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«SCIENTOLOGIE»
OU FORMATION ?
Procès
de la société Wide à rennes
- La
Croix, 3 juin 1989
- [Texte
intégral]
Les
stagiaires ignoraient qu'ils utilisaient une méthode
de Ron Hubbard
De
notre envoyée spéciale
Comment
se fait-il qu'une banale affaire, à la limite
de la contravention, prenne une telle dimension
?
C'est
un avocat de la défense qui, au cour de sa plaidoirie,
a posé la question. De fait, trois avocats pour
la défense, de 20 témoins cités par elle à la barre.
Voilà qui dramatisait cette «banale» histoire de
publicité mensongère et de tromperie, mise à four
par une enquête de la Direction générale de la concurrence,
de la consommation et de la répression des fraudes.
Ce
jeudi comparaissait, devant le tribunal correctionnel
de Rennes, A. P., 33 ans, gérant de la société
Wide, créée en 1987 et qui proposait des stages
de formation à la vente (4 à 8 semaines pour
un prix de 8'200 F). Des annon- ces publicitaires
passées dans divers journaux, de mai à décembre
1988, vantaient la formation et assuraient un emploi
à la fin du stage: «Nous vous formons et plaçons
dans une entreprise sérieuse». Engagement non tenu,
a dit l'enquête: une bonne proportion de stagiaires
n'ont pu été placée par Wide.
Y
avait-il une sélection sérieuse, comme annoncé ?
Les formateurs étaient-ils réellement expérimentés
(la loi, en tout cas, ne semble pas exiger de diplôme
particulier pour les prestataires de formations)
? Chacun s'est efforcé - y compris les parties civiles,
deux associations (F.O. consommateurs et l'Union
féminine civique et sociale) - de le démontrer
ou de le réfuter. Restait le chiffre, contesté
par la défense et les (témoignages d'anciens stagiaires
satisfaits de leur formation, de personnes n'ayant
pourtant pas trouvé d'empoi: 19 sur les 27 stagiaires
interrogés pour l'enquête de l'administration. Or,
ont souligné tour à tour le président Roux, le procureur
Nicot et les avocats des parties civiles, ces gens
ainsi alléchés étaient en situation de fragilité,
parce que chômeurs. Il était d'autant plus grave
de les abuser.
Le
nom de Ron Hubbard
Mais
c'est l'autre accusation, celle de tromperie, qui
rendait plus complexes les débats. A P,
que son avocat lui- même reconnaissait scientologue,
était accusé de n'avoir pas informé ses stagiaires
que la formation donnée à Wide «était inspirée et
contrôlée par une secte nommée Eglise de scientologie».
Pas
de jugement sur le contenu de la formation
ou sur l'Eglise de scientologie, affirmaient le
ministère public et les parties civiles.
La défense,
au contraire, voulait porter le débat sur ce terrain,
afin de démontrer qu'A. P. était une victime
(il a d'ailleurs porté plainte, à son tour,
pour «violation de la liberté religieuse»). Démontrer
aussi qu'on faisait la chasse aux scientologues,
comme on avait pu faire la chasse aux (francs-maçons
puis aux juifs, ainsi que plaidait notam- ment Me
Oussedik. «En fait, vous reprochez à mon client,
disait-il en substance, de recruter sous couvert
de formation des adeptes pour la scientologie.»
«Nous
ne faisons pas le procès de la scientologie, avait
pourtant insisté le procureur, mais le procès de
Monsieur A.P pour son opération de «camouflage». Et
pour ne pas avoir informé ses étudiants des liens
de Wide avec l'Église de scientologie.» A.P.
s'était en effet formé comme formateur à Paris,
au Game (Groupe- ment pour l'amélioration des méthodes
d'enseignement), qui s'appuie sur les enseignement
de Ron Hubbard, écrivain de science fiction et fondateur
de la scientologie.
Le
société Wide était franchisés de Wise
international qui détient la propriété
des droits d'auteur des écrits de R. Hubbard en
matière de vente, marketing et management.
Une
proportion de 16 % du chiffre d'affaires allait
à Wise
Wise
utilisait pour sa sélection un test de personnalité,
dit OCA, ou des «200 questions», lui-même inspiré
par Hubbard. Et c'est encore avec un ouvrage de
lui sur l'enseignement de la communication que débutaient
les cours. Tout
cela, les stagiaires l'ignoraient. Preuve de la
dissimulation, disait le procureur. Preuve de l'innocence
de A.P., plaidait la défense: ses convictions
personnelles, il ne les imposait pas aux autres.
Il utili- sait une méthode mais ne transmettait pas
une doctrine...
Six
à huit mois de prison, a requis le procureur,
ainsi que 40'000 F de dommages et intérêts. Et,
surtout, la publi- cation du jugement dans la presse.
«Parce qu'il est scientologue, A.P. sera toujours
un suspect, a conclu Me Oussedik, il ne pourrait
pas agir dans la cité ? Justice doit lui être rendue.»
«Si j'avais su que c'était inspiré par une secte,
je n'y serais pas allé», avait affirme un ancien
stagiaire, interrogé pendant l'enquête... Le jugement
a été mis en délibéré jusqu'au 22 juin.
Dominique
Quinio
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Les
quatre masques des sectes

- Le
Père Jacques Trouslard, de Soisson, spécialiste
des sectes, explique que
- les «sectes
avancent masquées». Qu'elles oeuvrent
autour
- de quatre thèmes qui sont autant
de masques.
Elle
se cachent d'abord sous le masque
religieux:
pourquoi s'appeler Église de
scientologie, par exemple ?
- En
second lieu, le masque
éthique: elles prôment un retour de la
morale, un renouveau; ainsi l'exemple
récent d'une campagne pour dénoncer
la dégradation des moeurs à la télévision.
La
Scientologie publie, par exemple,
un journal, Éthique et liberté,
et met en place des «commissions
de discrimination» pour faire respecter
les droits de l'Homme et la
liberté religieuse des Églises persécutée.
Troisièmement,
un masque
culturel.
Le Père Trouslard parle notamment
de conférences, de voyages à thèmes
culturels et de stages de formation
professionnelle. Des cadres supérieurs
de grandes entreprises auraient ainsi
participé à des sessions organisées,
en fait, par des sectes. Celles-ci se
lancent aussi dans la formation scolaire
de rattrapage. «Tous ces groupes
ont de la valeur scientifique et pédagique,
cela fait partie de la séduction», explique-t-il.
Enfin,
le masque
médical ou scientifique: notamment les médecines douces ou
la lutte contre la toxicomanie,
D.
Q.
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