes électoraux.
 
Dans les ruelles des intérêts personnels, on n'aperçoit pas l'ennemi qui se glisse dans la cité du haut des remparts ! Nos secteurs piétonniers sont tellement importants: Moon connaît notre myopie et nous piège d'autant plus facilement que nous sommes aveugles aux vastes paysages religieux, où nous ne distinguons pas les gérants des braconniers.
 

Autres textes de Roland Huckel

 

 

«Ron Hubbard, le gourou démasqué» de Russell Miller
 
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» résumé - hml
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» html
«Ron Hubbard, le gourou démasqué» pdf
«The Bare-Faced Messiah» by Russell Miller pdf - 394 pages - English
 
Ce livre de Russell Miller révèle la face cachée de l'église de scientologie.
On y découvre un Ron Hubbard, malade, mythomane et poursuivi par la justice.
Il est disponible en format pdf ou html. Nous avons également publié une version résumée.
 

Exposing Scientology through streaming video

                             

Ces reportages vidéo dénoncent les dangers de la thérapie de scientologie. La scientologie est une nébuleuse sur laquelle ont enquêté de nombreux journalistes. Il suffit de répondre une fois à un questionnaire pour recevoir des prospectus et des invitations. Au départ elle peut même paraître séduisante mais très rapidement les premières dérives apparaissent.

 

Témoignage de
Jean-Luc Barbier
                                        
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