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LA PRISON DE LA SCIENTOLOGIE: LE RPF et le RPF du RPF
 
 Le Projet de Réhabilitation par la Force
 

Scientology's "Rehabilitation Project Force" (RPF)

Scientology's internal prison system, the "RPF," from ABC news in the 1990s.

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Qu'est-ce que le RPF ?

On ne part pas librement du Redemptory Project Force, on s'en échappe

On serait donc tenté de dire que c'est une prison or les conditions de détention et le règlement actuel existant dans les prisons des pays industrialisés sont similaires à celles du Club Med lorsqu'on les compare à celles de détention du RPF. Goulag est beaucoup mieux adapté, ou camp para militaire de rétention ou camp de travaux forcés, camp de rééducation.
 
On y envoie arbitrairement quiconque commencerait à poser des questions sur les finances par exemple, ou tout simplement quiconque poserait des questions quant à certains procédés, ou quelqu'un ne ramenant pas assez d'argent à la secte, quelqu'un qui aurait à raison osé traiter d'imbécile son ou ses supérieurs hiérarchi- ques, quelqu'un qui aurait décidé de s'accoupler avec la personne de son choix sans avoir demandé d'autori- sation au préalable ou plus grave, qui voudrait partir de la secte.
 
A la page 441 du dictionnaire administratif de la scientologie, entre autres définitions obscures se trouve la suivante : "Le RPF a été créé par le Commodore (Ron Hubbard s'est donné ce titre) pour que la rédemption puisse avoir lieu !"
 
Rédemption, du latin redemptio, rachat. Action de ramener quelqu'un au bien, de se racheter. (Définition du Grand Larousse.)
 
Il y a un règlement interne et confidentiel qui s'appelle "The Rehabilitation Project Force" (le fameux projet de réhabilitation par la force) C'est une Flag Order (ordre de Flag) 3434 RB du 7-1- 1974 d'une dizaine de pages qui ne sort jamais du RPF et personne d'étranger au RPF ne peut avoir accès à la délicieuse lecture dont voici les grandes lignes.
 
La personne condamnée au RPF est déchue de tout ses droits ;
 
entre autres:
 
Elle ne peut plus vivre avec son conjoint ni ses enfants,
ne doit pas avoir de vie sexuelle même avec son conjoint,
ne doit plus utiliser sa voiture ou son vélo, ne doit plus adresser la parole aux gens à moins qu'on lui fasse l'honneur de la lui adresser. Ce qui en fait une sous-classe d'homme privé du droit de parole.
 
La personne ne reçoit que le tiers de sa paye qui est déjà bien maigre elle se retrouve donc avec cinq ou six dollars la semaine quand on lui fait l'honneur de cette aumône.
 
Elle doit prendre ses repas à l'écart avec les restes du repas des autres. Elle dort dans les pires locaux et se revêt d'accoutrements obligatoirement noirs et sales.
 
Signe distinctif : elle doit porter au bras gauche un ruban noir qui la distingue des autres. (p 302 du dictionnaire: "personnel sans privilèges d'étiquette")
 
Elle doit répondre par "Yes Sir !" à toute communication lui étant adressée (même par une femme,
 
Elle n'a pas le droit de marcher mais doit courir pour se déplacer.
 
Elle doit trimer sept jours sur sept, dix heures par jour avec trente minutes pour deux "repas", pas plus de trente secondes pour sa douche et dispose de cinq heures d'endoctrinement obligatoire par jour.
 
Elle est assignée aux tâches les plus dures d'entretien et de rénovation. Cela peut très bien consister à faire tomber un mur par un escadron formé de jeunes filles dont l'une serait enceinte peu importe si elle fait fausse couche, comme cela s'est déjà produit- ou aux ramassage des ordures du complexe de la secte ce qui reste très dur quand on a une frêle morphologie et même dangereux quand on n'a pas de gants, pas d'accoutrement adéquat ni de formation d'éboueur !
 
Le RPFer (comme on les appelle) n'a pas le droit de contester quoique ce soit. Si autre chose que "yes sir" venait à sortir de sa bouche il se verrait ordonner de courir de préférence sous un soleil de plomb quand il fait 40° à l'ombre autour d'un arbre, un certain nombre de tours à discrétion du Kapo en charge de l'escadron. Et ce, autant de fois nécessaires pour que la rémission du RPFer soit complète et totale.
 
"Le Running Program" peut lui être infligé. En français, programme de la course est la forme la plus sévère des punitions; elle consiste à tourner pendant 8 heures autour d'un arbre ou d'un poteau jusqu'à ce que la personne devienne un robot.
 
La surveillance ne se relâche jamais et aucun moment d'intimité n'est toléré. Un "twin" (jumeau et compagnon d'infortune) lui est assigné.
 
C'est un système très efficace pour encadrer le RPFer mais aussi bien diabolique ; chacun surveillant l'autre, aucune solidarité ne peut s'établir.
 
Le RPFer n'a droit à aucun jour de repos, à aucun loisir, pas de musique, pas de jeux, pas de radio, bref, il ne peut qu'espérer achever son"programme" décidé en "haute instance" et dont la durée peut aller jusqu'à un certain nombre de mois ou d'années. On s'accorde à penser qu'une moyenne de trois à quatre ans serait tout à fait respectableÉ
 
De l'anglais, Rehabilitation Project Force c'est un "projet de réhabilitation par la force". En tout cas, on l'aura compris, il est préférable et de loin de se faire emprisonner n'importe où ailleurs, sauf peut-être en Chine en Corée du nord ou en Sibérie.
 
Voici quelques passages du fameux règlement interne au goulag. Il s'appelle "The Rehabilitation Project Force" c'est un Flag Order (ordre de Flag) d'une dizaine de pages, 3434RB du 7 janvier 1974:
 

Un membre du RPF est un membre du RPF et de rien d'autre hormis le RPF jusqu'à sa libération.

(Peut-on donc en conclure qu'emprisonné, le membre du RPF n'appartient plus au genre humain puisqu'il n'est rien d'autre qu'un membre du RPF et ne recouvrera sa condition d'homme qu'à sa libération ?)

 
Suit un catalogue d'interdictions intitulée: Restriction du RPF, suivie d'une autre liste intitulée; Le RPF ne doit pas, à son tour suivie d'une longue liste au nom charmeur:
 
Restrictions et pénalités personnelles.
 
Au numéro17 il y est écrit: la personne doit signer une confession de ses crimes avant de quitter la base (sic). Il y a dans cette directive quarante cinq restrictions et pénalités dont quelques-unes ont été évoquées ci-dessus.
 
Plus loin sur le même Flag Order, dans sa totale bienveillance le gourou a établi une très mince liste de droits personnels parmi lesquels on trouve que la personne a le droit de manger ! sans préciser toutefois si elle a aussi le droit de dormir.
 

La devise du RPF est :

Le RPF est ce que l'on fait

Le RPF est où on le fait

La donnée stable (stable datum) du RPF est:

Un boulot, un lieu, en une fois

Ces trois phrases sont régulièrement hurlées lors des trois rassemblements quotidiens et obligatoires.

Il y a au moins quatre RPFs:
 
1) Flag à Clearwater en Floride
2) PAC (abr ; pacifique) Los Angeles, Californie
3) "Happy Valley" Hemet, Californie
4) Copenhague, Dannemark
 
 
Qu'est-ce que Le RPF du RPF ?
 
Quant au RPF du RPF il serait l'équivalent des oubliettes, du donjon anglais ou des galères romaines ; on n'en reviendrait jamais. Les conditions sont effroyables, dignes de celles d'un roman sur l'esclavage au 18 ème siècle. C'est le mitard du goulag. La personne n'a plus qu'à faire ses prières. Dans ces conditions, elle peut tenir peut-être trois mois- si elle est en très bonne santé au départ.
 
On trouve sa définition dans le dictionnaire, p 451. Elle est consternante :
 
 
"Les restrictions suivantes sont appliquées à leurs membres :
 
1) La ségrégation d'avec les autres membres du RPF en ce qui concerne le travail, les repas, le logement, les rassemblements et toutes les autres activités.
2) Pas de salaire.
3) Pas d'études
4) Pas d'audition (pratiques supposées amener la Rédemption de la personne)
5) doit seulement travailler à des boites de boues (sic) dans les sous-sols, ne doit pas travailler avec les autres membres du RPF.
6) six heures de sommeil maximum
8) les sanctions d'éthique standard se verront triplées pour chaque offense dont ils seront trouvés coupables jusqu'à ce qu'ils rejoignent le RPF de leur propre déterminisme.
9) ne sont autorisés à communiquer qu'avec le MAA RPF (sorte d'officier d'éthique)
10) ne sont pas autorisés à rejoindre le RPF jusqu'à ce qu'ils aient fait amende honorable à chaque membre du RPF.
 
Le RPF du RPF a été créé car certaines personnes n'avaient pas reconnu le besoin de Rédemption. Jusqu'à ce que la personne admette son besoin et ce par son propre déterminisme de rejoindre les actions de Rédemption du RPF, les restrictions seront appliquées."
 
Fin de citation.
 
 
 
Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux,
quand ils me regardent, vomissent.
Lautréamont, Les Chants de Maldoror.
 
 
Ce récit est dédié à toutes les victimes de la Scientologie.
Il est aussi dédié à toutes les victimes des sectes en général.
Posté anonymement en avril 1997
 "Levés très tôt avant les autres et couchés très tard après les autres, la fatigue est omniprésente. Pas plus de sept heures de sommeil pour des travaux forcés à une cadence d'enfer ont vite fait de miner la résistance de la personne même en bonne santé.
 
Après une semaine de ce régime infernal que je ne souhaiterais pas à mes pires ennemis (sauf peut-être Miscavige et autres ordures) je sentais mes forces baisser, les crampes de plus en plus fréquentes (douloureuses lorsqu'il faut de toute façon continuer à courir) des courbatures dans tout le corps, la sueur était devenue un ennemi redoutable. Par un temps très chaud, le rythme accéléré de l'effort constant provoquait une sudation importante responsable d'une accumulation de bactéries. Il fallait à tout prix se protéger des blessures potentielles. Aucune mesure préventive n'était prise et bien sûr aucun médicament n'était autorisé ni même antiseptiques ou antibiotiques.
 
Branle bas le combat vers sept heures. Cinq minutes tout au plus pour être prête. Enfiler un pantalon noir et sale, un tee-shirt noir et sale, ne pas oublier le brassard noir autour du bras gauche. Tiens, comme les juifs, leur étoile cousue sur un manteau d'infortune lors de la seconde guerre mondiale de sinistre mémoireÉ ou comme la lettre écarlate cousue sur la robe de l'héroïne du célèbre roman : The Scarlet Letter de Nathaniel Hawthorne. La lettre A comme adultère signalait le péché de la femme réprouvée et condamnée par la morale puritaine de la société américaine de Boston du 17 ème siècle. Hester Prynne est condamnée pour adultère à être exposée au pilori et à porter à jamais sur le corsage de sa robe une grande lettre A d'étoffe rouge, symbole de sa faute.
 
Au RPF, le brassard noir, c'est la représentation de la discrimination et de la ségrégation arbitraire et illégale de l'individu. C'est la signification de l'ostracisme. Bien sûr le RPF est contraire aux droits de l'homme, viole toutes les Constitutions, doit être interdit par les gouvernements si ceux-ci se donnaient la peine de prendre leurs responsabilités et de légiférer pour qu'aucune prison interne à n'importe quel groupe ou religion, que ce soit un camp de travail goulag ou RPF ne soit toléré sur leurs sols. J'imagine que la volonté politique naîtra lorsqu'un fils ou fille de ministre pris (e) dans les filets d'une quelconque secte sera interné dans un de ces camps ou commettra un suicide.
 
Le RPF, camp de redressement et de travail illégal est d'autant plus insupportable que cette humiliation est présentée comme le rachat des supposés "crimes" de l'adepte à qui on exige de reconnaître son besoin de Rédemption imaginé par un malade pervers à l'esprit tordu, gourou sadique e schizofrène et paranoïaque.
 
Mais revenons à mon récit.
 
Je prenais la précaution de porter un autre tee-shirt propre sous le tee-shirt sale ; j'en avais par chance une bonne dizaine dans ma valise. Tous les soirs après ma douche de trente secondes, je m'enduisais le corps de talc pour protéger la peau de la sueur dont nous souffrions tous. Je me rappelle cette jeune femme qui souffrait terriblement d'une infection importante qui s'était développée sous ses seins. La peau était à vif, des cloques purulentes s'étalaient maintenant jusqu'au nombril. Lorsque je m'en rendis compte je lui dis : - Mets toi un peu de talc, prends le mien. Elle me regardait avec étonnement.
 
J'ajoutai : - A mon avis, tu devrais te mettre un tee-shirt de coton pour isoler ta poitrine et te mettre le soutien-gorge par-dessus. Cela aiderait à stopper l'infection. Elle me dit qu'elle n'avait pas assez de tee-shirts en coton. Spontanément je lui tendis deux des miens.
 
-Laves-en un tous les soirs pour en avoir un sec et propre chaque jour. Elle eut une sorte de tremblement en me demandant :
 
- Mais pourquoi fais-tu ça ? pourquoi m'aides-tu ?
 
Avec le recul, je réalise combien la réaction de cette femme était pathétique. Comment était-il possible que quelqu'un pût encore l'aider ?
 
La notion de solidarité lui était devenue étrangère !
 
Pour moi, c'était juste une question d'assistance à personne en danger ; son infection était vraiment trop importante pour ne pas sentir de compassion.
 
Au RPF, c'est chacun pour soi, des 8 jeunes femmes logeant dans la même chambre, je fus la seule à proposer de l'aide. Mais chacune souffrait de quelque chose, chacune essayait de survivre du mieux qu'elle pouvait et puis moi je venais juste de débarquer au RPF, je ne souffrais pas encore d'usure, je pouvais encore me permettre le luxe d'aider quelqu'un.
 
Nous devions prendre un bus qui nous amenait jusqu'au Fort Harrison. Ce bus était infesté de cafards ; au début je refusai de m'asseoir car les cafards grouillaient et ne se gênaient pas pour nous monter dessus et puis la fatigue s'installant, je me résignai à m'asseoir ; un moment de repos devenait la priorité, on se bornait tous à bouger de temps en temps la main ou le pied pour écarter les plus gros.
 
Arrivés au "mess" (table de réfectoire) du RPF, il s'agissait de s'alimenter le mieux possible ; des céréales sous forme de bouillies d'aspect peu ragoûtant étaient proposés. Malgré ma répugnance à manger le matin, ma foi, le troisième jour, je décidai de me forcer et d'avaler toutes sortes de soupes et autres bouillons à grand renfort de lait pour tenir le coup.
 
Le RPFer chargé d'amener la nourriture fut remercié chaleureusement par tout le monde pour avoir réussi à trouver un gallon de lait ; je le regardai inquiète lorsqu'il fut applaudi et en déduisis que le lait n'était pas denrée courante au RPF.
 
Le "muster" ou "roll-call" (rassemblement pour l'appel) avait alors lieu. Le piteux bataillon goulag pastichait les réunions militaires où chacun devait répondre à l'appel de son nom par : " hi sir ! "(présent).Tout retard, fut-il d'une seule seconde était lourdement sanctionné.
 
Le piètre spectacle des quatre colonnes chancelantes du RPF faisait pitié à voir ; vingt personnes s'efforçant de se tenir au garde-à-vous comme elles pouvaient ; cela relevait plus d'un camp d'extermination de l'Allemagne de l'Est que celui du glorieux bataillon des membres du corps d'élite de "l'organisation maritime" (sea org)-
 
Je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il était impossible de faire la relation entre ce cortège d'ombres que nous étions devenus avec le groupe clinquant, en grand uniforme que l'on voit dans les magazines de propagande de la secte supposée conduire l'homme sur " le chemin de la liberté totale".
 
Ironiquement, nous nous retrouvions emprisonnés et portant ces mêmes chaînes dont nous voulions libérer l'homme. De toute évidence, il y avait là un terrible piège que je n'arrivais pas à m'expliquer.
 
Le premier ordre du jour était de nettoyer les escaliers de Fort Harrison, immeuble d'une quinzaine d'étages. Un seau d'eau, une serpillière, un twin (jumeau). En l'occurrence une toute jeune fille d'à peine dix-huit ans. Alors que nous commencions à quatre pattes à nettoyer les marches une à une, elle me demanda pour quel motif j'avais été assignée au RPF. Je lui répondis avec désinvolture que désirant quitter le groupe, je n'avais rien trouvé mieux que de violer le code de conduite de chaque membre de la SO c'est-à-dire ne jamais avoir de relations sexuelles hors mariage.
 
- I went "out 2 D"! (langage ésotérique pour signifier intimité sexuelle avec une personne du sexe opposé)
 
- Et tu sais quoi ? ajoutai-je, on a même pas eu le temps de concrétiser ; ils nous ont surpris juste avant !
 
Elle éclata de rire et se mit à raconter son histoire. En gros, cela donnait ceci. Elle n'avait pas été d'accord avec des décisions du management et avait osé tenir tête sans fléchir.
 
Étant née dans la secte, n'ayant connu que la secte, les perspectives qu'elle projetait dans le monde extérieur se trouvaient extrêmement réduites :
 
- Je n'ai pas de diplômes, je ne pourrais jamais travailler dans le monde "wog"(terme raciste signifiant tout ce qui n'est pas de la secte) je ne connais rien à l'extérieur.
 
- Tu as de la famille à l'extérieur ? risquai-je
 
- Oui, ma mère en Angleterre que je ne connais pas et qui en plus est déclarée "suppressive" (personne déclarée ennemi de la secte). Je n'ai pas le droit de la voir.
 
Et puis, pourrais-je me mettre au diapason dans un pays que je ne connais pas, chez une mère dont je ne me rappelle même pas le visage ? si je ne m'adaptais pas, tout dans la vie serait fini pour moi. Je n'ai pas le choix, je dois endurer.
 
Cette très jeune fille de dix-huit ans, lucide, jolie de surcroît avec ses longs cheveux blonds clair, qui disait ne pas avoir d'avenir à l'extérieur, m'a bouleversée. Soudain, je me rendais compte de l'horreur de l'isolement de tous ces jeunes nés et élevés dans la secte. Ils ne peuvent même pas partir, comment le pourraient-ils ? ils sont prisonniers à l'intérieur d'une vie qu'ils ne connaîtront jamais à l'extérieur.
Elle me jeta un coup d'oeil craintif ; allais-je trahir une confidence qu'elle n'aurait jamais dû faire ?
 
En souriant, je la rassurai ; - Ne t'inquiètes pas, je ne dirai rien. Tu sais, à l'extérieur, c'est pas si horrible que ça puisque j'en viens !
 
Je n'oublierai jamais son regard triste et résigné mais elle ajouta pensive :
 
- Oui, peut-être, qui sait ?
 
En fait, cette jeune fille était une Exec de CMO INT (cadre dans l'organisation internationale des messagers du commodore) elle devait par la suite prendre ma défense lorsqu'un des gardes-chiourme vînt à me prendre à partie sans aucune raison apparente. Elle sauta littéralement sur le type en hurlant :
 
-Si tu ne lui fous pas la paix tout de suite, je te jure que je me rappellerai de toi lorsque je sortirai d'ici et tu sais que j'en sortirai avant toi ! (ils font aussi le RPF) En tout cas, le type resta cloué sur place ; non seulement il m'oublia mais du coup tout le monde me tint à distance respectable.
 
Il est vrai que dans la hiérarchie complexe de la secte, les cadres CMO INT sont réputés avoir presque tout les pouvoirs. Avec le recul, je crois que je lui avais donné un peu d'espoir, dehors c'était pas si horrible que ça.
 
La journée continuait par le lavage et récurage de toutes les chiottes du complexe de Flag réservé à l'usage des personnes venant du monde entier pour en recevoir les services. Nous aimions assez le faire car à l'intérieur tout était climatisé et comparé aux autres tâches très dures, franchement passer l'éponge sur les lavabos devenait presque une partie de plaisir. Je n'avais qu'une seule crainte ; la honte qu'une de mes connaissances ne me reconnaisse dans un tel accoutrement en train de passer le balai dans les cuvettes des chiottes.
 
Une camarade d'infortune faillit se trouver mal en astiquant le miroir ; elle s'arrêta tout d'un coup, fixait son visage avec horreur. Il est vrai que la pauvre n'avait pas bonne mine du tout ; mais là elle était devenue verte. Nous étions toutes franchement sales, hirsutes, fatiguées et mal foutues. Il fallait soigneusement éviter de croiser notre image. Elle commençait à sangloter or il ne fallait surtout pas qu'elle craque.
 
Elle risquait d'être sanctionnée durement pour avoir pleuré devant les "clients". C'était très mauvais pour les relations publiques (bad PR) Alors quelqu'une lança d'une voix nasillarde :
 
- Ben et alors qu'est-ce que je devrais dire moi, regarde moi ! on dirait Frankestein, toi on dirait seulement que tu l'as vu !
 
Tout le monde rigola et la pauvre se ressaisit comme elle put. Par la suite, la pauvre fille évitait soigneusement tout les miroirs. Il y avait une sorte de solidarité mais celle-ci était rare et très ponctuelle. Il y avait surtout des rapports de forces inouïs.
 
Les ordres étaient criés, nous étions houspillés du matin jusqu'au soir, aucun ralentissement du rythme même en plein soleil. Les sanctions pleuvaient :
 
-Take a lap ! take two laps ! take five laps ! (il s'agissait de courir en plein soleil le long de la rampe des voitures du garage du Fort Harrison, une fois, deux fois, cinq fois à discrétion du Kapo).
 
La jeune fille du miroir n'arrivait pas à suivre la cadence ; elle trébuchait, tombait, se cognait, se faisait mal, était toujours en retard d'une demi-longueur et j'avais peur pour elle. Le bosun (Kapo ou garde-chiourme en chef) faisait semblant de ne pas l'avoir remarqué. Je pensai que d'une manière ou d'une autre elle serait épargnée compte tenu de sa nature plus fragile. En fait, il est probable que sa chute était programmée. Je surpris une conversation qui prenait des allures de paris dans un champs de courses.
 
-Celle-là, je lui donne quinze jours.
 
-Moi, je parie qu'elle ne tient pas une semaine de plus !
 
Je ne saurai jamais ce qui se passe lorsque la personne ne peut plus tenir (elle va peut-être au RPF du RPF) car je larguai les amarres avant que cela devînt mon tour. Je n'ose toujours pas y penser.
 
Il y avait les tâches dangereuses, le ramassage des poubelles était particulièrement difficile et lourd pour la gent féminine ; les "hommes" nous défiaient en se moquant de nos efforts vains à soulever d'énormes poubelles infectes. Certaines s'épuisaient pour rien risquant de surcroît de se blesser. J'avoue avoir fait semblant de m'évertuer alors qu'en fait je ménageais mes forces en protégeant du mieux que je pouvais mes doigts, mes pieds et mon corps en général.
 
Un accident est si vite arrivé et aucun traitement ne serait donné, il n'y a pas d'hôpital dans le RPF ! il n'y a même pas une trousse de premiers secours.
 
Il y a aussi un manque de tout ; la paye même réduite au tiers était suspendue pour la plus grande partie des RPFers. Alors on devient peu à peu démuni de tout. On ne peut plus s'acheter des cigarettes - unique liberté tolérée- mais aussi on ne peut plus s'acheter du dentifrice ou du déodorant. Ce qui est très gênant pour les femmes qui auraient encore leurs règles- beaucoup souffrent de troubles de cycles dus au stress et à la fatigue- c'est qu'elles n'ont plus du tout de quoi s'acheter une boite de tampax. Du moins, c'est ce que j'ai pu constater pour ma part (heureusement que j'en avais dans la boite à gants de ma petite voiture).
 
Quelle humiliation de se trouver dans l'indigence la plus totale alors que l'on a donné tout ce qu'on avait parfois une petite fortune et qu'on travaille comme des bêtes de somme ! Quel désespoir de constater que l'on est réduit à l'état d'esclavage alors que l'on venait, poussé par les vents de la liberté, grossir les rangs de ceux qui oeuvraient pour que justement l'homme ne fût plus jamais enchaîné !
 
La fin de la journée était une pièce d'anthologie. Comme je l'ai déjà dit, il y avait aussi l'entraînement spécial goulag obligatoire et son cortège forcé de confessions de crimes imaginés et trahisons de toute sortes, les fameux O/Ws (les mauvaises actions et mensonges). En tout cas, avant d'en arriver là, je savais qu'il me fallait réétudier certaines lettres de règlements que je connaissais déjà par coeur. Hé bien, continuons à faire l'idiote ! Je mettais un temps fou à lire les âneries d'usage du style : " Keeping and working" (un bulletin d'une dizaine pages).
 
Je faisais semblant de m'occuper en tournant les pages des dictionnaires et surtout restait assise le plus longtemps possible. Voyez-vous, le luxe au RPF et autres goulags, c'est l'immobilité. On se repose en appréciant à sa juste valeur le fait que le corps soit au repos. De plus, on retarde l'endoctrinement de l'RPF auquel d'ailleurs on préfère ne pas penser ! En tout cas, deux RPFers avaient repéré mon petit manège car ils le pratiquaient eux-mêmes. De temps en temps on se regardait hilares ! C'est ce qu'on appelle le bon "mutual out ruds" (expression ésotérique pour signaler une complicité négative pour la secte).
 
A la fin de l'endoctrinement spécial goulag qui coïncidait avec la fin de la journée, il fallait, figurez-vous, du moins il était fort souhaitable de prendre la parole pour dire combien on était ravi, charmé, enchanté, de poursuivre un programme de bagnard et combien on était reconnaissant d'espérer un jour la Rédemption grâce à la merveilleuse technologie du meilleur ami que l'homme ait connu sur terre !
 
J'ai toujours refusé de participer à cette farce où il fallait de surcroît applaudir tous ces gains fantastiques !
 
J'affichais une espèce de rictus mongolien qui passait très bien en matière de soumission et d'approbation à toutes les âneries que j'entendais dire. Du moment que j'avais l'air d'accord et vaguement imbécile, je savais que l'on me laisserait voguer sur des eaux passablement calmes.
 
En tout cas, j'étais ravie d'avoir fait un peu de théâtre en songeant que sous l'aspect trompeur du lac tranquille, les courants furieux des quarantièmes rugissants et autres cinquantièmes hurlants préparaient un raz de marée.