L’Eglise
de scientologie a bien essayé de passer les grilles du
Palais des Nations, mais elle n’y est pas arrivée. Initialement,
le 6e sommet annuel international des droits de l’homme devait
se tenir à l’ONU. Ses organisateurs, Des jeunes pour
les droits de l’homme et Village Suisse ONG, ont dû se
rabattre sur les salons feutrés de l’Hôtel Intercontinental.
La proximité de ces deux organisations avec l’Eglise
de scientologie a fini par éveiller les soupçons,
incitant l’ONU à ne pas prêter de salle de réunion.
Des jeunes
pour les droits de l’homme, dont les statuts ont été
déposés en Suisse, est une émanation directe
de l’organisation américaine Youth For Human Rights,
connue pour être l’un des satellites de la scientologie.
La Française Martine Rhein et le Belge Christian Mirre
sont venus à Genève pour superviser l’organisation
de la conférence qui s’ouvre aujourd’hui. Ils ne font
pas mystère de leur appartenance à l’organisation
fondée par Ron Hubbard, mais ils assurent qu’il n’y a
aucun lien entre l’Eglise de scientologie et Des jeunes pour
les droits de l’homme.
«C’est
vrai qu’au départ la scientologie a soutenu sa création
parce que cette organisation défend les mêmes valeurs
morales», explique Martine Rhein.
Les liens
avec l’ONG africaine Village Suisse ONG, qui a obtenu en 2008
un statut consultatif auprès d’Ecosoc, soulèvent
plus d’interrogations. Si cette organisation installée
à Lancy n’a historiquement aucun lien avec la scientologie,
elle semble s’en être rapprochée. C’est elle qui
a formulé une demande de salle auprès du Palais
des Nations pour y organiser le 6e Sommet internationa l des
droits de l’homme. En tant qu’ONG accréditée,
elle a le droit de s’y réunir. Mais l’institution a préféré
mettre son veto. Ce qui est relativement exceptionnel.
Une
ONG connue
La tentative
d’infiltration des scientologues était un peu trop voyante.
Sur son site Internet, Village Suisse ONG offre un lien vers
un autre site qui propose des formations sur le commerce et
le développement à 570 francs la journée,
dispensées par la représentante de l’Eglise de
scientologie en Suisse romande. Laquelle figure depuis quelques
mois parmi l’équipe qui anime l’ONG. Joint par téléphone,
le fondateur de Village Suisse ONG, Adalbert Nouga, répond
qu’il ne veut pas «entrer dans la polémique».
Et d’ajouter
en guise de fin de non-recevoir: «Mon organisation travaille
depuis longtemps avec la Confédération. Toutes
les informations sont sur notre site Web. Nous ne nous mêlons
pas de religion.»
Martine
Rhein et Christian Mirre assurent que la conférence qui
se tient aujourd’hui à l’Intercontinental n’est pas là
pour faire la promotion de la scientologie en tant que religion,
mais pour inciter le public à mieux connaître les
articles de la Déclaration universelle des droits de
l’homme.
L’organisation
de cette conférence est d’ailleurs passée quasi
inaperçue. Aucun tract n’a été distribué
dans la rue. Des invitations électroniques ont été
adressées à des diplomates et à des membres
d’autres ONG. Ce sont eux d’ailleurs qui ont tiré la
sonnette d’alarme, étonnés de voir cet étrange
sommet des droits de l’homme surgir de nulle part.
Martine
Rhein et Christian Mirre sont surpris des réactions.
L’année dernière, ce sommet a pu se tenir au siège
de l’ONU à New York sans que cela, disent-ils, ne soulève
la moindre indignation. Ce qui n’est pas tout à fait
exact. La seule différence, c’est qu’un Etat membre a
intercédé à l’époque en leur faveur
pour leur obtenir une salle de réunion.
Les
antisectes vont siéger avec les ONG
Les portes
du Palais des Nations ne se sont pas ouvertes pour les scientologues.
En revanche, les associations antisectes, elles, ont reçu
leur badge d’entrée. L’information est passée
jusque-là inaperçue. Au cours de l’été,
le Conseil économique et social des Nations Unies (Ecosoc)
a accordé le statut consultatif spécial à
la Fédération européenne des centres de
recherche et d’information sur le sectarisme (Fecris). Une initiative
qu’on doit à la présidente suisse de l’Association
suisse de défense des familles et de l’individu (Adsfi)
Danièle Muller-Tulli.
La Fecris,
association parapluie dont elle assure la vice-présidence,
regroupe plus de 50 associations dans 31 pays, principalement
en Europe mais avec des correspondants dans d’autres continents.
Elle lutte contre la prolifération des groupes aux dérives
sectaires et totalitaires. Elle a déjà le statut
participatif auprès du Conseil de l’Europe. Depuis plusieurs
années, des associations laïques dénoncent
l’entrisme et le lobbying exercés par les sectes dans
les enceintes onusiennes et européennes sous le couvert
d’ONG. Prosectes et antisectes risquent maintenant de s’y opposer.
Du côté de la Fecris, le seul mot d’ordre semble
être: bas les masques!
La tenue
à Genève d’un Sommet des droits de l’homme sponsorisé
par les scientologues ne surprend par Danièle Muller,
qui dénonce depuis longtemps l’offensive européenne
des scientologues.
«Ce
qui révolte un certain nombre de personnes jusque dans
les enceintes onusiennes, c’est de voir comment l’Eglise de
scientologie utilise la Déclaration universelle des droits
de l’homme pour faire sa propre publicité», explique
la présidente de l’Adsfi.