Demande la création d'une commission visant à prendre
toutes mesures légales et autres pour protéger, porter assistance à toutes
familles ou individus victimes de sectes poursuivant le culte de l'argent par la
pratique des manipulations mentales de ses adeptes et la destruction de ceux qui
en entravent le développement.
-
- Inviter ainsi le Conseil d'Etat de la
République et canton de Genève à prendre d'urgence toutes mesures provisoires
nécessaires allant dans le sens du but de la présente pétition.
Monsieur le
président,
-
- Mesdames et Messieurs les députés,
-
- La presse parle de plus en
plus des individus victimes de la scientologie, secte qui pratique le culte de
l'argent. (Définition acceptée par le Tribunal fédéral en date du 19 décembre
1992, pièce annexée.)
Si la scientologie s'en prend à des êtres fragiles pour
leur soutirer leur argent et celui de leur famille, cette dernière s'en prend
également à ceux qui en entravent le développement.
Il y a lieu aujourd'hui
d'en parler.
Nous citerons:
1.
Quelques textes relatifs à l'exploitation
de la personne prise au piège (environ 1000 noms recensés à Genève):
«Obtenez
des données. Obtenez tous les noms, dates, adresses, numéros de téléphone et
autres renseignements qui pourraient être utiles à une investigation plus
approfondie du cas, si on en avait besoin.»(LHR. Bulletins techniques, vol.
12.)
-
- «Quand quelqu'un s'inscrit, considérez que c'est pour la durée de
l'éternité. Ne permettez jamais une approche du type «esprit ouvert». S'ils se
sont engagés, ils y sont dans les mêmes conditions que le reste d'entre nous;
vaincre ou mourir dans la tentation. Ne les laissez jamais être à moitié
scientologues. Les plus belles organisations de l'histoire ont été des
organisations dures vouées à leur tâche. Aucun groupe gnangnan de dilettantes
efféminés n'a jamais réalisé quoi que ce soit. Nous vivons dans un univers dur
(...). Nous survivrons parce que nous sommes durs et dévoués. Quand nous faisons
réellement et correctement l'instruction de quelqu'un, il devient un
tigre.» (RH. Fascicule HCOPL. Car. et Rép. 12.10.1985.)
-
- «Cherchez à
toucher les points clés par n'importe quel moyen; la directrice du club féminin,
le secrétaire du président, le conseiller du syndicat. Gagnez bien votre vie
avec ça, mais faites votre travail, maniez (manipulez, en termes sciento -
n.d.l.r.) et améliorez les gens que vous rencontrez et créez une meilleure
planète.» (LHR. Lettre de règlement HCO, Rev. 26.10.1980).
-
- «Vous devez
vous attacher à contrôler sans interruption chaque personne entrant dans votre
bureau, depuis le moment où vous les amenez de la réception (...), à partir de
ce moment jusqu'à l'étape finale où ils signeront le chèque, et même jusqu'à ce
qu'ils aient franchi la porte. Ceci est la raison de 90% de mon succès. Les gens
réclament qu'on les contrôle.» (LHR. Volume administratif No
2.)
-
- «Maintenant, nous en savons plus sur la psychiatrie que les psychiatres
eux-mêmes. Nous pouvons faire un lavage de cerveau plus vite que les Russes (en
20 secondes nous obtenons une amnésie totale, contre trois années nécessaires
pour rendre la loyauté à quelqu'un légèrement confuse. (resic)»
(LHR
Bulletins techniques. Vol. 2.)
-
- Contrat annexé
-
- 2. Quelques textes et
directives donnés aux cadres supérieurs et aux membres actifs fervents de la
secte, à appliquer à l'encontre de ses ennemis qualifiés par cette dernière
de: «SP»: suppressifs ou «Fair game»:
gibier de potence (mot le plus
utilisé). «ennemi: Ordre «SP». «Fair game». Peut être privé de propriété ou
blessé par tous moyens par tout scientologue sans qu'il encoure aucun reproche
de la part de la scientologie. On peut le tromper, le poursuivre en justice, lui
mentir ou le détruire.» (Extrait de Hubbard Communications Office)
Saint
Hill Manor. East Grinstead. Sussex, Oct. 1967.
-
- «Si vous êtes attaqués,
arrangez-vous pour que la question soit politisée, donnez l'impression au
public, au gouvernement qu'ils sont tombés sur un barrage de flèches et un
bombardement électronique, et que, s'ils continuent leurs attaques, cela
provoquera leur propre désintégration. (...) Introvertissez ces différents
groupes, contrôlez-les, la scientologie est le seul jeu sur terre où tout le
monde gagne. Il n'y a pas d'actes néfastes à mettre bon ordre dans les
choses.» (LRH. HCO Lettre de règlement. Volume vert No 7 (réservé aux cadres
supérieurs de l'organisation - ndlr), 15.08.1960.)
-
- «Si vous êtes attaqués
sur un point vulnérable par quelque individu ou quelque organisation que ce
soit, fabriquez ou trouvez une menace suffisante contre eux pour les amener à
négocier la paix. Débrouillez-vous pour vous mettre dans une position où vous
aurez l'avantage, et alors posez vos conditions. Ne vous défendez jamais,
attaquez toujours. Ne restez pas inactifs. C'est l'attaque imprévue sur
l'arrière des premiers rangs de l'ennemi qui paie le plus.» (LRH. HCO. Lettre
de règlement. Volume vert No 7 (réservé aux cadres supérieurs de l'organisation
- ndlr), 15.08.1960.)
-
- «S'il se présente une menace à long terme, vous
devez immédiatement évaluer la situation et provoquer une campagne de propagande
noire, afin de détruire la réputation de la personne et la discréditer de telle
manière qu'elle soit mise au ban de la société.»
(LRH. HCO. Lettre de
règlement. 30.05.1974.)
-
- «Il est possible qu'une personne ait un cancer de la
peau, avec la Niacine. Au cas où cela se produirait, le cancer disparaîtrait
complètement si on continue la Niacine». (LRH. Fascicule HCOB- Rs-Rev.
21.04.1983.)
-
-
- A la lecture de ces textes, vous conviendrez que cette secte
porte et portera de plus en plus atteinte à nos familles, aux individus, donc à
notre société et représente un réel danger.
-
- C'est ainsi que nous sollicitons
du Grand Conseil qu'il accède sans délai et en l'urgence à notre requête citée
sous rubrique, en cette année 1994, année de la famille.
-
- Nous vous remercions
de nous tenir informés et vous prions de croire, Monsieur le président, Mesdames
et Messieurs les députés, à l'assurance de notre confiance et de nos sentiments
dévoués.
-
- N.B: 10 signatures
-
- G.P.F.I.
- Groupement pour la
protection
de la famille et des individus Case postale
- 1255
Vernier
|
- La pétition était accompagnée d'articles de presse et de
documentation sur la scientologie.
-
-
- Rapport de la commission des
pétitions chargée d'étudier
- la pétition demandant des mesures contre la
scientologie
-
- 53e législature - 1re année - Session
10 (octobre 1994)
- Séance 38 du 21.10.1994
- Rapport de
Mme Evelyne Strubin (AG), commission des pétitions
En date du 28 mars 1994, la commission des pétitions prenait
connaissance d'une pétition munie de 18 signatures, adressée au Grand Conseil en
date du 18 mars 1994, par le GPFI (Groupement pour la protection de la famille
et des individus) et dont le texte est le suivant:
-
- La pétition était accompagnée d'articles de presse et de
documentation sur la scientologie.
- Introduction
-
- En mai 1950, M. Lafayette
Ron Hubbard publia un livre intitulé «La Dianétique, science moderne de la
réalité mentale». Ce livre tente d'expliquer le mental humain. C'est en quelque
sorte une méthode psychanalytique, tendant à aider les person- nes à se
débarrasser de toutes les influences négatives accumulées durant leur vie, à
guérir de toutes les maladies psy- chosomatiques et à accéder à leur top niveau,
au 100% de leurs capacités mentales et physiques de manière à obtenir, par la
suite, la réalisation de leurs désirs, par une forme de pensée positive et
volontariste.
Est-ce l'époque (maccarthysme, début des terreurs nucléaires)
qui créa un terrain favorable, ou les techniques d'éveil de la personnalité de
L. Ron Hubbard (inspirées du bouddhisme en premier lieu, du yoga et de la
psychiatrie traditionnelle, entre autres) qui apportèrent à ceux qui ne les
connaissaient pas l'impression de découvrir quelque chose d'extraordinaire
?
Toujours est-il que la Dianétique eut un vif succès, aux USA, tout d'abord,
puis, à travers le monde.
-
- Ce succès permit à L. R. Hubbard de fonder la
«scientologie» en 1952. S'inspirant de la Dianétique, mais en l'approfondis-
sant,
la scientologie fut également bien accueillie. Cependant, après quelque temps,
elle souleva aussi plus de polémiques et en soulève toujours. En 1954, elle
commença à s'instaurer religion aux USA et à se dénommer «Eglise de
scientologie», terme très controversé par la suite. Introduite en France en 1959
elle s'étend actuellement sur 65 pays du monde. Huit millions d'adeptes seraient
passés parla scientologie depuis sa fondation (voir art. «La vie», 10 juin
1993). En Suisse, elle est présente depuis les années 70 et existe depuis 20 ans
à Genève (selon M. Colle, scientologue). Bien qu'il soit difficile de dénombrer
ses adeptes, on peut dire qu'ils sont environ 2 000 en Suisse romande et entre
400 et 600 dans notre canton.
Lorsque débutent les travaux de la commission,
ses membres sont loin d'en connaître autant que ce que contient le présent
rapport sur celle que l'on appelle «église» ou «secte», selon ce que l'on pense
d'elle.
- Les travaux de la commission
Désirant éviter tout conflit
rhétorique, la commission citera ses interlocuteurs dans leurs termes. Mais,
quant à elle, elle utilisera, pour désigner «l'Association Eglise de
scientologie de Genève», le terme «l'association». Le 28 mars 1994
Après
avoir pris connaissance de la teneur de la pétition et, après discussion, la
commission décide de la traiter à l'una- nimité. Elle désire entendre les
pétitionnaires en premier lieu, afin de se faire une idée plus précise des faits
énoncés.
-
-
- 14
avril 1994; M. Lavergnat,
membre du GPFI
-
- Cependant, suite à cette expérience, il s'est documenté
et a rencontré d'autres personnes avec qui il a décidé de dépo- ser la pétition.
Il reproche à la scientologie d'être plus intéressée par l'argent que par la
religion. Il constate que l'on ne trouve pas trace d'elle auprès des
associations caritatives, dont lui-même s'occupe activement, car ces dernières,
ainsi que les gens qu'on y rencontre, ne sont pas assez intéressants
financièrement. Il arrive, selon lui fréquemment, que la «dépendance à la secte»
dont sont victimes les adeptes finisse par mettre dans l'embarras financier des
familles entières. En effet, il existe plusieurs caps payants à passer, dans
l'instruction de cette technique mentale, avant d'arriver au grade supérieur.
-
-
Chaque étape coûte cher, car il faut suivre des cours et l'on est susceptible de
recalage. L'ascension totale finit par représenter des sommes excessives, que
l'adepte peut avoir du mal à assumer. Il arrive alors qu'il engage des biens
familiaux ou emprunte.
-
- La «secte» fait signer des contrats dont les membres ne
reçoivent jamais copie, mais les fait respecter. Elle ne fait pas cadeau de son
enseignement, même si l'adepte a déjà beaucoup dépensé, mais elle l'aide à
obtenir des prêts qui, accu- mulés, ruinent peu à peu la personne. Nous apprenons
également que les méthodes de Ron Hubbard sont employées dans deux
établissements de traitement de la toxicomanie, tenus par des scientologues. Un,
Narconon, aux Plans-sur-Bex/VD, l'autre en Suisse allemande. A la fin de leur
cure, les toxicomanes peuvent rejoindre les membres de «la secte».
-
- Il y a
également, selon lui, la société Trimlines, qui vend - par téléphone - des
vitamines pour maigrir et de nombreuses autres sociétés affiliées à la
scientologie. L'infiltration de services de l'Etat est, d'après lui, présentée
comme possible, notamment par le biais de la Ste Pasche Informatic SA, qui donne
des cours informatique, aux Services industriels entre autres. M. Lavergnat
mentionne ensuite que les plaintes sont de plus en plus nombreuses à travers le
monde.
-
- L'ADFI (Association pour la défense de la famille et des individus)
désire poursuivre la scientologie pour ses agissements lorsqu'elle prétend être
une religion. L'ADFI se prépare également à une intervention au parlement
européen. Une autre plainte est en cours concernant les médicaments vitaminés,
qui ont d'étranges effets et sont prescrits à haute dose, au point que les
utilisateurs sont déphasés.
-
- A Milan, «la secte» a été condamnée récemment pour
association de malfaiteurs, extorsion et abus sur incapables. Pour terminer, il
nous informe que, depuis la parution du nom des pétitionnaires dans la presse,
il a été menacé de plainte pénale, en tant que principal instigateur, et est
harcelé de coups de téléphone anonymes.
A la suite de l'audition de M.
Lavergnat, M. Schreiner nous expose avec émotion ce qui l'a amené, lui aussi, à
être membre du GPFI et à signer la pétition. Il s'agit de la disparition, il y a
de cela environ 5 ans, de sa fille Elise, après qu'elle a suivi la «secte». Il
affirme que celle-ci recrute ses membres en priorité parmi les faibles, à
savoir, les drogués, les malades, les alcooliques ou les personnes momentanément
déprimées, par un divorce, un décès, etc. Dans le cas de sa fille, c'est
précisément suite à une longue période de chômage qu'elle a répondu à une petite
annonce.
-
- Elle travailla un temps pour la secte, puis y fut peu à peu incorporée.
Ses parents n'ayant pas les moyens financiers pour lui payer ses cours, le prix
de ceux-ci a été retenu sur son salaire. Elle ne recevait pas de fiche de paie,
ne savait pas si elle cotisait à l'AVS, ni si elle avait des droits. La «secte»,
d'après M. Schreiner, ne respecte pas les lois sociales. Il a demandé un relevé
à la chambre des tutelles, mais l'a dit infiltrée, au même titre que
l'instruction publique.
-
- Peu à peu, l'état mental de sa fille se dégrada. Soudain
agressive avec ses parents, Elise souffrit d'hallucinations et de tendances
suicidaires et, au bout d'un certain temps, elle ne sut plus travailler, n'étant
plus capable que d'«auditer». Pour finir, elle disparut, ne donnant plus de
nouvelles à ses parents. Après avoir tout tenté pour la retrouver, son père
déposa plainte. Un jour, alors qu'on lui avait dit qu'elle se trouvait à la
maison mère des scientologues de Flag, aux USA, sa femme la rencontra dans la
rue à Genève. Elle vendait des imprimés pour la scientologie.
-
- Sa mère voulut lui
parler mais Elise se détourna d'elle et reste, depuis lors, silencieuse. Après
ce témoignage difficile, M. Schreiner constate que la «secte» reprend
régulièrement, pour justifier son statut d'église, le leitmotiv selon lequel
elle est reconnue à ce titre par le fisc américain. Ce qui, d'après lui, est
faux. Le service des impôts américain aurait, selon lui, simplement accepté de
faire figurer «la secte» sur la liste des associations ayant obtenu pour leurs
donateurs des déduc- tions fiscales. La scientologie a interprété cela comme une
reconnaissance à titre d'église, car il en figure beaucoup sur cette liste.
-
-
Evoquant ensuite le problème moral, il cite un professeur en médecine qui a
écrit que «les endoctrinements de la secte ressemblent à du lavage de cerveau».
Ce qui est appelé «audition» est un moyen de manipulation du mental. Après
l'«audition», comme M. Hubbard l'indique, l'adepte est conduit à l'état
d'angoisse et devient un robot. M. Schreiner cite encore un psychiatre qui,
s'exprimant devant la Cour d'appel de Toulon, disait, entre autres, que «la
scientologie pouvait avoir recours à des méthodes d'intimidation pouvant
conduire le sujet à la mort». L'inculpation d'une vingtaine de person- nes aurait
suivis. Ordre est donné aux adeptes de s'infiltrer partout, même dans les clubs
de boulistes.
-
- Il rappelle l'interpellation de M. Gilles Petitpierre au Conseil
des Etats et également celle devant le Conseil d'Etat vaudois. Des plaintes
auraient été déposées pour pratique illicite de la médecine. En conclusion,
M. Schreiner nous signale avoir été l'objet d'une contre-plainte de la part de
la scientologie, concernant ses allégations au sujet des versements de
cotisations AVS.
Comme solution, M. Lavergnat préconise la création d'une
commission extra-parlementaire, car, d'après lui, l'importance du sujet mérite
une étude pluridisciplinaire. Cette commission devrait trouver le moyen d'aider
les personnes qui quittent la «secte» ruinées, moralement et financièrement.
-
- Il
aimerait l'aide d'une personne experte (d'Info-Sectes par exemple) auprès de
l'Etat, pour avoir plus de force, car il y a souvent contre-plainte, de la part
de la scientologie, envers les plaignants. Fréquemment, notamment dans le cas
d'une personne majeure, il n'est pas tenu compte qu'une fragilité passagère peut
l'avoir transformée en proie facile. Il voudrait qu'il y ait reconnaissance des
faits et assistance à personne en danger.
-
- Info-Sectes, d'après lui, mérite
également une subvention. Enfin, il pense qu'il serait utile de modifier
certaines lois. M. Choisy, directeur de Champ-Dollon a, par exemple, confirmé
n'avoir pas trace de loi lui autorisant à interdire à la sciento- logie de
s'introduiredans la prison et d'y faire circuler des livres.
-
- M. Schreiner, quant
à lui , insiste sur l'utilité d'une prévention tout public.
-
- Après
l'audition des pétitionnaires, la commission se penche sur les solutions
proposées. La principale, émise par M. Lavergnat, évoque la création d'une
commission extra-parlementaire. Elle présente de multiples désavantages.
Consi- dérant l'état actuel des fonds du gouvernement, son financement semble
impossible. D'autre part, il faudrait un temps infini pour choisir des experts
convenant à toutes les parties. Cette solution nous paraît donc à mettre de
côté, pour l'instant, ainsi que celle d'une subvention à Info-Sectes.
-
- Les autres
méritent réflexion, aussi la commission décide-t-elle de poursuivre elle-même
les auditions, en entendant M. Paul Ranc expert sur la question de sectes.
-
- Le
18 avril 1994 : Le président de la commission nous informe que M. Paul Ranc a
été contacté et a donné son accord pour être auditionné. Il mentionne également
le fait qu'il a reçu de la documentation des pétitionnaires et des
sciento- logues. Ces derniers ayant expressément demandé à être entendus, nous
décidons de les auditionner également.
-
-
- Le 25 avril 1994
-
- Né à Paris et ayant suivi les études théologiques de l'Institut
biblique de Nogent-sur-Marne, M. Ranc exerça dans diverses églises de France. En
1982, il fut consacré diacre de l'Eglise réformée du canton de Vaud. Son
ministère l'amena à étudier l'histoire de l'Eglise et le phénomène des sectes.
Il fut le créateur et principal animateur d'Info-Sectes durant plus de 10 ans.
Il est maintenant membre du comité de l'ADFI et s'y consacre, ainsi qu'à ses
conférences.
-
- Il est enfin l'auteur du livre «La scientologie, une secte
dangereuse». Il nous confirme qu'il soutient le texte de la pétition, étant
donné le danger représenté par ce que, lui aussi, appelle «la secte». Il fut
personnellement témoin de drames familiaux, de menaces, de divorces,
d'escroqueries financières pouvant aller de 3'000 F à 400'000 F. Par exemple,
des électromètres sont vendus entre 15'000 F et 30'000 F, alors qu'ils coûtent
environ 1'000 F à la fabrication.
-
- Les scientologues exercent, d'après lui, une
pression morale qu'il faut dénoncer. Il cite la tactique de contre-plaine, dont
on nous a déjà parlé et explique que la «secte» a un budget contentieux
faramineux; elle est très au courant des astuces juridiques et a recours à de
nombreux avocats. Elle intimide ses adversaires.
-
- C'est d'ailleurs pour ces
raisons qu'Info-Sectes ne dépose que rarement plainte contre elle. Son action,
se centrant plutôt sur les conseils, se limite à tenter d'aider les victimes, de
réunifier les familles éclatées, etc. La scientologie est, selon M. Ranc, «la
plus dangereuse des sectes». Elle use de méthodes contraires aux lois du pays et
possède sa propre police, appelée l'Ethique, ainsi qu'un tribunal qui pratique
l'exclusion.
-
- Dans certains pays, il a même été question de châtiments corporels.
Il affirme que les écoles et les entreprises sont particulièrement visées, pour
y répandre les préceptes de Ron Hubbard et que celui-ci a usé du terme église
dans le seul but d'obtenir une exonération fiscale.A Lausanne, les scientologues
ont fait plusieurs démarches pour obtenir le statut d'église. D'après lui, les
cours donnés ne sont que de la pseudo-psychanalyse. Les établissements pour
toxicomanes n'acceptent pas ceux qui n'en ont pas les moyens financiers et, si
M. Ranc ignore la quantité de toxicomanes happés par la «secte», suite à des
traitements, il connaît ce qu'ils subissent.
-
- Quatre heures de sauna par jour, un
régime strict et des médicaments vitaminés sont prescrits. Le temps de sudation
est 175 fois supérieur à ce qui est communément recommandé et les vitamines sont
également diffusées à haute dose, notamment la A qui peut finir par être
dangereuse. Il nous signale que la scientologie tenait un stand au Salon du
livre cette année.
-
- Cette science, selon M. Ranc, n'est autre que de l'occultisme
de haut vol. On parle même de traversée du mur de feu. En 1990, une commission
rogatoire est venue de Lyon pour l'interroger dans le cadre d'une enquête sur la
«secte». Quelques semaines après sa déposition, il fut attaqué par celle-ci pour
faux témoignage et calomnie.
-
- Il raconte avoir également été l'objet de menaces
depuis la parution de son livre, qui n'ont pour l'instant pas été exécu- tées. A
titre d'indication, il signale qu'il y a environ 60 sectes différentes à Genève
en ce moment.
Comme solution, il préconise, lui aussi, une campagne de
prévention, notamment axée sur les jeunes. Il souhaite une aide de l'Etat aux
victimes et des mesures décourageant les sectes de monter des escroqueries sur
fond de pressions psychologiques.
-
-
- Mme Suzanne Montangero, Mme
Françoise Conod et M. Jean-Pierre Colle
-
- Mme Montangero est
scientologue depuis 22 ans et y a atteint le grade le plus élevé , celui
d'OT VIII. Elle vécut à Aigle où, sa mère étant décédée, elle s'occupa de son
père. Elle affirme qu'il avait beaucoup de caractère et qu'être sciento- logue l'a
bien aidée dans sa tâche. Sa famille ne lui a jamais reproché son appartenance à
l'«Eglise», dans laquelle elle s'engagea à part entière à la mort de son père.
Elle travaille actuellement pour la branche de Lausanne mais s'occupe des
problèmes juridiques de celle de Genève.
-
- Concernant la pétition, elle
conteste la définition présentée comme étant acceptée par le Tribunal fédéral de
«secte poursuivant le culte de l'argent». Ce qualificatif ressort bien d'un
arrêt du Tribunal fédéral, lors d'un appel de «l'Eglise» de Lausanne, suite à un
article du «Reader's Digest», mais elle a été volontairement sortie de son
contexte. Elle reconnaît que suivre des cours peut être onéreux mais elle
justifie ces coûts par l'offre de services, celui de «l'audition» étant plus
élevé car particulier. Pour ce qui est des branches annexes, elle affirme
qu'elles n'ont pas de liens avec les «Eglises».
-
- Les antennes comme Narconon ou
Trimlines sont tenues par des scientologues, mais il se pourrait qu'ils soient
musulmans ou catholiques. Les seules ventes sont les ouvrages de Ron Hubbard et
les cours, qui assurent le fond de roulement de l'«Eglise» qui, elle, n'est pas
subventionnée par l'Etat.
-
- Les personnes désirant être des membres actifs signent
un contrat, sorte de règlement interne du mouvement qui indique à la personne ce
que l'on attend d'elle.
-
- Nous apprenons également que les «Eglises» sont
autonomes entre elles géographiquement, mais qu'elles paient des copyrights à la
maison mère des USA.
Les fondements de la scientologie se trouvent, d'après
Mme Montangero, dans le bouddhisme mais la base de l'«oeuvre» est constituée par
les recherches de L. Ron Hubbard. Selon sa théorie, l'homme est un esprit
immortel. Les scientologues méditent mais ont un credo qui montre que chacun
garde sa foi.
-
- La croix, figurant sur certains documents, est un vieux symbole
repris par M. Hubbard. Dotée de huit divisions, elle repré- sente les différentes
vies, matérielle, humaine, de groupe, du couple, etc. Lors d'une audition, les
questions n'étant pas écrites, elles ne sont pas remise à l'adepte, elle n'en
verrait d'ailleurs pas l'utilité.
A la lecture d'un dossier fourni par les
scientologues, nous avons constaté qu'ils reprochent à la pétition de faire état
de textes qui ont été annulés depuis longtemps. La commission s'étonne que ces
écrits aient pu être retirés de l'«oeuvre», puisque seul son auteur, d'après ce
que nous pouvons lire dans le dossier, avait le droit de les modifier ou de les
abolir.
-
- Nous sommes également surpris de constater les gros moyens mis en oeuvre
pour la défense et la propagande.
-
- Mme Montangero nous explique alors que c'est
bien M. Hubbard qui a modifié, voire annulé, certains textes. Il les jugeait mal
assimilés par les adeptes et pensait qu'ils avaient été transformés par des
personnes extérieures, attirées dans l'«Eglise» par l'attrait de l'argent.
-
- Concernant la propagande, elle l'a dit commune à toutes les églises et explique
que, s'ils sont souvent attaqués, c'est parce que Ron Hubbard a mis des données
psychiatriques fondamentales dans ses écrits et qu'on y découvre beaucoup
sur soi-même et ceux qui nous entourent. Ce fut la base du conflit qui oppose la
scientologie aux psychiatres qui sont leurs pires ennemis. Face à ces attaques
ils ont besoin d'une bonne défense, car la structure de l'«Eglise» peut prêter à
des demandes de remboursement exagérées.
Questionnée sur Narconon, ses
réussites, ainsi que sur l'éventuelle récupération des patients par la
scientologie, elle répond qu'une réussite de 50% à 60% est enregistrée et que,
sur 150 drogués guéris, il y en a 3 à Lausanne et 1 à Genève qui sont restés
dans l'«Eglise».
-
- Au sujet des vitamines, elle dit que certaines maisons ont le
droit d'en importer. Lorsque nous nous demandons pourquoi la scientologie n'a
pas envoyé ces représentants de Genève, pour participer à l'audition, Mme
Montangero nous indique que M. Colle a été chargé de représenter les autorités
de Genève et que Mme Conod, elle, est porte-parole des membres passifs.
A
propos d'Elise Schreiner (Qu'est
devenue ma fille ?), elle affirme que les scientologues n'ont aucun intérêt
à garder cette «malheureuse fille» contre son gré. Elle ne sait pas où elle est,
mais insinue que la disparition d'Elise peut être due aux méthodes d'éducation
de son père.
C'est ensuite au tour de Mme Conod de se présenter. Elle est
simple paroissienne OT III, mais connaît la scientologie depuis 18 ans. Elle
avait quitté l'Eglise nationale protestante mais elle s'est aperçue des
bienfaits de son instruction et retourne désormais au culte avec plaisir.
-
- La
scientologie l'a aidée dans son métier de physiothérapeute et elle assiste
maintenant des personnes qui approchent la mort, sans leur donner de drogues.
-
- Elle dit que la première chose qu'elle critique dans la pétition est qu'il a été
annoncé 1000 membres à Genève, alors qu'il n'y en a que 400.
-
- La seconde
remarque est que le terme secte ne devrait pas leur être appliqué, car il
qualifie actuellement des groupes malveillants, or, l'«Eglise» n'est ni
malveillante ni un groupe au sein d'une autre religion.
-
- En troisième lieu, elle
n'a retrouvé aucune trace de la citation mentionnée dans la pétition: «Obtenez
des noms, des données...». Au sujet de l'assurance de discrétion que peuvent
désirer les «audités», elle se borne à répondre que les personnes s'apercevant
d'une indiscrétion peuvent porter plainte. Mme Conod déclare que l'histoire
démontre que, lorsque ceux qui ont été des précurseurs ont lancé de nouvelles
religions, ils furent également traqués au début.
La commission entend
maintenant M. Colle. Il fait de la scientologie depuis 8 ans et n'a pas encore
atteint le stade de Clair. A 20 ans, il buvait et s'entendait mal avec sa
famille. Il a suivit un cours de communication, qui lui a permis de travailler à
l'aéroport. A ce poste, il a appris la valeur d'un règlement et sait désormais
suivre le groupe dans lequel il est.
-
- Aujourd'hui, il est veilleur de nuit dans
une maison pour toxicomanes condamnés et internés, en plus de son travail à la
scientologie. Il a formé les membres du personnel de l'association durant 2 ans
et affirme avoir le souci de délivrer les messages de Ron Hubbard au plus près
des textes. Il se dit rentré dans le droit chemin et s'est réconcilié avec ses
parents.
-
- Il trouve incorrect, dans la pétition, que les articles aient été
tronqués et sortis de leur contexte. Il explique les nombreu- ses attaques contre
la scientologie par le fait que lorsqu'on se bat contre les drogues, on a
affaire à des personnes influentes.
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- D'autre part, il affirme que s'il est
attaqué en tant que scientologue, il n'en devient pas forcément un ennemi de
celui qui l'attaque. Il reconnaît avoir déjà beaucoup dépensé (60'000 F), mais
dit ne pas le regretter. Le service le plus cher est de 2 000 F, les autres sont
entre 90 F et 100 F. Certaines personnes mettent jusqu'à 100'000 F, c'est vrai,
mais elles le font volontairement.
-
- Il existe également des cartes de membres qui
donnent droit à des réductions.
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- Concernant Elise Schreiner, la commission lui
demande comment elle a pu ainsi s'éloigner de sa famille, alors que l'«Eglise»
dit vanter les mérites des bons rapports familiaux. Il répond qu'il ne comprend
pas ce qui s'est passé. Il doit y avoir eu une erreur. C'est justement Elise qui
l'a fait rentrer en scientologie. C'est une malheureuse affaire. Peut-être
avait-elle omis de nous signaler qu'elle avait subi une psychothérapie, auquel
cas elle aurait dû avoir un traitement différent des autres.
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- Le 2 mai
1994
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- Le président de la commission nous signale que, dans un courrier
accusant MM. Schreiner et Lavergnat de calomnies, les scientologues lui
demandent de pouvoir consulter les procès-verbaux de la commission. Il a répondu
que seul un député peut avoir accès à ces documents. Nous apprenons également
que les médicaments vitaminés sont importés d'Alle- magne ou d'Angleterre. Ils ne
sont pas vendus en pharmacies et ils ne sont pas enregistré à l'OICM. La
commission décide de demander à M. Vodoz ce qu'il en est du statut fiscal de la
scientologie.
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- Le 9 mai 1994 et le 16 mai 1994
-
- Le président de la
commission nous informe qu'après s'être renseigné, M. Vodoz lui a certifié que
la scientologie n'a pas le statut d'église et ne figure pas sur la liste des
associations dont les donateurs ont des exemptions fiscales.
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- Le 30 mai
1994
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- Le président de la commission nous informe que tous les députés ont reçu
le gros livre «Qu'est-ce que la scientologie ?». Les scientologues reviennent
également à la charge pour obtenir les procès-verbaux de la commission. Il
demandera conseil au président du Grand Conseil, M. Burdet. La commission désire
entendre quelqu'un du DIP pour en savoir plus sur les éventuelles infiltrations
au sein du département.
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- Le 6 juin 1994
Le président, M. Lescaze, nous
signale que nous entendrons M. Von Niederhausern, inspecteur à la Sûreté et, M.
Saurer, député, qui a écrit à la commission pour lui demander d'être auditionné.
Nous verrons après cela ce que nous ferons pour le DIP.
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- le
13 juin 1994
-
- Celui-ci nous apprend que ses services ont été alertés depuis
1975-1979 par des personnes dont les enfants sont partis dans les sectes, dont
le but est de s'enrichir aux dépens des parents. Concernant la scientologie,
plus particulièrement, il a reçu des témoignages de personnes ayant perdu
jusqu'à 300'000 F. Il confirme l'utilité fiscale pour l'association de se voir
accorder le statut d'église.
-
- Au départ, la présentation est gratuite puis, peu à
peu, les prix augmentent. Les nouveaux venus sont souvent astreints à travailler
pour l'organisation. Un scientologue repenti, ayant été recalé plusieurs fois,
et ayant dépensé 350 000 F au lieu de 150'000 F a porté plainte.
-
- M. Von
Niederhausern constate qu'il est difficile d'avoir recours à la justice.
L'«Eglise» fait signer des reconnaissances de dettes en blanc auprès d'une
banque à Berne, qui octroie les prêts. Il a reçu un témoignage d'un ancien OTIV
de scientologie qui lui a confirmé que le terme église est usurpé. Il a
également eu la preuve de certaines infiltrations des administrations de l'Etat
et attire notre attention sur les possibilités de fuite à travers les pays.
-
- Il a
appris que les scientologues donnent des commissions à leurs rabatteurs, et
tient, d'un ex-membre, qu'aux USA l'«Eglise» ne reculerait devant rien pour
abattre une personne qui se dresserait contre elle.
-
- Il nous signale que les
membres du personnel ne sont pas payés avant 6 mois à 1 an. Il trouve difficile
de prouver que les personnes lésées n'étaient pas capables de discernement.
-
-
Cependant, dans le cas des vitamines, il pense qu'étant donné qu'elles ne sont
pas inscrites à l'OICM, un patient lésé pourrait porter plainte. Il dit ne rien
avoir trouvé de religieux dans cette «secte», lors des témoignages qu'il a
entendus, mais qu'il y est surtout question d'argent. Il a également reçu de la
scientologie une demande pour savoir où il en est dans ses travaux.
-
- M. Von
Niederhausern pense qu'il serait très utile de créer une structure , qui
permette aux gens de venir se confier à des personnes compétentes et discrètes,
en toute sécurité.
-
- En effet, tout le monde ne désire pas porter plainte et ses
services ne peuvent avoir contact qu'avec une infime partie de ceux qui ont des
problèmes liés à la «secte». D'autre part, il faut des personnes très
compréhensives et connaissant bien la question pour recueillir des témoignages
parfois difficile à confier.
-
- Il s'aperçoit que les victimes de sectes ne
viennent pas forcément se confier à la police, ils ont peur qu'on les pousse à
porter plainte, que les entretiens soient trop administratifs, ou ils craignent
tout simplement d'être mal jugés. Une campagne d'information serait, selon lui,
également nécessaire.
-
-
- M. Saurer nous
parle ensuite de ce qui s'est passé récemment avec sa fille. Alors
qu'elle flânait au rondeau de Carouge avec des amies, elles furent abordées par
un monsier, qui leur proposa de venir avec lui faire un test de personnalité de
200 questions qui prit 2 heures dans les locaux de la scientologie à la route de
St-Julien. Puis on fit leurs courbes et les cinq jeunes femmes constatèrent avec
surprise qu'elles avaient toutes des problèmes. On leur a ensuite passé un film
et elles sont rentrées très tard.
-
- Ayant appris ces faits de la bouche de sa
fille, M. Saurer décida de se rendre au local de la scientologie, afin de
rencon- trer la personne qui avait analysé sa fille. Il fut bien reçu, mais
lorsqu'il demanda à voir les résultats du test, on lui dit que ce n'était pas
possible.
-
- Son enfant étant mineure, on avait gardé son dossier au service
juridique et celui-ci était fermé. Il demanda alors à prendre rendez-vous avec
un responsable de ce service. On lui a répondu qu'il fallait téléphoner. En
téléphonant, il apprit que le responsable était absent et ne put, en fin de
compte, rencontrer cette personne avant plusieurs jours. Lorsqu'il fut enfin
face à lui, il découvrit que son interlocuteur s'était renseigné. En effet, on
lui dit clairement qu'il était membre du parlement et qu'il était difficile de
lui donner toutes les informations.
-
- On s'est montré aimable avec lui, mais il
n'a obtenu que de vagues informations, sur les prétendus troubles dont souffrait
sa fille. En se renseignant sur les personnes qu'il avait rencontrées, M. Saurer
découvrit que le monsieur qui avait abordé les jeunes filles dans la rue est
professeur de gymnastique au CEPIA; un autre est veilleur de nuit à Vessy.
Heureusement, les filles ont bien réagi et n'ont pas été perturbées par les
résultats du test. On n'a pas cherché à leur vendre des cours, mis à part une
brochure à 9 F qui a été proposée. M. Saurer trouve ce procédé
anti-déontologique.
-
- Dans ce cas l'affaire commerciale est évidente, dit-il. Le
gros livre envoyé aux 100 députés démontre que la scientologie n'est pas
démunie. Il trouve inadmissible de s'attaquer à des enfants. Sa fille a moins de
16 ans, cependant on ne lui a même pas demandé son âge et, bien que son physique
prouve à l'évidence qu'elle n'est pas majeure, on n'a pas deman- dé la signature
de parents, pour laquelle une place est pourtant prévue sur le test. Il n'a pas
non plus été proposé aux jeunes filles de téléphoner à leurs parents pour les
prévenir de leur retard, dans le cas où ils s'inquiéteraient. Ces prati- ques sont
odieuses et ressemblent à celles des dealers.
-
- On déstabilise les gens, on les
rend dépendants. Cela devient difficile à gérer pour les parents. Il voit en
cela une menace, en dehors de toute considération politique.
-
- M. Saurer pense
également qu'il faut faire quelque chose au niveau du DIP (le
département de l'Instruction Publique, ndlr). Mettre au
point un texte préventif, qui informe dans le même temps les jeunes qu'il y a
des psychologues dans les écoles pouvant répondre à leurs questions.
-
- En fin
de séance, le président de la commission nous signale qu'une nouvelle pétition,
numérotée 1035, pour la création d'une commission consultative en faveur de la
tolérance et du respect des libertés religieuses a été déposée, deman- dant plus
de soutien pour les minorités religieuses et signée notamment par le Dr
Franceschetti, scientologue notoire.
-
Après
avoir entendu tous ces témoignages et reçu une riche documentation, la
commission ne peut que considérer le problème soulevé comme important. Les
accusations contre la scientologie sont graves et nombreuses. La commission
elle-même a constaté les pressions dont sont capables les scientologues. Elle
s'est posé la question de savoir s'il fallait parler des sectes en général ou
une association du même type.
-
- Cependant, étant donné que la pétition mentionne
spécifiquement la scientologie et que celle-ci nous a été présentée comme «la
plus dangereuse», nous avons décidé, après discussion, de ne pas aborder les
autres sectes ou associations qui ne font pas parler d'elles et de centrer le
débat sur la scientologie. Les commissaires considèrent unanimement qu'il est de
leur devoir de proposer des mesures utiles pour protéger les personnes fragiles
et principalement les enfants et adolescents contre les abus qui ont été portés
à leur connaissance.
-
- Si la commission reconnaît aux scientologues le droit
constitutionnel à la liberté de conscience, elle désire cependant qu'ils se
conforment aux autres lois en vigueur dans notre canton, notamment en ce qui
concerne la fiscalité, les droits des employés et la pratique de la médecine. La
commission s'est également préoccupée des accusations d'éventuelles
infiltrations et de prosélytisme à l'intérieur de l'administration. Des réponses
plutôt rassurantes lui ont été données à cet égard.
-
Mesdames
et Messieurs les députés,
-
La
commission décide à l'unanimité de proposer au Grand
Conseil le renvoi de cette pétition au Conseil d'Etat
en l'invitant à:
1.
mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires pour
éviter tout prosélytisme et toute utilisation de
données administratives à des fins de propagande
et de recrutement, notamment auprès des mineurs;
2.
favoriser une étroite collaboration entre les associations
d'information et de soutien aux victimes des sectes
et les départements de l'Etat de Genève;
3.
étudier la nécessité de faire intervenir le médecin
ou le pharmacien cantonal dans le contrôle de prestations
médicales apportées par des sectes, notamment de
la distribution de vitamines par l'Association pour
une Eglise de scientologie.. |
-
- Auditer: audition que les responsables de la
scientologie font passer à leurs membres, durant laquelle la personne doit
parler des problèmes qui la touchent particulièrement, de ses expériences les
plus perturbantes, etc. Bien que les scientologues soient contre cette
définition, il y a une ressemblance entre ces audits et une séance de
psychiatrie.
-
- Flag: maison mère de la scientologie aux USA.
-
- Electromètre:
appareil électrique qui, apposé sur la personne, détermine son ton émotionnel.
Utilisé durant les audits, il est censé servir à déterminer si la personne a
dominé le problème dont elle est en train de parler.
-
- Clair: grade en
scientologie, personne qui n'a plus de mental réactif, c'est-à-dire qui s'est
débarrassée de toutes les influences emmagasinées durant sa vie et qui
commandent ses réactions.
-
-
- ANNEXE 1
ANNEXE 2
-
- ÉTATS-UNIS:
La
scientologie exemptée d'impôts
Un accord est intervenu au début d'octobre
entre la direction américaine de la scientologie et l'administration fiscale des
Etats-Unis (Internal Revenue Service, IRS). Depuis de nombreuses années, l'IRS
refusait à beaucoup de filiales de la scientologie l'exemption d'impôts,
accordée aux églises et associations sans but lucratif. De son côté, la
scientologie ou ses membres avaient déposé des plaintes contre l'IRS et
plusieurs de ses fonctionnaires, pour abus de pouvoir et autres. Elle avait, par
voie d'annonces, demandé aux contribuables qui avaient à se plaindre de
fonctionnaires des impôts de dénoncer ceux-ci auprès d'une association
scientologue moyennant des primes.
Bien que les termes exacts de l'accord ne
soient pas connus, il semble que les deux parties aient décidé d'arrêter les
frais et d'effacer tout le contentieux. La scientologie abandonne ses plaintes,
et l'administration accepte de considérer comme «charitables et religieux» plus
de 150 groupes affiliés à la scientologie, au vu des déclarations fournies par
eux sur leurs buts, leur fonctionnement, leurs structures, leur
financement.
-
- On sait tout de même que les documents fournis par la
scientologie indiquent que celle-ci possède des actifs se montant à 400 millions
de dollars, et encaisse près de 300 millions de dollars par an en paiements pour
ses «conseils», la vente de livres, en revenus d'investissements, et autres.
-
- On
y apprend aussi qu'elle dépense de grosses sommes en frais judiciaires, en
publicité et en commissions de notre société, dans les administrations, les
entreprises, les universités et même dans les ministères. Elles
(les Eglises de scientologie, ndlr) déstabilisent
notre société dans le but d'établir un ordre dont elles seraient les maîtres, à
l'image du modèle mis en pratique à l'intérieur de leurs groupes.
-
- Elles
déstabilisent la cellule familiale biologique pour lui substituer une autre
famille artificielle. Elles déstabilisent l'être humain, transformé malgré lui
en «zombi». A l'image du mort sorti du tombeau qu'un sorcier met à son service,
l'adepte mort à sa famille, à ses racines, à ses repères fondamentaux, est
auservice de la secte.
-
- Une troisième annexe peut être consultée au
secrétariat du Grand Conseil.
Mises aux voix, les conclusions de la commission des
pétitions (renvoi de la pétition au Conseil d'Etat) sont adoptées.
(Vifs applaudissements de
l'assemblée.)
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