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La
scientologie a réussi à infiltrer l'Intérieur, la Défense,
la Culture, l'Education
et même l'Élysée
Par Serge Faubert
- Événement
du Jeudi 25 février 1993
- [Texte
intégral]
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- Au terme de quatre
ans d'enquête, le journaliste Serge Faubert a réussi à se procurer les rapports
secrets de l'Église de Scientologie, la plus puissante des sectes existantes.
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- Son livre Une secte au coeur de la République démonte
les ressorts de cette organisation et révèle comment les scientologues ont
réussi à se hisser jusqu'aux premiers cercles du pouvoir. Extraits.
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- Suite de cet article dans L'Événement du Jeudi du 26 septembre: Quand la Scientologie embauchait les ex-flics
de l'Élysée
- Le manège avait fini par intriguer le buraliste du boulevard de Strasbourg à
Toulon. Certes, il était déjà arrivé qu'on lui demandât des renseignements sur
le Dr Jean-Marie Abgrall (voir son livre La Mécanique des sectes
note du Gravis), qui exerçait à deux pas de
là. Mais jamais aussi fréquemment qu'en cette fin du mois de septembre 1990. En
l'espace d'une semaine, cinq ou six personnes, se présentant comme des clients
potentiels, avaient questionné avec insistance le cafetier sur l'expert
psychiatre auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence : "C'est un bon
praticien ? Personne ne s'est jamais plaint de lui ? Combien de clients
reçoit-il chaque jour ?".
-
- En apprenant la chose, le Dr Abgrall tiqua. Aucun de ces supposés patients
ne s'était présenté à son cabinet.
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- Jean-Marie Abgrall n'était pas homme à s'alarmer. Ce bon vivant à la carrure
de pilier de rugby avait trop l'habitude de décortiquer les angoisses des autres
pour céder à son tour à la paranoïa. Mais cette enquête sur ses activités venait
s'ajouter à une chaîne d'incidents qui commençait à devenir inquiétante.
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- On avait d'abord volé une partie de son courrier pendant les vacances. Vol
qu'Abgrall venait juste de découvrir. Plusieurs sociétés lui réclamaient en
effet des expertises qu'elles affirmaient avoir demandées par courrier pendant
l'été. Or, ces lettres, l'auxiliaire de justice ne les avait jamais reçues. Une
négligence des PTT ? Non, des courriers postés à la même date que les demandes
d'expertise des sociétés étaient, eux, parvenus à leur destinataire. Résultat de
ce détournement, 250.000 F de contrats perdus ...
-
- Puis il y eut les appels téléphoniques anonymes. A toute heure du jour ou de
la nuit. Au bout du fil, le correspondant restait muet. Ou, à l'inverse,
commentait avec un luxe de détails la vie quotidienne de la famille Abgrall:
"1l faudrait tailler les haies de ta maison ", "Ton chien, c'est bien
un briard ?", "Le gamin est encore rentré en retard de l'école"...
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- A plusieurs reprises, encore, la voiture du psychiatre avait été prise en
filature. Ostensiblement... A la même époque, le Dr Abgrall constata également
la disparition d'un de ses blocs d'ordonnances.
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- Bref, on cherchait à l'intimider. Qui ? Et pourquoi? "J'ai tout de suite
pensé aux scientologues, raconte le praticien toulon- nais. De tous les dossiers
sur lesquels j'étais en train de travailler, c'était le seul qui puisse
justifier pareil acharnement contre ma famille et moi." Quelques mois plus
tôt, en mai 1990, le juge marseillais Carole Sayouz, qui venait d'interpeller
une vingtaine de scientologues de la région à la suite de plaintes répétées,
avait confié à l'expert psychiatre une mission délicate: étudier les dossiers
saisis dans les locaux de l'Église, établir un rapport général sur les thérapies
de la Sciento- logie et procéder à l'examen psychiatrique d'une quinzaine
d'inculpés et de victimes. Une expertise qui jouerait un rôle déterminant dans
le procès. En se prononçant sur la validité scientifique de l'audition et autres procédés de purification, elle permettrait à la justice
d'établir si la Scientologie en tant que telle était ou non une escroquerie.
- Oubliant toute prudence les scientologues avaient jeté le
masque
Les attaques reprirent au début de l'année suivante.
Plusieurs confrères d'Abgrall lui signalèrent avoir reçu des appels d'un
mystérieux Comité des citoyens pour les droits de l'homme, en fait l'un des
nombreux paravents de l'Église. Au bout du fil, un certain Patrick Ranchoux
avait affirmé à ses interlocuteurs que le Dr Abgrall rédigeait des expertises
truquées en échange de pots-de-vin. Accusation totalement fantaisiste.
"Cette fois, j'avais un nom, explique Abgrall. Quelques
vérifications rapides m'ont permis de constater que ce Patrick Ranchoux existait
bien et était scientologue. J'ai aussitôt porté plainte pour diffamation avec
constitution de partie civile."
Oubliant toute prudence, les scientologues avaient jeté le masque. La raison
de cette précipitation ? La remise par le psychiatre en novembre 1990 d'un
premier rapport de cent cinquante pages sur "Les techniques de la
Scientologie, la doctrine dianétique, leurs conséquences médico-légales".
Un rapport dont la conclusion est sans appel:
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"La Scientologie est une secte
pratiquant des techniques médicales et paramédicales essentiellement
psychiatri- ques. Son idéologie est basée sur l'endoctrinement, la manipulation
mentale et la soumission. L'argument religieux n'apparaît que comme une
couverture destinée à masquer des intérêts économi-
ques. Elle s'applique à une
popu- lation psychologiquement fragile ou immature. Elle peut avoir des
conséquences graves, voire dramatiques, en amenant le sujet à la folie ou à la
mort. Elle n'est jamais bénigne dans ses conséquences. Elle peut avoir recours à
des manoeuvres d'intimidation par rapport aux personnes extérieures qui par leur
activité freinent son expansion (...)."
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- La manipulation est en marche. Un rapport présentant le juge Fenech comme un
magistrat liberticide est transmis à François Mitterand.
- L'Eglise de Scientologie s'efforce d'endiguer l'offensive de la
justice
"Pascal les flics viennent de débarquer. Ils fouillent
partout. Ils vont sûrement venir chez vous."
Au bout du fil, la voix chuchote. Pascal Parizot reconnaît néanmoins son
correspondant. C'est l'un des responsables du Celebrity Center, le luxueux institut culturel
que l'Église de Scientologie a ouvert au 69 de la rue Legendre, à Paris. Déjà,
l'interlocuteur a raccroché. Sans perdre de temps, Parizot rassemble ses
affaires. Quelques dossiers et une poignée de disquettes informatiques qu'il
fourre dans son cartable.
Le temps de dévaler les trois étages qui séparent son bureau de la porte
d'entrée et le fugitif se retrouve sur le trottoir. Nez à nez avec une dizaine
de policiers en civil qui, sans le regarder, s'engouffrent aussitôt dans le hall
du 65, rue de Dunkerque, le siège national de l'Église de Scientologie. Le
responsable du CC (Celebrity Center, que les scientologues prononcent à
l'anglaise: "cici") ne s'était pas trompé: le coup de filet visait les
locaux de la capitale.
Les inspecteurs ne s'en doutent pas, mais ils viennent, ce 4 juillet 1990,
de laisser échapper une proie de choix. Et un redoutable adversaire. Car Pascal
Parizot n'est pas un scientologue ordinaire. Il appartient à l'Office of Special
Affairs (OSA, le bureau des affaires spéciales), le
service de sécurité de l'Église. Un service qui, depuis deux mois, s'efforce
d'endiguer l'offensive de la justice contre la Scientologie.
Tout commence en décembre 1989 à Marseille. La famille d'un médecin phocéen
porte plainte: leur fils, récemment entré dans la secte, dilapide son patrimoine
au profit de ses nouveaux amis. Déjà, il a laissé pour près de 100.000F dans les
caisses de l'Église. Écoutes téléphoniques, filatures, vérification du train de
vie des responsables, les fonctionnaires de la brigade territoriale sud de la
sûreté urbaine de Marseille, dirigée par le commissaire Pierre Petitjean,
sortent le grand jeu. D'autant que les plaintes se multiplient. Cinq au total,
émanant de proches des disciples, mais aussi d'anciens scientologues.
Le mercredi 16 mai 1990, à 9 heures, c'est le coup de filet. Munis d'une
commission rogatoire délivrée par le juge Carole Sayouz, les policiers
investissent le siège régional de l'Église installé à Nice et ses trois antennes
marseillaises. Le fichier des adhérents, un millier de noms, et des documents
comptables sont saisis. Vingt-six personnes sont interpellées. A l'issue de la
garde à vue, quatre d'entre elles sont inculpées d'escroquerie, d'exercice
illégal de la médecine et de violences avec préméditation: Sylvie Musset (27
ans) et Marie-Ange Molina (33 ans), Isabelle Acher (26 ans), les trois
responsables marseillaises, et Xavier Delamare (33 ans), le dirigeant régional.
Sur le compte bancaire de ce dernier, les enquêteurs découvrent une somme de
plus de 7 millions correspondant au chiffre d'affaires de l'église pour 1989.
Aussitôt les arrestations connues, la riposte scientologue s'organise. Une
avalanche de télégrammes de protestation, souvent identiques, submerge la
préfecture et le palais de justice de Marseille, tandis qu'un communiqué vengeur
accuse magistrats et policiers d'être "le bras armé de certains groupes
crypto-psychiatriques proches de l'extrême droite américaine".
Dans le même
temps, cinq responsables parisiens s'envolent pour la cité phocéenne et
s'installent à l'hôtel Alizé: François Bonnet, Brigitte Demaria, Patricia
Forestier, Pascal Parizot et Danièle Gounord, la présidente de l'Église. Les
trois premiers, membre d'OSA, sont chargés de
mobiliser les troupes et d'organiser des actions de protestation. Parizot, lui,
a pour mission de réunir le maximum d'informations sur le juge Carole Sayouz.
Objectif: le dépôt d'une requête en suspicion légitime contre le magistrat afin
qu'il soit déchargé du dossier. Quant à Danièle Gounord, elle s'est réservé le
"maniement" - pour reprendre la terminologie scientologue - de la presse.
Entendez la contre-offensive médiatique ...)
- Un jeune dessinateur industriel se jette par la fenêtre de son appartement
- Ce n'est pas un suicide ordinaire
Le 18 mai, première conférence
de presse: "Nous ne cessons de dénoncer l'abus des tranquillisants et nous
nous battons contre la toxicomanie. Il n'est pas impossible que nous dérangions
un certain nombre de lobbies." Quant à l'accusation d'exercice illégal de la
médecine: "C'est le même procès que l'on peut faire aux ostéopathes et autres
exercices paramé- dicaux. Mais, que je sache, certains milieux médicaux qui
pratiquent le paiement au noir sont mieux protégés. J'ai eu à l'évêché un
correspondant qui m'a expliqué que des familles bien connues à Marseille sont
parmi les adeptes et que ça dérange."
Le ton est donné. Ce procès sera celui de l'intolérance et des méthodes
"inquisitoriales" de la police et de la justice. Une stratégie de rupture dont
s'est fait une spécialité le très médiatique Gilbert Collard, l'avocat qui, avec
son confrère Alain Lhote, assure la défense des inculpés.
Les manifestations de rue mettront un peu plus de temps à démarrer. Le 5
juin, Patricia et Paul Molina, la soeur et le cousin de Marie-Ange Molina, une
des quatre responsables incarcérés, s'enchaînent aux grilles du palais de
justice de Marseille et annoncent qu'ils entament une grève de la faim. Le 20,
une dizaine de scientologues entreprennent de jouer les bourgeois de Calais
devant le palais de justice. En robe blanche et les mains liées, ils demandent à
être incarcérés. Un des manifestants parviendra même à s'introduire dans le
bâtiment et fera le siège du bureau du juge Sayouz avant d'être expulsé par les
gardes. Quatre jours plus tard, c'est devant la prison des Baumettes, où sont
incarcérés les inculpés, que se manifestent les fidèles de l'Église. Lâcher de
ballons, déploiement de banderoles, l'action ne passe pas inaperçue. Le
lendemain, retour au palais de justice. Arborant sur la poitrine un triangle
jaune, symbole de leur appartenance religieuse et de discrimination, une
quinzaine de scientologues demandent à être reçus par le juge. Requête refusée.
A Lyon, le juge Georges Fenech sursaute lorsqu'il apprend les arrestations
de Nice et de Marseille. Lui aussi a dans ses tiroirs une plainte contre la
Scientologie. L'affaire remonte au 24 mars 1988. Ce jour-là, sur le coup de 5
heures du matin, un jeune dessinateur industriel, Patrice Vic, se jette par la
fenêtre de son appartement situé au douzième étage. Un suicide ordinaire ? Ce
n'est pas l'avis de sa femme, Nelly Vic, puisqu'elle porte aussitôt plainte
contre X pour homicide involontaire, escroquerie et exercice illégal de la
médecine. Dépressif depuis plusieurs mois, Patrice venait en effet de rejoindre
le centre de dianétique de Lyon, une des filiales de l'Église de Scientologie.
Là, on lui aurait fait absorber gélule sur gélule. Comme celles que retrouveront
les policiers sur la table de Patrice, en l'occurrence de l'oxadilène, un
vasodilatateur classé au tableau A et délivré uniquement sur ordonnance.
Le juge Georges Fenech décide de relancer l'enquête. Le 26 juin 1990, les
policier du SRPJ de la capitale des Gaules investissent le centre de dianétique
de Lyon, rue du Président Edouard Herriot. Le trésorier ainsi que la secrétaire
du centre, Alain Barou et Corinne Medallin, tous deux âgés de 25 ans, sont
interpellés. Des documents administratifs et comptables sont saisis, aine que
plusieurs "électromètres", ces galvanomètres
perfectionnés que les scientologues utilisent au cours de leur formation.
Présentés au juge, Barou et Medallin sont inculpés d'exercice illégal de la
médecine et d'escroquerie, et incarcérés. La moisson se révèle moins bonne que
prévu. Très vite, Georges Fenech réalise qu'il a affaire non à une poignée
d'illuminés mais à une organisation centralisée et hiérarchisée. Avec une
doctrine. S'il veut établir l'escroquerie, c'est le procès de toute la secte
qu'il doit faire. Non celui de quelques comparses aisément remplaçables. Pour
cela, une seule solution: frapper à la tête. A Paris.
Le mercredi 4 juillet
1990, deux équipes d'inspecteurs du SRPJ de Lyon, assistés de leurs collègues de
la direction centrale de la police judiciaire, se présentent presque
simultanément au Celebrity Center, rue
Legendre, et au siège national de l'Église, rue de Dunkerque. Les perquisitions
se prolongeront jusque dans la soirée.
A l'issue de celles-ci, les policiers
interpellent le président en titre du Celebrity Center, Yves Veau, le
responsable des finances de l'Église, Jean-Paul Chapellet, et Danièle Gounord.
Placés en garde à vue rue des Saussaies, ils sont transférés à Lyon et aussitôt
inculpés par Georges Fenech de complicité d'exercice illégal de la médecine et
de complicité d'escro- querie. Veau est remis en liberté sous contrôle judiciaire.
Gounord et Chapellet prennent le chemin des prisons de Montluc et de Saint-Paul.
La secte décapitée, le magistrat fonce. Le 6 juillet, c'est au tour du
président de l'antenne lyonnaise de l'Église de Scientologie, Jean-Jacques
Mazier, 47 ans, d'être écroué sous le même chef d'inculpation. La veille,
accompagné d'une quinzaine de scientologues et de son avocat, il s'était rendu
au palais de justice afin de rencontrer le juge. Mauvais calcul: les policiers
l'appréhendent aussitôt. Pour lui, l'addition va être lourde. Aux chefs
d'inculpation précédents, le juge Georges Fenech ajoute celui d'homicide
involontaire (...).
- L'informateur des scientologues était un collaborateur de Jack
Lang
Le 20 Juillet, 500 fidèles se réunissent à huis clos dans la
salle bleue du Palais des congrès (louée 28.000 F). Objectif le lancement de "la
croisade pour la liberté de religion". FLAG, le quartier général de la secte,
installé à Clearwater, en Floride, a dépêché un de ses meilleurs spécialistes:
Andrick Shappers, un scientologue néerlandais qui est spécialement revenu du
Mexique pour l'opération. Malgré ses efforts, ils ne seront que 300, deux jours
plus tard, à défiler place Belle- cour, à Lyon. Moins qu'à Paris. Et ce, en dépit
du renfort des Églises anglaise, suisse, autrichienne, belge et allemande.
Apparemment, certains adeptes ont jugé plus prudent de ne pas afficher
publiquement leurs convictions ... Mais, nulle- ment impressionné par ces
démonstrations, le juge Georges Fenech demeure inflexible. Désormais, rien ne
semble plus pouvoir stopper l'offensive de la justice. Rien... sauf le Bureau
des affaires spéciales, OSA !
- Comment
fonctionne OSA l'office des affaires
spéciales
- de l'Eglise
de scientologie en France et ailleurs
-
- OSA occupe une place à part dans l'Église. Ce département possède ses propres
structures et ne rend de comptes qu'à la direction internationale de l'Eglise.
Dans chaque pays où est implantée la secte, il dispose d'une antenne
: le Desk of
Special Affairs (DSA). Tous sont reliés par fax et modem au quartier général,
OSA International, installé au 4751 Foutain Avenue, à Los Angeles. C'est par ce
canal qu'ils rendent compte de leur activité et reçoivent leurs ordres.
-
- Composé d'une vingtaine d'agents, pour la plupart
permanents de l'église, le DSA France est divisé en cinq sections
: Relations
extérieures (contacts avec des non scientologues, Investigations, PR (en
français Relations publiques, autrement dit les actions de propagande de la
secte), Travail juridique et CCHR (Commission des
citoyens pour les droits de l'homme). Deux antennes régionales, à Marseille et à
Lyon, complètent la structure.
-
- La section Investigations est, incontestablement,
la plus secrète, la plus puissante. Elle s'occupe en effet du travail
clandestin: infiltration, renseignement et manipulation. Pour l'accomplissement
de sa mission, elle peut mobiliser tout scientologue, qu'il soit ou non membre
d'OSA. Son chef n'est autre que Pascal Parizot, celui qui a réussi à passer à
travers les mailles du filet lors de la descente de police rue de Dunkerque.
-
- Pour l'assister, OSA International a dépêché à Paris l'un de ses agents les plus
brillants, une Allemande installée aux Etats-Unis: Edith. Une vraie femme
de l'ombre puisque même les scientologues français ne la connaîtront que sous ce
seul prénom. C'est elle qui, chaque soir, rédige les rapports qui sont envoyés à
Los Angeles. Des rapports très confidentiels puisqu'ils sont adressés à la plus
haute autorité d'OSA, le chief officer. Une précaution justifiée.
-
- La
plupart de ces documents détaillent point par point les opérations engagées par
le DSA. Et quelles opérations ! De l'espionnage pur et simple. De haut niveau.
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- Entrevue, N° 65 (novembre 97), par Renaud Marhic
- [Résumé]
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- Sur le sujet des services secrets des sectes, Renaud Marhic a interrogé
plusieurs témoins.
-
- Didier Lerouge raconte ainsi les conséquences de sa plainte déposée en
octobre 1989 contre la Scientologie pour escroquerie,
abus de confiance et exercice illégal de la médecine : "J'ai reçu des appels
anonymes, style : "Si tu continues, on aura ta peau". J'ai été "dénoncé" pour
soi-disant participation à un attentat à la bombe contre la Scientologie
... On
m'a accusé d'avoir menacé de mort un enfant de parents scientologues, de passer
des coups de fils scabreux à une scientologue... De faux journalistes
enquêtaient sur ma vie privée. (...)
-
- Le juge d'instruction a subi des pressions
pour que le dossier ne sorte pas. Elle a reçu une lettre de ma part disant que
je retirais ma plainte, ce qui est complètement faux !"
-
- L'inspecteur de la police judiciaire Roger Facon raconte également qu'"au
cours de mes recherches sur les sectes templières j'ai été suivi. Ma voiture a
été volée et incendiée."
-
- Enfin, l'amiral Lacoste, ex-patron de la DGSE, admet ne pas avoir réalisé à
l'époque où il était en poste l'importance des services secrets des sectes.
Depuis, il dit : "J'ai compris qu'[ils] sont un risque pour la société. Quand
j'évoque la privatisation du renseignement, cela ne concerne pas que des sectes
très puissantes. (...) Certains services actions sont capables d'influencer les
milieux judiciaires ou d'aller chercher des documents ou des choses difficiles à
trouver" Il dénonce leurs méthodes à la limite du renseignement et de la
police privée : "Certaines peuvent engranger des millions de dollars en
traquant, par exemple, les escroqueries à l'assurance."
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- Les agents du DSA ont en effet réussi à glisser dans les jambes du chef de
cabinet du ministre de l'Intérieur, Chantal Jourdan, un "honorable
correspondant". Son nom ? Alain Brunet. Sa fonction à l'époque ? Conseiller
technique du ministre de la Culture. Un collaborateur apprécié et écouté,
puisque le trompettiste de jazz chevronné - qui cultive avec application son
étonnante ressemblance physique avec son patron, Jack Lang - a été promu en
avril 1992 au rang de chef de cabinet du ministre - qui entre-temps venait de se
voir adjoindre l'Éducation nationale. Là encore, Alain Brunet n'a pas démérité,
puisque Jack Lang, dans la perspective d'un changement de majorité en mars 1993,
l'a nommé inspecteur général de l'Éducation nationale à la mi-octobre 1992.
-
- Le rapport que rédige Edith, le 20 juillet 1990, rend compte de son activité
en ces termes: "Alain Brunet, du ministère de la Culture, qu'Eva a vu hier, a
rappelé. Il dit qu'il obtiendra du chef du cabinet du ministre de l'lntérieur
des informations sur la situation d'ici lundi. Il les transmettra à Eva."
Eva, c'est Eva Lefèvre, une des responsables de la section PR du DSA. L'officier
traitant de la taupe.
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- Brunet est-il scientologue ? A première vue, il semble que la réponse soit
négative. Son nom n'apparaît sur aucune des listes de passage de grades que
publie régulièrement l'Église dans ses bulletins et revues. Mais, s'agissant
d'une recrue aussi précieuse, on peut supposer que les dirigeants de la secte
aient préféré préserver son anonymat.
-
- C'est en 1987 que Brunet a fait la connaissance de Chantal Jourdan. A
l'époque, elle était directeur de cabinet du préfet des Pyrénées-Orientales. Lui
venait d'être nommé sous-préfet à Céret, un des chefs-lieux du département.
Proches tous deux du Parti socialiste, ils avaient rapidement sympathisé. Leurs
carrières respectives les ont ensuite séparés. En janvier 1988, en pleine
cohabitation, Chantal Jourdan rejoint Château-Chinon, ville chère au coeur de
François Mitterrand, pour y occuper les fonctions de sous-préfet. Quelqu'un, à
l'Élysée, s'est souvenu qu'elle a été une collaboratrice dévouée lors de son
passage au ministère de l'intérieur dans les cabinets de Gaston Defferre puis de
Pierre Joxe.
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- En février 1989, revenu aux affaires, ce dernier la rappelle et la nomme
chef de son cabinet. Un poste où l'on voit passer beaucoup de dossiers
"sensibles". Surtout lorsqu'on a, comme Chantal Jourdan, la confiance de son
patron. A Paris, elle découvre qu'elle n'est pas la seule à être montée en
grade. Alain Brunet a fait du chemin depuis Céret il est maintenant conseiller
technique dans le cabinet de Jack Lang. On se téléphone, on se revoit, on parle
politique et on échange des confidences. Comme tous les collaborateurs de
ministre chaque fois qu'ils se rencontrent.
-
- Brunet a-t-il réussi à obtenir des renseignements à la faveur de ces
entretiens ? Pour Chantal Jourdan, la réponse est non. La collaboratrice de
Pierre Joxe assure qu'il n'a jamais été question de l'Église de Scientologie au
cours de ces contacts - qui se seraient limités, selon elle, à deux ou trois
entrevues et quelques entretiens téléphoniques. Seuls les dossiers concernant la
ville de Blois, la circonscription de Jack Lang, auraient été évoqués.
- F10, notre agent à l'Élysée
-
- Brunet n'est pas la seule taupe des
scientologues. En parcourant les rapports d'Edith, on découvre que le DSA
dispose d un autre agent au sein de l'appareil de l'État. Un agent si secret
qu'il n'est désigné que par son nom de code: F10. Au terme de ses recherches,
l'auteur de ce livre pense être parvenu à l'identifier. Mais il n'a pu établir
formellement que F10 et l'individu auquel il songe sont une seule et même
personne. Nous nous en tiendrons donc à son nom de code.
-
- Disons simplement que F10 évolue dans les premiers cercles du pouvoir. C'est
un familier des palais de la République. Rusé et influent. Et qui a ses entrées
partout... C'est lui qui est derrière le formidable coup de théâtre qui se
produit le 24 juillet 1990 devant la chambre d'accusation de la cour d'appel de
Lyon. Les magistrats doivent ce jour-là se prononcer sur le maintien en
détention de Danièle Gounord, Jean-Paul Chapellet et Jean-Jacques Mazier.
-
- Après
avoir déposé des réquisitions écrites réclamant la poursuite de l'incarcération
des inculpés, conformément aux instructions qu'il a reçues du ministère de la
Justice, le procureur François Coste demande à user de sa "liberté de parole".
Une procédure qui, sans être exceptionnelle, est néanmoins peu courante.
-
- Le
magistrat se lance aussitôt dans un violent réquisitoire contre... le juge
Georges Fenech, à la stupéfaction des avocats des parties civiles (des anciens
adeptes et une association antisecte). Les défenseurs des inculpés se frottent
les mains. Il n'y a rien dans le dossier, explique en substance l'avocat
général, alors que les conclusions qu'il vient de déposer soutiennent exactement
le contraire. Le suicide de Patrice Vic ? Aucune relation avec sa fréquentation
de la secte. Le prix de revient? Insuffisant pour démontrer qu'il y a eu
escroquerie. Bref, il faut remettre en liberté les trois dirigeants
scientologues.
-
- La cour va-t-elle se laisser convaincre ? Oui. Le lendemain, elle rend sa
décision: les inculpés sont libres.
-
- Un désaveu cinglant pour le juge Georges Fenech. Lourd de conséquences.
Certes, les trois scientologues restent sous le coup des inculpations prononcées
par le magistrat lyonnais. Mais le message de la chambre d'accusation est clair:
Fenech doit en rester là. Plus question de foncer. Et encore moins de démanteler
la secte. Un enterrement de première classe. L'Eglise de Scientologie est
sauvée.
-
- F10 a réussi son coup. Une manipulation increvable d'audace et de
sang-froid. Pour contrer Fenech et le ministère de la Justice, F10 s'est en
effet appuyé sur la plus haute autorité de l'État: la présidence de la
République ! C'est l'Élysée qui, à l'insu du ministère de la Justice - et contre
l'avis de ce dernier -, est intervenu auprès du procureur Coste pour qu'il
convainque la chambre d'accusation de relâcher les scientologues incarcérés.
-
- Une opération dont Edith retrace le déroulement dans le long rapport rédigé
le 8 juillet. Le document mérite qu'on s'y attarde tant il en apprend sur le
fonctionnement et l'importance du réseau mis en place par le DSA. Il débute par
cette phrase "Comme je l'ai indiqué dans mes rapports d'hier, le mémoire a
été transmis au président" Le président ? Il s'agit de François Mitterrand.
Par l'intermédiaire de F10, les scientologues ont fait parvenir un mémoire au
chef de l'Etat. Que contient-il ? Nous en ignorons la lettre. La teneur en
revanche nous est connue. Point de départ de la démonstration, la personnalité
du juge Fenech.
-
- Le magistrat est en effet un des responsables de l'Association
professionnelle des magistrats (APM), une organisation très à droite, qui
regroupe près de 15 % des juges et procureurs. Violemment opposée à la politique
du gouvernement et à la personne du président de la République - qui elle
reproche notamment d'avoir gracié Roger Knobelspiess et Anis Naccache -, l'APM
s'est fait remarquer par ses déclarations incendiaires lors des différentes
"affaires" qui ont émaillé le mandat de François Mitterrand. Attitude qui lui
vaut depuis 1981 de voir la promotion de certains de ses adhérents quelque peu
retardée. Et son assemblée quelque peu boudée par les différents gardes des
Sceaux socialistes ...
-
- Autant dire que, pour les scientologues, l'engagement syndical du juge
Georges Fenech est pain bénit... Ils sont victimes d'un magistrat liberticide
qui a décidé de construire sa carrière sur le dossier de l'Église de
Scientologie, voilà tout. Il n y a pas d autre explication à son acharnement. La
conclusion s'impose d'elle-même. Le pouvoir socialiste " défenseur des libertés
" peut-il décemment laisser ce magistrat " réactionnaire "- en fait, il est
proche de Raymond Barre - continuer son entreprise ? Bien évidemment non.
-
- Fenech est donc l'homme à abattre, juridiquement s'entend. Cependant, lui
retirer le dossier de l'Église de Scientologie provoquerait un émoi certain, non
seulement au sein de l'APM, mais encore parmi les organisations antisèches. Sans
compter que, au ministère de la Justice, où on a décidé d'accompagner
l'offensive des juges, on comprendrait mal pareille décision. Il faut donc
procéder autrement. Par la bande. En coulisses. Pour transmettre ses
instructions aux parquets, le ministère de la Justice passe par la Direction des
affaires criminelles. C'est donc à ce niveau qu'il faut intervenir.
L'interlocuteur élyséen de F10 va s'en charger. Il donnera à la Direction des
affaires criminelles d'autres consignes. Des consignes de modération. Discrètes
mais efficaces, puisque les magistrats de la chambre d'accusation de la cour
d'appel de Lyon et le procureur François Coste les ont suivies à la lettre.
-
- La manÅ“uvre va prendre près de deux semaines pour se mettre en place. Deux
semaines au cours desquelles F10 va rencontrer plusieurs membres du cabinet du
président de la République. Entretiens dont la scrupuleuse Edith rend compte
dans ses télex à OSA International.
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- Rapport du 10 juillet 1990: "Une lettre personnelle a été reçue par le
terminal. Il aura une réponse demain matin à 10 heures de l'assistant direct de
M... F10 a rendez-vous avec l'assistant à 10 heures pour examiner les
instructions que cette dernière aura reçues d'ici là et leur mise en oeuvre. Il
est très confiant sur le déroulement de cette opération. Il vient se faire
débriefer demain au déjeuner pour voir où nous en sommes."
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- Le terminal, c'est F10. M... désigne François Mitterrand. L'"assistant
direct" attend des instructions. Mais avant de se prononcer, le président de la
République veut en savoir davantage sur cette affaire. Un complément
d'information va être demandé au chargé de mission élyséen pour les questions de
justice: Paule Dayan. Un conseiller en qui François Mitterrand a toute
confiance: Paule Dayan est en effet la fille de Georges Dayan, qui fut
certainement son plus proche ami.
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- C'est avec elle que F10 va désormais traiter. La décision finale restant
bien sûr du seul ressort du président. Le 20 juillet 1990, F10 touche enfin au
but. "F10 est de retour et s'est entretenu avec Dayan, le conseiller privé de
Mitterrand pour la justice, écrit Edith dans son rapport à OSA International. Le message est
: "Ça va être O.K,
le feu vert a été donné." Il n'a pas voulu en dire plus par téléphone. Je le
vois demain à 10 h 30 pour le préparer complètement. Il veut être encore préparé
étant donné qu'il a rendez-vous lundi matin à l'Élysée...". Cette fois c'est
gagné. F10 a convaincu Paule Dayan et le président de la République de corriger
les élans de la justice. Cinq jours plus tard, la chambre d'accusation de la
cour d'appel de Lyon remet en liberté Danièle Gounord, Jean-Paul Chapellet et
Jean-Jacques Mazier...
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- Avant de poursuivre, ajoutons une remarque à propos de F10. Le voile qui
plane sur son identité peut être aisément levé. Il suffit en effet aux services
de l'Élysée de rechercher sur la main courante du poste de garde du palais
présidentiel le nom du visiteur qui s'est présenté le 11 juillet 1990 à 10
heures (puisque, selon les rapports d'OSA France,
c'est ce jour-là, à cette heure précise, que F10 a rencontré l'"assistant
direct", de François Mitterrand), puis est revenu le lundi 23 juillet dans la
matinée (date à laquelle, selon Edith, F10 devait se rendre à l'Élysée). Ils ne
sont certainement pas nombreux à être dans ce cas. Si besoin, un recoupement
avec l'agenda de Paule Dayan permettrait d'éliminer tout risque de confusion...
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Il y a aussi des taupes à l'Intérieur et à la
Défense
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En juin 90, la Direction de la surveillance du territoire
informe discrètement Pierre Joxe des connexions entre Dialogic, une société qui vient de procéder
deux mois plus tôt à un système d'audit pour le Raid (l'unité anti-terroriste de
la police nationale) et l'Eglise de Scientologie.
Les contacts avec Dialogic
dont aussitôt coupés. Le 20 juillet de la même année, la mystérieuse Edith envoie toutefois un rapport à OSA International. "Michel Raoust (Directeur
Général de Dialogic) est venu se faire débriefer. Il nous a dit que le dossier
Dialogic-Raid a été volé au siège de la société quelques jours avant la parution
des articles de presse. Une plainte a été déposée
..."
Difficile de croire
après cela que certaines informations confidentielles auxquelles ont eu accès
les ingénieurs de Dialogic n'ont pas fini entre les mains des scientologues.
L'Eglise a également infiltré pendant près de dix ans la Défense nationale.
Leur cheval de Troie? Une société de sous-traitance informatique, Infi, qui a travaillé pour la fine fleur de
l'industrie d'armement: Euromissile, Matra, Elec- tronique Serge Dassault,
Thomson, Sagem.
Infi a ainsi participé à la réalisation de projets "sensibles"
tels que le système de navigation du Super Etendard, le moteur de l'avoin de
chasse Rafale, les communications d'un sous-marin nucléaire, le guidage de
missiles, la protection de certains sites nucléaires ou les installations de
sécurité de la Banque de France (projet
Bastille).
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