- Le
Tribunal fédéral condamne des scientologues
- pour
escroquerie. Une première
-
- Le
Nouveau Quotidien, 29 décembre 1993
- Isabelle
Guisan avec l'ATS
- [Texte
intégral]
Quatre
militants zurichois écopent de deux mois avec sursis
pour avoir escroqué une jeune handi- capée mentale.
Le Tribunal fédéral confirmait hier ce jugement,
particulièrement clément au vu des condamnations
à l'étranger.
Le
Tribunal fédéral a confirmé hier un jugement du
tribunal fédéral qui condamne des scientologues
aléma- niques pour escroquerie. Cet arrêt portant
sur les méthodes de vente du mouvement est
une première suisse à ce niveau-là, à en croire
un spécialiste, Paul Ranc, auteur d'un livre tout
récent intitulé «Une secte dange- reuse : la scientologie.
Sa portée sera donc symbolique.
Les
juges de Mon-Repos ont refusé tout net de disculper
quatre membres de l'Eglise de scientolgie zurichoise
qui avaient vendu pour douze mille francs (8'000
euros) de cours, livres et cassettes à une jeune
handicapée mentale. En lui expliquant que ce matériel
abondant et prolixe allait l'aider à résoudre ses
problèmes personnels.
Le
TF (Tribunal fédéral) a confirmé les peines de deux
mois avecc sursis infligées par le Tribunal cantonal
zurichois en mai 1991. La jeune fille ne pouvait
rien faire de tous ces livres et cassettes, même
avec l'aide des militants : elle a donc été «astucieusement
induite en erreur». Les scientologues, eux, argumentaient
dans leur recours qu'une personne incapable de se
faire sa propre opinion ne peut être trompée.
L'Eglise
scientologie de Zurich a réagi à cette condamnation
en menaçant de porter l'affaire devant la cour de
Strasbourg, même si aujourd'hui un seul des accusés
est encore militant actif. Le mouvement se borne
à déplorer la quantité de matériel vendue à la jeune
fille mais maintient que «chacun peut s'améliorer».
Le TF
s'est déjà prononcé deux fois à propos de la scientologie
zurichoise. Un premier arrêt, en 1991, autorise
le mouvement à consulter les dossiers le concernant
au Département cantonal de la santé publique. En
1992, un second arrêt confirme, malgré l'opposition
des scientologues, les subventions versées par la
ville et le canton de Zurich à Info-sekta,
un service d'information sur les mouvements religieux.
«Ici,
les différends se règlent à l'amiable»
En
Suisse romande, les démarches judiciaires impliquant
la scientologie restent rares ou avortent très vite.
Un cas a abouti, dans le canton de Fribourg, où
un jeune homme a pu prouver qu'il était encore mineur
quand la scientologie a su le convaincre de lui
verser des milliers de francs. Deux affaires accusant
la scientologie d'escroquerie, d'usure et de contrainte
attendent leur heure à Genève. Dans le canton de
Vaud, le tribunal cantonal a donné raison au Reader's
Digest qui a reproduit un article critique
sur la scientologie. Aucun procès n'a eu lieu dans
les cantons du Valais et de Neuchâtel.
«Ici,
les différends se règlent généralement
à l'amiable, devant le juge d'instruction, et ne
vont pas jusqu'au tribunal, constate Paul Ranc.
Les scientologues romands sont prudents; ils sont
dirigés, dans le canton de Vaud notamment, par des
experts en matière juridique. Et ils interprètent
les directives qu'ils reçoivent des Etats-Unis de
manière plus souple, en forçant peut-être moins
sur la vente, que leurs pairs alémaniques. Zurich
a toujours été le paradis de la scientologie, avec
un noyau inféodé à la ligne idéologique dure de
l'Allemagne, et on y pratique un style plus
agressif. D'autre part, la police s'est montrée
relativement tolérante à l'égard des scientologues.»
Paul
Ranc a recensé dans son livre les principaux procès
impliquant la scientologie depuis 1978. C'est l'occa-
sion de constater qu'en France, en Allemagne mais
surtout aux Etats-Unis, la justice frappe autrement
dur et fort. Ainsi en 1978, le Tribunal correctionnel
de Paris condamne le fondateur du mouvement Ron
Hubbard à quatre ans de prison.
En
1979, aux Etats-Unis, une cour fédérale déclare
neuf hauts dignitaires coupables d'association de
malfai- teurs et les condamne à des peines
de prison ferme et à dix mille dollars d'amende.
Deux prévenus de nationalité britannique sont même
extradés d'Angleterre vers les Etats-Unis pour être
condamnés à des peines analogues.
En
1989, un tribunal californien condamne le mouvement
à payer 2'500'000 dollars à un ex-adepte. Et
en 1990, à Besançon, un médecin français se voit
interdire d'exercer son art pour avoir adressé ses
patients à la scïentologie,
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