FRANCE: Lutte discrète contre les sectes
- La
Croix, le 13 mars 2005
- [Texte
intégral]
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Des personnes impliquées dans la lutte contre les sectes dénoncent
aujourd'hui un certain relâchement.
- Ces critiques coïncident avec la publication imminente du rapport annuel de la Miviludes
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- Un membre de la secte du Mandarom
regarde le 13 août 2001 à Castellane
- la statue géante de Gilbert Bourdin, alias
'Le Messie Cosmoplanétaire',
- quelques jours avant sa destruction sur ordre de la
justice (photo Horvat/AFP).
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- Où sont passés Moon, la scientologie,
les Témoins de Jéhovah ? Que sont devenus ces groupes emblématiques du
mouvement sectaire qui, il y a peu, faisaient régulièrement les titres de
l'actualité ? Discrets jusqu'à l'effacement, ils ne font plus parler d'eux.
«C'est parce qu'il n'y a plus de grand scandale, explique Daniel Groscolas,
président du CCMM-Centre Roger-Ikor. Ces groupes ont compris que la France était
déterminée. Ils ne commettent plus les mêmes erreurs qu'il y a dix ans et, du
coup, il devient difficile de les prendre en défaut.»
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- Le député PS des
Ardennes, Philippe Vuilque, président du groupe parlementaire d'études sur les
sectes, fait quant à lui une tout autre analyse de la situation. «Il y a un
relâchement de la lutte contre les sectes. À tel point qu'on est aujourd'hui
dubitatifs sur la volonté de l'État».
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- Retour en arrière. Fin novembre
2002, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes) succédait à la Mission interministérielle de lutte contre les sectes
(Mils). Un nouveau nom pour une nouvelle orientation: le gouvernement veut
rompre avec la précédente politique de lutte contre les sectes, jugée trop
«va-t-en-guerre». Désormais, on ne va plus se focaliser sur les sectes, mais
uniquement sur les «dérives sectaires», c'est-à-dire les comportements
répréhensibles.
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- L'idée est de mieux respecter les libertés et de ne plus
prêter le flanc aux critiques américaines qui, régulièrement, accusent la France
de pratiquer une politique discriminatoire à l'encontre des religions. Pour
mener à bien ce virage à 180 degrés, le gouvernement choisit un haut
fonctionnaire, Jean-Louis Langlais. Le président de la Miviludes arrive au terme
de son mandat cette année. Et, à l'heure du bilan, plusieurs observateurs se
demandent si la voie de la modération choisie en 2002 n'a pas abouti à
stériliser l'action.
- Complaire aux Américains
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- Pour Catherine Picard, qui dirige l'Union nationale de défense de la
famille et de l'individu (Unadfi), association de défense des victimes, «on
assiste à un retour de balancier. La Miviludes ne fait pas le travail de fond
qu'elle devrait faire sur certains groupes. Et il y a des ministères qui se sont
totalement désengagés.» «Pour complaire aux Américains, poursuit le
vice-président de l'Unadfi, Jean-Pierre Jougla, on a renoncé à tout discours
offensif sur le phénomène sectaire. Le fait de parler de dérives sectaires a
amené un rétrécissement de l'approche: on ne considère qu'il y a problème que
s'il y a un dérapage pénal. Or les victimes de sectes saisissent rarement la
justice !»
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- Ces critiques sont reprises, sous le couvert de l'anonymat,
par une partie des professionnels impliqués dans le secteur. «Le nouveau
discours consiste à dire que le paysage a beaucoup changé, qu'il y a de plus en
plus de petites sectes. Du coup, on s'occupe de microgroupes nichés au fond de
la Creuse et, pendant ce temps-là, les groupes les plus puissants continuent de
prospérer sans être inquiétés», relève ainsi l'un de nos interlocuteurs.
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- Des faits précis sont évoqués. Le 30 août 2004, alors qu'il était en
poste à Bercy, Nicolas Sarkozy a reçu l'acteur américain Tom Cruise,
propagandiste phare de la scientologie. «Ça nous a scandalisés», se souvient
Philippe Vuilque. De même, ce député n'a pas compris que le ministère de
l'intérieur, en réponse à la question d'un préfet, considère que les Témoins de
Jéhovah pouvaient prétendre au statut d'association cultuelle sans que cela pose
problème.
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- Toujours à propos des Témoins de Jéhovah, plusieurs
observateurs racontent aussi qu'une première version du rapport 2003 de la
Miviludes les présentait sous un jour très anodin. «Heureusement, on a pu le
faire corriger.» On reproche également à la Miviludes d'avoir reçu les avocats
de certaines grandes sectes. «C'est vrai, admet son secrétaire général Gilles
Bottine, et c'était avec l'idée qu'une mission doit agir dans la transparence.
Le souci de ces mouvements est d'être retirés de la liste établie par les
parlementaires: nous les avons renvoyés vers les parlementaires.»
- "La France est le seul pays à avoir un dispositif aussi développé
!"
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- Toutes ces attaques sont jugées «déloyales et malhonnêtes» par le
président de la Miviludes, Jean-Louis Langlais. «On n'en a jamais autant fait
contre les sectes !» Et de rappeler les récentes actions de la Miviludes:
création de 12 nouvelles cellules de vigilance auprès des préfets en 2004; mise
en place de correspondants régionaux; publication d'n Guide de l'agent
public face aux dérives sectaires (lire La Croix du 14 janvier 2005); organisation du séminaire «sectes et laïcité», dont les actes viennent de
paraître (lire ci-contre); colloque organisé avec des avocats.
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- «La
France, poursuit Jean-Louis Langlais, est le seul pays à avoir un dispositif
aussi développé !» Mais pourquoi ne pas dire que certains groupes sont
dangereux, même s'ils ne tombent pas sous le coup de la loi ? «Ce serait
maladroit, coupe le président. Que veut-on ? Que l'on tire sur tel ou tel groupe
? De quel droit le ferait-on, à partir du moment où ils n'ont pas franchi la
ligne jaune ? On serait taxés de liberticides et attaqués en diffamation. Moi je
m'honore de ce qu'en trois ans, la France n'a jamais été attaquée devant la Cour
européenne des droits de l'homme. Pour autant, on ne baisse pas la garde, et si
on ne parle pas de certains groupes, c'est parce qu'ils ont moins d'écho en
France qu'auparavant.»
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- Le député communiste de Seine-Saint-Denis,
Jean-Pierre Brard, vice-président du groupe d'étude parlementaire sur les sectes
et membre du conseil d'orientation de la Miviludes, est sur la même ligne. «Ce
qui peut donner l'impression qu'il ne se passe rien, c'est qu'on n'est pas sur
les barricades ! Mais on a une vraie vigilance.» Daniel Groscolas, président du
CCMM, accorde aussi un satisfecit à la Miviludes: «C'est vrai qu'il n'y a pas
le souffle qu'on a connu avec la précédente mission. Mais celle-ci partait en
guerre contre tout ce qui bouge ! Personnellement, je redoute les chasses aux
sorcières et préfère la sérénité.»
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- Alors, désengagement ou rééquilibrage
? Une autre manière de juger l'action menée par les pouvoirs publics est d'en
évaluer les résultats. En matière de justice par exemple, trois importantes
décisions ont été rendues l'an dernier. Pour la première fois, l'Association
spirituelle de scientologie d'Île-de-France (Asesif) a été condamnée par la Cour
de cassation en tant que personne morale pour violation de la loi informatique
et libertés, pour avoir conservé sur des fichiers informatiques des données
concernant d'anciens membres de la secte.
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- Par ailleurs, la Cour de
cassation a confirmé la condamnation des Témoins de Jéhovah à verser à l'État 44
millions d'euros de redressement fiscal, au titre de la taxation des dons
manuels. Enfin, par une première application de la loi About-Picard, qui réprime
les atteintes aux personnes en état de faiblesse, le tribunal correctionnel de
Nantes a condamné à trois ans de prison avec sursis le gourou de la secte
apocalyptique Néo-Phare (celui-ci a toutefois fait appel).
- L'équilibre actuel, fragile, peut à tout instant basculer
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- Autre domaine dans lequel on a avancé: celui de la formation, de
plus en plus en butte aux tentatives d'infiltrations sectaires. Peu à peu, le
champ s'assainit. À la sous-direction du contrôle de la formation
professionnelle, qui dépend de la délégation générale à l'emploi, Stéphane Rémy
décortique, à partir des dossiers signalés par les services régionaux de
contrôle, les demandes d'immatriculation déposées par tous ceux qui veulent être
enregistrés comme formateurs. Ils sont plusieurs milliers chaque année.
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- «L'un des critères qui nous interpellent, explique Stéphane Rémy, est le
parcours du candidat, lorsqu'il s'agit d'une personne qui, après avoir suivi un
stage, puis un autre, etc., souhaite devenir elle-même formateur. Un autre
indice qui nous incite à la vigilance est la présence, dans le dossier, d'un
produit phare qui revient sans cesse mais dont le contenu ou l'utilisation ne
sont jamais clairement précisés.
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- On a ainsi souvent un faisceau d'éléments
caractéristiques: le fait de proposer un programme de formation pour tous
publics, avec un langage pseudo-scientifique, de mélanger l'offre de
développement personnel et professionnel, etc.» Si, après analyse approfondie,
il s'avère que l'organisme n'a pas pour objet la formation, il ne sera pas
enregistré. Plusieurs organismes sont ainsi recalés chaque année.
Les
sectes sont donc loin d’avoir le champ libre en France. Mais les contenir
nécessite une vigilance constante. Et l'équilibre actuel, fragile, peut à tout
instant basculer.
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- Marianne GOMEZ
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