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Témoignages d'Alain Stoffen

«Derrière leur façade clinquante, il y a un empire de haine» Alain Stoffen

Éthique de scientologie: un adepte contraint de divorcer (L'Express - 14 février 2002)

"Le but de la scientologie est de piéger les gens" (metrofrance.com --24 mai 2009)

Alain Stoffen: "La Scientologie a été un véritable viol" (lyoncapitale.fr - 16 juin 2009)

Alain Stoffen, scientophobe (liberation.fr - 17 juin 2009)

Audio: Interview d'Alain Stoffen à la radio canadienne (Radio canada 98.5 - 20 juin 2009)

 
Témoignage d'Alain Stoffen
 
Éthique de scientologie: un adepte contraint de divorcer
 
L'Express, par Faubert Serge, 14 février 2002
[Texte intégral]
Au tribunal de la Scientologie
 
Membre de l' «Eglise» fondée par Ron Hubbard, Alain Stoffen a été contraint de divorcer «à l'amiable» par les dignitaires de la secte. Il a aussi découvert un document prouvant de quelle manière il avait été manipulé
 
«Ce qui suit est un programme pour manier Alain Stoffen. […] Faites venir Alain dans un bureau pour l'interviewer. Faites attention à vous asseoir près de la porte pour le cas où il voudrait partir. Vous pourrez ainsi le stopper et manier ses désaccords. Ceci est très important, car il y a beaucoup de chances que cela se passe ainsi …»
 
Le document date de juillet 1997. Il émane du quartier général européen de l'Eglise de scientologie, à Copenhague. Lorsqu'il en a pris connaissance, voilà quelques mois, Alain Stoffen a sursauté. Après quinze années passées dans la secte, ce musicien classique réputé, de nationalité belge, croyait tout connaître de son organisation. Mais jamais il n'aurait imaginé que les pressions et les manÅ“uvres d'intimidation dont il a été victime aient pu être si méthodiquement planifiées. «Je me souviens parfaitement de la réunion en question, raconte-t-il. Ils m'ont convoqué dans les sous-sol du Celebrity Center - le centre culturel de la secte, rue Legendre, à Paris. Ils étaient quatre. Certains jouaient les méchants, d'autres les gentils. Ils n'ont pas relâché la pression. J'ai fini par céder.» Ce témoignage n'est pas unique dans l'histoire de l'Eglise de scientologie, installée en France depuis 1959. Mais, pour la première fois, un disciple repenti peut fournir la preuve écrite qu'il y a une instance disciplinaire particulièrement inquisitoriale au sein de la secte.
 
«Maniement» et excommunication
 
Dans les sous-sols du Celebrity Center, Alain Stoffen s'engage à verser 113'000 francs pour régler des séances d'audition - cette psychothérapie rudimentaire à laquelle se livrent les scientologues - qu'il se refusait jusque-là à payer. «Ces séances m'avaient plongé dans un état de confusion croissant. J'ai mis énormément de temps à m'en remettre. Plus tard, les scientologues m'ont expliqué que l'auditeur - le thérapeute scientologue - avait commis des erreurs. Mais ils ont quand même continué à me présenter la facture.»
 
Pour le faire plier, les scientologues du Celebrity Center lui ont mis un étrange marché en main. «Ou bien je payais, ou bien j'étais déclaré Potential source of trouble» - PTS, dans le jargon scientologue. Autrement dit, excommunié. Une sanction particulièrement redoutée des adeptes. Il est en effet interdit à tout membre de la secte de côtoyer un PTS et encore plus de lui adresser la parole.
Le programme de «maniement» ne s'arrête pas là.
 
Les responsables de Copenhague envisagent alors tous les cas de figure. Y compris un éventuel revirement du musicien, une fois sa liberté de mouvement retrouvée. Après tout, ce mécontent serait bien capable de porter l'affaire devant la justice. Il faut donc qu'il renonce à tout recours devant les tribunaux. La consigne figure explicitement dans la circulaire adressée aux exécutants du Celebrity Center: «Dans tous les cas, vous devez lui faire signer une renonciation, ceci pour des raisons de sécurité. C'est très important.» Installé à Paris, Alain Stoffen se souvient avec amertume : «Ils sont parvenus à leurs fins. J'étais épuisé. Au bord des larmes. J'ai signé tous les documents qu'ils m'ont présentés. Alors, seulement, ils m'ont laissé partir.»
 
Ce descriptif édifiant de la manipulation, Alain Stoffen l'a retrouvé dans son «dossier d'éthique». C'est ainsi que la hiérarchie scientologue désigne les notes, rapports et circulaires qu'elle rédige sur chacun des adeptes. Des informations confidentielles qui ne doivent jamais être communiquées aux intéressés. Mais les bureaucraties ont toujours des failles. Il y a six mois, à la suite d'une erreur, Stoffen s'est retrouvé en possession de son dossier pendant quelques heures. Il n'a pas été long à dénicher une photocopieuse. Ecoeuré, révolté, le musicien décide de quitter l'Eglise de scientologie. Les cadres de la secte ne se sont pas contentés de l'intimider pour vider sa bourse. Ils ont aussi violé l'intimité de sa vie conjugale. «En consultant mon dossier d'éthique, j'ai découvert qu'ils savaient tout sur moi et sur mon épouse.»
 
Alain Stoffen a rencontré sa femme, Cathy, dans la Scientologie. Ils ont eu un enfant. Mais le couple a fini par se déliter. En 1999, Cathy, adepte convaincue, décide de divorcer de ce mari qui est au ban de l'organisation. Direction le tribunal? Non. Au sein de l'Eglise, on s'adresse d'abord à la juridiction interne, le «chaplain». Un scientologue qui fait office à la fois de juge de paix et de procureur. Cathy Stoffen lui adresse rapport sur rapport. Alain entraverait sa progression spirituelle. Elle réclame un «maniement» de son mari par la secte.
 
Le couple se déchire à propos de la garde de l'enfant. L'hypothèse d'un divorce par consentement mutuel s'éloigne à grands pas. Le chaplain s'alarme. Il redoute par-dessus tout qu'un tribunal civil ne vienne arbitrer une séparation entre deux paroissiens de son Eglise. Pas question de laver le linge sale en public.
 
Le musicien et son épouse sont alors placés sous étroite surveillance. Chaque responsable scientologue y va de sa note ou de son rapport. Alain Stoffen a retrouvé quelques-uns de ces écrits dans son «dossier d'éthique».
Une prose qui a parfois des relents de délation
 
«J'ai fait en sorte qu'ils se séparent physiquement, écrit ainsi un certain Kamel Abdous, officier en chef de l'éthique. Je suis arrivé à un accord que Cathy quittait la maison et qu'elle aille vivre ailleurs avec l'enfant. [...] Je dois les revoir pour aboutir à une suite et continuer de manier le couple et les individus un par un.»
 
«Alain va chercher son fils à la crèche vers 15 heures sans prévenir sa femme [...], signale dans une autre note une des responsables du Celebrity Center, Nicole Guéroux. Cela a mis de l'huile sur le feu et dénote une non-envie que les choses se fassent de façon civilisée en utilisant la technologie de Ron [Hubbard, le fondateur de la Scientologie].»
 
«Alain s'est engagé à vendre la Rover le plus vite possible et à récupérer la 205, indique un troisième larron à la signature illisible. […] Il ne l'a pas fait. Cela devient une affaire d'éthique.»
Morale et parodie de procédure
 
En octobre 2000, Alain Stoffen est à nouveau convoqué dans les sous-sols du Celebrity Center. Cette fois, il comparaît devant un tribunal: la cour de chaplain. Un président, André Djemad, et un jury de trois membres. Mais pas de défenseur et encore moins d'acte d'accusation. «Pendant une heure, ils m'ont fait la morale, raconte le musicien. Je mettais la Scientologie en péril, je représentais un danger pour ma femme et pour mon fils … Et puis ils se sont retirés.»
 
Deux mois plus tard, le 6 décembre, la cour rend son jugement. Il enjoint aux époux Stoffen d'opter pour un divorce par consentement mutuel. L'aspect financier de la séparation est réglé dans ses moindres détails. Les époux devront communiquer le jugement à leurs avocats respectifs afin qu'ils en reprennent les dispositions dans leurs écritures.
 
Alain Stoffen a refusé de se soumettre à cette parodie de procédure. Il attend que la justice de la République prononce son divorce. Quant aux 120 feuillets de son dossier d'éthique, il les a remis à son avocat, Olivier Morice. Celui-ci vient de déposer plainte pour «escroquerie en bande organisée, extorsion en bande organisée, chantage, exercice illégal de la médecine, exercice illégal de la pharmacie» contre les échelons français, européen et mondial de la secte.
 
Contacté, le responsable parisien de l'Eglise de scientologie n'a pas souhaité s'exprimer sur cette affaire qu'il déclare ne pas connaître.
 
Index des témoignages
 

"Le but de la scientologie est de piéger les gens"

http://www.metrofrance.com/infos... -24 mai 2009
[Texte intégral]

Pianiste de formation, Alain Stoffen a vécu pendant quinze ans sous l’emprise de la scientologie. Dans Voyage au cÅ“ur de la scientologie (Ed. Privé), il raconte sa descente aux enfers.

Comment êtes-vous devenu membre de la scientologie ?

Pianiste de formation classique, j’aspirais à des choses nouvelles. J’étais fan du pianiste Chick Corea, sciento­ logue reconnu. Comme beaucoup, j’ai été séduit par des promesses offertes par cette secte. J’ai commencé par prendre des cours de communication, puis j’ai acheté des livres… Pendant 15 ans, j’étais intimement persuadé que je devenais de plus en plus authentique, que la scientologie détenait toutes les solutions à mes problèmes, alors que c’était tout l’inverse. Je me suis laissé enrôler, sans m’en rendre compte, par une mise en scène trompeuse.

Quel est le profil des scientologues ?

Il y a une vision très caricaturale de la scientologie. Il n’y a aucun délire mystique ou ésotérique, il n’y a pas de gourou illuminé et tout le folklore qui va avec. Les adeptes sont en costumes cravate ou en tailleur Chanel. Ils sont dans une dynamique très positive avec plein de projets… Ils installent une confiance avec ceux qu’ils veulent attirer, ils trouvent leurs failles, proposent le test de personnalité, et donnent des résultats catastrophiques pour leur proposer des solutions. Le but est de piéger les gens, et ça marche…

Vous avez réussi à vous procurer votre dossier d’éthique. Quelles ont été les révélations ?

Ça a été un électrochoc. Quinze ans de ma vie se sont écroulés. Ce document confidentiel de 120 pages, compre­ nant les notes, les rapports et les circulaires rédigés par la scientologie sur ma personne, m’a fait comprendre l'ampleur du désastre, l’énormité des menson­ges. Là, j’ai décidé de partir. J’ai porté plainte en 2002 contre cette secte pour “escroquerie et extor­sion en bande organisée, chantage, exercice illégal de la méde­cine, exercice illégal de la pharmacie”.

Une plainte et un livre contre la scientologie. Ne redoutez-vous pas des représailles ?

J’ai été menacé à plusieurs reprises, mais il ne m’est rien arrivé. La médiatisation me protège.

 

Alain Stoffen: "La Scientologie a été un véritable viol"

http://www.lyoncapitale.fr/index.php?article=8089 - 16 juin 2009
[Texte intégral]

Témoignage. Alain Stoffen a passé quinze ans dans l'Eglise de Scientologie. Brisé moralement, physiquement, financièrement, rejeté par son épouse - elle aussi scientologue -, l'ancien adepte raconte cet “empire où la haine est la seule science”.

Lyon Capitale: Comment ressort-on de quinze ans de scientologie ?

Alain Stoffen: J'ai eu entre les mains mon “dossier d'éthique”, un document ultra confidentiel où tout ce qui me concernait était soigneusement noté. Tout. Ça a été un véritable électrochoc, une collision frontale avec la réalité. J'ai alors pris conscience que j'avais construit quinze ans de ma vie d'adulte sur des mensonges, que j'avais subi un véritable viol. J'ai alors tout rejeté en bloc mais je n'étais plus que le résultat d'un conditionnement que j'avais suivi pendant quinze ans. Ce qui a été cauchemardesque, c'est que je ne savais plus ce qui m'appartenait, qui j'étais, où était le bon sens.

Quand j'ai compris à quel point j'avais été dupé, j'ai eu un sentiment de honte et de culpabilité écrasant. Je n'étais plus Alain Stoffen, mais un scientologue, une sorte de clone à la Hubbard. Ça me faisait vomir. Pour me reconstruire, il fallait que j'assume cela, que je décortique ce mécanisme de manipulation. Mais pour comprendre, il faut analyser et le propre même de la scientologie vise à annihiler tout sens critique.

Qu'y-avait-il dans ce document “ultra confidentiel” ?

Tous les scientologues connaissent l'existence de ces dossiers-là. Personne ne l'a jamais eu entre les mains. Sur les 500 pages de mon “dossier d'éthique”, il y avait plus de 120 pages ultra secrètes dont je n'aurais jamais dû avoir connaissance. Par exemple, une des pièces maîtresses est un télex de 17 points qui émane des plus hautes instances mondiales de la scientologie. Ils ordonnaient une séquestration pour me “manier” et me soutirer de l'argent, un truc méthodiquement planifié à haut niveau, hallucinant !

Il y avait aussi des rapports de délation : j'ai été fliqué pendant des années. Les moindres faits et gestes de ma vie privée étaient consignés dans ce dossier.

Question que tout le monde se pose : comment tombe-t-on dans les mailles du filet, d'autant que vous écrivez qu“on n'entre jamais en scientologie de sa propre initiative, jamais en connaissance de cause” ?

On a une vision des sectes assez caricaturale. La plupart du temps, il y a des délires mystiques, ésotériques avec tout un folklore. A la Scientologie, on n'est pas du tout dans ce trip-là. Quand je suis rentré dedans, j'avais 24 ans, j'étais jeune et un peu idéaliste. La sciento est axée sur le développement personnel. Le profil type des gens que j'ai rencontrés sont plein de projets, ambitieux. Au lieu d'être spectateurs, ils veulent être acteurs de leur propre vie. La sciento va vous présenter ses services sous l'angle de vos propres envies.

Les premiers cours que l'on reçoit sont extrêmement efficaces : comme il n'y a aucun engagement, que l'encadrement est très aguerri, qu'il n'y a pas de “délire mystique”, on a l'impression d'être dans un truc vraiment très pro. D'autant que si on place ces cours en dehors de la sciento, ils peuvent être très formateurs. Le problème, c'est qu'ils s'inscrivent dans une stratégie qui vise à piéger les gens. Au final, les  mises en scène ne sont qu'illusion et les discours mensongers.

Quels sont les vecteurs d'endoctrinement ? Comment devient-on prisonnier du système ?

Après cette phase de mise en confiance, il y a une phase de déstabilisation. La scientologie crée la détresse de toutes pièces avec le fameux test de personnalité, une série de 200 questions qui donne un résultat toujours négatif. On va alors vous vendre “l'état de Clair” qui vise à débarrasser l'individu de toutes les choses indésirables en lui, ses craintes, ses phobies, son manque de confiance en soi. Je prends une image : Germaine habite au fin fond de la Creuse dans une maison qui a une petite fissure dans un mur. Elle appelle un maçon, un filou, qui sait qu'il y a beaucoup d'argent sous le matelas. Il va faire croire que sous la fissure se cache un problème beaucoup plus grave dans la structure et qui risque de faire tomber la maison. Il lui propose de tout démolir.

En Scientologie, c'est pareil: on met l'adepte dans un état d'urgence pour qu'il aille au plus vite vers cet “état de Clair”, sous peine d'être en grand danger. On vous soumet à des pratiques prétendument scientifiques qui s'avèrent être de purs délires de science-fiction mélangés à quelques principes rudimentaires de psychologie. C'est une véritable torture mentale. La personne ira de moins en moins bien. Tous les principes qui entourent ces théories sont extrêmement culpabilisants.

Vous parliez de cours de “gestion de l'argent”. C'est plutôt étonnant, les adeptes de la Scientologie étant criblés de dettes, comme vous l'écrivez dans votre livre. Combien avez-vous dépensé ?

Environ 45'000 euros. C'est une somme non négligeable mais dérisoire par rapport à ce qu'on dépense pour aller au plus haut niveau d'endoctrinement. Comptez plutôt 300'000 euros. Une fois que vous êtes dans un état de dépendance, vous êtes dans le même cas que si vous aviez un cancer: si on vous dit qu'un médecin du bout du monde peut le guérir, vous vous débrouillez pour trouver l'argent. C'est une question de vie ou de mort.

Dès qu'on commence à douter ou avoir un peu d'esprit critique, on a l'impression d'être son propre ennemi, qu'on est possédé. Du coup, on court tout de suite se dénoncer pour se remettre dans le droit chemin. De l'extérieur, on est soumis à une discipline extrêmement coercitive, mais de l'intérieur, on a l'impression que c'est pour notre bien.

Vous avez porté plainte contre l'Église de Scientologie. Ne craignez-vous pas une réaction de leur part ?

Depuis que j'ai quitté la Sciento, je me suis pris un nombre de plaintes incalculables pour vol de documents, pour tentative de chantage, des choses privées dans le cadre de mon divorce avec ma femme, toujours scientologue. J'ai passé six ans devant les tribunaux. On n'est plus au far-west, donc avec le temps les scientologues sont devenus extrêmement procéduriers. Ils ont des budgets illimités. Le but n'est pas de gagner mais de saigner les gens financièrement. On les accable de procès, même si ce sont des dossiers montés de toutes pièces avec des choses diffamatoires. Mais je n'ai plus peur.

Auteur : Guillaume Lamy

 

Index des témoignages

 

Alain Stoffen, scientophobe

portrait par Ondine Millot

http://www.liberation.fr - 17 juin 2009
[Texte intégral]

Ce professeur de piano belge de 48 ans fut un adepte de l’Eglise de scientologie, avant de dénoncer les méthodes de la secte, dont le procès en France s’achève aujourd’hui.

Voilà bientôt un mois que, assis sur les bancs du tribunal correctionnel de Paris, on frémit au récit des méthodes de la scientologie. Dizaines de milliers d’euros escroqués, intimidations, humiliations, épuisement psychologique et physique à coups d’interrogatoires policiers, d’heures de sauna, de vitamines en surdose… Mais qui peut bien se laisser faire ça ? Las, ce procès pour «escroquerie» contre la secte se termine aujourd’hui, et si les éléments tirés de l’enquête semblent solides et étayés, les parties civiles, elles, sont restées désincarnées. Désistées, absentes ou en larmes. Détruites. Y a-t-il quelque part un ex-scientologue en état de témoigner ?

C’est toujours le même qui s’y colle, Alain Stoffen, 48 ans, professeur de piano et compositeur, évadé de la scientologie depuis 2001. Lui n’est pas directement concerné par l’actuel procès. Il attend toujours le sien, à l’instruction depuis 2002. Entre-temps, il a écumé les plateaux télé, écrit un livre (2) et reste, à une ou deux autres exceptions près, le seul ex-adepte à s’exprimer à visage non masqué.

Certes, il dit trop de fois qu’il n’a «pas peur» pour que cela ne ressemble pas à un mantra. Et nous fait tant jurer qu’on fera «attention» en écrivant qu’on se retrouve pétrifié face à l’écran. Prudent, pudique. Mais bavard, c’est notre chance. Ce même besoin de communiquer, ce «désir d’être reconnu» qui l’a poussé, il y a vingt-cinq ans, dans les bras de «l’organisation».

Il dépeint naïvement ses «rêves de jeune homme». Un «garçon sage», grandi dans une banlieue belge «à l’horizon étroit». Père comptable, mère au foyer, quatre sÅ“urs au milieu desquelles, seul garçon, il s’efface et se confond. Isolé dans la cour de récré, enfant de chÅ“ur à la messe, la seule distraction familiale. Le père travaille pour une compagnie aérienne et bénéficie de billets gratuits. Pourtant, la famille n’a jamais pris l’avion. «Je les regardais atterrir, puis repartir. J’avais envie de décoller.»

A 22 ans, diplôme d’instituteur en poche, il ne se sent pas prêt pour la «vie d’adulte». Se croit contraint par le modèle parental à une morne existence: «sécurité matérielle»,«bonne retraite», renoncement à toute «fantaisie». Alors que, féru de piano, il se sait «artiste». La scientologie est un caméléon. Programmes de désintoxication pour les toxicomanes, de réinsertion pour les sortants de prison, de développement personnel pour ceux qui, comme Alain, sentent en eux vibrer une fibre inexploitée. L’organisation se présente à lui sous les traits d’une de ses vitrines, une académie de musique parisienne baptisée l’Ecole du rythme. Là, il pourra vivre de son art. «Sans hésitation», il démissionne de son poste d’éducateur en Belgique.

Assis dans le salon de son appartement de banlieue, Alain Stoffen a le charme caricatural et touchant de l’éternel romantique. Chemise blanche brodée, yeux pâles, mèche ondulée. Voix de miel, envolées lyriques sur les arbres et la musique. Posée à côté du piano, la partition de la BO de Titanic. On lui demande si la scientologie a profité de ses faiblesses, il se fâche. «Je ne vois pas pourquoi on dit que les gens qui adhèrent à la scientologie sont des faibles ! Moi, j’étais dans une démarche saine. Ce sont eux qui sont malsains.»

Il y a des mots auxquels il n’a pas pu résister. Les scientologues lui ont dit qu’il était «quelqu’un d’important». «Les artistes comme toi», ont-ils répété, jouent un rôle essentiel dans la société conçue par Ron Hubbard, le gourou fondateur. Un endroit leur est dédié, le Celebrity Centre, rue Legendre à Paris. Alain y est attendu. Il s’y inscrit à des «cours de communication». Une heure face à un adepte pour apprendre à «soutenir le regard de l’autre». «Ça m’a permis de surmonter ma timidité, un gain inestimable.» Avec ses nouveaux amis, qui l’accueillent au sein du «groupe», il a l’impression, enfin, «de ne plus être insignifiant».

Cette «lune de miel» ne dure pas. La scientologie est un parcours de montagnes russes: la succession «d’espoirs et de détresses» permet cette «aliénation» que Stoffen décrit avec précision. Il raconte d’interminables séances d’«électromètre». Un boîtier électrique dans chaque main, face à un instructeur, l’apprenti scientologue est bombardé de questions destinées à «faire rejaillir les traumatismes du passé». Sur le cadran de la machine, une aiguille doit refléter son «état mental». Souvent mauvais, d’où la facturation de nouvelles séances. Alain Stoffen lâchera 45'000 euros pour tenter de parvenir à «l’état de Clair», cet «épanouissement de la personnalité» qu’on lui fait miroiter. Lorsqu’un gros bras de l’organisation le menace parce qu’il n’a pas de quoi payer, lorsqu’il pense avoir épuisé tous les établissements de crédit de Paris, la même terreur infantile le terrasse : «la peur que le groupe me rejette». Suivent alors les cajoleries : la scientologie lui organise des concerts, on l’applaudit. Puis, à nouveau, des sommes colossales sont réclamées.

C’est l’amour qui va à la fois le perdre et le sauver. Une passion concurrente déclenchée par une «jolie blonde» scientologue, appelée Camille dans le livre. Leur histoire finira dans de sordides batailles judiciaires pour la garde de leur fils. Mais ouvrira les yeux au pianiste. Lui qui, jusque-là, a avalé vitamines, saunas, spoliations et vexations sans broncher ne supporte pas, soudain, que les scientologues se mêlent de son couple. Divorce, tours de garde, biens à vendre ou à partager : ils veulent tout gérer. Camille, toujours scientologue aujourd’hui, obéit. Stoffen se rebelle.

Lors d’une dernière tentative d’apaisement, on lui confie son «dossier d’éthique». Il n’a pas le droit de l’ouvrir mais doit l’emmener avec lui à Copenhague, dans un «centre européen» chargé de le «réparer». Dix centimètres d'épaisseur, des centaines de rapports le concernant. Il craque, arrache l’emballage et lit… jusqu’à en vomir. Des programmes expliquant point par point comment lui soutirer de l’argent. Des comptes rendus détaillant les moindres de ses faits et gestes.

«Toutes les pressions, toutes les humiliations ont été méthodiquement planifiées.
J’ai été la cible d’abus institutionnalisés.»

Ce «dossier d’éthique» est la pièce maîtresse de sa plainte pour «chantage, escroquerie et extorsion en bande organisée». Il espère la voir bientôt aboutir. En attendant, il a repris son activité de prof de piano. «Il y a encore chez lui un syndrome de Stockholm, dit son avocat, Olivier Morice. Il a dû se battre pour arriver à dire publiquement du mal de la scientologie.» Cette médiatisation, Alain Stoffen s’en sert comme d’un bouclier. Pour se protéger. Pour assumer.

«Le processus pour se reconstruire est plus long et plus difficile que le processus d’endoctrinement.» Honte, culpabilité, dépression. «Au début, je ne pouvais pas avouer que je m’étais fait avoir pendant quinze ans.» Aujourd'hui, il le dit. En souriant tristement. Et en soutenant le regard de l’autre.

 

4 novembre 1960: Naissance à Etterbeek (Belgique).
Octobre 1985: Premier «cours» de scientologie.
1994: Rencontre sa femme scientologue
1998: Naissance de leur fils.
1999: Le couple se sépare.
2001: Découvre son «dossier d’éthique» et la façon dont il a été manipulé.
2002: Porte plainte contre la secte.
Septembre 2006: Le juge d’instruction rend un non-lieu.
Mai 2007: La cour d’appel infirme le non-lieu. L’instruction reprend.

 

(1) Voyage au cÅ“ur de la scientologie, éditions Privé, 2009.

 
Interview d'Alain Stoffen à la radio canadienne
 
(interview en français)
 

Source: http://www.985fm.ca/cradio (Radio canada 98.5 - 20 juin 2009)

 

Bibliographie

A deux semaines de la comparution en justice de la Scientologie pour "escroquerie en bande organisée", Alain Stoffen, ex adepte, raconte son expérience au sein de la secte dans son livre "Voyage au coeur de la Scientologie" (Editions Privé - mai 2009)

Voyage au coeur de la scientologie d'Alain Stoffen (Editions Privé - mai 2009)

 

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Un must: "Ron Hubbard, le gourou démasqué"

Ce livre de Russell Miller révèle la face cachée de la scientologie. On y découvre un Ron Hubbard, malade, mythomane et poursuivi par la justice. Il est disponible en format pdf ou html sur notre site. Nous avons également publié une version résumée.

 

Témoignage de
Jean-Luc Barbier
LE GRAVIS
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CH - 2900 Porrentruy 2
 
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