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L’homme-cliché
Essai de Roland Huckel
- Première partie
- A partir des techniques de détection de clichés
- vers le piège central
-
-
- Chapitre 7
Surprotection et répression
* L’histoire de l’ex RDA présente une
excellente illustration de la surprotection et de la sur répression, justifiées
par les «êtres fictifs» des responsables ! Rien que la fière dénomination de
«République Démocra- tique d’Allemagne» était une évidente supercherie, vraiment
une «nature artificielle», un cliché trompeur !
L’Allemand de l’Est ne pouvait pas
refuser d’adhérer au Parti Communiste : il aurait mis sa vie en jeu. Beaucoup
d’Allemands ont pu fuir vers l‘Ouest ! Le citoyen de la République Démocratique
d’Allemagne était donc «surprotégé», surtout par la peur de la police et de
l’armée, au service de l’idéologie du gouvernement !
* Je me souviens de la grande
admiration de tous les européens pour les exploits de la RDA dans tous
les domaines après la guerre : les statistiques officielles faisaient
rêver; beaucoup de mes amis se demandaient si le communisme allemand n’étaient
pas la formule miracle à imiter et ils se mettaient à douter de notre démocratie
française !
* Aujourd’hui on se demande comment
nous avons pu tomber collectivement dans le panneau de la propagande RDA ! Les
révélations des victimes du régime montrent qu’elles étaient manipulées, souvent
sacrifiées à la gloire internationale du système. Encore aujourd’hui, plus de
vingt ans après les événements, d’anciens sportifs souffrent et n’arrivent plus
à retrouver la santé. Pourquoi ? Ecoutez l’ex volleyeuse, Katarina Bullin, qui
avait aidé à remporter la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Moscou.en
1980. (Arte lui a consacré une émission le 6 Juillet 2006). Elle est
physiquement cassée. Elle dénonce les pratiques dangereuses, obligatoires : elle
a été dopée à son insu, elle a dû absorber régulièrement des cachets bleus comme
ses compagnes sportives. L’effet toxique de ce produit n’a pas pu échapper aux
organisateurs mais la « gloire de la RDA » valait bien des sacrifices ! Voilà,
non une répression ordinaire, prévue par les règlements de la police et de la
justice, mais une sur répression victimaire, secrète, organisée par de petits
comités gouvernementaux.
* Voilà un échantillon de ce qu’on
peut appeler une « mégamanipulation », dont les organisateurs sont inconnus de
leurs victimes et vivent par la suite en
parfaite impunité.
Il me semble donc important de
distinguer
- la «pression» éducative (en famille,
à l’école, dans l’administration…par menace et punition …)
- de la répression (surveillance
policière, délation, prison)
- et de la sur
répression (mégamanipulation,
persécution et
élimination des minorités, parfois de façon «industrielle» dans les camps
d’extermination, tortures meurtrières des prisonniers comme au
Goulag, génocide …)
La guerre, «infanticide différé»
?
* Les guerres mondiales, la première
et la deuxième, présentent tous les signes de la surprotection sur
répressive.
«La guerre, c’est l’esclavage !» a
déclaré le philosophe Alain après avoir été blessé gravement à un pied lors d’un
combat d’artillerie en 1914. Volontaire dans l’armée, il avait été tellement
scandalisé par l’expérience militaire qu’il avait finalement refusé d’autres
grades que celui de brigadier ! Il compara l’attitude des officiers à celle des
marchands d’esclaves : mépris et irrespect pour les hommes de troupe, souvent
traités comme des bêtes … Pour lui l’armée est «une énorme machine à tenir les
hommes dans l’obéissance» (Voir «Mars ou la guerre
jugée»59) Mon expérience de la guerre me fait approuver cette thèse
d’Alain. Les officiers savent qu’ils n’ont pas le droit de douter de leur
mission de peur de diminuer l’ardeur au combat des soldats ! En doutant, ils
risquent aussi
de devenir
objecteurs de conscience et de refuser le combat : car tuer un ennemi, être
violent, c’est, dit Alain, «l’effet inévitable d’une pensée sans
doute».
* Ne donner la parole qu’à un
pacifiste pour comprendre la guerre serait réducteur. Nous avons à tenir compte
des travaux de Gaston Bouthoul, qui, associé à Louise Weiss, a fondé les études
de polémologie après la dernière guerre mondiale. J’ai retenu par cœur la pensée
principale de G. Bouthoul : «Il est plus facile pour un peuple de mourir que de
réfléchir» (ce qui est aussi le résultat des fausses informations que nous
donnent les idées reçues et les clichés en usage…).Le but des études de Gaston
Bouthoul : prévenir les conflits en répertoriant les facteurs polémogènes et les
techniques de médiation. Il découvre un aspect surprenant de la guerre, ce qu’il
appelle «L’infanticide différé»60. C’est une hypothèse à examiner : l’excès démographique des jeunes
dans une population pousserait celle-ci à
choisir
les solutions
violentes dans la solution de leurs problèmes, sociaux ou politiques
…
* Actuellement, François Huyghe
essaie de renouveler l’intérêt du public pour l’étude des guerres en
observant la
«violence des images» qui peuvent devenir «criminogènes» (on pense aux réactions
aux caricatures danoises sur le prophète Mahomet). L’Université Marc Bloch de
Strasbourg a organisé un colloque début juin 2006 sur les derniers
développements de la polémologie.
* Mon vécu est assez significatif :
Hitler n’a respecté aucune règle du droit international ni des droits de l'homme
en nous incorporant de force, nous les Malgré Nous. Mais notre sort a été doux à
côté de celui des Juifs, des nomades, des homosexuels et des handicapés
.….
Le plus grand danger de la surprotection : nous
mettre en esclavage
* La mise en esclavage, voilà la
tentation, orgueilleuse et sur répressive, des puissants de ce monde : les
égyptiens, les grecs et les romains doivent la gloire de leurs réalisations
merveilleuses, aux armées d’esclaves que leur rapportaient leurs guerres … Les
seigneurs des déserts africains se livraient à des razzias dans les pays voisins
et en
ramenaient des esclaves noirs.
* En France même, nous avons des
témoignages accablants sur les manières de traiter nos esclaves noirs des
Antilles, de la Louisiane et de Guyane. En 1685, le Roi Louis XIV, inspiré par
Colbert et les Jésuites, a rédigé le fameux Code Noir de 60 articles, qui
réglemente la vie et le travail des esclaves. Intéressant article 44 (déjà cité
plus haut) qui montre comment on fabrique des hommes-clichés : «Déclarons les
esclaves être des meubles …». Voilà la définition de l’esclave dans l’inventaire
des maîtres. Un homme «meuble», voilà vraiment la définition du cliché : c’est
«une étiquette de bouteille vide» ou encore une «nature artificiel- lement
attribuée» !
* Ce sont les Anglais en Inde qui ont
découvert qu’économiquement l’esclavage n’était pas rentable : le travail
salarié produit autant de biens que le travail des esclaves ! Au XVIII ème
siècle, la poussée révolutionnaire commence à proposer l’abolition de
l’esclavage : l’abbé Grégoire et plus tard Victor Schoelcher aboutiront aux lois
sur la fin de l’esclavage.
* J’ai un témoignage direct de cette
pratique africaine de l’esclavage, qui n’est pas terminée de nos jours, avec le
tableau suspendu au-dessus de mon bureau : je l’ai peint à l’huile en 1968
dans le souk d’Inezgane, près d’Agadir ; il représente un noir qui mendiait,
Mohamed, auquel j’ai promis dix dirhams s’il me permettait de peindre son
portrait. Pendant trois heures j’ai eu le loisir de l’interroger (avec l’aide de
Larbi, l’un de mes élèves) et d’apprendre qu’il avait été capturé du côté du
Mali comme enfant et qu’en dernier lieu, il avait été acheté par un commerçant
d’Immouzer des Ida Outanane (à cent kilomètres d’Agadir dans le Haut-Atlas).
Trop vieux pour être encore utile, il a été renvoyé par son patron en 1967 et
depuis, il était réduit à mendier dans les souks pour vivre …
* L’esclavage fonctionne encore
aujourd’hui dans beaucoup de pays, peu organisés. Selon un reportage télévisé
récent, chaque année, en Afrique, des milliers d’enfants sont vendus comme
esclaves.
* N’est-il pas étonnant qu’il faille
attendre l’année 1999 pour que les Etats-Unis ratifient le traité contre
l'exploitation infantile ?
* Les tentations esclavagistes
d’étrangers qui résident en France et qui emploient une personne immigrée sans
la rétribuer (en lui enlevant auparavant son passeport) sont
sévèrement punies par les tribunaux français. Un cas récent montre un sportif
d’origine africaine, qui a fait fortune en France, et qui a fait venir de son
pays une fille de treize ans pour effectuer les travaux de ménage en la faisant
dormir sur une natte dans son garage : la fille a eu l’idée de parler de son
sort au facteur qui l’a dirigée sur une association de lutte contre l’esclavage.
Ce patron a été écroué !
* Des formes atténuées d’esclavage
fonctionnent dans la plupart des pays, fidèles aux traditions ancestrales. J’ai
eu l’occasion d’observer le rôle des « bonnettes » en Afrique du Nord, recrutées
dans les familles pauvres et nombreuses des montagnes et mobilisées dans les
travaux de ménage ou de surveillance des enfants dans les villes : le contrat
oral ne prévoit aucune rémunération sinon une nouvelle robe par an…Ces filles ne
sont pas scolarisées. Elles dépendent du bon vouloir des patrons qui ne se
gênent pas de passer leur mauvaise humeur sur elles…Cette coutume constitue un
pilier inavoué dans l’économie du pays…C’est un «fait culturel» qui n’a pas été
critiqué officiellement, qui est donc toléré… Les clichés, qui alimentent la
langue de bois, permettent à chacun de fournir des alibis pour justifier sa
bonne conscience face aux millions de bonnettes qui travaillent en Afrique:
«Tout le monde est content, les parents, les filles, les patrons. Alors ?» Sauf
qu’on parle ici à la place des gens concernés sans leur avis ! Pourquoi ne
sont-elles pas scolarisées ? Leur «quotient intellectuel» ne le permet pas !
Pourquoi les frapper : «Elles sont naturellement paresseuses». Pourquoi ne pas
leur permettre de se rencontrer et de former un syndicat de défense ? «Elles en
sont incapables» et ne le désirent pas (mais on ne leur permet même pas de
parler aux voisins). Etc.
Je signale que les clichés
«paresseux» et «quotient intellectuel bas» (non mesuré par un psychologue)
s'entendent beaucoup dans les salles de professeurs !
* Les traditions esclavagistes, que
nous jugeons barbares, ne sont pas spécifiques à l’Afrique, elles étaient
considérées comme «normales» et ont duré des siècles avant que les européens ne
se livrent à un commerce international avec des convois maritimes pour fournir
les planteurs américains en main d’œuvre bon marché…On ignore
généralement qu’au XVI ème siècle, les esclaves blancs, Italiens ou Espagnols
surtout, razziés par les musulmans furent plus nombreux que les Africains
déportés aux Amériques (voir les travaux des historiens ). La plus célèbre
victime des corsaires barbaresques est Miguel de Cervantès, l’auteur de Don
Quichotte, qui fut racheté contre une forte rançon en 1580 après neuf années de
captivité !
Le comble de la surprotection sur répressive : la
colonisation
* La colonisation a été le comble de
la pulsion surprotectrice et sur répressive des fiers états occidentaux,
portugais, espagnols, anglais, allemands et français…Chaque pays employait sa
propre formule d’organisation: l’anglaise était distante, la française cherchait
la proximité… La stratégie belge du temps du roi Léopold II a été vraiment
sur-répressive dans la colonisation du Congo ! Une fois installés par la force,
les colonisateurs se voulaient des «civilisateurs», répandant la religion
chrétienne, l’instruction et l’hygiène, l’industrie et le commerce international
… De la surprotection violente du début, on voulait passer à la simple
protection (en
créant des «Protectorats» par exemple comme au Maroc) … Parler de colonisation,
c’est accepter
cette complexité
des situations …
* Se demander si cette occupation
d’un pays par un autre, par la force et la ruse, comportait des aspects
positifs, c’est d’abord poser une question simpliste parce que manichéenne
Chaque entreprise comporte du négatif et du positif. La question est plutôt de
distinguer : «Positif pour les colonisateurs ou pour les colonisés ?». Les deux
guerres mondiales du dernier siècle ont fait le bonheur et la fortune des
industriels et le malheur de millions de victimes, militaires et civiles ! Il en
était de même avec la colonisation : pour beaucoup de commerçants et
d’entrepreneurs, la décolonisation est même arrivée trop tôt !
* Quelques voix francophones
s’élèvent cependant pour déclarer (en 2006) que, pour elles, le côté positif de
la décolonisation est son héritage : la langue française. Pour la camerounaise
Callixthe Beyala, auteur du beau livre «La plantation» 61, l’accès à la langue française, qui a un rayonnement
international, est l’accès à la liberté … (Le Cameroun connaît beaucoup de
parlers locaux à dominance orale, dont aucune n’a de dictionnaire ni de
traducteur, ni donc de portée universelle).
* C’est cependant ignorer la gravité
du fonctionnement de la surprotection, sur répressive et collective. Celle-ci
entraînait ipso facto l’aliénation, parfois l’infantilisation des personnes («Y
a bon Banania !»), souvent le déplacement et le regroupement des populations
avec le danger de déracinement et de ghettoïsation … Le manichéisme régnait
comme dans toutes les crises : face à face, les « hommes clichés » européens aux
caques blancs se pavanaient devant les «hommes clichés» assistés : asiatiques,
africains, américains …
* Le Président Algérien Bouteflika a
résumé cette aliénation du point de vue des ex-colonisés : «La colonisation a
réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de
nos traditions …» (Avril 2006). Stupeur en France !
* C’est que le langage colonisateur
faisait croire aux habitants qu’ils n’étaient pas capables, à eux seuls, de
s'équiper, de se soigner, de s’instruire, de se défendre…selon leur propre
modèle de vie. Surprotégés par ce discours, les gens devenaient passifs car ils
attendaient les ordres pour agir et, mal rétribués, les exécutaient mollement.
Au cours de mes discussions avec les colons qui, au Maroc de 1965, dirigeaient
encore des plantations d’orangers dans la plaine du Souss, j’ai entendu
régulièrement des plaintes sur la paresse innée des autochtones
!
Par contre ceux-ci, dans leurs
communautés, étaient actifs et consciencieux mais selon leur propre rythme,
plus lent que celui des nouveaux maîtres du pays. Autre indice du
syndrome des surprotégés : durant le protectorat, en Afrique du Nord, les gens
ne commettaient pas de vol dans le sein de leur clan, mais ils prenaient sans
remords de conscience le ciment et le goudron sur les chantiers des travaux
publics : «Cela appartient à l’Etat ou à la collectivité anonyme, donc à tous,
se servir n’est donc pas un vol» (ce qui a aggravé sans doute la renommée des
indigènes voleurs !).
* Cette logique des surprotégés est
la réaction de défense aux actes et situations, créés par les colonisateurs, qui
peuvent aller jusqu’à mettre les indigènes en esclavage ou à les mobiliser
militairement dans leurs guerres sur d’autres continents … Voir le beau film
«Indigènes».
* Nous avons connu cette réaction en
Alsace et en Moselle, annexées au grand Reich Allemand de 1940 à 1945. Au
Service du Travail Obligatoire, notre mauvaise volonté,
notre envie de
saboter, notre plaisir de coûter cher sans rendement … exaspéraient les cadres
nazis et les faisaient hurler de colère ! Pour mater les fortes têtes, ils sont
allés jusqu’à ouvrir en Alsace des camps de rééducation à Schirmeck et
d’extermination au Struthof ! C’est que nous nous sentions colonisés,
surprotégés de façon sur répressive, donc a priori «paresseux» et «voleurs» ! La
colère des officiers était notre secrète récompense !
Bref, la colonisation et l’occupation
ont fonctionné comme une crise de civilisation avec ses victimes
et ses
profiteurs …
Le terrorisme
* Toute campagne terroriste
collective émane d’une autorité surprotectrice et sur répressive, d’un comité
qui veut changer les événements ou laver des affronts, politiques ou
religieux.
* Voir la documentation exhaustive de
ces groupes dans «La force des faibles – Encyclopédie mondiale des
minorités»62 de Roger Caratini. On y distingue entre autres les minorités
centripètes (des Noirs d’Afrique du Sud qui demandent à être reconnus comme
citoyens à part entière), des minorités centrifuges (les Corses, les Basques …)
qui exigent un traitement différent de celui, imposé par la
majorité.
J’ai retenu surtout de ma
fréquentation avec cet encyclopédiste sa démystification des élections. Il
signale que le
prestige magique du suffrage universel trouble notre morale politique C’est le
plus grand nombre qui décide de tout pour tous … Les politiques sont passés
maîtres dans l’art de fausser les mécanismes électoraux, de manipuler les
électeurs … Et de rappeler qu’Hitler est parvenu au pouvoir avec 88% de
suffrages exprimés … (P.188). Une majorité électorale ne signifie donc pas
automatiquement que le groupe gagnant appliquera la démocratie ! Je conclus que
dans beaucoup de cas la majorité numérique lors des élections est le cliché d’or
des manipulateurs du Suffrage Universel.
* Mais qu’en est-il des séismes
planétaires, causés par le terrorisme actuel : s’agit-il d’une guerre de
religion, d’un conflit d’intérêts, d’une bataille pour le pouvoir mondial
?
* S’agit-il d’un «Choc des
civilisations»63 comme l’écrit un politologue
américain en 1996 ? Les critiques adressées à la synthèse, construite par le
Professeur Huttington, signalent son américanocentrisme. Le concept
«civilisation» est d’ailleurs lui-même très discutable : il cherche une copie
artificielle des réalités historiques qu’on découpe en diverses cultures
prestigieuses et originales, afin de maîtriser la complexité des situations
découvertes. La méthode est discutable car les groupes dits «primitifs»
d’Afrique, d’Australie et des Iles …
n’ont jamais eu
l’honneur d’être appelés «civilisations» ! Il s’agit donc dans beaucoup de cas
d’un cliché, inventé par les historiens.
* Pour ma part je ne peux que
signaler un aspect, parmi beaucoup d’autres, qui n’a pas encore été analysé,
mais seulement évoqué par ci par là, en particulier par une pédiatre de Los
Angeles, d’origine syrienne. Mon hypothèse est que cette guerre planétaire se
présente aussi comme un conflit manichéen entre les adorateurs de leur unique
livre, et les consommateurs de tous les livres, d’aventures, d’humour et de
sciences, déclarés profanes … Plus exactement, entre d’une part les groupes qui
ferment leur lot de messages religieux, politiques, scientifiques,
philosophiques, professionnels, militaires … empêchant tout ajout et toute
omission, et d’autre part les groupes qui, au contraire, ouvrent leur lot de
messages à toute innovation et à toute refonte.
Je précise qu’en parlant de
«groupes», j’en mentionne le caractère dominant, étant entendu que c’est une
simplification indispensable à la communication. Mais en réalité, des minorités
fonctionnent dans chaque grande société; même en Israël, une secte milite pour
la destruction de l’Etat et s’allie aux terroristes
Palestiniens,
parce que, selon
les Ecritures, le peuple juif ne doit se regrouper qu’après l’avènement du
Messie! En 1999, ce groupe de messianistes avait même une base au nord de
l’Alsace !
* Tout groupement en partis, en
syndicats et en sectes, forme donc une mini société fermée … Un tel groupe
choisit son texte ou un ensemble de textes, et le déclare «fondateur»,
«indépassable» ou encore «sacré». La mentalité de tels groupes –famille, région
ou Etat - fonctionne en circuit fermé de croyances et de règles, quelle que
soit la sagesse des chefs.
* Vivre dans de tels groupes, c’est
comme évoluer dans une bulle d’air, ascendante ou descendante, à la façon d’un
planeur : on ne peut que subir. Ainsi, chacun de nous - en France et ailleurs –
ne peut que partager le sort commun de son groupe. Pourquoi ? Parce qu’il est
enfermé dans son système de pensée, soit «aristocentrique» soit
«populocentrique», soit «européocentrique», soit «africanocentrique», «asiatico-
centrique» ou encore «américanocentrique» … En cosmogonie, les anciens étaient
«géocentriques» se croyant au centre du monde, nous sommes aujourd’hui
«héliocentriques», bientôt «cosmocentriques» …
Il est presque impossible d’échapper
à de telles prisons mentales ! Pour «Le nouvel esprit
scientifique»64 de Gaston Bachelard, ce sont là de
difficiles «obstacles épistémologiques» à franchir.
* Malgré ce handicap, fonctionnent
des groupes au lot ouvert de messages. Ceux-là considèrent tous les textes
fondateurs comme dignes d’intérêt, mais ne se sentent pas concernés par leurs
conseils, leurs lois et leurs interdits … En principe, une fatwa lancée par un
chef musulman ne crée pas d’obligation pour les non musulmans ! Le groupe ouvert
ne privilégie donc aucun texte en particulier – ou alors à titre d’hypothèses -
et accueille toutes les informations, orales, écrites ou observées, donc aussi
celles provenant de l’Univers en constante découverte. La philosophie et les
sciences, les sciences humaines en général, fonctionnent en un tel système
ouvert de messages. Cette attitude est très proche de la tendance laïque, qui
choisit un texte sacré et tolère tous les autres …
Je connaissais depuis longtemps les
études épistémologiques65 du philosophe Karl Popper, pour
lequel beaucoup de concepts courants, comme le «mouvement», sont des
«essentialismes». Toutes nos théories risquent d’embaucher de tels
essentialismes, aussi il vaut mieux les considérer comme des hypothèses
provisoires. Pour lui, fonctionnent trois «mondes» (physique, psychique et
théorique) mais aussi
deux sortes de
sociétés : l’une, fixée aux traditions et aux dogmes, qui n’accepte aucune
critique ni changement, qui est donc «close» et l’autre, «ouverte», dans
laquelle les critiques sont possibles sans risques parce que chaque
contradicteur est protégé par les mœurs démocratiques …
Mais je n’imaginais pas la gravité de
cette incompatibilité entre les deux sortes de systèmes de pensée. Je l’ai
découverte par hasard en 1970, dans le contexte musulman du Maroc. Je discutais
souvent avec un collègue marocain, professeur de géographie, auteur d’un
manuscrit magnifique sur les coutumes et les costumes en usage dans les
principales vallées de l’Atlas : sa peur, m’a-t-il dit, est que sa mère apprenne
qu’il a écrit un livre profane; elle ne connaît et n’apprécie que le Livre sacré
du Prophète. «Elle va m’insulter et me défendre de revenir chez elle !».Il a
renoncé à faire publier son manuscrit du vivant de sa mère. Voilà un cas, pas
rare, d’autocensure.
Cette fixation à un seul livre m’a
été confirmée par les lycéens d’Agadir, qui me signalaient leur malaise face à
deux positions : à la mosquée, l’imam ne cessait d’expliquer que la théorie de
l’évolution était vraiment incompatible avec le créationnisme de l’Islam, alors
qu’au lycée, dans les cours de science et de philosophie, la théorie de Darwin
n’était pas clairement refusée (classée par certains professeurs comme une
hypothèse très probable !). Ces élèves formulaient à leur façon la différence
entre une culture au système fermé, axée sur un seul ensemble de livres (le
Coran et ses commentaires, appelés Hadit), et celle des professeurs français,
presque tous fidèles au système ouvert, qui se servaient de bibliothèques
entières. (Ce problème est transposé actuellement dans les collèges français qui
accueillent des élèves musulmans).
* Même scandale à propos de la
psychanalyse : celle-ci rendait beaucoup de parents d’élèves furieux parce qu’on
brisait l’un des tabous de la société berbère et arabe, alors que les jeunes
s’amusaient plutôt avec les nouveaux concepts. Freud n’étant pas au programme,
j’ai réuni mes élèves un soir dans le réfectoire de l'internat pour dissiper les
principaux malentendus …
En réaction j’ai reçu un billet
confidentiel d’une lycéenne qui me raconta la légende berbère d’Ahmed Ounamir.
Celui-ci, jeune marié à quinze ans, était malheureux : sa femme lui reprochait
d’accorder trop de temps à sa mère et celle-ci pleurait, se sentant oubliée par
son fils. Ahmed finit par devenir fou puisqu’il se suicida (sic)! Ce mythe
paraissait plus important à mon élève que celui d’Œdipe même quand je lui eus
montré la parenté entre les deux …
* Avec ces deux problèmes non
résolus, le refus de l’évolution et de la psychanalyse, il s’est produit une
situation inconfortable chez les étudiants et auprès des autorités ! La crise de
conscience a été jugée très grave et donnait des arguments aux partisans d’une
arabisation accélérée des écoles marocaines…Il fallait aussi embaucher les
spécialistes diplômés Marocains que nous avions formés. Résultat : en 1973, tous
les professeurs de philosophie Français des Lycées marocains ont été remplacés
par des professeurs Marocains de « pensée islamique », ayant des diplômes
français de philosophie !
* J’avais rédigé en 1970 une thèse
sur «Le cercle dit ‘vicieux’ dans la pensée philosophique et
scientifique»66. Mon successeur au Lycée d’Agadir,
Cherkaoui Mohamed, l’a lue et a déclaré : «C’est la philosophie qui produit des
cercles vicieux alors que la religion les surmonte» ! Nous revoici au cœur du
conflit des rencontres entre un système de pensée ouvert et un système
fermé.
* Sachant mes élèves très timides,
enclins à donner raison au dernier argument entendu, j’ai encouragé ceux qui me
contredisaient, félicitant ceux qui arrivaient à trouver l’anti-thèse d’une
affirmation. Je les encourageais aussi à poser leurs questions trop personnelles
par écrit. Voici ce que m’a révélé un de ces billets d’un élève de terminale
«Vous avez félicité l’un de mes camarades qui a osé vous dire non. Je ne suis
pas d’accord. Cela je ne l’ai jamais vu dans une école et beaucoup ne
comprennent pas. J’en ai parlé à mon père qui est instituteur. Il dit que c’est
très dangereux pour vous de faire cela, qu’à la fin les jeunes ne vous croiront
plus rien ! Qui a raison ? Je suis très troublé».
* A cette lecture, je repensais aux
leçons de catéchisme de mon enfance à l’école : l’abbé Bengel m’avait donné des
coups de règle sur les doigts de la main parce que j’avais déclaré «idiote» la
loi de l’Eglise qui refuse l’ordination à une personne, née en dehors du mariage
! Cela m’a rappelé que dans les deux cas, catholique ou musulman,
l’enseignement est dogmatique et autoritaire, incompatible avec une objection ou
un refus…Autrement dit, dans les deux cas, le contexte des systèmes fermés de
pensée impose sa structure verticale aux messages, censés venir de très haut :
la Volonté de Dieu se transmet au paroles du Prophète, du Roi, du Président, du
Maître, du Prêtre et même du Père … ! D’où le respect des jeunes marocains pour
leurs parents et pour leurs maîtres, dont nous, les coopérants, avons bien
profité …
* Ce que n’avaient pas compris le
lycéen, auteur du billet, et son père, c’est que l’initiation à la philosophie
n'est ni dogmatique ni autoritaire, mais qu’elle est «ouverte» au dialogue et
aux objections …
* A signaler que sur le plan
international, parfois, par opportunité politique, les dirigeants de sociétés à
système ouvert de pensée, comme les U.S.A., s’alignent sur un système fermé de
messages, par exemple en plaçant une main sur la Bible, lors de leur
investiture, ou encore en invoquant leur mission de «nation élue» – ou leur
«destin manifeste» – de favoriser l’«axe du bien» et d’éliminer «l’axe du mal» …
On connaît les conséquences guerrières de telles incantations lyriques,
alimentées par diverses communautés religieuses …
* Sur le plan international, les
groupes extrémistes se sentent en danger et se croient incompatibles entre eux,
craignant la contagion ou la concurrence du modèle opposé. Leur rencontre, par
la facilité actuelle des transports et des informations, de l’immigration et du
tourisme, produit des courts-circuits de plus en plus nombreux, des étincelles
de plus en plus meurtrières et de plus en plus racistes! L’animosité des adeptes
de la pensée close s’amplifie en haine publique, en slogans belliqueux contre
les apostats, les blasphémateurs…et se donne le devoir de «purifier la planète»
par l’élimination des «dégénérés irrespectueux, caricaturistes ou romanciers»!
Tuer, même toute une population de mécréants, devient, dans ce conflit
international, une mission sacrée, «une guerre sainte» !
* Comment ne pas penser aux Marranes,
à ces populations de Juifs espagnols du XV ème siècle, obligés sous la pression
de l’Inquisition,
de se faire
baptiser catholiques et de pratiquer leurs rites dans la clandestinité ? Le viol
de la conscience, n’est-ce pas un crime contre l’humanité ?
* Confiné dans leur bulle extrémiste,
chacun des deux camps accumule l’agressivité contre l’autre : les deux se
comportent comme deux frères ennemis, comme Caïn et Abel !. L’arbitrage de
l’extérieur est impossible. Sur le terrain, les impératifs de la vie commune
arrivent la plupart du temps à organiser la coexistence et la tolérance, parfois
au prix d’une taxe à payer (dhima) par les minorités au
groupe dominant !
* Est-il nécessaire de rappeler
que la tentation des lots fermés de messages n’a pas épargné le christianisme
durant les sombres périodes des Croisades et de l’Inquisition ? J’ai été très
ému en apprenant le sort du dominicain, défroqué et philosophe, Giordani Bruno.
Ce penseur téméraire a été brûlé vif en 1600 pour avoir professé une doctrine,
contraire à la bible chrétienne, dans son livre «L’infini, l’univers et le
monde» ... Un peu plus tard Galilée a failli subir le même sort mais a eu l’idée
de se rétracter, verbalement du moins ! Cette tentation de fermeture des
messages persiste encore dans l’Eglise Catholique par son dogmatisme comme dans
toutes les Eglises … Mais l’actuel clergé est moins violent que jadis dans ses
réactions, ne disposant plus du «bras séculier» (de la puissance du pouvoir
civil et militaire) ni de l’appui des paroissiens de moins en moins nombreux !
Le ton est au regret : on réhabilite Galilée et on demande pardon pour les
atrocités commises pendant l’Inquisition … Un curé auquel je parlais de Galilée
et de Bruno, m’a répliqué que «l’histoire de l’Eglise est un cadavre et qu’il
n’y a donc rien à apprendre de son passé !»
* Le terrorisme qui endeuille les
familles depuis des dizaines d’années en Irlande du Nord entre les deux
communautés, catholique et protestante, et celui qui est organisé par des
comités du pays Basque des deux côtés des Pyrénées, montrent que ces violences
peuvent toucher toutes les religions et tous les partis de gauche ou de
droite…non seulement l’Islam !
* A présent voici le facteur
déclenchant du terrorisme. Les dangers d’enfermement mental des populations sont
aggravés par leur réflexe collectif d’honneur ! Et l’honneur est le moteur
principal des comportements communautaires. On voit donc que toutes les
communautés, ethniques, sportives, religieuses, techniques, patriotiques …, même
à l’intérieur des démocraties, sont flattées de recevoir des hommages mais sont
tout aussi vite révoltées à chaque affront et prêtes à se défendre ou à attaquer
les adversaires …
Dans une société comme la France, à
dominante ouverte, la solidarité nationale est difficile à ébranler : les
violences, internes à un groupe pour une question d’honneur, n’intéressent
souvent que les journalistes et ne vont pas inquiéter la
République.
* Mais dans les grandes sociétés
fermées, au Moyen Orient par exemple, la solidarité fonctionne encore avec
efficacité. Un incident, qui donne aux gens le sentiment d’avoir été déshonorés,
provoque une émotion dans le pays entier et exige une réparation
immédiate !
Les structures tribales d’un tel pays
appliquent le «code d’honneur collectif» et suivent les règles
suivantes.
- Le pays qui a eu l’honneur
d’abriter sur son sol un Saint, un Prophète ou un Dieu est déclaré «Terre
Sainte» et sa capitale devient un lieu de pèlerinage avec des Temples, des
Eglises et des Couvents. Voilà le drame de Jérusalem, capitale spirituelle à la
fois du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam. Voilà surtout l'origine de
violences collectives historiques comme celles des Croisades … On ne peut pas
imaginer situation plus dramatique et plus explosive ! Même problème dramatique
pour toutes les capitales au passé religieux comme Rome, comme La Mecque, comme
Lhassa …Pensez à ces drames pour comprendre les avertissements
67 de René Girard : «La violence, c’est le sacré … le sacré, c'est la
violence». Le fidèle se trompe depuis des millénaires en vivant le sacré comme
un ordre sécurisant de survie !
- Le déshonneur commis par un seul
membre d’une société fermée se lave par son lynchage immédiat... C’est par
exemple la loi de la charia qui condamne à mort les apostats, mais aussi les
femmes adultères…C’était la loi de l’Inquisition d’éliminer ceux qui
déshonoraient l’Eglise ! Un crime de blasphème attribué à l’un des membres d’une
communauté, jette le déshonneur - et donc la culpabilité - sur toute cette
communauté. Celle-ci doit être punie au nom de ses victimes ! C’est ainsi que
les caricatures dessinées par un Danois, jugées injurieuses, ont provoqué des
représailles violentes contre tous les Danois en général et même contre les
produits d’origine Danois en vente…(Voilà la guerre déclenchée entre les
systèmes ouverts de messages, très individualistes, et les systèmes fermés, très
communautaires …).
- L’esprit d’honneur collectif,
dominant dans les tribus, rend chacun responsable, à la fois
des victoires du
groupe mais aussi de crimes qu’il n’a pas commis personnellement. Penser aux
malédictions bibliques qui s'étendent sur plusieurs générations ou au «péché
originel» des catholiques. (A l’opposé, l’esprit d’un groupe individualiste ne
rend responsable que la personne, dont un procès a jugé qu’elle a commis un
crime …). Cette loi archaïque du Talion et de la solidarité tribale a décimé des
centaines de communautés jadis …
* Ces trois règles forment aussi la
loi des comités de terroristes ! Se croyant victimes des sociétés qui dominent
le monde actuellement (en Occident et en Orient), les commandos doivent laver
cet affront en détruisant les groupes coupables – s’il le faut par des attentats
commis sur des voyageurs de trains, de métros ou des locataires de gratte
ciel…Cette persécution est tellement dramatisée quelle devient planétaire :
aucun coupable ne doit échapper à la punition collective, qu’il se réfugie en
Asie, en Europe, en Afrique, aux Amériques ou en Australie … !
* Hélas ! toute dramatisation d’une
cause collective (patriotique par exemple), contrecarrée par un adversaire,
risque d’aboutir à sa sacralisation, au culte des héros et des martyrs, morts
pour cette cause…En retour, toute sacralisation réagit par la sur dramatisation,
par la punition des adversaires qui commettent des «profanations», des
«sacrilèges» … Le besoin de représailles des populations insultées, par
kamikazes interposés, est alors difficile à éviter !
La sagesse consiste donc à éviter
toute dramatisation: mais cela est impossible, dans le contexte d’une société à
lot fermé de messages dont la caisse de résonances émotives
est bruyante comme le tonnerre d’un orage d’été … C’est plus facile
dans une société ouverte dont la caisse de résonances publiques est vite calmée
par l’indifférence grandissante des individus au sort commun !
* Quel génie – qui mériterait le Prix
Nobel de la Paix - inventera le filtre anti-clichés qui corrigerait notre vision
et qui nous présenterait les humains dans leur commune «nature authentique».
Cette «nature» est à respecter par-dessus tout, quelles que soient les
«fonctions» exercées : les honneurs, les langues, les métiers, les couleurs de
la peau, les pratiques religieuses …
Le droit à la vie est plus important
et plus dramatique pour la survie de l’humanité que le droit à une fonction,
spirituelle ou temporelle. En oubliant ce droit à la vie et à sa «nature»
unique, l’homme-cliché se fie aux fausses valeurs d’une fonction extérieure,
vécue comme sa nature intérieure. Le «filtre de Diogène» est à
réinventer.
* Voilà terminée l’énumération des
conditions qui provoquent les tueries organisées : je peux préciser à présent
mon hypothèse sur le terrorisme.
La fermeture séculaire à toute
nouvelle idée rend les vieux pays hypersensibles aux réflexes de dramatisation
et de sacralisation que déclenchent les attributions collectives d’honneurs et
de déshonneurs. C’est aussi le cas de régions (corse ou basquaise…) qui
réclament en vain leur autonomie. Les situations infamantes les poussent dans la
seule réponse traditionnelle connue pour «sauver leur honneur» : la condamnation
collective à mort des opposants ou des blasphémateurs, de tous leurs concitoyens
et de tous leurs amis dans le monde!
Il faut pour déclencher ces violences
qu’un leader se lève pour organiser les ripostes et mobiliser les adeptes dans
le monde entier.
* Ce n’est donc pas un «choc des
civilisations» qui provoque la tragédie actuelle du terrorisme, mais
l'incompatibilité entre les réflexes aux revendications ou à l’offense de
quelques groupes isolés à culture close et les réflexes individualistes de tous
les autres groupes à culture ouverte. Des groupes d’extrémistes, prêts au
martyre, vivant dans une structure mentale tribale, menaçant toutes nos
civilisations, occidentales et orientales, voilà la source du terrorisme actuel,
de plus en plus international. Les religions sont prises en otages durant de
telles opérations.
Evidemment je suis prêt à renoncer à
mon hypothèse ci-dessus à la faveur d’autres explications plus
pertinentes.
Notre pulsion raciste
(Le concept « race » pour désigner
les différences apparentes des populations ne convient plus dans l’état actuel
des connaissances. Je le maintiens cependant ici pour éviter des complications
inutiles)
* Nous faisons tous semblant de
distinguer les « natures artificielles» diverses - et non les fonctions
réellement exercées – quand domine le système fermé de pensée ! Le réflexe
persécuteur, inévitable dans les contextes communautaires en crise, a besoin de
présenter les «autres» comme des êtres à la «nature héréditaire» dégénérée,
bestiale, donc dangereuse : à éliminer ! Un tel jugement global est incapable
d'admettre la «formule unique du sang O, A, B …» du noir, du blanc, du rouge ou
du jaune …
Quand on hait ou quand on admire, on
n’analyse pas, on ne voit plus les nuances.
* C’est ainsi que, depuis des
siècles, les pouvoirs, politiques et religieux, surprotecteurs et sur
répressifs, ont tout fait pour que nous oubliions que notre pratique religieuse,
politique, technique ou sexuelle… n’est qu’une fonction variable, donc non
dramatique, que ce n’est pas une nature invariable ou «sacrée» ni une nature qui
serait inscrite dans notre ADN.
Ces chefs ont trop besoin de boucs
émissaires pour cacher leurs échecs - et parfois leurs crimes - pour oser nous
révéler les ressorts discriminatoires qu’ils appliquent aux pays étrangers. Rien
que par la consommation de pétrole, les dix
pays les plus
riches dépensent la moitié des stocks disponibles ! Leurs actions sont donc
involontairement néo colonialistes, impérialistes, persécutrices…. Pour rester
dignes, ils placent un rideau opaque entre la scène dirigeante et nous, entre le
Nord riche et le Sud en développement. Bref, ils organisent instinctivement un
système de méconnaissance : celui-ci nous rend incapables de distinguer la
culpabilité de l'innocence des victimes et des meneurs du régime, de même que la
nature de la fonction des personnes pénalisées … (Voir les analyses précises de
ce «mécanisme mimétique de la victime émissaire» dans les persécutions et dans
l’ignorance organisée, chez René Girard, en particulier dans son livre «La
violence et le sacré»67.
Victimes de manoeuvres hiérarchiques
persécutrices, nous trouvons normal de craindre et de mépriser les étrangers,
épinglés comme ennemis publics, car il est difficile de ne pas hurler avec les
loups.
* Nous avons donc tous une pulsion
raciste en nous. Mais est taxé de raciste, celui qui, en public, ne maîtrise pas
cette tentation mimétique d’agression de l’«autre» ni, en privé, son réflexe
naturel de peur de l'étranger ! C’est ce que confirme à sa façon André Gide qui
dit : «Plus le blanc est intelligent, moins il trouve le noir bête»
!
* En conclusion, on peut dire que
c’est le maintien des peuples dans l’ignorance, organisée par les élites persécutrices, qui rive dramatiquement quelques pays entiers à une mentalité
agressive, à un système fermé de croyances, et qui les rend donc violents et
racistes. Les pulsions surprotectrices et sur répressives agressent alors les
millions d'hommes-clichés de la foule anonyme : actuellement les cibles
«occidentales» des sociétés ouvertes !
* Le fait que les cibles soient
anonymes, toutes religions et toutes races confondues, montre que la cible des
terroristes est une image, un cliché d’humains collectivement
coupables.
Le chef d’œuvre des surprotecteurs sur
répresseurs
Enfin, le chef d’œuvre des sur
répresseurs : ils arrivent à se faire aimer, voire adorer, par leurs victimes …
et cela jusqu’au délire. Rappel : en 1953, lors de l’exposition de la dépouille
mortelle du Maréchal Staline, une foule de milliers de fans du «petit père des
peuples» se pressait devant le Kremlin, évidemment refoulée par le service
d’ordre : le lendemain, l'hôpital a compté 1550 moscovites, écrasés par amour de
Staline !
Toute surprotection n’est pas sur
répressive
* L’Europe a été surprotégée deux
fois au siècle dernier par l’intervention militaire des Etats –Unis, de
l'Angleterre et du Canada, puis de la Russie, à la fin des deux guerres
mondiales. Ces campagnes ont réussi la libération de l’Europe de l’emprise des
visées allemandes, impériales d’abord, puis nazies … Presque toutes les troupes
et administrations étrangères se sont retirées de l’Europe après la victoire de
1945.
* On peut donc dire que toutes les
surprotections, politiques et militaires, ne sont pas sur répressives. Ce
constat est peut-être trop optimiste car les risques sont multiples : les
«Libérateurs» ont tous plus ou moins des visées impérialistes, parfois des
programmes d’annexion ! Parfois aussi, ils apportent une aide importante à la
reconstruction (comme avec le Plan Marshall).
* Pour l’historien universitaire,
Alain Gérard Slama, «l’Europe est hyperprotégée», paralysée par la peur d’un
conflit non maîtrisable, peur qui rappelle l’attitude du Maréchal Pétain. (Voir
«Le siècle de Monsieur Pétain»68.
L’archétype du surprotecteur
sur
répresseur
Le modèle parfait du surprotecteur
sur répresseur est l’image que nous nous faisons, nous chrétiens, de Dieu. De
Dieu d'abord puis de tous ceux qui se disent ses serviteurs, du clergé, des
parents traditionnels, des Rois, des gourous …
Partout dans le monde, Dieu fait
figure d’archétype du surprotecteur parfait, origine du bien autant que du mal,
de la joie autant que de la souffrance ! Les messages des textes sacrés
réchauffent les espoirs de salut et font rêver de paradis …
Chrétiens, nous imaginons Dieu à la
fois «tout puissant», «parfait» et «tout amour pour nous», mais surtout d'une
«sévérité» impitoyable : voilà les quatre clichés qui désignent aussi tout
surprotecteur sur répresseur !
L’homme-cliché est-il «unidimensionnel»
?
* Inconvénient majeur : la
surprotection produit chez des millions de personnes le sentiment d’être
«protégées» dans leur groupe,
sans qu’elles
puissent se rendre compte qu’en fait elles sont «surprotégées», ayant perdu leur
personnalité et leur dignité en même temps que leur esprit d’initiative ! C'est
le risque que prennent tous les fidèles des partis politiques ou des sectes
religieuses tout comme des régimes, dominées par l’économie (et leurs plans
quinquennaux). Ces personnes vivent, non en majeures et adultes, mais en
mineures et irresponsables : bref infantilisées Elles ne s’imaginent même pas
pouvoir vivre sans leur génial leader ! Leur ego est maintenu en soumission
silencieuse par les ruses des chefs, manipulateurs efficaces.
C’est que les victimes des leaders
orgueilleux ne remarquent pas quand leurs chefs deviennent des surprotecteurs,
encore moins quand ils deviennent des sur répresseurs : et si elles le
remarquaient, ce serait trop tard !
* Jadis cet état de dépendance d’une
autorité abusive était désigné par le mot d’«aliénation». Jean-Jacques
Rousseau, qui nous a appris à voir le monde d’un œil nouveau et dont on n’a pas
fini de recevoir des leçons, ne voyait aucun inconvénient à la perte de droit et
de personnalité. Au contraire car les clauses juridiques de son Contrat Social69 (I, VI) sur la libre disposition du travail, de la personne … «se
réduisent toutes à une seule, à savoir à l’aliénation totale de chaque associé
avec tous les droits à toute la communauté … L'aliénation se faisant sans
réserve, l’union est aussi parfaite qu’elle peut l’être et nul associé n’a plus
rien à réclamer». Cette forme de surprotection est difficile à accepter de nos
jours !
D’ailleurs Hegel s’opposa à cette
thèse. Il montrait par exemple le courtisan du XVIII ème siècle français, fier
de percevoir de l’argent en retour de ses flatteries : voilà une perversion de
l’esprit de ce monde et une aliénation absolue …
C’est ce qui a inspiré Karl Marx, qui
distingue une aliénation économique, sociale, politique, culturelle, religieuse
même … On connaît l’impact de ces nouveaux concepts sur les faits historiques et
jusqu’à nos jours sur les événements internationaux, sur le communisme et sur le
capitalisme …
* Comment ne pas penser à «L’homme
unidimensionnel»70 d’Herbert Marcuse (pourfendeur
allemand du nazisme), livre sorti en France vers 1968, qui a fait sensation
durant cette année agitée ? L’homme unidimensionnel a perdu le sens de son
«être» sous l’impact de l’encerclement technicien et du «principe du rendement»
: celui-ci lui fait oublier le minimum freudien, le «principe du plaisir» et «le
principe de réalité». Il est ainsi devenu économiquement rentable mais en
perdant tout esprit critique. Résultat : il se soumet à une seule idéologie, à
celle qui justifie la société ambiante (à dominante capitaliste à l’époque) !
Même la classe moyenne, qui serait capable de protester, préfère le mieux-être
du confort familial, par la longue protection bancaire, à l’aventure d’une
révolution … De fait, Herbert Marcuse décrit prophétiquement la société du début
du XXI ème siècle, obsédée de rendement, mais affaiblie par le chômage en
millions d'exemplaires et par les délocalisations des emplois en Asie ou en
Afrique, bref par la précarisation généralisée.
* Le chômeur, voilà le citoyen fiché,
immatriculé, surveillé, l’un des soldats de «l’armée de réserve du patronat»
(selon Marx), l’un des millions de français à aller à la pêche en milieu de
semaine, bref voilà le nouvel
«homme-cliché» !
L’identité banalisée du chômeur peut cacher un ouvrier, une employée, un
artiste, même un cadre, un ingénieur à présent, n’importe quel «être». Leur
«faire» obligatoire : rechercher un nouvel emploi, même sans espoir. Un malade
n’est pas traité autrement, exclu du système et censé avoir perdu toute
compétence …
* Voilà «L’horreur
économique»71, décrite par Viviane Forrester
pour laquelle, entre autres arguments, par leur honte, les
demandeurs d’emplois s’accusent de ce dont ils sont les victimes…! Cette thèse
n’a pas été acceptée par le patronat français … peu effrayé par le nombre de
millions de sans emploi !
Dans son livre précédent «La violence
du calme»72 Viviane Forrester avait donné un nouvel éclairage de la
surprotection. Des forces contraignantes, très violentes et très anciennes, ont
été si efficaces que leur influence dure encore aujourd’hui et installe un calme
que personne ne peut expliquer …
* L’homme-cliché est donc un des cas
de figure de «l’homme unidimensionnel». Même dans les grandes entreprises,
cotées en bourse, le titre de son «être professionnel» (de «patron d’entreprise»
par exemple) cache que chaque agent est l’esclave de l’efficacité de son «faire»
aux yeux des arbitres économiques, c'est-à-dire des actionnaires, en amont. La
précarité commence à menacer même les chefs d’entreprise …
Les surprotecteurs de l’ombre
Conséquence de notre besoin général
de surprotection : la naissance récurrente de théories qui nous décrivent
menacés de catastrophes, organisées par des comploteurs internationaux. Cela a
commencé avec les «Illuminés de Bavière» et continue avec les rumeurs de
complots juifs ou capitalistes, du «danger jaune», des «chemises noires»…et,
depuis le 11 septembre à Manhattan 2001,
culmine dans la
peur du terrorisme islamiste, qui aurait pris comme cible tout l’Occident.
Faut-il pour autant rester inactifs ? L’individu est paralysé : il ne sait pas
comment réagir face à un problème aussi mystérieux et vaste ! Une manipulation
de masse, une «mégamanipulation» pourrait-on dire, terrorise les populations de
plusieurs pays voire les habitants de tout un
continent ou
explicitement de la civilisation occidentale. Le groupe menaçant est
minoritaire, occulte et paranoïaque, ce qui l’oblige à des actions
spectaculaires et violentes, c’est–à-dire à des attentats.
Le discours des «comploteurs» est
typiquement manichéen et sectaire :«Nous les purs, nous allons purifier les
populations à sauver». Le syndrome du sauveur du monde est donc implicite dans
les motivations de ces nouveaux bienfaiteurs de
l’humanité …
Logiquement ces mouvements meurtriers
commettent la faute de «simplification extrême des réalités» : la complexité des
situations humaines n’étant pas respectée, leur but échoue mais après des
catastrophes en série … Ironie : beaucoup de ces mouvements, accusés de complot
contre notre civilisation, se plaignent eux-mêmes de subir les violences de
persécuteurs, comploteurs internationaux.
Bref, si vous comprenez les
mécanismes de la surprotection manipulatoire, vous arrivez à résister aux
sirènes de la publicité commerciale, du prosélytisme sectaire et de la démagogie
politique … Vous aurez un sourire de compassion pour les adeptes sectaires sur
le trottoir qui vous proposent un examen psychologique gratuit …mais vous ne
vous laisserez pas tenter par ces leurres de recruteurs !
On divise pour régner, mais en plus on fait peur aux
gens pour les asservir !
* Astuce principale de recrutement de
disciples par les surprotecteurs : inventer un péril, se placer sur le parcours
des foules et crier : «Attention danger !». Celui qui apparaît comme
l’avertisseur d’un malheur est vite pris par les gens
comme celui qui
sait comment s’en sortir sain et sauf : le secouriste aura vite une clientèle
apeurée, prête à le suivre : il devient donc le «guide». Bref, le candidat au
pouvoir et à la vocation d’organisateur du salut public commence par mettre son
auditoire en panique. Procédé infaillible pour le mettre en demande de
protection et bien vite en esclavage. Exemple donné par le fondateur d’un
mouvement religieux qui déclame : «C’est l’homme qu’il s’agit de
sauver».
Témoignage personnel vécu. Lors de
mon arrivée en 1963 au Lycée Youssef Ben Tachfin d’Agadir, la ville, trois ans
après le séisme de 1960, était en plein chantier de démolition des maisons
endommagées. Au bruit des explosions des tirs de mine, mes élèves se levaient
et sortaient de la salle de classe en moins de temps qu’il ne faut
pour le dire … Un jour au réfectoire, même
bruit, même
réaction collective : des dizaines de lycéens essayaient de sortir en passant,
tête la première, par les grandes fenêtres vitrées … Il a fallu plusieurs
ambulances pour évacuer les blessés ! Là, j’ai compris ce qu’est une panique
!
* Le danger de la panique, c’est
qu’elle mobilise en nous toutes nos réserves en énergie mais en bloquant tous
nos raisonnements, en anesthésiant toute notre sensibilité. C’est un moment de
folie ! Collective, elle devient souvent destructrice, même mortelle … nous
rendant capables de piétiner nos propres enfants, même dans les gradins des
stades de foot lors d’agression de Hooligans ! Prolongée par des mots d’ordre
quotidiens de prudence par les caporaux des communautés, elle produit chez les
disciples un silencieux terrorisme mental ! «Le sentiment
de l’avoir
échappé belle ne quitte pas le citoyen d’un Etat communiste», signale Françoise
Thom en étudiant la «langue de bois» du temps de l'Union Soviétique
73.
Voici quelques cas observés dont le
succès est extraordinaire !
-Panique colonialiste : vous n’êtes
pas arrivés avec vos moyens, les conseils de vos sorciers et vos guerres des
chefs, à garantir votre espérance de vie au-delà de 40 ans, ni à sortir de la
pauvreté et du sous-déve- loppement ! Nous allons vous aider à vous équiper et à
vous soigner et vous aurez aussi, comme nous en Europe, une espérance de vie de
plus de 70 ans et un niveau de vie honorable …
grâce à nos
technologies que nous allons vous apprendre ...
-Panique financière à la manière du
gourou alsacien André Biry : vous ne trouvez plus de joie de vivre ni de bonheur tant que vous
craignez pour vos économies : j’ai un « plan argent»,
apportez-moi vos
réserves et vous pourrez de nouveau dormir sur vos deux oreilles
…
-Panique patriotique et religieuse:
la démocratie et la laïcité paganisent le peuple français; selon le curé,
Georges de Nantes (de la Contre Réforme Catholique), «il faut à la France un
dictateur pour imposer la religion catholique … il faut que le sang coule !» A
ses moines-soldats il
dit : «Vous devez
vous contenter d'obéir … j’exclus que je puisse me tromper» !
-Panique métaphysique : «… dans un an
ou deux, selon nos prophètes, Témoins de Jéhovah, ce sera la fin de ce monde
...sauf pour nous, les fidèles avisés : restez avec nous et aidez-nous par votre
travail et vos dons …». Pour le Messie Cosmo Planétaire du Mandarom, disparu
depuis, nous sommes attaqués régulièrement par des milliards de démons : à
chaque attaque, il mobilisait ses troupes pour
chasser les
intrus avec un concert d’«Aoum» …
-Panique thérapeutique: selon Lucien
Engelmajer, il était urgent de soigner les jeunes drogués en les réunissant dans
des Centres spéciaux, dirigés par d’anciens toxicomanes … grâce aux dons,
publics et privés (ce «Patriarche» s’est ainsi enrichi de manière irrégulière et
a été condamné en 2006 à la prison et à de fortes amendes, mais reste impuni
parce que réfugié au Bélize …) A été condamné aussi son complice, un médecin
français, qui a joué le rôle de caution scientifique …
-Autre panique thérapeutique : Yvonne
Trubert, considérée par ses adeptes comme une Réincarnation du Christ,
fondatrice du groupe «Invitation
à la Vie
Intense», déclare : «Là où la médecine dit ‘inguérissable’, ne vous le tenez
jamais pour dit : il n’y a
pas de maladies
inguérissables … Il suffit de prier et le miracle se fait…les métastases
s’envolent …»
-Panique psychologique : selon
l’argument principal des Scientologues, nous sommes perdus et malheureux parce
que nous ne mobilisons pas dix pourcents de notre intelligence. «Achetez vite
nos cours et nous vous rendons beaucoup plus intelligents, plus libres, plus
puissants !» … Les conclusions que vous entendrez après avoir répondu à 200
questions, plus ou moins indiscrètes, vous montrent l’urgence de vous faire
purifier et rééduquer … Si les prix des cours sont très forts, c'est parce que
ces leçons sont efficaces, indispensables !
-Panique culturelle : votre culture
occidentale mène la planète à la catastrophe; revenez avec nous aux coutumes
orientales et faites deux fois par jour la Méditation Transcendantale pendant
vingt minutes sans penser à rien … et vous chasserez ainsi toutes les maladies,
tous les crimes et tous les accidents dans un rayon de cinq kilomètres
…
-Panique politique : pour les
pessimistes, la France est en déclin, elle creuse tous les jours un trou
financier abyssal,
elle organise par
anticipation le surendettement
des budgets de
nos enfants : nous allons droit dans le mur. Il est presque trop tard pour
tout changer !
Unissons-nous
pour redresser la
barre !
- Seule panique positive,
l’écologique : comme l’équipage du Titanic, nous sommes tellement rassurés sur
les capacités de notre civilisation de corriger nos pollutions que nous refusons
de croire que le naufrage de notre planète est en route, que nous sommes en
train de couler … On espère que Nicolas Hulot, auteur du «Syndrome du Titanic»,
provoquera ainsi une peur salutaire …
* Bref, par cette technique
d’intimidation, tous les leaders, tous les révolutionnaires, réformateurs et
utopistes, tous les gourous … finissent par être atteints de la maladie
psychique du «sauveur», de surprotecteur du monde entier ! Ils nous prouvent
ainsi notre débilité incurable et induisent en nous le syndrome des surprotégés
… ! Je les vois, ces chefs triomphants, comme des locomotives bruyantes,
entraînant derrière elles des centaines de wagons qui suivent docilement dans
les virages.
* L’«homme cliché» c’est cela : un
véhicule démotorisé, une remorque …
Et les «héros sauveurs» de la télé et des romans
!
* Les feuilletons télévisés
renforcent involontairement ce culte du héros-sauveur en nous faisant rêver avec
des «Columbo», des «Zorro», des «Sherlock Holmes», des «Docteur Sylvestre», des
«Instit», des «Navarro», des «Brocanteurs» et des «Tuteurs» … avec de belles
actrices, avec des commissaires de police, séduisants et surdoués … bref, avec
des génies qui comprennent tout mieux que tous les experts, et, généreusement,
résolvent tous les problèmes en une heure et demie !
* On commence très jeune à sauver le
monde ! Les jeux vidéo permettent à des millions d’enfants chaque jour de se
sentir tout puissants, de bombarder des positions ennemies, de tuer des dragons
… bref, de se croire surprotecteurs de leurs troupes, de faire comme les grands
: jouer aux sauveurs !
* Comment éviter le sentiment
d’infériorité du grand public avec ce harcèlement médiatique du show des
sauveurs ? Comment ne pas se croire perdu, paumé, naufragé ? Est-ce que le
public actuel des médias est placé dans la situation du cocooning permanent, du
tutorat culturel pour ainsi dire ? Tout porte à le croire, surtout quand les
tendances gouvernementales poussent à l’assistanat législatif des populations,
réclamé par certains partis dirigistes : en surprotégeant les citoyens, patrons,
agriculteurs, marins …, on risque d’en faire des assistés professionnels
!
* Bref, tout système d’organisation
des sociétés humaines, syndical, partisan, scientifique, économique, sportif,
religieux ou philosophique…du moment qu’il s’impose comme obligatoire, sous
peine de sanction, est surprotecteur, parfois même, au cours de crises
violentes, répressif ou sur répressif. On peut aussi se demander si ce
sentiment initial d’être «un homme perdu à sauver», un «être fragile et mortel»
n’est pas commun à toute l’humanité depuis son origine ? Réponse indécidable
!
* Mais le salut médiatique des héros
reste virtuel, presque inoffensif, alors que le salut religieux, promis par des
groupes internationaux de terroristes, est devenu le détonateur de violences
sanglantes, menaçant tous les pays. Les cerveaux de la croisade actuelle veulent
sauver l’Occident, même l’Orient, malgré eux … en commettant des attentats
!
Cette maladie de la surprotection,
active ou subie, est donc terriblement contagieuse. Ses victimes sont en effet
les premières à la réclamer … Surtout lors des élections … dont les candidats
sont obligés de répondre à la demande urgente d’un «Sauveur de la France en
déclin» !

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