Des hôpitaux harcelés par un groupe lié à la Scientologie
[Texte intégral]
MARSEILLE - Les sectes utilisent "l'arme juridique", comme le montre
la récente condamnation d'un hôpital de Marseille, obtenue devant la justice
administrative par un groupe affilié à l'Eglise de Scientologie, la Commission
des citoyens pour les droits de l'Homme (CCDH).
Le 14 juin 2006, le
centre hospitalier spécialisé (CHS) Edouard Toulouse, l'un des principaux
hôpitaux publics psychiatriques de Marseille, a été condamné par le tribunal
administratif à communiquer à la CCDH des documents qu'elle réclamait depuis
cinq ans.
L'établissement n'a pas fait appel, "estimant ne pouvoir obtenir gain de
cause en l'état actuel de la réglementation", a expliqué à l'AFP son
directeur adjoint Vincent Vioujas.
Visant la psychiatrie publique, la CCDH sollicite régulièrement "les
visites d'internements psychiatriques, le règlement intérieur des CHS, les
demandes d'habilitation préfectorales, le budget et les comptes financiers des
établissements", selon le rapport annuel de la
Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les
dérives sectaires).
Le danger est de communiquer les identités des patients, "cibles idéales
pour les mouvements sectaires", ajoute la mission dont la secrétaire
générale Catherine Katz s'interroge: "S'agit-il de protéger des libertés ou
au contraire de mener un combat s'inscrivant dans la doctrine anti-psychiatrique
de la scientologie?".
A l'instar d'autres CHS, Edouard Toulouse
s'était vu réclamer en 2001 ses budgets et comptes depuis 1990 --15'000
feuillets pour l'établissement. La CCDH s'appuyait sur la loi de 1978 ouvrant
l'accès aux documents administratifs.
L'Association des établissements gérant des secteurs de santé mentale (Adesm)
avait prévenu qu'elle ne répondrait pas, malgré l'avis favorable de la
Commission d'accès aux documents administratifs (Cada). L'Adesm jugeait la
demande abusive en raison du nombre de pièces demandées et parce qu'"elle
s'inscrit dans la volonté d'entraver le bon fonctionnement des soins
psychiatriques en France".
Un autre centre marseillais, Valvert, a choisi d'ignorer les demandes reçues
chaque année. "Nous pouvons être sanctionnés, mais nous sommes là aussi pour
défendre nos patients et le secret médical", déclare son directeur Robert
Brenguier; "lorsqu'une organisation harcèle les établissements dans le cadre
d'une démarche sectaire, il n'y a pas lieu de répondre".
"On sait très bien qu'ils ne cherchent pas à faire une enquête sérieuse
mais simplement à mettre bout à bout des chiffres avec pour postulat que la
psychiatrie c'est du lavage de cerveau", explique Jean-Pierre Vidal,
directeur adjoint de l'hôpital Montperrin à Aix-en-Provence, qui avait répondu
aux demandes avec une synthèse budgétaire et une note listant ironiquement les
rapports officiels publics.
"L'Eglise de scientologie s'attaque plus particulièrement à la psychiatrie
publique qui prend en charge les hospitalisations sans consentement", souligne
M. Vidal. "Elle a peut être l'ambition de représenter les usagers mais n'est
absolument pas crédible, à la différence des associations
reconnues".