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 Conseils à l'intention des victimes de sectes et de leur entourage

Quelques conseils à l'intention des victimes des sectes (24 Heures - 19 janvier 1995)

Les victimes des sectes souffrent d'un trouble : la «dissociation» (Le Nouveau Quotidien - 18 janvier 1996)

 

Quelques recettes à l'intention des victimes des sectes

24 Heures, le 19 janvier 1995, Zurich / Dominique Chouet
[Texte intégral]

Le journaliste Hugo Stamm publie un livre qui décortique les mécanismes qui conduisent à la dépendance. Utile tant pour les victimes que pour l'entourage.

«Un centre de thérapie pour les personnes victimes de sectes serait bien nécessaire», note le journaliste zurichois Hugo Stamm dans un livre sorti hier, où il s'efforce de déterminer les mécanismes qui conduisent à une dépendance pour lui comparable à la toxicomanie, et esquisse, à l'intention des victimes et de leur entourage, quelques recettes d'aide à la sortie.

Stamm, qui depuis vingt ans est le spécialiste attitré du Tages-Anzeiger en la matière, et eut, suite à ses articles, plus d'une fois à subir tracasseries, menaces et même atteintes à son intégrité corporelle, connaît à fond son sujet. Incontestablement utile, le livre mériterait d'être traduit.

Cinq phases

Dans l'endoctrinement de l'adepte, Stamm distingue cinq phases, qui s'avèrent étonnamment analogues pour toutes les sectes, mouvements fondamentalistes, ou groupements d'extrême droite : d'abord,

  • la séduction douce,
  • puis la transmission en parcimonieuses portions des éléments du «savoir»,
  • ensuite intégration au groupe pour la montée vers un Olympe supposé,
  • quatrièmement isolation et rupture avec l'entourage,
  • et enfin, comme pour les fromages, affinage, et perfectionnement permanent du «savoir».

Un savoir autre, un titre académique par exemple, une intelligence aiguë, voire un solide bon sens ne consti- tuent pas à eux seuls une armure contre l'attrait d'une secte : toute personne sensible et idéaliste, et il en est de fort titrées et de fort sensées, peut constituer un client potentiel. L'endoctrinement se suffit, observe Stamm, généralement d'un an.

A quoi reconnaît-on une secte ?

Stamm aligne les critères suivants :

  • existence d'un gourou, prophète ou fondateur,
  • théorie de salut prétendant à un absolu,
  • conscience d'être une élite,
  • pression ou contrôle par le groupe,
  • isolement de l'entourage,
  • activité missionnaire,
  • prétention au pouvoir,
  • puissance économique,
  • jargon,
  • hypersusceptibilité et goût immodéré pour les procédures judiciaires,
  • dissonances entre l'intérieur et l'aspect extérieur,
  • manie de la persécution,
  • et enfin l'existence d'une organisation écran.

Plus ces critères sont réalisés, plus la secte est dangereuse.

Indices

A quoi voit-on qu'un partenaire, un fils, est tombé dans les rets d'une secte ?

Des changements de comportement, comme la fréquentation régulière d'un lieu de réunion, des lectures tournant systématiquement autour d'un même sujet ésotérique, modifications dans l'alimentation, désintérêt des hobbies et distractions (disco, ciné) ordinaires, opinions tranchées exprimées dans un vocabulaire plutôt spécial, peuvent constituer de précieuses indications.

Et alors, que faire ?

Chercher la confrontation nette irait à fin contraire, et se culpabiliser itou. En revanche, poser les bonnes questions, à la fois précises et portant sur des principes (activités, rituels, dimension du groupe, etc.), et pour cela choisir un moment favorable. Prendre conseil auprès d'une organisation. Faire cas échéant et si possible intervenir un ex-membre de la secte.

Essayer d'éviter la rupture complète du sujet avec son tissu social familier. Ne jamais accorder audit sujet des avantages financiers en, pensant ainsi faciliter sa sortie du mouvement. Et surtout, s'armer de patience...

 

 Hugo Stamm : «Sekten. Im Bann von Sucht und Macht». Kreuz Verlag, Zurich-Stuttgart

 
Les victimes des sectes souffrent d'un trouble :
la «dissociation»
 
par Hanna Hyans, psychothérapeute, Genève
 
Le Nouveau Quotidien, 18 janvier 1996
Les titres et les sous-titres sont rédigés par la rédaction.
La responsabilité n'en incombe pas aux auteurs.
[Texte intégral]

La psychothérapeute Hanna Hyans a eu l'occasion de soigner certains membres de sectes. Elle a découvert chez eux les mêmes traces de souffrances et assure qu'ils peuvent être aidés et guéris

Comprendre la souffrance

«... Alors que j'étais préadolescent, j'ai essayé de trouver ma force dans la Bible et ses héros ... je croyais aux influences surnaturelles, aux messages du ciel...» (Citation du livre :«Le 54e», par Thierry Huguenin, publié par Fixit, 1995)

Dans son livre, Thierry Huguenin décrit en détail son état d'esprit lorsque le dirigeant de l'Ordre du Temple solaire (OTS) le rencontra et comment il parvint à ne pas être la 54e victime du meurtre et suicide collectif qui allait avoir lieu. Huguenin explique qu'il fut «accroché» par la séduction que l'OTS opérait sur sa femme et ses enfants. Plus il était lui même victime d'abus, plus augmentait ce qu'il appelle son «attachement», autre- ment dit sa dépendance.

Dans ma pratique de psychothérapeute, j'ai été amenée à m'intéresser de près aux sectes en soignant certains de leurs anciens membres. J'ai clairement constaté des comportements de personnalité dissociée et des troubles de la personnalité multiple. C'est-à-dire une structure psychologique dans laquelle chacune des personnalités en présence pense et se comporte de façon autonome, sans connexion l'une avec l'autre. Tous mes patients avaient subi de graves sévices dans leur enfance, au niveau psychologique, physique ou sexuel. (Ce qui n'est pas le cas de toutes les victimes de sectes - note d'anti-scientologie)

Pour illustrer cette réaction aux sévices je citerai une patiente, une femme dans la quarantaine : «Les coups pouvaient pleuvoir longtemps, cela dépendait de l'énergie de Maman. Mais en réalité cela n'avait plus beau- coup d'importance parce que la petite fille laissait son corps derrière elle et s'envolait sur les ailes de sa fantaisie par-delà la cime des arbres, vers un lieu où les petites filles sont aimées ...»

Cette forme particulière de survie est souvent vécue comme un manque profond, un vide, un trou noir ou la mort de l'esprit, de la conscience. Cela exige une adaptation qui se traduit par la commutation sur différentes personnalités, différents rôles, à usage interne et externe.

Les gourous des sectes promettaient à ces gens en quête d'espoir et de miracles un monde meilleur, habité par un père où une mère mythique. Déçus, ces espoirs entraînaient un sentiment de trahison réactivant des souvenirs d'enfance douloureux. Il s'ensuivait un comportement paradoxal fait de déni de la réalité et de découragement. D'où une aggra- vation de leur état de dissociation, faisant qu'au lieu d'exprimer leur douleur, ils la déniaient au point de ne plus rien ressentir : ni tristesse, ni colère, ni rage ou culpabilité.

Dans une récente émission d'une chaîne de télévision française sur la nouvelle secte «Horus», on a vu les adeptes confesser la «joie» qu'ils éprouvaient de ce que leur gourou «remplisse» le vide qu'ils ressentaient en eux et que leurs parents n'avaient pas su combler. Ainsi le gourou est-il crédité du pouvoir de donner un nouveau sens à leur vie.

Le besoin d'activités communautaires telles que le travail manuel dans les champs ainsi que la paranoïa contre le monde extérieur figurent parmi les facteurs constitutifs de la dissociation intérieure. La secte engendre alors une autre forme de dépendance.

L'état psychologique de dissociation a été justement défini comme un état de «non-solidarité interne», ou comme le contraire d'association, notion qui évoque l'idée d'action en commun.

Jusqu'à récemment, la dissociation était considérée comme un phénomène rare. Les psychiatres et les psychologues se montraient même sceptiques quant à sa réalité et la qualifiaient d'«invention américaine».

La dissociation est un processus défensif destiné à maintenir une survie physique et mentale. Ce n'est pas un trouble cérébral. Chacun en effet dissocie. Par exemple quand on se met à table après avoir vu des images d'horreur à la télévision. Il s'agit d'un mécanisme de retrait et de négation, la dissociation n'étant alors qu'une réaction normale à un stress anormal.

Que faut-il entendre par «personnalité multiple» ?

Du point de vue évolutif, un être devient une personnalité multiple dissociée en réaction à l'abandon, aux traumatismes physiques, psychologiques ou sexuels, aux guerres, aux maladies graves. Le «moi» se perçoit «nous» à un stade précoce et s'exprime ultérieurement selon des degrés divers de dissociation. La structure des sectes ne fait que renforcer ce processus.

Mais une dissociation multiple non décelée peut conduire à la désintégration du moi et se manifester dans le comportement social, conduire jusqu'au suicide ou au meurtre.

A la première conférence de la Société internationale pour l'étude de la dissociation, qui s'est tenue en Grande-Bretagne en mai dernier, j'ai entendu un juge ainsi que des avocats travaillant sur des dossiers criminels. Ils étaient unanimes à exprimer le besoin de conseils de la part de thérapeutes face au phénomène de dissociation chez les individus concernés.

Des problèmes similaires se produisent dans la sphère conjugale ou dans les amitiés, quand les partenaires sont désorientés par ce qui leur arrive. Ils se sentent perdus lorsqu'ils doivent affronter, de but en blanc, des changements d'attitude imprévisibles dans leurs relations. En thérapie, les symptômes constatés sont nombreux : dépression, paranoïa, pulsions suicidaires, troubles du sommeil, hallucinations, phobies, rituels obsessifs, problèmes sexuels ...

Tous ces symptômes, et d'autres, sont accompagnés d'un profond sentiment de honte du fait que les intéressés sont désemparés.

L'existence devient une lutte constante entre la vie et la mort, aggravant la sensation de solitude, d'anxiété, ce qui stimule en retour des croyances irrationnelles et souvent violentes

Les gourous des sectes ont recours aux mêmes méthodes pour recruter des adeptes de tous âges :

  • promesses d'un monde meilleur,
  • manipulations hypnotiques,
  • séduction,
  • exploitation de la vulnérabilité et des carences affectives de leurs victimes.
  • Ils usent et abusent de la stimulation et de l'excitation dans le secret de rites primitifs.
  • Ils s'attribuent des pouvoirs surnaturels
  • et exploitent Dieu en tant que rédempteur de la souffrance et source d'espoir.
  • La désobéissance est menacée de mort ou de punition, dissuadant les adeptes de faire défection.

Des méthodes comparables se retrouvent d'ailleurs dans les régimes dictatoriaux et fascisants.

Quelle est la différence entre secte et religion ?

Une vraie religion fait montre de tolérance et de respect pour l'individu en société et implique une dimension spirituelle. Son rôle est de guider, laissant la liberté de choix à chacun. Elle est intelligible et, transparente dans ses objectifs, ce qui est tout le contraire du fanatisme.

Tandis que le comportement inhumain; l'absence de morale et d'éthique de la part des gourous dans les sectes telles que l'OTS, Aum Assahara, Moon, les Témoins de Jéhovah, la Scientologie, Waco, Jones etc. demeurent incompréhensibles pour les non-initiés.

On ne peut l'expliquer qu'en approfondissant la compréhension des troubles de la personnalité multiple, qui vont de pair avec la quête de pouvoir, de puissance, de profits, voire de vengeance, personnelle pour les sévices subis.

L'état de dissociation des victimes des sectes peut être guéri

Cela requiert un engagement à la fois du thérapeute et de la victime. Le thérapeute doit d'abord poser un diagnostic approprié, puis établir un climat fixant clairement les limites de chacun. Empathie et honnêteté sont essentielles. Le langage doit être clair, il faut répondre aux questions de manière directe, contrairement aux usages de la psychanalyse ou de méthodes apparentées. Il faut aussi donner l'assurance que la thérapie ne sera pas interrompue brusquement. Parler ouvertement de leur dissociation est un immense soulagement pour les victimes.

La tragédie récente de l'OTS nous révolte, cause douleur et sentiment d'impuissance, ce qui induit reproches et blâmes. Cela est vain. Ce dont nous avons besoin, c'est d'écoute, d'honnêteté ainsi que de compétences professionnelles. Mieux nous comprendrons la dissociation, plus nous aurons de chances d'empêcher la répétition des massacres de 1995.

H. H.

 

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