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L’homme-cliché

Essai de Roland Huckel - Première partie

A partir des techniques de détection de clichés
vers le piège central
 
 
Chapitre 7

Surprotection et répression

* L’histoire de l’ex RDA présente une excellente illustration de la surprotection et de la sur répression, justifiées par les «êtres fictifs» des responsables ! Rien que la fière dénomination de «République Démocra- tique d’Allemagne» était une évidente supercherie, vraiment une «nature artificielle», un cliché trompeur !

L’Allemand de l’Est ne pouvait pas refuser d’adhérer au Parti Communiste : il aurait mis sa vie en jeu. Beaucoup d’Allemands ont pu fuir vers l‘Ouest ! Le citoyen de la République Démocratique d’Allemagne était donc «surprotégé», surtout par la peur de la police et de l’armée, au service de l’idéologie du gouvernement !

* Je me souviens de la grande admiration de tous les européens pour les exploits de la RDA dans tous les domaines après la guerre : les statistiques officielles faisaient rêver; beaucoup de mes amis se demandaient si le communisme allemand n’étaient pas la formule miracle à imiter et ils se mettaient à douter de notre démocratie française !

* Aujourd’hui on se demande comment nous avons pu tomber collectivement dans le panneau de la propagande RDA ! Les révélations des victimes du régime montrent qu’elles étaient manipulées, souvent sacrifiées à la gloire internationale du système. Encore aujourd’hui, plus de vingt ans après les événements, d’anciens sportifs souffrent et n’arrivent plus à retrouver la santé. Pourquoi ? Ecoutez l’ex volleyeuse, Katarina Bullin, qui avait aidé à remporter la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Moscou.en 1980. (Arte lui a consacré une émission le 6 Juillet 2006). Elle est physiquement cassée. Elle dénonce les pratiques dangereuses, obligatoires : elle a été dopée à son insu, elle a dû absorber régulièrement des cachets bleus comme ses compagnes sportives. L’effet toxique de ce produit n’a pas pu échapper aux organisateurs mais la « gloire de la RDA » valait bien des sacrifices ! Voilà, non une répression ordinaire, prévue par les règlements de la police et de la justice, mais une sur répression victimaire, secrète, organisée par de petits comités gouvernementaux.

* Voilà un échantillon de ce qu’on peut appeler une « mégamanipulation », dont les organisateurs sont inconnus de leurs victimes et vivent par la suite  en parfaite impunité.

Il me semble donc important de distinguer

  • la «pression» éducative (en famille, à l’école, dans l’administration…par menace et punition …)
  • de la répression (surveillance policière, délation, prison)
  • et de la sur répression (mégamanipulation, persécution et élimination des minorités, parfois de façon «industrielle» dans les camps d’extermination, tortures meurtrières des prisonniers comme au Goulag, génocide …)

La guerre, «infanticide différé» ?

* Les guerres mondiales, la première et la deuxième, présentent tous les signes de la surprotection sur répressive.

«La guerre, c’est l’esclavage !» a déclaré le philosophe Alain après avoir été blessé gravement à un pied lors d’un combat d’artillerie en 1914. Volontaire dans l’armée, il avait été tellement scandalisé par l’expérience militaire qu’il avait finalement refusé d’autres grades que celui de brigadier ! Il compara l’attitude des officiers à celle des marchands d’esclaves : mépris et irrespect pour les hommes de troupe, souvent traités comme des bêtes … Pour lui l’armée est «une énorme machine à tenir les hommes dans l’obéissance» (Voir «Mars ou la guerre jugée»59) Mon expérience de la guerre me fait approuver cette thèse d’Alain. Les officiers savent qu’ils n’ont pas le droit de douter de leur mission de peur de diminuer l’ardeur au combat des soldats ! En doutant, ils risquent aussi de devenir objecteurs de conscience et de refuser le combat : car tuer un ennemi, être violent, c’est, dit Alain, «l’effet inévitable d’une pensée sans doute».

* Ne donner la parole qu’à un pacifiste pour comprendre la guerre serait réducteur. Nous avons à tenir compte des travaux de Gaston Bouthoul, qui, associé à Louise Weiss, a fondé les études de polémologie après la dernière guerre mondiale. J’ai retenu par cœur la pensée principale de G. Bouthoul : «Il est plus facile pour un peuple de mourir que de réfléchir» (ce qui est aussi le résultat des fausses informations que nous donnent les idées reçues et les clichés en usage…).Le but des études de Gaston Bouthoul : prévenir les conflits en répertoriant les facteurs polémogènes et les techniques de médiation. Il découvre un aspect surprenant de la guerre, ce qu’il appelle «L’infanticide différé»60. C’est une hypothèse à examiner : l’excès démographique des jeunes dans une population pousserait celle-ci à choisir les solutions violentes dans la solution de leurs problèmes, sociaux ou politiques …

* Actuellement, François Huyghe essaie de renouveler l’intérêt du public pour l’étude des guerres en observant la «violence des images» qui peuvent devenir «criminogènes» (on pense aux réactions aux caricatures danoises sur le prophète Mahomet). L’Université Marc Bloch de Strasbourg a organisé un colloque début juin 2006 sur les derniers développements de la polémologie.

* Mon vécu est assez significatif : Hitler n’a respecté aucune règle du droit international ni des droits de l'homme en nous incorporant de force, nous les Malgré Nous. Mais notre sort a été doux à côté de celui des Juifs, des nomades, des homosexuels et des handicapés .….

Le plus grand danger de la surprotection : nous mettre en esclavage

* La mise en esclavage, voilà la tentation, orgueilleuse et sur répressive, des puissants de ce monde : les égyptiens, les grecs et les romains doivent la gloire de leurs réalisations merveilleuses, aux armées d’esclaves que leur rapportaient leurs guerres … Les seigneurs des déserts africains se livraient à des razzias dans les pays voisins et en ramenaient des esclaves noirs.

* En France même, nous avons des témoignages accablants sur les manières de traiter nos esclaves noirs des Antilles, de la Louisiane et de Guyane. En 1685, le Roi Louis XIV, inspiré par Colbert et les Jésuites, a rédigé le fameux Code Noir de 60 articles, qui réglemente la vie et le travail des esclaves. Intéressant article 44 (déjà cité plus haut) qui montre comment on fabrique des hommes-clichés : «Déclarons les esclaves être des meubles …». Voilà la définition de l’esclave dans l’inventaire des maîtres. Un homme «meuble», voilà vraiment la définition du cliché : c’est «une étiquette de bouteille vide» ou encore une «nature artificiel- lement attribuée» !

* Ce sont les Anglais en Inde qui ont découvert qu’économiquement l’esclavage n’était pas rentable : le travail salarié produit autant de biens que le travail des esclaves ! Au XVIII ème siècle, la poussée révolutionnaire commence à proposer l’abolition de l’esclavage : l’abbé Grégoire et plus tard Victor Schoelcher aboutiront aux lois sur la fin de l’esclavage.

* J’ai un témoignage direct de cette pratique africaine de l’esclavage, qui n’est pas terminée de nos jours, avec le tableau  suspendu au-dessus de mon bureau : je l’ai peint à l’huile en 1968 dans le souk d’Inezgane, près d’Agadir ; il représente un noir qui mendiait, Mohamed, auquel j’ai promis dix dirhams s’il me permettait de peindre son portrait. Pendant trois heures j’ai eu le loisir de l’interroger (avec l’aide de Larbi, l’un de mes élèves) et d’apprendre qu’il avait été capturé du côté du Mali comme enfant et qu’en dernier lieu, il avait été acheté par un commerçant d’Immouzer des Ida Outanane (à cent kilomètres d’Agadir dans le Haut-Atlas). Trop vieux pour être encore utile, il a été renvoyé par son patron en 1967 et depuis, il était réduit à mendier dans les souks pour vivre …

* L’esclavage fonctionne encore aujourd’hui dans beaucoup de pays, peu organisés. Selon un reportage télévisé récent, chaque année, en Afrique, des milliers d’enfants sont vendus comme esclaves.

* N’est-il pas étonnant qu’il faille attendre l’année 1999 pour que les Etats-Unis ratifient le traité contre l'exploitation infantile ?

* Les tentations esclavagistes d’étrangers qui résident en France et qui emploient une personne immigrée sans la  rétribuer (en lui enlevant auparavant son passeport) sont sévèrement punies par les tribunaux français. Un cas récent montre un sportif d’origine africaine, qui a fait fortune en France, et qui a fait venir de son pays une fille de treize ans pour effectuer les travaux de ménage en la faisant dormir sur une natte dans son garage : la fille a eu l’idée de parler de son sort au facteur qui l’a dirigée sur une association de lutte contre l’esclavage. Ce patron a été écroué !

* Des formes atténuées d’esclavage fonctionnent dans la plupart des pays, fidèles aux traditions ancestrales. J’ai eu l’occasion d’observer le rôle des « bonnettes » en Afrique du Nord, recrutées dans les familles pauvres et nombreuses des montagnes et mobilisées dans les travaux de ménage ou de surveillance des enfants dans les villes : le contrat oral ne prévoit aucune rémunération sinon une nouvelle robe par an…Ces filles ne sont pas scolarisées. Elles dépendent du bon vouloir des patrons qui ne se gênent pas de passer leur mauvaise humeur sur elles…Cette coutume constitue un pilier inavoué dans l’économie du pays…C’est un «fait culturel» qui n’a pas été critiqué officiellement, qui est donc toléré… Les clichés, qui alimentent la langue de bois, permettent à chacun de fournir des alibis pour justifier sa bonne conscience face aux millions de bonnettes qui travaillent en Afrique: «Tout le monde est content, les parents, les filles, les patrons. Alors ?» Sauf qu’on parle ici à la place des gens concernés sans leur avis ! Pourquoi ne sont-elles pas scolarisées ? Leur «quotient intellectuel» ne le permet pas ! Pourquoi les frapper : «Elles sont naturellement paresseuses». Pourquoi ne pas leur permettre de se rencontrer et de former un syndicat de défense ? «Elles en sont incapables» et ne le désirent pas (mais on ne leur permet même pas de parler aux voisins). Etc.

Je signale que les clichés «paresseux» et «quotient intellectuel bas» (non mesuré par un psychologue) s'entendent beaucoup dans les salles de professeurs !

* Les traditions esclavagistes, que nous jugeons barbares, ne sont pas spécifiques à l’Afrique, elles étaient considérées comme «normales» et ont duré des siècles avant que les européens ne se livrent à un commerce international avec des convois maritimes pour fournir les planteurs américains en main d’œuvre bon marché…On ignore généralement  qu’au XVI ème siècle, les esclaves blancs, Italiens ou Espagnols surtout, razziés par les musulmans furent plus nombreux que les Africains déportés aux Amériques (voir les travaux des historiens ). La plus célèbre victime des corsaires barbaresques est Miguel de Cervantès, l’auteur de Don Quichotte, qui fut racheté contre une forte rançon en 1580 après neuf années de captivité !

Le comble de la surprotection  sur répressive : la colonisation

* La colonisation a été le comble de la pulsion surprotectrice et sur répressive des fiers états occidentaux, portugais, espagnols, anglais, allemands et français…Chaque pays employait sa propre formule d’organisation: l’anglaise était distante, la française cherchait la proximité… La stratégie belge du temps du roi Léopold II a été vraiment sur-répressive dans la colonisation du Congo ! Une fois installés par la force, les colonisateurs se voulaient des «civilisateurs», répandant la religion chrétienne, l’instruction et l’hygiène, l’industrie et le commerce international … De la surprotection violente du début, on voulait passer à la simple protection (en créant des «Protectorats» par exemple comme au Maroc) … Parler de colonisation, c’est accepter cette complexité des situations …

* Se demander si cette occupation d’un pays par un autre, par la force et la ruse, comportait des aspects positifs, c’est d’abord poser une question simpliste parce que manichéenne Chaque entreprise comporte du négatif et du positif. La question est plutôt de distinguer : «Positif pour les colonisateurs ou pour les colonisés ?». Les deux guerres mondiales du dernier siècle ont fait le bonheur et la fortune des industriels et le malheur de millions de victimes, militaires et civiles ! Il en était de même avec la colonisation : pour beaucoup de commerçants et d’entrepreneurs, la décolonisation est même arrivée trop tôt !

* Quelques voix francophones s’élèvent cependant pour déclarer (en 2006) que, pour elles, le côté positif de la décolonisation est son héritage : la langue française. Pour la camerounaise Callixthe Beyala, auteur du beau livre «La plantation» 61, l’accès à la langue française, qui a un rayonnement international, est l’accès à la liberté … (Le Cameroun connaît beaucoup de parlers locaux à dominance orale, dont aucune n’a de dictionnaire ni de traducteur, ni donc de portée universelle).

* C’est cependant ignorer la gravité du fonctionnement de la surprotection, sur répressive et collective. Celle-ci entraînait ipso facto l’aliénation, parfois l’infantilisation des personnes («Y a bon Banania !»), souvent le déplacement et le regroupement des populations avec le danger de déracinement et de ghettoïsation … Le manichéisme régnait comme dans toutes les crises : face à face, les « hommes clichés » européens aux caques blancs se pavanaient devant les «hommes clichés» assistés : asiatiques, africains, américains …

* Le Président Algérien Bouteflika a résumé cette aliénation du point de vue des ex-colonisés : «La colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions …» (Avril 2006). Stupeur en France !

* C’est que le langage colonisateur faisait croire aux habitants qu’ils n’étaient pas capables, à eux seuls, de s'équiper, de se soigner, de s’instruire, de se défendre…selon leur propre modèle de vie. Surprotégés par ce discours, les gens devenaient passifs car ils attendaient les ordres pour agir et, mal rétribués, les exécutaient mollement. Au cours de mes discussions avec les colons qui, au Maroc de 1965, dirigeaient encore des plantations d’orangers dans la plaine du Souss, j’ai entendu régulièrement des plaintes sur la paresse innée des autochtones !

Par contre ceux-ci, dans leurs communautés, étaient actifs et consciencieux mais selon leur propre rythme,  plus lent que celui des nouveaux maîtres du pays. Autre indice du syndrome des surprotégés : durant le protectorat, en Afrique du Nord, les gens ne commettaient pas de vol dans le sein de leur clan, mais ils prenaient sans remords de conscience le ciment et le goudron sur les chantiers des travaux publics : «Cela appartient à l’Etat ou à la collectivité anonyme, donc à tous, se servir n’est donc pas un vol» (ce qui a aggravé sans doute la renommée des indigènes voleurs !).

* Cette logique des surprotégés est la réaction de défense aux actes et situations, créés par les colonisateurs, qui peuvent aller jusqu’à mettre les indigènes en esclavage ou à les mobiliser militairement dans leurs guerres sur d’autres continents … Voir le beau film «Indigènes».

* Nous avons connu cette réaction en Alsace et en Moselle, annexées au grand Reich Allemand de 1940 à 1945. Au Service du Travail Obligatoire, notre mauvaise volonté,  notre envie de saboter, notre plaisir de coûter cher sans rendement … exaspéraient les cadres nazis et les faisaient hurler de colère ! Pour mater les fortes têtes, ils sont allés jusqu’à ouvrir en Alsace des camps de rééducation à Schirmeck et d’extermination au Struthof ! C’est que nous nous sentions colonisés, surprotégés de façon sur répressive, donc a priori «paresseux» et «voleurs» ! La colère des officiers était notre secrète récompense !

Bref, la colonisation et l’occupation ont fonctionné comme une crise de civilisation avec ses victimes et ses profiteurs …

Le terrorisme

* Toute campagne terroriste collective émane d’une autorité surprotectrice et sur répressive, d’un comité qui veut changer les événements ou laver des affronts, politiques ou religieux.

* Voir la documentation exhaustive de ces groupes dans «La force des faibles – Encyclopédie mondiale des minorités»62 de Roger Caratini. On y distingue entre autres les minorités centripètes (des Noirs d’Afrique du Sud qui demandent à être reconnus comme citoyens à part entière), des minorités centrifuges (les Corses, les Basques …) qui exigent un traitement différent de celui, imposé par la majorité.

J’ai retenu surtout de ma fréquentation avec cet encyclopédiste sa démystification des élections. Il signale que  le prestige magique du suffrage universel trouble notre morale politique C’est le plus grand nombre qui décide de tout pour tous … Les politiques sont passés maîtres dans l’art de fausser les mécanismes électoraux, de manipuler les électeurs … Et de rappeler qu’Hitler est parvenu au pouvoir avec 88% de suffrages exprimés … (P.188). Une majorité électorale ne signifie donc pas automatiquement que le groupe gagnant appliquera la démocratie ! Je conclus que dans beaucoup de cas la majorité numérique lors des élections est le cliché d’or des manipulateurs du Suffrage Universel.

* Mais qu’en est-il des séismes planétaires, causés par le terrorisme actuel : s’agit-il d’une guerre de religion, d’un conflit d’intérêts, d’une bataille pour le pouvoir mondial ?

* S’agit-il d’un «Choc des civilisations»63 comme l’écrit un politologue américain en 1996 ? Les critiques adressées à la synthèse, construite par le Professeur Huttington, signalent son américanocentrisme. Le concept «civilisation» est d’ailleurs lui-même très discutable : il cherche une copie artificielle des réalités historiques qu’on découpe en diverses cultures prestigieuses et originales, afin de maîtriser la complexité des situations découvertes. La méthode est discutable car les groupes dits «primitifs» d’Afrique, d’Australie et des Iles … n’ont jamais eu l’honneur d’être appelés «civilisations» ! Il s’agit donc dans beaucoup de cas d’un  cliché, inventé par les historiens.

* Pour ma part je ne peux que signaler un aspect, parmi beaucoup d’autres, qui n’a pas encore été analysé, mais seulement évoqué par ci par là, en particulier par une pédiatre de Los Angeles, d’origine syrienne. Mon hypothèse est que cette guerre planétaire se présente aussi comme un conflit manichéen entre les adorateurs de leur unique livre, et les consommateurs de tous les livres, d’aventures, d’humour et de sciences, déclarés profanes … Plus exactement, entre d’une part les groupes qui ferment leur lot de messages religieux, politiques, scientifiques, philosophiques, professionnels, militaires … empêchant tout ajout et toute omission, et d’autre part les groupes qui, au contraire, ouvrent leur lot de messages à toute innovation et à toute refonte.

Je précise qu’en parlant de «groupes», j’en mentionne le caractère dominant, étant entendu que c’est une simplification indispensable à la communication. Mais en réalité, des minorités fonctionnent dans chaque grande société; même en Israël, une secte milite pour la destruction de l’Etat et s’allie aux terroristes Palestiniens, parce que, selon les Ecritures, le peuple juif ne doit se regrouper qu’après l’avènement du Messie! En 1999, ce groupe de messianistes avait même une base au nord de l’Alsace !

* Tout groupement en partis, en syndicats et en sectes, forme donc une mini société fermée … Un tel groupe choisit son texte ou un ensemble de textes, et le déclare «fondateur», «indépassable» ou encore «sacré». La mentalité de tels groupes –famille, région ou Etat - fonctionne en circuit fermé de croyances et de règles, quelle que soit la sagesse des chefs.

* Vivre dans de tels groupes, c’est comme évoluer dans une bulle d’air, ascendante ou descendante, à la façon d’un planeur : on ne peut que subir. Ainsi, chacun de nous - en France et ailleurs – ne peut que partager le sort commun de son groupe. Pourquoi ? Parce qu’il est enfermé dans son système de pensée, soit «aristocentrique» soit «populocentrique», soit «européocentrique», soit «africanocentrique», «asiatico- centrique» ou encore «américanocentrique» … En cosmogonie, les anciens étaient «géocentriques» se croyant au centre du monde, nous sommes aujourd’hui «héliocentriques», bientôt «cosmocentriques» …

Il est presque impossible d’échapper à de telles prisons mentales ! Pour «Le nouvel esprit scientifique»64 de Gaston Bachelard, ce sont là de difficiles «obstacles épistémologiques» à franchir.

* Malgré ce handicap, fonctionnent des groupes au lot ouvert de messages. Ceux-là considèrent tous les textes fondateurs comme dignes d’intérêt, mais ne se sentent pas concernés par leurs conseils, leurs lois et leurs interdits … En principe, une fatwa lancée par un chef musulman ne crée pas d’obligation pour les non musulmans ! Le groupe ouvert ne privilégie donc aucun texte en particulier – ou alors à titre d’hypothèses - et accueille toutes les informations, orales, écrites ou observées, donc aussi celles provenant de l’Univers en constante découverte. La philosophie et les sciences, les sciences humaines en général, fonctionnent en un tel système ouvert de messages. Cette attitude est très proche de la tendance laïque, qui choisit un texte sacré et tolère tous les autres …

Je connaissais depuis longtemps les études épistémologiques65 du philosophe Karl Popper, pour lequel beaucoup de concepts courants, comme le «mouvement», sont des «essentialismes». Toutes nos théories risquent d’embaucher de tels essentialismes, aussi il vaut mieux les considérer comme des hypothèses provisoires. Pour lui, fonctionnent trois «mondes» (physique, psychique et théorique) mais aussi deux sortes de sociétés : l’une, fixée aux traditions et aux dogmes, qui n’accepte aucune critique ni changement, qui est donc «close» et l’autre, «ouverte», dans laquelle les critiques sont possibles sans risques parce que chaque contradicteur est protégé par les mœurs démocratiques …

Mais je n’imaginais pas la gravité de cette incompatibilité entre les deux sortes de systèmes de pensée. Je l’ai découverte par hasard en 1970, dans le contexte musulman du Maroc. Je discutais souvent avec un collègue marocain, professeur de géographie, auteur d’un manuscrit magnifique sur les coutumes et les costumes en usage dans les principales vallées de l’Atlas : sa peur, m’a-t-il dit, est que sa mère apprenne qu’il a écrit un livre profane; elle ne connaît et n’apprécie que le Livre sacré du Prophète. «Elle va m’insulter et me défendre de revenir chez elle !».Il a renoncé à faire publier son manuscrit du vivant de sa mère. Voilà un cas, pas rare, d’autocensure.

Cette fixation à un seul livre m’a été confirmée par les lycéens d’Agadir, qui me signalaient leur malaise face à deux positions : à la mosquée, l’imam ne cessait d’expliquer que la théorie de l’évolution était vraiment incompatible avec le créationnisme de l’Islam, alors qu’au lycée, dans les cours de science et de philosophie, la théorie de Darwin n’était pas clairement refusée (classée par certains professeurs comme une hypothèse très probable !). Ces élèves formulaient à leur façon la différence entre une culture au système fermé, axée sur un seul ensemble de livres (le Coran et ses commentaires, appelés Hadit), et celle des professeurs français, presque tous fidèles au système ouvert, qui se servaient de bibliothèques entières. (Ce problème est transposé actuellement dans les collèges français qui accueillent des élèves musulmans).

* Même scandale à propos de la psychanalyse : celle-ci rendait beaucoup de parents d’élèves furieux parce qu’on brisait l’un des tabous de la société berbère et arabe, alors que les jeunes s’amusaient plutôt avec les nouveaux concepts. Freud n’étant pas au programme, j’ai réuni mes élèves un soir dans le réfectoire de l'internat pour dissiper les principaux malentendus …

En réaction j’ai reçu un billet confidentiel d’une lycéenne qui me raconta la légende berbère d’Ahmed Ounamir. Celui-ci, jeune marié à quinze ans, était malheureux : sa femme lui reprochait d’accorder trop de temps à sa mère et celle-ci pleurait, se sentant oubliée par son fils. Ahmed finit par devenir fou puisqu’il se suicida (sic)! Ce mythe paraissait plus important à mon élève que celui d’Œdipe même quand je lui eus montré la parenté entre les deux …

* Avec ces deux problèmes non résolus, le refus de l’évolution et de la psychanalyse, il s’est produit une situation inconfortable chez les étudiants et auprès des autorités ! La crise de conscience a été jugée très grave et donnait des arguments aux partisans d’une arabisation accélérée des écoles marocaines…Il fallait aussi embaucher les spécialistes diplômés Marocains que nous avions formés. Résultat : en 1973, tous les professeurs de philosophie Français des Lycées marocains ont été remplacés par des professeurs Marocains de « pensée islamique », ayant des diplômes français de philosophie !

* J’avais rédigé en 1970 une thèse sur «Le cercle dit ‘vicieux’ dans la pensée philosophique et scientifique»66. Mon successeur au Lycée d’Agadir, Cherkaoui Mohamed, l’a lue et a déclaré : «C’est la philosophie qui produit des cercles vicieux alors que la religion les surmonte» ! Nous revoici au cœur du conflit des rencontres entre un système de pensée ouvert et un système fermé.

* Sachant mes élèves très timides, enclins à donner raison au dernier argument entendu, j’ai encouragé ceux qui me contredisaient, félicitant ceux qui arrivaient à trouver l’anti-thèse d’une affirmation. Je les encourageais aussi à poser leurs questions trop personnelles par écrit. Voici ce que m’a révélé un de ces billets d’un élève de terminale «Vous avez félicité l’un de mes camarades qui a osé vous dire non. Je ne suis pas d’accord. Cela je ne l’ai jamais vu dans une école et beaucoup ne comprennent pas. J’en ai parlé à mon père qui est instituteur. Il dit que c’est très dangereux pour vous de faire cela, qu’à la fin les jeunes ne vous croiront plus rien ! Qui a raison ? Je suis très troublé».

* A cette lecture, je repensais aux leçons de catéchisme de mon enfance à l’école : l’abbé Bengel m’avait donné des coups de règle sur les doigts de la main parce que j’avais déclaré «idiote» la loi de l’Eglise qui refuse l’ordination à une personne, née en dehors du mariage ! Cela m’a rappelé que dans les deux cas, catholique ou musulman, l’enseignement est dogmatique et autoritaire, incompatible avec une objection ou un refus…Autrement dit, dans les deux cas, le contexte des systèmes fermés de pensée impose sa structure verticale aux messages, censés venir de très haut : la Volonté de Dieu se transmet au paroles du Prophète, du Roi, du Président, du Maître, du Prêtre et même du Père … ! D’où le respect des jeunes marocains pour leurs parents et pour leurs maîtres, dont nous, les coopérants, avons bien profité …

* Ce que n’avaient pas compris le lycéen, auteur du billet, et son père, c’est que l’initiation à la philosophie n'est ni dogmatique ni autoritaire, mais qu’elle est «ouverte» au dialogue et aux objections …

* A signaler que sur le plan international, parfois, par opportunité politique, les dirigeants de sociétés à système ouvert de pensée, comme les U.S.A., s’alignent sur un système fermé de messages, par exemple en plaçant une main sur la Bible, lors de leur investiture, ou encore en invoquant leur mission de «nation élue» – ou leur «destin manifeste» – de favoriser l’«axe du bien» et d’éliminer «l’axe du mal» … On connaît les conséquences guerrières de telles incantations lyriques, alimentées par diverses communautés religieuses …

* Sur le plan international, les groupes extrémistes se sentent en danger et se croient incompatibles entre eux, craignant la contagion ou la concurrence du modèle opposé. Leur rencontre, par la facilité actuelle des transports et des informations, de l’immigration et du tourisme, produit des courts-circuits de plus en plus nombreux, des étincelles de plus en plus meurtrières et de plus en plus racistes! L’animosité des adeptes de la pensée close s’amplifie en haine publique, en slogans belliqueux contre les apostats, les blasphémateurs…et se donne le devoir de «purifier la planète» par l’élimination des «dégénérés irrespectueux, caricaturistes ou romanciers»! Tuer, même toute une population de mécréants, devient, dans ce conflit international, une mission sacrée, «une guerre sainte» !

* Comment ne pas penser aux Marranes, à ces populations de Juifs espagnols du XV ème siècle, obligés sous la pression de l’Inquisition, de se faire baptiser catholiques et de pratiquer leurs rites dans la clandestinité ? Le viol de la conscience, n’est-ce pas un crime contre l’humanité ?

* Confiné dans leur bulle extrémiste, chacun des deux camps accumule l’agressivité contre l’autre : les deux se comportent comme deux frères ennemis, comme Caïn et Abel !. L’arbitrage de l’extérieur est impossible. Sur le terrain, les impératifs de la vie commune arrivent la plupart du temps à organiser la coexistence et la tolérance, parfois au prix d’une taxe à payer (dhima) par les minorités  au groupe dominant !

* Est-il nécessaire de rappeler que la tentation des lots fermés de messages n’a pas épargné le christianisme durant les sombres périodes des Croisades et de l’Inquisition ? J’ai été très ému en apprenant le sort du dominicain, défroqué et philosophe, Giordani Bruno. Ce penseur téméraire a été brûlé vif en 1600 pour avoir professé une doctrine, contraire à la bible chrétienne, dans son livre «L’infini, l’univers et le monde» ... Un peu plus tard Galilée a failli subir le même sort mais a eu l’idée de se rétracter, verbalement du moins ! Cette tentation de fermeture des messages persiste encore dans l’Eglise Catholique par son dogmatisme comme dans toutes les Eglises … Mais l’actuel clergé est moins violent que jadis dans ses réactions, ne disposant plus du «bras séculier» (de la puissance du pouvoir civil et militaire) ni de l’appui des paroissiens de moins en moins nombreux ! Le ton est au regret : on réhabilite Galilée et on demande pardon pour les atrocités commises pendant l’Inquisition … Un curé auquel je parlais de Galilée et de Bruno, m’a répliqué que «l’histoire de l’Eglise est un cadavre et qu’il n’y a donc rien à apprendre de son passé !»

* Le terrorisme qui endeuille les familles depuis des dizaines d’années en Irlande du Nord entre les deux communautés, catholique et protestante, et celui qui est organisé par des comités du pays Basque des deux côtés des Pyrénées, montrent que ces violences peuvent toucher toutes les religions et tous les partis de gauche ou de droite…non seulement l’Islam !

* A présent voici le facteur déclenchant du terrorisme. Les dangers d’enfermement mental des populations sont aggravés par leur réflexe collectif d’honneur ! Et l’honneur est le moteur principal des comportements communautaires. On voit donc que toutes les communautés, ethniques, sportives, religieuses, techniques, patriotiques …, même à l’intérieur des démocraties, sont flattées de recevoir des hommages mais sont tout aussi vite révoltées à chaque affront et prêtes à se défendre ou à attaquer les adversaires …

Dans une société comme la France, à dominante ouverte, la solidarité nationale est difficile à ébranler : les violences, internes à un groupe pour une question d’honneur, n’intéressent souvent que les journalistes et ne vont pas inquiéter la République.

* Mais dans les grandes sociétés fermées, au Moyen Orient par exemple, la solidarité fonctionne encore avec efficacité. Un incident, qui donne aux gens le sentiment d’avoir été déshonorés,  provoque une émotion dans le pays entier et exige une réparation immédiate !

Les structures tribales d’un tel pays appliquent le «code d’honneur collectif» et suivent les règles suivantes.

- Le pays qui a eu l’honneur d’abriter sur son sol un Saint, un Prophète ou un Dieu est déclaré «Terre Sainte» et sa capitale devient un lieu de pèlerinage avec des Temples, des Eglises et des Couvents. Voilà le drame de Jérusalem, capitale spirituelle à la fois du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam. Voilà surtout l'origine de violences collectives historiques comme celles des Croisades … On ne peut pas imaginer situation plus dramatique et plus explosive ! Même problème dramatique pour toutes les capitales au passé religieux comme Rome, comme La Mecque, comme Lhassa …Pensez à ces drames pour comprendre les avertissements 67 de René Girard : «La violence, c’est le sacré … le sacré, c'est la violence». Le fidèle se trompe depuis des millénaires en vivant le sacré comme un ordre sécurisant de survie !

- Le déshonneur commis par un seul membre d’une société fermée se lave par son lynchage immédiat... C’est par exemple la loi de la charia qui condamne à mort les apostats, mais aussi les femmes adultères…C’était la loi de l’Inquisition d’éliminer ceux qui déshonoraient l’Eglise ! Un crime de blasphème attribué à l’un des membres d’une communauté, jette le déshonneur - et donc la culpabilité - sur toute cette communauté. Celle-ci doit être punie au nom de ses victimes ! C’est ainsi que les caricatures dessinées par un Danois, jugées injurieuses, ont provoqué des représailles violentes contre tous les Danois en général et même contre les produits d’origine Danois en vente…(Voilà la guerre déclenchée entre les systèmes ouverts de messages, très individualistes, et les systèmes fermés, très communautaires …).

- L’esprit d’honneur collectif, dominant dans les tribus, rend chacun responsable, à la fois des victoires du groupe mais aussi de crimes qu’il n’a pas commis personnellement. Penser aux malédictions bibliques qui s'étendent sur plusieurs générations ou au «péché originel» des catholiques. (A l’opposé, l’esprit d’un groupe individualiste ne rend responsable que la personne, dont un procès a jugé qu’elle a commis un crime …). Cette loi archaïque du Talion et de la solidarité tribale a décimé des centaines de communautés jadis …

* Ces trois règles forment aussi la loi des comités de terroristes ! Se croyant victimes des sociétés qui dominent le monde actuellement (en Occident et en Orient), les commandos doivent laver cet affront en détruisant les groupes coupables – s’il le faut par des attentats commis sur des voyageurs de trains, de métros ou des locataires de gratte ciel…Cette persécution est tellement dramatisée quelle devient planétaire : aucun coupable ne doit échapper à la punition collective, qu’il se réfugie en Asie, en Europe, en Afrique, aux Amériques ou en Australie … !

* Hélas ! toute dramatisation d’une cause collective (patriotique par exemple), contrecarrée par un adversaire, risque d’aboutir à sa sacralisation, au culte des héros et des martyrs, morts pour cette cause…En retour, toute sacralisation réagit par la sur dramatisation, par la punition des adversaires qui commettent des «profanations», des «sacrilèges» … Le besoin de représailles des populations insultées, par kamikazes interposés, est alors difficile à éviter !

La sagesse consiste donc à éviter toute dramatisation: mais cela est impossible, dans le contexte d’une société à lot fermé de messages dont la caisse de résonances émotives est bruyante comme le tonnerre d’un orage d’été … C’est plus facile dans une société ouverte dont la caisse de résonances publiques est vite calmée par l’indifférence grandissante des individus au sort commun !

* Quel génie – qui mériterait le Prix Nobel de la Paix - inventera le filtre anti-clichés qui corrigerait notre vision et qui nous présenterait les humains dans leur commune «nature authentique». Cette «nature» est à respecter par-dessus tout, quelles que soient les «fonctions» exercées : les honneurs, les langues, les métiers, les couleurs de la peau, les pratiques religieuses …

Le droit à la vie est plus important et plus dramatique pour la survie de l’humanité que le droit à une fonction, spirituelle ou temporelle. En oubliant ce droit à la vie et à sa «nature» unique, l’homme-cliché se fie aux fausses valeurs d’une fonction extérieure, vécue comme sa nature intérieure. Le «filtre de Diogène» est à réinventer.

* Voilà terminée l’énumération des conditions qui provoquent les tueries organisées : je peux préciser à présent mon hypothèse sur le terrorisme.

La fermeture séculaire à toute nouvelle idée rend les vieux pays hypersensibles aux réflexes de dramatisation et de sacralisation que déclenchent les attributions collectives d’honneurs et de déshonneurs. C’est aussi le cas de régions (corse ou basquaise…) qui réclament en vain leur autonomie. Les situations infamantes les poussent dans la seule réponse traditionnelle connue pour «sauver leur honneur» : la condamnation collective à mort des opposants ou des blasphémateurs, de tous leurs concitoyens et de tous leurs amis dans le monde!

Il faut pour déclencher ces violences qu’un leader se lève pour organiser les ripostes et mobiliser les adeptes dans le monde entier.

* Ce n’est donc pas un «choc des civilisations» qui provoque la tragédie actuelle du terrorisme, mais l'incompatibilité entre les réflexes aux revendications ou à l’offense de quelques groupes isolés à culture close et les réflexes individualistes de tous les autres groupes à culture ouverte. Des groupes d’extrémistes, prêts au martyre, vivant dans une structure mentale tribale, menaçant toutes nos civilisations, occidentales et orientales, voilà la source du terrorisme actuel, de plus en plus international. Les religions sont prises en otages durant de telles opérations.

Evidemment je suis prêt à renoncer à mon hypothèse ci-dessus à la faveur d’autres explications plus pertinentes.

Notre pulsion raciste

(Le concept « race » pour désigner les différences apparentes des populations ne convient plus dans l’état actuel des connaissances. Je le maintiens cependant ici pour éviter des complications inutiles)

* Nous faisons tous semblant de distinguer les « natures artificielles» diverses - et non les fonctions réellement exercées – quand domine le système fermé de pensée ! Le réflexe persécuteur, inévitable dans les contextes communautaires en crise, a besoin de présenter les «autres» comme des êtres à la «nature héréditaire» dégénérée, bestiale, donc dangereuse : à éliminer ! Un tel jugement global est incapable d'admettre la «formule unique du sang O, A, B …» du noir, du blanc, du rouge ou du jaune …

Quand on hait ou quand on admire, on n’analyse pas, on ne voit plus les nuances.

* C’est ainsi que, depuis des siècles, les pouvoirs, politiques et religieux, surprotecteurs et sur répressifs, ont tout fait pour que nous oubliions que notre pratique religieuse, politique, technique ou sexuelle… n’est qu’une fonction variable, donc non dramatique, que ce n’est pas une nature invariable ou «sacrée» ni une nature qui serait inscrite dans notre ADN.

Ces chefs ont trop besoin de boucs émissaires pour cacher leurs échecs - et parfois leurs crimes - pour oser nous révéler les ressorts discriminatoires qu’ils appliquent aux pays étrangers. Rien que par la consommation de pétrole, les dix pays les plus riches dépensent la moitié des stocks disponibles ! Leurs actions sont donc involontairement néo colonialistes, impérialistes, persécutrices…. Pour rester dignes, ils placent un rideau opaque entre la scène dirigeante et nous, entre le Nord riche et le Sud en développement. Bref, ils organisent instinctivement un système de méconnaissance : celui-ci nous rend incapables de distinguer la culpabilité de l'innocence des victimes et des meneurs du régime, de même que la nature de la fonction des personnes pénalisées … (Voir les analyses précises de ce «mécanisme mimétique de la victime émissaire» dans les persécutions et dans l’ignorance organisée, chez René Girard, en particulier dans son livre «La violence et le sacré»67.

Victimes de manoeuvres hiérarchiques persécutrices, nous trouvons normal de craindre et de mépriser les étrangers, épinglés comme ennemis publics, car il est difficile de ne pas hurler avec les loups.

* Nous avons donc tous une pulsion raciste en nous. Mais est taxé de raciste, celui qui, en public, ne maîtrise pas cette tentation mimétique d’agression de l’«autre» ni, en privé, son réflexe naturel de peur de l'étranger ! C’est ce que confirme à sa façon André Gide qui dit : «Plus le blanc est intelligent, moins il trouve le noir bête» !

* En conclusion, on peut dire que c’est le maintien des peuples dans l’ignorance,  organisée par les élites persécutrices, qui  rive dramatiquement quelques pays entiers à une mentalité agressive, à un système fermé de croyances, et qui les rend donc violents et racistes. Les pulsions surprotectrices et sur répressives agressent alors les millions d'hommes-clichés de la foule anonyme : actuellement les cibles «occidentales» des sociétés ouvertes !

* Le fait que les cibles soient anonymes, toutes religions et toutes races confondues, montre que la cible des terroristes est une image, un cliché d’humains collectivement coupables.

Le chef d’œuvre des surprotecteurs sur répresseurs

Enfin, le chef d’œuvre des sur répresseurs : ils arrivent à se faire aimer, voire adorer, par leurs victimes … et cela jusqu’au délire. Rappel : en 1953, lors de l’exposition de la dépouille mortelle du  Maréchal Staline, une foule de milliers de fans du «petit père des peuples» se pressait devant le Kremlin, évidemment refoulée par le service d’ordre : le lendemain, l'hôpital a compté 1550 moscovites, écrasés par amour de Staline !

Toute surprotection n’est pas sur répressive

* L’Europe a été surprotégée deux fois au siècle dernier par l’intervention militaire des Etats –Unis, de l'Angleterre et du Canada, puis de la Russie, à la fin des deux guerres mondiales. Ces campagnes ont réussi la libération de l’Europe de l’emprise des visées allemandes, impériales d’abord, puis nazies … Presque toutes les troupes et administrations étrangères se sont retirées de l’Europe après la victoire de 1945.

* On peut donc dire que toutes les surprotections, politiques et militaires, ne sont pas sur répressives. Ce constat est peut-être trop optimiste car les risques sont multiples : les «Libérateurs» ont tous plus ou moins des visées impérialistes, parfois des programmes d’annexion ! Parfois aussi, ils apportent une aide importante à la reconstruction (comme avec le Plan Marshall).

* Pour l’historien universitaire, Alain Gérard Slama, «l’Europe est hyperprotégée», paralysée par la peur d’un conflit non maîtrisable, peur qui rappelle l’attitude du Maréchal Pétain. (Voir «Le siècle de Monsieur Pétain»68.

L’archétype du surprotecteur sur répresseur 

Le modèle parfait du surprotecteur sur répresseur est l’image que nous nous faisons, nous chrétiens, de Dieu. De Dieu d'abord puis de tous ceux qui se disent ses serviteurs, du clergé, des parents traditionnels, des Rois, des gourous …

Partout dans le monde, Dieu fait figure d’archétype du surprotecteur parfait, origine du bien autant que du mal, de la joie autant que de la souffrance ! Les messages des textes sacrés réchauffent les espoirs de salut et font rêver de paradis …

Chrétiens, nous imaginons Dieu à la fois «tout puissant», «parfait» et «tout amour pour nous», mais surtout d'une «sévérité» impitoyable : voilà les quatre clichés qui désignent aussi tout surprotecteur sur répresseur !

L’homme-cliché est-il «unidimensionnel» ?

* Inconvénient majeur : la surprotection produit chez des millions de personnes le sentiment d’être «protégées» dans leur groupe, sans qu’elles puissent se rendre compte qu’en fait elles sont «surprotégées», ayant perdu leur personnalité et leur dignité en même temps que leur esprit d’initiative ! C'est le risque que prennent tous les fidèles des partis politiques ou des sectes religieuses tout comme des régimes, dominées par l’économie (et leurs plans quinquennaux). Ces personnes vivent, non en majeures et adultes, mais en mineures et irresponsables : bref infantilisées Elles ne s’imaginent même pas pouvoir vivre sans leur génial leader ! Leur ego est maintenu en soumission silencieuse par les ruses des chefs, manipulateurs efficaces.

C’est que les victimes des leaders orgueilleux ne remarquent pas quand leurs chefs deviennent des surprotecteurs, encore moins quand ils deviennent des sur répresseurs : et si elles le remarquaient, ce serait trop tard !

* Jadis cet état de dépendance d’une autorité abusive était désigné par le mot d’«aliénation». Jean-Jacques Rousseau, qui nous a appris à voir le monde d’un œil nouveau et dont on n’a pas fini de recevoir des leçons, ne voyait aucun inconvénient à la perte de droit et de personnalité. Au contraire car les clauses juridiques de son Contrat Social69 (I, VI) sur la libre disposition du travail, de la personne … «se réduisent toutes à une seule, à savoir à l’aliénation totale de chaque associé avec tous les droits à toute la communauté … L'aliénation se faisant sans réserve, l’union est aussi parfaite qu’elle peut l’être et nul associé n’a plus rien à réclamer». Cette forme de surprotection est difficile à accepter de nos jours !

D’ailleurs Hegel s’opposa à cette thèse. Il montrait par exemple le courtisan du XVIII ème siècle français, fier de percevoir de l’argent en retour de ses flatteries : voilà une perversion de l’esprit de ce monde et une aliénation absolue …

C’est ce qui a inspiré Karl Marx, qui distingue une aliénation économique, sociale, politique, culturelle, religieuse même … On connaît l’impact de ces nouveaux concepts sur les faits historiques et jusqu’à nos jours sur les événements internationaux, sur le communisme et sur le capitalisme …

* Comment ne pas penser à «L’homme unidimensionnel»70 d’Herbert Marcuse (pourfendeur allemand du nazisme), livre sorti en France vers 1968, qui a fait sensation durant cette année agitée ? L’homme unidimensionnel a perdu le sens de son «être» sous l’impact de l’encerclement technicien et du «principe du rendement» : celui-ci lui fait oublier le minimum freudien, le «principe du plaisir» et «le principe de réalité». Il est ainsi devenu économiquement rentable mais en perdant tout esprit critique. Résultat : il se soumet à une seule idéologie, à celle qui justifie la société ambiante (à dominante capitaliste à l’époque) ! Même la classe moyenne, qui serait capable de protester, préfère le mieux-être du confort familial, par la longue protection bancaire, à l’aventure d’une révolution … De fait, Herbert Marcuse décrit prophétiquement la société du début du XXI ème siècle, obsédée de rendement, mais affaiblie par le chômage en millions d'exemplaires et par les délocalisations des emplois en Asie ou en Afrique, bref par la précarisation généralisée.

* Le chômeur, voilà le citoyen fiché, immatriculé, surveillé, l’un des soldats de «l’armée de réserve du patronat» (selon Marx), l’un des millions de français à aller à la pêche en milieu de semaine, bref voilà le nouvel «homme-cliché» ! L’identité banalisée du chômeur peut cacher un ouvrier, une employée, un artiste, même un cadre, un ingénieur à présent, n’importe quel «être». Leur «faire» obligatoire : rechercher un nouvel emploi, même sans espoir. Un malade n’est pas traité autrement, exclu du système et censé avoir perdu toute compétence …

* Voilà «L’horreur économique»71, décrite par Viviane Forrester  pour laquelle, entre autres arguments, par leur honte, les demandeurs d’emplois s’accusent de ce dont ils sont les victimes…! Cette thèse n’a pas été acceptée par le patronat français … peu effrayé par le nombre de millions de sans emploi !

Dans son livre précédent «La violence du calme»72 Viviane Forrester avait donné un nouvel éclairage de la surprotection. Des forces contraignantes, très violentes et très anciennes, ont été si efficaces que leur influence dure encore aujourd’hui et installe un calme que personne ne peut expliquer …

* L’homme-cliché est donc un des cas de figure de «l’homme unidimensionnel». Même dans les grandes entreprises, cotées en bourse, le titre de son «être professionnel» (de «patron d’entreprise» par exemple) cache que chaque agent est l’esclave de l’efficacité de son «faire» aux yeux des arbitres économiques, c'est-à-dire des actionnaires, en amont. La précarité commence à menacer même les chefs d’entreprise …

Les surprotecteurs de l’ombre

Conséquence de notre besoin général de surprotection : la naissance récurrente de théories qui nous décrivent menacés de catastrophes, organisées par des comploteurs internationaux. Cela a commencé avec les «Illuminés de Bavière» et continue avec les rumeurs de complots juifs ou capitalistes, du «danger jaune», des «chemises noires»…et, depuis le 11 septembre à Manhattan 2001, culmine dans la peur du terrorisme islamiste, qui aurait pris comme cible tout l’Occident. Faut-il pour autant rester inactifs ? L’individu est paralysé : il ne sait pas comment réagir face à un problème aussi mystérieux et vaste ! Une manipulation de masse, une «mégamanipulation» pourrait-on dire, terrorise les populations de plusieurs pays voire les habitants de tout un continent ou explicitement de la civilisation occidentale. Le groupe menaçant est minoritaire, occulte et paranoïaque, ce qui l’oblige à des actions spectaculaires et violentes, c’est–à-dire à des attentats.

Le discours des «comploteurs» est typiquement manichéen et sectaire :«Nous les purs, nous allons purifier les populations à sauver». Le syndrome du sauveur du monde est donc implicite dans les motivations de ces nouveaux bienfaiteurs de l’humanité …

Logiquement ces mouvements meurtriers commettent la faute de «simplification extrême des réalités» : la complexité des situations humaines n’étant pas respectée, leur but échoue mais après des catastrophes en série … Ironie : beaucoup de ces mouvements, accusés de complot contre notre civilisation, se plaignent eux-mêmes de subir les violences de persécuteurs, comploteurs internationaux.

Bref, si vous comprenez les mécanismes de la surprotection manipulatoire, vous arrivez à résister aux sirènes de la publicité commerciale, du prosélytisme sectaire et de la démagogie politique … Vous aurez un sourire de compassion pour les adeptes sectaires sur le trottoir qui vous proposent un examen psychologique gratuit …mais vous ne vous laisserez pas tenter par ces leurres de recruteurs !

On divise pour régner, mais en plus on fait peur aux gens pour les asservir !

* Astuce principale de recrutement de disciples par les surprotecteurs : inventer un péril, se placer sur le parcours des foules et crier : «Attention danger !». Celui qui apparaît comme l’avertisseur d’un malheur est vite pris par les gens comme celui qui sait comment s’en sortir sain et sauf : le secouriste aura vite une clientèle apeurée, prête à le suivre : il devient donc le «guide». Bref, le candidat au pouvoir et à la vocation d’organisateur du salut public commence par mettre son auditoire en panique. Procédé infaillible pour le mettre en demande de protection et bien vite en esclavage. Exemple donné par le fondateur d’un mouvement religieux qui déclame : «C’est l’homme qu’il s’agit de sauver».

Témoignage personnel vécu. Lors de mon arrivée en 1963 au Lycée Youssef Ben Tachfin d’Agadir, la ville, trois ans après le séisme de 1960, était en plein chantier de démolition des maisons endommagées. Au bruit des explosions des tirs de mine, mes élèves se levaient et sortaient de la salle de classe en moins de temps qu’il ne faut pour le dire … Un jour au réfectoire, même bruit, même réaction collective : des dizaines de lycéens essayaient de sortir en passant, tête la première, par les grandes fenêtres vitrées … Il a fallu plusieurs ambulances pour évacuer les blessés ! Là, j’ai compris ce qu’est une panique !

* Le danger de la panique, c’est qu’elle mobilise en nous toutes nos réserves en énergie mais en bloquant tous nos raisonnements, en anesthésiant toute notre sensibilité. C’est un moment de folie ! Collective, elle devient souvent destructrice, même mortelle … nous rendant capables de piétiner nos propres enfants, même dans les gradins des stades de foot lors d’agression de Hooligans ! Prolongée par des mots d’ordre quotidiens de prudence par les caporaux des communautés, elle produit chez les disciples un silencieux terrorisme mental ! «Le sentiment de l’avoir échappé belle ne quitte pas le citoyen d’un Etat communiste», signale Françoise Thom en étudiant la «langue de bois» du temps de l'Union Soviétique 73.

Voici quelques cas observés dont le succès est extraordinaire !

-Panique colonialiste : vous n’êtes pas arrivés avec vos moyens, les conseils de vos sorciers et vos guerres des chefs, à garantir votre espérance de vie au-delà de 40 ans, ni à sortir de la pauvreté et du sous-déve- loppement ! Nous allons vous aider à vous équiper et à vous soigner et vous aurez aussi, comme nous en Europe, une espérance de vie de plus de 70 ans et un niveau de vie honorable … grâce à nos technologies que nous allons vous apprendre ...

-Panique financière à la manière du gourou alsacien André Biry : vous ne trouvez plus de joie de vivre ni de bonheur tant que vous craignez pour vos économies : j’ai un « plan argent», apportez-moi vos réserves et vous pourrez de nouveau dormir sur vos deux oreilles …

-Panique patriotique et religieuse: la démocratie et la laïcité paganisent le peuple français; selon le curé, Georges de Nantes (de la Contre Réforme Catholique), «il faut à la France un dictateur pour imposer la religion catholique … il faut que le sang coule !» A ses moines-soldats il dit : «Vous devez vous contenter d'obéir … j’exclus que je puisse me tromper» !

-Panique métaphysique : «… dans un an ou deux, selon nos prophètes, Témoins de Jéhovah, ce sera la fin de ce monde ...sauf pour nous, les fidèles avisés : restez avec nous et aidez-nous par votre travail et vos dons …». Pour le Messie Cosmo Planétaire du Mandarom, disparu depuis, nous sommes attaqués régulièrement par des milliards de démons : à chaque attaque, il mobilisait ses troupes pour chasser les intrus avec un concert d’«Aoum» …

-Panique thérapeutique: selon Lucien Engelmajer, il était urgent de soigner les jeunes drogués en les réunissant dans des Centres spéciaux, dirigés par d’anciens toxicomanes … grâce aux dons, publics et privés (ce «Patriarche» s’est ainsi enrichi de manière irrégulière et a été condamné en 2006 à la prison et à de fortes amendes, mais reste impuni parce que réfugié au Bélize …) A été condamné aussi son complice, un médecin français, qui a joué le rôle de caution scientifique …

-Autre panique thérapeutique : Yvonne Trubert, considérée par ses adeptes comme une Réincarnation du Christ, fondatrice du groupe «Invitation à la Vie Intense», déclare : «Là où la médecine dit ‘inguérissable’, ne vous le tenez jamais pour dit : il n’y a pas de maladies inguérissables … Il suffit de prier et le miracle se fait…les métastases s’envolent …»

-Panique psychologique : selon l’argument principal des Scientologues, nous sommes perdus et malheureux parce que nous ne mobilisons pas dix pourcents de notre intelligence. «Achetez vite nos cours et nous vous rendons beaucoup plus intelligents, plus libres, plus puissants !» … Les conclusions que vous entendrez après avoir répondu à 200 questions, plus ou moins indiscrètes, vous montrent l’urgence de vous faire purifier et rééduquer … Si les prix des cours sont très forts, c'est parce que ces leçons sont efficaces, indispensables !

-Panique culturelle : votre culture occidentale mène la planète à la catastrophe; revenez avec nous aux coutumes orientales et faites deux fois par jour la Méditation Transcendantale pendant vingt minutes sans penser à rien … et vous chasserez ainsi toutes les maladies, tous les crimes et tous les accidents dans un rayon de cinq kilomètres …

-Panique politique : pour les pessimistes, la France est en déclin, elle creuse tous les jours un trou financier abyssal, elle organise par anticipation le surendettement des budgets de nos enfants : nous allons droit dans le mur. Il est presque  trop tard pour tout changer ! Unissons-nous pour redresser la barre !

- Seule panique positive, l’écologique : comme l’équipage du Titanic, nous sommes tellement rassurés sur les capacités de notre civilisation de corriger nos pollutions que nous refusons de croire que le naufrage de notre planète est en route, que nous sommes en train de couler … On espère que Nicolas Hulot, auteur du «Syndrome du Titanic», provoquera ainsi une peur salutaire …

* Bref, par cette technique d’intimidation, tous les leaders, tous les révolutionnaires, réformateurs et utopistes, tous les gourous … finissent par être atteints de la maladie psychique du «sauveur», de surprotecteur du monde entier ! Ils nous prouvent ainsi notre débilité incurable et induisent en nous le syndrome des surprotégés … ! Je les vois, ces chefs triomphants, comme des locomotives bruyantes, entraînant derrière elles des centaines de wagons qui suivent docilement dans les virages.

* L’«homme cliché» c’est cela : un véhicule démotorisé, une remorque …

Et les «héros sauveurs» de la télé et des romans !

* Les feuilletons télévisés renforcent involontairement ce culte du héros-sauveur en nous faisant rêver avec des «Columbo», des «Zorro», des «Sherlock Holmes», des «Docteur Sylvestre», des «Instit», des «Navarro», des «Brocanteurs» et des «Tuteurs» … avec de belles actrices, avec des commissaires de police, séduisants et surdoués … bref, avec des génies qui comprennent tout mieux que tous les experts, et, généreusement, résolvent tous les problèmes en une heure et demie !

* On commence très jeune à sauver le monde ! Les jeux vidéo permettent à des millions d’enfants chaque jour de se sentir tout puissants, de bombarder des positions ennemies, de tuer des dragons … bref, de se croire surprotecteurs de leurs troupes, de faire comme les grands : jouer aux sauveurs !

* Comment éviter le sentiment d’infériorité du grand public avec ce harcèlement médiatique du show des sauveurs ? Comment ne pas se croire perdu, paumé, naufragé ? Est-ce que le public actuel des médias est placé dans la situation du cocooning permanent, du tutorat culturel pour ainsi dire ? Tout porte à le croire, surtout quand les tendances gouvernementales poussent à l’assistanat législatif des populations, réclamé par certains partis dirigistes : en surprotégeant les citoyens, patrons, agriculteurs, marins …, on risque d’en faire des assistés professionnels !

* Bref, tout système d’organisation des sociétés humaines, syndical, partisan, scientifique, économique, sportif, religieux ou philosophique…du moment qu’il s’impose comme obligatoire, sous peine de sanction, est surprotecteur, parfois même, au cours de crises violentes, répressif ou sur répressif. On peut aussi se demander si ce sentiment initial d’être «un homme perdu à sauver», un «être fragile et mortel» n’est pas commun à toute l’humanité depuis son origine ? Réponse indécidable !

* Mais le salut médiatique des héros reste virtuel, presque inoffensif, alors que le salut religieux, promis par des groupes internationaux de terroristes, est devenu le détonateur de violences sanglantes, menaçant tous les pays. Les cerveaux de la croisade actuelle veulent sauver l’Occident, même l’Orient, malgré eux … en commettant des attentats !

Cette maladie de la surprotection, active ou subie, est donc terriblement contagieuse. Ses victimes sont en effet les premières à la réclamer … Surtout lors des élections … dont les candidats sont obligés de répondre à la demande urgente d’un «Sauveur de la France en déclin» !

 

   

 

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